Note : Salut ! Voici (enfin) la suite. Alors bonne lecture et bonne journée ! ewanna =^o^=.
- Oui Millicent, comme tu es parvenue à le deviner, tout cela est déjà suffisamment pénible pour moi. Alors, s'il te plaît, n'en rajoute pas et laisse-moi terminer seul !
- Heu...Écoute Emy. Pour ce qui s'est passé hier soir, je...
- Stop Lynch ! Ne te donne pas la peine de me sortir quelque baratin que ce soit !
- C'est ce dont j'ai besoin quand ça ne va pas : être seule, c'est tout...
- Mais pour qui il se prend ? Parce qu'il croit peut-être qu'il va pouvoir m'amadouer ou me faire changer d'avis avec de telles futilités ?...Je ne suis pas venu ici pour ça ! Nous avons enduré trop de souffrances et de sacrifices... Il est hors de question qu'elle m'associe à ceux que je déteste...
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Ewan n'eut qu'à parcourir quelques mètres pour se retrouver devant les immenses portes en bois de la bibliothèque.
Sans se soucier de savoir comment il allait être reçu par madame Pince après son départ hautement remarqué (et bruyant) et se moquant davantage des élèves qui le dévisageraient une fois revenu, il avança une main décidée vers la poignée en fer forgé...qui tourna, permettant l'ouverture de la porte dans un léger grincement, avant même qu'il ne l'ait effleurée. Interdit, il se retrouva soudain face à Emy qui avait fini de ranger ses affaires et s'apprêtait à regagner sa tour, la tête basse, toujours attristée. En le voyant, la jeune fille écarquilla les yeux et se figea sur place. Après ce qu'il venait de se passer, elle n'aurait jamais pu imaginer retrouver si tôt son « partenaire » et encore moins le voir afficher une expression pareille - surtout après l'humeur massacrante dont il avait fait preuve quelques minutes avant.
Stupéfaits, ils conservèrent une attitude attentiste et silencieuse durant un moment, seuls dans ce couloir, sans trop savoir encore quoi dire ou quoi faire.
Passé le temps nécessaire pour réaliser que cette rencontre était bien réelle, sans lâcher Ewan de son regard incrédule, Emy fit machinalement un pas en avant, laissant la lourde porte achever de se refermer sur elle dans un claquement sonore et sec qui la fit sursauter. Malhabilement, elle laissa échapper les livres qu'elle tenait serrés contre elle et qui tombèrent lourdement par-terre. Aussitôt, avant qu'elle n'ait eu le temps de faire le moindre geste pour les ramasser, Ewan tendit son bras droit en avant, ouvrit la paume de sa main vers le sol, et sans rien dire, fit léviter les ouvrages jusque dans le sac de la jeune fille. Celle-ci fut une fois de plus impressionnée par les aptitudes du garçon à réaliser des actes magiques sans baguette avec une facilité déconcertante. Mais Ewan ne se focalisa pas sur les effets secondaires engendrés par son acte mais plutôt sur la tête qu'allait faire maintenant Emy.
Elle l'observa, son incrédulité transformée en gêne, et murmura un rapide :
- Merci.
...sans bouger.
Nouveau silence pesant entre eux jusqu'à ce que :
- Qu'est-ce... Où est-ce que tu allais ?, demanda maladroitement Ewan.
- Je retournais à ma salle commune, répondit Emy avec un léger haussement d'épaules. Je ne pense plus avoir à faire ici de toute façon...
Raclement de gorge chez le septième année. Le malaise était plus que perceptible.
- Écoute Emy..., dit-il en se frottant nerveusement la nuque. Si tu le veux bien, on pourrait retourner à la bibliothèque et...
Mais il n'acheva pas sa phrase. Il craignait d'être allé précédemment trop loin dans son emportement et se demandait comment cette simple idée allait être accueillie.
Et dans le genre en effet, Emy marqua un nouveau temps d'arrêt et fixa Ewan interloquée. L'entendre parler sur ce ton-là, avec cette tête-là... Devait-elle se faire à l'idée qu'il était simplement particulièrement lunatique ? Non, elle en était certaine. Que n'aurait-elle alors donné pour savoir ce qui le poussait à agir ainsi.
Dix minutes avant, elle l'avait considéré comme une espèce de faux jeton - juste avant de se poser des questions sur son comportement. Mais après ça, elle ne pouvait que s'interroger sur ce qui était caché derrière cette manière d'être imprévisible.
