Merci à Lunastrelle et Alindmy pour leurs reviews. Et merci à Python3921 pour avoir mis ma fic en favoris. Je sens que vous allez tous m'en vouloir, après avoir lu ce chapitre.

Avertissement : ce chapitre-là sera particulièrement dur, je tiens à prévenir les lecteurs à l'avance.

DISCLAIMER : Les personnages de Final Fantasy 7 appartiennent à Square Enix.


Chapitre 5 :

N'abandonne pas !

Négligemment appuyé sur le tableau de navigation du bateau, Karl regarda l'océan sans vraiment y faire attention. Il pensait plutôt à l'opération qu'il était en train d'achever.

Cela faisait combien de temps maintenant qu'il exécutait ce genre de mission ? Vingt ans ? Trente ? Non, quarante !

Cela faisait maintenant quarante ans qu'il y travaillait pour la compagnie Eurco, Entreprise Universelle de Recherche Cybernétique et Organique. Une immense compagnie qui avait porté de nombreux noms au travers des siècles. Elle remontait à l'époque des Templiers, les fondateurs avaient des ancêtres dans cette branche.

Et depuis un demi-siècle, Eurco avait réussi à entrer en contact avec le peuple d'une autre planète : Gaïa. Cela s'était produit alors qu'un des employés de leur observatoire secret dans le Minnesota avait repéré le passage inattendu d'un météore surgi de nulle part.

Ils avaient suivi sa trajectoire avec un de leurs appareils spéciaux et top secret, et découvert que ce météore dérivait vers une planète où une activité énergétique incroyable s'était manifestée, repoussant bientôt le météore. Une immense vague de lumière bleue…

Karl s'en souvenait, on lui avait montré la vidéo lors de sa formation, quand il était tout jeune et promis à un bel avenir.

Les recherches avaient progressé après ça, car la compagnie avait un autre atout en main : elle pouvait créer des vortex vers d'autres mondes, si l'on connaissait bien les coordonnées de ceci et que l'environnement était viable pour les humains.

Ils étaient donc entrés en contact avec Gaïa, dans un endroit appelé le Cratère Nord. Ils y avaient rencontré des Turks, des représentants d'une compagnie qui avait autrefois contrôlé ce monde : la Shinra.

Ce monde, Gaïa, était en crise. Les représentants d'Eurco avaient donc proposé une alliance entre les deux mondes. Le chef de la Shinra avait tout d'abord refusé, très méfiant. En plus, il avait déjà une sale réputation avec tout ce qui s'était passé : Jenova, Sephiroth, les Incarnés, puis Deepground ! Non, franchement, il ne voulait plus courir le moindre risque.

Mais à force de rencontres, de discussions, de marchandage, les dirigeants des deux compagnies avaient établi un accord : ils donneraient à Rufus Shinra les moyens financiers de soutenir le WRO pour qu'il soit blanchi aux yeux de tous, puis il pourrait reprendre ses petites expériences et il créerait de nouveaux surhommes sans que personne sur Gaïa ne s'en rende compte.

La solution était simple : on n'enlèverait plus personne sur Gaïa pour des expériences, puisque les cobayes seraient des terriens ! D'autant que les deux espèces étaient très ressemblantes, même si des différences organiques étaient faciles à identifier par radio. Mais qu'importe !

Rufus pourrait se créer ainsi une nouvelle armée de surhommes particuliers, qui auraient des pouvoirs uniquement fournis par la Mako, et pas question d'utiliser les cellules de Jenova !

L'ancien président Shinra espérait aussi que les recherches combinées des deux compagnies lui permettraient de le guérir, il aimerait retrouver l'usage de ses jambes.

De son côté, Eurco espérait bien profiter des expériences de la Shinra pour avoir sa part de bénéfices : ils auraient une partie de la future armée de terriens pour eux, pour contrôler la Terre dans un futur proche. 2012 serait une date parfaite, déjà que la population craignait le chaos quand viendrait cette année !

Oui, vraiment, les deux compagnies avaient tout intérêt à collaborer.

