Titre : Erreur d'enfance ?

Auteur : Vyersdra

Disclaimer : X de CLAMP ne m'appartient pas. Encore moins Fûma et Kamui, que j'aurais voulus pour mon anniversaire. J'aurais joué au papa et à la maman avec eux… Hem… A part ça, je ne fais pas de fanfictions pour gagner des sous et si c'était possible, ça se saurait !

Rating : M donc interdit aux mineurs !


Chapitre 2 : Erreurs d'adultes

Où suis-je ? Je suis seule, étendue sur une surface invisible, au milieu d'un noir complet, sombre et glacial. Je prends pourtant appui sur cette surface, ce sol lisse et que je ne peux voir, afin de me lever… et me retrouver nez à nez avec une énorme boule de verre, comme une grosse bille d'un diamètre égal au moins au double de ma taille, lisse et brillante. Le plus étrange est qu'elle est le portrait crachée de la Terre vue de l'espace, avec du bleu pour les océans, le même que les yeux de Kamui et sa mère du blanc pour les nuages et une sorte de vert pour les continents. Je suis face à la Terre… La voir m'inspire une crainte mâtinée de respect, comme si je faisais face à une divinité en personne. Elle est à la fois si imposante et si belle, si lumineuse dans cette obscurité qui nous entoure et si terrifiante, d'apparence si fragile… Elle fait battre mon cœur comme ma Tôru seule sait si bien le faire. Par réflexe, je jette un coup d'œil derrière moi, comme une enfant s'apprêtant à faire une grosse bêtise. J'ai l'impression que mon cœur est prêt à exploser lorsque je touche la Terre du bout des doigts et le verre froid au contact de ma peau me fait délicieusement frissonner. Je voudrais rester auprès d'elle car je m'y sens si bien…

Soudain, sans que je ne puisse l'expliquer, les motifs représentant les nuages se mettent en mouvement comme seuls les vrais savent le faire et le verre de cette sphère, jusqu'à présent opaque, devient transparent. Ma surprise est totale lorsque je m'aperçois qu'à l'intérieur sont enfermés un jeune homme en uniforme scolaire que je sais être Kamui et Tôru évanouie dans ses bras. J'espère qu'elle n'est qu'évanouie contre son fils ! Ayant levé les yeux vers moi, il se met debout comme il peut en tenant sa mère avec un bras et m'appelle en tapant de sa main libre contre la paroi en verre, me demandant visiblement de l'aide. Visiblement, car je ne vois que ses lèvres qui bougent, malheureusement, je n'entends pas ses paroles, comme si la paroi de verre ne laissait pas traverser le son. Mais ce n'est pas ça qui m'arrêtera, bien sûr, que je vais les tirer de là ! Je ne peux tout de même pas laisser ma Tôru dans cet état ! En espérant qu'il ne soit pas trop tard…

Je me mets à taper de mes petites mains de ménagère avec toute la force, la rage dont je suis capable. Ce qui est peu, évidemment, puisque la boule ne bouge pas d'un iota, mais je n'ai d'autre arme à ma disposition que mon corps frêle et menu de femme. Et je ne renoncerai pas, Terre ou pas, il n'y a rien qui m'empêchera de retrouver Tôru ! Je cogne contre la grande sphère de verre, face à Kamui qui fait de même. Je veux les libérer… Je veux la libérer !

Je suis soulevée à bout de bras. Un homme fort, des bras chauds et rassurants me soulèvent. Kyôgô ! Mon époux ! Si vigoureux, si réconfortant, et pourtant… Je suis folle, vraiment, de ne pas aimer un homme tel que lui : mon cœur ne bat que pour Tôru…

« Kyôgô ! Dépose-moi, tu m'entends ? Lui crié-je en me débattant. Je dois les sauver !

-Tu ne peux pas, éloignons-nous d'ici !

-Même si je ne peux rien, je ne laisserai jamais Tôrû ! Laisse-moi ! »

Je m'agite, frappe sa poitrine, bats des pieds et réussis même à le griffer légèrement au visage, mais rien à faire : moi solidement amarrée à lui, nous nous éloignons progressivement de la sphère transparente représentant la Terre et les nuages qui se meuvent à sa surface. Je me débats comme une lionne, réussis à poser un pied sur ce sol invisible… et mon mari disparaît aussi soudainement qu'il est apparu, laissant la place à quatre lourdes chaînes terminées chacune par des menottes qui m'attrapent aux poignets et aux chevilles et m'attachent. Déséquilibrée, je chute, mais me relève rapidement. Je suis de nouveau debout, mais à bonne distance de la Terre, les chaînes, comme si elles étaient fixées à un mur derrière moi, me retenant de m'approcher de nouveau d'elle. J'ai beau tenter d'avancer et tirer dessus, impossible de s'en défaire… Non… Tôru !

« Tôru ! Tôru ! Hurlé-je, maudissant intérieurement mon impuissance et commençant à pleurer malgré moi. Que quelqu'un me sorte de là ! Je dois aller sauver Tôru, elle est prisonnière ! Tôru !

-Kamui ! »

Hein ? Quelle est cette voix, profondément masculine qui vient de m'interrompre ?

« Kamui ! »

Une voix de femme, cette fois-ci... Mais qui ?

« Kamui, tu dois vivre ! Kamui ! »

Une adolescente me ressemblant énormément, les pieds nus et vêtue d'une robe blanche, apparaît près de la sphère comme par magie et se met à la cogner de l'épaule. Kotori, ma tendre fille ! Tu es venue à la rescousse de Kamui !

« Kotori ! Libère-moi et je viens t'aider ! A deux nous pourrons peut-être… »

Je m'arrête, voyant qu'elle ne tourne pas la tête en ma direction. Peut-être ne m'entend-t-elle pas ? Je suis certes suffisamment en retrait pour voir la Terre et ses environs dans sa globalité, mais elle devrait pouvoir entendre ma voix ! Convaincue, je recommence à l'appeler, à hurler son nom, en vain. Ma fille, focalisée sur Kamui à l'intérieur de la Terre géante, ne capte pas ma voix. Mince ! Que puis-je faire ? Je ne peux pas rester les bras croisés et ma fille semble impuissante…

Des éclairs blancs en forme de dragons zèbrent l'espace noir dans lequel nous sommes plongées et viennent frapper la Terre en verre, la fissurant. De l'autre côté de la boule, diamétralement opposé à Kotori se dresse un jeune homme de haute taille ressemblant beaucoup à mon fils. Il porte lui aussi un uniforme scolaire, le même que Kamui. De là où je suis, je peux voir Kamui tourner alternativement la tête, passant de Kotori à… Fûma, puisque c'est bien lui. Mon intuition de mère, sans doute…

« Grand frère ! Tu vas blesser Kamui si tu détruis violemment sa prison ! Tu risques même de le tuer !»

Qu'est-ce que je disais…

« Je vais trouver une solution, pour la Terre et Kamui, implore Kotori, à genoux et en larmes.

-Si tu ne bouges pas, je te détruirai avec la Terre, gronde Fûma.

-Non ! Ne la détruis pas !

-Tu préfères qu'il reste ainsi enfermé ?

-Non, mais…

-Ecarte-toi, Kotori.

-Je veux rester auprès de lui. S'il meurt, je veux mourir avec lui, dit-elle résolument en enserrant la Terre de ses bras.

