Note : Bonjour ! Et voici la suite ^^. Alors, bonne lecture et bonne continuation à tous ) !


Les deux enseignants se hâtèrent de suivre leur directeur le long des différents couloirs et escaliers que celui-ci emprunta. La seule chose qui avait précipité son départ de la salle des professeurs fut cette plume qui apparut pour disparaître aussitôt, sans qu'aucune indication particulière ne soit dévoilée. Pourtant, Dumbledore semblait parfaitement savoir où il allait.

Et quelques minutes plus tard, effectivement, le vieux sorcier escorté de Rogue et McGonagall surgit dans le couloir des enchantements, au bout duquel une personne se trouvait déjà.

Agenouillé dans le silence à l'endroit exact où la fin de l'affrontement avait eu lieu, le professeur Flitwick agitait méthodiquement sa baguette dans les airs, en quête d'un indice ou tout autre élément qui permettrait de comprendre ce qu'il s'était passé.


Une fois arrivés à son niveau, Dumbledore, Rogue et McGonagall , attendirent patiemment que le minuscule sorcier ait terminé sa recherche, se redresse et tourne vers eux un visage anxieux et navré. Rogue et McGonagall n'osèrent rien dire, tandis que Dumbledore lui adressa un regard désolé.

- Marcus Belby, murmura alors Flitwick. Ils ne lui ont laissé aucune chance...
- Je vois, dit simplement Dumbledore en hochant lentement la tête.

Mais juste derrière lui, les deux autres enseignants en restèrent stupéfaits. Marcus Belby ? Qu'est-ce que ce garçon venait faire dans cette affaire ? Car à la connaissance du maître des potions ou du professeur de métamorphose, Belby était le garçon transparent par excellence, celui auquel on penserait en dernier dans ce genre d'histoire. Pourtant...

- Mais pourquoi s'en serait-on pris à cet élève ?, demanda McGonagall. Belby était...
- ...un descendant d'Inopportun, termina calmement Dumbledore - qui échangea en même temps un regard éloquent avec Flitwick.

Rogue se mura aussitôt dans son attitude froide et calculatrice alors que sa consœur ne put retenir sa surprise.

- Comment ? Belby ? Mais...
- Je n'aurais jamais dû lui permettre de s'impliquer dans tout cela, se blâma soudain Flitwick, sans tenir compte de l'intervention de McGonagall. Il n'avait pas les capacités requises. Je le savais. Malgré cela...

Ses yeux se tournèrent alors vers ce mur d'où s'était échappée la dernière plainte.

- Ne soyez pas si dur envers vous-même, Filius, le réconforta Dumbledore. Vous savez très bien comment ça se passe – le devoir et l'obligation qui incombent à tous ceux qui naissent dans ces familles. Tout ce que vous pouviez faire était de lui apprendre ce qu'il avait à savoir et de le guider au mieux.
- Exactement !, rétorqua le professeur d'enchantements, submergé par l'émotion. Et voyez aujourd'hui le résultat : il n'est plus là ! Tout s'est joué à quelques minutes, Dumbledore. À seulement quelques minutes...J'aurais dû être dans mon bureau au moment où ce pauvre garçon s'est retrouvé face à eux. Mais je n'y étais pas...
- Filius, insista Dumbledore. Vous savez aussi bien que moi que nous ne pourrons pas empêcher qu'il y ait des dommages collatéraux. C'est le prix à payer pour protéger au mieux ce que nos prédécesseurs nous ont légués.
- Bien sûr Dumbledore !, s'emporta Flitwick. Bien sûr que je le sais ! Mais dites-moi plutôt : depuis tout ce temps où ils sont arrivés, combien d'entre eux ont eu à les subir, ces dommages collatéraux ? Combien ?

Le vieux sorcier soupira longuement avant de répondre d'une voix grave.

- A notre époque, je pense que pour l'instant : aucun. Mais combien d'innocents sont morts à cause des sorciers...?
- Dumbledore !, s'écria Flitwick, scandalisé, en se reculant d'un pas. Vous parlez comme si...
- Je parle comme une personne qui a pris suffisamment de recul face à la situation pour avoir parfaitement conscience des erreurs et autres actes impardonnables commis par les uns et les autres il y a bien longtemps.

Cette réponse sonna comme une mise en garde – et le professeur d'enchantements la perçut comme telle. Incapable de tenir tête à son directeur, il poussa seulement un profond soupir puis regarda alternativement les trois enseignants qui se tenaient à ses côtés - McGonagall et Rogue s'étant bien gardés de prendre part à cette discussion dont ils ne connaissaient à l'évidence pas encore tous les tenants et aboutissants.