Et Karl était l'un des pions majeurs à leur réussite : aujourd'hui, il livrait son dernier stock de terriens pour les laboratoires de la Shinra.

Le bateau avait changé de trajectoire, il se dirigeait vers le Triangle des Bermudes. Là, une fois qu'ils auraient traversé le trou noir, il arriverait à destination, et il préparerait les futurs cobayes à leur vie en laboratoire.

XxXxXxXxXxXxX

Cela faisait maintenant une journée entière qu'ils étaient coincés dans cette cale, sans aucun moyen pour en sortir. Dylan avait bien essayé de remonter le conduit d'aération, mais c'était bien trop étroit, et il y avait des embranchements trop multiples, un vrai labyrinthe !

Impossible de forcer la porte. Et maintenant, tout le monde se tenait assis par terre, désespéré. Ariale avait trouvé un sac un peu mou, qui faisait office de coussin. Et elle avait toujours son inhalateur sur elle, pour ses problèmes d'asthme. Depuis sa noyade dans la piscine de Sonia, elle avait de gros problèmes respiratoires. Cait Sith était assis sur ses genoux. La jeune fille lissait machinalement le poil du petit animal et désespérait.

Le seul à ne pas désespérer était Dylan, qui tournait en rond au milieu de la pièce.

« Pitié, arrêtez de tourner comme ça, j'ai la nausée ! » gémit la femme rousse à lunettes, celle qui avait crié qu'elle était allergique aux chats.

« Sarah, tu as toujours la nausée ou autre chose, tu es hypocondriaque ! » dit le gros homme barbu, qui s'avérait être son frère aîné.

Ariale leva les yeux au ciel. Manquait plus que ça ! Tout à coup, le bateau parut secoué par une vague de séisme.

Tout le monde se lança un regard inquiet, puis se leva et regarda autour de soi.

Sur le pont, Karl s'accrochait fermement au gouvernail. Le bateau était entré brusquement dans un épais nuage de brume surgi de nulle part. L'eau était très agitée maintenant, une véritable tempête isolée !

Heureusement que ce n'était pas la première fois qu'il traversait la zone du Triangle des Bermudes ! Sur le tableau de navigation, les aiguilles des cadrans s'affolaient, tournant dans tous les sens. Toutes les ampoules clignotaient, tandis que résonnait la sirène.

Enfin, il l'aperçut, un peu à sa gauche. Le trou noir, juste en face d'un énorme récif. Avec un sourire triomphant, Karl fit violemment tourner le gouvernail à bâbord.

Le bateau vira de bord et s'engouffra dans le trou noir. Aussitôt, il le ressentit. Une sensation atroce d'être tiraillé dans tous les sens.

En bas dans la cale, tous les passagers le ressentirent. Ariale tomba au sol en gémissant de douleur. Dylan rampa jusqu'à elle et lui serra fort la main tout en partageant la même douleur.

Seul Cait Sith, moins affecté que les autres de par sa condition de machine, put voir l'espace autour de lui qui était déformé, comme agité par des vagues de fumée noirâtre. Il voyait aussi des filaments verts très familiers : la Rivière de la Vie !

Était-il donc possible que…

XxXxXxXxXxXxX

Kadaj s'éveilla en sursaut. Ce mouvement brusque fit balancer son hamac. Il tomba à la renverse et s'étala sur le plancher.

Assis sur une chaise près de la fenêtre de la chambre, Yazoo leva le nez de son livre et le regarda avec surprise.

« Ça va ? » demanda-t-il.

Kadaj grommela un « oui » tout en s'ébouriffant les cheveux. Il avait fait un drôle de rêve, avec un bateau qui semblait navigue sur la Rivière de la Vie, et des gens qui criaient de douleur au fond d'une cale… Il avait même vu un des membres d'Avalanche parmi eux, le drôle de chat-robot !

Le jeune homme se redressa puis regarda autour de lui. Loz dormait à poings fermés dans son propre hamac. Mais Kadaj savait qu'en fait, il n'avait pas sommeil.

