Merci à Lunastrelle, Alindmy et Ysa666 pour leurs reviews.

DISCLAIMER : Les personnages de Final Fantasy 7 appartiennent à Square Enix.


Chapitre 16 :

Un océan de ténèbres

Depuis qu'ils avaient quitté le bungalow, les cinq fugitifs arpentaient les falaises rocheuses bordant les plages occidentales de Costa del Sol.

Le ciel était gris et nuageux, il faisait sombre, la nuit venait de tomber, des rafales de vent frappaient parfois le vide et les poussaient en arrière.

« On pourrait pas faire une pause ? » gémit Ariale, fatiguée et frigorifiée. Elle avait ôté ses tongs pour mieux escalader, et sa robe bleue ne l'aidait pas beaucoup. La jupe était déchirée à plusieurs endroits, à cause de certaines aspérités.

« Pas avant d'avoir trouvé une cachette », dit Sephiroth, intransigeant.

« Et quand on l'aura trouvé, cette cachette ? »

« Quand je l'aurai trouvée ! »

Ben, voyons ! Môssieur a réponse à tout ? ! pensa la jeune fille, énervée, en lui tirant la langue.

Malgré le fait qu'il lui tournait le dos, celui-ci dit : « Je t'ai vue. Recommence et je te coupe la langue avec mon sabre ! »

Loz et Yazoo, juste derrière le jeune homme, se tournèrent vers Ariale avec des sourires amusés.

Ariale écarquilla les yeux. Comment pouvait-il la voir ? Elle allait le lui demander, quand quelque chose d'étrange se produisit, une chose qu'elle n'oublierait jamais jusqu'à la fin de sa vie.

D'abord, le sol se mit à légèrement trembler. Les cailloux tout autour d'eux bougèrent, de sinistres craquements retentirent, puis Ariale se cambra brusquement en arrière en poussant un hurlement déchirant.

Son corps émit des pulsations bleues en même temps que de violentes secousses ébranlèrent la terre.

Kadaj, qui était juste derrière, la rattrapa alors qu'elle chutait en arrière. Sans hésiter, il se plaqua contre la paroi de pierre avec elle serrée contre lui.

Les trois autres frères s'accrochèrent aux pierres, attendant que les secousses cessent. Lorsqu'enfin les secousses s'arrêtèrent, les nuages avaient disparu. Un mince croissant de lune éclairait le ciel, sinistre lame faucheuse argentée dans le ciel noir.

« Elle va bien ? » demanda Loz, inquiet.

Kadaj écarta légèrement Ariale de lui. La jeune fille tremblait et gémissait, son visage était crispé de douleur.

« Elle est évanouie ? » demanda Yazoo, les sourcils froncés.

« Non… Je sais pas… Aie ! »

Ariale s'agitait dans ses bras, elle semblait se débattre contre un ennemi invisible.

« Passe-la-moi, on est tout près d'un plateau, on va la déposer là et l'examiner », dit Sephiroth.

Acquiesçant, Kadaj se redressa et laissa son aîné prendre la jeune fille. Une fois en haut, il la déposa sur le sol et la regarda.

Elle avait cessé de trembler, mais elle affichait toujours un air de souffrance intense. Le jeune homme vit soudain que du sang coulait de ses oreilles.

Inquiet, il écarta les longues mèches de cheveux brunes et vit que ce n'était pas les oreilles, mais les branchies dissimulées derrière qui saignaient. Il regarda ses jambes. La peau était anormalement translucide, on pouvait voir les veines qui palpitaient au travers.

Un flash le tira de son observation. Les éclairs commençaient à frapper la terre. Un terrible orage menaçait.

Décidé, il reprit la jeune fille dans ses bras puis dit aux autres de le suivre. Il se remit en route, son précieux fardeau dans les bras.

XxXxXxXxXxXxXxX

Il faisait sombre. Trop sombre. Ce n'était pourtant pas le fond de l'abysse. Ariale était sûre qu'elle se trouvait dans l'océan, pas très loin de la surface.

Mais il régnait un silence effrayant. Pas ce silence agréable où on entendait le roulis de l'océan ni les petites bulles qui s'échappaient de certaines créatures marines, ou les couinements joyeux des dauphins.

Il n'y avait rien qu'un terrible silence qui lui rappelait à chaque instant combien elle était seule. Elle avait mal, atrocement mal à la tête et aux jambes.

Il y a quelqu'un ? Pitié, répondez-moi ! appela mentalement la jeune fille.

