CHAPITRE DEUX

Merci pour vos commentaires, je vous souhaite a tous et toutes un joyeux Noel :) ( en retard? Comment ca en retard? C'est bien encore noel non? )


Lorsque John ouvrit les yeux, il mit un certain temps à se souvenir de ce qui s'était passé plusieurs heures auparavant. Il se rappelait de l'enquête, concernant Moriarty, et son étrange jeu de piste qui les avaient menés dans la banque, cette banque si belle, si bien fréquentée qui, vide de tout occupant à cette heure avancée de la nuit, avait été un véritable piège mortel. Enfin, presque mortel. John revoyait sa peur, sa colère, sa haine concernant son inutilité dans ce genre de situation. Puis il y avait eu le regard de Sherlock. Ces yeux bleus délavés qui, dans les siens, s'étaient excusés. Pour tout. Et puis…

John se redressa brusquement, fixant l'intraveineuse à ses côtés.

Et puis ce dérapage incontrôlé et délicieux dans sa surprise brûlante. Il frissonna. Les caresses, les baisers, les paroles murmurées sous le sceau du secret…Secret si beau, si lourd, si étonnant, plein d'amour…John caressa ses lèvres distraitement. Ce n'était pas le moment de penser à tout ça, évidemment. Ils devaient recouvrir la santé pour ensuite se relancer à la poursuite de l'assassin qui n'avait pas dû les attendre pour continuer son macabre dessein.

La douleur bloqua sa respiration.

« Je n'ai plus vingt ans, bon sang, je dois me calmer… »

Il se recoucha, grimaçant. Il voulait voir le brun. Juste le voir. Pour être sûr que tout allait bien. Que le gaz n'avait pas abîmé ses sens , ses idées, son caractère bien trempé. Il fronça les sourcils, sachant pertinemment qu'il se mentait à lui-même. Il voulait l'entendre encore. Comme ça, au creux de son oreille, de son timbre rauque et affolé.

Soupire indistinct.

Comment la situation avait-elle pu devenir aussi extrême ? Et pourquoi avait-il réellement accepté son corps contre le sien ?

Je le voulais. Je le voulais lui. Oh god. Je ne peux pas assumer ça. Pas comme ça. Mais avec lui…

Avec Sherlock, le médecin savait que tout serait différent. Souriant, il laissait le sommeil avoir prise sur lui, mais sursauta en entendant distinctement la porte grincer.

« Sherlock ? »

Sherlock. Evidemment. Habillé normalement, peut-être un peu plus pâle qu'à l'accoutumée. Pas de sourire. Le regard fixé sur les draps blancs. Il y eut un silence glacé qui termina de mettre mal à l'aise le médecin qui toussota :

« Tu…Tu vas mieux, alors.

-Oui. »

Le dialogue ne semblait pas vouloir évoluer. John ne comprenait pas l'attitude fermée du détective, réessaya :

« Tu as eu des nouvelles de Lestrade concernant l'enquête ?

-Non. »

John tressaillit, hocha doucement la tête, se mordit la langue. Le brun sembla remarquer le manège, s'ébroua, et, en une seconde, l'ancien soldat retrouva l'être qu'il connaissait depuis deux bonnes années, le sociopathe qui lui servait de colocataire, d'ami, et de collègue lorsqu'il l'entraînait derrière lui dans la chasse aux criminels :

« Je vais aller me documenter de ce pas, Donovan est passée s'enquérir de mes nouvelles, je l'ai rapidement expédiée, mais il est temps que je quitte cet hôpital. J'étais simplement passé voir comment tu allais, je suis rassuré, je peux retourner aux affaires, je compte sur toi pour me rejoindre rapidement. »

Il jeta un œil à sa montre, noua plus fermement son écharpe autour de son cou, évitant toujours le regard du médecin, puis fit trois pas sonores vers la porte avant qu'un mot, un simple son en vérité, ne s'échappe des lèvres tendres de son vis-à-vis. Le jeune homme s'arrêta, se retourna, silencieux. Il devait partir, et maintenant, s'il voulait éviter toute forme de confrontation. Et il désirait fortement éviter tout cela. La chambre lui semblait, en cet instant précis, plus oppressante encore que le coffre-fort mortel, plus dangereuse qu'un face à face avec Moriarty. Ignorant l'interruption, les doigts blancs de Sherlock se posèrent sur la poignée glacée.

« Sherlock.

-Hm ? »

Rester neutre. Ne pas laisser transparaître le trouble qui l'agite en voyant ce regard, ce regard ô combien désirable et pourtant empreint de tristesse. Ne pas frémir. Ne pas sourire. Ne rien faire.

Stoïque. Insensible. Masque de glace.

« Sherlock tu ne peux pas partir comme ça, pas après ce qui s'est passé…J'ai besoin d'explications. »

Terreur qui lui donne la chair de poule. Ses joues se creusent un peu plus encore alors qu'il retient son souffle. Sherlock emploi un ton presque badin, il souffle, en fixant le sol, il souffle que tout cela n'a été qu'une erreur, qu'il faut tout oublier, qu'il est désolé de l'avoir choqué, qu'ils doivent faire comme si rien n'était arrivé.

