CHAPITRE CINQ
Un grand merci pour vos commentaires, pour les prochains je réponds personnellement, je m'obligerais à prendre le temps car vous le méritez :)
ENJOY
Le film avait bien débuté depuis une heure et cinq minutes, et Mycroft avait décroché dès les premières images. L'histoire parlait de trafics de drogue organisés, de voitures volées, et d'un blanc bec qui…Mycroft n'aimait pas tellement le cinéma. Lâchant un soupire imperceptible, il laissa ses yeux couler vers sa droite, là ou Gabriel se tenait, et un sourire effleura ses lèvres. Au moins, l'un des deux appréciait, c'était déjà ça. L'ancien membre de la police était tout entier à l'action qui se déroulait sur l'écran, les pupilles légèrement dilatées, une main serrée sur l'accoudoir et l'autre posée sur ses cuisses, et Mycroft eut, l'espace d'un instant, envie de se pencher pour l'embrasser derrière l'oreille. Il se reprit, toussota, et final se remit droit dans son siège en consultant sa montre.
« Tu t'ennuies ? »
Gabriel avait saisi le manège, et s'en amusait presque.
« Oh…Je n'irais pas jusque-là. C'est juste que je n'arrive pas à croire à l'intrigue. Ce n'est pas assez terre à terre. »
Lestrade fronça les sourcils. Comme si sa vie avait, au demeurant, quoi que ce soit de terre à terre. Il vit que ses doigts étaient près de ceux de l'agent, son pouls s'accéléra et, doucement, il les mit en contact, se reconcentrant ensuite sur son film. Mycroft les fixa pendant une seconde. Il se dit qu'il aurait été fou de tenter autre chose qu'une légère caresse, et c'est pourquoi il ne su que faire lorsqu'il se rendit compte que sa bouche venait de s'écraser sur celle de l'autre homme alors que sa main pressait la sienne.
"..."
« Bonsoir, je peux me joindre à vous ? »
John avait véritablement sursauté quand la voix douce du nouvel inspecteur était parvenue à ses oreilles, et avait, d'un geste hésitant, acquiescé. Cet homme mystérieux ne lui inspirait, pour le moment, pas confiance, et il ne savait pas quelle attitude adopter lorsqu'il le regardait d'un œil analytique.
« Dîtes-moi, Murphy…
-Cillian, je vous prie. Murphy, c'est mon père.
-Cillian… Je peux vous demander pourquoi vous avez fait ce métier ?
-Par simple ennui. »
La réponse, désabusée bien que dénuée de moquerie fit frémir le blond. Il y avait tellement de parallèles qui semblaient se tresser entre le détective et lui que ces coïncidences paraissaient presque forcées : un physique avantageux, tout en angles, en finesse, des cheveux bruns contrastant avec la pâleur de la peau, et cette envie étrange de ne se sentir exister que par rapport aux autres, dans le danger, dans la rupture de la vie qui fait frissonner. John se sentit étrangement seul, fixant sinistrement son regard dans le fond de son verre.
« Un problème, doc ?
-Vous me rappelez Sherlock. Ce n'est pas vraiment un problème. Vous vous ressemblez plus que vous ne le croyez…
-Je n'apprécie pas cette idée. Cet homme semble avoir une très haute estime de lui-même.
-Un peu comme vous… »
Murphy lui dédia une œillade aussi vexée qu'appréciable et il finit par hausser les épaules avant de commander un verre.
« J'aimerais que vous m'en disiez un peu plus sur ce Moriarty.
-Sherlock serait plus à même de vous raconter…Moi…Je le suis a droite à gauche, mais je suis médecin, à la base.
-Et vous êtes collé à lui comme un chewing-gum, si je ne m'abuse. Cela fait longtemps que vous êtes ensemble ?
-Nous ne sommes pas ensemble.
-Bien. »
L'ancien soldat tréssaillit, lui demanda des explications avec colère, mais le nouvel inspecteur resta silencieux, riant presque sous cape de l'embarras du blond. Puis, l'ambiance se fit plus souple. John raconta ce qu'il savait du criminel, les messages qu'il envoyait, la relation ambigüe qui semblait exister entre Sherlock et lui, son sadisme sans nom qui ne se voulait aucun plafond…
« Et vous , John, je peux vous appeler John ? »
Acquiescement.
