Théodore Nott était un garçon curieux. Une de ses plus grandes passions était d'ailleurs d'espionner ses petits camarades de serpentard. Cela lui fournissait de bons éléments de chantage. C'est d'ailleurs ce qui lui avait permis d'obtenir une certaine liberté vis-à-vis de sa maison.

Mais la curiosité de Théodore Nott devenait parfois maladive. Et même s'il refusait de l'avouer, il était obsédé par cette serdaigle. C'est pourquoi il ne se gêna pas pour la suivre dans le parc lorsqu'elle sortit dans l'air glacial et pluvieux du moi d'octobre. Il la suivit jusqu'aux abords du lac, à distance, avec sa discrétion habituelle, après tout on était un Nott ou on ne l'était pas. Et c'est avec une certaine surprise qu'il la vit rejoindre Neville Londubat. Qu'est ce qu'une belle jeune fille pouvait bien aller faire avec ce lourdaud de Neville Londubat ? Il décida donc de s'installer tranquillement sur une branche d'arbre, dissimulé parmi les feuilles mordoré du vieux chêne à quelques mètres du lac. Un très bon point d'observation. Il sortit une pomme de sa poche, et songea au fameux pop corn moldu qu'il adorait manger en cachette. Peut-être que les elfes saurait en faire, il faudrait qu'il leur demande. Après tout observer Neville Londubat discuter avec une fille relevait presque d'une bonne séance de cinéma. Mais ça il ne l'avouerait à personne, pas pour Neville hein, pour le cinéma seulement.

Quelques instants plus tard il vit Neville s'arrêter et regarder sa camarade Poudlarienne avec de grands yeux de merlan frit. Non mais quel crétin songea Nott, avec une tête pareille il va la faire fuir. Mais Neville continue de fixer la serdaigle aux yeux déterminés.

Théodore Nott se sent frustré de ne pas entendre la conversation qui se tient plus loin au bord du lac. Alors il sort de sa poche un de ses instruments favoris pour espionner les élèves. Il laisse descendre une oreille à rallonge vers le sol et l'oriente de façon à entendre la conversation un peu plus bas. Et oui Théodore Nott se fournit chez les frères Weasley comme tout fouineur qui se respecte, il parait que c'est mauvais pour sa réputation de serpentard mais il s'en fiche après tout c'est bien pratique.

« Reformer l'Armée de Dumbledore ? » demande Neville complètement ahuri

Si elle te le dit crétin, songe Théo.

« Oui Neville tu m'as bien entendue »

Elle le regarde avec ce regard qu'elle a quand elle veut quelque chose, elle ne flanchera pas.

« J'ai besoin de toi pour être à la tête de la résistance poudlarienne, tu es le seul qui en a les capacité »

Cette fille est décidément trop bizarre se dit Théo, mettre Londubat à la tête d'une résistance, il faut vraiment être dingue, ce type sais à peine tenir sa baguette.

« Je ne pense pas être celui qu'il te faut, reformer l'AD comporte trop de risque et quand bien même je le ferais Ginny serais beaucoup plus apte à cette tâche que moi »

« Ginny n'a plus la tête fermement ancré sur les épaule elle passe trop de temps à penser à ce crétin de Potter »

Potter est un crétin, au moins une chose sur laquelle il est d'accord avec elle.

« Il faut quelqu'un qui a la tête sur les épaules, et qui a le courage maladif et la grande gueule d'un gryffondor, en l'occurrence toi, même si tu le cache bien »

Pas sûr qu'il soit d'accord avec elle sur ce point là. Londubat est un poltron. Moins que Malfoy, certes, mais un poltron quand même

« Je ne pense pas avoir ces qualités… »

Enfin une remarque utile, oui Londubat, tu n'as aucune qualité.

« Et puis il y a trop de risques… »

« Des risques, Neville, il faut en prendre en temps de guerre, tu crois que Potter est joyeusement en train de se tourner les pouces à l'heure actuelle ? Tu crois qu'il dort confortablement dans un lit bien au chaud ? Non Neville. On est en guerre et il va falloir se battre alors même si tu le fait pas pour toi fais le pour Harry, il a besoin de soutient, et tu vas lui en donner que tu le veuille ou non. Alors tu vas me faire le plaisir de ressortir ton courage de gryffondor, pour m'aider à botter les fesses des Carrow, à moins que tu n'ai l'intention de regarder tout tes amis de sang mêlé crever petit à petit »

Neville la regarde étonné. Nott aussi. Qui aurait cru que ce petit bout de femme pouvait être aussi véhément ?

