Note : Salut ! Voici la suite. Alors, bonne lecture et Bonne Année à tous ^^ !


Durant les jours qui suivirent, les élèves prirent peu à peu leurs marques. Comme à chaque début d'année, il fallait se remettre progressivement - mais rapidement - dans le rythme des cours à suivre, des devoirs à faire et des activités extra-scolaires à honorer – sans parler des cinquièmes et septièmes années qui avaient, en plus de tout cela, à gérer l'avancement de leur dossier.

Comme prévu, Harry et Hermione n'eurent pas à se plaindre. Les séances - et les semaines - passant, les deux élèves apprécièrent de plus en plus ce travail et leur partenaire.
Malgré d'être aussi peu organisés l'un que l'autre, Harry et Roger avaient réussi à un tant soit peu mettre un plan de travail en place. Et entre les recherches faites d'un côté et les informations puisées de l'autre auprès du professeur Burbage ou de Harry lui-même, les deux garçons étaient confiants et même assez fiers de ce qu'ils avaient déjà accompli.
Adel réussit facilement à suivre la cadence d'Hermione. Se prenant même au jeu, il se rendait volontiers à la bibliothèque durant de longues heures pour parfaire un dossier qui, comme tous les travaux d'Hermione, promettait de rester dans les anales de Poudlard.

Mais on ne pouvait pas en dire autant pour Emy et Ron...
Ce dernier réchappait désormais assez régulièrement à la présence de « la bande à Malefoy » durant ses têtes à têtes avec Flint, mais celui-ci compensait à lui tout seul l'absence de ces acolytes. Le serpentard ayant rapidement cerné les forces et faiblesses de son partenaire, il s'en donna à cœur joie – même Fred et Georges qui étaient spécialistes en idées saugrenues et harcèlement moral n'arrivaient pas à sa cheville. Ainsi, après chaque nouvelle séance, c'est un Ron toujours plus déboussolé qui retournait dans sa salle commune où ses camarades ne pouvaient que l'inciter à aller se plaindre auprès de McGonagall (ce que l'orgueil parfois mal placé du garçon lui interdisait de faire) ou lui proposer quelques potions insolites aux odeurs et couleurs toutes plus bizarres les unes que les autres et qui étaient censées revigorer en deux temps trois mouvements celui qui les absorbait.
...mais pour avoir vu l'état dans lequel s'était retrouvé un élève de première année à qui Ron avait préféré d'abord faire goûter l'une des mixtures, celui-ci envisagea finalement de n'en boire qu'au cas où il préfère se rendre à l'infirmerie plutôt qu'en face de Flint – ce qui ne saurait guère tarder...

Quant à Emy, la situation avec Lynch ne s'étant pas dégradée (elle ne s'était pas améliorée non-plus), elle aurait pu dire qu'en fin de compte, tout n'allait pas trop mal. Sauf que...
Sauf qu'il apparut rapidement dans son paysage « bibliothéquesque » une personne qu'elle ne connaissait que trop bien et dont la présence durant leurs cours communs lui suffisait amplement : Millicent Bulstrode.

Si Malefoy avait Parkinson, au comportement maniéré et démonstratif que la fille affichait en permanence aux côtés du septième année, certains auraient pu penser que Lynch avait Bulstrode.

Cependant, si elle s'était amusée à pousser l'analyse, Emy en serait sûrement arrivée à la conclusion que cette association était impensable – et ce, pour diverses raisons parmi lesquelles celle que le garçon ne gratifiait pas Millicent de regards plus enjôleurs que Flint ou tout simplement que tous deux n'avaient strictement rien à voir l'un avec l'autre. Ils avaient beau appartenir à la même maison et, sur la forme, partager apparemment le même goût de la persécution vis-à-vis de certains, il y avait quelque chose dans le fond qui les différenciait profondément – mais pour ça, Emy aurait été incapable de dire de quoi il s'agissait...si tant est qu'elle se soit amusée à essayer de le faire.

