CHAPITRE XII : Arrestation

Mais que s'était-il passé avec le vendeur devant le magasin quelques minutes plus tôt ? Elle n'arrivait pas à s'enlever cette phrase de sa tête. « Dis-lui d'arrêter ça parce que là-haut, c'est vraiment la merde ! ». Dire d'arrêter quoi à qui ? Epuisée, elle souffla et accéléra le pas en direction de son petit chez elle.

Lorsque Karin s'approcha de l'entrée, les bras chargés de paquets, elle entendit une rumeur s'élever à l'intérieur de son hangar. Le sang lui monta à la tête car elle reconnût la voix de sa chasseuse d'art. Pourquoi fallait-il qu'elle entre chez elle sans gêne. Cette clef qu'elle lui avait donnée servait seulement en cas d'urgence ou d'absence de longue durée. Elle l'avait prévenue qu'elle passerait ce qui ne signifiait pas « allez-y ! Faites comme chez vous ! »

La jeune fille ouvrit doucement la porte pour observer qui était avec elle et ce qu'ils faisaient dans son dos. Lorsqu'elle aperçut le drap qu'elle avait posé sur son cauchemar, reposer au sol, son cœur cessa de battre et une profonde douleur la frappa en plein cœur. Puis s'appuyant contre le montant de la porte, elle vît l'image de son amant nu, enserrant de ses bras puissants son corps abandonné.

Enfin, elle se rendit compte que ces deux intrus observaient le tableau de leurs ébats avec une insistance qui brisait son intimité si violemment qu'elle entra comme une furie, lâchant ses paquets sur le pas de la porte.

_Que faites-vous ? Cria-t-elle.

Maeda Amane sursauta à peine et le jeune garçon qui l'accompagnait, alla se cacher derrière le conteneur comme un enfant prit la main dans le sac.

_Kurosaki-san, dit-elle sur un ton qui se voulait agréable.

_Taisez-vous ! Hurla Karin. Si je vous ai donné cette clef, c'est pour venir récupérer des toiles en cas de besoin et non pas pour fouiller dans ma vie privée !

_Mais Kurosaki-san…

_Fermez là ! Mais de quel droit vous permettez-vous de regarder mes œuvres ! Surtout celle-ci alors que je vous ai dit que c'était personnel !

La chasseuse d'art ne parla pas mais elle avait l'attitude d'une personne fière. Une personne sur qui les colères passent sans s'imprégner. Une personne arrogante, satisfaite même, ce qui énerva d'autant plus la jeune fille.

_Et ce tableau-là ! Redoubla Karin en se précipitant sur son cauchemar et en le recouvrant de son drap. Je vous interdis de le regarder !

_Mais Kurosaki-san, dit calmement Maeda Amane, il n'y a rien sur ce tableau-là.

_Qu'est-ce que vous racontez ? Cria la petite brune en s'approchant dangereusement d'elle.

_Il n'y a rien sur ce tableau-là, je vous dis… La toile est blanche Kurosaki-san…

Karin sentit son sang couler comme un flot de lave dans sa tête brûlante. Pourquoi sa chasseuse d'art disait une chose pareille ? Ne voyait-elle réellement rien ? Pourtant, elle n'était pas folle ! Elle avait peint quatre créatures ici, assises dans son salon. Juste là, sur cette toile ! Un babouin à queue de serpent, un samouraï, un homme balafré aux yeux de glace et une aura rouge meurtrière !

_Vous vous moquez de moi, c'est ça ?

Elle vît que les deux intrus l'observaient étrangement. L'un avec inquiétude, l'autre avec condescendance.

_Vous allez bien Kurosaki-san ? Reprit mielleusement la femme d'affaire. Vous êtes toute pâle !

_Sortez de chez moi, surarticula la jeune fille en s'asseyant sur son canapé.

_Vous êtes sûr que vous ne voulez pas que j'appelle quelqu'un pour vous tenir compagnie ce soir ? Kurosaki-san, je me fais du souci pour vous. Vous avez l'air épuisé et vous tenez des propos inquiétant.

_Allez-vous en, murmura-t-elle en prenant son visage entre ses mains tremblantes. Pitié, allez-vous-en !

Karin ne savait pas très bien si elle disait ça pour eux ou pour les voix qui résonnaient dans sa tête. Mais que disaient-elles, bon sang !

_Et bien, au revoir je suppose, conclut Maeda Amane, en claquant précipitamment la porte, le jeune garçon loin devant elle.

Alors, la petite brune s'allongea sur le canapé en fixant ses courses qui jonchaient le sol de part et d'autres de son entrée et se laissa envahir par la douleur qui lui fendait le crâne en deux. Son poux était si irrégulier et sa respiration si saccadée qu'un médecin l'aurait tout de suite envoyé aux urgences mais au lieu de ça, Karin sombra de nouveau dans l'inconscience.