Déchirer la page du carnet qui fait rougir lorsqu'on la relit à voix haute.

John ne bouge pas. Ses prunelles, seules, croissent rapidement alors que l'idée circule entre ses neurones, ses organes, filtrant à travers les pores même de sa peau. Il à la gorge sèche, alors qu'il pense que les choses n'auraient pas du se passer comme ça.

Sherlock n'aurait pas du le regarder avec cet air si lointain, si inexpressif.

« Et le je t'aime ? »

Il l'avait dit. Il le regardait, attendant une réaction qui ne voulait pas venir. Ses doigts tremblaient sur les ourlets du drap alors que dehors le vent qui s'était, comme le soleil, levé, se jetait contre les fenêtres dans des sifflements désagréables, caricaturant une fois encore la météorologie détestable de Londres. Sherlock fourra ses mains dans ses poches pour ne plus les voir se serrer convulsivement.

Mentir. Mentir une fois encore, camoufler, cacher, puis détruire. Détruire ce sentiment illogique qui le broyait depuis bien trop longtemps. Mentir à ces yeux gris qui ne pourraient jamais comprendre. Comprendre ces déluges de tendresse que le brun ne contrôlait désormais plus pour lui, et qu'il allait devoir nier. Nier pour que John ne prenne pas peur. Ne le rejette pas. Ne le laisse pas seul au 221b. Sherlock ne voulait plus de cette solitude.

« J'ai simplement voulu voir ce que cela faisait, de dire ça à quelqu'un, une fois dans ma vie. »

Mensonge éhonté, criaient les lèvres closes du jeune homme alors qu'il soufflait puissamment par le nez. Partir, maintenant, partir vite, puisqu'il est rassuré. Cet évènement ne sera jamais plus introduit dans une conversation, Sherlock y veillerait personnellement.

« Sors de ma chambre.

-John ?

-SORS DE MA CHAMBRE ! »

Sherlock songea immédiatement que l'autre avait besoin de temps pour digérer le fait qu'il avait embrassé un être du même sexe, et obéit rapidement. Jamais il n'aurait imaginé que la fureur du médecin, dirigée contre lui, était fondée sur son mensonge. Celui qui lui faisait croire qu'il se jouait de ses sentiments.

La porte claqua. John posa son visage dans ses mains abîmées. Ainsi, il n'avait été qu'un pantin ? Une expérience de plus dans la vie du détective ?

Je dois relativiser tout ça. J'ai bientôt quarante ans, je suis hétérosexuel, tout va bien.

Foutu Sherlock. Foutu sociopathe au cœur de pierre qui n'avait pas daigné comprendre la nature de sa fureur. Il n'avait pas lu la déception dans son regard. La déception d'un amour qui se révélait non partagé.

John hoqueta.

Je ne dois pas penser ça, merde, je ne dois pas !

Avait-il, l'espace d'un instant, sincèrement espéré un amour partagé ?

Oui. Oui. Réellement. John se trouva pathétique, misérable, faible et étrangement vieux. Foutue histoire qui l'avait rendu fou.

La porte grinça derechef, et le regard empli d'espoir du médecin se releva. Puis, il pencha la tête, hésitant, soupçonneux :

« Mycroft ? »

Bruit de chaussures de costume sur le sol dallé. Mycroft posa calmement son parapluie contre le mur, prit un tabouret et alla, sans un mot s'installer au chevet du médecin qui le regardait faire. L'agent semblait fatigué, ses traits étaient tirés et des rides apparaissaient aux coins de ses yeux :

« Etes vous maître de vous-même, docteur ?

-Je vous demande pardon ?

-Votre organisme est-il purgé du poison ?

-Oui…Oui. »

Mycroft le dévisagea calmement, puis posa ses mains sur ses genoux. Il savait que ce qu'il allait dire serait malvenu, mais il devait le faire, aussi bien pour que pour Sherlock ou encore le médecin.

« Je sais ce qui s'est passé dans le coffre, John. »

Un silence fit écho à ses paroles. Le blond se demanda pourquoi les Holmes avaient tous choisi ce jour pour être insupportable. Ses poings se crispèrent, ses lèvres se tordirent, et il allait violemment lui indiquer la porte quand le brun se permit de rajouter une information :

« Je subis le même dilemme que vous en cet instant précis.

-Je…Quoi ? »

"..."

« Scotland Yard. Manque d'originalité patent.

-Arrêtez avec votre foutue originalité, des vies sont en jeu, bon sang ! »

Sherlock haussa péniblement les épaules. Sa dispute avec le blond lui laissait un goût amer sur la langue, et il se hâta de classer ses pensées de façon à rendre le champ libre à sa réflexion alors qu'il se penchait sur le premier cadavre. Une femme, la trentaine, brune, ronde, jolie sans être belle, mariée, tâches de rousseurs sur le cou. Lestrade se mordait un ongle, perdu malgré lui dans ses pensées, laissant ses yeux clairs glisser sur la fenêtre ouverte du bureau. Comment un sniper avait-il pu atteindre cette femme, puis l'autre ? L'homme était, lui, couché sur le ventre, les paumes convulsées. Sherlock furetait partout.