C'était pour oublier qu'ils s'ennuyaient. Depuis leur arrivée ici, Sephiroth ne les laissait plus sortir. Il disait que c'était trop dangereux, et qu'ils ne devraient se manifester que le moment venu. D'accord, mais quel moment, au juste ?

La seule fois où Kadaj avait osé le demander, cela lui avait valu un regard sévère de son aîné.

L'adolescent enrageait. Depuis son retour à la vie, il faisait des efforts pour supporter Sephiroth, mais ce dernier se montrait très froid et distant. Kadaj aurait aimé oublier tout ce qu'il lui avait fait subir autrefois, cela lui aurait bien plu d'avoir un grand-frère en plus !

Mais Sephiroth s'en fichait. Kadaj sentait qu'au fond, il n'était qu'un Incarné à ses yeux, un clone créé par Hojo. Pas quelqu'un qui avait peut-être été humain autrefois et avait subi le même genre d'horreurs que lui dans les laboratoires d'Hojo.

Dépité, il marcha jusqu'à la fenêtre et regarda dehors. Le ciel avait pris une belle teinte plaquemine, le soleil se couchait, il pouvait le voir, demi-perle d'or sombrant lentement dans l'océan argenté…

Ce spectacle était magnifique ! Comme il aurait aimé sortir pour aller contempler ce spectacle de plus près, tremper ses pieds dans l'eau, sentir de plus près l'odeur d'embruns que le vent rapportait…

XxXxXxXxXxXxX

Ariale fut réveillée par une horrible sensation de froid. Elle ouvrit les yeux et sentit de l'eau ruisseler sur son visage et couler sous ses vêtements.

« Enfin réveillée ? »

La jeune fille cligna des yeux, essayant d'adapter sa vue à l'obscurité ambiante. Elle vit qu'on lui avait attaché les mains dans le dos, autour d'un poteau qui soutenait une espèce de toit couvert de paille. Il faisait sombre, de rares trous dans la toiture laissaient passer de petites colonnes de lumière qui éclairait faiblement la pièce.

Et là, debout devant elle, à quelques mètres à peine, le capitaine la dévisageait avec un sourire cruel. Il avait enlevé sa veste et ne portait qu'un pantalon de cuir et une chemise blanche. Sa casquette avait disparu, révélant un crâne nu, où trônait le tatouage d'un aigle emmenant un serpent dans les airs.

« Bien ! Voici donc ma chère patiente numéro six. Bon, que les choses soient claires : je suis Karl, et toi, tu ne répondras désormais plus qu'au nom de numéro six, c'est mieux de commencer à s'adapter à cette situation le plus tôt possible. Alors, prête pour devenir une future Soldat ? »

Ariale fronça des yeux. De quoi parlait ce fou dangereux ?

« Où sont les autres passagers ? Et qu'est-ce que vous… Ouch ! »

Karl venait de lui balancer un coup de pied en pleine face. Ariale ne put que laisser sa tête basculer sur le côté. Elle sentit le goût du sang dans sa bouche.

« Mauvaise réponse ! C'est moi qui pose les questions et donne des ordres, ici ! »

Ariale attendit que sa tête lui fasse moins mal pour la relever, puis fusiller son agresseur du regard.

« Oh, quel regard terrifiant ! J'ai dompté des créatures plus terribles que toi, gamine », dit Karl avec un sourire narquois.

Soudain, un cri parvint à travers le mur. Ariale put voir que d'autres portes s'alignaient sur le mur derrière son bourreau. Chacune était verrouillée. Il avait donc enfermé chaque passager dans une pièce différente ?

« Encore l'autre binoclarde qui refait son cirque ! Je déteste qu'on hurle alors que j'ai ordonné le silence ! »

Ariale le regarda partir avec soulagement. Elle essaya alors de tirer sur ses liens, mais rien n'y fit. Ils étaient bien serrés !

Elle regarda autour d'elle, espérant trouver un objet, quelque chose par terre près d'elle qui l'aiderait à défaire ses liens : un morceau de verre, une pierre un peu aiguisée… Mais il n'y avait rien !

