Chapitre 3 : A vaincre sans péril…
Cato avait réussi son coup. Le cœur de Katniss battait à tout rompre alors qu'elle rentrait de cette journée d'entrainement absolument contre-productive. Il avait raison, elle le savait. Chaque jour qui passait, les Carrières restaient si forts, tandis qu'elle s'affaiblissait. Même la nourriture ne lui donnait pas la forme qu'elle devrait avoir. Katniss ne savait pas sélectionner les bons plats. L'hygiène et l'alimentation étaient les seuls réconforts qu'elle avait du Capitole, et l'un de ces deux remèdes était traitre. Le ragoût d'agneau était divin, mais bon sang, comme elle se sentait ballonnée et fatiguée au moment de la digestion. Effie lui avait dit que les autres étages n'avaient pas le privilège du dessert. Il y avait une part de vrai. Les districts 1, 2, et 4 par exemple. Leur régime était strict, au point d'interdire même les sauces… Et ils avaient raison de procéder ainsi. Si même la nourriture du Capitole était abrutissante, pas étonnant que les habitants soient si méprisables !
Les paroles de Cato l'avait travaillée toute la journée parce que Katniss devait agir mais elle ne savait pas comment. Le coucher de soleil qu'elle observa depuis le toit lui donna une idée. Une idée un peu stressante, un peu risquée, un peu folle, mais pas mauvaise si elle aboutissait : s'entrainer de nuit, quand personne n'était présent, quand les tributs se tournaient et se retournaient dans leur lit et que les juges dormaient paisiblement… ce moment. Une petite heure, voire moins, ce serait amplement suffisant pour se familiariser de nouveau avec le tir, d'autant que les arcs du Capitole étaient plus lourds et riches que celui fabriqué par son père. Ce détail était une inquiétude de plus pour Katniss, qui avait la fâcheuse tendance à sous-estimer ses capacités, même celle d'adaption. Avec un peu de chance, cet entrainement la fatiguerait et elle pourrait espérer dormir un peu plus normalement ensuite. Dès que Peeta partit se coucher, passé minuit, Katniss attendit quelques minutes de plus avant de se faufiler à pas de loup dans l'appartement pour se diriger vers l'ascenseur. Cet engin, par contre, pouvait trahir son aventure à cause du bruit, ce qui ne fut fort heureusement pas le cas. Une fois les portes refermées, Katniss poussa un petit soupir soulagé et pressa le bouton menant vers les sous-sols. Descente direct et sans encombre vers la salle d'entrainement, qui était plongée dans une obscurité quasi-totale. L'espèce de faible lueur empêchant le noir complet était les néons rouges aux sorties de sécurité.
Certains tributs arrivaient plus tôt que les autres à cette salle, avant les juges, et ceux-là devaient savoir où se trouvait les fichues interrupteurs. Katniss, elle tourna en rond dans la pénombre, longeant les murs dans le mauvais sens. Comme elle avait l'air fine ! Elle fit un grand bond de terreur quand les lumières s'allumèrent d'un coup, l'aveuglant un très court instant. Son regard alerté parcourut rapidement la pièce et tomba sur le colosse du 2, qui avait la main sur ce qui devait être le fameux interrupteur qu'elle aurait risqué de trouver une bonne vingtaine de minutes plus tard.
Son cœur s'emballa de crainte. Qu'est-ce qu'il fichait ici ?
« Tu m'as suivie ? »
Eh bien, normalement, c'était plutôt impossible que Cato l'ait suivi mais disons qu'il tombait au mauvais moment. Il avait beau avoir l'air réservé, elle jurerait qu'il était un peu déstabilisé… comme s'il ne s'était pas attendu à la voir. Cato confirma d'ailleurs ses pensées :
« Très drôle. Je viens m'entraîner. »
« Après le couvre-feu ! », remarqua t-elle, rogue au possible
Je n'ai jamais cessé l'entraînement, avait-il dit. Elle eut l'estomac noué au souvenir de ses mots fatidiquement plus vrais qu'elle ne l'avait pensé. Il ne s'arrêtait jamais, tellement jamais qu'elle ne pourrait même pas utiliser la salle pendant la nuit !