Ses pensées se perdirent dans un océan de ténèbres. Désespérée, elle inclina la tête vers le bas. Il ne lui restait plus qu'à lâcher prise. Elle flotterait à la dérive, comme un vulgaire morceau de bois, seul reste d'un bateau ayant fait naufrage.

Soudain, un petit bruit retentit. Le cœur battant la chamade, Ariale envoya un nouvel appel mental. Peut-être avait-elle rêvé ? Peut-être qu'elle s'était prise à imaginer ce bruit ? Mais un nouvel appel retentit.

Folle de joie, Ariale vit son cher ami le dauphin apparaître devant elle. Et il n'était pas seul. Avec lui se trouvait Mobby !

« Monsieur Dauphin ! Mobby ? ! Mais comment… ? »

« Même si ton don s'est affaibli, nous sommes les créatures de l'océan les plus proches de toi, petite humaine », dit la baleine.

Ariale sourit. Oh, comme elle était heureuse en cet instant de pouvoir parler à ses amis de l'océan !

« Mais que s'est-il passé ? Toute cette peur, et puis cette douleur… »

« L'esprit de l'eau a été détruit, Ariale. Nous avons tous ressenti sa mort. Et la planète en souffre. Sans l'esprit d'un des quatre éléments, l'équilibre n'est plus ! Et c'est l'univers tout entier qui va en pâtir, si nous ne trouvons pas une solution », dit le dauphin.

« Alors… Le cauchemar que j'ai fait… C'était réel, n'est-ce pas ? »

« Oui. Un ennemi a trouvé l'esprit de l'eau et l'a attaqué. Tu es partie juste avant que le combat commence », dit Mobby.

« Mais pourquoi ? ! J'aurais pu l'aider ! Pourquoi m'avoir obligée à partir ? »

« Parce que tu n'aurais rien pu faire. Tu n'étais là qu'en rêve. Ton esprit aurait été écrasé, seul face à la reine des Vortex. »

« Pardon ? La reine des quoi ? »

« La reine des Vortex. Les Vortex sont une menace venue d'un autre monde. Elle s'était manifestée il y a deux mille ans. Les Cetras ont eu affaire à la Calamitié des Cieux, et nous, les créatures de l'océan, avons dû combattre une autre menace venue avec elle. Il s'agit d'une entité qui a le pouvoir de piller les ressources naturelles d'une planète. Elle précède toujours la Calamité des Cieux, et elle se dépêche de récolter le maximum avant que la Calamité ne détruise la Planète. Ensuite, elle repart », dit Monsieur Dauphin.

« Les Vortex ont fini par s'en aller sans rien prendre, quand ils ont vu les Cetras vaincre Jenova. Nous supposons qu'ils sont revenus récemment grâce à la brèche spatio-temporelle que ton peuple a utilisée pour venir sur Gaïa. »

Ariale fronça des sourcils. Une brèche spatio-temporelle. Oui, elle se souvint que Sephiroth lui en avait parlé… Les paroles que Zack lui avait énoncées lui revinrent à l'esprit.

« Parce que le vortex qui relie notre monde à celui de ces gens doit être détruit. Il n'est pas d'origine naturelle, il a été créé artificiellement. S'il reste ouvert, il peut laisser passer d'autres… choses venues d'autres mondes, aussi. »

Et cela venait d'arriver. Quelque chose s'était servi de la brèche pour venir ici.

« Alors… Si l'esprit de l'eau est mort… Je n'ai plus de pouvoirs ? » demanda la jeune fille en serrant fort ses bras contre elle. »

« Non ! Non, la preuve, tu es là et tu peux nous parler en rêve. Une partie de l'esprit a trouvé refuge en toi, tu as son cadeau, il est toujours là. Il faut que tu retournes dans l'abysse et utilises ton pouvoir pour ramener l'esprit de l'eau. C'est le seul moyen de ramener l'équilibre sur la planète », dit Mobby.

« Et ensuite ? La reine reviendra pour le tuer ! »

« Cette fois, il sera prêt à l'affronter, je te le promets. Et nous serons tous là pour aider », dit le dauphin.

« Mais nous avons besoin de toi pour y arriver, Ariale. Il faut que tu nous aides, petite sirène », dit Mobby, avec un flux mental empli d'amour, comme une grand-mère pour sa petite-fille.

« Les amis… » dit Ariale, émue.

Soudain, les secousses reprirent. La jeune fille sentit son lien avec ses deux amis se rompre. Péniblement, elle ouvrit les yeux. Elle vit un plafond de roche au-dessus d'elle. La lueur d'un feu dansait sur la paroi.

