Chapitre 9
- Merde! On est faits comme des rats!
Le regard d'Anna alla d'un écran à l'autre, avant de revenir se porter sur Declan.
- Il faut tirer les enfants de là. Y a une sortie de secours ?
Declan se concentra. Ses deux équipes d'intervention étaient disséminés dans les couloir du refuge.
- Il faut que j'aille avec eux. Tu vas t'en sortir ?
Avec son gilet pare balles et sa queue de cheval, on aurait dit une gamine de dix huit ans sur le point de jouer une partie d'air soft.
Près d'elle, Erika semblait apeurée, mais déterminée.
Anna acquiesça et ouvrit la réserve d'armes. Resserrant son gilet pare balles, elle s'équipa, lançant armes et chargeurs de rechange à Erika. Elle hésita, et donna ses trois chargeurs de secours à Declan.
- T'en aura plus besoin que moi.
L'ambiance était électrique. Les enfants étaient serrés dans un coin avec leur professeur.
- Prends ça. Tu pourras connaitre la position exacte du bateau comme ça.
Anna glissa le téléphone dans une poche de son treillis, et tendit le sien au britannique.
- Toi qui disais que ce voyage en Inde était de la pure détente...
Elle se glissa derrière lui, vérifia les attaches de ses armes et de son pare-balles.
- Tu peux y aller. Je vais essayer de te faire gagner du temps. Et Declan... Elle lui attrapa le poignet. Sois prudent.
Une seconde plus tard, il l'attirait brusquement contre lui, avant de l'embrasser fougueusement.
Interdite, Anna le regarda disparaitre alors qu'Erika pouffait de rire.
- Et ben, c'est pas trop tôt, j'ai envie de dire...
Anna s'ébroua, faisant sourire les enfants.
- Bon, allez les petiots, quand faut y aller... Erika, tu t'en vas avec eux. Vous m'attendez pour sortir du tunnel. J'ai ma vision de superman pour scanner les environs. Et au moindre problème, tu m'appelles. fit Anna en tapotant sa radio.
- Tu vas faire quoi ?
- M'amuser un peu...
Anna regarda disparaitre le petit groupe et s'approcha du mur qui longeait le couloir.
- Declan...Si tu peux, amènes les vers le mur qui longe la cache.
- Vous avez entendu ? Allez, go, go, go!
Bon, allez, il faut y aller...
Elle savait qu'elle captait les émotions depuis sa cachette, mais elle espérait pouvoir manipuler leurs assaillants. Les yeux rivés sur l'écran du couloir voisin, elle se concentra sur la haine qui arrivait jusqu'à elle. Bientôt, elle ressentit la force de la confiance et la détermination. Un coup d'oeil sur l'écran de surveillance confirma son intuition. Yeux fermés, elle envoya une vague de peur panique, priant pour ne pas déstabiliser leurs propres hommes.
- Anna! Ca marche, mais maintenant tu dégages. Mets les petits en sécurité.
- Reçu. Bonne chance les gars.
Arme à la main, elle prit le tunnel d'évacuation prenant soin de refermer l'issue derrière elle. Deux kilomètres plus loin, elle baillonnait Erika pour l'empêcher de crier.
- Chut, c'est moi. Tout va bien , les petits ?
En tant qu'empathe, elle avait une affinité particulière avec ces petits télépathes. Elle tenta de leur faire passer autant de calme et de confiance qu'elle put, avant de prendre la tête de la file.
- Ne bougez pas. Je reviens.
Elle se retourna, et fit un petit clin d'oeil aux enfants avant de disparaitre.
- J'ai beau le savoir, jamais je m'y ferai... marmonna Erika en voyant ses pupilles fendues.
Anna jeta un dernier regard à la carte sur son écran. Le point clignotant était toujours là, signe rassurant de la présence du bateau. Elle fit rapidement le tour de la zone, puis revint vers la cachette.
Elle se glissa dans les fourrés, et regagna l'abri du tunnel.
- On va pouvoir y aller. Les enfants...
Anna s'accroupit et réfléchit un moment : elle savait qu'il était inutile de les infantiliser, ils savaient parfaitement ce à quoi ils étaient confrontés.
- Bon, on va sortir. Une fois qu'on sera dehors: pas un bruit, sauf si y'a un problème. C'est compris? L'un après l'autre, les enfants acquiescèrent. Anna tentait de garder son esprit aussi neutre que possible. Plus que tout, il fallait éviter qu'ils paniquent.
- J'y vais. fit elle à Erika. Tu comptes trente secondes, et tu les fais sortir. Il y a un bosquet à trois heures, à 25 mètres. Tu te postes vers la mer, je serai de l'autre côté. Tu as une minute, à partir de maintenant.
Et hop, le regard orangé était de retour en un clignement d'oeil.
- Magnus! l'alarme du refuge de Kelwa s'est déclenchée.
- Allons bon... Pourtant le Sanctuaire de Mumbai n'a pas signalé de crise. On va les appeler. Bonjour Ravi.