Pourtant, malgré ces impressions inexplicables, lorsque Bulstrode se présentait à leur table – c'est à dire souvent, dans la mesure où, tout comme Hermione et Adel, elle avait calqué ses séances à la bibliothèque sur ceux de Lynch et Emy – le serpentard ne lui disait rien. Rien d'encourageant, mais rien de décourageant non-plus. Que ce soit à elle ou aux autres, il présentait toujours cette forme d'indifférence qui faisait sa marque de fabrique et dans laquelle Bulstrode devait voir un comportement macho de beau ténébreux qui faisait craquer des filles comme elle. Ainsi, le simple fait de la tolérer sans l'éjecter était vécu par ceux qui s'intéressaient à la chose (dont notamment Millicent) comme un acte significatif.
...et bien évidemment, le fait que Bulstrode soit amie avec Parkinson n'arrangeait rien.

Pour preuve, le lendemain de leur première séance, imaginant que le fait de s'apprêter à travailler ensemble toute l'année détendrait un minimum l'atmosphère, lorsqu'elle croisa Lynch au petit-déjeuner, Emy avait utopiquement essayé de lui arracher une esquisse de sourire...En réponse à quoi, elle s'était pris un magistral nouveau vent. Désabusée et songeant qu'il n'y avait sans doute rien à comprendre – et plus rien à espérer sur le plan relationnel – la jeune fille tenta de se faire une raison et comptait bien, désormais, se concentrer uniquement sur son travail sans se préoccuper du reste.
...et tout ça aurait pu être la solution la plus adéquate si ce nouveau refoulage ne s'était pas produit devant une Bulstrode et une Parkinson aux anges.

Deux jours ! Durant deux jours entiers Emy avait dû prendre sur elle d'une manière incroyable pour que les moqueries et caricatures dont elle fut l'objet de la part des deux pestes de Serpentard ne mènent personne à l'infirmerie. Harry et Ron avait bien essayé de leur côté de motiver Emy à riposter – quitte à lui donner volontiers un coup de main – mais heureusement, le pragmatisme et la sagesse d'Hermione avaient eu raison des deux garçons et Emy était parvenue à garder son sang-froid.

Donc, si l'on mettait de côté la présence envahissante et calamiteuse de Bulstrode, Emy n'avait presque pas à se plaindre de sa nouvelle collaboration.


C'est ainsi que les jours passèrent. L'automne frais et venteux laissait peu à peu place au froid piquant d'un hiver proche.
Dans ces conditions, sortir se promener dans le parc du château pour se détendre entre les cours, ou une fois la journée terminée, devenait de moins en moins plaisant.

Fort heureusement, quelque temps après ce changement climatique, une nouvelle vint divertir les élèves et leur sortir la tête des bouquins.

- Hé regardez !, s'exclama en premier Ron, en pointant du doigt une affiche nouvellement placardée dans la salle commune de Gryffondor. Première sortie de l'année à Pré-au-Lard ! J'en rêvais...
- Hum, je crois en effet que ça va faire du bien à tout le monde de sortir un peu d'ici, confia Emy.
- C'est pour la semaine prochaine, précisa alors Hermione qui lisait attentivement l'affiche. Ça tombe bien, j'ai besoin de m'acheter une nouvelle plume.
- Et moi quelques affaires pour calmer Flint, dit alors Ron le regard rêveur.
- Comme quoi ?, s'intéressa Harry avec un petit sourire aux lèvres.
- Roooh...quelques bricoles ! Comme de l'encre brûlante éclaboussante, un crayon piqueur ou pourquoi pas, une baguette explosive à retardement. Quoi ? J'en peux plus de ce type !

Durant son énumération, Hermione l'avait regardé avec un air désespéré.

- Aller venez, les entraîna plutôt Emy vers le portrait de la Grosse Dame, au p'tit-dej' !


Sitôt arrivés dans la Grande Salle, les quatre amis allèrent prendre place. Un peu plus loin, à la table de Serdaigle, ils aperçurent Adel et Roger, déjà installés et apparemment en grande conversation avec un autre garçon de leur maison. La scène laissa Harry un instant songeur.

- Qu'est-ce qu'il y a ?, demanda Hermione.

Harry la regarda, sortant de sa rêverie.

