CHAPITRE SIX
Merci pour vos nombreux et délicieux commentaires ! Je n'ai malheureusement pas le temps de lire la flopée de nouvelles histoires sur le site, mais je vais essayer d'assurer les arrivées de mes chapitres pour chaque week-end!
ENJOY
D'un geste sec, il le repoussa loin de lui, passant le revers de sa main sur ses lèvres pulpeuses, le pouls en folie, les neurones refusant de s'accorder dans une idée cohérente et utile. Penser. Il n'avait aucune arme à sa portée, rien. Et…Avait-il réellement envie de se défendre des attaques si spéciales de l'assassin ? Murphy sentit son sang bouillonner en lui. Moriarty eut un insolent sourire :
« J'ai eu la réponse que je voulais. Je repasserais plus tard, chéri. Quand tu as auras réfléchis à tout ça, et que tu seras prêt pour…La suite. »
Il lui fit un petit salut presqu'affectueux, riant doucereusement, puis prit la porte, les mains dans les poches, décidemment très sûr de lui. Quand la porte se ferma, Cillian se frotta longuement les paupières tout en réfléchissant. Devait-il informer quelqu'un de cette visite impromptue ? Non. Il était majeur, vacciné, inspecteur. Les décisions sur la suite des évènements ne dépendaient que de lui.
Il aimait cette idée.
"..."
Mycroft cru mourir deux fois, ce soir-là. La première fois, ce fut quand ses lèvres touchèrent celles de Gabriel Lestrade. Il l'avait forcé à se reculer contre le dossier, sa bouche brûlant la sienne, leurs langues allant même jusqu'à se frôler alors que sa main droite, d'abord sur celle de l'autre homme, venait de dériver sur sa cuisse, l'étreignant avec une ferveur passionnée.
« M…Mycroft ! »
Mycroft refusa certainement de saisir toute l'appréhension dans la voix de l'ex inspecteur, toute cette surprise teintée de terreur qui s'échappait de lui. Oui, il ignora cette mise en garde, fondit dans le cou de celui qui le rendait aussi vulnérable que n'importe quel être humain, lui mordilla la peau juste derrière la mâchoire, et sentit que la cuisse, sous ses doigts, se raidissait de plaisir.
Puis, quelque chose dans l'esprit du récent chômeur fit une embardée.
Gabriel se leva d'un bond, expulsant l'agent en arrière et faisant gronder les spectateurs derrière lui. Ses yeux, grands ouverts, n'exprimaient rien d'agréable. Gabriel n'avait pas désiré ce contact subit, non contrôlé et brusque. Il avait encore beaucoup de mal à situer ses envies vis-à-vis de l'aîné Holmes.
« Mycroft…Je… »
Gabriel voulait dire quelque chose. Il n'en fut pas capable. Mycroft cru donc mourir une seconde fois alors qu'il se levait prestement, attrapant sa veste avant de quitter la salle de cinéma d'un pas pressé, sans un regard en arrière, les joues en feu, la rage au ventre, ses prunelles le piquant plus que ce qu'il n'aurait voulu.
"..."
Le lendemain matin fut, pour la plupart des protagonistes de cette sombre histoire, une page de leur vie qu'ils considéraient comme nouvelle.
Sherlock voyait les choses ainsi, alors que ses lèvres se trempaient délicatement dans sa tasse de thé. Il était décidé à oublier ce début de jalousie presqu'intense qu'il portait à Murphy, cette pseudo culpabilité adressée à John concernant la visite de Moriarty et cette piqure étrange, dans son abdomen, dès que le blond entrait ou sortait d'une pièce dans laquelle il se trouvait.
Il allait gentiment se concentrer sur l'enquête et la survie de son frère, voilà. Faire de la place sur son disque dur interne.
« 'd morning, Sherlock… »
Le brun reposa instantanément sa tasse sur la table. Non seulement le thé qu'il avait fait avait un goût qui oscillait entre du produit vaisselle et de la poussière, mais John avait osé se présenter à lui torse nu. Chose qu'il n'avait jamais fait, tenant fermement à son côté prude de pur britannique qui le poussait à se laver, s'habiller et se parfumer avant de venir déjeuner.
Mais ce matin, de douces cernes s'étalaient sous ses yeux, même si un sourire semblait vouloir s'accrocher à ses lèvres. Sherlock ne risqua pas le moindre regard sur ce torse parsemé de poils blonds qui l'attiraient comme un aimant.
« Bonjour, John. Pourrais-tu me faire un thé ?
-N'est-ce pas justement ce que tu tiens dans ta main… ?
-Ne sois pas stupide, il est imbuvable. »
Le blond se massa la nuque, la fit craquer bruyamment, puis se leva pour se diriger vers la cuisine. Le détective n'observa ni le dos délicieusement musclé de l'ancien soldat, ni le haut de son boxer qui sortait de façon éhonté de son pantalon de pyjama.
« Tu as bien dormi ? » s'enquit-il avec une innocence plus que feinte.