- Helen, Henry. Quel plaisir. Il y a un problème ?
- Non, mais une des alarmes des refuges s'est déclenchée.
- Quoi? Lequel?
Navi se pencha vers le terminal le plus proche et pianota quelques secondes.
- C'est Kelwa, n'est-ce pas ? Pourquoi n'a-t-on pas été averti...
- Parce c'est l'alarme de compromission, ce n'est pas les occupants qui l'ont déclenché.
- On a une extraction de prévue. Je contacte le capitaine du bateau.
Quelques minutes plus tard, il réapparut devant l'écran.
- Apparemment, le refuge a été attaqué alors qu'ils s'appretaient à partir. Les assaillants étant très supérieurs en nombre, ils n'ont pas eu le temps de prévenir. Mais on les a averti par radio de ne pas bouger, que les petits télépathes étaient en route sous escorte. Le code était le bon, le numéro ID celui de Declan McRae.
- McRae. mais qu'est-ce qu'il fiche là bas?
- Il est en visite, avec ses assistantes. Attendez, j'accède aux caméras de sécurité.
Impuissants, ils assistaient aux combat, regardant leurs hommes se battre comme des lions, mais étant mis en difficulté par le nombre de leurs assaillants.
- Mon Dieu... On a aucun moyen de les aider ?
Henry regardait Magnus, qui secoua tristement la tête.
- Y en a un sur la plage, ne bougez pas...murmura Anna. Elle détestait ce qu'elle allait faire, mais la discrétion était primordiale pour la survie de ces petits. A pas de loup, elle parcourut les quelques mètres à découvert qui la séparaient du garde. Avant même de se rendre compte de sa présence, il s'effondrait. Anna ôta sa veste et la traîna derrière elle.
- Bon, maintenant le signal.
Dix minutes plus tard, un zodiaque arrivait.
- Allez, les enfants, on embarque.
- Où sont les autres ?
- Encore dedans.
- Ok. On vous ramène sur le bateau et on revient les chercher.
- Non. Vous les mettez en sûreté. J'y retourne. Même protocole pour l'embarquement.
- Bien madame. Bonne chance.
Une fois seule, Anna souffla doucement. Elle vérifia son armement et repartit en courant.
- Les enfants viennent d'arriver sur le bateau avec leur professeur et une des assistantes de McRae. Ils sont tous là, sains et saufs. Les deux équipes d'intervention, MacRae et Anna Mulwray sont encore sur place.
- Anna? mais qu'est-ce qu'elle fout là-bas?
Magnus réfléchit une seconde et comprit : l'adepte du zen qu'était Declan avait sans doute voulu rendre un peu de sérénité, avec l'aide de Ravi, à la jeune mutante.
- Repassez nous les caméras de sécurité.
Deux vans, quatre équipes, entre seize et vingt personnes...
Anna déglutit nerveusement.
Pas moyen de laisser les gars ici...Quand faut y aller...
Elle sauta le muret et s'occupa des deux chauffeurs en douceur. En quelques minutes ils étaient ligotés et bâillonnés, endormis.
Elle ré-enclencha son oreillette.
- Declan... c'est Anna. C'est quoi la situation ?
Henry déglutit nerveusement. Magnus cherchait désespérément une équipe proche du refuge, pendant que Ravi s'entretenait avec le capitaine du bateau. Il leur indiqua qu'un zodiaque était déjà reparti en attente des personnes qui restaient à terre.
Sans réponse, Anna se décida à entrer dans le bâtiment à l'aveuglette. Pour être plus à l'aise, elle remit son arme à la hanche, et se dérouilla les doigts. Avec ses pouvoirs, elle savait qu'elle pouvait toucher plusieurs personnes à la fois, et elle n'avait pas encore assez confiance en son habileté au tir. Elle défit sa queue de cheval et attacha ses cheveux, bien serrés et plus bas. Ainsi, dans l'ombre, elle était difficilement différenciable des autres.
Anna progressait lentement. Tachant de se fier à sa vitesse, elle se jetait sur les hommes et les assomait un par un, et disparaissait dans l'ombre. Entre temps, elle avait évacué deux des leurs, qu'elle avait aidé à gagner l'abri relatif des bosquets longeant la plage. Elle trouva quatre morts ennemis, qu'elle laissa sur place.
Avec les deux chauffeurs, les six qui dorment bien gentiment, ça fait douze, il en reste au max huit...
Elle reprit son souffle et reprit son exploiration.
Henry passait à toute vitesse les caméras de surveillance du refuge, tentant de déceler un mouvement ou de reconnaitre les visages de ceux qui gisaient sans vie.
- Là. j'ai vu quelqu'un bouger...
Henry revint en arrière, mais trop tard, l'image était fixe.
Anna termina d'explorer la maison : tous les assaillants étaient rassemblés dans le salon. Ils encerclaient Declan et les hommes du Sanctuaire. Son coeur manqua un battement. Il lui fallait changer de stratégie.
- Henry! Reviens sur le salon.
L'informaticien s'exécuta, et un juron lui échappa.