-C'est ton souhait … Tu l'auras voulu. »

Pourquoi sa voix est froide et impersonnelle ? Fûma tend le bras droit devant lui et apparaît dans sa main une magnifique épée. J'ai déjà vu cette épée en rêve : c'est l'épée divine de "Kamui", celle avec laquelle celui-ci décidera de l'avenir des hommes et de la Terre. Il la lève au ciel tel un chevalier et des dragons d'énergie blanche s'enroulent autour, comme attirés, puis absorbés au fur et à mesure par l'épée divine. L'arme étincèle d'un éclat magique. Il l'abaisse, et se met en garde. Il va frapper la boule de verre. Mais risque de blesser sa sœur, Kamui et Tôru avec les débris qui s'éparpilleront chaotiquement…

« Fûma ! Mon fils, fais attention ! Ne fais de mal à personne ! »

Il s'élance face à la boule et donne un puissant coup d'épée dans la sphère. Son arme blanche brise la Terre, mais l'air déplacé et l'énergie emmagasinée va frapper d'une part directement Kotori qui finit tranchée en morceaux, d'autre part se réfléchit partiellement et retourne vers mon fils qui reçoit cette déflagration et ces débris de plein fouet et s'écroule sur le sol dans un bain de sang, le tout sous mes yeux effarés. Kamui a gardé le corps inerte de sa mère contre lui, s'est penché sur elle et s'est protégé avec ses bras des énormes bouts de verre qui leur sont tombés dessus. Il est sauf. Il est sauf, mais Kotori et Fûma sont… Et Tôru...

« Kotori ! Tôru ! Fûma ! Non !»

J'ouvre les yeux sur le plafond blanc de ma modeste chambre, le cœur qui bat la chamade et le souffle court. Aussitôt, une voix aigue se fait entendre :

« Maman !

-Non, Kotori, reste tranquille », dit la voix de Tôru.

Tôru ? Ma Tôru ? Je me redresse avec une vigueur que mon état ne laissait pas supposer pour m'asseoir et fait face à l'assistance qui m'entoure : Kotori et Kamui dans les bras de Tôru, assise à côté du futon sur lequel je suis et Fûma accroupi tout près de moi. Ils sont tous vivants… Soulagée, heureuse d'être revenue dans le monde réel, j'enlace mon fils avec ferveur et Tôru laisse les deux autres se jeter sur moi. J'ai dû leur causer une grosse frayeur en m'évanouissant… J'embrasse sur le front chacun des enfants, pendant que Tôru m'explique :

« Nous étions au téléphone lorsque tu as eu un malaise, du moins, c'est ce que j'ai pensé. Comme ton mari n'est pas ici, je me suis empressée de venir, vu que nous sommes voisines. Quand je suis arrivée, les enfants étaient en train de déplacer un futon dans le salon car ils ne pouvaient pas te porter jusque dans ta chambre, raconte-t-elle avec ce sourire qui fait fondre mon cœur. Tant bien que mal, j'y suis arrivée. C'est que tu pèses ton poids, Saya !

-Maman, tu vas mieux ? S'enquiert Kotori. On a eu tellement peur, avec grand frère et Kamui !

-Heureusement que ma maman est venue ! Renchérit Kamui. On n'aurait jamais pu te porter, sinon !

-On a même tout nettoyé et fait la vaisselle parce qu'elle est restée ici avec toi ! Enchaîne Kotori. Mais on a gardé ton bol, parce que toi, tu n'avais pas fini !

-Vous avez tout fini ? Il est quelle heure ? Leur demandé-je, un peu confuse par tout cet afflux d'informations.

-Treize heures cinquante, me répond Tôru après avoir regardé sa montre. Je vais réchauffer ton bol et te le monter. Restez avec elle, les enfants, je reviens. »

Tout en me souriant de manière rassurante, elle se lève et quitte ma chambre. Les enfants, eux, restent silencieux, par crainte de me déranger, sans doute. Au bout d'un moment cependant, c'est mon fils qui brise le silence :

« Je suis désolé, maman.

-Mais pourquoi ?

-Je sais bien que tu as une santé fragile et qu'il ne faut pas te contrarier. Je sais bien et pourtant… »

Et pourtant tu m'as quand même tenu tête pour pouvoir continuer à dormir avec Kamui, mais je ne peux pas t'en vouloir, je te comprends trop bien pour ça…

« C'est de ma faute aussi ! Continue Kotori en m'enlaçant de ses petits bras et en posant sa tête sur ma poitrine. Parce que j'ai été vilaine et que j'ai crié !

-Moi aussi, je suis coupable… »

Oh, non, Kamui, pas toi… pas encore…

« Parce que tu es restée avec moi toute la matinée et…

-Vous avez fini de raconter n'importe quoi ? » Leur demandé-je, faisant mine d'être agacée.

Ils lèvent tous la tête, de l'étonnement dans leurs grands yeux. Satisfaite d'avoir stoppé ce déluge de repentirs infondés pour la plupart, je leur dis :

« Ce n'est de la faute de personne. Mes enfants, vous savez effectivement que je suis fragile physiquement et c'est pour cela que vos êtes des enfants exemplaires et que je n'aurais pas pu rêver mieux. Quant à toi, Kamui… Ce n'est certainement pas le fait d'être restée avec toi quelques heures qui m'a fait m'évanouir !

-Mais déjà, lorsqu'on s'est retrouvés tous les deux, tu as eu un malaise …

-Oui, en effet, je ne me sentais déjà pas trop bien. Donc tu vois, ce n'est pas de ta faute. D'accord ? Vous aussi, ça vous va ? Demandé-je en m'adressant à mes deux rejetons.

-D'accord, me répondent-ils en chœur d'une toute petite voix.

-C'est quoi, ces mines que vous me tirez ? M'exclamé-je en leur tirant la joue à chacun, les faisant grimacer de douleur. Souriez ! Il fait beau dehors, vous n'aviez pas prévu de partir jouer ?

-Oui, mais si on peut faire quelque chose pour t'aider… Commence Kotori en se levant.

-Je n'ai besoin de rien, une fois que je me serai reposée, je continuerai mes affaires.

-Vous avez entendu Saya ? Allez-y, je reste auprès d'elle, de toute façon, leur dit Tôru en entrant dans la chambre avec un plateau sur lequel repose mon bol de riz entamé ainsi que des baguettes et un verre d'eau.

-On peut prendre les vélos ? Me demande mon fils, se levant à son tour avec Kamui.

-Oui, acquiescé-je en hochant la tête. Par contre, je veux que vous soyez de retour à la maison pour seize heures au plus tard. »

Il ne faut absolument pas que mon mari, qui rentre vers dix-huit heures, tombe sur Kamui et les suçons qu'il a au cou…

« Pourquoi aussi tôt ? S'offusque Kamui.

-Vous avez école demain, rétorqué-je sèchement. Vous avez fait vos devoirs ? »

Le trio d'enfer s'incline, gêné. Ouf, je m'en sors bien, sur ce coup-là, j'ai trouvé une raison valable pour les faire rentrer au bercail plus tôt que d'habitude sans avoir à argumenter pendant une demi-heure.

« Saya a parlé, leur dit Tôru d'une voix joyeuse en déposant le plateau sur mes genoux. Je vous accompagne dehors afin de refermer la porte, vous sonnerez lorsque vous rentrerez, d'accord ?

-D'accord, maman ! » Lui répond Kamui.

Alors que tout ce petit monde se lève et se dirige vers la sortie, j'attrape mon fils par le bras. D'un regard, je fais comprendre à Tôru qu'elle doit sortir avec Kotori et Kamui. Une fois ceci fait, je demande à mon fils d'une voix basse :

« Tôru a fait un commentaire sur les marques que tu as laissées à Kamui ?

-Oui, me répond-t-il malaisément. Elle a demandé ce que c'était.

-Et alors ?

-Kotori et Kamui lui ont dit que c'étaient des piqûres de moustique. Elle a hoché la tête en disant « Je vois » et n'a rien ajouté.

-Elle les a crus, selon toi ? »

Il secoue la tête.