- Oh...Rien de particulier, répondit-il avec un léger haussement d'épaule. C'est juste que depuis quelques temps, j'ai remarqué que Roger et Adel étaient assez souvent en compagnie de Belby.
- Et alors ?, s'étonna Emy. Après tout, ils sont dans la même classe, non ? Ça n'a rien d'anormal.
- Mmouais, c'est vrai, reconnut Harry en faisant la moue. Mais comme à ma connaissance, ils n'étaient pas particulièrement amis tous les trois...Enfin, ça n'a pas grande importance.

Là-dessus, il attrapa un toast qu'il commença à beurrer. La discussion s'orienta ensuite naturellement vers leur emploi du temps et les craintes que tous avaient concernant la « surprise » que leur aurait préparée Hagrid pour leur toute première heure de la journée.

Un petit moment après, une fois leur petit-déjeuner pris, ils décidèrent de se rendre directement dans le parc, près de la cabane du garde chasse (et accessoirement professeur de Soins aux créatures magiques) pour ce fameux cours tant redouté. Mais en quittant la Grande Salle, aucun des trois autres ne sembla relever le fait qu'Emy n'avait pu s'en aller sans avoir auparavant jeté un dernier coup d'œil expressif vers les différentes personnes qui avaient alimenté leur conversation en ce début de matinée...


Il régna dans les couloirs de Poudlard durant cette semaine-là une légèreté particulière et révélatrice. Tous les élèves - et en particulier ceux qui avaient vu leur année brusquement surchargée sans rien avoir demandé - se languissaient de pouvoir sortir de l'enceinte du château et de partir vadrouiller, flâner dans les rues de Pré-au-Lard, là où les devantures des boutiques et autres portes de maison, richement décorées tout au long de l'année, leur permettraient de faire un break avec tout ce qui caractérisait, et généralement épuisait, la vie d'un étudiant.

- Ah ! C'est enfin le week-end ! Vivement demain !

Il était quatre heure de l'après-midi, le vendredi qui précédait la première sortie autorisée de l'école. Les élèves des différentes maisons sortaient de leur dernière heure de cours, et à l'évidence, Ron était l'un de ceux qui se réjouissaient le plus de pouvoir s'éloigner quelques heures durant de ses leçons, devoirs et autres séances de torture avec Marcus Flint.

- Tiens ? Ça veut donc dire que tu n'as pas de rendez-vous studieux ce soir ?, le taquina Hermione en lui lançant un regard en coin.
- Ah non, pitié ! J'ai déjà donné pour cette semaine !, s'étrangla Ron sous le petit rire de Harry et Emy.

Ainsi, la soirée qui suivit fut l'une des plus agréables que les quatre amis connurent depuis la rentrée des classes. Après un bon repas, ils s'étaient retrouvés, non-pas à la bibliothèque pour travailler, mais devant un agréable feu ronflant dans la grande cheminée de leur salle commune où, pour une fois, il ne fut pas question de parler des sujets qui fâchent, mais plutôt de ce que chacun projetait de faire le lendemain.

Malheureusement, au dernier moment, le programme fut quelque peu perturbé.


- Où est Emy ?, demandèrent en même temps Harry et Ron.

Trop impatients pour attendre sagement au bas de l'escalier de leur dortoir que les filles aient terminé de se préparer, les deux garçons avaient préféré quitter leur salle commune et aller prendre leur petit-déjeuner pour s'occuper. Mais en ne voyant arriver qu'Hermione dans la Grande Salle, alors qu'ils avaient prévu d'aller à Pré-au-Lard tous ensemble, leur discussion de l'instant s'arrêta subitement et l'étonnement se lut sur leur visage.

- Elle ne se sentait pas bien, expliqua Hermione avec un air navré. Elle est restée couchée.
- Qu'est-ce qu'elle a ?, demanda aussitôt Ron.
- Elle avait pourtant l'air d'aller très bien hier soir..., ajouta Harry en fronçant les sourcils.
- Oui, je sais, soupira Hermione. Mais ce matin, elle a commencé à se plaindre de maux de tête et de ventre dès son réveil...
- C'est pas de chance – avec le beau temps qu'il fait en plus, aujourd'hui. Elle doit être dégoûtée, grimaça Ron.
- Un peu, oui. Mais je lui ai dit qu'il y aurait d'autres sorties et qu'on lui ramènerait ce qu'elle comptait s'acheter là-bas.