« Pourquoi avoir choisis une telle vie ? Quand on a fait la guerre, on doit désirer un peu de repos, non… ? »
Les effluves de Whiskey s'infiltraient dans les veines du médecin comme une danse enchanteresse. Il lui siffla qu'au contraire, l'action l'habitait encore, et que ces cavalcades effrayantes lui donnait comme un nouveau souffle dans cette vie qui n'avait plus de visage. Murphy sirotait sa tekila sans grande envie :
« Pourquoi ne voulez vous donc pas avouer que vous n'aimez le 221b que pour son habitant principal ? »
John se leva, frappa brutalement du poing sur la table, et lui cria que cela ne le regardait ni de près ni de loin :
« J'ai bien vu que les gens se plaisent à me taquiner sous prétexte que j'ai l'air inoffensif, mais essayez encore une fois de me faire avouer quoi que ce soit concernant ma vie privée et je vous arrange le portait ! »
La colère, souffle éphémère, disparu avec une rapidité déconcertant alors que le rouge montait aux joues de celui qui s'était emporté. Murphy, d'abord surprit par cet élan de sentiments exacerbés, souriait à présent d'un air entendu :
« Je vous prie de m'excuser. J'ai tendance à fourrer mon nez n'importe ou. »
Cillian Murphy était un homme qui aimait gagner. Qui aimait avoir raison. Qui aimait jouer, et connaître les mécanismes de ces humains si torturés qui se cachaient derrières un éclat de rire. Et il lui semblait si doux d'être tombé en si bonne compagnie. John Watson, ancien soldat, médecin jaloux, amoureux de son colocataire et prisonnier de ses doutes. Sherlock Holmes, détective consultant, sociopathe notoire, drogué , instable, homosexuel, passablement dangereux. Moriarty. Professeur James Moriarty. Inconnu à la notoriété intrigante.
Cillian sentit comme quelque chose fourmiller dans ses intestins alors que le blond reprenait, de mauvaise grâce, son exposé a propos de l'assassin.
"..."
« Bonjour.
-Bonsoir. »
Sherlock savait ce qui arriverait si jamais John apprenait qu'il avait laissé entrer le plus grand criminel de tous les temps dans son appartement. Il ne le savait que trop bien. Mais à cet instant précis de la soirée, il ne savait pas lui-même ou se trouvait John, et se permit donc de s'affacer pour permettre à un Moriarty sur son trente et un de pénétrer dans le salon, aussi souriant qu'à son habitude.
« Tu n'as pas l'air d'avoir envie de jouer en ce moment. J'ai tué deux membres de Scotland Yard, et tu fais la tronche. Je ne comprends pas.
-Soucis personnels.
-Chien chien va voir ailleurs ?
-Je n'aime pas l'intérêt qu'il porte au nouvel inspecteur. »
L'assassin, se servant une tasse de thé, sortit de son veston une petite fiche cartonnée qu'il jeta négligemment sur le canapé. Sherlock, tenant fermement son pistolet contre sa cuisse, n'alla pas s'en saisir.
« Cillian Murphy…Fils d'avocat. Avocat renommé, même. Un vrai gamin prétencieux, un brin surdoué, qui ne me connait pas encore…Beau gosse, aussi. J'en croquerais bien un bout. »
Il frotta son bouc entretenu, une moue délicieuse se formant sur ses lèvres pleines. Sherlock remarqua par la fenêtre le sniper qui le tenait en joue, et laissa son arme tomber au sol en fronçant les sourcils :
« Que fais tu la ? Quand tu veux prendre de mes nouvelles, habituellement, tu te limites aux messages.
-Je suis venu te donner les nouvelles règles du jeu. J'ai une cible bien précise, cette fois ci. Enfin… C'est une personne si spéciale que…Cela me rend si joyeux ! Tu vas être obligé de jouer… »
Moriary lâcha un rire cristallin, reposa la tasse en porcelaine au bord de la table basse avant de pousser un soupir feint :
« Tu ne devines pas ?