« Après le couvre-feu », répéta t-il d'un ton blasé.
Qu'est-ce qu'il s'en moquait, du couvre-feu ! Cato faisait partie de ces gens pour qui 5h de sommeil était parfaitement suffisant, voire plus que nécessaire, pour être reposé. Hors de question de se tourner les pouces dans la nuit, quel gâchis ce serait... Et pour sa part, même s'il était intérieurement surpris de la voir ici, il savait pourquoi Katniss enfreignait le règlement : il s'agissait encore cette stratégie de discrétion.
« Tu fais ce que tu veux, mais il est hors de question que je remonte », prévint-il alors en se dirigeant vers les épées.
« Et comment je fais, alors ? », contre-attaqua t-elle sèchement, les poings appuyés sur ses hanches. Girl on Fire, songea le Carrière avec amusement à ce moment.
Elle se sentit stupide sitôt que les mots franchirent ses lèvres. Comme s'il en avait cure de ce qu'elle allait faire, qu'elle s'entraîne ou non... ! Cato était là pour gagner. Pourtant, il s'arrêta en chemin et se tourna vers elle en croisant les bras pour la considérer, la jaugeant d'un air dédaigneux et suffisant. Il nota que dans le regard irrité de la fille du 12 brillait également un désarroi semblable au jour de la moisson. Après une brève réflexion, il lâcha :
« Tu comptais t'entrainer combien de temps ? »
« Une heure », répondit-elle, un peu surprise qu'il ne lui ait pas déjà ri au nez.
Impossible de savoir ce qu'il avait derrière la tête, l'expression du Carrière était neutre et son regard bleu profond était indéchiffrable, au point que Katniss croyait y percevoir tout et son contraire. Mépris et estime, méfiance et assurance, moquerie et compréhension. C'était saisissant… et frustrant pour elle, qui avait conscience d'être un livre ouvert pour n'importe qui.
« Je reste ce soir », dit-il alors, « Demain, je te laisserai jusqu'à 1h30, puis je prendrai le relai. »
Qu'il lui propose une alternative qui l'arrangeait plus elle, que lui -il dormirait beaucoup moins !- relevait du miracle absolu. Katniss en fut méfiante, très méfiante. Où était le piège ? Elle l'ignorait pour le moment, mais la brune fut persuadée qu'à un moment ou un autre, il lui faudrait payer un dû à Cato, s'il était présentement honnête. Tant pis, elle devait saisir cette chance, car c'en était une. D'une certaine façon, même s'il avait probablement quelques pensées mauvaises et fourbes, Cato s'était montré conciliant. Beaucoup moins exécrable, Katniss proposa même avec reconnaissance :
« Je pourrais venir un peu avant, si ça t'arrange. »
« Évite. Le gardien passe vers minuit. »
Tiens, fin connaisseur. Bref silence. Katniss hocha la tête, mal à l'aise, puis lâcha dans un souffle.
« Merci… »
Merci de quoi ? Qu'elle se sentit idiote, encore ! Ce n'était pas gratuit, bon sang, qu'elle se le mette dans le crâne ! Elle ne perdait rien pour attendre… Comme si le colosse du district 2 allait lui rendre un service alors qu'il ne lui devait rien, alors qu'ils étaient ennemis et qu'ils chercheraient bientôt à s'entretuer ! Mais si… elle se trompait ? Si Cato n'était pas si impitoyable et égoïste qu'elle l'imaginait ? Cette idée la dérangea aussitôt. Elle préférerait que Cato ne soit rien de plus qu'un petit salopard arrogant. Il le serait probablement dans l'arène mais, en attendant, il laissait à Katniss le sentiment d'avoir une légère dette envers lui. Elle détestait ça. Surtout en sachant que ce type était la machine de guerre la plus destructrice de cette édition.