Sur quoi, Hermione sortit de sa poche un petit papier où étaient listés plusieurs objets magiques qu'on ne pouvait se procurer qu'à Pré-au-Lard et le montra aux deux autres, avant de prendre place à leurs côtés pour se servir un verre de jus de citrouille.


Une heure après, le hall d'entrée était plein à craquer d'élèves surexcités qui n'attendaient plus que le feu vert de Rusard pour quitter les lieux.

- Yes ! Enfin la délivrance !, s'exclama Ron en levant les bras au ciel, alors qu'il descendait les marches permettant d'accéder au parc du château.
- Et alors Weasley, se fit soudain entendre une voix trainante et agaçante qui stoppa net Ron dans son élan, on se languissait d'aller pouvoir lécher les vitrines des magasins ? C'est vrai que ça au moins, c'est gratuit...

De grands rires moqueurs suivirent l'intervention toujours aussi déplaisante de Malefoy, lorsque celui-ci doubla, escorté de Crabbe et Goyle et accompagné de ses petits camarades de classe, les trois élèves de Gryffondor. Ron le fusilla du regard tandis que Harry avait déjà sorti sa baguette magique pour répondre à cette énième provocation. Heureusement, Hermione fut plus rapide pour s'interposer que Harry pour viser.

- Non mais tu es dans quel camp, Hermione ?, s'énervèrent Ron et Harry. Tu n'en as pas marre de cet abruti qui passe son temps à nous empoisonner l'existence ?
- Mais bien sûr que si, voyons !, rétorqua Hermione. Simplement, qu'est-ce que vous croyez qu'il se passerait si vous commenciez vous, par lui tirer dessus ? Non-seulement ils riposteraient tous ensemble, mais en plus vous seriez considérés comme responsables du trouble ! Alors du calme ! On les laisse partir devant et on passe la bonne journée qu'on a l'intention de passer, c'est tout !

C'était difficile à admettre - et surtout frustrant à vivre - mais Hermione avait une fois de plus raison. Les trois laissèrent donc de la marge entre eux et le groupe de Serpentard, puis ils reprirent tranquillement leur marche.

- N'empêche, qu'est-ce que j'aimerais pouvoir me défouler sur lui un jour, marmonna Ron en fixant d'un air mauvais Malefoy qu'on distinguait un peu plus loin.

Harry et Hermione n'alimentèrent pas la polémique, mais :

- Oh ! Mais ça, ça devrait pouvoir s'arranger si on y réfléchit un peu, annonça tranquillement une personne.

Harry, Ron et Hermione se retournèrent brusquement pour faire face à Adel et Roger qui marchaient juste derrière eux et avaient ainsi pu entendre leurs échanges.

- Tiens ? Salut !, lança Harry d'un ton à nouveau amical. Alors, vous allez à Pré-au-Lard, vous aussi ?
- Hé oui !, répondit Roger avec un grand sourire. Ça va faire du bien de penser un peu à autre chose qu'aux ASPIC...
- C'est vrai !, s'exclama soudain Ron. On est toujours en train de se lamenter sur notre sort et nos BUSE, mais vous, c'est pas mieux.
- C'est même pire, corrigea Roger.
- Au fait, Hermione..., glissa Adel en se rapprochant de la jeune fille. Je ne t'embête pas longtemps avec ça, mais j'ai réussi à dénicher le bouquin dont tu m'as parlé sur « La naissance des Fées et des Elfes ». Alors, si tu veux le lire, je peux te le passer.
- Waouh ! Génial ! Tu es génial Adel !, bondit de joie Hermione - qui était très loin de paraître embêtée par son intervention. Je n'arrivais pas à y mettre la main dessus ! Mais comment as-tu fait pour te le procurer ?

Les deux commencèrent alors à parler avec engouement de la tonne de travail qu'ils avaient déjà projeté d'accomplir durant la semaine à venir, sans ne même plus tenir compte des trois autres qui les accompagnaient.

- Mais ils sont complètement fous !, articula lentement, les yeux ronds, Roger qui regardait Adel et Hermione gesticuler sous l'effet de l'excitation.
- Je n'aurais pas dit mieux, approuva Ron.
- Mmouais...On dirait bien qu'Hermione a sacrément déteint sur Adel, constata Harry.