-Ce n'est pas John.
-Oh, non, non…Je te laisse le soin de d'occuper de cet animal-là, non… Quelqu'un d'autre… »
Son portable émit un bruit sonore, et l'assassin s'étira avant de se diriger vers la porte. Le détective lui suivit des yeux, sentant ses doigts le démanger alors que le brun quitter silencieusement la pièce. Le point rouge, sur son front, disparu paresseusement. Il retourna le papier de Moriarty avec l'index, et sa bouche s'entrouvrit avant de se plisser brutalement. Il n'y avait qu'une identité, inscrite noire sur blanc. Une identité trop bien connue du jeune homme.
Mycroft Holmes.
Sherlock sursauta quand la porte s'ouvrit à la volée, il saisit son pistolet, mit un genou à terre, ferma un œil et leva son arme avant de lancer une insulte. John, surprit et inquiet, fit un pas hésitant vers son fauteuil avant de se glisser près de son ami :
« Je peux savoir ce qui se passe, ici ?
-Non. Il est dix heures, va dormir, je t'expliquerais demain. J'ai besoin de réfléchir, et ta présence ne m'aide pas.
-Je vais monter alors. Pour tout à l'heure…Quand je suis partit, je… Enfin je voulais juste te dire que-
-Plus tard, plus tard ! » Siffla le brun, agitant la main en l'air comme s'il ne s'agissait que d'un détail sans importance. Les yeux fatigués de Watson se teintèrent de tristesse. Puis, il haussa les épaules, abandonnant son colocataire installé à même le sol, les deux paumes sous son menton, plongé dans une intense réflexion.
Son frère. Son grand frère. Bien qu'il ne se soit jamais sentit réellement proche de lui, Sherlock n'aimait pas savoir que son aîné se retrouvait plongé au centre de ses activités. Moriarty savait comment le faire réagir. Comment l'agacer, l'inquiéter. Le brun se sentit prévisible et énervé de lui-même.
Que faire ? Prevenir Mycroft serait suicidaire, son portable devait être sur écoute, et, membre du MI6 ou non, il risquait sa vie à tout instant. Il allait falloir régler cette affaire en finesse.
Deux heures plus tard, alors qu'il sentait poindre une terrible envie de combler ses veines d'une subtance illicite, un léger bruit, à l'étage, le fit sortir de sa léthargie. A pas de velour, il gravit les marches, trouvant directement la source du gémissement.
John faisait un cauchemar. Encore.
« Sherlock…Le gaz…Ne respire pas…Les balles…Les balles…Les balles… »
Un sournois mélange de l'aventure du coffre et de la guerre. Une fois encore, Sherlock resta sur le seuil de la chambre, les mains moites, incapable de faire quoi que ce soit pour l'aider. Il le voulait, pourtant, il voulait faire cesser ces mots douloureux et tremblants, il voulait apaiser ce corps agité et chaud.
Comme il voulait faire taire ses propres démons.
Ignorant le tiraillement au creux de son avant bras, il s'avança, presqu'éffrayé de son ignorance concernant ce genre de situation. Il s'installa timidement sur le lit, tendit la main, et la posa avec délicatesse sur le front de l'autre homme.
« Ssssht…Tout va bien John…Tout va bien…
-Le gaz…Le gaz… »
L'autre se baissa, caressant son visage, murmurant à son oreille que tout était terminé, qu'il n'y avait plus de gaz mortel. Qu'il n'y avait plus le moindre danger. Le blond sembla se calmer quelques peu. Mais, alors que Sherlock allait pour s'éloigner, l'ancien soldat lui prit brutalement le poignet, le serrant contre lui à l'en faire mal.
« John ! J… »
Sherlock voulu se retirer de l'étreinte quand il vit les deux perles transparentes couler des paupières closes. Pas les larmes. Aussi loin qu'il s'en souvienne, il n'avait jamais vu le blond dans un tel état de faiblesse. John n'abandonnait jamais, ne reculait jamais, il restait le front haut, le menton fier, le sourire aux lèvres.