Soudain, elle entendit d'autres cris. Et ceux de l'homme y étaient mêlés. Oh non, il était en train de torturer quelqu'un d'autre. Accablée, Ariale baissa la tête. Mais où étaient-ils tombés ? !

Elle sentit soudain la panique la gagner. Et son asthme fit effet : elle avait besoin de son médicament ! Catastrophée, elle vit que son inhalateur était dans la poche de sa chemise, sur le devant. Elle se pencha, espérant l'atteindre avec sa bouche, mais c'était dur.

Elle se contorsionna, essaya différentes positions et se pencha tant qu'il finit par glisser de la poche pour tomber par terre.

Avec effort, Ariale se pencha jusqu'à reposer par terre sur le côté, puis parvint à coincer le tube dans sa bouche, mais à l'envers. Elle leva la jambe et actionna la pompe avec le genou, et inspira une bonne dose de médicament. Son asthme finit par se calmer.

Après cela, une journée s'écoula sans que rien de spécial ne se produise. Mais Ariale avait peur. Elle n'avait rien mangé, elle se sentait faible et mal. Dans son état, c'était très mauvais signe. Qu'arriverait-il au bébé si… ?

Soudain, la porte d'entrée de la cabane s'ouvrit. Karl entra. Il traînait un prisonnier derrière lui. Dylan ! Il avait l'air mal en point : ses vêtements étaient déchirés et sales par endroits. Du sang maculait sa joue et il avait un œil au beurre noir.

« Bon, je passe à une technique plus dure, j'en ai marre d'attendre, je veux atteindre mon quota de volontaires le plus tôt possible pour la Shinra ! Numéro cinq, rejoins l'armée qui se prépare ou ce joli brin de fille mourra. »

Dylan leva les yeux et regarda Ariale. Cette dernière serra les dents. Il y avait tant de douleur dans ses yeux !

« Laisse-la partir… Elle est trop fragile pour subir le traitement dont tu parles… » gémit Dylan.

Karl répondit par « Tssss ».

« Mauvaise réponse ! Bon… »

Il lâcha Dylan, s'approcha d'Ariale et commença à dénouer ses liens. La jeune fille n'y comprit rien. Si cette réponse ne le satisfaisait pas, pourquoi la libérer ?

Elle n'eut pas le temps de réagir. Dès qu'il eut ôté ses liens, il lui balança un coup de pied dans le ventre. La jeune fille tomba au sol en se tordant de douleur.

« ARRÊTE ! » hurla Dylan.

Loin de l'écouter, Karl se remit à frapper, rouant tout son corps de coups. Ariale hurla de douleur, le suppliant d'arrêter.

« Pas le ventre ! Pas dans le ventre, pitié ! » cria la malheureuse.

Mais Karl n'avait pas l'intention de s'arrêter là. Il continua jusqu'à ce que la malheureuse souffre trop pour en ressentir davantage.

Elle perdit connaissance. Trois heures plus tard, elle reprit péniblement ses esprits et regarda autour d'elle. La pièce était vide.

Soudain folle d'inquiétude, elle porta les mains à son ventre. Il était toujours aussi douloureux. Elle chercha désespérément en elle un signe de la vie qu'elle abritait, mais…

Une atroce vérité s'insinua en elle, une chose qu'elle seule pouvait ressentir : elle l'avait perdu.

Un sanglot s'échappa de sa gorge, puis elle se mit à pleurer. Qu'importe si Karl revenait en entendant ses pleurs, elle s'en moquait maintenant. Elle avait perdu son bébé !

Soudain, un petit bruit résonna près de la porte de sortie de la cabane. Celle-ci s'ouvrit. Cait Sith entra et courut près d'elle.

« Ariale ! Viens vite, on doit fuir ! Karl a emmené tout le monde dans un camion pas très loin d'ici, mais il va revenir et… »

Ariale ne l'écoutait pas. Elle avait fait une fausse couche, elle se sentait soudain si mal, anéantie, bonne à rien, si… vide !

