Note : Salut ^^ ! Chapitre un peu plus long que d'habitude (même deux fois plus long, me semble-t-il) suite au fait que je souhaitais aller jusqu'au bout de mon idée. Je ne sais pas encore si les suivants prendront le même chemin...et à vrai dire, je ne me pose pas la question. J'espère simplement que cette taille n'effraie personne U_u'. Aller ! Bonne lecture et bonne journée à tous ! À bientôt =^o^= !
Après avoir grimpé plus d'escaliers qu'il n'aurait fallu -ceux-ci n'en ayant fait qu'à leur tête en l'ayant d'abord expédiée dans la tour d'astronomie plutôt que dans celle de Gryffondor- Emy fut soulagée de voir enfin apparaitre au loin le tableau familier de la Grosse Dame, qui lui donna facilement accès à sa salle commune où ne restaient plus que ses amis qui l'y attendaient avec une certaine impatience.
- Et ton livre ? Il est où ?, attaqua immédiatement Ron, l'air toujours grincheux, sans même laisser le temps à Emy de s'avachir dans l'un des fauteuils moelleux près de la cheminée afin d'y quérir quelque réconfort.
- Hein ? Mon livre ?, répéta-t-elle avec une certaine surprise – son esprit étant toujours axé sur sa précédente rencontre. Oh...la bibliothèque était fermée. Du coup, j'irai le chercher demain matin.
- Et t'as mis tout ce temps pour faire un simple aller-retour jusqu'à la bibliothèque ?, s'exclama Ron, incrédule.
Il était pour le moment le seul à la questionner, mais à la tête que tirèrent aussitôt les deux autres, il ne fut pas difficile de deviner qu'ils pensaient la même chose.
- Hé bien, soupira Emy -qui n'en réfléchit pas moins à toute vitesse-, disons pour faire simple qu'au moment de rebrousser chemin devant les portes fermées, j'ai failli me retrouver en tête à tête avec Peeves.
- Aïe !, fit Harry avec une grimace appropriée.
- Comme tu dis, appuya Emy. Du coup, j'ai dû emprunter un autre itinéraire qui a quelque peu allonger mon temps de parcours.
Alors que cette explication contenta tout le monde -Ron n'ayant même pas eu le réflexe de sortir une petite remarque agaçante- Emy détourna son regard vers la cheminée et s'éloigna quelques instants de ce qui l'entourait.
Pourquoi, une fois encore, ne voulut-elle pas leur dire la vérité ? Certes, il ne s'agissait pas vraiment d'un mensonge puisque les faits rapportés étaient vraiment ce qu'il lui était arrivé, mais pourquoi s'obstinait-elle à agir ainsi ?
Si on lui avait posé la question, elle aurait eu diverses réponses à donner. D'abord, parce qu'aucun des quatre n'avait la même façon de voir les choses –certains étant plus dramatiques, méfiants ou compréhensifs que d'autres– et qu'ainsi, en fonction de ce qu'elle aurait dit, ça aurait très facilement pu dégénérer à bataille rangée. Mais surtout, si elle était parfaitement honnête avec elle-même, Emy devait bien admettre qu'elle se refusait à inciter qui que ce soit à prononcer un seul mot de travers au sujet d'Ewan. Elle savait que l'occasion aurait été trop belle pour ses détracteurs ; elle avait conscience que ce nouvel événement empêtrait encore un peu plus le serpentard. Et c'était un fait, elle ne le voulait pas. Se sentait-elle redevable ? Ça n'aurait pas été la première raison qu'elle aurait invoquée. Mais...
Du coup, elle se tint à cette version, qui, bien que tout à fait vraisemblable, ne colla pas à la perfection avec la mine troublée qu'elle afficha.
- Emy ?, lui demanda alors Hermione, qui avait abandonné ses livres et était venue rejoindre tout le monde près de la cheminée. Tu es sûre que ça va ?...sûre qu'il ne s'est rien passé d'autre...?
Ça se voyait tant que ça sur sa figure ?
Du coup, la suspicion s'empara de Ron qui la regarda de travers.
Alors tant pis, quitte à passer pour la plus mauvaise menteuse qui soit -et à inquiéter (ou intriguer) au passage ses amis-, elle confirma que tout allait bien.
- Ok, souffla Harry avec un air éloquent que personne ne releva, dans ce cas, il ne nous reste plus qu'à monter nous coucher.
Pendant ce temps, au sommet de l'une des plus hautes tours du château, Dumbledore venait de regagner son bureau directorial après s'être absenté durant plusieurs jours. Comme à chaque fois, dès son retour, il convoqua McGonagall et Rogue pour apprendre d'eux si quoi que ce soit s'était produit dont il n'aurait pas encore pris connaissance.
Mais ce soir-là, un troisième enseignant se joignit aux deux autres pour aller rendre compte de la situation au directeur de Poudlard. Dès que Dumbledore le vit, affichant cette expression déterminée, il comprit vers quoi leur discussion allait immanquablement s'orienter.
Faisant cependant comme si, le vieux sorcier commença par interroger sa directrice-adjointe.
- Fort heureusement « non », Albus, répondit McGonagall. Rien d'anormal ne s'est produit durant votre absence.
Face à Dumbledore, droite de l'autre côté de son bureau, Rogue sur sa droite et Flitwick sur sa gauche, le professeur de Métamorphose n'avait pas caché son soulagement à annoncer ce qu'il en était (tout du moins, à sa connaissance). Le directeur agréa d'un simple mouvement de tête et ne dit rien. L'ambiance dans le bureau était alors un peu particulière.
Dumbledore savait pertinemment que ceux mis dans la confidence de la situation actuelle auraient voulu savoir où il disparaissait régulièrement pour des périodes variant de quelques heures à plusieurs jours. Pourtant, il refusait toujours de dire encore quel était le but de ces déplacements secrets. Ne pouvant encore avancer quoi que ce soit avec certitude, le vieux sorcier préférait garder pour lui ses hypothèses qui pourraient alors faire réagir ses collègues trop impulsivement.
Esquissant un petit sourire entendu, il regarda ensuite d'abord Rogue, qui le fixait, silencieux, de ses yeux sombres et attentifs, puis Flitwick, qui n'attendait pas plus que cette infime marque d'intérêt pour relancer leur conversation, et cette fois-ci, en présence de deux personnes ignorantes du cas.
Se balançant légèrement sur place, le minuscule sorcier se racla la gorge -attirant l'attention de Fumseck qui somnolait sur son perchoir- et se lança sans préambule.
- Dumbledore, demanda-t-il d'une voix teintée de nervosité mais cependant décidée, avez-vous pris le temps de réfléchir quant au sujet de notre dernière entrevue ? Souhaitez-vous toujours...?
- Oui, Filius, le coupa poliment et tranquillement son directeur. C'est un cas auquel j'ai prêté et prête toujours beaucoup d'attention. Cependant...
Flitwick se crispa en reniflant discrètement.
- ...ma position n'a pas changé. J'estime toujours que cette jeune personne ne doit pas être considérée comme l'une de ceux que nous cherchons à identifier.
Flitwick soupira bruyamment tandis que Rogue lui jeta un imperceptible coup d'œil – qui contrasta avec le froncement de sourcils de McGonagall.
- Mais de quoi parlez-vous, tous les deux ?, intervint-elle logiquement.
Et comme si Dumbledore avait deviné que Flitwick lui couperait à son tour la parole, incapable de se retenir d'expliquer les choses avec ses arguments, le vieux sorcier préféra laisser le professeur d'Enchantements s'expliquer.
- Imaginez-vous, ma chère Minerva, commença Flitwick -dont l'agacement se faisait de plus en plus flagrant-, que certains faits avérés m'ont permis d'arriver à la conclusion qu'une de nos élèves présente des pouvoirs en tous points semblables à ceux des personnes que nous recherchons depuis des années.
Rogue souleva un sourcil alors que sa consœur afficha une expression proche de l'ahurissement.
- Cependant, ajouta Flitwick en regardant Dumbledore avec insatisfaction, notre directeur refuse d'inclure cette personne avec les autres et insiste pour qu'on la laisse tranquille.
- Mais...de qui s'agit-il ?, ne put se retenir de questionner McGonagall.
- D'Emy McLane !, annonça aussitôt triomphalement Flitwick.
