Chapitre 8
- Alors comme ça, Anna s'en va bientôt ?
- En fait je compte lui suggérer de venir en Inde avec Erika et moi. Je pense que Ravi pourrait l'aider à compléter certaines techniques de concentration qui pourrait lui être utile pour mieux maitriser ses pouvoirs.
Jones tenait fermement le sac de frappe contre le lequel frappait Declan, à coups réguliers mais puissants.
- Ravi , hein...Tu es sur ?
Declan arreta de frapper, et fit le tour du sac. Ce fut à Jones de frapper.
- Loin de moi l'idée de me mêler de tes affaires, mais … t'aurais pas craqué pour la petite...
- Tu te fous de moi ?
- Absolument pas.
- C'est ridicule. Elle a dix ans de moins que moi, au moins, et... non!
Pendant ce temps il avait continué de frapper. Et quand Declan reprit sa place, Jones remarqua que ses coups étaient plus forts, et moins précis.
- Sérieusement tu devrais lui en parler...
- De toute manière, elle est pas prête à ce genre de relation. Ni avec moi, ni avec personne!
- C'est à elle d'en décider.
- On part en Inde demain. Et dès notre retour, elle repart chez Magnus. décréta Declan en ôtant ses gants. Il les accrocha soigneusement et quitta la salle sans un mot supplémentaire.
- Ah Anna! Je te cherchais!
Anna était au labo d'informatique, en trainde rassembler son matériel.
- Oui ? QU'est-ce qui se passe ?
- Je vais en Inde, avec Erika, pour quelques semaines. Est-ce que ça te dirait d'en apprendre plus sur les phénomènes avec Ravi ? Et je suis sure qu'il serait enchanté de te rencontrer. Sans compter qu'il peut surement t'aider à approfondir ta concentration.
- Pourquoi pas … Prudente, Anna ne s'avançait pas. Plus le temps passait, plus rester en compagnie de Declan lui était difficile. Il était temps qu'elle s'éloigne, pour que disparaisse cette stupide affection. Mais sa curiosité et sa soif d'apprentissage étaient plus fortes que tout.
- SI Helen n'y voit pas d'inconvénients c'est d'accord.
- Je me suis permis de lui en parler. Elle n'y vois aucun inconvénient. fit Declan, singeant un peu la jeune femme.
- Bon...On part quand ?
- Demain.
- On recommence!
L'ordre avait claqué, plutôt sec. Anna essoufflée, prit quelques secondes de repos. Son débardeur, humide de sueur, collait à son dos, témoin de la dureté de l'entrainement.
Declan avait monopolisé les hommes de Ravi. Ils étaient onze, en cercle autour d'Anna. Ils l'attaquaient tour à tour, ne lui laissant aucun répit. Le climat posait déjà des problèmes à Anna, et la fulgurance des attaques la menait à chaque fois à l'extrême limite de la défaite. De temps en temps, la lumière changeait : alors elle devait utiliser son pouvoir électrique.
- C'est époustouflant.
- C'est pas assez.
- Euh, Declan, loin de moi l'idée de me mêler de ton programme, mais ça fait six heures qu'elle se bat contre mes gars...Trois équipes sont passées, et elle est seule. Alors, pouvoir ou pas, c'est énorme. Surtout si y a trois mois, elle était incapable d'utiliser ses pouvoirs.
Anna savait qu'elle devait mettre fin à l'entrainement. Elle était à l'extrême limite de ses forces. Mais en bonne entêtée qu'elle était, elle ne voulait pas renoncer, même si elle courrait à nouveau le risque de perdre le contrôle. Il fallait donc qu'elle trouve un moyen de tous les mettre à terre en même temps.
Et si …
Anna se débarassa d'un nouvel adversaire et se plaqua au sol. Elle lança quelques éclairs, éloignant les attaques, avant de s'accroupir, comme un félin prêt à bondir.
Se remémorant les entrainements de son père, elle augmenta le nombre des éclairs jusqu'à créer une véritable cage, qui lui fit un bouclier fort efficace. Débloquant son empathie, elle réussit à capter l'état d'esprit de ses assaillants et sourit : beaucoup de respect, mais elle réussit à trouver l'origine de la prochaine attaque, et envoya un éclair, mettant l'homme à terre.
Heureusement qu'ils sont équipés...