Puis passé cet instant de stupéfaction, les trois se firent une raison et se mirent plutôt à bavarder avec entrain de la saison de quidditch.


Pendant ce temps, tandis que les élèves avaient déjà atteint le village de sorciers et commencé sa visite, contrastant avec l'ambiance détendue et joyeuse qui animait tout le monde, installé autour de la table qui meublait la salle des professeurs, Dumbledore devait à nouveau faire face aux craintes de certains de ses collègues quant à sa manière d'agir.

- Cela fait maintenant plus de deux mois que cette initiative a été mise en place, mais pourtant, nous n'avons encore aucun résultat, Dumbledore !, s'impatientait à nouveau le professeur Flitwick.
- Je sais tout cela, Filius, répondit calmement le directeur de Poudlard. Mais comme je crois déjà vous l'avoir expliqué à de nombreuses reprises, je ne m'attends absolument pas à obtenir un résultat immédiat et flagrant. C'est au contraire, un travail de longue haleine qui ne portera ses fruits qu'à la fin.
- Mais enfin, c'est de la pure folie !, s'alarma Flitwick - qui gigotait de plus en plus sur sa chaise. Cela veut donc dire que nous devrons attendre le dernier moment pour savoir si ça a marché ou pas ?
- En quelque sorte, oui, dit le sorcier avec un petit sourire.
- Mais...
- Filius !, intervint sèchement McGonagall. Si vous avez autre chose à proposer, je vous en prie, ne vous gênez pas, nous vous écoutons.

Flitwick se retrouva alors face à Dumbledore qui, assis sur sa chaise, avait joint ses mains dans une position d'attente polie ; au professeur de métamorphose qui, muré dans le silence, conservait son air pincé et outré ; et enfin, face à Rogue qui, bien que sarcastique sur le sujet, ne donnait pas franchement l'impression de le soutenir.

- Très bien, capitula le minuscule professeur. Dans ce cas, tout comme vous, j'attendrai de voir comment tout ça se terminera...

Il se leva ensuite et se dirigea vers la sortie de la salle. Au moment où il atteignait la porte, il se retourna une dernière fois vers le directeur et :

- Malgré tout, sachez que j'ai confiance en vous, Dumbledore, ajouta-t-il sous l'air sceptique de McGonagall. Mais comme vous le savez, j'aimerais simplement que nous mettions un terme au plus vite à toute cette affaire.

Et il sortit. Le bruit de ses pas s'éloignant de la pièce résonnèrent quelques secondes, le temps que les premières réactions quant à l'inhabituel comportement nerveux dont il faisait preuve ne se fassent entendre.

- Mais enfin, qu'est-ce qu'il lui prend ? Et qu'a-t-il voulu dire, Albus ?, questionna McGonagall en tournant vers le directeur deux sourcils en accent circonflexe, tandis que Rogue demeurait silencieux mais attentif. Je comprends que cette affaire puisse nous troubler - et ce, de différentes manières - mais là, je trouve qu'il...
- Comme vous le dites si bien, ma chère Minerva, l'interrompit poliment le vieux sorcier, chacun vit les évènements à sa façon...et selon son propre vécu. Le professeur Flitwick et moi-même nous sommes déjà longuement entretenus à ce sujet et je comprends les motivations qui le poussent à réagir de la sorte. Cependant, il faut bien com...

Dumbledore se tut soudain. Son expression bienveillante avait brusquement laissé place à un masque figé où son regard pétillant sembla tout à coup loin, braqué vers un évènement resté invisible aux yeux des autres. Sous l'air interloqué et passablement inquiet de ses collègues, il se redressa ensuite et ferma les yeux dans une attitude d'intense concentration. McGonagall et Rogue restèrent silencieux – se doutant que quelque chose se passait, sans encore savoir quoi.

Et soudain...


Le village de Pré-au-Lard n'avait pas encore revêtu ses habits de fête, mais le dépaysement à lui seul suffisait aux élèves pour se sentir légers et heureux.
Harry, Ron, Hermione, Roger et Adel avaient fait route ensemble et c'est toujours ensemble qu'ils allèrent à la boutique Scribenpenne. Hermione y acheta sa plume ainsi que quelques affaires pour Emy, tandis que Roger y trouva des parchemins.