Rogue et McGonagall s'immobilisèrent un instant, puis tournèrent leur regard tantôt sur Flitwick, tantôt sur Dumbledore pour être sûrs d'avoir bien entendu. Apprendre que Emy puisse faire partie de ce groupe si âprement recherché et qui démontrait régulièrement une étendue de pouvoirs aussi impressionnants qu'inquiétants les laissa aussi cois que le jour où ils avaient su que Belby était un Inopportun. Mais le regard pétillant de leur directeur ne laissa aucun doute sur une partie de leurs interrogations. Néanmoins...
- McLane ? Emy McLane ?, répéta McGonagall qui avait beaucoup de mal à concevoir que cette jeune fille qui, même si elle était fort agréable et motivée, puisse correspondre de près comme de loin à l'image qu'elle s'était toujours faite sur leurs « invités ». Vous en êtes sûr, Albus ?
- Il est effectivement certain que miss McLane possède un pouvoir féérique et non-pas de sorcellerie, confirma Dumbledore avec assurance.
- Dans ce cas, poursuivit McGonagall qui, contrairement à son homologue en Enchantements, conçut assez facilement qu'une telle attitude soit possible -si tant est qu'il y est une explication-, pour quelles raisons partez-vous du principe que...?
Dumbledore lui sourit.
- Grâce au simple fait que cette personne n'a rien à voir avec les autres. Assurément.
Cette certitude tint aussitôt lieu de réponse incontestable pour McGonagall et Rogue qui faisaient, malgré tout, confiance en leur directeur. Mais pour Flitwick, qui ne supportait pas de surcroit, de ne pas connaître ces fameuses raisons qui faisaient que, c'était une autre paire de manches.
- Pour l'amour du ciel, Dumbledore !, s'énerva-t-il à nouveau. Vous...
- Filius, prit sur lui le sorcier de se montrer le plus tolérant possible. Contre toute attente, sachez que miss McLane n'arrive pas d'un royaume qui demeure inconnu pour la majorité d'entre nous – y compris pour elle. Il s'agit simplement d'une jeune fille qui a hérité du pouvoir d'un aïeul sans même que ses proches ne sachent qui étaient réellement leurs ancêtres. Tant de temps s'est d'ailleurs écoulé depuis que son dernier représentant magique a disparu, que sa famille est considérée comme étant moldue.
- Un Chanceux ?, lança simplement Rogue.
- Exact, Séverus, apprécia son directeur.
- Comment savez-vous tout ça ?, s'étonna McGonagall. Vous connaissez l'arbre généalogique de tous vos élèves par cœur, Albus ?
- Non Minerva. Là, vous me surestimez, sourit Dumbledore. Disons que pour diverses raisons -mais malheureusement pas celles que Filius vient de vous révéler- je me suis intéressé au passé de cette famille. Je reste persuadé que beaucoup de choses ne sont pas dues au hasard ou à la seule chance. Ainsi, pour connaître et comprendre quelqu'un –ou quelque chose– il est bien souvent nécessaire de s'intéresser également à son environnement.
- Que voulez-vous dire ?, demanda McGonagall, incertaine.
- Que –et cela devrait soulager un minimum notre ami, dit-il en regardant avec bienveillance Flitwick– j'ai bien des doutes sur certains de nos élèves, mais qu'elle n'en fait pas partie. Séverus, se tourna-t-il brusquement vers le Maître des Potions en adoptant un ton plus sérieux, pourrais-je vous demander de vous montrer particulièrement vigilent sur vos classes de cinquième et septième année, s'il vous plaît ?
- Bien sûr, répondit simplement le sorcier, alors que ses collègues montrèrent aussitôt un intérêt que Dumbledore préféra désamorcer immédiatement.
- Je crains que certaines « animosités » entre des élèves ne provoquent des ennuis dont nous nous passerions volontiers en ce moment...En espérant que rien ne ce soit encore produit...
En attendant, le mardi qui suivit fut semblable à beaucoup d'autres journées : les mêmes cours qui s'enchaînèrent, les mêmes remarques professorales plus ou moins agréables, les mêmes accrochages devenus tradition entre certaines maisons, les mêmes idées toujours un peu plus farfelues (pour ne pas dire angoissantes) d'Hagrid qui faisait de plus en plus regretter aux élèves de cinquième année d'avoir choisi de suivre ses cours en option, et ces mêmes séances de travail à la bibliothèque où chacun se rendait avec sa propre motivation.
À côté de cela, depuis leur rapide entretien de la veille, Hermione tâchait de conserver un œil distant mais discret sur Lynch, dont le comportement lui paraissait désormais tellement paradoxal qu'il lui en posait des problèmes de réflexions !
...et si cela n'avait pas été suffisant pour la troubler, il avait fallu qu'elle se rende compte rapidement qu'elle n'était pas la seule à s'intéresser à ce qu'il se passait vers la table mixte « Gryffondor/Serpentard ». Assis à côté d'elle et face à Harry, Roger n'avait eu de cesse d'observer lui aussi leurs agissements.
Hermione soupira. Que n'aurait-elle donné pour se transformer sur l'instant en mouche -bien que quitte à pouvoir devenir un animagus, elle en aurait choisi un autre- pour savoir ce que ces deux-là pouvaient bien se raconter.
...car à l'évidence, depuis un moment déjà, ils en échangeaient des choses. Et l'écriture ne se joignant pas à la parole, Hermione en déduisit que leur projet ne devait pas être au centre de leur discussion.
Donc, pour le moment frustrée, elle songea finalement qu'elle pourrait toujours demander à Emy comment s'était passée sa séance. Que lui répondrait-elle alors ?
Hé bien, affichant tout d'abord un air surpris, que lorsqu'elle était arrivée à la bibliothèque, où Lynch l'y attendait comme à son habitude (c'était d'ailleurs à se demander combien de temps en avance il arrivait) en train de lire un livre –ce même livre qu'il devait lire pour la centième fois– Emy ne s'était pas sentie d'humeur particulièrement bavarde.
Elle s'était installée à sa table le plus normalement possible, mais contrairement aux fois précédentes où elle avait montré un visage avenant, cette fois-ci elle présenta une mine à mi-chemin entre la désappointée et la contrariée. Et là, incroyablement, alors qu'il n'était pas du genre à faire cas de qui que ce soit :
- Qu'est-ce qu'il t'arrive ?, s'étonna Ewan en la voyant arriver avec ce drôle d'air.
Incrédule, avant de répondre –connaissant la bête– Emy vérifia d'abord si Ewan ne lui avait pas demandé ça avec un grand sourire qui aurait laissé présager une moquerie à suivre. Mais...non. Son livre posé machinalement sur la table, le serpentard la regardait avec les sourcils froncés.
- Bof, soupira alors Emy en sortant ses affaires. Me suis encore ramassée en Métamorphose. Du coup, j'ai écopé de devoirs supplémentaires pour demain. La nuit va être longue...et une fois de plus improductive.
Sur quoi, de bonne volonté, elle s'assit et s'apprêta à reprendre là où ils en étaient restés sur leur dossier. Mais Ewan n'avait pas bougé et la regardait en faisant la moue.
- Quoi ?
- Rien, balaya-t-il habilement. Je me demandais juste s'il n'y avait qu'en métamorphoses que tu étais aussi peu efficace.
Et voilà ! La remarque bien placée qui fait plaisir ! Emy, d'une humeur déjà peu chatouilleuse, le fusilla du regard.
- Si c'est pour me dire des choses pareilles..., s'énerva-t-elle.
- Mais nooon ! Ne te vexe pas, allons, tenta de se rattraper Ewan. Je me suis mal exprimé, excuse-moi. C'est juste qu'il me semble que tu fais une fixation non-justifiée sur cette matière. Tu es en cinquième année, non ? Tu dois donc avoir un minimum de capacités pour en être arrivée là. Tu ferais donc mieux de regarder là où tu t'en sors bien plutôt que de toujours t'apitoyer sur ce qui ne va pas.
Emy le regarda la bouche entre-ouverte : on aurait dit Hermione et ses bons conseils ! Cela dit...
- Hum...Je ne peux tout de même pas passer mon temps à me réconforter avec les Enchantements, bougonna-t-elle. Les cours de Flitwick ont beau être intéressants, je n'ai pas l'intention d'embrasser une carrière de profess...
- Je t'ai déjà dit d'éviter cet...homme, lui conseilla soudain Ewan – non, lui ordonna-t-il de son ton sec et froid qui rappela désagréablement à Emy l'incident du sac dans la Grande Salle.
Et là subitement, une fois encore, l'ambiance bascula d'une extrême à l'autre. Et une fois encore, il s'agissait de Flitwick.