La blondin n'ajouta rien, bien qu'il eût clairement entendu le remerciement. Il se dirigea de nouveau vers les armes, saisit une épée et alla enclencher le dispositif de simulation de combat. Katniss le suivit des yeux sans trop savoir quoi faire. Elle n'était pas venue jusqu'ici pour rien non plus, quand même ! Le mieux serait certainement de se dédier à l'escalade, pour revigorer ses muscles, mais sans dévoiler un réel don dans le domaine. Voilà, c'était mieux que rien. Elle commença en douceur avec le mur aux prises et fit quelques petites montées de routine, rien d'extravagant, comme pouvait le constater Cato qui lui jetait des coups d'œil de temps à autres. Il songea que, soit Katniss était déterminée à garder le secret sur un talent, soit elle n'en avait aucun. Et si madame lui sucrait une heure par nuit d'entraînement sans raison valable qu'il puisse découvrir avant leur entrée dans l'arène, ce n'était clairement pas une mort rapide qu'il lui accorderait pour l'en châtier. Car, contrairement à ce que la brune essayait de se persuader, il ne comptait pas réclamer quoique ce soit en échange de sa bonne volonté. Il voulait juste laisser une chance à la Fille du Feu de briller à nouveau… avant qu'il n'éteigne la flamme pour de bon.
Deux inconnus, le lendemain, voilà ce qu'ils furent. Leurs regards se croisèrent à peine avant qu'ils ne se détournent avec désintérêt. Cette journée ne fut pas plus productive pour Katniss, mais elle avait le cœur un peu plus léger en songeant qu'elle pourrait se réadapter à l'utilisation d'un arc, la nuit tombée. Comme elle était pressée que le soleil se couche !
Ce soir-là, Cato fut un peu en retard pour le dîner avec son équipe. Pour cause, il réussit à intercepter Thresh après l'entraînement. Les stratégies s'étaient affinées et les membres de l'Alliance voulaient le compter parmi eux. Toutefois, l'alpha de cette meute vit sa main tendue sèchement rejetée devant quelques regards indiscrets, notamment celui la fille du Feu s'étant glissée comme une petite souris derrière le Carrière en prétextant être de passage pour rentrer à ses appartements. L'autre intruse fut la gamine du 11 qui, elle, passa derrière Thresh avec le sourire d'une chipie ravie, que Cato entraperçut sans réellement y prêter attention. Thresh parlait peu, de ce qu'on en savait. Sa bouche lâchait des « oui », des « non », ou des onomatopée, mais pour rembarrer Cato, il avait fait l'effort d'une phrase complète et bien sentie. Une lueur meurtrière passa dans le regard du Carrière, qui n'avait pas pour habitude d'essuyer un refus, puis, sans provoquer d'esclandre, il rejoignit ses appartements à son tour.
Une place vide l'attendait à table, à côté de Clove, et en face de leurs mentors. Leur repas était globalement modeste -mais pas trop-, à la volonté de tout le monde à cet étage. L'assiette de Cato l'attendait déjà, garnis avec 60% de protéines environ. Le régime imposé n'était pas si draconien en soi, il s'agissait juste d'être nourris pour ne pas perdre en muscle et en énergie. La dominance de féculents était plutôt réservée au matin et au midi, et quant aux fioritures telles que desserts, apéritifs et compagnie, elles étaient absolument bannies. Cato avait beau avoir la majorité, il n'avait jamais bu une seule goutte d'alcool. Les deux jeunes gens ne se plaignaient pas : tout était bon à prendre pour gagner.
Le blond s'installa à table sans un mot d'excuse pour qui que ce soit, se contentant s'adresser un signe de tête à ses deux mentors en guise de salut. Pourquoi s'étendre en politesse ? Tout ce qui intéressait Clove, Brutus et Enobaria, c'était l'issue de son entrevue avec le 11. Il eut à peine le temps de poser son arrière-train que sa camarade l'alpagua :
« Alors ? »
« Alors il a refusé. Et je me demande si ce n'est pas un mal pour un bien. »
« Que veux-tu dire ? », intervint Enobaria.