- Très bien. Je comprends, dit-il. Pardonnez-moi mais je vais à présent me retirer. Je dois envoyer un message aux parents de ce garçon pour leur annoncer la tragique nouvelle.

Et c'est une fois encore avec un sentiment d'amertume profond que Flitwick s'en alla.


Dumbledore le regarda s'éloigner, l'air attristé. Cependant, quelques secondes plus tard, ses pensées s'étaient déjà recentrées sur l'acte qui venait de se produire.
Il alla se placer à l'endroit où Flitwick s'était déjà tenu et commença par lever sa baguette avant de décrire avec des mouvements lents et précis vers le sol, le mur de pierres et l'espace vide qui l'entourait. Il l'abaissa ensuite et tendit sa main libre en l'air. Les yeux à demi-clos, il marmonna différentes paroles incompréhensibles, essayant de sentir, de saisir quelque chose.

Passées plusieurs minutes à attendre et observer sans mot dire, lorsque Dumbledore baissa sa main et montra des mouvements moins appliqués, Rogue et McGonagall devinèrent que leur directeur en avait fini avec son examen des lieux. C'est le moment qu'ils choisirent pour se permettre de l'interrompre dans sa réflexion.

- Pardonnez-moi, monsieur le directeur, se lança cependant prudemment Rogue. Peut-être suis-je dans l'erreur, mais il me semble que le professeur Flitwick est davantage concerné par les faits qui nous préoccupent que nous ne le pensions de prime abord.

À ces mots, Dumbledore s'arracha à ses pensées et se tourna vers ses deux collègues...ses deux soutiens. Il resta un petit moment sans répondre, pesant le pour et le contre à dévoiler certains aspects de l'affaire qui n'étaient alors connus que de lui seul et du professeur d'enchantements. Mais passé ce temps,

- Vous avez raison Séverus : le professeur Flitwick est en effet l'un de ceux qui est le plus impliqué dans toute cette histoire, dit-il doucement.

Rogue et McGonagall ne dirent rien, mais à la tête qu'ils faisaient, Dumbledore devina immédiatement qu'ils ne se contenteraient pas de cette seule phrase comme réponse.

- Vous souvenez-vous Minerva, de ce que vous m'avez demandé tout à l'heure et à quoi j'ai répondu que chacun réagissait en fonction de son vécu ?

Le professeur de métamorphose acquiesça d'un bref mouvement de tête.

- Hé bien, il se trouve que le vécu du professeur Flitwick l'a plongé, il y a de cela fort longtemps, dans des évènements brutaux et douloureux dont il pourrait bien avoir à payer le prix aujourd'hui.

Le sous-entendu à ce qui était la cause de tous ces troubles actuels était trop flagrant pour ne pas être relevé.

- Vous voulez dire que...Filius était là-bas ?

McGonagall avait eu du mal à articuler convenablement pour poser cette question tant elle lui semblait aberrante. Quant à Rogue, il avait délaissé un instant son masque de froideur pour le remplacer par une expression incrédule à souhait. Face à ces têtes, Dumbledore ne put retenir un petit sourire.