La fois précédente, aux vues de la réaction d'Ewan, Emy avait simplement pensé qu'il avait agi de la sorte pour terminer la plaisanterie en montrant qui des deux décidait. Mais maintenant, elle avait un sérieux doute. Y avait-il un passif entre cet élève de septième année de Serpentard et le directeur de Serdaigle ? Pourtant, à sa connaissance, dans tous les méfaits qu'on prêtait à Ewan, ne figurait pas la moindre altercation avec le professeur d'Enchantements. Alors quoi ? S'agissait-il encore d'autre chose ? Emy n'en savait rien. Mais puisque l'heure semblait être aux bavardages extra-dossier...
- Pourquoi Ewan ?, lui demanda-t-elle en fronçant les sourcils. Pourquoi tu me dis ça et pourquoi tu réagis encore une fois ainsi quand on parle du professeur Flitwick ?
Elle voulait savoir. Vraiment. Il ne pouvait pas ne pas avoir de raison de se comporter de la sorte et elle espérait que son regard sincère lui permettrait de... Malheureusement, malgré d'espérer n'importe quelle réponse qui aurait été la bienvenue, Emy remarqua soudain que Ewan ne la regardait plus.
L'air grave, il fixait quelque chose par-dessus son épaule. Intriguée, elle se tourna alors brièvement sur sa chaise et put ainsi découvrir que ce que Ewan regardait sans ciller : Adel.
Les deux, pour une raison obscure, se mesurèrent du regard durant un long et silencieux moment en donnant cette désagréable impression à ceux qui avaient suivi la scène, qu'ils étaient à nouveau à deux doigt de partir en duel.
Emy avait l'impression que sa tête allait exploser. Mais qu'est-ce qu'il se passait encore ?
...et apparemment, à la mine que tirèrent les autres élèves, elle n'était pas la seule à se le demander.
Fort heureusement, aucun des deux ne sauta sur l'autre. Et dans le soulagement général, ils finirent par lâcher prise en même temps.
Cet inattendu et tendu moment passé -celui-ci ayant fait oublier à Emy qu'elle était en attente d'une réponse-, contre toute attente, Ewan soupira et poussa doucement de sa main toutes les affaires qui se trouvaient devant lui avant de reporter son attention sur sa voisine.
- Parle-moi un peu de toi Emy, demanda-t-il soudain à la jeune fille qui mit quelques secondes avant d'intégrer la question.
Ewan Lynch voulait qu'elle lui parle d'elle ? Qu'est-ce qu'il lui prenait encore ? Il cherchait une nouvelle manière de se moquer ou quoi ? Elle le dévisagea un instant, puis...Décidément, non. Elle était injuste.
- Hé bien, dit-elle finalement en se grattant la tête, tu sais, il n'y a pas grand chose à dire. Je suis fille unique et comme tu dois le savoir, mes parents sont des moldus...
- Aucun autre sorcier avant toi, dans ta famille ?, la coupa-t-il poliment.
- Euh..., réfléchit Emy. Non, pas à ma connaissance – ni à celle de mes parents. Si tu avais vu leur tête quand j'ai reçu la lettre comme quoi j'avais la possibilité de venir étudier ici, pouffa-t-elle.
- Oui, je devine, dit simplement Ewan en esquissant un petit sourire. Ça doit faire un drôle d'effet.
- Ça, tu peux le dire !
- Du coup, tu es venue ici, observa-t-il.
- Oh que oui !, s'enthousiasma Emy.
- Pourquoi ?
- « Pourquoi » ?, répéta la jeune fille, surprise de la question. Parce que je trouve ça tout simplement merveilleux de pouvoir pratiquer la magie ! Et puis aussi, parce que...Oh !, promets-moi de ne pas te moquer !
- Promis !, joua le jeu le garçon en levant sa main droite.
- Avant même de savoir que je pourrais un jour intégrer Poudlard, je passais auprès des autres pour une douce folle parce que j'ai toujours été fascinée par ces mondes que beaucoup disent imaginaires, n'existant que dans les contes pour enfants, rougit un peu Emy. Moi, j'ai toujours cru aux fées, aux elfes, à toutes ces créatures...Alors, quand j'ai appris que tout ça était vrai -vraiment vrai-, ça m'a apporté un bonheur indescriptible, tu comprends ?, demanda-t-elle timidement.
- Parfaitement, lui répondit Ewan sincèrement. Crois-moi, je comprends que tu puisses aimer ce monde-là. Et ce château, tu l'aimes aussi ?
- « Ce château » ?, s'émerveilla Emy. Mais c'est l'endroit le plus extraordinaire qui soit ! C'est l'endroit où je me sens vraiment chez moi. J'aime mes parents et sais parfaitement où se trouve ma vraie maison, bien sûr. Mais, comment l'expliquer ?...c'est le lieu où j'apprends, où je pourrai dire un jour que j'ai tout découvert, où j'ai fait les plus belles rencontres et où les enseignants (à commencer par notre directeur) ont une façon de voir les choses si différente, si...magique. Enfin, qui me correspond, quoi, soupira-t-elle. J'aime cet endroit, c'est tout.
Ewan sourit et la regarda, ses yeux brillants soudain étrangement. Au même moment, Emy éprouva une drôle de sensation – un vertige qui lui fit tourner la tête. Mais cela ne dura que quelques secondes. Quant à Ewan, il ne sembla rien avoir remarqué.
- Bien !, fit-il d'ailleurs avec bonne humeur, l'air satisfait. Je crois qu'on devrait s'y mettre, maintenant.
Il tendit alors une main vers l'un des livres qu'il avait poussé peu avant, mais à cet instant, Emy réagit à autre chose.
- Attends Ewan !, l'interrompit-elle en prenant son courage à deux mains.
Le garçon stoppa son mouvement et la regarda, interdit.
- Tu...tu ne m'as toujours pas répondu...
- À quoi ?, feignit-il de ne pas comprendre.
- À...pourquoi tu réagis ainsi quand on parle du professeur Flitwick, dit Emy d'une petite voix, espérant ne pas refaire basculer l'atmosphère.
Heureusement, Ewan se contenta de soupirer.
- J'ai mes raisons pour cela. Fais-moi confiance, s'il te plaît...
- « F...Fais moi confiance » ?, s'étrangla Ron. Non mais, il se prend pour qui ce type ? Comme si on pouvait faire confiance à un gars pareil. Humpf ! Franchement, entre lui et Flitwick, niveau « confiance » justement, y'a pas photo !
Mais Harry et Hermione avaient prêté tout particulièrement attention à ce que Emy venait de leur raconter concernant cette très inhabituelle séance et en fin de compte, ils ne partageaient pas forcément entièrement l'avis de Ron.
Hermione détourna donc son attention vers le garçon en pleine démonstration de virulence, puis leva les yeux au plafond.
- Ron, dit-elle posément. Pour ce qui est de savoir en qui Emy doit ou peut avoir confiance, je la pense bien assez grande pour choisir par elle-même.
- Bien que je sois persuadé qu'elle aura grandement apprécié ton avis sur le sujet, rajouta Harry avec un rictus éloquent.
La concernée, elle, évita volontairement les trois paires d'yeux qui s'étaient à présent tournés vers elle, pour se perdre plutôt dans la danse des flammes de la cheminée.
Quelques minutes plus tard, sans trop se soucier de la réaction des autres, elle reprit son récit, révélant un peu du fond de sa pensée.
- Une personne comme lui, avec les capacités qu'on lui prête et qui sont certainement réelles...Il est bon dans toutes les matières, aucun professeur de s'en est jamais plaint. Alors quoi ? Qu'est-ce qui se passe entre eux ?
- Surtout qu'à sa manière de parler, fit observer Harry, ce ne sont pas les cours d'Enchantements qu'il voudrait que tu évites, c'est carrément Flitwick...
Hermione adopta sa pose réfléchie, Ron se gratta la tête sans ne plus savoir quoi redire et Harry attendait une réaction d'Emy.
- Tu crois qu'il le connait en dehors de Poudlard ?, lança-t-elle enfin.
- J'en sais rien, avoua Harry. On ne sait pas grand chose des deux après tout. Tu ne lui as pas demandé ?
- Si...Mais il n'a rien voulu me dire. Alors on a repris le travail.
- Comme ça ?, s'étonna Ron. Il te lance des perches pas possibles, tu les attrapes et quand tu les remontes, il y met du savon glissant et toi, tu acceptes d'en rester là, comme ça ?