« Ne pleure pas, ne pleure pas… »
Sherlock voulait partir. Vite. Un son aigue s'échappa de sa bouche quand le blond, toujours profondément ailleurs, leva sa paume pour en embrasser ses doigts repliés. Double chaleur. Le jeune homme sentit la totalité de ses muscles se détendre à ce simple contact. John embrassait sa main. C'était bon. C'était doux.
Sherlock le laissa faire quelques minutes, allant même jusqu'à déplier son pouce pour caresser la peau charnue et rosée, puis quitta la chambre dans un calme relatif. Quelque chose, dans son cœur, semblait souffrir.
"..."
« Je hais Londres. »
Chaque jour, en rentrant chez lui, Cillian disait cette phrase, et commençait presque à la croire lorsqu'elle s'échappait d'entre ses lèvres. Puis, il lançait son manteau sur une chaise, ou même par terre, une vilaine habitude de célibataire qui ne semblait plus vouloir le quitter. Pourtant, à la seconde même a laquelle il avait pénétré dans la cuisine, il avait sentit que quelque chose clochait.
Le chat n'était pas là. Le vent ne soufflait pas. Rien. Rien du tout.
Puis la pression froide et caractéristique sur sa nuque.
« Je dois avouer que vous me surprenez agréablement, chéri. Vous étiez sur vos gardes. Qu'est-ce qui vous a alerté ?
-Le chat devrait demander son repas.
-Cette créature blanche que j'ai croisé dans l'escalier, je présume. Hm. Vous êtes curieux, chéri. »
Cillian n'aimait pas qu'un homme l'appelle chéri, lorsqu'il n'était pas un intime de celui-ci. Il n'aimait pas plus le souffle incandescent qui lui chatouillait l'oreille, ni la main qui descendait sur sa hanche pour fouiller ses poches.
« Moriarty en personne ? Je croyais que vous vous cachiez derrière des snipers hors de prix ?
- Vous en connaissez long sur moi, on dirait…Je ne me déplace que pour les enquiquineurs de votre acabit. Fils d'avocat… J'ai connu votre père, vous savez ?
-Non.
-Je l'ai rencontré juste avant qu'il n'envoie cet homme en prison à sa place. Ce rouquin, là… Alexis Steikov.
-Mon père n'a jamais fait une chose pareille ! »
Cillian se retourna, voulu porter un crochet du droit à son agresseur mais se retrouva acculé dos au mur, le corps de Moriarty contre le sien, la pression du canon sous son menton. L'assassin souriait dangereusement :
« Je vous conseille de ne pas trop me contredire, chéri. Ca me déplairait fortement. Votre père est l'un des plus grands salauds que cette Terre ait porté, un homme très bien, c'est toujours l'un de mes amis, par ailleurs.
-Foutaises… »
Les mâchoires du nouvel inspecteur étaient contractés par la rage. Moriarty se haussa sur la pointe des pieds, ses doigts caressant distraitement la peau apparaissant dans l'ouverture de la chemise, sa bouche allant naturellement trouver sa place le long de la jugulaire. Il aimait sentir l'autre frémir, à sa merci.
« C'est totalement vrai. Et…J'étais venu voir si, par pur hasard, cet esprit légèrement machiavélique et rebelle s'était transmis par le sang chez son rejeton. »
Cillian ouvrit des yeux totalement surprit, et ouvrit la bouche pour lancer une réplique cinglante. Moriarty en profita pour l'embrasser avec violence, se calant contre lui, son pistolet se posant insolemment contre sa tempe pour qu'il n'oublie pas la menace.
Dieu que cet enfoiré d'assassin embrassait bien, songea le nouvel inspecteur.
Je vous laisse sur votre faim, peut être :) ? J'espère que ce chevauchement d'histoires ne vous gêne pas, personnellement je commence à bien aimer la plupart des personnages - même si John et Sherlock resteront bien evidemment les persos centraux!-
reviews ?