Cait Sith se figea. Pourquoi pleurait-elle ainsi ? Ce n'était pas le moment, bon sang ! Il fallait se bouger ! Il se mit à tirer sur son bras, espérant la tirer dehors.

Tel un automate, Ariale se laissa mollement relever par le chat, puis se laissa traîner dehors par lui. Le chat la fit s'enfoncer dans des buissons touffus, à travers une espèce de forêt de pinèdes.

Plusieurs fois, Ariale tomba à genoux et enfouit sa tête dans ses mains en pleurant de plus belle. Mais Cait Sith ne la laissait jamais pleurer longtemps, il la pressait, la suppliait, lui criait qu'il fallait y aller.

Après une nouvelle « pause » entrecoupée de sanglots douloureux, Ariale se releva et suivit le chat à travers le bois. Curieux, on aurait dit qu'il y avait des palmiers, et cette odeur de mer… ?

Elle se figea en arrivant bientôt sur une petite colline d'où elle aperçut en contrebas l'entrée d'une espèce de ville hawaïenne. Un grand panneau surplombait l'entrée, où l'on pouvait lire : « Bienvenue à Costa del Sol ».

Ariale se prit la tête dans les mains. Voilà que les hallucinations s'y mettaient ! Elle… Elle était où, bon sang ? Dans un autre cauchemar ?

Non, elle était en plein cauchemar, voilà tout ! Soudain, elle s'arrêta. Il y avait un sentier sur sa droite, il passait devant un bungalow, mais qu'importe ! Au bout, il y avait une falaise…

XxXxXxXxXxXxX

Kadaj en avait assez, maintenant. Ce soir, il allait sortir prendre un peu l'air. De toute façon, Sephiroth ne ferait pas attention, il restait souvent dans le salon, seul et muré dans son silence, ou occupé à écouter la radio ou lire des archives de la Shinra (où les trouvait-il, d'ailleurs ?)

Une fois Yazoo parti dans la cuisine pour manger et Loz sous la douche dans la salle de bain, le jeune homme saisit sa chance : il ouvrit la fenêtre de la chambre, puis sauta sur la branche d'un arbre juste devant.

Souple et silencieux, il escalada l'arbre puis sauta sur un autre un peu plus loin du bungalow, sur la gauche.

Puis il descendit à terre et s'éloigna à pas rapides et silencieux. Il avait tout de même pris ses précautions : il avait utilisé le pouvoir de Jenova pour faire changer ses cheveux de couleur, ils étaient désormais noirs.

Et puis, les humains ordinaires étaient distraits, toujours occupés dans leurs tâches quotidiennes. Ils ne feraient pas attention à lui.

Mais il ne pouvait rien faire pour ses yeux : ils demeuraient verts, avec cette lueur Mako typique des soldats et ses pupilles félines, animales.

Les gens n'avaient jamais pardonné aux anciens membres de la faction armée de la Shinra.

Mais, en pratique, depuis la destruction de Midgar, même après la baisse de population causée par le Géostigma et Deepground, un exode massif de ses anciens habitants s'était produit. Et même les ex-Soldats passaient inaperçus dans la masse.

Alors inutile de s'inquiéter. Kadaj voulait juste passer un peu de temps dehors, pour regarder les étoiles. Une fois suffisamment loin, il descendit la pente sablonneuse et s'approcha du bord de l'océan. Il huma l'air, chargé d'humidité, de sel et d'odeurs typiques à la mer.

Il n'avait jamais connu cela étant enfant. Et quand Jenova avait pris possession de lui, il n'avait jamais pu réellement découvrir toutes ces choses. C'était comme s'il avait vécu tout ce temps endormi, sous l'eau…

Il avait vraiment l'impression de renaître par moment, pas seulement depuis qu'Aéris l'avait fait revenir. La nuit finit par tomber.