Anna chassa vite cette pensée : elle devait oublier qu'ils étaient dans le même camp. Elle serra les dents, se concentra au maximum pour former une vague de sensations sans pour autant se relacher, et envoya une vague de léthargie à ses assaillants qui s'effondrèrent, s'endormant quasi instantanément.
Ravi sourit, franchement impressionné, bien que vaguement inquiet pour ses hommes. Declan haussa les sourcils, avant de regarder Ravi.
- J'y vais. On va voir si elle est capable d'occulter l'humain...
- D'accord.
Ravi resta planté dans son observatoire. Il vit certains de ses hommes se réveiller, tandis que deux hommes en blouse blanche entraient pour évacuer les autres et évaluer leur état. Anna resta seule, au sol. Ravi voyait qu'elle était à bout de force. Il avait confiance en le jugement de Declan, mais il était quand même inquiet. Il savait que le Brittanique pouvait être carrément retors, et se demandait comment il allait pousser la jeune femme dans ses derniers retranchements.
Lorsque la porte se referma, Anna ne bougea pas. Elle se croyait seule, et continuait à respirer profondément, réoxygénant un maximum ses muscles raidis par la durée de l'effort.
- Debout.
Non...Pas lui...
Anna ne répondit pas, mais la jeune femme ne se releva pas tout de suite, engourdie.
En hauteur, Ravi contemplait les deux jeunes gens.
Ne la pousse pas trop loin, mon ami... Tu pourrais le regretter.
Bravement, Anna se releva, tentant d'oublier ses muscles qui criaient grâce, et le félin au fond d'elle qui grondait. Lentement, elle s'approcha, gardant les yeux au sol.
A quoi il joue? Je suis épuisée...Il veut pas...Oh putain, il veut se battre contre moi.
Anna n'était pas certaine de pouvoir occulter le facteur humain, et cette fichue attirance qui perdurait, alors elle fit la seule chose qui lui vint en tête.
Quand Declan rencontra enfin son regard, il tomba dans des prunelles dorées. L'or liquide de ses iris ne montrait aucune rage, comme la dernière - et la seule - fois où il avait "vu" le félin.
Tendue, la jeune femme commença à lui tourner autour. Si elle devait se battre avec son propre entraineur, hors de question qu'elle reste immobile.
Dégourdissant doucement ses muscles crispés, elle attendait. Elle savait qu'elle ne devait pas se précipiter. Elle pouvait battre Declan en force pure, ou presque. Mais il était un fin stratège, et un combattant des plus rusés, n'en déplaise à ceux qui le prenaient pour un simple administratif.
En haut, Ravi observait le combat avec intêret. Il ne connaissait pas cette facette de Declan. Il ne connaissait que l'homme posé, l'adepte du zen et de certains arts martiaux. De plus, il avait d'abord pris Anna pour une simple étudiante, une nouvelle protégée de Magnus. Mais il avait bel et bien deux guerriers devant lui.
Et étonnamment, ce fut Declan qui lança les hostilités d'un simple balayage qu'Anna évita en sautant souplement. Et l'assaut commença. Si Anna avait cru un instant qu'il se contenterait de bloquer et éviter ses coups, il n'en était rien. Voyant qu'elle n'arrivait à rien, elle débloqua son empathie, et projeta ses sensations vers Declan, pensant les remettre à égalité. Mais il n'en fut rien. Envahie par une vague de lassitude, la jeune femme envisagea de se laisser atteindre par la prochaine attaque, mais son côté félin se rebiffa.
Pendant une demi-heure, ils firent une sorte de bagarre ping-pong. Lorsque Declan haussa le niveau, Anna crut qu'elle allait s'effondrer. Elle réfléchissait à toute allure. Il l'avait entrainée, elle ne devait pas utiliser les manoeuvres, ou les ruses qu'il lui avait enseignée. Et soudain, elle eut l'illumination.
Elle sauta pour s'accrocher à la poutre du plafond. Surpris, Declan tourna sur lui même, la cherchant des yeux. Anna inspira à fond, et juste avant qu'il ne lève les yeux, se laissa tomber sur lui de tout son poids. Il chercha à se libérer, mais elle le maintenait, et il ne réussit qu'à se retourner. Mais elle lui tournait le dos, aussi il n'avait que très peu de prise.
- Bravo.