Lentement, elle tourna la tête. Elle vit quelqu'un assis devant un feu.

« Ah, tu es réveillée ! Comment tu te sens ? » dit Yazoo.

Ariale voulut répondre, mais sa tête lui faisait si mal que remuer les lèvres ne faisait qu'aggraver les choses.

« Tu peux m'entendre ? » demanda le jeune homme, l'air inquiet.

La jeune fille parvint à un faire un vague « oui » de la tête avant que des points noirs se mettent à danser devant ses yeux.

« Tant mieux. Et tes jambes, tu peux les remuer ? »

Ariale essaya, mais dès qu'elle plia les genoux, elle se tendit et gémit. Elle avait mal partout, c'était horrible !

Conscient de sa douleur, Yazoo posa une main sur son front. La jeune fille sentit alors la douleur refluer.

« Repose-toi. Sephiroth et Loz sont partis inspecter les environs, et Kadaj est allé en ville chercher une potion pour te soigner. Ça ira mieux, après. »

Ariale voulut lui dire que non, tout n'irait pas mieux, elle venait d'apprendre des choses horribles. Elle aurait voulu tout lui dire, mais elle avait si mal, et elle se sentait si faible !

Écrasée par toutes ces sensations, elle se rendormit. Yazoo réarrangea la cape posée sur elle en guise de couverture, puis retourna s'assoire devant le feu. Dehors, à travers l'ouverture de la grotte, il pouvait voir les vagues qui fouettaient ragueusement les rochers.

La marée était anormalement haute cette nuit, une chose absolument inhabituelle à Costa del Sol, en cette saison. Et cette tempête qui avait éclaté à la tombée de la nuit, le vent qui soufflait si furieusement… Comme si les éléments exprimaient une colère incroyable envers les êtres vivants de cette planète…

Soudain, il vit deux ombres humaines apparaître devant l'ouverture. Instinctivement, il porta la main à sa gunblade, mais ce n'était que Sephiroth et Loz qui rentraient, trempés et échévelés.

« Comment elle va ? » demanda Sephiroth, tout en s'approchant du feu.

« Elle s'est réveillée il y a peu, mais elle s'est tout de suite rendormie. Elle est très faible, et son corps est empli de douleur, je l'ai senti. Je ne sais pas ce qu'elle a, mais c'est violent. »

Loz se laissa tomber devant le feu et baissa la tête. La tempête l'avait mis KO !

Juste à ce moment, Kadaj entra dans la grotte. Rabattant sa capuche, il poussa un soupir. Il faisait vraiment un temps de chien !

« Tu l'as ? » demanda Loz.

Kadaj sortit une petite bouteille argentée de sa poche. Il marcha jusque près d'Ariale quand Sephiroth lui dit qu'il allait le faire, qu'il pouvait se reposer.

Reconnaissant, le jeune homme se laissa tomber devant le feu à son tour et entreprit de se réchauffer.

Sephiroth s'agenouilla près d'Ariale et lui prit doucement la tête d'une main, l'autre débouchant la bouteille.

Ce fut ce moment que la jeune fille choisit pour ouvrir les yeux. Yazoo avait raison, elle avait très mauvaise mine. Ses yeux étaient vitreux, et elle avait le visage crispé, comme si elle se retenait de crier.

Doucement, il cala le goulot contre ses lèvres desséchées. Ariale ferma les yeux puis ouvrit la bouche. Dès la première gorgée, elle parut aller mieux et se mit à boire.

Lorsque la bouteille fut vidée, elle laissa échapper un soupir de soulagement.

« Ça va mieux ? »

« Oui… » dit-elle, la voix un peu rauque.

Elle balaya la grotte du regard. Sa tête ne lui faisait plus mal, la potion créait une chaleur agréable dans sa gorge, et elle se diluait dans tout son corps.

Mais, en voyant la tempête qui faisait rage dehors, elle se souvint. Mobby, Monsieur Dauphin, les Vortex… Oh non, il fallait agir, vite !

Avec effort, elle se redressa. Notant ce changement, les quatre hommes se tournèrent vers elle.

Ariale essaya de se lever, mais ses bras lui faisaient encore mal, ainsi que ses jambes. La potion ne l'avait pas complètement guérie, juste un peu soulagée.

« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda Sephiroth.

« Je dois… y aller », dit la jeune fille.

« Où ça ? Tu es encore faible, tu dois te reposer. »

« Non… C'est l'esprit de l'eau ! Il a été détruit, je dois le ramener », dit Ariale, en l'implorant du regard.