« Tu vois ce que je te disais un peu plus tôt ? Pendant votre absence, je vais m'entretenir avec Tôru à ce sujet. Elle décidera de ce qu'il faut faire et tu le sauras lorsque vous rentrerez. »

Il hoche la tête, et part à son tour lorsque je lui lâche le bras. Je me saisis des baguettes posées sur le plateau et m'attaque à mon bol de toridon. Il ne faut que quelques secondes à Tôru pour remonter dans ma chambre et fermer soigneusement la porte derrière elle. Elle vient s'asseoir bien plus près de moi qu'auparavant, son front frôlant ma tempe, ce qui me procure un frisson particulier que je n'avais plus ressenti depuis longtemps. Mes baguettes encore dans ma bouche, je tourne la tête pour la regarder dans les yeux. Dans ses yeux bleus comme la Terre vue de l'espace, comme le ciel, comme ceux de son fils Kamui. Des lèvres fines, couleur carmin, un petit nez pointu, des pommettes saillantes encadrées par ses longs cheveux bouclés, noirs comme le plumage d'un corbeau, qui sont lâchés négligemment sur ses épaules. Elle s'est habillée aujourd'hui d'un chemisier à manches courtes bleu marine et d'une jupe droite, noire, lui arrivant aux genoux.

« Tu es si belle… » Lui soufflé-je entre mes dents.

Elle frotte son front contre mon visage et je réponds à cette marque d'affection de la même manière, tel un chaton se faisant caresser. J'aime le parfum qu'elle a mis, qui dégage encore une légère fragrance et n'agresse pas mes narines. Cela fait si longtemps que je ne l'ai pas eu aussi proche de moi, comme ça… Depuis mon mariage, nous nous sommes juré de rester amies et de ne rien faire de compromettant, malgré les sentiments forts que nous partageons jusqu'à maintenant. Par conséquent, nous sommes toujours restées à bonne distance l'une de l'autre, évitant comme la peste les contacts rapprochés, ou même de rester seules trop longtemps dans une même pièce. En clair, nous nous étions promis de ne pas nous retrouver dans la situation actuelle. Et je me rends compte que nous avions bien raison…

Je dépose mes baguettes sur le plateau, mais je n'ose pas déposer celui-ci sur le sol de peur de briser le contact physique que j'ai avec Tôru, de peur qu'elle ne disparaisse comme par enchantement si mon attention la délaisse ne serait-ce qu'une fraction de secondes. J'agrippe de mes mains ses cheveux, de chaque côté et je l'embrasse farouchement. Tu m'as terriblement manqué, Tôru… Prise par surprise, elle en oublie de me rendre mon baiser et reste parfaitement immobile. Toujours aussi mignonne… Je m'éloigne d'elle afin de la regarder rougir comme un coquelicot, la bouche entrouverte. C'est avec un regard fuyant qu'elle me murmure :

« Saya, on avait dit...

-Tu m'as manqué. Tu me manques, Tôru… Tu me manques tant…

-Toi aussi et tu le sais, me dit-elle en se servant de ma main pour se caresser la joue, mais il ne faut pas que les enfants et encore moins ton mari le sachent…

-Embrasse-moi, lui dis-je en faisant glisser le plateau sur le sol de ma main libre.

-Mais Saya…

-Embrasse-moi. »

Un peu gauchement, elle s'exécute, mais ses réflexes revenant au grand galop, nous finissons par nous embrasser à pleine bouche, de plus en plus voracement, mes mains dans ses cheveux et les siennes dans les miens. Lentement, mes doigts descendent sur son visage, dessine la ligne de sa mâchoire, et finissent par faire une halte sur ses épaules. Elles ont envie d'aller plus loin, bien sûr, mais n'osent pas, sachant pertinemment qu'une fois le point de non-retour atteint, il n'y aura plus de marche arrière possible. Mais j'ai envie de Tôru et je sais, je sens qu'elle a envie de moi. Elle a le chic pour me faire tourner la tête, me faire perdre ma raison de femme mariée, cette Tôru… Mais elle est si parfaite physiquement, plus grande que moi, mince et si belle, et puis elle semble avoir gardé une peau de bébé, duveteuse comme s'il elle n'avait jamais connu les affres de la puberté. Cette peau, la même que Kamui, je la goûte en déplaçant ma bouche sur sa joue, que je lèche et mordille avec plaisir. Je descends au menton, puis dans son cou, la partie la plus érotique selon moi… Je suçote la peau, mord un peu, jusqu'à ce qu'elle me demande d'une faible voix d'arrêter :

« Saya, je t'en prie, pas de suçon, ça va se voir… »

Cette phrase me gifle au visage, me réveille mieux qu'une douche glacée en me rappelant tous les événements de ce matin : les suçons sur le cou de Kamui, les explications avec mon fils, la crise de Kotori… Et moi qui ai vertement tancé Fûma, alors que je ne vaux vraiment pas mieux… Mais alors vraiment pas…

« Vous alors… Toi et ton fils, vous êtes de vrais appels au crime, lui susurré-je les lèvres encore collées à son cou. Vous êtes mystérieux, insaisissables comme le vent et si attirants qu'on ne peut que succomber à votre charme. Vous êtes des sirènes tentatrices, des Diables souillant la pureté de nos âmes si fragiles… Comment ne pas être conquis par votre beauté, votre sensualité, comment faire pour ne pas se laisser enflammer par votre corps et tout ce qu'il dégage ? Vous n'êtes décidément pas de ce monde, poursuis-je en replaçant une mèche de ses cheveux derrière son oreille.

-Saya…

-Tu as capturé mon regard un jour et tu m'as faite prisonnière à jamais. Ton fils est venu un jour ici et a volé le cœur de mes deux enfants… Les deux… J'ai voulu être à toi et je l'assumerai jusqu'au bout, mais pourquoi mes enfants doivent en souffrir? Ils n'ont rien fait… Murmuré-je à même sa peau, les larmes commençant à pointer le bout de leur nez. Ils ne méritent pas d'être ainsi séduits par Kamui, qui en plus ne se rend compte de rien ! Parfois, j'ai l'impression que… qu'il les hypnotise ! »

Je m'arrête, ne pouvant plus continuer pour cause de pleurs intempestifs. Tôru me serre dans ses bras dans lesquels je me blottis comme une enfant et me chuchote des paroles qui se veulent rassurantes afin de me calmer. Sa chaleur, sa douceur… Elles me font pleurer tout mon saoul contre sa chemise, chercher ses lèvres à l'aveuglette et recommencer à l'embrasser désespérément, voulant ouvrir ces lèvres qui restent immobiles devant mes remarques. Tôru les écarte cependant afin que ma langue pénètre dans sa bouche et se laisse passivement dominer par le furieux baiser que je lui donne, comme pour se faire pardonner d'être aussi désirable.

Ce n'est qu'une fois à bout de souffle, encore en sanglots, que je m'arrête de l'embrasser et c'est le moment qu'elle choisit pour recommencer à me consoler, mais cette fois-ci en léchant les larmes sur mes joues, ce qui fonctionne bien mieux que des paroles. Même si j'adore sa voix…

Lorsqu'elle me sent un peu plus calme, elle se lève afin de prendre le paquet de mouchoirs qui se trouve dans le tiroir de ma table de nuit et m'essuie délicatement le visage et le nez en me murmurant des mots tendres.

« Tu n'en veux plus ? » Me demande-t-elle en désignant du menton mon bol contenant un fond de riz.

Je secoue la tête, jouant mon rôle d'enfant jusqu'au bout. Pour une fois que l'on s'occupe de moi…. Et en plus, il s'agit de Tôru… Que demander de plus? En souriant, elle se penche par-dessus mes jambes pour déposer le mouchoir sale sur le plateau, de l'autre côté du futon. Puis elle me reprend dans ses bras et me demande doucement :

« Dis-moi ce qui t'a mis dans cet état. Il faut que tu aies été vraiment contrariée pour t'évanouir comme ça. Tu m'as fait peur, et je ne te parle même pas des enfants. Dis-moi tout, insiste-elle en me caressant le visage du bout de l'index. Pourquoi pleures-tu ?

-Tu n'as pas manqué de remarquer les suçons dans le cou de ton fils… Entamé-je en soupirant.