- Vous restez avec nous ?, demanda ensuite Ron aux deux serdaigles au moment où ils sortaient de la papèterie. On va chez Zonko maintenant !

Adel consulta sa montre et fit un signe de tête à son camarade.

- Pourquoi pas, dit alors Roger avec un sourire.
- Ron, enfin !, protesta Hermione. Ne me dis pas que tu as vraiment l'intention de dépenser ton argent dans de telles futilités ?
- Mais bien sûr que si !, confirma Ron, tout à sa joie.
- Mais...
- Laisse-le, la coupa Harry, plus indulgent. Avec ce qu'il doit en baver, si ça l'aide un peu à tenir le coup, ce n'est pas bien méchant.

Hermione soupira ouvertement mais ne dit rien et suivit les quatre garçons.


Ils restèrent un petit moment dans le magasin à observer, tester ou encore s'amuser avec les dernières nouveautés proposées (comme la « pile électrocutante métamorphosable » qui tenta particulièrement Ron) ou encore les bons vieux gadgets maintes fois éprouvés par les élèves de Poudlard.

Lorsqu'ils sortirent enfin de chez Zonko, les bourses de certains s'étaient considérablement allégées, mais en contrepartie, des sacs remplis de farces en tout genre se balançaient joyeusement aux bras de leurs nouveaux propriétaires. Et tandis que les trois gryffondors se mirent ensuite à discuter de leur prochaine étape, l'attention de Harry fut soudain attirée par Adel qui, à quelques mètres de lui, consulta à nouveau sa montre.
Ce ne fut pas tant l'acte en lui-même qui interpella Harry, mais plutôt la contrariété mêlée d'impatience qui résulta de cette observation chez le garçon - contrariété que Roger tenta comme il put de rendre la plus discrète possible.

- Mince ! Ma bulle hurleuse !, s'exclama brusquement Ron, qui venait de faire tomber par mégarde l'un de ses précieux achats au moment où il se battait avec ses sacs pour réussir à tous les tenir d'une seule main.
- Bouge pas, dit Harry. Je vais la chercher.

La bulle ayant roulé jusqu'aux pieds de Roger sans que celui-ci s'en aperçoive, Harry s'approcha sans se faire remarquer des deux serdaigles, qui lui tournaient alors le dos, et put ainsi saisir quelques bribes de leur messe basse.

- Il nous a dit qu'il nous rejoindrait avant onze heure, murmura Adel, tendu. Il est bientôt onze heure et demi et il n'est toujours pas là !
- Calme-toi, s'il te plaît !, tenta de le modérer Roger – bien qu'il parut lui-même étrangement nerveux. Je suis sûr qu'il viendra.

N'ayant pas compris grand chose à ce qu'il venait d'entendre mais ne pouvant pas non-plus prendre le risque d'en écouter davantage, Harry dut se résoudre à ramasser la bulle et à la rapporter à son propriétaire.

- Ah ! Merci Harry !, dit Ron en rangeant aussitôt l'objet - resté fort heureusement endormi - dans l'un de ses sacs.
- Bien ! Qu'est-ce que vous diriez d'aller boire une bierraubeurre aux Trois Balais maintenant ?, proposa ensuite Hermione en se frottant les mains.

Il est vrai qu'après une matinée passée en grande partie dehors, rentrer se réchauffer dans un endroit accueillant et y boire quelque chose de réconfortant n'était pas une mauvaise idée. Cependant, Harry ne répondit pas de suite à la question et observa plutôt la réaction des deux serdaigles. Mais incrédule, il constata que malgré le ton de la conversation qu'ils venaient d'avoir, aucun signe de mésentente ne transparaissait sur leur visage. Au contraire :

- Une bierraubeurre ?, répéta Roger, l'air ravi.
- Aux Trois Balais ?, fit de même Adel. Pourquoi pas. On y va ?

Là-dessus, le garçon ouvrit la marche vers le pub de Madame Rosmerta.