« Ils sont là Karin-chan ! C'est cool ! Maintenant, dis-leur ! »

« Je ne suis pas sûr qu'elle nous entende très bien. Qu'elle nous entende tout court d'ailleurs. »

« Faut croire que non vu comme elle galère… »

« Taisez-vous. C'est sûr que si elle vous entend dire conneries sur conneries, ça n'va pas s'arranger ! »

« Kurosaki-san. Ils sont là. Dites leur maintenant qui est responsable et peignez-nous que nous puissions retrouver nos pouvoirs et nos alliés. »

« Au fait, c'est qui déjà qui est derrière tout ça ? »

« … »

« Zabimaru ! Tu es irrattrapable. C'est…. »

Karin sursauta. Elle venait d'entendre un bruit résonner dans son hangar.

_Qui est là ? Demanda-t-elle en se redressant.

_Félicitation Abarai Taïcho, dit une voix amusée derrière elle. Vous êtes vraiment discret.

La jeune fille se retourna vivement vers l'homme qui parlait, prête à toute éventualité. Mais alors qu'elle était sur le point de fondre sur lui pour le frapper, elle s'aperçut qu'il portait un shihakusho noir et un haori blanc.

Malgré le fait qu'il avait une apparence inquiétante, elle sentit ses muscles se relâcher.

_C'est pas ma faute, grogna un gars à l'apparence de délinquant.

Il passa une main dans ses cheveux d'un rouge intense et Karin eût un aperçut de ses nombreux tatouages. Tout-à-coup, elle se rappela que ce visage lui était familier. Un ami d'Ichigo ?

_Le Seikamon s'ouvre vraiment n'importe où !

_Il est aux arrêts ? Demanda le Capitaine Kenpachi avec un sourire carnassier aux lèvres.

Le délinquant acquiesça avec une moue désapprobatrice. Karin, elle ne comprenait rien à ce qui se disait, mais vu qu'ils ne l'avaient pas attaqué, elle se risqua à leur parler.

_Vous m'avez fait peur, dit-elle calmement. Vous êtes Capitaine du Seireitei ?

Le géant parut surpris par sa question.

_En effet, répondit une autre voix derrière elle.

Elle se retourna pour voir qui s'était adressé à elle. Cet homme-là était d'une grande beauté. Une beauté arrogante. Cependant, elle avait de plus en plus la sensation qu'ils n'étaient ni l'un, ni l'autre venu pour une conversation amicale.

_Que voulez-vous ?

Le grand brun porta son arme sans vie au niveau du visage de la jeune fille qui recula et tomba sur son canapé, surprise par sa réaction. Son cœur battait comme un tambour, prêt à exploser.

_Est-ce vous qui êtes responsable de la disparition de nos zanpakuto ?

Karin se sentit complètement désemparée. De quoi parlait-il ?

Cependant, l'incompréhension qui s'affichait sur son visage fut interprété comme un refus d'obtempéré par le noble qui l'attrapa par le bras et la posa violemment devant son tableau.

_Que font-ils ici ? Demanda-t-il avec fureur.

_Mais de quoi parlez-vous ? Dit-elle, cédant à la panique.

_Comment les avez-vous enfermés dans cette toile ? Je sens leur énergie se dégager de ce tableau !

Elle resta sans voix, ne savant quoi répondre, incapable d'aligner deux mots cohérents à la suite.

Soudain, elle fut de nouveau attirée contre sa volonté vers une autre de ces œuvres. Son souffle se coupa lorsqu'elle comprit que leur secret venait d'éclater au grand jour. Tôshirô était en danger.

_Et pour lui ?

Les pensées de Karin fusaient dans tous les sens. Comment allait-elle expliquer cette peinture ? Comment allait-elle sauver son amant ? Etait-il déjà au courant de la bêtise qu'elle avait faite ? Puis, elle se rappela les paroles du géant. « Il est aux arrêts ? » Parlait-il de lui ? De Tôshirô ?

_Répondez !

_Je… C'est juste des peintures ! Ce… ce n'est pas la réalité ! Ne soyez pas stupide !

_Kurosaki-san, dit calmement la voix du dénommé Abarai Taïcho, ça ne peut pas être une coïncidence. Nous perdons nos pouvoirs et nous les retrouvons dessiner sur votre tableau en plein milieu de la zone où se concentre le reïatsu pur. Et pourquoi nous avoir enlevé nos souvenirs ? Pour protéger Hitsugaya Taïcho ? Parce que nous avions appris pour votre relation ?

_Mais de quoi vous parlez ? Quelle relation ? Quels pouvoirs ?

_Je m'demande gamine, comment ça se fait que tu nous connaisses ?

Elle sentit l'aura du géant s'approcher dangereusement dans son dos. Cependant, la question la scotcha sur place.

_A cause de mon frère… pourquoi cette question ? Je suis la sœur de Kurosaki Ichigo !

_De qui ? Demanda le délinquant.

Karin cligna des yeux avec un air bête.

_Kurosaki Ichigo, répéta-t-elle. C'est un shinigami lui aussi. Enfin ! Vous devez mieux le savoir que moi puisqu'il vous a aidé un bon nombre de fois !