-Ah, oui, maintenant que tu le dis, je voulais t'en parler. Cela m'a surpris, surtout lorsque les enfants m'ont dit que c'était des piqûres de moustique… Comment c'est arrivé ? Me demande-t-elle. Les sentiments de Kotori envers Kamui sont évidents, mais je ne l'imagine pas si téméraire…

-Figure-toi que c'est quand Kamui est descendu prendre son petit déjeuner que je m'en suis aperçue. Je précise que la veille, il n'avait rien.

-Fûma ? Me demande-t-elle d'une voix hésitante, après un long silence. J'avoue y avoir pensé, mais… mais ça ne lui ressemble pas du tout…

-Tu as deviné, pourtant, dis-je en soupirant à fendre l'âme et me blottissant contre elle.

-Vraiment ? Mais comment… ?

-Comment ? Tu me demandes comment ? Pourtant, ce n'est pas difficile à deviner… Répliqué-je en lui souriant amèrement.

-Attends, tu es sûre que c'est lui ?

-Oui, il m'a tout avoué.

-Ce n'était pas un jeu, ou même… je ne sais pas, moi, un "test de découverte" ? Tu sais, à cet âge…

-Si ce n'était que ça, je ne me serais pas mise dans un état pareil, tu sais…»

Tôru, qui semble enfin réaliser l'ampleur de la situation, reste hébétée un long moment.

« Comme si l'affaire n'était pas suffisamment compliquée comme ça… » Lâche-t-elle finalement dans un murmure agacé.

Bien d'accord avec toi… Je soupire, résignée, avant de raconter :

« Ce matin, donc, Kamui s'est levé avec ces marques dans le cou. J'ai tout de suite pensé à Fûma, puisqu'ils partagent la chambre, mais pour protéger l'innocence de ton fils qui ne s'était rendu compte de rien, je lui ai fait croire à des piqûres de moustique. Ah, oui, tout ceci parce que Kotori est venue et a mis les pieds dans le plat en faisant remarquer à Kamui qu'il avait des marques rouges dans le cou. »

Je m'arrête pour regarder Tôru qui sourit légèrement en imaginant la scène.

« Kotori, sachant que les rougeurs étaient accompagnées de boutons lorsqu'un moustique piquait la peau, n'a pas cru à cette histoire et j'ai dû user de mon autorité maternelle pour qu'elle arrête d'en parler. Kamui, qui ne pouvait pas voir ce qu'il avait dans le cou, n'a pas posé de problème particulier, il se fiait entièrement à ce que disait Kotori. Ils ont pris le petit déjeuner sans Fûma, qui n'était toujours pas levé alors qu'il était déjà près de neuf heures.

-C'est étonnant, en effet…

-Oui, acquiescé-je en hochant la tête. Lorsqu'il s'est levé, je suis allée dans sa chambre l'attendre. Je l'ai interrogé quand il est revenu de la douche. Et là, il a tout avoué. Avec beaucoup de difficultés, il a tenté de mentir, mais ça n'a pas marché. Tu te rends compte, Fûma qui essaye de mentir ? C'est du jamais vu ! Je veux dire… Les rares fois où il faisait des bêtises, il les avouait ! Il n'a vraiment pas l'habitude de ce genre de choses, d'ailleurs, il était si maladroit que ça se voyait tout de suite !

-Alors, que s'est-il passé entre eux, du coup?

-Eh bien, cette nuit, il y avait de l'orage et ton fils est venu trouver refuge dans son futon. Pour faire simple, Fûma s'est retenu toute la nuit de lui sauter dessus et de le dévorer tout cru. Un dessin ?

-Non merci, je crois que j'imagine sans mal, me répond-t-elle en souriant.

-Il l'a embrassé dans le cou, donc, mais il ne savait pas que ce qu'il faisait serait visible à tous le lendemain. Je t'annonce donc qu'il a officiellement découvert les suçons. Sous mon toit et avec son meilleur ami… C'est du propre ! »

Tôru sourit moqueusement en posant une main sur son front, feignant le désespoir :

« Ils sont si innocents… Rassure-moi, ils ne pensent pas que les enfants naissent dans des choux, si ?

-Tu n'as pas intérêt à te moquer, car je te signale que Kamui n'est pas mieux ! »

Elle se mord les lèvres pour se retenir de rire. Nous nous regardons attentivement, puis nous éclatons de rire ensemble. J'ai l'impression d'être revenue à l'époque du lycée, où nous échangions des regards si complices… ou brûlants selon la situation…

« Fûma avait tellement envie de ton fils qu'il a dû se "soulager" aux toilettes… Je le remercie de ne pas avoir sali les draps…

-Incroyable… à son âge… Il a eu onze ans au début de cette année, non ?

-Oui. En somme, tout ça pour te dire qu'il n'a pas dormi de la nuit. Je lui ai expliqué qu'avec un tel comportement, je ne pouvais plus laisser Kamui dormir avec lui et que par conséquent, il dormirait avec Kotori. Fûma ne l'a pas accepté et m'a crié dessus.

-Pas possible… Il ne ferait jamais ça…

-Il est amoureux, Tôru, tu sais pourtant ce que ça signifie, non ? Il est entré dans une rage folle, je ne l'avais jamais vu ainsi… Il m'a tenu tête, il n'a rien voulu entendre… Il a crié, pleuré, supplié, pour que Kamui dorme avec lui, me disant même que je lui enlevais Kamui et que je n'avais pas le droit de faire ça.

-Impossible…

-C'est le moment qu'ont choisi les deux autres pour faire irruption dans la chambre afin de chercher Fûma. Mais il s'en est violemment pris à sa sœur, j'ai cru qu'il la frapperait tant il était en colère, je l'ai retenu… Effrayée par l'attitude de son frère, Kotori est partie en pleurant dans sa chambre. Je te jure, Tôru, je n'ai pas reconnu mon fils, le garçon sage et obéissant, le grand frère de Kotori et aussi de Kamui… Je ne l'ai pas reconnu… C'était quelqu'un d'autre et il me faisait peur… »

Elle m'enlace de ses deux bras afin de me rassurer suffisamment pour que je poursuive mon récit. Après une pause, je lui fais remarquer :

« Tôru, je crois qu'il est trop tard, tu sais ? Fûma est éperdument amoureux de lui… Je ne pense pas qu'on pourra y changer quelque chose... Mais ce n'est pas ce qu'on voulait…

-Fûma est le "gémeau" de Kamui, par conséquent, il est normal qu'ils soient proches, mais je ne voulais pas qu'il y ait plus que ça. L'histoire se complique, Saya… Me dit Tôru d'une voix plus sombre. Ils devront s'affronter pour décider de l'avenir des hommes, mais comment le faire si les sentiments s'en mêlent ? Comment Kamui pourra-t-il rester impartial dans ses choix ? Or de ses choix découleront la survie ou non de l'humanité… Saya, Kamui ne dois rien savoir de toute cette histoire, d'accord ?

-J'ai pensé la même chose que toi et c'est la raison pour laquelle je ne lui ai rien dit.

-Et tu as bien fait. Il ne faut pas qu'il sache que Fûma éprouve pour lui plus que de l'amitié, je ne veux pas qu'il soit perturbé par des considérations pareilles.

-Parce que tu penses que les sentiments de mon fils ne méritent pas d'être considérés ?

-Réaction spontanée d'une maman… Mais c'est de l'avenir des hommes dont il s'agit, on ne peut pas agir à la légère, on ne peut pas être sentimentales… Kamui est sensible mais le moment venu, il ne devra pas se laisser attendrir par Fûma… Il faudra qu'il agisse selon ce que son cœur lui dicte, sans aucune interférence.