« Alors ? »

Elle le fusille du regard. C'est à se demander si elle lui laisse vraiment le choix se dit Nott. Cette fille fait vraiment peur quand elle s'y met.

Neville secoue la tête, c'est vrai qu'il se sent coupable de ne rien faire. C'est vrai qu'il en a assez que ces deux abrutis de mangemort imposent leur loi. Pour Harry hein…

« Je peux peut-être essayer… » Dit-il.

Elle prend ça pour un oui. Elle lui adresse un sourire chaleureux. C'est vrai qu'elle a un joli sourire quand même.

« Alors Neville, je te confie ta première mission en tant que chef de l'Armée de Dumbledore, je veux que demain tout Poudlard soit au courant que l'Armée de Dumbledore reprend du service, demain je veux que tout le monde sache que Poudlard va se battre pour sa liberté. »

Bien dit, songe Nott. Il sait qu'il ne devrait pas, mais il ne porte pas les Carrow et les mangemorts dans son cœur. Pas qu'il apprécie les autres non plus ou qui que ce soit d'autre, mais espionner était plus intéressant quand ces ras bas joie n'était pas dans son école.

Neville lui a un grand sourire, elle lui plait bien cette Serdaigle, elle lui redonne un peu d'espoir et de lumière alors que tout est si sombre depuis des semaines. Elle vient de lui donner un objectif auquel s'accrocher. C'est décidé, il va se battre pour Harry et pour leur liberté, il va se battre pour ses parents aussi, après tout il n'a toujours pas eu sa vengeance.

« A vos ordre chef ! » répond-il.

Neville est de bonne humeur, mais maintenant il a du travail, il a plein d'idée, et il a du monde à réunir. Alors il salue la serdaigle et repart vers le château. Il faut qu'il aille parler à Ginny et Luna.

Théo lui remonte tranquillement son oreille à rallonge, bien utile ces trucs là songe-t-il.

« Alors Nott, toujours pas intéressé par une proposition ? »

Il manque de tomber du grand chêne, surpris. Quand s'est-elle aperçue de sa présence ? Il la regarde surpris parce qu'elle a réussit à le surprendre, d'habitude personne ne le voit, personne ne fait attention à ce serpentard discret, personne ne fait attention à celui qui marche dans l'ombre de Blaise Zabini et Draco Malfoy.

Il se reprend, descend de sa branche, la fixe quelques secondes, et puis décide qu'après tout il s'en fiche, elle peut bien faire ce qu'elle veut. Ce n'est pas aujourd'hui qu'un Nott va accepter une proposition d'une McKeenan. Il n'est pas aussi stupide que ce gryffondor attardé qui fait fondre tout ses chaudrons. Il tient à la vie, lui, même si elle n'a pas grand-chose à lui offrir.

Alors il hausse les épaules et prend la direction du château. Il a froid à être resté sur cette branche inconfortable pendant longtemps, il va aller prendre une bonne douche et demander une bouteille de whisky pur feu aux elfes histoire de se réchauffer vraiment dans ce château gelé. Histoire d'oublier un peu cette serdaigle complètement cinglée, qui a des idées farfelues et qui a envie de se faire tuer par le premier mangemort venu qui saura ce qu'elle manigance.

Caitria regarde Nott partir. Elle sait que c'est celui qu'elle aura le plus de mal à convaincre de s'engager. Parce qu'elle sait des choses sur lui que même lui ne sait pas. Elle sait qu'il fait comme s'il se foutait de tout alors qu'au fond il s'en soucie, elle sait qu'il a peur. Mais là elle n'a plus le temps de penser à lui, même si elle l'aime bien. Elle ne sait pas encore comment elle va faire pour convaincre Zabini de s'adonner à sa cause. Il faut qu'elle réfléchisse, alors elle reprend elle aussi le chemin du château, parce qu'au bord du lac il fait décidément vraiment trop froid.


Ginny Weasley était assise dans la salle commune des gryffondor avec deux filles de son année, elle les écoutait vaguement hochait la tête de temps en temps, puis partait dans ses pensées. Des pensées dirigées vers un certains Harry Potter. Ginny Weasley était désespérément amoureuse de cet imbécile de Potter et elle désespérait tout autant de le revoir un jour.

