Post La Chute de Reichenbach.

Les paroles en italique sont issus de la chanson I Won't Be Leaving de Dave Alvin. Ma traduction des paroles aurait pu être mieux, je vous le concède aisément. Ce n'est pas très poétique mais c'est pour une compréhension globale. Merci d'avoir fait un détour et de venir lecture.


VI-Je ne pars pas

Il fait froid et il pleut. Des voitures tardives descendent la rue.

Les lumières de la ville brillent dans la gouttière et tu t'es endormi.

Je suis assis à fumer, enlevant les cendres du lit.

Pensant à ce que tu m'as dit et à ce que moi je n'ai jamais dit.

En espérant que tu ne partes plus jamais.

Pov John:

Sherlock, chéri, je sais que tu dors, mais c'est la seule façon que j'ai de te parler. Et j'ai vraiment besoin de te parler. Tu vois, je te regarde et je vois l'homme que j'ai connu, l'homme assez ouvert et courageux pour me dire ce qu'il pense, même si tu sais que ça va me rendre fou de rage. Mais au petit matin, je retrouve ce pauvre casse-pied, brillant, charmant et aussi attirant qu'avant mais tellement insensible que j'ai du mal à le reconnaître.

Parce que c'est une apparence, Sherlock. Je peux lire en toi, je l'ai toujours pu et il n'y a rien derrière ce sourire. C'est comme si tu étais un arbre envahi par les branches mortes qui cache le petit rien de vie derrière un tronc épais, mais sur ma vie, je ne peux pas franchir cette écorce et ce mur de branches rugueuses. Pourtant, j'en ai besoin Sherlock, et rapidement.

Mais je ne suis pas mieux, je veux dire, regarde-moi. En trois ans, je n'ai pas souri une seule fois. Même si on m'avait payé pour, je n'aurais pas pu. C'est comme si j'étais l'une de ces piscines abandonnés car l'eau est trop acide car je l'empoisonne. Je m'égard dans la ville , jour après jour, tellement pris par les larmes que je ne peux pas verser.

Pas une seule, Sherlock. Pas jusque cette nuit…tu te souviens. De toute façon, c'est comme si tout ce que je touche, entends ou goûte se volatilisait. C'est comme si je propageais autour de moi toute cette amertume. Et maintenant que tu es de retour, me rappelant le bon vieux temps, c'est encore plus dur de faire face à un tel manque.

Mais je t'aime toujours, idiot et je sais que tu m'aime. C'est pour ça que je suis si heureux de te retrouver ici tous les soirs, heureux de te retrouver chaque fois que je m'endors. Je t'inviterais en personne sous peu. C'est une promesse. Mais pas maintenant. Je ne suis pas prêt. Tu sais ce qui est arrivé la semaine passée et si ça se reproduit, ça me mènerait à ma perte. Parce que quand je te regarde maintenant, chéri, j'oublie tout, à part le putain de bel ange qui joue au mort depuis trois ans pour que je sois en sécurité.

Je vais me tirer d'ici. Si j'essaye et que je te retiens comme je le faisais, je vais juste pleurer et j'ai vraiment besoin de dormir. Je bosse demain, tu sais. Bonne nuit.

Maintenant un hélicoptère de la gendarmerie fait des cercles dans le ciel.

Et je me demandais, tu peux encore croire un mensonge de plus.

Je suis assis à fumer, enlevant les cendres du lit.

Pensant à ce que tu m'as dit et à ce que moi je n'ai jamais dit.

En espérant que tu ne partes plus jamais.

Pov Sherlock:

John? John? Tu n'es pas encore réveillé. Bien, c'est probablement mieux. J'ai toute la journée pour te parler quand tu es réveillé, mais chaque fois que je te regarde on a toujours l'impression que tu portes le poids du monde sur tes épaules et je ne veux rien ajouter qui alourdisse ton fardeau, je ne prends pas de risque et je ne dis rien du tout.

Pourtant j'essaye vraiment de faire les choses bien. Mais jusqu'à maintenant je n'ai pas eu vraiment de chance. Nous sommes si différents. J'aurais du savoir que rien ne serait comme avant. Et ça me manque,et ce encore plus depuis mon retour. Tu me manques, et même si nous partageons un appartement, j'ai toujours l'impression d'être à des milliers de kilomètres de toi.

J'aimerais que tu puisses te voir. Comment tes traits s'adoucissent lorsque tu dors. Tu as l'air d'avoir dix-huit ans et sans aucun souci de ce quoi demain sera fait. En te regardant ainsi, j'ai l'impression d'être un vieux débauché. J'ai du mal à attendre demain matin pour pouvoir regarder ton visage. Ses courbes et ses creux, c'est ce que je porte dans mon cœur.