-Je le sais, je le sais bien, mais de voir mon fils souffrir ainsi m'a fait tellement de peine ! Je ne pouvais pas lui donner ces raisons, j'étais désemparée face à l'ampleur de sa douleur, je ne pouvais rien faire alors que je comprenais ! Comment penses-tu que je me suis sentie, lorsque j'ai dû lui dire « Oui, tu l'aimes, mais tu ne l'embrasses pas même s'il est à croquer et que tu en meurs d'envie, tu ne le touches plus comme tu l'as fait cette nuit même s'il vient se pendre à ton cou et se coller à toi, tes étreintes ne doivent pas durer plus de cinq secondes ou alors elles seront suspectes » et j'en passe et des meilleures ? Bon, d'accord, je ne lui ai pas parlé exactement comme ça, mais tu vois… Comment veux-tu interdire à quelqu'un d'aimer ? Tu es bien placée pour le savoir, ça… Comment veux-tu que je lui interdise d'aimer Kamui alors que moi je suis folle de toi, sa mère ? M'emporté-je. Les… les sentiments de mes enfants ne pèsent pas lourd dans la balance, lorsque le destin est en marche… et ça me fait mal, bien plus mal que ce que j'ai décidé d'endurer pour toi…

-Saya, tu crois qu'on nous a demandé notre avis à nous ? Me demande Tôru en guise de réponse.

-Non, lui dis-je en souriant tristement. Sinon, nos enfants ne seraient même pas nés puisque nous aurions décidé de vivre ensemble coûte que coûte…

-J'ai un rôle à jouer dans ce destin, et toi aussi, qui est liseuse de rêve et qui porte en toi l'épée divine. Nous ne pouvons y échapper, Saya, me murmure-t-elle en déposant un léger baiser sur mon front, puis sur mes tempes. Nos enfants non plus, malheureusement… Ils doivent être sacrifiés pour sauver soit les habitants de cette Terre, ou alors la Terre elle-même, comme je te l'ai expliqué.

-Tu me fais penser… J'ai fait un rêve étrange en m'évanouissant tout à l'heure-là.

-Parle-moi de ce rêve », me demande-t-elle alors.

Magami Tôru, qui est une kagenie et la mère de Kamui, s'intéresse de très près à mes rêves prémonitoires. Cela m'arrive de temps à autre de rêver de "Kamui" qui détruit la Terre avec son épée divine ou encore de ma fille Kotori, adolescente, se faisant tuer par "Kamui". Mais je n'avais jamais rêvé de mon fils Fûma. C'est la raison pour laquelle j'ai douté en le voyant dans mon voyage onirique. D'ailleurs, maintenant que j'y pense, Kamui semblait être Kamui et non "Kamui", contrairement à d'habitude. Par contre, Fûma était étrange… Et si, dans mon rêve, il avait joué le rôle de "Kamui" ? J'ai beau être une liseuse de rêve, je ne sais pas décrypter ceux que je fais sans l'aide de Tôru car je n'ai pas toutes les connaissances nécessaires à propos de la fin du monde.

Je lui parle de mon réveil à l'intérieur de mon monde onirique et lui décrit autant que possible la Terre en verre, Kamui et elle en étant les prisonniers.

« Tu as bien rêvé de la Terre, on dirait… Et Kamui et moi sommes liés à la Terre comme tu le sais…

-Tu es la kagenie de la Terre, après tout, et Kamui est né pour la Terre…

-Je pense que c'est ainsi que tu t'es représentée nos rôles à nous deux. Tu n'as pas réussi à savoir si j'étais morte ou vivante ?

-Non, pas le moins du monde, mais sache que tout au long de mon rêve, tu étais inanimée…

-Je vois… Dit-elle un peu perplexe. Et ensuite ? »

Ensuite vient la scène pendant laquelle mon mari apparaît et m'éloigne tandis que je me débats pour sortir de son étreinte, puis il disparaît pour me laisser aux prises avec des chaînes que je n'ai pas réussi à détruire.

« C'est l'image que tu as de ton mari ? Dévoué, mais encombrant ?

-Si je ne l'avais pas épousé, j'aurais été avec toi. Mais je ne peux pas lui en vouloir, j'ai décidé de l'épouser pour que tu restes en vie le plus longtemps possible. C'est moi qui lui fais beaucoup de mal, même s'il ne le sait pas. Il ne sait rien de nous deux.

-Dans ton rêve, il te sauve la vie… Alors qu'en réalité, tu vas mourir bientôt, dit Tôru en baissant les yeux dans une tentative de me dissimuler sa tristesse. Face à lui, afin de tout lui révéler, c'est ce que tu m'avais dit, non ?

-Tu as de la mémoire, lui dis-je en souriant légèrement. Penses-tu qu'en réalité, il me sauvera la vie au dernier moment ?

-C'est impossible, il ne pourra rien faire face à l'épée que tu mettras au monde. Tu… tu ne passeras pas l'année, Saya…

-Toi, tu vivras. Et c'est la seule chose qui m'importe, lui dis-je doucement en lui relevant la tête lentement afin de retrouver son regard magnifique, mais cette fois-ci empli de larmes. Ne pleure pas, Tôru. Je veux te voir sourire. Je ne suis pas malheureuse de mon sort, je préfère… »

Je m'arrête quelques secondes, me souvenant que ce que je m'apprête à dire ressemble beaucoup à ce que mon fils m'a sorti ce midi à propos de Kamui.

« Je préfère mourir dans quelques mois plutôt que ne t'avoir jamais connue. Je préfère endurer cette souffrance plutôt que de ne t'avoir jamais aimée. Et en plus, tu ressens la même chose, n'est-ce pas ? Savoir que tu m'aimes autant m'a insufflé le courage pour faire tout ce que j'ai fait, vivre loin de toi surtout. Je crois d'ailleurs que c'est ce qui a été le plus dur…

-Saya… Me murmure-t-elle en tentant de refouler ses larmes.

-Ne pleure pas, ma belle. Je suis heureuse. Je t'aime», lui chuchoté-je au creux de l'oreille.

Elle hoche la tête et s'essuie les yeux d'un revers de la main. Pour la féliciter de son courage, je dépose un léger baiser sur ses lèvres qui la fait timidement sourire.

« Par contre, pour en revenir à ton rêve, je m'interroge sur la signification des chaînes qui te retenaient. Peut-être est-ce le symbole de ton dévouement à ma personne ? Tu t'es enchaînée à moi…

-Peut-être… Mais dans ce cas-là, n'aurais-je pas été plutôt enchaînée à toi ou près de toi, ou alors à la Terra dans le rêve ?

-Pas forcément, tes rêves ne sont pas très précis, me fait-elle remarquer, ils ne décrivent pas avec exactitude le futur, ils sont plus similaires à des allégories du futur, mélangés comme tout rêve à des portions de présent, comme ton mari. Tu me suis ?

-Oui. Autre chose, je voyais tout, mais personne ne pouvait m'entendre, il semblait même que personne ne pouvait me voir une fois enchaînée, précisé-je pour lui venir en aide.

-Comment le sais-tu ? Il y avait d'autres personnes dans ton rêve, à part Kamui et moi ?

-Tu n'as pas encore entendu le plus surprenant… »

Là, je lui fais part de l'apparition de Kotori, puis Fûma avec ses dragons d'énergie et l'épée divine. Je lui relate la discussion entre mes enfants, puis la décision de Kotori, la manière dont Fûma a brisé la boule, et enfin leur mort ensanglantée à tous les deux. Tôru m'écoute bien sûr avec la plus grande attention, écarquillant les yeux de surprise ou encore hochant la tête selon ce que je raconte. A la fin de mon récit, elle me dit d'un air soucieux :

-C'est vraiment étrange que tu rêves de Fûma en tant que "Kamui", tes rêves ne sont pas censés avoir une telle précision. Est-ce par rapport à… ta mort prochaine ? Ou autre chose, je ne sais pas… » Ajoute-elle avec une précipitation qui ne peut m'échapper.