À cette heure-ci, il n'y avait pas encore grand monde dans l'établissement. Les gens y venaient davantage dans l'après midi pour siroter un thé ou un alcool maison – surtout en cette période de l'année où le froid de fin de journée se faisait mordant. Ainsi, l'espace dégagé qui s'offrait aux nouveaux arrivants leur permit de remarquer immédiatement la présence d'un petit groupe qu'ils ne tenaient absolument pas à côtoyer.

- Oh la la ! Mais qu'est-ce qu'ils font là, ceux-là ?, se plaignit Ron en fixant les serpentards attablés, qui avaient tourné vers eux leurs sourires narquois dès qu'ils les avaient vus entrer dans le pub.
- La même chose qu'on s'apprête à faire, je suppose, répondit Roger avec un petit sourire. Prendre un verre. Aller venez ! On va s'installer plus loin, il y a de la place.

Les trois gryffondors ne se firent pas prier et suivirent Roger à l'autre bout de la salle. Madame Rosmerta ne tarda pas à venir prendre leur commande. En attendant d'être servis, Hermione engagea la conversation sur l'utilité qu'il y avait d'utiliser la magie pour faire la vaisselle plutôt que d'avoir recours à des elfes de maison. Mais son intervention ne remporta pas un franc succès. En effet, Adel et Roger observaient d'un air distrait la décoration intérieure du pub, tandis que Ron ne cessait de se tortiller sur sa chaise en jetant des regards inquiets vers le groupe des serpentards.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive Ron ?, finit par lui demander Harry.
- Bof...rien. Je vérifiais juste que Flint ne s'était pas pointé entre temps.
- Ne t'inquiète pas, il n'est pas là, déclara soudain tout tranquillement Roger sans détourner son regard du plafond.
- Comment tu sais ça, toi ?, dirent en chœur Harry et Ron.
- Parce que je le sais, répondit simplement Roger d'un ton badin.
- C'est vrai qu'il n'était pas avec Malefoy ce matin, quand ils nous ont dépassés dans le parc du château, songea Hermione. C'est assez inhabituel, non ?
- Oh, tu sais, il y a des fois où...
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que vous avez tous les deux ?

Roger n'avait pas fini sa phrase. C'est comme si brusquement, quelqu'un l'avait interrompu. Comme si brusquement, quelqu'un l'avait interpellé de loin. Mais le plus étrange, c'est qu'il ne fut pas seul à paraître troublé, déconcerté tout à coup. Adel avait manifesté le même changement de comportement, au même moment. Tous deux s'étaient subitement redressés, alertes, vigilants sur quelque chose que les autres ne semblaient pouvoir ni voir ni entendre. À présent détachés de tout ce qui les entourait, leurs yeux s'étaient plissés, ils paraissaient dans l'attente sans qu'Hermione, Ron ou Harry ne sachent quoi faire.

Et soudain...


Quelque part dans les couloirs déserts et silencieux du château, un garçon marchait. Sa baguette à la main, la respiration plus saccadée qu'à l'accoutumée, il se dirigeait d'un pas pressé vers l'escalier qui le conduirait vers la sortie...en ayant cette terrible impression qu'un danger se dresserait bientôt devant lui.

Il avait toujours su ce qu'il encourait en acceptant cette tâche. Mais maintenant que tout se mettait en marche, il doutait de se montrer à la hauteur de ce qui lui incombait. Ses derniers jours, ses dernières semaines avaient été parsemés d'indices qui ne faisaient aucun doute pour lui : le combat pour lequel il était né allait bientôt avoir lieu. Et si lui le savait, les autres aussi – qu'ils soient de son côté ou de l'autre. Ils se cherchaient constamment. Dans l'ombre, dans la lumière, dans cet incessant jeu de cache-cache mortel d'où il n'était même pas certain que quelqu'un sorte vainqueur. Mais ils étaient pourtant tous là pour y jouer...quel qu'en soit l'issue finale.

Soudain, il sursauta, son cœur s'emballa. Dans son dos, il perçut le bruit d'un froissement léger. Il fit volte-face et pointa sa baguette, prête à jeter le premier sort...vers Miss Teigne qui ne faisait que rôder comme à son habitude dans le château avant d'aller faire un rapport concis à son maître. Réalisant alors à quel point la panique prenait le dessus, il décida d'aller chercher une aide, un réconfort et alla taper doucement à une porte...qui resta fermée.