- Qu'est-ce que tu aurais voulu qu'elle fasse ?, s'impatienta Hermione. Qu'elle le harcèle ?...comme si ça aurait pu servir à quelque chose, souffla-t-elle.
Emy les coupa alors.
- À vrai dire, le ton de notre conversation a été si différent des autres fois que lorsque j'ai compris qu'il était inutile d'insister, je lui ai simplement dit que...
- « Que » ?
Elle sourit pour elle-même...
- J'espère qu'un jour, toi aussi, tu me parleras un peu de ta famille et de ta vie, lui dit-elle gentiment.
Mais plutôt que de l'attendrir, Emy vit soudain le visage d'Ewan se fermer, grave...blessé.
Enfance malheureuse ? Pas toujours le brillant élève qu'il était devenu ?
Tant de possibilités qu'elle ne se permettrait plus, à l'avenir, d'envisager en sa présence pour ne plus voir cet air triste.
Face à cela, Harry, Hermione et Ron ne purent qu'être un peu plus perplexes.
- Mouais..., ne sut que trop dire Harry. L'est vraiment singulier ce Lynch.
- Il a peut-être une double personnalité ?, proposa sans trop y croire Hermione.
- Ah ah ah !, ne put se retenir Ron. Une double personnalité, on aura tout entendu.
- Moi, j'essaie de trouver des solutions, Môssieur « je passe mon temps à râler ou à me moquer », se vexa Hermione en se braquant face à Ron.
- Oh la ! Te fâche pas !, dit-il en conservant son sourire. Je voulais juste dire que ça me semblait peu probable et qu'au contraire, ce type savait très bien ce qu'il faisait, c'est tout.
- Hé bien, la prochaine fois, exprime-toi directement comme ça, en évitant aussi ce genre de petit sourire, s'il te plaît !
- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il a mon sourire ? Il n'est pas beau ? Il ne te plaît pas ?
Et une fois de plus, en guise de parenthèse à leurs questionnements, Harry et Emy profitèrent du spectacle.
- Y'a rien à faire, confia dans un murmure l'un à l'autre. Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse et où qu'on aille, c'est toujours la même chose entre ces deux-là.
- Je ne te le fais pas dire.
Il est vrai que Ron et Hermione avaient un don pour se chamailler. Et quand Ron était en forme, ça démarrait d'autant plus vite – et plus fort. À ce sujet...
- Dis donc, Ron : que la bonne humeur actuelle de Flint te donne des ailes est une chose. Mais que tu voles du coup, dans les plumes de cette pauvre Hermione en est une autre, plaisanta Harry en lui lançant un clin d'œil.
- Surtout que si ça se trouve, cet état léthargique n'est que provisoire et tu auras bientôt à faire face à un Flint revigoré, en rajouta Emy – qui tenta de ne pas pouffer de rire devant la mine soudainement déconfite de Ron.
- Hé bien ! Merci pour l'optimisme ! Ça fait plaisir !
Les jours passèrent et malgré les « encouragements » d'Emy, Ron ne put que constater avec joie que sa situation était loin d'être provisoire. Durant les séances qui suivirent, Flint se montra aussi discret qu'il en avait donné l'habitude. Et ce ne fut pas tout : il se rapportait à qui voulait l'entendre que le septième année de Serpentard s'était plusieurs fois fait reprendre vertement par ses collègues de Quiddich, tant il manquait de concentration et d'efficacité. De manière plus concrète, un soir où Ron arrivait à la bibliothèque, il surprit une fin de conversation entre Flint et Montague - Montague qui le suppliait alors de lui dire ce qui ne tournait pas rond en ce moment. Mais Flint s'était muré dans un silence renfrogné et son camarade était parti, contrarié.
- Je ne vais pas aller jusqu'à dire qu'il est devenu agréable, mais comme j'ai l'impression qu'il n'est carrément pas là, moi, je n'en demande pas plus !, confia Ron à Harry, à la fin de leur séance.
De leur côté, les collaborations entre Hermione et Adel, et Harry et Roger continuaient à se passer pour le mieux. Les deux gryffondors étaient certes un peu déçus de ne jamais avoir pu trouver la moindre occasion pour interroger les deux serdaigles, mais d'un autre côté, le calme retrouvé n'était pas fait pour les déranger.
Et quand on parlait de « calme », il fallait bien sûr y voir ce qu'il se passait entre les élèves des différentes maisons. Car concernant leurs devoirs, avec l'approche des BUSE, il aurait été plus juste de parler d'agitation grandissante. Harry et Ron en avaient même renoncé à essayer de découvrir l'identité des trois points qui continuaient à apparaître régulièrement sur la carte du maraudeur – ce qui n'était pas fait pour déplaire à Emy.
Entre le sentiment de culpabilité qu'elle éprouvait à n'avoir rien dit à ce sujet et cette faculté étrange d'être là sans y être qui la dépassait, elle préféra ne plus en entendre parler et se fondre dans la masse, faisant comme les autres : préparer au mieux ses examens.
- Et à mon avis, conclut un soir Hermione -qui passait des Runes Anciennes à l'Étude des Moldus- quant à leur liste de devoirs qui s'allongeait un peu plus tous les jours, ce ne doit pas être mieux pour les septièmes année. Vous auriez vu les cernes qu'avait Adel aujourd'hui ! Il m'a dit que ses nuits avaient tendance à se raccourcir dangereusement et que ce n'était pas évident de tout concilier à la fois.
- Oh comme je le comprends !, se plaignit Ron qui n'en était qu'à la première des quatre dissertations qu'il avait encore à rédiger.
- Hum, il semblerait que ce soit pour tout le monde pareil, glissa Emy. Ewan a des changements d'humeur assez prononcés d'un jour sur l'autre en ce moment. Je pense que la dose de devoirs qu'ils ont pour les ASPIC est nettement plus corsée que la nôtre.
- Mouais, sous-entendit aussitôt Ron. Mais je ne sais pas si prendre Lynch comme exemple de constance d'humeur est une bonne idée...
Et avant que Harry ou Hermione n'ait eu le temps d'intervenir :
- Je sais bien que tu ne m'écouteras pas, mais tu te trompes, Ron, rétorqua posément Emy.
Et d'ajouter avec un petit sourire.
- Notre relation s'est grandement améliorée depuis quelques temps.
- Et ce changement ne semble pas te déranger, insinua le garçon, un tantinet goguenard.
- Et pourquoi ça la dérangerait ?, répliqua vivement Hermione. Où serait le mal qu'ils finissent par bien s'entendre ?
- Heu...Hermione, tu te souviens de qui on parle, là ?, demanda Ron en faisant une tête inquiète.
- Je m'en souviens parfaitement, rassure-toi, répondit-elle avec assurance. Mais dois-je à mon tour te rappeler qu'au-delà de faire un simple dossier constituant une nouvelle matière pour nos BUSE et ASPIC, il s'agit aussi plus officieusement de permettre le rapprochement entre les élèves des différentes maisons – même les plus improbables ? Et là, on a la preuve que c'est une chose réalisable. Je trouve ça formidable, moi !
Emy en rougit discrètement, mais quant à Ron,
- Ah ouais ? Va donc dire ça à ceux qui se sont encapés les Malefoy et autres Crabe ou Goyle ! J'suis sûr qu'ils apprécieront la remarque.
- Tu es irrécupérable !
Mais Ron avait beau avoir raison sur certains points, ces changements joyeusement relevés par Hermione étaient bien visibles de tous et loin de déplaire aux élèves.
...même si un peu moins pour Malefoy qui s'ennuyait à mourir d'être tombé sur une Poufsouffle qui ne comprenait tellement rien à ses réflexions désobligeantes que ça finissait par le déprimer ; pour Parkinson qui s'était considérablement assagie avec Fred, qui lui en avait fait tant voir qu'en l'absence de ses petits camarades, elle se montrait extraordinairement docile et pour une Bullstrode qui rageait intérieurement, se refusant à accepter de voir le rapprochement qui s'opérait jour après jour entre Ewan et Emy – bien qu'elle ne fut plus en mesure d'intervenir comme elle avait pu le faire auparavant.
Passé un week-end où les élèves de cinquième et septième année avaient dû renoncer à sortir profiter des rares jours de beau temps qui s'offraient à eux pour travailler, le lundi matin, en allant prendre son petit déjeuner, Emy fut interpellée par Ewan qui lui, sortait de la Grande Salle.
- Ah, McLane ! Tu tombes bien, dit-il d'un ton neutre en ignorant une fois encore royalement Hermione, Harry et Ron.
- Ah...?