- Vous n'êtes pourtant pas sans savoir que notre collègue est doté d'une espérance de vie qui va bien au-delà de celle du commun des mortels.
- Oui, mais cela remonte à si longtemps, fit remarquer McGonagall. Et comment imaginer cet homme prendre part à un combat qui provoqua la ruine et la désolation autour de lui ?
- Le rôle qu'il eut à jouer alors fut sans doute bien plus dramatique que vous ne l'imaginez, mon cher professeur, sous-entendit Dumbledore tout en finesse. Quoiqu'il en soit, poursuivit-il aussitôt en jetant un nouveau regard vers ce bout de couloir vide avant que l'un des deux autres n'avance dans le questionnement, ce qu'il s'est passé à cette époque immémoriale a certes une incidence indéniable sur ce qui nous tourmente aujourd'hui, mais comprendre ce qu'il s'est produit ici-même il y a quelques minutes nous sera plus profitable que d'épiloguer sur une guerre qui n'aurait jamais dû avoir lieu.
- Vous avez donc trouvé quelque chose, monsieur le directeur ?, s'intéressa alors plutôt Rogue, qui remarqua immédiatement cette expression caractéristique qu'affichait toujours le directeur de Poudlard lorsqu'il était en possession d'éléments révélateurs - connus de lui seul.
- Peut-être Séverus, peut-être...Je ne pourrais néanmoins pas être catégorique là-dessus. Mais jusqu'à présent, lorsque nous avons pu observer des traces de leurs actes, celles-ci correspondaient assurément à des résidus de magie primaire restés emprisonnés dans la matière l'ayant supportée avant d'avoir pu disparaître complètement. Et à chaque fois, ces traces regroupaient les mêmes éléments magiques – souvent présents à divers degrés, mais il s'agissait bien toujours des mêmes éléments...
- Mais cette fois-ci ?, se douta Rogue.
- Cette fois-ci..., hésita le sorcier. Je retrouve bien des éléments déjà révélés, mais ils sont singulièrement moins nombreux mais surtout, incroyablement plus intenses que les fois précédentes. En outre, je ne pense pas que le caractère récent de l'attaque ait à voir avec ce dernier fait.
- Comment interprétez-vous cela, Albus ?
- J'ai deux hypothèses. La première est qu'ils auraient la possibilité de modifier leur pouvoir, peut-être en fonction de la situation. Mais je vous avoue ne pas être entièrement satisfait par cette supposition. Car même en ne disposant pas de toutes les informations portant sur la magie primaire - ou « féérique », comme elle était nommée à son origine - je n'ai encore jamais entendu dire que l'on puisse à ce point la transformer.
- Et la seconde ?
- Je songe plutôt que les éléments observés jusqu'à aujourd'hui résulteraient en réalité d'un mélange de différents pouvoirs. Ainsi, ceux que nous recherchons auraient chacun leur capacité propre et également toujours agi ensemble - ce qui aurait permis de créer ces combinaisons à la fois si proches mais toujours dissemblables. Mais aujourd'hui, à l'inverse, un seul d'entre eux serait intervenu. Pour quelle raison, je l'ignore – y en a-t-il une ? Néanmoins, par cet acte il nous aura révélés une partie de sa magie mais surtout, il nous aura donnés un indice sur sa véritable force – qui était probablement jusqu'alors masquée par celle des autres, nettement plus faibles.

Rogue et McGonagall auraient volontiers accueilli cette nouvelle comme un élément d'enquête supplémentaire, mais l'air soudain préoccupé de Dumbledore leur laissa à penser qu'ils ne pouvaient se satisfaire de ça.

- Et où se situe la complication ?, questionna Rogue.

Dumbledore l'observa sombrement.

- Elle viendrait du fait que si mon hypothèse venait à se confirmer, une personne dans ce groupe - probablement le leader - serait en possession d'un pouvoir bien plus fâcheux que je ne le supposais. Fort heureusement, je ne pense pas non-plus avoir à envisager que ce fait résulte d'une nature de magie fondamentalement différente de celle des autres.
- Pourquoi ?
- Parce qu'à ma connaissance - et je la pense fiable sur ce point - la magie à laquelle je fais allusion a disparu en même temps que celui qui fut le dernier à la posséder. Je ne vois donc pas comment on pourrait la retrouver ici. Mais aussi parce que...si elle avait miraculeusement survécu, mes différentes actions envisagées pour contrer nos « invités » n'auraient plus aucun sens.
- Pourquoi ?
- Parce que le pouvoir en découlant peut, à lui seul, détruire le joyau de Poudlard.

Rogue et McGonagall restèrent un instant muets, frappés de stupeur.

- Mais...vous nous aviez dit que même en mettant en commun tout leur pouvoir, il leur faudrait encore une aide supplémentaire pour arriver à...
- Je me souviens parfaitement de ce que j'ai dit, Minerva, la coupa Dumbledore avec un calme teinté d'agacement. Et gardez à l'esprit qu'il ne s'agit là que d'une supposition. Mais comprenez également que lorsque j'ai fait cette annonce, j'étais loin de me douter que la descendance d'Idhren viendrait dans notre monde dotée d'une telle puissance – car il n'y a bien qu'à elle qu'une tâche aussi délicate puisse être confiée, mais surtout, qu'elle qui puisse se prévaloir d'un tel pouvoir. Je pensais alors naïvement que le temps et les générations qui se succèderaient auraient considérablement affaibli ces capacités spécifiques dont ils hériteraient de leur aïeul...
- Idhren, « le sage », était ce roi elfique qui fut vaincu durant la guerre, précisa Rogue à McGonagall avant même que celle-ci ne demande quoi que ce soit.
- Je suis certain qu'il a eu une descendance, poursuivit Dumbledore, songeur, mais celle-ci n'était déjà plus purement elfique. Trop rares furent les magiciens qui avaient tenu à sauvegarder les pouvoirs intacts de la magie originelle – celle-là même qui, comme vous le savez, est à la source de la nôtre et fut celle que les sorciers ont décidé un jour de détruire par crainte d'être dominés. Mais déjà à l'époque de ce combat, les sujets de son royaume possédaient des pouvoirs féériques et non-plus elfiques. Seuls quelques nobles avaient su les préserver un temps limité. Mais en tuant Idhren, le dernier de cette longue lignée, c'est tout un monde qui disparut...