Declan et quatre hommes de l'escorte étaient à genoux, main sur la tête. Autour d'eux, cinq hommes cagoulés braquaient leurs armes, tant que le dernier questionnait Declan, ponctuant ses questions de coups.
Six dedans, dont le chef, deux tournés vers l'extérieur... Faut que j'élimine ces deux là d'abord.
Anna examina la configuration. En face d'elle, l'escalier en pierre menait à la cave. A sa droite, le couloir menait au salon ou étaient retenus les otages.
Okay...
Elle se plaqua contre le mur. Attrapant la première chose qui passait à sa portée, elle lança l'objet dans l'escalier, faisant en sorte qu'il rebondisse le plus possible.
La réplique ne se fit pas attendre.
- Jones, Gold, allez voir. Et toi... tu as encaissé tout ça pour rien, on va les trouver les gamins...
Et le bruit caractéristique d'un coup de poing résonna.
Pourvu qu'il tienne le coup...
Ils avaient beau avancer à pas de loup, Anna distinguait nettement les deux hommes qui approchaient. Retenant son souffle, elle compta.
Trois, deux un, go!
S'accrochant à la poutre, elle se balança. ses pieds atterrirent directement dans le thorax du premier garde, l'envoyant valdinguer contre la pierre des escaliers. Elle grimaça : le bruit d'une fracture multiple n'était pas très agréable. Mais elle n'eut pas le temps de s'apitoyer. Elle se plaqua au sol, offrant le moins de prise possible au second qui ne savait pas d'où venait l'attaque. Comme elle s'y attendait, l'homme bondit vers le renfoncement où elle se cachait quelques instants plus tot. Musclés bandés, elle se jeta sur lui, l'envoyant au pays des rêves d'un uppercut bien appliqué.
Plus que six...
Elle débarrassa son adversaire de son couteau et détacha son arme de sa ceinture.
Deux stratégies possibles, soit en silence, soit à la sauvage.
Elle devina Declan, et lui envoya la plus forte vague de concentration qu'elle put, priant pour qu'il reconnaisse l'artificialité qui était propre à ses pouvoirs.
Vu le nombre d'ennemis et le risque élevé de pertes humaines chez les leurs, elle choisit de ne pas perdre de temps, et se lança à toute allure dans le couloir.
Declan fronça les sourcils. Fouillant sans relâche de son oeil valide l'obscurité du couloir, il devina au changement de son état d'esprit la présence d'Anna. Quand la course se fit entendre, il se contracta, prêt à bondir hors du champ de tir. En homme entrainé qu'il était, ses réflexes agirent sans qu'il y pense : un couteau et un revolver atterrirent à ses pieds et il s'en saisit, envoyant valser d'un coup l'arme de celui qui l'interrogeait. Il vit Anna se propulser dans la salle et s'écarta. Bien lui en prit : elle relâcha d'un coup ses pouvoir, et une multitude d'arcs électriques envahirent la pièce, sonnant leurs assaillants.
- VIte! les autres peuvent se réveiller à tout moment.
Obéissant machinalement, deux des hommes valides récupérèrent leur armes et se postèrent à la porte. Le troisième aida son binome à se relever : il avait pris une balle dans la cuisse. La dernière, Anna aida Declan à se relever : à sa grimace, il devait avoir des côtes fêlées.
Elle avait prit la tête de l'expédition sans s'en rendre compte et c'est à ses ordres qu'ils récupérèrent les deux blessés et embarquèrent dans les zodiaques.
Une fois tout le monde à l'abri et le bateau en route pour Mumbai, Anna se permit de flancher. Ses jambes la lâchèrent, et elle se laissa glisser au sol.
- Tout va bien ?
- Oui, oui, je vous remercie.
Le matelot l'aida à se relever et la conduisit à l'infirmerie, où Anna se laissa tomber sur une chaise. Maintenant que c'était terminé, la migraine arrivait, violente.
- C'est normal, la rassura l'infirmière qui lui tendit des cachets et une bouteille d'eau.
La femme l'aida à se débarrasser de son équipement et prit sa tension, avant de l'inciter à se reposer un instant.
- Bien joué.
- Hm?
Rendue à demi comateuses par la chute d'adrénaline, Anna releva avec peine la tête.
- Tu te rends comptes que t'as descendu presque quinze gars à toi toute seule ?
- Pas descendus, neutralisés.
- Du pareil au même. Si t'avais pas désobéi, on s'en tirait pas. Et là, on a perdu personne. Y'a juste quelques blessures, et tous les gars devraient s'en tirer.
- Toi par contre, t'as une sale tête. Si j'avais été plus rapide, ils t'auraient pas interrogé aussi longtemps.
- Tinquiète pas pour ça, j'ai l'habitude.
- Si tu le dis. Bon, je vais aller rassurer Erika et les petiots.
- Change toi d'abord.
Anna baissa les yeux et vit que son tshirt était plein de sang.
Elle acquiesça, et finit par quitter la pièce, presque à regrets, des questions plein la tête.