Elle vît les trois capitaines se regarder avec incompréhension.

_Nous avons perdu nos souvenirs, reprit posément l'homme arrogant. Et je ne crois pas qu'un humain puisse nous aider en quoi que ce soit. C'est quoi cette histoire de shinigami ? Cessez de mentir Kurosaki-san.

_Mais je ne mens pas ! Cria-t-elle.

_Bien, reprit-il. Puisqu'il en est ainsi, vous nous accompagnez au Seireitei. Peut-être qu'avec le temps, votre langue va se délier.

Et alors qu'elle était sur le point de protester, elle sentit que son corps se ramollissait sous une étrange aura jaune et elle s'endormit paisiblement dans les bras puissants du Capitaine Kuchiki.

Karin vit un homme.

Un homme du monde réel, grand, blond avec des yeux d'un gris qui brillaient sous les rayons lunaires. Il portait des vêtements rapiécés et maculés de peinture.

Dans ses bras se tenait une femme. Une femme portant le shihakusho noir du shinigami. On ne pouvait discerner son visage, enfouis dans le cou de son amant mais des larmes coulaient à flot le long de ses joues rosies.

L'homme la gardait contre lui, fermement, pleins de passion, comme s'il ne voulait plus la laisser partir. Une main dans ses longs cheveux châtains, une autre enserrant sa taille avec vigueur. Il parlait, mais aucun son ne parvenait aux oreilles de Karin. Cependant, l'expression de son visage reflétait une profonde tristesse, un désarroi incommensurable qui broyait les entrailles de la petite brune.

Pourquoi, tout-à-coup, cette jeune femme le quittait-elle ? Elle partait. Elle s'en allait, suivant un papillon noir par une porte soudainement apparut. Elle ne se retourna pas, les poings serrés, les larmes coulant toujours plus fortes comme une pluie torrentielle…

Lorsque Karin ouvrit les yeux, elle ne se rappela pas tout de suite ce qui c'était passé quelques minutes plus tôt. Quelques minutes ? Peut-être quelques heures…

Elle revit pendant un court instant ces deux êtres dont elle avait rêvé. Tout lui paraissait si réel en cet instant. Cet homme bouffé par le malheur, cette femme abandonnant celui qu'elle chérissait. Puis, elle se mit à penser que cette situation pourrait un jour lui arriver. Etre délaissée par celui qu'elle aimait plus que tout au monde. C'est alors qu'elle sursauta. Cette « situation » justement avait comme un petit air de ressemblance avec… avec quoi ?

Se relevant violemment, elle observa, le cœur battant comme un dément dans sa poitrine, le lieu dans lequel elle se trouvait.

Une cellule. Une prison. Une cage.

Tout-à-coup, toute la journée qu'elle venait de passer se reforma dans sa tête en centaines d'images qui lui coupèrent le souffle. Elle se trouvait, sûrement enfermée au Seireitei ! Mais était-ce possible vu qu'elle n'était pas morte ?

_Tôshirô, murmura-t-elle. Je suis désolée…

Un son se fit entendre dans la cellule d'à côté, comme une réponse à sa phrase.

_Tôshirô ? Dit-elle, peu assurée. C'est toi ?

_Malheureusement, répondit celui-ci.

_Il t'ont enfermé aussi, conclut-elle en allant se poser contre les barreaux de sa prison.

_C'est toi la Kurosaki-san avec qui j'aurais eu… une liaison ou un truc du genre ?

Karin se retourna dos aux barreaux et se laissa choir vers le sol, ses bras entourant ses genoux, ses cheveux longs glissant vers le sol comme une fermeture de rideau de théâtre. Alors, il était là, amnésique lui aussi, ignorant tout de ce qui s'était passé.

Kurosaki-san. C'est ainsi qu'il venait de la nommer.

_Il semblerait, murmura-t-elle. Tu ne te souviens de rien je suppose ?

_Il semblerait, répondit-il.

Karin ricana. C'était bien lui. Le même. Et s'il lui parlait, c'était sûrement que pour le moment, il n'était pas blessé. Ou du moins, qu'il vivait encore. La situation n'était pas désespérée.

Puis, d'un naturel méfiant, toujours prête à se mettre en action, elle se décida à observer sous toutes ses coutures, cet endroit qui l'oppressait.

La cellule était petite et austère.

Sur les murs, il n'y avait absolument rien. Ils étaient d'une blancheur parfaite et nulle trace de captif précédemment enfermé ici ne maculée cette impeccable perfection.

Mais ce qui marqua le plus la jeune fille, c'était que tout ici représentait l'absence totale de personnalité, ou plutôt d'humanité.

Si sa main avait pu tenir un pinceau à ce moment précis, elle aurait peint mille couleurs pour échapper à cet enfer abyssal.

Malgré le fait que Karin fut de petite taille, elle paraissait géante au milieu de cette salle et alors qu'elle pensait être assez forte et patiente pour supporter ce drame, une plainte quasiment étouffée s'échappa de ses lèvres.

_Ça va aller ?