Anna le relacha immédiatement. Ses yeux redevinrent chocolat. Ravi quitta l'observatoire, et gagna l'entrée de la salle. Lorsqu'il ouvrit la porte, il fut stupéfait.
Declan avait senti la prise d'Anna se relacher. MAis la jeune femme ne bougeait pas. Pas qu'avoir un corps chaud et ferme pressé contre le sien soit désagréable, mais cela commençait à l'inquiéter.
- Anna. Anna ?
Tant bien que mal, il se redressa, et s'aperçut que la jeune femme était sans connaissance.
Alors seulement il comprit qu'il était allé trop loin. Il vérifia son pouls, et constata qu'elle respirait toujours.
- On l'emmène à l'infirmerie. J'appelle une équipe.
- Pas la peine. Declan se releva et prit la jeune femme dans ses bras.
- Je te suis.
Mais ils étaient à peine à mi chemin qu'Anna commença à remuer dans ses bras.
- Tiens toi tranquille, Kittycat. Je t'emmène à l'infirmerie.
- Non...Marre...
Les deux hommes échangèrent un regard amusé. Declan la déposa sur un lit, le temps que Ravi prenne ses constantes.
- Comment tu te sens ?
- Morte de fatigue.
Anna n'avait même pas la force de se tenir assise.
- Ca va aller.
- Un bain de trois heures, une nuit de huit, et ca repart, balbutia la jeune femme.
- Tes constantes sont bien.
- Je le savais. râla Anna.
- Tu restes là une heure ou deux, ensuite tu pourras t'en aller.
- D'accord...
Ravi se retourna pour régler les machines, et quand il revient vers Anna, elle dormait déjà.
Un peu plus tard, Declan voulut se risquer jusqu'à la chambre de la jeune femme. Quand il tomba sur Ravi, il comprit qu'il allait devoir s'expliquer.
- Parle lui, mon ami. Cette tension entre vous, ce n'est bon, ni pour elle, ni pour toi.
Declan ouvrit des yeux ronds. Mais qu'avaient-ils tous à se mêler de sa vie privée ?
Il frappa à la porte et attendit. N'entendant aucune réponse, et vaguement inquiet, il entrouvrit la porte et passa la tête dans l'entrebaillement.
- Anna ?
La jeune femme sortit de la salle de bains, s'essuyant les cheveux.
- Oui ? Ah Declan. Ca va ?
Tout de blanc vêtue, elle dégageait une certaine fragilité, mais aussi beaucoup de sensualité. Incertain sur la conduite à tenir, Declan restait dans l'entrebaillement.
- Oui. C'est à toi qu'il faut demander ça. Au passage...
Anna réprima difficilement un baillement.
- Je vais te laisser dormir.
- Non, non, t'avais un truc à me dire ? Désolééée fit-elle en baillant plus franchement.
Elle grimpa sur son lit et tapota le rebord.
- Viens là, ça m'évitera de me tordre le cou.
- J'aurais pas dû aller si loin. J'ai voulu voir si tu gardais le contrôle, mais j'ai vu tes yeux.
- C'est moi qui l'ai déclenché. Et stoppé. C'est pas une perte de contrôle... avoua la jeune femme.
- C'est une bonne chose dans ce cas. Mais... pourquoi ?
Anna soupira en fermant les yeux, et vint s'appuyer contre l'épaule du britannique. Comme ça, elle n'avait pas à croiser son regard.
- Parce que c'est toi qui m'a entrainé sur la majorité des choses que je teste en ce moment, donc anticiper mes gestes est trop facile pour toi.
Ouf! Elle trouvait qu'elle s'en était bien tirée. mais Declan revint à la charge.
- Tant que c'est pas par peur de ne pas réussir à occulter que c'était moi en face, tout va bien ...
Anna grimaça et sourit : elle avait été percée à jour. Elle bailla à s'en décrocher la machoire.
- Allez, repose toi...
Anna fit mine de s'écarter, mais Declan, obéissant à une impulsion subite, la prit franchement dans ses bras en s'adossant aux multiples coussins. Anna, trop fatiguée, ne réagit pas et s'appuya plus franchement contre le support confortable qui lui était offert. En quelques secondes, elle dormait, une main crochetée dans le tshirt de Declan. L'homme secoua la tête, résigné. Il savait qu'il n'aurait pas du autant apprécier ce contact, mais rien n'y faisait. Il se laissa donc aller lui aussi au sommeil.