Empli de sérénité, le jeune homme alla s'allonger sur un banc près d'un bungalow désert et s'y étala. La tête calée contre ses bras repliés, il regarda les étoiles avec un mélange d'admiration et de peur. C'était de là qu'était venue Jenova. Était-il possible qu'il y ait d'autres créatures comme elle, quelque part, qui pourraient venir ici un jour, et tenter de finir son travail ? Il avait envie de croire que tout était fini, mais l'espace était si vaste, et lui si insignifiant, un être vivant parmi tant d'autres… Cette pensée le fit enrager, sans qu'il comprenne trop pourquoi, en même temps qu'une sorte d'émerveillement l'envahit.

Soudain, un bruit le tira de ses songes. Il se redressa brusquement, et vit passer devant lui une jeune fille. Elle passa si vite qu'il faillit ne pas voir son visage maculé de boue et de sang, ni les larmes dans ses yeux. Elle semblait avoir du mal à courir, elle se tenait le ventre d'une main et était un peu pliée en avant, comme si elle souffrait.

Partagé entre la l'inquiétude et la curiosité, il se leva de son banc et la suivit.

XxXxXxXxXxXxX

Ariale s'arrêta au bord de la falaise. C'était haut, très très haut ! Assez pour en finir avec tout ça.

Les autres étaient toujours prisonniers, dans ce monde inconnu qu'elle ne connaissait pas, et elle ne pourrait rien faire pour eux. La vie ne signifiait plus rien pour elle, en cet instant. Seule la chute comptait.

Elle allait sauter, et en finir avec tout ça. Elle fit un pas en avant, puis allait entamer un autre avant de plonger quand une voix résonna dans son dos.

« Eh ! »

Elle se retourna, et vit que quelqu'un l'avait suivi. Un jeune homme. En le voyant, elle prit peur. Et s'il était du côté de Karl, un complice peut-être ?

Mais rien dans son attitude ne dénotait une quelconque agressivité. Brun, un peu plus grand qu'elle, à peu près de la taille de Dylan, il avait un visage jeune aux traits un peu androgynes, mais magnifique. En cet instant, il regardait Ariale avec inquiétude.

« N'approchez pas, fichez-moi la paix ! » cria Ariale.

Le jeune homme tendit les mains en signe de paix, puis dit : « Vous êtes sûre de ce que vous faites, au moins ? »

« Je fais ce que je veux, je vous l'ai dit ! »

Elle fit mine de s'avancer. Kadaj eut aussitôt le réflexe de s'élancer pour l'arrêter, mais elle se retourna brusquement vers lui en hurlant : « NON ! »

Ce cri était empli de rage, mais aussi de désespoir et de chagrin. Kadaj comprit qu'il allait devoir agir autrement. Il recula d'un pas, à peine, puis poussa un soupir.

« Je vois… Mais si vous sautez, je plongerai aussi, et je vous rattraperai. »

Ahurie, Ariale cligna des yeux. Tout le monde était donc fou, sur cette planète ?

« Je suis sérieux ! J'ai reçu un entraînement de Soldat, autrefois. Alors, si vous sautez, je vous dépasserai, et je vous rattraperai avant que vous ayez touché le fond », dit-il, espérant la dissuader.

« Mais j'ai déjà touché le fond ! J'ai perdu tout ce que j'avais ! »

« Ah, vraiment ? Comment ça ? » Il disait ça pour gagner du temps. Peut-être que la pousser à se confier la ferait réaliser qu'elle n'avait pas de raison de sauter, qui sait ?

« Ce… Ça ne vous regarde pas, je vous l'ai dit ! Laissez-moi, tout est fichu ! On m'a fait du mal, j'ai perdu le bébé que j'attendais, et mon fiancé et les autres sont prisonniers, ils sont vont être livrés à la Shrida ou un truc comme ça, je ne peux rien faire pour eux ! »

Kadaj fronça des sourcils. La Shinra ? Quoi, cette fille s'était échappée d'une espèce de raid d'enlèvement pour des cobayes ?