« Par la fenêtre, grogna-t-il, oui, oui…Lestrade. Il y a un traître dans l'équipe, n'est-ce pas ? »

L'homme aux cheveux grisonnant se sentit déstabilisé par le regard glacé, puis hocha la tête sans répondre. Sherlock fit craquer sinistrement ses doigts avant de les fourrer dans ses poches :

« Vous avez été manœuvré par Moriarity lui-même, inspecteur. Il s'est introduit dans la police sous une identité, dans Scotland Yard sous une autre…Et a fait ce que bon lui semblait. Le sniper a tué la femme en premier, par la fenêtre. Ensuite, Moriarty a saisit l'homme pour qu'il puisse être assassiné : il y a des marques de griffure sur ses poignets. »

Lestrade chancela. La taupe était Moriarty lui-même ? Il …Il lui avait parlé, comme à l'un de ses agents, sans rien remarquer, sans faire la moindre différence entre un homme sain et un fou ?

« Le tireur est un professionnel », cru bon d'informer le détective en déposant avec délicatesse un patch sur son avant-bras. L'autre ne répondit pas, l'esprit encore agité de contradictions insupportables.

« Je…N'ai même pas été capable de le repérer.

-Non, en effet. »

Sherlock observa un instant encore les deux policiers allongés au sol, lâcha qu'il ne pouvait rien faire tant qu'il ne connaissait pas les règles du jeu, puis annonça qu'il quittait les lieux pour le moment. Il conseilla a l'inspecteur de vérifier les alentours, au cas ou Moriarty aurait laissé un indice, ne remarqua pas le moins du monde l'air vide et désespéré de l'autre homme et, de sa démarche inimitable, sortit de la pièce.

"..."

« Je…Je ne comprends pas.

-Oh vous comprenez très bien, docteur. J'ai eu un geste inconsidéré pour quelqu'un, et ce geste a engendré pour une raison inconnue la naissance de sentiments que je ne désire pas réprouver. Malheureusement, la personne en question semble perturbée par cette idée, et l'hésite à poursuivre l'ébauche de relation qui sem…

-Exprimez vous clairement, merde ! »

John avait crié. Il soupira pesamment, se frotta les paupières, s'excusa de sa vulgarité, mais Mycroft leva une main tranquille pour lui signifier que ce n'était rien :

« J'ai embrassé Gabriel Lestrade il y a de cela huit jours plein. Il a accepté et m'a rendu ce baiser, et me fuit depuis cette même période. »

Les yeux fatigués du médecin doublèrent de volume, il rougit, s'étouffa, lui demanda en quoi cela le concernait,e t vit naître avec inquiétude un sourire sur les lèvres pleines de l'agent :

« Je sais que vous aimez mon frère.

-Non j-

-Cessez de nier. Vous tenez à lui plus qu'un ami ou un colocataire ne le devrait. Vous avez dépassé le stade des attouchements physiques, et avez été particulièrement blessé lorsqu'il a feint de nier ses sentiments.

-Il n'a pas feint, il l'a fait », riposta le blond qui avait fini par accepter le fait que cette conversation soit des plus improbables. Il n'arrivait pas a réaliser que l'inspecteur avait embrassé Mycroft. Ni qu'il échangeait de telles paroles avec lui. La situation était irréaliste, et il se demanda un court instant s'il ne délirait pas sous les effets du gaz.

« Il a mentit, John. Je le connais par cœur, parfois je le regrette mais c'est ainsi, il sera simple de vous le prouver. Quand rentrez-vous a Backer Street ?

-Je…Demain, je crois.

-Bien, nous serons Mardi, n'est-ce pas ? Venez vers deux heures, ne le prévenez pas. Vous verrez. Ensuite, nous aurons une autre conversation. »

Complétement perdu, John le laissa se lever sans rien dire, les sourcils froncés et les pensées en pagaille. Mais lorsqu'il atteignit la porte, il ne put s'empêcher de lui demander quel était le lien entre cette révélation et le fait qu'il ait embrassé Lestrade. Mycroft sourit, remit son chapeau :

« Chaque chose en son temps, docteur, vous allez vite comprendre. »

John voulu parler, se raviser, et au final se laissa tomber sur son oreiller alors que la porte se refermait doucement. Pourquoi avait-il laissé Mycroft insinuer que…Rien. Ses insinuations étaient parfaitement vraies, même si le blond aurait préféré mourir plutôt que de se l'avouer. Et cet espoir, ce stupide espoir qui apparaissait, camouflé pourtant, cet espoir…

« Cet espoir de quoi ? »

John se massa la gorge. Que voulait-il réellement de toutes ces bêtises ?


Prochain chapitre, l'arrivée du pari, et la mise en place du jeu macabre, j'espère que vous avez eu de beaux cadeaux :D !

Reviews?