Mais Ewan ne lui laissa même pas le temps de dire « bonjour ».
- Je viens de voir le professeur Rogue qui m'a informé que dans le cadre de notre projet, une sortie dans la forêt afin d'observer « in vivo » les créatures qui la peuplent aurait bientôt lieu.
- Ah bon ?, grimaça Emy.
- Il ne m'a pas encore communiqué la date, mais ça devrait être pour très bientôt. C'est tout.
Là-dessus, sans prendre le temps de voir si Emy avait ou non des questions à lui poser, le garçon s'éloigna, suivi par quelques élèves de sa maison.
- Euh...bonne journée, lui lança soudain Emy par réflexe.
De dos et sans ralentir, Ewan lui fit un geste de la main avant de la rabaisser au moment où il croisa Adel et Roger qui se dirigeaient à leur tour vers la Grande Salle.
- Aïe aïe aïe !, fit Harry en se plaquant une main sur le front.
- Hou la la !, l'imita Ron.
- Allons ! Ils ne vont pas se sauter à la gorge quand même, dit Hermione d'un ton peu convaincant.
- Tu crois ?, geignit Emy.
Mais dans la mesure où seul un bref regard éloquent fut échangé entre les trois septième année, la tension redescendit aussitôt dans les rangs des gryffondors.
- Bon aller, au p'tit-déj' maintenant !, dit Harry, faisant bouger le petit groupe.
Une fois installés, les quatre opérèrent machinalement les gestes de préparation de leur thé, chocolat ou beurrage de toasts, tout en repensant à la prochaine tâche qui attendait Emy. Il y avait des jours comme ça, où la jeune fille regrettait de s'être levée. Car elle devait bien avouer qu'une sortie dans la Forêt Interdite n'était pas faite pour la combler de bonheur. Avec toutes les recommandations inquiétantes énoncées immanquablement au début de chaque année par leur directeur sur les dangers qu'il y avait à s'aventurer dans un endroit pareil, elle ne pouvait logiquement pas être des plus sereines.
- Bah !, tenta de la rassurer Harry. Vous y irez à coup sûr avec Hagrid et il connait la forêt par cœur, alors y'a pas de quoi s'inquiéter !
- Sauf s'il lui prend l'envie de nous présenter de nouvelles créatures encore plus dangereuses que celles auxquelles on a déjà eu droit, répondit Emy, pessimiste.
- Je suis certaine qu'il aura reçu des recommandations de Rogue et McGonagall...et peut-être même de Dumbledore, ajouta Hermione d'un ton posé. Non, franchement, ne t'en fais pas Emy. Vis plutôt au contraire cette future expérience comme quelque chose de très enrichissant. Comme quelque chose que beaucoup d'autres élèves n'auront probablement jamais la chance de vivre.
Mais pour ça, Emy fronça le nez de manière très expressive : pas sûr que beaucoup d'élèves aient envie d'aller se promener dans un coin aussi dangereux durant plusieurs heures.
Visiblement toujours pas rassurée, Harry et Hermione cherchèrent alors quelques paroles réconfortantes en provenance de Ron. Mais...
- Qu'est-ce qu'il peut m'énerver ce type à toujours nous toiser comme ça !, s'énerva-t-il plutôt en mordant avec sauvagerie dans son toast. Non mais franchement !...?...Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit, encore ?, demanda-t-il un brin sur la défensive, en voyant la tête stupéfaite que tiraient les trois autres. Ben, c'est vrai quoi..., marmonna-t-il avant de laisser tomber.
La journée de cours se passa sans incidents notables, puis arriva la soirée.
Pour la première fois depuis le début de l'année, lorsque les quatre gryffondors se présentèrent à la bibliothèque, de leurs partenaires attitrés, il n'y avait que Flint - aucune trace de Lynch, Roger ou Adel.
Toujours près de la porte d'entrée, Harry, Hermione et Emy se regardèrent légèrement inquiets.
- Vous ne croyez pas que...?, murmura Emy sans souhaiter terminer sa question.
- Nooon !, essaya alors de la convaincre Harry (autant que lui-même). Ne te fis pas à leur entrevue de ce matin, ça ne veut absolument rien dire.
- Oui, mais...Il y a eu tout le reste de la journée ensuite. On ne sait pas ce qu'il aurait pu se passer.
- Mais non !, soupira Ron. Ne vous inquiétez pas. Adel et Roger doivent simplement avoir un empêchement et seront un peu en retard, dit-il en se tournant vers Harry et Hermione. Quant à Lynch, hé bien, il t'aura juste posé un lapin, annonça-t-il ensuite à Emy avec un grand sourire. Fallait bien que ça t'arrive un jour.
- Ron, t'es lourd !, le reprit Harry.
- En plus de ça, poursuivit Emy, il serait bon qu'un jour tu sois capable de revoir ton jugement sur les autres, Ron. Ça serait une belle preuve de maturité.
Ron fit la moue puis observa Flint dans son coin, l'air toujours aussi revêche.
- Mouais, après tout, sourit-il, c'est vrai que tout semble possible. Allez, à plus !
Et il partit en direction du serpentard tandis que les trois autres allèrent s'installer aux tables où ils avaient l'habitude de travailler (quand elles étaient libres).
- Quel gamin quand même, soupira Hermione en observant Ron déballer ses affaires à côté de Flint.
- Ça fait parti de son charme, plaisanta Harry.
- Tu parles d'un charme !
Un quart d'heure plus tard, la porte de la bibliothèque s'ouvrit dans un grincement, laissant entrer les deux serdaigles et le serpentard manquants sous le regard incrédule des trois gryffondors qui ne purent s'empêcher de se mettre frénétiquement à cogiter, chacun de son côté, sur les raisons qui faisaient que ces trois-là arrivaient précisément en même temps.
Une fois assis, après avoir salué leurs collègues et s'être excusés pour leur retard, Adel et Roger se montrèrent aussi avenants qu'à l'ordinaire. Mais concernant Ewan, à peine se fut-il installé et eut salué Emy, qu'à la tête qu'il tirait, celle-ci comprit que cette séance serait moins plaisante que les précédentes.
Ewan sortit sans mot dire ses affaires en prenant à l'évidence sur lui pour ne pas les balancer sur la table. Les « bonnes habitudes » reprenaient-elles ? Emy ne dit cependant rien et se contenta de travailler discrètement en tâchant de ne pas déranger son irritable voisin du jour.
Tous deux eurent du mal à se concentrer ce soir-là. Ewan, parce qu'il était trop énervé, et Emy, parce qu'elle ne pouvait se cacher d'avoir peur de perdre le garçon qui s'était si peu dévoilé.
Tout allait-il redevenir comme avant ? Ça la perturbait. Mais qu'avait-elle donc bien pu espérer ?
La bibliothèque commençait maintenant à doucement se vider. Ron et Flint, puis Harry et Roger étaient déjà partis. Hermione et Adel terminaient leur soixantième sous-dossier et Ewan et Emy voyaient enfin arriver la fin du travail qu'ils s'étaient fixés ce jour-là.
Ce que ni l'un ni l'autre n'avait vu arriver par contre, c'est Bullstrode qui, en ayant terminé de son côté, décida de passer à la phase supérieure en montrant à Emy qu'elle était bien toujours là !
Ainsi, à la surprise du serpentard et de la gryffondor, Bullstrode vint sans gêne prendre place à côté d'Ewan, sans accorder le moindre regard à la fille assise en face de lui.
Elle commença par tourner sa chaise vers lui et le regarda des étoiles plein les yeux. De son côté, Ewan lui adressa un bref regard incrédule et peu flatteur. Mais Bullstrode, sur son petit nuage, ne comprit rien. Emy, elle, n'avait pas l'intention de se mêler de quoi que ce soit. Non-seulement ça ne la regardait pas, mais en plus, au souvenir de son sac collé, elle n'avait pas envie de voir de quoi Ewan pouvait être capable en terme de représailles quand il était de mauvaise humeur. Elle resta donc la tête penchée sur son parchemin, en se languissant que cette séance se termine.
- Alors Ewan, minauda Millicent, tu as bientôt terminé ?
- Hum..., grogna-t-il. J'n'en ai plus pour longtemps.
- Parfait alors ! Si tu veux, je t'attends. Comme ça, on ira à la salle commune ensemble.
Là, Emy put distinctement entendre Ewan souffler sans que Bullstrode ne réagisse. Elle était sourde ou bête ?...les deux peut-être.
- Tu fais un peu comme tu veux, lâcha-t-il énervé en cherchant un nouveau manuel.