« Là, j'ai une double bonne raison de vous empêcher de sauter ! Écoutez, je peux vous aider ! En plus, vous l'avez dit vous-même : vous avez encore votre fiancé ! Comment réagira-t-il quand il saura que vous avez sauté ? »

« Et comment il réagira en apprenant ma fausse couche ? ! » gémit Ariale, en se penchant plus vers le bord.

« NON ! Bon, écoutez… Ne faites pas ça ! » dit Kadaj en s'approchant.

Ariale secoua la tête tandis que d'autres larmes coulaient le long de ses joues. Elle en avait assez ! Pourquoi avait-il fallu que quelqu'un la coince en pleine tentative de suicide ?

Elle regarda vers le bas. Les récifs, les vagues qui frappaient la falaise en un grondement furieux, le vent glacé… Tout ça lui faisait peur, maintenant. Et la douleur en elle n'arrangeait pas les choses. Ce type l'obligeait à parler, à remuer toute sa souffrance. Dire qu'il y a à peine dix minutes, elle se sentait si vide, si prête de sauter, sans aucun regret ni sentiment en elle…

Soudain, elle sentit quelque chose autour de sa main. Surprise, elle releva la tête, et vit que le jeune homme s'était approché d'elle. Il lui tenait doucement, mais fermement la main. Et elle put enfin voir ses yeux : vert lumineux, avec des pupilles étirées comme celles d'un chat… Ils étaient emplis de tristesse, une tristesse proche de la sienne, la jeune fille le sentait.

« Vous n'allez pas faire ça, je le sais et vous le savez. Allez, venez », dit-il avec douceur.

Hochant tristement la tête, Ariale recula doucement du bord avec lui.

« Que c'est mignon ! »

Les jeunes gens se tournèrent vers la source de cette voix. Ariale reconnut aussitôt l'auteur de ces mots : Karl !

Et il tenait un fusil dans les mains ! Kadaj serra les poings. Il aurait dû prendre son Souba, mais Sephiroth le lui avait confisqué !

Soudain, avant que l'un d'eux ait pu réagir, Karl tira trois balles. Kadaj esquiva la première, mais la deuxième le toucha à la cuisse.

Ariale, elle, ne sentit rien, jusqu'à ce qu'une douleur violente la frappe en plein front. Elle vit plus qu'elle ne sentit son corps plonger en arrière.

« NON ! »

Impuissant, Kadaj la regarda tomber de la falaise. Il voulut s'élancer, quand il perçut le déclic des autres balles tirées par le fusil. Il bondit dans les airs et atterrit trois mètres plus loin, puis regarda vers le bas. La fille avait disparu, avalée par les flots.

Furieux, il se tourna vers le tireur, mais il avait aussi disparu.

Caché dans les buissons, Cait Sith avait tout vu et ressentait à présent autant d'horreur et d'impuissance que le jeune homme. Sa petite maîtresse était morte !

XxXxXxXxXxXxX

Finalement, elle allait mourir, au moment même où on lui avait montré qu'elle avait encore une très faible étincelle d'espoir en elle.

Mais cela valait peut-être mieux… Au fond, elle ne le saurait jamais ! Son corps était en train de sombrer dans l'eau. Elle pouvait voir comme tout était bleu et sombre autour d'elle. La lumière des astres à la surface traversait le flot mouvant et brouillait sa vue.

Ariale ferma doucement les yeux, laissant la vie la quitter doucement…

« Ce n'est pas encore l'heure, mon enfant. »

Cette voix… Ariale aurait aimé ouvrir les yeux, mais elle ne sentait déjà plus son corps. Pourtant, elle entendait encore. Comment était-ce possible ?

« Je suis là ! »

Ariale se souvint de ce jour où elle était morte l'espace de quelques minutes dans une piscine. Elle avait entendu une voix pareille à celle-ci.

« Oui, c'est moi », dit son mystérieux interlocuteur.

Il pouvait lire dans ses pensées ? Sans comprendre pourquoi, Ariale parvint à ouvrir les yeux. Elle vit qu'elle était de nouveau dans l'abysse. Et Il était là, au-dessus d'elle ! La jeune fille reposait au fond, sur le sable. Ses cheveux dansaient autour d'elle, avec les pans de ses vêtements.