Le même soupir mélancolique vint ponctuer cette déclaration.

- Ainsi, même si cette descendance était bien à Poudlard, il n'y aurait fort heureusement aucun risque pour qu'elle ait hérité du pouvoir absolu d'Idhren. Dans le pire des cas, il n'y aurait chez elle que des traces de celui-ci qui ne rempliraient alors pas les conditions nécessaires pour détruire, et les protections, et le joyau.
- Et vous pensez qu'il s'agit des traces que vous venez d'identifier à l'instant ?
- J'en suis à peu près certain. Ce que j'aimerais savoir maintenant, c'est jusqu'où ce pouvoir peut s'étendre. Mais malheureusement, en dehors d'avoir une démonstration sous nos yeux - ce qu'il vaudrait mieux éviter - je ne vois pas encore comment le découvrir.
- Si déjà nous pouvions savoir de qui il s'agit. Dire qu'il se trouvait ici-même il y a si peu de temps...
- Oh...Fille ou garçon, je suis persuadé que nous ne tarderons désormais plus à savoir qui il, ou elle est.

Sur ces paroles, Dumbledore libéra ses collègues.


Dans le parc du château, au pied des escaliers qui permettaient d'accéder au grand hall d'entrée, une autre conversation se tenait dans une ambiance tout aussi particulière.

- Mais quel con, franchement ! Qu'est-ce qu'il lui a pris de faire ça tout seul ?
- Adel ! Ne parle pas comme ça, voyons !, s'offusqua Roger. Qu'est-ce qui te prend de hurler de la sorte, en plus ? Tu veux que tout le monde t'entende ou quoi ?

En même temps qu'il reprit son ami, Roger balaya prestement du regard les alentours pour s'assurer que personne ne les écoutait. Pendant ce temps, Adel tâcha au mieux de retrouver son calme. Mais à l'évidence, sa mauvaise humeur avait du mal à le quitter.

- Bon. Qu'est-ce qu'on fait alors maintenant ?, râla-t-il. Puisque sans aucun doute, la situation doit être telle que je devrais avoir quelques difficultés pour aller lui foutre mon pied au cul d'avoir agi aussi stupidement ?
- Adeeel...!, gronda Roger.
- Combien de fois on a dit qu'on ne le ferait jamais seul, hein ?, s'emporta à nouveau Adel. Combien de fois ? Mais non ! Toujours pareil ! Une véritable tête de mule ! Jusqu'au jour où...?...?...!...! Roger ! Tu veux que je m'occupe de ton cas, à toi aussi ?

Exaspéré par le peu de discrétion dont faisait preuve son ami, Roger dut employer les grands moyens. Alors qu'Adel continuait à s'époumoner en se fichant royalement d'ameuter toutes les personnes présentes dans les environs du château, il leva une main devant la bouche hurleuse et fit un mouvement de balayage rapide qui eut pour effet immédiat de rendre le garçon aphone...mais pour quelques secondes seulement. Car en un claquement de doigt, Adel se débarrassa du sort.


Alors qu'ils se trouvaient encore aux Trois Balais, ils avaient soudain perçu un signal. Ce signal annonciateur d'un combat imminent. D'abord incrédules, ils avaient dû se rendre à l'évidence : les plus élémentaires règles de sécurité qu'ils avaient mis en place pour éviter d'être blessés - ou pire - venaient d'être enfreintes.

Mais ils n'avaient pas pu se payer le luxe de prendre le temps de réfléchir à ce qu'il se passait. Ils étaient partis comme deux furies, renversant tout sur leur passage, sans se soucier des regards stupéfaits que leur lancèrent Harry, Ron ou Hermione ; sans relever les expressions moqueuses des serpentards qui les avaient vus déguerpir avec pertes et fracas.

Au fur et à mesure qu'ils se rapprochèrent du château, courant aussi vite qu'ils le purent, leur esprit avait bondi d'une pensée à l'autre avec frénésie, essayant de comprendre ce qui avait pu provoquer une décision pareille. Mais incapables d'obtenir une réponse avec un tel procédé, ils n'avaient espéré qu'une chose : arriver au château avant que le signal ne disparaisse, avant que le combat ne prenne fin et que l'un des deux adversaires n'ait disparu.
Mais arrivés aux pieds des escaliers, le signal s'était évanoui...


Roger se massa les tempes et essaya de réfléchir au mieux - et au plus vite.