- Bon, alors, je reste !, s'enthousiasma Bullstrode – convaincue de faire grand plaisir à son camarade de maison en décidant cela.
Mais Ewan demeurait silencieux, le nez tourné sur ses parchemins, n'accordant aucun regard à celle qui, au bout d'un moment, commença enfin à comprendre que son chevalier était peu réceptif. Elle tenta alors de rengager la conversation, espérant s'attirer ses bonnes grâces.
- Hum...fais voir un peu de quoi parle ton dossier ?, dit-elle en attrapant la pochette qui contenait une partie de leur travail et qui se trouvait alors sous le parchemin sur lequel Emy était en train d'écrire.
- Hé ! Tu ne pourrais pas faire un peu attention ?, demanda alors cette dernière avec tout le calme dont elle était encore capable, après que l'acte l'ait faite bouger et écrire de travers.
Mais le ton sec employé ne passa pas inaperçu auprès des deux serpentards. Ainsi, Ewan leva la tête et afficha un petit sourire que Emy ne sut trop comment prendre - contrairement à Bullstrode qui, en voyant le garçon réagir de la sorte, interpréta cette réaction à sa manière et en profita pour enfoncer un peu plus le clou.
Finissant de tirer la pochette vers elle, elle n'y jeta finalement pas un seul regard, profitant plutôt de fixer Emy en pouffant un hypocrite :
- Oups ! Excuse-moi, je n'avais pas vu.
- Mouais, c'est ça, grommela Emy en essayant de réparer le désastre esthétique de son parchemin.
- Oh la la !, exagéra Millicent en regardant Emy avec des yeux ronds. Hé bien, ce ne doit pas être une partie de plaisir de travailler avec quelqu'un d'aussi agréable que toi ! Mon pauvre Ewan, dit-elle ensuite en se tournant roucoulante vers lui, tu ne veux vraiment pas qu'on y aille de suite ? Tu as déjà suffisamment travaillé – inutile de faire des heures supplémentaires.
Puis, regardant Emy avec mépris,
- Tout ça parce qu'on t'a imposé de travailler avec une personne comme...elle.
Là, ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Emy cessa aussitôt d'écrire et regarda Bullstrode scandalisée, tandis que Ewan finit par lâcher sa plume et souffler furieusement en tentant de se maîtriser avant de se tourner brusquement vers la serpentard pour lui lâcher un cinglant :
- Oui Millicent, comme tu es parvenue à le deviner, tout cela est déjà suffisamment pénible pour moi. Alors, s'il te plaît, n'en rajoute pas et laisse-moi terminer seul ce putain de travail avant que je ne vienne vous rejoindre à la salle commune ! Compris ?
Et là, maladroitement, il se tourna vers Emy qui eut alors droit au même regard noir qui venait de déstabiliser Bullstrode. Cette dernière s'imagina donc dans la seconde que la mauvaise humeur du septième année était bien dû à la fille qu'il avait pour partenaire, à cause de laquelle il prenait sur lui depuis le début de l'année pour la supporter, mais qui avait fini ce soir-là, pour une raison inconnue, par le faire exploser.
...et après ce regard, Emy en arriva malheureusement à la même déduction.
Elle en occulta le visage soudain réjoui de Bullstrode et eut l'impression de recevoir un coup de poignard dans le cœur. Livide et incapable de répondre quoi que ce soit, elle oublia la serpentard et regarda Ewan sans même ne plus savoir quoi penser – mais tout en ressentant une étrange impression, comme si tout à coup, elle tombait dans le vide.
Blessée, triste, trahie...
Ewan comprit aussitôt. Il comprit qu'il avait agi on ne peut plus de travers. Mais comment lui dire ? Comment leur dire ? C'était trop tard et pour l'instant, il n'avait d'autre choix que de camper sur ses positions.
- Bon, dans ce cas, je te laisse Ewan, chantonna Bullstrode en se levant. On se retrouve à la salle commune. Ne tarde pas, tu as vraiment besoin d'un bon remontant, dit-elle en dévisageant Emy qui, la tête basse, s'était remise à écrire, tel un automate.
La fille partie, Ewan observa Emy pour évaluer les dégâts tout en réfléchissant à ce qu'il serait le plus judicieux de faire. Mais lorsqu'il vit une première larme filer lentement le long de sa joue, une colère immense l'envahit et il fut à deux doigts de tout envoyer valser de la voir dans cette état à cause de cette...de cette...sale sorcière ! Mais il n'eut finalement pas à se donner la peine de faire le moindre geste. Tel un signal de départ, la goutte d'eau salée qui vint disperser l'encre fraichement écrite sur le parchemin fit se lever Emy qui rangea silencieusement –et sans lever une seule fois la tête– ses affaires et s'en alla.
La fin de soirée qui suivit fut relativement la même dans les salles communes de Gryffondor et Serpentard : morose.
Dès son arrivée auprès de ses amies, Bullstrode n'avait pu se retenir de raconter avec force de détails -et de façon très personnelle- ce qu'il venait de se produire à la bibliothèque. Mais lorsque Ewan fit à son tour son entrée dans la salle rectangulaire, son visage resta de marbre et son silence fit s'envoler dans la seconde la bonne humeur que la nouvelle avait mise. Le garçon ne dit rien et monta dans son dortoir, privant ainsi les autres de détails qu'ils auraient espéré encore plus croustillants.
À l'autre bout du château, tout en haut perchés dans leur tour, assis devant la cheminée dans leurs fauteuils attitrés, Harry et Ron écoutèrent de la voix d'Hermione ce qu'il venait de se passer. Emy n'avait toujours rien dit depuis qu'elle était arrivée. Elle s'était assise à côté d'eux et pas une fois elle avait semblé partagée ou penser l'inverse de ce que son amie raconta.
- Cet espèce de sale...
- Ron !, l'arrêta à temps Hermione. Pas de grossièreté, s'il te plaît ! En plus, ça ne sert à rien.
- Si ! Ça sert à se défouler ! Vous voyez, hein ? Vous voyez ? Qui c'est qui avait raison ? Ce sale enf...
- Ron !, cria Hermione. C'est bon, on a compris.
- Si je le tenais sous la main, je ne sais pas ce que j'en ferais..., maugréa Harry, le regard mauvais tourné vers la cheminée.
Hermione soupira.
- Tu n'en ferais rien du tout et ça serait plutôt lui qui t'en ferait baver !
- Pardon ?
- Tu veux qu'on s'amuse à comparer vos niveaux respectifs, dit-elle, sarcastique.
- Non mais Hermione, demanda Ron, incrédule, t'es dans le camp de qui, là ? T'as vu ce que tu viens de nous rapporter ? Et tu nous demande de rester calmes ?
- Je ne vous ai rien demandé de tel, dit-elle froidement. Simplement à toi, de rester poli et à Harry, de ne pas partir –comme il en a un peu trop souvent l'habitude– la tête baissée comme un bélier sans regarder d'abord à quoi il s'attaque. C'est tout !
Harry ne dit rien, mais sa moue parla pour lui.
- Excusez-moi, murmura tout à coup Emy en se relevant, le visage toujours blême. Si ça ne vous dérange pas, je vais monter me coucher...
- Non, non, vas-y, dit d'une voix douce Hermione en la regardant d'un air désolé. Va te reposer et tâche de bien dormir.
- Merci.
À peine Emy avait-elle disparu dans les escaliers que Hermione changea de ton et fusilla Ron.
- Franchement, tu aurais pu largement t'abstenir d'en mettre une couche supplémentaire ! Quel manque de tact !
- Hein ?, fit le garçon qui ne comprit d'abord pas d'où ça lui tombait. J'ai dit ce que je pensais et j'ai bien fait ! Vous êtes toujours en train de me reprendre en soutenant que Lynch ne serait peut-être pas tel qu'on le décrit, qu'une relation « amicale » avec Emy serait possible, et patati et patata et voilà le résultat : elle s'en est pris plein la tête pour pas un rond !
- Moi ce qui m'inquiète désormais, les coupa Harry d'un air songeur, c'est leur sortie dans la Forêt Interdite.
- Nooon !, rétorqua aussitôt Hermione à ce troublant sous-entendu. Et puis de toute façon, Hagrid sera là.
- Mouais..., murmura Harry.
Puis, après plusieurs minutes passées dans le plus grand silence.
- Bon, je crois qu'on n'a plus grand chose à faire ici. Demain, on a une grosse journée qui nous attend, alors, au lit !, dit Hermione.