Elle se laissait lentement dépérir, ne trouvait plus gout à rien. La nourriture lui paraissait fade, insipide, alors elle se forçait à manger un peu pour ne pas inquiéter ses camarades. Elle recherchait la solitude, mais une fois qu'elle était seule avec ses pensées morbides elle se disait qu'après tout elle aurait peut-être mieux fait de rester en compagnie des autres. Les cours lui semblaient ennuyeux, il n'y avait que les Carrow pour la faire réagir un peu.

Le château lui semblait plus glacial que jamais. Au crépuscule il le devenait plus encore. Elle redoutait par-dessus tout l'approche de la nuit, elle avait peur de monter dans son dortoir. Lorsqu'elle se glissait dans ses draps l'appréhension lui nouait le ventre parce qu'elle savait qu'au moment où elle fermerait les yeux les cauchemars reviendraient l'assaillir comme de vieux amis qui ne vous lâchent pas. Et puis emportée par l'épuisement, elle se blottissait sous ses couvertures pour tenter vainement de réchauffer son cœur gelé, puis elle fermait les yeux une boule au ventre, pour se réveiller, quelques heures plus tard un cri coincé dans la gorge, l'estomac et le cœur au bord des lèvres. Alors elle se levait précipitamment, courait au toilette et rendait le peu que son estomac avait réussit à assimiler la veille au soir. Et ça recommençait inlassablement.

Et aujourd'hui Ginny Weasley ressemblait à un fantôme, pâle les traits tirés, ses cheveux d'un roux flamboyant ayant perdu leur éclat.

Elle vit vaguement Neville arriver et se poster face à elle. Elle réagit à peine.

« 'lut » marmonne-t-elle

Neville soupire, elle lui fait de la peine avec ses cernes et son teint pâle.

« Je voudrais te parler, tu m'accompagne ? » demande-t-il en lui prenant la main.

Ginny se rend alors compte que son ami a un léger sourire sur les lèvres. Elle le regarde surprise. Elle n'a pas vu quelqu'un faire un vrai sourire depuis des semaines. Alors elle le suit passive, peut-être qu'il a une bonne raison de sourire, peut-être qu'il sait quelque chose sur Harry qu'elle ne sait pas.

« On m'a fait une proposition que j'ai acceptée. » se lance Neville. Elle le regarde intriguée.

« On m'a donné pour mission de reformer l'AD, je me suis dit que c'était une bonne idée. Alors je suis venu demander ton aide Ginny, parce qu'on peut plus rester comme ça à végéter sans rien faire. Harry se bat surement dehors et nous on ne fait rien. Alors je vais rassembler tout le monde et je veux que tu le fasses avec moi Ginny, je ne veux plus te voir dépérir »

Et la Ginny a un déclic, elle se dit qu'elle pourrait faire quelque chose de son côté pour Harry elle se demande même pourquoi elle n'y a pas pensé elle-même plus tôt.

« Alors Ginny est ce que tu serais prête à te battre avec moi et l'AD pour Poudlard ? »

Ginny a les larmes aux yeux et pourtant elle étire légèrement ses lèvres dans quelque chose qui ressemble plus à une grimace qu'à un sourire. C'est dur de sourire quand on a plus l'habitude.

« Oui » dit-elle. Elle est heureuse pour la première fois depuis longtemps. Elle n'a pas tout perdu après tout, il lui reste ses amis et peut-être un vague espoir.

« Allons avertir Luna. »

Luna la rêveuse. Elle regarde Ginny et Neville qui arrive dans la grande salle, elle les voit tout les deux avec un léger sourire sur les lèvres, alors elle sait, ils n'ont pas besoin de lui dire. Elle est heureuse, elle va pouvoir agir.

« Qu'est ce que je dois faire ? » demande-t-elle simplement.


Seamus Finnigan fixait son bouquin de défense contre les forces du mal avec dégout. Enfin c'était plutôt un livre sur les forces du mal à vrai dire. Amycus Carrow, ce gros plein de soupe bedonnant débordant de lubricité et de malveillance, leur avait donné un devoir sur « le sortilège doloris et ses bienfaits. » Cela le mettait hors de lui. Cela faisait deux heures qu'il était à la bibliothèque, plume en main prêt à commencer son devoir pour le lendemain. Deux heures qu'il se retenait de brûler cet horrible livre.