Cato la regarda, mais l'explication qu'il donna semblait plus destinée à Clove, qu'il considérait sa plus grande alliée à cette table… même si elle était également sa plus grande rivale.
« Marvel et Glimmer ont peur de lui. Ils compteront sur moi pour le tuer, ce qui signifie que tant qu'il vit, ils ne risquent pas de trahir l'alliance. »
« Tu ne leur fais pas confiance », interpréta Clove.
« Hors de question. »
« Tu as bien raison, Cato. Le district 1 a des valeurs différentes des nôtres et nous ignorons dans quelle mesure », l'approuva Brutus. Le visage de Brutus affichait constamment, et naturellement, une expression fermée, voire malveillante. Il avait bien la tête de quelqu'un qui, toute sa vie, n'avait placé sa confiance qu'en une seule personne sur terre : lui-même.
« Et moi ? », demanda soudainement Clove à l'intention de Cato.
« Toi ? »
Cato haussa un sourcil hautain, comme s'il venait d'entendre une question stupide. Enobaria les jaugea d'un petit air cynique et malin.
« Moi », répéta fermement Clove.
Un bref ricanement narquois s'échappa des lèvres du blond.
« Bien sûr que je te fais confiance. Tu sais parfaitement ce que notre district te réserve si tu trahis ta parole avec moi. »
« Dans la mesure où elle ressortirait vainqueur » pointa Brutus.
Enobaria mit son grain de sel :
« Une année, le traitre à son partenaire de district s'est fait jeter de l'acide au visage à son retour. Il a perdu la vue. Le coupable n'a jamais été retrouvé », relata t-elle avant de mordre férocement dans sa part de gigot, l'air de rien – ou l'air de quelque chose.
Tout le monde connaissait cette histoire, qui était un événement rare et bouleversant dans la mesure où on avait l'habitude de traiter les vainqueurs comme des rois. Mais jamais un Carrière du 2 n'aurait dû manquer à sa parole. Le châtiment était excessif, mais leur district étant le docile toutou du Capitole, il fallait bien trouver des gens à punir, et des raisons pour le faire. Cependant, l'attaque à l'acide avait été un acte individuel interdit par leurs mœurs et leurs lois : le Carrière aurait dû être jugé collectivement pour son erreur. Cato et Clove jetèrent un coup d'œil réservé à Enobaria, dont le regard s'était allumé d'une discrète lueur réjouie. C'était à se demander si elle n'avait pas commis ce méfait elle-même. Par préjugé, Cato la pensait parfaitement capable de défigurer un de ses petits disciples. Il n'osa pas poser la question cela dit.
« C'est l'honneur de votre district qui est en jeu lorsque vous vous engagez dans une alliance », développa Brutus. Cato et Clove le savaient. « N'oubliez pas de définir entre vous les clauses du contrat qui vous lie, et faites en sorte qu'elles soient connues du public. »
D'une année à l'autre, les règles variaient. Quelques fois, et ce n'était pas commun, les alliés avaient pour devoir de se protéger entre eux. D'autres fois, et ce serait certainement le cas cette année, il s'agissait juste d'une clause de non-agression jusqu'à ce que les derniers tributs soient morts. Les deux intéressés hochèrent la tête, mais une boule d'indignation était coincée depuis un petit moment dans la gorge de Clove, et celle-ci eut besoin de l'extraire. Elle tourna brusquement la tête vers Cato, sa queue de cheval fouettant l'air.
