L'auteure de la version originale a écrit ce 221B en pensant à La Grande Vague de Kanagawa, célèbre et majestueuse estampe d'Hokusai. Je ne peux que vous recommander sa contemplation.
XIII-La grande vague
La vague était majestueuse et puissante, contrastée et sublime, mouvante et changeante. A sa surface flottent de multiples minuscules copies de sa forme écumante, enroulées comme les doigts des enfants lorsqu'ils cherchent à s'emparer du ciel. Celles-là sont aussi recouvertes de vagues plus petites, elles-mêmes sont criblées d'autres vagues plus petites encore. Le motif était trop profond, trop agité, pour s'arrêter.
Souvent, Sherlock croyait qu'il était la vague, le produit d'une faille sismique, capable d'anéantir tout obstacle par la force de sa volonté, par la force de son intellect. D'autres fois, il se sentait plus comme un spectateur, silencieux et détaché, une montagne solitaire surplombant une ville sur le rivage, regardant la vague se déplacer de la surface vers les profondeurs et finir par toucher le fond. Elle diminuait, se relevait, écrasant tous les bateaux pris sur sa route. Pas méchamment. Sans pitié. La vague était brute, sans passion, mais vivante dans sa redoutable symétrie. La montagne, elle-même volcan endormi, pouvait apprécier.
En John, Sherlock vit encore la vague : sa belle cadence, son pouvoir déferlant, son rythme résonnant sur sa peau frémissante, son propre souffle balbutiant. Ondulation après ondulation, la vague s'élève à une hauteur incroyable avant de claquer, tempêter, s'effondrer sur la rive. Cette fois, Sherlock n'est ni vague ni montagne. Cette fois, c'est un petit et fragile bateau.