Enfin, elle pouvait le voir : c'était une étrange… chose. Entièrement constituée d'énormes globes multicolores, qui s'alignaient en deux lignes, comme les perles d'un collier. Les deux lignes tournaient, enlacées, comme un motif d'ADN. À l'intérieur et tout autour dansaient des petites lumières, des filaments de couleur bleu clair et foncé.

« Je suis l'esprit de l'eau, l'un des éléments fondamentaux de ce monde. »

Ariale se souvint de tout ce que sa mère lui avait raconté, comme quoi chaque monde avait des éléments symbolisant la vie, et des esprits qui veillaient sur toute chose vivante…

« Tu n'es pas là par hasard. Je sais tout de toi. Tu as la marque d'un de mes frères, un esprit de ton monde. Les esprits t'aiment. Et je vais t'aider. Tu dois vivre. Cela te paraît fou, mais tu peux encore trouver le bonheur. Alors, n'abandonne pas ! Je te fais le cadeau de l'eau. Retrouve les autres maintenant, et tu vivras heureuse. »

Soudain, avant qu'Ariale n'ait pu poser une question, elle sentit une force incroyable traverser tout son corps. Sa tête se mit à brûler. Elle ferma les yeux et ouvrit la bouche, laissant l'eau entrer en elle. Non ! Elle allait mourir noyée ! Sans parler de ses problèmes d'asthme…

Elle rouvrit les yeux… et vit qu'elle n'était plus au fond de l'abysse. Elle reposait sur du sable, au bord d'une plage. Les vagues montaient et descendaient, touchant ses jambes par intervalles réguliers.

Lentement, comme dans un esprit second, elle se redressa et regarda autour d'elle. Ce n'était pas la falaise d'où elle avait sauté, ni dans le coin de Costal del Sol. Elle se trouvait sur une espèce de grande île rocailleuse, face à un temple en ruines.

Et loin, de l'autre côté de l'océan, elle pouvait voir les lumières de Costal del Sol.

Quoi ? Une minute, comment pouvait-elle voir d'aussi loin ? ! Soudain, un cri de mouette attira son attention. Elle leva les yeux et aperçut le volatile dans le ciel. Ce fut comme dans un télescope : elle vit l'image de l'oiseau grossir, comme s'il était soudain tout près d'elle.

Terrifiée, Ariale tomba à la renverse et porta les mains devant elle pour se protéger. Mais l'oiseau était dans le ciel, bien loin au-dessus d'elle.

La jeune fille aperçut soudain un petit crabe près de sa main. Il faisait du bruit, beaucoup de bruit. Elle pouvait tout entendre avec force !

Ses sens étaient incroyablement sur-développés. Elle porta la main à sa tête mais ne sentit rien. Pas même une cicatrice.

Elle regarda ses jambes, puis ses mains, ses poignets… Et là, sur le gauche, elle le vit : une espèce de tatouage bleu clair, qui représentait trois vagues. Le symbole de l'eau.

Alors, elle n'avait pas rêvé. Encore une fois, un esprit de l'eau l'avait sauvé.

Un peu plus loin derrière elle, le fantôme d'une jeune femme brune vêtue de rose l'observait avec un triste sourire. Ariale ne pouvait pas la voir, mais qu'importe. Elle, elle avait tout vu. Et elle avait bien l'intention d'aider Ariale et les autres.


Je sais, là, tout le monde doit être sous le choc et m'en vouloir atrocement. J'avoue que je m'attendais pas moi-même à une telle situation, mais c'est comme ça, désolée !

Pitié, ne me frappez pas ! Je sais, après tout ça, on ne peut pas croire qu'Ariale accepterait de continuer à vivre et de se battre, tant ce qui vient de se passer est horrible.

Mais faut croire que si, en tout cas, les esprits n'ont pas l'intention de l'abandonner.

Bon, j'ai fini, vous pouvez m'envoyer vos reviews incendiaires, j'ai ma combinaison ignifuge… -_-'