- T'as raison, bâilla Ron. Bonne nuit et à demain.
Et lorsque Hermione ouvrit doucement la porte de son dortoir, Emy semblait déjà endormie.
Comme on dit : « la nuit porta conseil ».
Dès son réveil, Emy vit les choses tout à fait différemment de la veille et entendait bien, désormais, ne plus se laisser dévorer par des sentiments trop faibles. Quand elle s'éveilla, Hermione n'était plus dans le dortoir. Elle se dépêcha donc de se préparer et de descendre dans la salle commune où elle espérait bien la retrouver. Hermione l'y attendait effectivement, en compagnie de Ron et Harry. Tous trois ne purent cacher dans un premier temps une expression anxieuse en la voyant arriver, de peur qu'elle ne fut pas remise de sa soirée. Mais quand ils la virent arborer cet air décidé et nettement plus serein, ils en furent grandement soulagés.
...et peut-être doublement Harry, qui avait eu le temps de réaliser depuis son couché de la veille, que ce soir-là, une nouvelle séance pour Hermione et Emy était prévue à la bibliothèque sans que ni lui ni Ron n'y soient présents, pour cause d'entraînement de Quiddich. Alors, il y aurait bien Adel, solide gaillard qui ne montrait aucune crainte face à Lynch, mais bon...L'attitude d'Emy le rassura profondément.
Ainsi, durant toute la journée, et surtout aux heures de repas, Emy fit en sorte de ne jamais croiser le regard d'Ewan, ou même d'avoir à le croiser tout court. Il avait dévoilé sa véritable nature la veille et s'était bien amusé à le faire devant l'autre peste, tant mieux pour lui ! Emy ne se laisserait plus avoir et le traiterait dorénavant comme bon lui semblait...comme, à ses yeux, il le méritait.
C'est ainsi qu'après une journée à avoir enchaîner les enchantements (qui s'étaient très bien passés, contrairement à ce qu'une certaine personne avait essayé de lui faire croire), les créatures loufoques mais amusantes et les préparations de potions moyennement réussies qui lui permirent d'éviter un beau zéro de la part de Rogue, Emy se rendit avec Hermione -mais surtout, avec détermination- à la bibliothèque où les attendaient déjà Adel et Ewan.
Ils avaient beau ne pas être assis à la même table, quand les deux filles arrivèrent, elles les retrouvèrent l'un en face de l'autre en chiens de faïence.
Pas un battement de cils, pas un geste, rien. Ils restaient à se dévisager sans broncher, attendant sans doute de voir lequel des deux tiendrait le plus longtemps.
- Hum...quelle ambiance, dit doucement Emy en se penchant vers Hermione avant qu'elle n'ait atteint sa table.
- Oui..., ne put qu'admettre Hermione. Mais toi, demanda-t-elle pour la dernière fois, ça va aller ? Tu es sûre ?
- Et certaine, lui répondit Emy avec un clin d'œil rassurant. Je n'ai peut-être pas ses capacités mais s'il me cherche, il trouvera à qui parler.
Hermione sourit.
- Enfin, « à qui parler », au moins le temps qu'il ne cèle à tout jamais la bouche, observa Emy avec sarcasme, tout en se séparant de son amie pour aller rejoindre Ewan qui avait cessé de fixer Adel (sans qu'on ne sache finalement lequel des deux avait faibli en premier) et n'avait pas à portée de main l'ouvrage qu'il avait l'habitude de feuilleter quand Emy arrivait.
De son côté, Hermione s'assit face à Adel, qui la salua avec un grand sourire, en réalisant que placée comme elle l'était, elle ne pouvait pas voir Emy. Mais elle se consola en se disant qu'avec tout l'amour qu'Adel vouait à Lynch, s'il se passait quoi que ce soit, il valait peut-être mieux que ce soit le septième année de Serdaigle qui intervienne en premier plutôt qu'elle.
Entre temps, Emy avait sorti ses affaires après avoir salué froidement son partenaire –qui ne s'était pas attendu à beaucoup mieux– et s'était ensuite assise dans la plus grande indifférence, reprenant ce qu'elle avait entamé la veille sans avoir pu le finir.
Ewan patienta quelques minutes, attendant de voir si un fugace regard d'Emy lui permettrait d'engager une conversation à laquelle il avait pensé toute la journée (bien qu'il ne sache toujours pas comment exprimer ce qu'il avait à lui dire).
Mais le temps passa et Emy resta imperturbable malgré de se sentir régulièrement observée.
Ainsi, refusant d'en rester là, Ewan s'éclaircit nerveusement la gorge et...
- Heu...Écoute Emy, dit-il en marchant sur des œufs. Pour ce qui s'est passé hier soir, je...
- Stop Lynch !, l'arrêta la jeune fille en même temps qu'elle leva une main en le regardant avec fureur. Je n'ai pas besoin d'entendre quoi que ce soit à ce sujet.
C'était l'une des réactions que Ewan avait envisagé - bien qu'évidemment, elle ne fut pas sa préférée. Mais au moins, il n'en fut qu'à moitié surpris.
- Ne te donne pas la peine de me sortir quelque baratin que ce soit, j'ai compris, dit-elle sèchement. Je suis une pauvre Gryffondor –et en plus de parents moldus– qu'un sang pur de Serpentard doit se coltiner toute l'année pour un foutu dossier ! Non, comment t'as dis déjà ? Pour un « putain de dossier » dont finalement, tout le monde se serait bien passé. Alors, tu remballes tes excuses à deux balles –je n'en ai pas besoin– on se remet au travail en tâchant de rester le plus dignes possible et dès que ce sera terminé, je te promets -non, je te jure- que je te foutrai une paix royale et que tu pourras aller rire sur mon compte avec tes petits camarades. Ça te va comme deal ?
Ewan n'en revenait pas. Qu'est-ce qu'elle venait de lui dire ? Pour qui est-ce qu'elle le prenait ? Pour l'une de ces racailles qu'il était obligé de supporter sans mot dire depuis sa première année ? Pour quelqu'un qui éprouvait ou éprouverait une joie répugnante à se moquer d'elle ? D'elle ?
Le pire, c'est qu'il resta bouche bée –encore plus que Emy la veille– d'entendre ce procès d'intention face auquel il ne pouvait se défendre. C'était frustrant au possible, rageant, blessant. Il avait envie de hurler. Crispant la mâchoire, serrant les poings pour ne pas faire exploser tout ce qui était trop proche de lui sous le seul effet de sa colère, il se leva brusquement, laissant ses affaires sur place et partit d'un pas rageur de la bibliothèque devant le regard incrédule d'Emy, médusés de tous les élèves présents et outré de madame Pince qui ne tolérait pas un éternuement dans son sanctuaire.
- Oh la la !, soupira Hermione en se laissant aller contre le dossier de sa chaise après avoir suivi, comme beaucoup, la fin de la dispute. Je le sentais que ça allait dégénérer. Ça ne pouvait pas en rester là...
- De quoi tu parles ?, la questionna Adel en fronçant les sourcils.
Hermione re-soupira puis lui rapporta les évènements de la veille ainsi que l'humeur et les nouvelles motivations d'Emy.
- Hum..., réfléchit un instant le serdaigle. Avec un gars comme Lynch, se faire rembarrer de la sorte ne pouvait mener qu'à ça. Il n'est pas habitué à ce genre de traitement, tu comprends ?, dit-il avec un air espiègle.
- Tu le connais un peu ?, demanda spontanément Hermione, oubliant qu'elle avait toujours une enquête sur le feu.
- « Un peu », en effet, fit la moue Adel. Pour ce que je le côtoie, je peux t'affirmer que c'est une tête de lard. Quant à son caractère, je pense qu'il vous en a suffisamment montré pour que vous vous soyez fait une idée ?, sourit-il sans humour.
- Mais tous les deux...vous ne vous entendez pas spécialement, fit Hermione, d'un air navré.
- Disons que si chacun faisait ce qu'il avait à faire, beaucoup de conflits –et je ne parle pas que de mon cas, mais également de celui de tout être ici-bas– seraient évités. Mais comme il se trouve que bien souvent Lynch et moi ne partageons pas le même point de vue, il arrive que...Enfin, tu vois ce que je veux dire ?
- Oui, tout à fait !, affirma Hermione - qui reporta ensuite son attention sur la table où quelques secondes plutôt, un éclat de voix avait fait sursauter tout le monde. Excuse-moi Adel, mais je vais aller voir mon amie cinq minutes, si ça ne te dérange pas.