« Tu penses que je vais respecter notre engagement uniquement pour ne pas m'attirer les foudres de notre district ? Redescends Cato, moi aussi j'ai des principes ! »
Il ne répondit pas tout de suite. Un silence lourd plana puis acerbe, il répliqua :
« On verra. »
La nuit, Cato se tint à sa parole et arriva à la salle d'entrainement à l'heure qu'il avait indiquée à Katniss. Ce fut le cas pour la nuit d'après, également. Ce qui n'empêcha pas la Fille du Feu de craindre à tout instant qu'il ne débarque au moment où elle tenait un arc en main. Silencieuse au possible comme lorsqu'elle chassait, la brunette guettait chaque seconde le bruit de l'ascenseur, s'attendant à une petite trahison de la part du blond. Trahison qui ne se présenta pas. Dans ses courts entrainements au tir, Katniss ne toucha pas aux mannequins pour ne laisser aucune de ses marques, préférant viser des points précis dans les murs où ses flèches s'écraseraient sans dommage. Des flèches qu'elle allait ranger soigneusement ensuite. Katniss laissait la salle impeccable bien avant l'arrivée de Cato, par excès de zèle. Dès qu'il investissait le terrain, la brune s'éclipsait rapidement sans la moindre salutation. Une impolitesse qu'il lui rendait, bien évidemment.
Le troisième jour, cependant, quand elle arriva, les lumières étaient déjà allumées. Il était présent. Elle s'approcha de lui et Cato abaissa le javelot qu'il s'était apprêté à lancer sur une cible à 20 mètres de distance cette fois. Déprimant...
« Il n'est même pas encore 1h du matin », lui fit-elle remarquer avec un petit froncement de sourcils plus appréhensif que réellement désapprobateur.
Elle était parfaitement consciente que les entrainements qu'elle avait pu s'octroyer jusque là n'auraient pas été possibles sans sa bonne volonté. Et pire, il aurait très bien pu débarquer pendant son entrainement et la surprendre, mais tout de même…
« C'est vrai, mais l'évaluation est demain » rappela t-il. Venait-elle d'entendre une pointe d'irritation dans sa voix ? N'importe quoi, ces Carrières... Ils avaient déjà les sponsors dans leur poche ! N'était-il pas plus préoccupant de savoir qu'ils s'entretueraient tous dans deux jours ? Katniss était agacée par la superficialité du district 2.
« Aujourd'hui, je t'ai vu donner un coup de pied à un poids de 15 kilos sur ton passage. Tu n'y pas pas prêté attention mais il a décapité un mannequin au vol » l'informa t-elle placidement avant d'ajouter, de mauvaise grâce : « Je doute que cette évaluation te pose problème… ».
Le colosse s'autorisa un discret sourire indulgent que Katniss accueillit d'un air renfrogné. Cato l'empêchait de s'entrainer uniquement parce qu'il voulait absolument avoir une excellente note à l'examen ? Elle trouvait cela idiot. Il l'agaçait d'autant plus avec cet air suffisant qu'il afficha suite à l'espèce de compliment qu'elle avait malencontreusement lâché. Encore une fois, elle aurait mieux fait de se taire. Dire une telle chose avait été une façon d'admettre qu'elle avait reconnu son talent et qu'elle l'avait observé. C'était donc comme manifester une forme d'inquiétude. Elle ne voulait pas qu'il en voit chez elle. Après son sourire complaisant, il daigna se justifier –et quelle justification horripilante… :
« Je n'aurais aucun honneur à m'en sortir avec moins de 10. »
Son oncle avait obtenu un 9, autrefois.
Ce fut l'eau qui fit déborder le vase. Si Katniss faisait des efforts pour être aimable face aux gens du Capitole afin de ne pas faire fuir les sponsors, comme le craignait tant Haymitch, face à Cato, elle ne masqua pas son aigreur. Non, pire, son dégout. Inutile de faire semblant face à celui qui se ferait une joie de la dépecer dans l'arène. Celui qui, justement, s'était porté volontaire exprès pour cela : verser le sang. Un monstre…
« Ça me fait doucement rire de t'entendre parler d'honneur ! Tu as passé ta vie dans une espèce d'école militaire te destinant à devenir un vainqueur. Nous autres, pour la majorité, on a plutôt passé nos vies à chercher de quoi nous nourrir. Alors dis-moi, où vois-tu le moindre honneur ? Moi j'appelle ça de la cruauté et de la lâcheté. »
Une ombre passa dans le regard de Cato.