Je sais que j'ai précipité les choses la semaine dernière. La patience n'est pas mon point fort. Mais ta tiédeur, ta peau, et, la plupart du temps, il y'a aussi ton souffle erratique – c'est comme si tu étais surpris de combien c'est agréable d'être ensemble. Je pensais que si nous étions être plus intimes, peut-être que ça accélèrerait les choses, les améliorereraient. Mais je t'avais une nouvelle fois sous-estimé, tu en as déjà porté lourd.

Ce n'est pas étonnant que tu sois en colère. Même un cœur grand comme le tien ne peut pas contenir tout cet amour et ce courroux sans se sentir vraiment mal. Ce n'est pas de ta faute, John, c'est la mienne, uniquement la mienne, totalement la mienne. Honnêtement, je ne sais pas ce que j'aurais fait si tu m'avais abandonné.

Ne me quitte jamais John.

J'ai besoin de toi. J'ai toujours besoin de toi quand il s'agit de choses importants, et que je l'admette ou non, maintenant plus que jamais. Tu vois la routine, travaillé sur des enquêtes ensembles, jouer du violon pour toi ne marche plus. Je voudrais être capable de te surprendre de nouveau, anticipé tes désirs et tes besoins.

J'aime cette expression étrange qui se peint sur ton visage quand je t'offre quelque chose et que tu te rends rends compte que en fait, je me soucie de toi. Mais ton visage largement ouvert, cette fenêtre sur ton monde, m'est fermée. Et si je ne me trompe pas, il n'y est rien que je ne puisse t'apporter ou te montrer qui puisse te faire sourire. Du moins, pas maintenant. Pas quand tu es dans cet état. Alors que puis-je faire ?

J'ai passé mes journées à errer dans les rues de Londres, juste regardant, essayant de me débarrasser de la poussière accumulée pendant ces misérables années, pour voir si ça ne me donne pas un regard nouveau sur les choses. Mais finalement, la réponse c'est toi John. Ça l'a toujours été.

Maintenant, je descends les escaliers. Je sais combien la lamentation du Strad t'irrite, te rappelant ce qui a été perdu. Mais j'en ai besoin, autant que j'ai besoin de cigarettes et de travail intellectuel. Je te verrais au petit-déjeuner. Peut-être que si je te fais quelques toasts de confiture, j'aurais peut-être un sourire au lieu de cette expression offusquée que tu as pris l'habitude de prendre. Ça vaut la peine d'essayer. Je n'ai pas abandonné, mon amour et je n'abandonnerais jamais.

Je t'embrasse la joue.

Je te regarde dormir, nos chaussures sont par terre

Et ça serait si facile de se glisser par la porte

Mais si tu étais réveillé, chéri, je te jure que je te dirais

Que je ne partirais plus jamais

Pov John:

Sherlock a manqué le diner, il est finalement rentré à la maison vers 9 heures. Il a toujours un emploi du temps chaotique, donc ça ne me dérange pas. C'est même plutôt rassurant de voir qu'il n'a pas changé, du moins de ce côté-là. De toute façon, je réfléchissais à un nouvel article pour le blog quand il m'a demandé un truc vraiment bizarre. Il avait acheté une petite radio, pas donnée vu ce à quoi elle ressemblait, et il voulait l'essayée. Je ne m'y opposais pas.

C'était un soulagement. Parce que c'était peut-être incroyable, mais chaque fois que Sherlock jouait du violon, j'étais tellement bouleversé que je devais me précipiter dans ma chambre avant de fondre en larmes irrépressiblement.

Pas pour quelques minutes, mais souvent pour une petite heure. Quand ça arrive, je crains de le vexer, d'être insultant. Et c'était insultant, mais qu'est-ce que je pouvais faire ? Comment je pouvais expliquer ma réaction quand je ne la comprenais même pas moi-même.

J'avais supposé qu'il l'avait mis sur une station de musique classique, sachant que je ne l'avais jamais entendu dire qu'il avait un intérêt pour un autre genre de musique. Mais je m'étais trompé, il avait choisi une station qui passait du vieux RnB, de la soul et un peu de blues. J'avais commencé à écrire un article sur les taux de vaccination infantile, quand une chanson de cette bonne vieille Dinah Washington passa Faites que cet homme m'aime , je crois.

Je levais la tête et je fus choqué de voir Sherlock debout derrière moi, une main tendue comme une invitation. C'était clair, pas d'erreur possible, il voulait danser. C'était assez nouveau, et après avoir vu l'espoir désarmant qui se peignait sur son visage, je ne pouvais penser à rien de plus attirant que d'aller dans ses bras, de le prendre dans les miens, se balancer et danser dans le salon.

Et nous avons dansés, et c'était génial ! Presque miraculeux ! Je sentais mon pincement au cœur s'estomper quand Dinah susurrait à nos oreilles et que le cor se lamentait derrière sa voix. La chaleur de son corps sur mes joues qui filtrait à travers la chemise de soie que j'aimais tant, sentir ses longs doigts gracieux pressés fermement contre mon dos , la barbe de trois jours doucement frottée contre ma tempe, voilà tout ce que je savais, tout ce dont je me souciais. Et le meilleur était que je ne pouvais pas pleurer tant j'étais heureux.