- On ne peut de toute façon rien faire pour le moment, dit-il enfin. Les couloirs doivent être sous surveillance. Le mieux serait encore de rentrer tranquillement à la salle commune et voir si on peut sortir ce soir.
- Et si on ne peut pas ?, demanda Adel qui s'était enfin calmé mais paraissait à présent sceptique.
- Si on ne peut pas, on attend que le week-end passe et on avise lundi - en espérant que tout se passe bien d'ici-là. Avec la reprise des cours, ça passera inaperçu.
- D'accord...

Les deux élèves regagnèrent donc ensuite la tour de Serdaigle en adoptant un pas tranquille et une expression sereine.

Malheureusement pour eux, comme Adel l'avait suspecté, même si la nouvelle concernant la disparition de Marcus Belby ne s'était pas encore répandue, les enseignants se montrèrent particulièrement vigilants et prétextèrent un problème anodin avec les fantômes du château pour imposer aux élèves de rester dans leur salle commune toute la soirée, jusqu'au lendemain matin.


Par contre, s'il y en a quatre que ce couvre-feu improvisé ne dérangea pas spécialement, c'est bien Harry, Ron, Hermione et Emy.

Lorsque Adel et Roger avaient subitement quitté le pub, le tempérament téméraire de Harry l'avait incité à suivre les deux élèves de Serdaigle. Mais de son côté, même si leur comportement l'avait pour le moins interloquée, Hermione ne voyait pas pour quelles raisons ils devraient se montrer aussi indiscrets. Quant à Ron, carrément impressionné, il mit un moment avant de réussir à lâcher le moindre mot. Car au-delà des apparences, les trois élèves de Gryffondor avaient fait bien plus que se retrouver en compagnie de deux garçons qui semblèrent tout d'un coup avoir perdu la raison.

À partir du moment où ils s'étaient redressés et étaient demeurés silencieux, une impression étrange, une atmosphère bizarre avait enveloppé la petite table où les cinq élèves s'étaient installés. Ainsi, lorsque cette sensation désagréable s'envola en même temps que les deux septièmes année, Ron n'éprouva aucun désir de se lancer à leur poursuite pour récolter peut-être davantage.

Harry suivit donc l'avis général et resta assis. Assis mais pas muet. Car sitôt les avis donnés, Hermione tint à savoir pour quelle raison son ami voulait suivre leurs collègues - et partenaires.
C'est ainsi que Harry raconta le bout de conversation qu'il avait surpris. Les réactions en retour furent à peu de choses près ce qu'il s'était imaginé : Hermione se mit à cogiter encore plus que lui, tandis que Ron se félicita de ne pas avoir voulu bouger du pub.

- Mais qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire, tout ça ?, se demanda finalement Hermione. Harry, tu penses vraiment que leur départ pourrait avoir un lien avec ce que tu as entendu ?
- Honnêtement, je n'en mettrais pas ma main à couper. Mais quand on y regarde de plus près...C'est bizarre, non ?
- Très bizarre, grimaça Ron. Trop bizarre...
- Bon, je crois qu'on ferait bien de rentrer au château finalement, dit Hermione en se levant soudain. Ne serait-ce qu'histoire de voir si quelque chose s'y serait passé...

Harry sourit, Ron soupira, mais les trois étaient partis cinq minutes plus tard.


Cependant, une fois revenus à Poudlard, rien ne vint étayer les doutes de Harry.

Dans le parc tout d'abord, les trois amis commencèrent par croiser Hagrid qui partait nourrir les Sombrals qui peuplaient la forêt. Mais l'air enthousiaste du garde-chasse leur laissa à penser que ce n'était pas en ces lieux qu'ils allaient découvrir un fait préoccupant. À l'évidence, il ne s'y était rien passé d'étrange ou d'inhabituel – sinon, Hagrid s'en serait rapidement rendu compte.
Pareil avec les élèves qui étaient soit déjà rentrés de Pré-au-Lard, soit restés au château durant la journée, et qui paraissaient à présent aux bords du lac. Un innocent : « Bonjour, comment ça va ? » de la part d'Hermione permit de constater que là encore, rien n'était à signaler.
Et le bilan fut identique une fois entre les murs du château. Pas de Rusard qui fouinait avec opiniâtreté comme il en avait l'habitude quand quelque chose n'allait pas ; pas de fantômes qui flottaient dans les airs d'un couloir à l'autre, traversant les murs et autres portes pour s'assurer que tout était normal dans le château ; pas de professeurs qui montaient la garde aux endroits stratégiques.
Rien, absolument rien. Harry se serait-il trompé ? Après tout, pourquoi pas. Les deux évènements pouvaient effectivement n'avoir aucun rapport l'un avec l'autre.