Sephiroth fronça des sourcils.

« De quoi tu parles ? »

Ariale allait lui répondre, quand les trois Incarnés se tournèrent vers la grotte et dégainèrent leurs armes. Sephiroth tourna la tête vers l'ouverture. Son visage, qui exprimait de l'inquiétude, redevint un masque froid de guerrier.

L'air résolu, il souleva Ariale dans ses bras et la déposa au fond de la grotte, dans un recoin obscur et un peu bas, comme un trou.

« Reste ici, et ne bouge pas, quoiqu'il arrive », dit le jeune homme.

Il la regarda un instant, puis rejoignit les autres devant l'entrée. Ariale voulut bouger pour mieux voir, mais le coin où il l'avait mise était étroit et elle avait encore du mal à bouger.

« Comme on se retrouve », dit la voix de Diego.

Ariale se tassa plus au fond. Oh non, pas encore lui ! Elle perçut le bruit des sabres et des gunblades que les autres armaient.

« Qu'est-ce que tu veux ? » lança Sephiroth.

« Où est Ariale ? »

« Elle nous a faussé compagnie ! Elle ne nous faisait pas confiance », lança Yazoo.

« Tu m'étonnes, pourquoi elle le ferait ? Elle est des nôtres, pas une espèce d'hybride extraterrestre à la noix comme vous », dit la voix arrogante de Patrick.

Ariale serra les dents. Misère, toute la bande devait leur faire face ! Et comment tout ça allait-il se finir ?

Soudain, la terre se remit à trembler. Ariale vit les stalagmites au plafond qui bougeaient. Certaines se trouvaient juste au-dessus de sa tête ! Et si jamais… ?

Tout à coup, le bruit des vagues lui parut plus fort. Et un autre bruit vint s'y mêler, évoquant celui d'une tornade.

Cette fois, elle avait oublié la douleur. Elle sortit la tête de sa cachette, vit qu'une espèce de mêlée s'était formée, les deux groupes luttaient l'un contre l'autre. Il n'y avait pas que Patrick et Diego qui étaient là, apparemment.

Le vent soufflait incroyablement fort autour d'eux. Ariale vit qu'une véritable tornade se trouvait devant l'entrée, et gagnait en intensité.

Impuissante, la jeune fille les regarda disparaître. Ses cris se perdirent dans le vent qui soufflait. Les vagues envahirent la grotte et foncèrent sur elle.

Ariale ferma les yeux et retint sa respiration en réflexe.

« Ariale… »

L'eau était glaciale. Pour elle qui avait de la fièvre, c'était un grand choc thermique.

« Ariale, n'aie pas peur ! L'eau est ton amie », dit une voix familière.

Ariale rouvrit les yeux. L'esprit de l'eau ! Elle entendait encore sa voix… Mais où était-il ?

« Je suis là… En toi… »

La jeune fille baissa les yeux. Ses jambes avaient disparu, sa robe aussi. Elle était redevenue une sirène. Elle regarda son corps. Sa peau luisait faiblement, d'une lueur semblable à celle de l'esprit de l'eau.

Mais la lueur s'éteignit aussitôt. Ariale regarda autour d'elle. La grotte était envahie par l'eau.

Inquiète, elle en sortit et regarda autour d'elle. La tempête avait inondé la plage de Costa del Sol. Bientôt, ce serait la ville qui serait atteinte, si l'eau continuait de pleuvoir.

La jeune fille nagea vers le fond de l'océan. Elle remarqua tout de suite un net changement : il n'y avait plus de bancs de poissons multicolores, ni de corail ou d'algues. Pas même une quelconque anémone.

« Les vortex. Ils ont commencé leurs récoltes », dit l'esprit dans sa tête.

Ariale sentit son sang se glacer. Alors cette tornade qu'elle avait vue dans la grotte… Bon sang, mais bien sûr ! Ce n'était pas un phénomène naturel.

Les vortex avaient pris ses amis, et les terriens aussi… Elle revoyait encore les visages inquiets des argentés. Elle n'avait pas passé beaucoup de temps avec eux, elle n'était même pas sûre de pouvoir les qualifier comme étant des amis. Mais ils étaient les seuls êtres désormais assez proches d'elle sur cette planète, et ils avaient risqué leur vie pour la protéger dans cette grotte. Alors, elle ne renoncerait pas !

Emplie d'une nouvelle résolution, elle se mit à nager en direction de l'abysse. Première étape : elle allait ramener l'esprit de l'eau dans son habitat d'origine, et vite.