Je relevais la tête parce que j'avais besoin de voir son visage, que je savais peint d'un sourire, je pouvais le sentir. Et il y'avait ses yeux pers derrière sa crinière brune. Mon cœur allait sortir de ma poitrine quand je vis que ses yeux, eux aussi, souriaient. Et c'est comme ça que ça s'est passé. Sans crier gare, j'avais enfin trouvé les mots que je retenais depuis si longtemps, babillant sans réfléchir et sans soucis :

« La prochaine fois, promets-moi de m'emmener avec toi. »

Et croyez-le ou non, Sherlock pleurait, des soubresauts le prirent même si ses longues jambes continuaient de danser lentement. Sa voix était basse et entrecoupée de sanglots mais il me parla dans le creux de l'oreille, j'ai pu entendre chaque de ses putains de beaux mots.

« Je te le promets, John, que si jamais il fallait partir, ça serait ensemble.»

J'entends les sirènes dans les ténèbres, elles racontent des histoires tristes.

Peut-on me prendre la main dans le sac que si j'avais perdu la bataille.

Je suis assis à fumer, enlevant les cendres du lit.

Pensant à ce que tu m'as dit et à ce que moi je n'ai jamais dit.

En te promettant de ne pas partir, de ne plus jamais partir.

Pov Sherlock:

Ça m'est venu en passant devant l'un de ces clubs tendance de Soho. J'avais toujours eut un contact privilégié avec John par la musique, plus spécialement quand je jouais du Strad. Mais ça ne marchait pas. En fait, le violon ne faisait qu'accroitre sa tristesse, et apparemment, il n'était pas de ceux qui tirent des bénéfices d'une bonne crise de larmes. Alors quand j'ai vu ces couples sortant du club, saturant l'air de leurs relents d'hormones, continuant de s'accrocher l'un à l'autre, se trémoussant sur un rythme simple et des accords lourds d'émotions, j'ai su que je devais essayé.

Danser. Ensemble. Je ne savais si j'allais apprécier et encore moins si il allait aimer. Mais je savais que la mauvaise humeur et la frustration de John n'avait de cesse de s'accroître depuis mon retour. C'était juste une question de temps avant qu'il se rende compte qu'il ferait mieux de me laisser, recommencer une nouvelle vie avec quelqu'un qui ne le laisserait pas tomber comme je l'ai fait. Le coût d'une radio était un faible prix à payer pour que rendre cet homme heureux, ou du moins assez heureux jusqu'à ce que je trouve une solution plus durable.

John avait l'air surpris de mon invitation à danser. Mais il n'hésita pas. Ça c'est mon John – il sait toujours si rapidement ce qu'il veut, et ce qu'il veut est souvent le meilleur pour nous deux. Je dois admettre que j'étais moi-même surpris de combien il était bon de le sentir serré contre moi, à la verticale et intégralement vêtu. Pourquoi n'avions-nous pas essayé plus tôt cette étreinte en musique reste un mystère.

Il était parfait, ses cheveux doux caressant ma joue, ses mains posées sur mes hanches. Et son parfum délicieux, aussi exquis que dans mes souvenirs. Je le sens se détendre et ne faire plus qu'un avec moi. J'espère vraiment avoir ce que je désire le plus : sa confiance et son pardon. Mais les choses ont été tellement tendues entre nous que je n'ose pas demander. Et puis, il devait le savoir parce qu'il relève la tête et dit ces mots le plus naturellement du monde.

« La prochaine fois, promets-moi de m'emmener avec toi. »

Une fois de plus ça été John le plus courageux d'entre nous. Peut-être parce que je savais qu'il n'allait pas me quitter ou parce que j'étais soulagé que l'enfer de ces trois dernières années soit enfin derrière nous, je fus submergé par l'émotion. J'étais presque figé par des vagues de sanglots qui ne cessaient de me secouer. En dépit de ma situation, je répondis à John, mon cher John, qui méritait une réponse. De mon filet de voix qui me restait, je lui en donnais une.

« Je te le promets, John, que si jamais il fallait partir, ça serait ensemble.»

Nous continuâmes de danser sur cette chanson, puis sur une autre et puis encore une autre. Pendant tout ce temps, je m'étais accrocher à lui fermement, pleurant sur son épaule comme un enfant, mais ça m'avait du bien, beaucoup de bien. A la différence de John, je me sentais mieux après avoir pleuré.

Après la quatrième chanson, je me sentais suffisamment bien pour penser repartir de nouveau, avec John cette fois. La seule question était quelle allait être notre destination, la France méridionale ou le sud du Pays de Galles. Mais avant d'avoir pu choisir, John, pragmatique, m'avait pris par la main et m'amenait à l'étage.

Il m'avait pardonné et il me semblait juste de le laisser choisir notre première destination.