Je la vois se mordre les lèvres, anxieuse en repensant à mon décès, mais elle se ressaisit et moi, fière d'elle, je l'embrasse à nouveau sur les lèvres, légèrement. On se retrouve à se sourire niaisement durant quelques secondes, comme lorsque nous flirtions au lycée. Ah, le lycée… Bref, redescendons sur Terre…

« Je pense que dans ton rêve, Fûma est bel et bien "Kamui", avec les dragons et surtout l'épée, celle que tu mettras au monde. Ah, je vois… Semble-t-elle réaliser soudainement. Je vois…

-De quoi parles-tu ?

-L'épée de Fûma est la tienne. Donc tu es déjà morte. Les chaînes peuvent en être une image : impuissante, personne ne peut te voir, ni t'entendre. Dans ce cas, il y a de fortes chances pour que tu aies eu affaire à mon cadavre et que tu aies rêvé de 1999…

-En 1999 ? Tu mourras ?

-Au train où vont les choses, la pollution et le réchauffement climatique, il y a des chances, oui… Pour revenir au sujet principal, tu as rêvé que Fûma sera un des Dragons et libérera Kamui de la Terre, donc de son lien avec elle, donc de son rôle de "Kamui". Kotori mourra et la Terre y passera. Mais si nous somme sûrs de la mort de ta fille, qui est écrite depuis longtemps, nous ne savons pas ce qu'il adviendra de la Terre et de nos fils en réalité, car nous ne savons pas quels Dragons ils deviendront. Qui sera le Ciel et qui sera la Terre ? Ah, non, je me trompe peut-être… Si ton rêve est exact, on peut savoir…

-Explique-toi.

-Si on se base strictement sur ce que tu as rêvé, Kotori meurt, Fûma aussi, mais Kamui reste en vie. La Terre détruite signifie le sursis pour l'humanité. Kamui a donc gagné, ce qui signifie qu'il est Dragon du Ciel. Et par conséquent Fûma est celui de la Terre. C'est une issue possible.

-Tu penses que c'est ce qu'il adviendra de nos enfants et de l'humanité ? Mon fils mourra lui aussi ? Fûma… mourra ? Lui aussi ? Pour Kamui ? Demandé-je avec des sanglots dans la voix, vite contrés par une étreinte de Tôru.

-Je ne sais pas. En tout cas, c'est la fin dont tu as rêvé. Peut-être que tu as anticipé le choix de Kamui… Et si c'est le cas, cela signifie que tu es encore meilleure que la princesse Hinoto du palais de la Diète. Ce qui m'étonne quand même… Comment aurais-tu fait ? Est-ce qu'il y aurait eu un événement récent, voire datant d'aujourd'hui puisque c'est tout à l'heure-là que tu as rêvé, qui t'aurait fait penser à Kamui en Dragon du Ciel et Fûma en Dragon de la Terre ? »

Je réfléchis un long moment à sa question pour le moins complexe. Aujourd'hui ? La seule chose marquante pour moi reste la crise que m'a faite Fûma, le choix que j'ai dû faire à la place de Kamui qui ne savait pas s'il devait aller consoler Kotori ou Fûma, puis le moment où je l'ai retrouvé près des escaliers en larmes parce que Kotori lui faisait la tête. Ensuite viennent mes explications avec Fûma lorsque je l'ai convaincu de venir déjeuner. Pêle-mêle, je raconte tout ça à Tôru au fur et à mesure que les souvenirs me reviennent.

« Peut-être est-ce l'attitude de Fûma, tente-t-elle de conclure. Il t'a paru très agressif, or le Dragon de la Terre est celui qui veut détruire l'humanité… Au contraire, Kamui te paraît naïf et tendre, bien trop empathique pour vouloir une telle chose… De plus, Fûma s'est montré brutal avec sa sœur, non ? Ce qui explique que ce soit lui qui la tue dans ton rêve. Tu aurais eu peur pour ta fille et cette peur se serait insinuée jusque dans ton rêve.

-Tu as sans doute raison… Ca se tient. Il ya de fortes chances que mon rêve ait été influencé par cela. Penses-tu qu'il soit toujours aussi fiable, malgré tout et que j'ai rêvé de ce qui va réellement se passer en 1999 ?

-Je dois t'avouer que je ne sais pas… Je ne sais vraiment pas, le futur est facilement influençable lui aussi et la destinée nous manipule comme des pions... Une chose est sûre en tout cas : même dans cette possibilité dont tu as rêvée, il ne faut pas que Kamui sache les sentiments de Fûma si l'humanité veut survivre. Il n'acceptera pas la mort de Fûma sinon, peut-être même voudra-t-il mourir à sa place. Kamui est si gentil et il aime tellement tes enfants… Il n'est vraiment pas fait pour endosser ce tragique destin, soupire Tôru.

-Je te rappelle que Kamui était enfermé, dans mon rêve. Même s'il connaissait les sentiments de mon fils, il n'aurait rien pu faire malgré tout, Fûma aurait attaqué et se serait tué avec sa sœur.

-Certes, mais selon toi, Kamui aurait voulu survivre une fois libéré ? Sachant que celui qui l'aimait serait mort pour le sauver?

-Non, réponds-je après un instant de réflexion. Non, mais si Kamui est amoureux de Kotori, le résultat est le même, non ?

-Oui, à la différence près que Kotori ne mourra pas pour le protéger, mais pour protéger la Terre sur laquelle il vit. Nuance…Mais nuance de taille, car il trouverait la force de vivre encore, voyant dans sa survie un cadeau de Kotori… Nous ne serons pas là pour voir ça, malheureusement… Ils devront se débrouiller sans nous… C'est la raison pour laquelle nous devons préparer le terrain maintenant. En résumé il ne faut pas que Kamui sache ce que Fûma lui a fait la nuit dernière, ni tout le reste.

-Oui… Mais avec ce rêve, j'ai l'impression d'avoir perdu mes repères concernant l'interprétation de la fin du monde. Je ne comprends vraiment plus quel rôle va jouer mon fils dans tout ça. D'accord, il deviendra un des Dragons. Mais pourquoi vouloir détruire les hommes ?

-Parce que Kamui voudra les sauver. Fûma ne choisira pas, il prendra le rôle vacant.

-Oui, c'est vrai, j'avais oublié. Tu as vraiment le chic pur m'embrouiller l'esprit, Tôru ! Lui dis-je de manière taquine. Pourtant, il y a quelque chose qui cloche, dans tout ce raisonnement… mais je n'arrive pas à voir quoi… Ou plutôt, si, regarde : si mon fils prend un rôle indépendamment de ses ressentis, où passeront-ils, alors ? Qu'advient-il de ses sentiments envers Kamui? Et sans doute, de son ressentiment… de sa jalousie envers sa sœur ? Ils disparaîtront? Ou au contraire, ne serviront-ils pas de prétexte pour la tuer, pour tout détruire ? Cela me fait peur d'imaginer mon fils en meurtrier de sa sœur…

-Tu me poses une colle, Saya…Ecoute, restons-en là, propose Tôru en me serrant de nouveau contre elle et en m'embrassant affectueusement sur la tête. Nous prendre la tête dessus ne nous servira pas à grand-chose, à part à nous inquiéter encore plus…

-Oui, tu as raison… Sauf que je viens de me souvenir qu'il me reste quelque chose à régler avec toi. Quelques détails pratiques…

-Quoi donc ?

-A propos de Fûma, toujours… Maintenant que tu sais tout ce qui s'est passé en détails durant la matinée, notamment comment j'ai convaincu Fûma d'aller déjeuner, il me faut ton avis sur la question. Comment procéder ? Penses-tu que Kamui devra dormir les prochaines fois avec Kotori ? Ou penses-tu qu'on doive le laisser avec Fûma ?