« Hm, oui. Je crois que j'ai fait un cauchemar, mais…étrangement, quand je me suis réveillé, j'étais reposé, j'étais …Bien. »
John n'avait pas non plus pour habitude de parler de ses souvenirs de guerre. Sherlock eut un petit sourire, se replongea dans l'étude du Times alors que la bouilloire émettait un sifflement agacé.
« Que voulais-tu me dire, hier soir ? J'étais occupé à planifier quelque chose, mais à présent je suis disposé à t'écouter.
-Rien de bien intéressant ne t'inquiète pas. Tiens, ton thé. Je vais aller me préparer pour aller au cabinet. »
Sherlock accueilli entre ses paumes la tasse bouillante sans rien dire. La phrase avait été dite avec une vitesse de 60% supérieure à la normale. John cherchait à éviter cette conversation, et une certaine tristesse semblait tapie dans sa voix. Il haussa les épaules. Inutiles d'essayer de ne le forcer, cela ne mènerait probablement à rien. En double page, le meurtre d'un conseiller économique faisait les choux gras. Moriarty avançait à pas pesant vers le gouvernement Britannique. C'était un serpent venimeux qui se glissait entre les gens, sourire aux lèvres, prêt à mordre.
« Je vais y aller. »
Rapide comme l'éclair, c'est un John bien plus frais qui descendit les escaliers, lui offrant un petit sourire avant d'enfiler sa veste :
« Je vais passer prendre Sarah avant, donc je pars maintenant. »
John ne justifiait jamais ses actes. Il voulait donc que son ami lui apporte quelques commentaires. Le simple nom de Sarah lui fit lever les yeux au ciel, un fourmillement désagréable agaçant sa peau.
« Je vais aller voir le corps.
-Mais Cillian te…
-Cillian ? Tu l'appelles Cillian ? »
Réaction trop rapide. Trop intense. Sherlock se mordit les lèvres à sang, se désintéressant dans l'instant de cette nouvelle qui le révulsait pourtant au plus haut point. John fronça les sourcils, siffla qu'il comptait lui dire qu'hier soir, au bar, il l'avait croisé et avait discuté. Mais hier, monsieur Holmes l'avait envoyé sur les roses. Stupidement. Le blond insista terriblement sur l'adjectif avant de quitter l'appartement, toute trace de bonne humeur envolée.
« …Cillian Murphy… »
Sherlock regarda son reflet dans le teint trouble de son thé. Pourquoi un fossé se creusait-il entre son colocataire et lui ? Quand cela avait-il commencé ? Après le coffre-fort ? Oui. Non. A creuser. Son portable bipa.
Donovan : Je hais l'inspecteur. Ou en êtes-vous avec Lestrade ?
Sherlock repensa à son entretient, et décida d'ignorer le message. D'abord, il allait passer voir les dégâts que Moriarty avait causé, et, ensuite, il passerait voir l'ex DI pour le faire définitivement changer d'avis concernant sa carrière. Ses yeux coulèrent vers la porte close.
Il aurait aimé dire au blond que Moriarty était venu.
Il aurait aimé lui indiquer qu'il avait apaisé ses cauchemars durant la nuit.
Il aurait aimé lui avouer qu'il jalousait ce sale gosse de riche à l'égo surdimensionné.
Il aurait aimé lui crier qu'il avait mentit, ce jour-là, dans la chambre d'hôpital.
Mais Sherlock se contenta de raturer soigneusement toutes ces idées, puis commença à planifier une situation lui permettant de sauver son frère de la mort.
"..."
« John ? Il y a un homme qui veut te voir. Ce n'est pas un patient mais… »
Andrew lui fit un signe bien précis des sourcils lui faisant comprendre qu'il ne devait pas s'agir de n'importe qui. Sarah le regarda de côté, étonnée, mais le blond alla simplement dans son bureau, enfilant avec rapidité une blouse blanche.
« Vous ? »
Mycroft Holmes lui-même, installé sur un siège, raide comme un piquet et un je-ne-sais-quoi de rage aux fonds des pupilles. Le médecin hésita une seconde, ferma la porte, et alla appuyer vigoureusement sur le bouton de la machine à café :
« Je suppose qu'il y a un problème…
-Un problème ? Oh, il m'a simplement repousser de la façon la plus impolie qu'il soit, d'un geste sec, sans équivoque, en plein milieu de la séance !
-Et qu'avez-vous fait pour qu'il réagisse ainsi ? »
Voir le grand Mycroft Holmes rougir était un luxe que John ne pouvait pas se payer souvent, il se délecta donc de cette vision avec un grand sourire. Soudainement penaud, l'agent du MI6 lui conta a demi voix l'étrange pulsion qu'il n'avait su réprimer. L'ancien soldat se passa une main sur les yeux :
« Vous êtes bien un Holmes…Comment avez-vous pu vous jeter sur lui comme ça !
-Je ne me suis pas j-
-Oh que si ! Vous lui avez fait peur, il faut avancer par étape, en douceur, lentement ! »
Mycroft lui fit comprendre qu'il n'était pas d'accord avec sa tactique, puis haussa les épaules avant de faire tourner le pommeau de son parapluie entre ses doigts :
« Et vous ?