Passablement résigné, il respira profondément et reprit ensuite sa marche solitaire. Mais tandis qu'il arrivait enfin au bout de ce couloir, une ombre jaillit brusquement devant lui.
Elle était là, enfin...Cette personne qu'il avait sentie depuis déjà bien longtemps. Cette personne qui s'était amusée à laisser planer autour de lui sa présence sans jamais se découvrir complètement. Mais maintenant qu'elle se trouvait là, devant lui, si menaçante, si décidée, au-delà de la panique, il comprit l'erreur qu'il avait commis en décidant de rester ici, seul.

Mais il n'était plus temps de regretter quoi que ce soit. Parce que la personne en face de lui, elle, ne commettrait pas ce genre d'égarement et n'était, à cet instant, là que pour une chose : l'éliminer. Ça serait l'un ou l'autre – et ça le serait rapidement.
Un premier jet de lumière verte sortit d'une baguette magique et le duel commença. Esquive d'un côté, entrave de l'autre. Défense puis attaque, attaque puis défense. Durant de longues minutes, tous deux se retrouvèrent seuls à lutter pour leur survie, pour celle des autres, dans ce château qui paraissait abandonné.

Mais la domination de l'un commençait à se faire sentir de plus en plus sur l'autre...de plus en plus, jusqu'à ce que les deux baguettes magiques tombent à terre - l'une arrachée des mains de son propriétaire, l'autre jetée parce que devenue inutile en de telles circonstances. Une course poursuite s'engagea alors durant des dizaines de mètres, menant les deux adversaires au bout du couloir. Et tandis que l'un, acculé, se plaqua contre le mur de pierres froides et se laissa misérablement glisser au sol en ressentant une peur telle qu'elle lui broyait les boyaux, l'autre vint se placer devant lui, affichant alors une expression qui ne laissait guère d'espoir quant à ce qu'il allait se passer dans les secondes à venir.

- Ce n'est pas là une conduite digne et noble à tenir..Marcus, observa doucement celui des deux qui avait vaincu.
- Non...s'il te plaît..., gémit le garçon qui se recroquevilla sur lui-même.
- « S'il te plaît » ?, répéta l'autre en fronçant les sourcils. Ce ne sont pas les mots qu'on apprend à un soldat, je crois. Pas plus qu'on lui enseigne à s'effondrer face à la mort.
- Je t'en prie...ne fais pas ça..., sanglota Marcus.

Mais sourde à sa demande, une main se soulevait déjà lentement au-dessus de sa tête. La terreur put alors se lire dans les yeux du garçon, tandis que dans ceux de son bourreau, aucune hésitation n'apparaissait. Aucun plaisir cependant, juste un devoir, une nécessité à accomplir pour le bien de ceux qui devaient être protégés.

Marcus resta alors pétrifié face à ce qu'il se passa sous ses yeux...et à quoi il ne pourrait réchapper. La silhouette qui se tenait toujours debout devant lui dégagea soudain un pouvoir étrange, inconnu, qui se matérialisa en une petite sphère bleuté qui semblait uniquement constituée de volutes nacrées qui tournoyaient calmement sur elles-mêmes. Elle vint se loger dans le creux de sa main. Cette main située à seulement quelques centimètres du front du garçon resté à terre. Cette main qui se rapprochait un peu plus encore de Marcus, au moment où celui-ci entendit dans un murmure :

« Des cinq éléments,
J'invoque le vent.
Souffle de la nuit,
Cavalier du néant,
Viens prendre celui qui a trahi,
Emporte-le vers son Jugement
».

En même temps que l'incantation fut prononcée, la sphère commença à irradier jusqu'à ce qu'elle effleure la peau de sa victime. Un hurlement déchirant s'en suivit, transportant la douleur ressentie par-delà les murs de pierres.

Et soudain...
...une plume de phénix apparut pour s'embraser aussitôt, une porte claqua, des chaises se renversèrent, deux ombres à l'allure effarée vers l'enceinte du château se ruèrent.

Mais lorsque les uns après les autres arrivèrent sur place, il n'y avait plus rien ni personne. De l'affrontement, ne subsistait qu'une récurrente trace...