Et si cette idée eut tendance à décevoir un peu Harry et Hermione, au moins, elle apaisa pleinement Ron qui avait déjà suffisamment à penser ces temps-ci en matière d'ennuis.

- Bien !, lança-t-il donc tout content. Et si on montait plutôt voir comment va Emy ?
- Tu as raison !, s'exclama soudain Harry, le regard pétillant. Elle a passé toute la matinée ici, peut-être aura-t-elle vu ou entendu quelque chose !
- Hum...ce n'est pas tout à fait à ça que je pensais, grommela Ron en suivant à contre cœur ses amis qui avaient déjà pris la direction de la tour de Gryffondor.

Mais dans leur salle commune ne se trouvaient que des élèves de première année qui faisaient une partie de billes baveuses. Hermione monta alors voir dans le dortoir des filles, pour redescendre deux minutes plus tard : Emy ne s'y trouvait pas non-plus.

- Oh la la ! J'espère qu'elle n'a pas dû aller à l'infirmerie, songea tout à coup Hermione avec un air catastrophé.
- Le meilleur moyen de le savoir, c'est d'aller voir, dit Harry. Allez, venez, on y va !

Mais il se trouve que tous trois n'eurent pas besoin de redescendre jusqu'à l'infirmerie pour avoir une réponse. Car à peine arrivés au bout du couloir qui donnait sur le portrait de la Grosse Dame, ils se retrouvèrent nez à nez avec Emy qui émergea soudain de derrière un imposant tapis qui masquait l'un des nombreux passages secrets du château.

- Hé, Emy !

Perdue dans ses pensées, la jeune fille sursauta en entendant Ron crier son nom. Mais passé ce moment de frayeur, ses grands yeux ronds se firent rieurs et sa bouche tordue afficha un large sourire qui rassura immédiatement les trois autres sur son état de santé.

- Ça a l'air d'aller mieux dis-moi, se réjouit Hermione.
- Euh...oui, en effet !, confirma Emy. Ce n'était pas grand chose en fait – certainement un peu de fatigue et de surmenage. Je suis restée couchée un petit moment et ensuite je suis allée voir madame Pomfresh qui m'a donnée à boire un élixir ravigotant. Cinq minutes plus tard, je n'avais plus rien !, dit-elle ravie.
- Pourquoi n'es-tu pas venue nous rejoindre alors ?, demanda Harry. Normalement, on aurait dû passer la journée à Pré-au-Lard. Tu serais restée ici toute seule, toute la journée...
- Ben, à vrai dire..., s'excusa Emy, l'air embarrassée, figure-toi que j'étais justement en train de penser à venir vous rejoindre, mais en même temps, en ne sachant pas trop où vous trouver...Enfin, je n'avais pas envie de passer ma journée à tourner en rond dans Pré-au-Lard.
- Ouais, c'est clair que seul, c'est moins drôle, commenta Ron.
- En tout cas, on ne t'a pas oubliée, annonça Hermione en soulevant un petit sac qu'elle tendit à Emy. Tiens : ce que tu m'as demandée de t'acheter...
- Merci beaucoup !

Emy prit le sac et l'ouvrit aussitôt. Mais à peine avait-elle jeté un œil à son contenu qu'elle releva la tête, l'air interrogateur.

- Et vous au fait, pourquoi êtes-vous revenus si tôt au château ? Ce n'était pas bien là-bas ?

Et là, les raisons pour lesquelles les trois étaient montés jusqu'à leur salle commune refirent surface.

- Non, c'est pas ça, commença Harry.
- Viens, on va t'expliquer, poursuivit Hermione en lui faisant un geste de la main pour l'inciter à la suivre. Mais pas ici. On a qu'à retourner à la salle commune, on y sera plus tranquille.

C'est ainsi que Harry – parfois aidé de Hermione et de Ron – raconta le déroulement de leur matinée en compagnie des deux serdaigles.

- Donc toi, de ton côté, est-ce que par hasard tu aurais remarqué quelque chose ici ? N'importe quoi..., conclut Harry en conservant un maigre espoir.

Mais Emy réfléchit un instant puis :

- Franchement : non. Après, je ne me suis pas beaucoup promenée dans le château ce matin...Je me suis levée, suis descendue directement à l'infirmerie où madame Pomfresh m'a donnée l'élixir et aussi quelque chose à manger et ensuite, je suis allée faire un tour à la bibliothèque - mais je n'y suis pas restée longtemps. On s'est rencontré au moment où je revenais ici sans trop savoir ce que j'allais y faire...