- Vas-y, vas-y, l'encouragea le garçon. Prends le temps qu'il te faudra, de toute façon, on a une vingtaine de chapitres d'avance, alors...
Emy n'avait pas bougé d'un pouce. Assise sur sa chaise, les yeux braqués vers la porte qui venait de se refermer avec fougue, elle sentait le regard des autres posés sur elle. Mais elle s'en moquait, elle avait l'impression que son cerveau se vidait peu à peu de son contenu – ce qui était en fin de compte relativement confortable tant repenser à ce qu'il venait de se produire était douloureux.
Et s'il avait été sur le point de lui expliquer quelque chose, n'importe quoi qui l'aurait faite s'assouplir un peu ? Elle ne supportait pas les gens qui jugeaient et encore moins ceux qui le faisaient sans avoir toutes les cartes en main. Et que venait-elle de faire ? Couper la parole à quelqu'un qui avait quelque chose à lui dire. Et s'il avait eu l'intention de s'excuser ?
Oh la la ! Mais dans quel délire elle partait encore ? Elle ne l'avait pas rêvée la séance de la veille ? Elle s'était bien foutue d'elle, Bullstrode ? Il en avait bien rajouté une couche, lui ? Elle ne l'avait pas inventé tout ça ?
Alors pourquoi maintenant, elle regrettait de ne pas lui avoir laissé le temps de terminer de parler et se sentait coupable alors que ce matin-même, elle avait décidé de le traiter comme il le méritait ?
Mais que méritait-il vraiment ?
- Emy ?, la sortit lentement de ses pensée une voix douce et lointaine qui se faisait de plus en plus proche. Emy ? Est-ce que ça va ?
Elle tourna lentement la tête vers Hermione. Ses grands yeux larmoyants la fixèrent avec un regard totalement perdu et désabusé.
- Non, ça ne va pas, évidemment, se reprocha aussitôt Hermione qui s'en voulut de remuer le couteau dans la plaie en posant des questions aussi stupides.
Là-dessus, elle tira une chaise et s'y assit.
- Dis-moi ce que je peux faire Emy. S'il te plaît, dis-moi. Tu veux qu'on remonte à la salle commune toutes les deux...ou qu'on aille faire un tour dans le parc ? Tu ne seras pas obligée de me parler, tu sais. Mais je ne peux pas te laisser ici, seule, dans un état pareil.
Et là, Hermione maudit le Quiddich qui lui avait enlevé l'espace des quelques minutes où ils auraient dû être là pour l'aider à réconforter leur amie, Harry et Ron.
Emy s'essuya les yeux, empêchant ainsi les premières larmes de couler. Elle renifla un coup, se força à sourire d'un sourire triste et,
- Non merci Hermione, mais ça ira.
- Non Emy, ça n'ira pas ! Tu veux que je te sorte un miroir pour confirmer ?
- Hermione, dit Emy à voix basse, s'il te plaît. Tu m'as demandé ce que tu pouvais faire pour moi ? Alors laisse-moi simplement ranger mes affaires et retourner dans la tour...seule.
- Mais Emy..., commença Hermione d'un ton où fleurait l'affolement.
- C'est ce dont j'ai besoin quand ça ne va pas : être seule, c'est tout. Me reposer et faire le point. Crois-moi.
Hermione avait-elle alors seulement le choix ?
- Retourne travailler avec Adel. De savoir qu'en plus de m'être donnée en spectacle, je vous empêche de travailler...
- Oh ! Ne t'inquiète pas pour ça, surtout ! Quand bien même nous aurions été en retard sur notre programme...
Chose tout à fait impensable venant d'Hermione.
- ...tu passerais bien avant mes devoirs !
- Merci, tu es gentille, sourit cette fois-ci plus sincèrement Emy. Maintenant, si tu veux me faire plaisir –et crois-moi, j'en ai besoin– retourne à ta place et continue de travailler. Fais-le pour moi, tu veux bien ?
- D'accord, soupira Hermione en se relevant. Donc, tu vas à la salle commune, c'est bien ça ?
- Oui.
- Je t'y retrouve au plus tôt.
Et à contre cœur, Hermione rejoignit Adel qui avait discrètement suivi leur conversation.
- Ne t'en fais pas, lui sembla-t-il utile de dire dès que sa partenaire fut revenue. Elle s'en remettra. Quant à lui, il sera quitte pour une double excuse...
- C'est surtout elle qui m'inquiète, pas l'autre.
Pendant ce temps, isolé dans une salle voisine de la bibliothèque, Ewan laissa exploser sa colère à se retrouver coincé dans une telle situation. Il s'en voulait, mais qu'est-ce qu'il pouvait s'en vouloir.
Soudain, la porte de la petite salle s'ouvrit et une personne entra, sachant déjà qui elle allait trouver de l'autre côté – et surtout, dans quel état.
- Mais pour qui il se prend ?, hurla Ewan au moment où l'autre eut l'idée d'émettre un sortilège d'assurdatio. Parce qu'il croit peut-être qu'il va pouvoir m'amadouer ou me faire changer d'avis avec de telles futilités ?
- Hum...les futilités en question semblent pourtant bien marcher sur toi, murmura doucement, mais suffisamment fort, l'autre.
Ewan se retourna et foudroya la personne du regard.
- Pour ce que tu crois !, rétorqua-t-il en marchant dans tous les sens, énervé au possible. Il pense peut-être qu'il a gagné une bataille, mais ça n'ira pas plus loin.
L'autre afficha une moue dubitative.
- Quoi ?, riposta Ewan.
- Rien...rien..., sifflota presque l'autre.
- Elle n'est rien pour moi, tu entends ? Rien du tout !
L'autre entendait bien, mais n'en était pas pour autant convaincue.
- De toute façon, je ne suis pas venu ici pour ça ! Nous avons enduré trop de souffrances et de sacrifices pour que...Très bien ! Il veut jouer sur l'affectif, il va être servi !
- Euh...c'est à dire ?, demanda prudemment l'autre. Tu comptes lui faire croire que...?
- Pour qui me prends-tu ? Je n'aime pas la mesquinerie.
- Je le sais bien. Mais c'est toi qui viens de dire à l'instant que...
- Ce que je voulais dire, expliqua Ewan, menaçant, c'est que contrairement à ce qu'il pense, ce genre de tranquillisant ne pourra pas m'empêcher d'aller là où j'en ai envie. Que même s'il pense m'avoir temporairement eu –et je vais même être bon joueur en reconnaissant que de ce côté-là, il m'a bien eu– le perdant au final, ça sera lui...et ce château, fierté des sorciers.
- Et...elle ?, insista l'autre.
- Je viens de te dire à l'instant que j'irai jusqu'au bout quoi qu'il arrive !, s'énerva à nouveau Ewan. Qu'est-ce qu'il te faut de plus ? Que je te redonne la marche à suivre ?
- Non, répondit calmement l'autre. Savoir si tu t'y es réellement attaché me suffirait, avoua-t-elle à demi-voix en sachant qu'elle allait trop loin en demandant de telles indiscrétions à quelqu'un comme Ewan.
- Ça, ça ne regarde que moi, il me semble, trancha en effet celui-ci.
Et devant le regard dubitatif de l'autre personne, il crut bon d'ajouter :
- Ne t'en fais pas. Je sais parfaitement où sont mes responsabilités vis-à-vis de vous. Je ne prendrai jamais le risque de mettre un peu plus en péril ce à quoi nous tenons tant.
L'autre soupira.
- Ta présence nous est indispensable et tu le sais. Pourtant, vue la manière dont tu envisages de mettre un terme à tout ça...
- Stop !, intima Ewan. Ce n'est pas à toi d'en décider. De plus, tu connais pertinemment les raisons pour lesquelles ce choix est nécessaire.
- Bien. Il en sera fait selon ton désir. Où vas-tu ?, demanda soudain l'autre en voyant Ewan se diriger vers la porte à grandes enjambées.
- Il est hors de question qu'elle m'associe à ceux que je déteste. Autre chose : pour ton assurdatio, c'était bien pensé, mais j'avais déjà pris soin de régler le problème à ma façon.
Sur quoi il claqua des doigts. Tout autour d'eux, myriades d'étoiles apparurent aussitôt, tel un voile caché qui enveloppait la pièce, pour retomber ensuite lentement vers le sol, pareilles à une pluie scintillante, avant de disparaître.
- Franchement, murmura l'autre dans un souffle admiratif alors qu'Ewan s'éloignait dans le couloir, quel caractère il a...