-Honnêtement, je préférerais le savoir avec ta fille. Que Kamui et Kotori se rapprochent, voire même tombent amoureux l'un de l'autre n'a pas vraiment d'importance pour la fin du monde, puisque dans tous les cas, elle mourra avant le début de la bataille…

-Je hais lorsque tu parles comme ça… Tu considères vraiment mes enfants comme des moins que rien… Mais moi, même si je les ai eus dans le cadre d'un mariage d'intérêt, je les aime.

-Si pour passer le reste de ta vie avec moi, tu devais les tuer de tes propres mains, tu le ferais? »

La question de Tôru me refroidit d'un coup. Pourtant, je connais la réponse à cette question au fond de moi, je n'ai même pas à réfléchir… Non, il n'y a pas à réfléchir…

« Je ferais n'importe quoi pour toi, Tôru… Lui affirmé-je en me redressant pour la regarder droit dans les yeux.

-Je le sais, me dit-elle en me tenant par les épaules. Et c'est pour cela que tu es Saya. Et que je t'aime. Moi, ma mission est d'élever Kamui dans la perspective de la fin du monde. Je ne flancherai pas car c'est pour ça que je suis moi. Et c'est comme cela que tu m'aimes. J'ai raison ?

-Oui… Lui réponds-je en inclinant ma tête sur son épaule et en humant le parfum de ses cheveux.

-Pour revenir dans le vif du sujet… Je veux que tu demandes simplement à Kamui de faire un choix. C'est comme ça que je l'élève, tu le sais, non ? Demandons-lui si dorénavant, il veut dormir avec Fûma ou avec Kotori, s'il a une préférence. Ce choix n'est rien en comparaison de celui qu'il va devoir faire en 1999. C'est dans cette perspective que je lui apprends à faire des choix et surtout, à en assumer entièrement les conséquences.

-D'accord, on va faire comme ça. Une dernière chose : il ne faut pas que Kyôgô voie Kamui lorsqu'il rentrera du temple. Par conséquent, tu rentreras avec Kamui dès qu'il sera revenu ici avec les enfants et qu'il aura goûté, d'accord ?

-Je comprends tout à fait… Je comptais lui mettre des pansements au cas où les marques seraient visibles demain. Je ne peux pas utiliser les cols roulés en cette saison, par cette chaleur.

-C'est sûr ! Figure-toi que j'avais pensé à la même chose ! Pfff, il n'empêche, cacher les suçons ne les efface pas et toute cette mascarade ne durera pas éternellement, fais-je remarquer en ramenant les genoux contre moi et en appuyant mon menton dessus. Combien de temps mon fils acceptera de jouer le jeu sans rien dire ?

-Prions pour qu'il accepte jusqu'en 1999. Et après…

-C'est le noir total pour nous… Si on m'avait dit que mes enfants auraient à endurer tout ça… Pourquoi est-il interdit de vous aimer, Kamui et toi ? C'est injuste, à la fois pour vous et pour ceux qui veulent vous aimer…

-Ne pose pas les questions qui fâchent, Saya, me dit-elle en posant un doigt sur mes lèvres.

-Je poserai les questions que je veux.

-Say… »

Je les neutralise, elle et sa jolie bouche, en me jetant sur Tôru sans crier gare et en l'embrassant farouchement. Marre de ces histoires de destins, de fin du monde… Marre des restrictions, des interdits, des tabous et des barrières… Promis, dans quelques instants je redeviendrai une mère raisonnable, mais là, maintenant, tout de suite… Je n'ai qu'une envie, dire merde à tout ce qui m'empêche d'être heureuse !

Je détache rageusement mes cheveux emprisonnés par un élastique blanc, d'une main qui ensuite tire avec force sur son chemisier afin de le retirer de sa jupe. Une ouverture ainsi créée, ma main glisse sur le ventre plat de Tôru, tire sur son soutien-gorge et atteint finalement ce qu'elle est venue chercher : un sein ferme et doux. Ce contact m'intoxique, je crois que maintenant, je ne me laisserai arrêter par rien ni personne et certainement pas par Tôru, qui s'est retrouvée penchée en arrière, se retenant à l'aide de ses mains. Pas pour longtemps…

« Il ne faut pas, Saya… Parvient-elle à me dire alors que je la laisse reprendre son souffle deux secondes. A… »

« A » quoi ? Si c'est pour me dire d'arrêter, tu perds ton temps, Tôru, tu devrais savoir à quel point je suis bornée comme une mule. Si tu ne t'en souviens pas, laisse-moi te rafraîchir la mémoire, tu veux ? Mais ce sera après ce baiser que je suis en train de te donner…

Ma prise se resserre sur son sein et Tôru gémit contre mes lèvres tandis que j'agace son mamelon avec mes doigts. Dans mes souvenirs, Tôru a une très jolie poitrine et alors que je continue à l'embrasser, penchée au-dessus d'elle, les jambes de chaque côté des siennes, je replonge dans tous les délicieux souvenirs que j'ai d'elle, depuis notre première rencontre. Son regard froid à l'école, ses yeux bleus qui effrayaient même les professeurs, sa réputation d'être insensible, le premier sourire que je lui ai arraché, la guerre que j'ai dû mener afin qu'elle sorte avec moi, en cachette bien sûr… Sans oublier les fois où nous avons fait l'amour, où je contemplais ce corps que tous les hommes rêveraient de posséder… et que j'ai d'ailleurs envie de revoir en intégralité…

« Tôru, déshabille-toi, lui demandé-je.

-Non, Saya, nous sommes déjà allées assez loin comme ça… Refuse-t-elle en se redressant.

-Prends-le comme mon dernier cadeau d'adieu. Mon mari et les enfants ne sont pas là. Nous n'aurons pas de meilleure occasion, Tôru, tu le sais… Faisons-le une dernière fois, je jure, il n'y aura pas de prochaine fois, lui dis-je avant d'attaquer son cou avec ma bouche. En plus, si tu gardes tes vêtements, ils seront froissés…

-D… d'accord, cède-t-elle finalement après un moment de silence… entrecoupé de brefs gémissements.

-Déshabille-toi et viens sur le futon. Il n'est que pour une personne et c'est encore mieux comme ça », lui dis-je d'un sourire coquin.

Elle m'obéit bien sagement, et déboutonne son chemisier, puis enlève sa jupe pendant que je m'occupe de ma longue robe d'été. Une fois les sous-vêtements posés sur nos vêtements soigneusement pliés près du futon, elle vient s'allonger près de moi et je monte sur elle afin de l'admirer à ma guise, de jouer avec ses seins, de caresser sa peau blanche comme la neige, ses cheveux noirs comme l'ébène. Une vraie Blanche-Neige, ma Tôru… Et je ne suis pas déçue, elle est exactement comme avant, se tortillant lorsque je mordille ses tétons, agrippant mes cheveux lorsqu'elle m'embrasse, me souriant de manière chafouine lorsque je gémis son nom alors qu'elle fait glisser son index sur mon clitoris.

Elle ne perd pas de temps en me mettant un doigt, puis deux, tandis que moi, j'en suis encore à ma phase "préliminaires". Comme si c'est ma faute, sa peau et ses lèvres sont un véritable régal ! Le simple fait de voir nos cheveux s'entremêler sur le drap blanc du futon ou d'entendre les soupirs de Tôru m'extasie et me donne envie d'encore plus. Sans compter ces doigts qui… Oh… c'est vraiment trop bon !

« Tôru, tu vas me faire jouir ! »

C'est en criant que je touche le Nirvana, à quatre pattes, le visage calé entre ses seins. Je sens ses mains caresser activement les miens, comme pour me faire redescendre sur Terre le plus rapidement possible afin de continuer. En revenant parmi les vivants, je vais l'embrasser et nous reprenons nos caresses. Au sens large : la langue légèrement râpeuse de Tôru sur l'un de mes tétons devenu hypersensible avec l'orgasme, c'est une caresse… Une de celle qui attise le plus le plaisir chez une femme. Mais la caresse qui l'envoie au septième ciel aussi sûrement que j'aime ma chère Tôru, c'est celle que je me décide à faire en remerciement du cadeau qu'elle vient de m'offrir.