Seamus Finnigan bouillait de rage, il en avait assez d'obéir aux Carrow, il était à bout, il fallait qu'il réagisse. Il ne cessait de penser à Dean, son ami. Dean dont il n'avait plus de nouvelle depuis la chute du ministère, Dean qui avait disparu dans la nature sans laisser de trace. Dean lui manquait horriblement, et il priait chaque jour pour qu'il soit en vie.

Il lance un énième coup d'œil à son parchemin toujours vierge, soupire, et se dit que de toute façon il peut bien le rendre en retard ce devoir, il lui dira ce qu'il en pense au Carrow de son devoir.

Il entend quelqu'un s'assoir à coté de lui, il lève les yeux. Lavande. Lavande la petite pimbêche qui parle trop, Lavande qui a maintenant des yeux tristes et de grandes cerne qui soulignent son regard. Plus de maquillage, plus de vernis, Lavande s'éteint doucement à petit feu, il l'a remarqué ça aussi. Ils se fixent un instant, soupirent. Elle regarde le livre qu'il a ouvert, son parchemin vierge, esquisse une moue de dégout.

« Je n'ai pas eu le courage de le faire non plus. » murmure-t-elle.

Il lui lance un regard compatissant, elle à l'air fatiguée. Si seulement Harry, Ron et Hermionne était encore là il aurait peut-être fait quelque chose eux. Ils se seraient levés contre cette autorité. Lui il ne faisait rien et ça le rongeait.

Un bruit de porte qui se ferme, des cheveux blond, un regard rêveur, un visage un peu plus pâle qu'à l'accoutumée. Même Luna rêve moins qu'avant. Et pourtant aujourd'hui elle sourit, elle à l'air de bonne humeur. Lavande tourne la tête à son tour, lance un regard curieux à la jeune fille qui se dirige vers eux.

« Salut ! » dit-elle « Les nargoles m'ont transmis un message pour vous »

Seamus la regarde bizarrement, il esquisse un petit sourire, ça faisait longtemps qu'il n'en avait pas entendu parler des nargoles, ça lui fait du bien, quelle sensation étrange !

« Et que nous disent les nargoles ? » demande Lavande. Elle aussi elle a un sourire en coin. Elle aime bien Luna, et puis elle sent qu'aujourd'hui les nargoles ont quelque chose d'important à dire.

« Ils m'ont chargé de vous dire qu'ils avaient des galions pour vous dans leur poche. »

Et elle s'en va comme elle est venue avec son sourire et son air rêveur.

Seamus et Lavande se regarde. Ils sont au moins d'accord sur une chose, la folie douce de Luna est revenue. Et c'est une excellente nouvelle. Alors ils sortent chacun un galion un peu particulier de leur poche et sourient. Un vrai sourire, comme ils n'en ont pas eu depuis longtemps. Le galion est chaud dans le creux de leur main, plein de promesse d'un jour nouveau.

Il faut qu'ils se préparent, ce soir ils ont un rendez vous un peu particulier, un rendez vous important, alors ils prennent leurs affaires, se disant, tant pis pour les devoirs, après tout aujourd'hui c'est un grand jour, ils n'ont pas le temps pour ça. Ils quittent la bibliothèque et se dirigent vers la grande salle. Pour une fois ils ont hâte d'être demain.

Et puis c'est comme une trainée de poudre qui s'éparpille, la nouvelle se répand, les rumeurs enflent, se propagent, se disséminent. Elles s'étendent dans la grande salle, gagnent les couloirs peu fréquenté du château, atteignent les tours les plus hautes pour redescendre jusque dans le terrier des poufsoufles. Elle atteint même les oreilles de certains serpentards au plus profond de leur cachot.

Des coups d'œil échangés dans le couloir ou dans la grande salle, des sourires dans les salles communes, des chuchotements dans les dortoirs. C'est comme un vent frais qui se propage dans Poudlard, il chasse les ombres, les doutes, et les pensées noires. Il apporte une odeur nouvelle, il communique sa chaleur, il réchauffe les cœurs glacés, il fait dont de ses pensées nouvelles qu'il amène de loin.

Il apporte un nouvel espoir pour demain.

Et ça Théodore Nott l'entend bien, il le sent ce vent frais, il sait d'où il vient, il vient de la petite serdaigle qui se fait discrète à sa table dans la grande salle. Il la regarde, il l'observe, c'est vrai qu'elle est belle quand même.