Harry et Hermione encaissèrent une seconde déception alors que Ron regardait Emy avec des yeux ronds.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive, toi ?, lui demanda Hermione.

Et Ron de répondre sans avoir bougé d'un pouce.

- Qu'est-ce que t'es allée faire à la bibliothèque par un samedi de grand beau temps alors qu'on avait la permission de sortir du château ?

Encore un comportement que le garçon ne comprendrait jamais.

- Ce n'est pas une prison tu sais, Ron, pouffa Emy.
- Ouais mais quand même, bougonna-t-il. Moi, moins j'y vais, mieux je me porte !
- Oh, c'est parce que chaque fois que tu y vas, tu es en mauvaise compagnie...
- Ah parce que toi non, peut-être ?, rétorqua Ron.
- Bon aller, ça suffit vous deux, dit Hermione en mettant fin à la discussion. Harry, ajouta-t-elle ensuite en se tournant vers lui, je crois bien qu'on est parti sur une mauvaise piste – et quand on y réfléchit, tant mieux.
- Peut-être, répondit Harry. Mais ça n'enlève rien au comportement singulier qu'ont eu Adel et Roger tout à l'heure.
- Mmoui...C'est vrai.
- Ma foi, si vous êtes en bons termes avec eux, rien ne vous empêche de leur demander habilement ce qui s'est passé quand vous les verrez lors de vos prochaines séances, proposa Emy.

Harry et Hermione se consultèrent du regard.

- Oui, mais « habilement » alors !


L'après-midi se passa ensuite relativement sans encombre mais sans être pour autant de tout repos. Car après avoir, pour une dernière fois, patrouillé discrètement dans les principaux couloirs du château, les quatre décidèrent de retourner saluer Hagrid - qui était alors revenu de la Forêt Interdite - dans l'idée de se distraire du temps que la soirée n'arrive. Sauf que...

Au moment où ils arrivaient à hauteur de la cabane du garde-chasse, ils découvrirent celui-ci très occupé, pour ne pas dire : en pleine lutte, avec quatre arragoussets qui refusaient de rester en place, car exposés en plein soleil.

- Beuuurk !, s'exclamèrent les gryffondors en chœur, en voyant les nains sans yeux aux dents acérées marteler de coup de poings Hagrid qui tentaient désespérément de les retenir.
- Mais restez donc ici, espèce de crâne de piaf !, s'énerva le demi-géant qui ne disposaient pas d'assez de mains pour faire ce qu'il voulait. Vous ne comprenez donc pas que je veux vous remettre à l'ombre, non ? Ah ! Vous tombez bien vous quatre, lança-t-il soudain, l'air soulagé, en voyant Harry, Ron, Hermione et Emy qui étaient restés à quelques mètres de lui sans oser s'avancer davantage. Venez donc m'aider à tenir ceux-là du temps où je vais chercher leur abri.
- Pardon ?
- Oui, oui, allez, approchez ! Vous n'avez rien à craindre. Aïe ! Il suffit juste de faire attention à leurs mains et leurs dents.
- Facile quoi..., souffla Ron, sarcastique.

Mais Hermione poussait déjà courageusement tout le monde vers les petites créatures à l'aspect peu avenant.

S'en suivit durant plusieurs minutes un nouveau combat qui opposa cette fois-ci les élèves de cinquième année aux nains belliqueux. Ne craignant pas de leur faire mal, Ron et Harry réussirent finalement à saisir leur arragousset avec fermeté. Mais Hermione et Emy, qui craignirent de les blesser en les serrant trop fort, se firent avoir et lâchèrent le leur. Une course-poursuite dans les sous-bois de la Forêt Interdite s'engagea alors entre les deux élèves – aidées de Hagrid qui donnait en même temps des recommandations à Ron et Harry – et les nains fugueurs.

Passé un long moment, c'est essoufflées et en nage que les deux filles rejoignirent leurs amis, en tenant cette fois-ci leur arragousset d'une main sûre.

- Maintenant, attention ! Tenez-les bien surtout ! Sinon, il faudrait repartir à leur recherche, prévint Hagrid. Bien, c'est bon pour tout le monde ? Alors, gardez la pause, j'arrive de suite !

Sur quoi il se hâta vers sa cabane.

- Non, mais franchement !, rouspéta Ron sitôt que le demi-géant eut disparu. Qu'est-ce qu'il est encore allé nous trouver comme bestioles ?
- Je ne sais pas, soupira Emy qui n'avait pas encore tout à fait récupéré de sa course, mais prenait néanmoins grand soin de tenir son arragousset à bout de bras bien tendu. Tout ce que j'espère, c'est qu'on n'aura pas à s'en occuper en guise de travaux cette année...
- Y'a pire : connaissant Hagrid, on pourrait avoir à les domestiquer, fit remarquer Harry avec un air crispé.
- Parle pas de malheur !