-Ne m'en parlez pas, grinça John, il… Je ne sais pas. Il n'est simplement plus le même, je…Je croyais avancer, mais…Je régresse, peu à peu. Je crois que je vais arrêter cette bêtise. »
Quelqu'un toqua à la porte. C'était le premier patient de la journée qui, prit d'une quinte de toux impressionnante, resta sur le perron. Watson demanda d'un ton éteint à l'aîné Holmes de bien vouloir s'en aller, et l'entretient s'acheva sur cette note des plus pessimistes. Toutefois, avant de partir, Mycroft se tourna vers le blond :
« J'ai l'impression que mon frère me cache quelque chose, en ce moment, en auriez-vous eu vent ?
-Sherlock ne me dit rien. »
Et une rancœur, semblable à une plaie douloureuse, imprégnait cette réponse.
"..."
« Sherlock Holmes. Je vous avais demandé de ne pas venir. »
Cillian ne cilla pas quand le brun, l'ignorant à tous les degrés, s'agenouilla pour jeter un œil au cadavre recroquevillé comme une araignée sur des marches de marbre. Il ne dit rien non plus en sentant que Donovan semblait comme soulagée par cette présence, et agacée en même temps. Par contre, quand le détective commença à noter des choses sur une feuille de papier, il alla poser sa main sur son épaule :
« Si vous relevez des indices sans m'en tenir au courant, je vais devoir vous arrêter. »
Sherlock repoussa les doigts blancs, avec l'envie irrépressible de faire tourner l'inspecteur en rond :
« Et bien d'abord impressionnez-moi ! Qu'avez-vous découvert ?
-Tué par sniper, il tentait de s'enfuir, cela se voit à la position des membres. Il avait peur, pupilles dilatées, ongles fraichement rongés. C'est un homme du gouvernement britannique, j'ai vérifié son identité, ses antécédents, rien à déclarer, il allait petit-déjeuner avec sa femme mais on l'a tué avant. Sa veste était ouverte, l'assassin a récupéré un document dans la poche intérieure. »
Sherlock refusa d'être ébahit. Et pourtant, ce salaud de bleu savait de quoi il parlait. Il avait relevé les traces, formulé des hypothèses, dressé des idées qui tenaient la route avec une désinvolture qui forçait le respect. Dans une autre vie, Sherlock aurait aimé avoir des discussions avec lui. Sèchement, le brun se releva :
« Mais vous ne savez pas ce que contenait ce papier, n'est-ce pas ?
-Non, en effet, mais j'y travaille.
-Il contenait une identité. Celui de la prochaine victime. Quelqu'un de plus haut gradé encore.
-Qui ça ? »
L'intérêt venait de naître dans le regard de Cillian qui tira sur sa cigarette. Sherlock sourit. Vicieusement :
« Je ne vois pas pour quelle raison je vous donnerais cette information. J'ai vu ce que je voulais voir, merci, au revoir. »
Puis, comble de l'humiliation, il mit ses mains en porte-voix en direction de l'agent métisse :
« Donovan ! J'ai quelque chose à vous dire, venez me voir en fin de matinée ! »
L'unique façon d'apprécier Sherlock Holmes était de se liguer avec lui contre quelqu'un d'encore plus agaçant. Cillian Murphy était donc parfait pour ce genre de chose. Mais avant même que Sherlock ait pu faire un pas en direction de son taxi, le nouvel inspecteur s'était remis devant lui, et son sourire rivalisait avec celui du brun :
« Vous refusez de me le dire ?
-En effet.
-Bien. »
Il fit signe à deux policiers de s'avancer :
« Je vous déclare en état d'arrestation pour entrave à une avancée d'enquête. »
Sherlock s'étouffa. C'était nouveau, ça, encore. Il se débattit fiévreusement, criant qu'il n'avait pas le temps pour ce genre de stupidité, et fut emmené de force dans l'une des voitures de l'équipe. Murphy se sentait soudainement bien. Il rêvait de remettre cet homme à sa place depuis qu'il l'avait rencontré. Puis, d'un pas souple, il s'avança vers la fenêtre de la voiture derrière laquelle se tenait Sherlock, écumant, les mains menottées dans le dos. Il tapota la vitre :
« Dîtes-moi encore, Sherlock, êtes-vous en couple avec ce bon docteur Watson ?
-Occupez-vous de votre cul ! », siffla vulgairement Sherlock, essayant rageusement de faire sortir de sa manche le petit fil de fer indispensable à la future ouverture des menottes.
« Bien, je vais prendre cela pour un non.
-Et alors ?
-Alors… Cela m'intéresse. »
Voir de la haine pure suinter des yeux bleus du jeune homme avait quelque chose de mystique, pour Cillian. Mystique et étrangement jouissif.
La voiture s'éloigna avec rapidité.
Cillian to Unknown : Cible écartée.
Unknown : Bon travail chéri. Je n'en attendais pas moins de toi.
Voici donc la belle avancée de cette histoire qui, en fait, galère un peu :D !
Mais les fils vont se tirer au fur et a mesure, j'espère que vus apprécierez ;)
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