Spoiler La Chute du Reichenbach.

L'auteure de la VO a écrit ce texte en hommage au poème Waiting de Raymond Carver .Je ne peux que vous en recommandez la lecture.C'est un très beau poème.


IV-Attente

Le chemin depuis la mort est long, après les années de secrets, de voyages difficiles et rapides par des routes à n'en plus finir. Des moments de désolation où les corps de vos ennemis hurlent leur colère sortant de prison ou de leur tombe.

Chacun vous rappelle votre choix, de là ou vous êtes et de là où vous n'êtes pas, des vagabondages nocturnes à travers champs et villes obscures. Etrangères dans ce qu'elles sont et dans leurs langues. Des endroits chaleureux et hospitaliers pourtant incapable de dégeler votre cœur glacé aussi longtemps qu'il lui sera nécessaire de garder l'œil ouvert, de ne pas laisser la tentation de la vengeance l'envahir et corrompre votre rédemption passée.

Mais maintenant, de retour en Angleterre, de retour à Londres, vos pas s'accélèrent au printemps qui renait, à votre nouvelle vie, en traversant Regents Park son lac de canotage reflète ce fantôme de vous-même amaigri. Puis vous passez devant le restaurant chinois dont l'odeur familière brasse bien des souvenirs qui vous cloue presque sur place. Mais vous vous dépêchez, vos enjambées s'allongent et vous croyez presque flotter jusqu'à Baker Street. Vous passez l'enseigne de Speedy's et vous vous courbez devant la porte, la noire, où le bronze de l'adresse brille, celle que vous avez ouvert des milliers de fois dans des rêves enfiévrés de ce retour.

Vous entrez rapidement, sans hésitation, ce sans quoi votre vie sera à jamais ruinée, n'oubliez pas les escaliers, ni aucunes des 17 marches, silencieusement parce que vous croyez que c'est toujours votre devoir de le surprendre et de l'étonner même au moment le moins approprié si ce n'est le plus blessant.

Mais vous le faites de toute façon parce que quand vous ouvrez la porte, vous le voyez sortir de la cuisine le front ridé par trois ans de chagrin immérité, vous le voyez se retourner, c'est le commencement de votre peine et de la douleur.

Le choc, la colère et la souffrance se peignent alternativement sur son visage. Vous attendez qu'il s'apaise et il se calme sans tarder parce que John, celui qui vous aime est plus fort que vous ne le serez jamais, finit par soupirer et avec un petit sourire qui fait de l'ombre au soleil dit : « Qu'est ce qui t'a retenu ? ».