« Venant d'une tribut ayant passé sa vie à combattre la famine, comme tu dis, je n'attends ni compréhension, ni même discernement », rétorqua t-il froidement. Il refusait catégoriquement de se justifier auprès d'elle. Ce serait comme reconnaitre un tort. Et il n'était pas en tort.
En effet, Katniss ne pouvait comprendre. Elle n'avait jamais été à sa place et ne le serait jamais. Avant les Hunger Games, elle n'avait pas connu d'autre pression que celle de la faim, mais n'était-ce pas la pire des pressions, justement ?! Il s'en moquait, bien sûr. Après tout, Katniss venait du district 12. Que valait-elle ? Elle ne savait pas qu'une machine de guerre, pour parfaitement fonctionner, devait être parfaitement programmée. Quand on préférait crever en conquérant plutôt que de vivre en paria, c'était bien plus qu'une simple question de mentalité. Katniss ne pouvait le concevoir. Pour sa part, elle avait toujours associé l'honneur à la bonté. Pour l'heure, celui qui en avait le plus ici à ses yeux, c'était Peeta. Jamais elle n'oublierait le jour où il lui avait donné les deux pains qui les avaient aidés, elle et sa famille…
La situation du Carrière, ses pensées, ses objectifs, la dépassaient totalement. Même si elle en avait conscience, ça ne le rendait pas plus pardonnable à ses yeux. Qu'il ne la laisse pas s'entrainer seule était bien négligeable face au reste, face à ce qu'il représentait. Et même s'il la laissait ce soir, elle refuserait par sotte fierté. Katniss recula et fit un geste vif de la main pour balayer les paroles de Cato, comme on chasse une mouche.
« Tu n'as pas tort… Mais les Jeux durent parfois bien longtemps et les ressources s'épuisent si vite dans l'arène... » le nargua t-elle, « Tu ne connais pas la sensation de faim, ni de soif, n'est-ce pas ? Attends un peu, attends d'y être ! Au bout du compte, c'est toi qui me comprendras. »
Sur ce, elle tapa rageusement sur le bouton de l'ascenseur et se cogna l'épaule contre une porte en voulant entrer trop tôt dans la cabine, bien qu'elle n'y prêta aucune attention. Elle s'en cacha bien mais, en réalité, Katniss était en train de prendre la fuite car elle le savait très colérique. Elle l'avait déjà vu proche de réduire un autre tribut en bouillis pour un acte tout bête qu'il avait interprété comme de la provocation. En l'occurrence, Katniss avait largement dépassé les limites … ! Quand les portes se refermèrent, elle croisa le regard de Cato. Il n'avait pas l'air furieux contre elle. Un peu agacé, peut-être, mais surtout songeur.
Les deux séances nocturnes de Katniss payèrent malgré tout, et elle tapa plein cible dès la première flèche lors de son évaluation. Toutefois, sa prouesse –que les juges avaient dû voir répétitivement avec les Carrières- fut vite oubliée à l'arrivée du fameux repas. Bande de goinfres excentriques et méprisables… la prochaine flèche fut destinée à la pomme dans la gueule de ce fichu cochon qu'ils comptaient déguster allègrement. Katniss regretta un peu son geste après coup. Voilà, elle allait obtenir une note catastrophique et les sponsors allaient la fuir à cause de son caractère de cochon. Exactement comme Haymitch l'avait craint.
Les notes tombèrent au soir et Katniss grogna mentalement en constatant que Cato l'avait eu, son fichu 10, et que sa camarade du 2 aussi. Peeta récolta un 8 très convenable et Katniss s'enfonça honteusement dans son fauteuil à l'énonciation de son propre nom, puis…
11.
Quoi ?! Elle en resta baba.
« Ils ont apprécié ton tempérament », la félicita Cinna.
Sa joie fut très mesurée quand elle réalisa que, cette fois, Cato allait l'être… furieux.
Un grand merci pour vos reviews toujours encourageantes pour la suite !
J'espère encore que ce chapitre ne vous sera pas décevant.
Peace =)