Elle frémit et écarte instinctivement les jambes quand elle sent ma main sur ses cuisses. J'embrasse avec ferveur ses jambes, puis l'intérieur de ses cuisses. Elle ne retient pas son cri lorsqu'elle sent ma langue sur son clitoris. Lentement, j'agace, je titille, je lèche et suçote, prêtant une oreille attentive à chacun de ses cris, de ses supplications. Son corps m'implore une libération que je tarde à lui donner, histoire de faire durer le plaisir, puisque de temps en temps, ma bouche quitte son intimité pour retourner sur une autre partie de son corps, au hasard : chez Tôru, nul besoin de faire de sélection, tout est bon à prendre.

Je la pénètre avec un doigt et recommence mon cunnilingus, faisant monter le plaisir de mon agréable partenaire encore et encore. Jusqu'à ce qu'il explose en plein vol, faisant son dos s'arquer au point de décoller du futon. Rapidement, je me lève à moitié afin de voir la jouissance inscrite en lettres capitales sur sa jolie figure.

« Alors, tu as aimé ?

-Ah, oui… Encore une fois, Saya…

-Ton discours a bien changé… Lui susurré-je moqueusement à l'oreille.

-Je crois que j'avais oublié à quel point c'était grisant de faire l'amour…

-Et moi donc ! Depuis la naissance de Kotori, mon mari ne m'a plus jamais touchée. Ca ne me dérange pas, au contraire. »

Tôru pouffe de rire en me voyant grimacer de dégoût. J'aurais presque l'impression que nous avons remonté le temps, aspirées par une faille temporelle quelconque comme dans les romans de science-fiction…

« Il est quatorze heures et demie. On a encore le temps. Tu voudrais préparer avec moi des yôkan (1) pour les enfants ? J'ai mis les haricots rouges à tremper hier soir. On fera du thé avec !

-Pas de problème, me dit-elle avant de me piquer les lèvres d'un baiser léger.

-Quand à moi, je me dispenserai de friandises, j'en ai déjà une à portée de main… » Lui fais-je en me léchant le pourtour des lèvres.

Tôru glousse à ma réplique et nous nous remettons aux baisers, aux caresses, au plaisir des sens qui les accompagne fatalement…

Cependant, nous savons garder les pieds sur Terre et nos enfants, en rentrant à la maison, nous trouvent sagement attablées face à face dans le salon avec chacune une tasse de thé. Fûma et Kotori reconnaissent automatiquement les yôkan posés sur la table près de la théière et c'est le rush dans la salle de bain du haut pour savoir lequel se lavera les mains en premier. Kamui, moins vorace, s'attarde auprès de sa mère qui en profite pour lui dire qu'à la fin du goûter, il devra ranger son sac afin de rentrer avec elle. Evidemment, Kamui proteste une fois de plus, disant qu'il peut faire les devoirs avec mes enfants, mais Tôru reste intraitable. En boudant, il monte les escaliers et tombe sur Kotori qui lui saute au cou pour le dérider un peu, ce qui fonctionne. Fûma, qui descend à son tour, feint de les ignorer et vient nous rejoindre. A voix basse, je lui glisse rapidement:

« J'en ai parlé à Tôru. Elle a décidé de laisser le choix à Kamui. En contrepartie, tu devras respecter sa décision, quelle qu'elle soit. »

Il hoche la tête en silence et va s'asseoir du côté de Tôru, mais le plus loin possible d'elle. Je suppose sans mal qu'il veut à tout prix éviter son regard au vu de ce qu'il a fait à son fils, et c'est on ne peut plus normal. Kotori vient le rejoindre et se place entre lui et Tôru, et lorsque Kamui descend, il vient près de moi, en face de sa mère. La discussion s'anime donc, autour de ce qu'ils ont fait cet après-midi, bien sûr, mais également des devoirs et de leur professeur, sans oublier les yôkan préparés avec Tôru qui reçoivent les louanges des enfants. Fûma ne parle pas beaucoup, mais cela ne surprend personne car mon fils n'est pas loquace, à la différence de Kotori qui, une fois lancée, a du mal à s'arrêter. Surtout avec Kamui qui arrive à suivre sans trop de problème…

Tôru, patiente, attend que ma fille fasse une halte afin de boire son thé pour aborder le sujet critique avec Kamui :

« Dis-moi, Kamui, j'aurais une question à te poser.

-Quoi ?

-Quand tu passes le weekend chez tante Saya, tu dors avec Fûma, d'habitude.

-Oui.

-Est-ce que ça te convient comme ça ? Je veux dire, préfèrerais-tu dormir avec Kotori ? »

Kamui, qui était jusque là plus préoccupé par le yôkan entamé dans sa main que par les paroles de sa mère, la regarde, complètement décontenancé par la question. Fûma fait semblant d'être imperturbable, mais je sens qu'il est très tendu. Mon fils, tu n'es pas encore un bon dissimulateur. Mais tu apprendras par la force des choses… Kotori, elle, a penché la tête sur le côté, visiblement curieuse d'entendre la suite :

« Pourquoi cette question ? Demande alors Kamui à sa mère. Et pourquoi je devrais dormir avec une fille ? Je suis bien dans la chambre de Fûma ! Ajoute-t-il avant de fourrer dans sa bouche le bout de yôkan qu'il tenait, d'une manière décidée comme pour appuyer ses dires.

-Et puis on ne peut pas dormir ensemble avec Kamui, on n'est pas encore mariés ! » Renchérit Kotori.

Vu sous cet angle…

« Vous comptez vous marier ? Interroge Tôru, avec une curiosité amusée.

-Oui, répond Kamui, comme ça, je serai son mari ! Tu viendras, maman ?

-Je ne raterai ça pour rien au monde !»

Sans perdre le fil de cette conversation, je jette un regard à mon fils, qui se saisit de sa tasse de thé avec des mains tremblantes. Kotori, sentant son trouble, lui demande s'il va bien. Bien sûr, il lui répond que oui, mais Tôru, dont les yeux bleus captent les miens, me signifie silencieusement qu'elle a vu le malaise de mon fils et que comme moi elle a compris la situation : Kamui aime certes dormir avec Fûma et trouve cela plus naturel que de passer la nuit avec Kotori, mais son cœur a déjà choisi, même s'il n'en a pas pleinement conscience. Je sens une forte tristesse m'envahir le cœur : pourquoi ai-je dû mettre au monde deux enfants ? Kotori, la liseuse d'étoiles condamnée à une mort certaine; Fûma, l'étoile jumelle de Kamui condamné à s'opposer à lui. Pourquoi la destinée en a-t-elle voulu ainsi ? Pourquoi ? Mes enfants sont innocents et n'ont rien fait de mal, pourtant j'ai l'impression que notre histoire à Tôru et moi se rejoue mais à plus grande échelle…

Afin de ne pas me laisser submerger par cette tristesse, je me ressers du thé. Les derniers yôkan disparaissent dans les estomacs de Kamui et Tôru. En regardant sa montre, elle dit à son garçon de se préparer à partir et il monte ranger ses affaires, avec l'aide de Kotori et Fûma. Tôru et moi nous levons également pour débarrasser et faire la vaisselle.

« Eh bien, quel dimanche ! Lui lancé-je. Je m'en rappellerai !

-Kamui préfère Kotori, on dirait… Dans un sens, c'est mieux… Il souffrira un peu moins… Mais je comprends ce que tu ressens, Saya… Crois-moi…

-Ton fils et toi, vous êtes des démons sans cœur, ni compassion, vous avez même leurs yeux… Mais on vous aime quand même. Pourquoi ?

- Parce que même pour un démon, une vie sans amour serait bien trop triste.

-C'est le destin ?

- Va savoir, me murmure-t-elle résignée, presque… sans âme. Va savoir… »


(1): Les yôkan sont des pâtisseries japonaises