De longues minutes plus tard, Hagrid revint enfin.

- C'est bon ? Vous n'en avez pas laissé s'échapper ?
- Non, c'est bon, répondit Hermione avec un petit sourire.

Elle fut bien la seule des quatre à essayer de paraître heureuse.

- Très bien. Dans ce cas, amenez-les ici, dit Hagrid en leur présentant une immense boîte circulaire dont on ne voyait pas le fond. On va les mettre là-dedans.
- C'est bizarre votre truc, Hagrid, commenta Emy en s'approchant doucement et en lâchant la première son arragousset à l'intérieur de la boîte.
- Les professeurs McGonagall et Flitwick ont eu la gentillesse de me fabriquer cet abri, expliqua le garde-chasse. Avec un peu de magie, ça ressemble à une boîte vue de l'extérieur, mais dedans, c'est aussi vaste qu'une grotte. Comme ça, ils peuvent rester dans un endroit très sombre et frais même en plein soleil. C'est merveilleux !

Cette perspective de pouvoir garder près de lui toute l'année, dans les conditions les plus favorables qui soient, de véritables teignes meurtrières semblait procurer à Hagrid une joie immense.

- Astucieux !, dit Harry en forçant son sourire tout en se dépêchant de se débarrasser de sa créature.

Ron et Hermione en firent de même. Et avant que Hagrid n'ait eu l'idée de leur demander autre chose, les quatre élèves se dépêchèrent de s'éloigner de la cabane et de regagner le château où il était déjà l'heure de se rendre à la Grande Salle avec leurs camarades pour y prendre leur repas du soir.


Une fois le dernier plat à tarte disparu, au moment où certains élèves commençaient à se lever de table, le professeur Dumbledore demanda un instant de silence et fit cette annonce où il pria tout le monde de regagner directement sa salle commune, afin de permettre aux enseignants de régler dans les meilleurs délais certains désagréments liés à l'arrivée récente de nouveaux fantômes nocturnes dans le château.
Dans la grande majorité, cette demande fut bien prise par les élèves.

- Oh moi, de toute façon, je suis crevé !, déclara Ron en posant sa serviette sur la table avant de se dresser. Ce soir, je n'avais pas l'intention d'aller faire une promenade au clair de Lune.
- Moi non-plus, ajouta Emy. Les petits travaux pratiques improvisés de Hagrid ont le chic pour me mettre les batteries à plat.
- Idem, conclut Hermione en se levant à son tour. Je ne suis même pas certaine d'avoir la force de finir mon livre, ce soir.
- Ça, ça serait bien historique !, se moqua Ron.
- Ah ah ! Très drôle !, fit Hermione qui s'apprêtait à répliquer autre chose.
- Aller ! Arrêtez tous les deux, vous voulez bien ?, s'interposa Emy avant de se retourner vers la table. Tu viens aussi Harry ? Harry ?

Mais Harry ne répondit pas. Durant tout le temps où Ron et Hermione s'étaient asticotés, son attention était restée accaparée par ce qu'il se passait à la table de Serdaigle.

Si ses amis furent trop fatigués ou avaient eu de quoi suffisamment bavarder avec leurs camarades de maison pour ne pas remarquer son comportement, de son côté, incapable de se lever cette idée de la tête que quelque chose se tramait peut-être, Harry n'avait pu s'empêcher de surveiller les agissements de Adel et Roger tout du temps où il les avait eu sous ses yeux.

Mais malgré cet espionnage, rien ne lui avait paru inhabituel – ou encore moins étrange. Adel et Roger s'étaient comportés le plus normalement du monde avec leurs voisins de table. Harry les avait peut-être trouvés un peu plus réservés qu'à l'accoutumée, mais dans la mesure où il n'avait pas été d'une très bonne compagnie avec ses amis non-plus, il n'y vit rien de dérangeant. De même, lorsque Dumbledore émit le souhait que chacun regagne sa salle commune au plus tôt, ils avaient montré une attention polie à sa demande avant de suivre les leurs et d'être emportés par le flot des élèves jusqu'à leur tour.

- Harry ? Tu dors assis ou quoi ?, le secoua doucement Emy.
- Hum...Quoi ? Pardon, j'arrive, dit-il en se levant d'un bon.

Ce fut probablement l'une des dernières soirées tranquilles que connurent certains dans le château...