Il apparaissait sincèrement désolé. Et elle, elle n'avait en réalité plus qu'une envie : retourner dans cette bibliothèque, même si elle ignorait ce qu'il s'y produirait alors.
- D'accord, dit-elle en esquissant un sourire encourageant.
Ewan soupira. Il était soulagé de constater que le dialogue n'était pas rompu – bien qu'en même temps, il ne cessait de se demander comment quelqu'un comme lui avait pu se retrouver dans une situation pareille !
En le voyant réagir, Emy élargit légèrement son sourire puis rouvrit la porte.
- Dans ce cas, allons-y, glissa-t-elle doucement en pénétrant dans la grande pièce redevenue silencieuse.
Comme ils s'en étaient doutés chacun de leur côté, ce retour aussi imprévisible qu'improbable provoqua une vague de chuchotements perplexes parmi tous leurs camarades. N'y prêtant cependant aucune attention - pas plus qu'au sifflement irrité de madame Pince qui suivit l'arrivée des deux perturbateurs d'un mauvais œil -, Ewan et Emy retournèrent à leur table sous l'air abasourdi d'Hermione et fataliste d'Adel. Là, Emy posa son sac sur une chaise et en sortit son dossier, après avoir pris soin de rassurer son amie au moyen d'un discret regard éloquent. Ewan, lui, retrouva ses affaires en désordre sur la table, telles qu'il les avait laissées avant de partir avec pertes et fracas. Mais une fois que tous deux eurent pris place, assis l'un en face de l'autre, ce que craignait Emy se produisit : ils ne trouvèrent rien à se dire. Reprendre leur travail comme si rien ne s'était passé étant inconcevable, ils se retrouvèrent momentanément dans une impasse.
...et à cet instant, tous ces regards curieux braqués sur eux ne facilitèrent pas les choses.
Il fallait pourtant bien sortir de là.
- Emy, se lança finalement le premier Ewan en réfléchissant en même temps à ce qu'il disait. Je... Enfin, pour ta réaction de tout à l'heure, tu avais raison. Hier soir, je n'aurais pas d...
Mais Emy leva une main en signe de silence. Elle le regarda avec une certaine tendresse et,
- N'en dis pas plus, dit-elle. J'ai compris. Et je crois que toi aussi, tu as compris. Alors restons-en là, tu veux bien ?
Ewan lui sourit. Du plus charmant et touchant sourire qu'Emy n'avait jamais vu.
- D'accord, dit-il. Autant ne rien gâcher avec des mots dans ce cas.
Elle sentit ses joues subitement s'empourprer. Donc afin d'éviter toute nouvelle situation embarrassante, Emy décida de se focaliser exclusivement sur les raisons qui faisaient qu'ils étaient à nouveau tous les deux là, se tira une bonne paire de claque et souffla un coup.
- Bon !, dit-elle d'un ton soudain ragaillardi qui surprit son partenaire. Alors, on s'y remet ?
- Euh...oui... Oui, si tu veux.
À partir de ce moment, envers et contre tout, leur vision de l'un et de l'autre changea définitivement.
Malgré sa première décision de questionner son amie au sujet de ce qu'il s'était passé entre le moment où elle avait quitté la bibliothèque, la mine triste et larmoyante et celui où elle était revenue quasiment escortée d'Ewan, Hermione n'en fit finalement rien et préféra laisser Emy tranquille. Elle avait la certitude que tout était rentré dans l'ordre – malgré de conserver une certaine inquiétude sur ce drôle de binôme.
Quelques jours étaient passés et les racontars et autres rumeurs allaient bon train. La spectaculaire « dispute/réconciliation » qui avait eu lieu à la bibliothèque avait déjà fait plusieurs fois le tour du château et chacun restait pantois ou perplexe devant ce rapprochement invraisemblable.
Ewan, égal à lui même, ne se sentit en aucun cas obligé d'expliquer ses actes, malgré l'étonnement ou la déception de ceux qui le suivaient constamment. Mais les choses furent plus délicates pour Emy, car de nombreux élèves de sa maison –à commencer par un orgueilleux McLaggen– n'apprécièrent pas ce rapprochement avec une personne comme Lynch, serpentard de son état qui souffrait de surcroît d'une réputation chargée. Les remarques et comportements désobligeants en étaient même arrivés à un point tel, que Hermione -à la grande surprise de Harry et Ron, fidèles à leur poste d'amis et alliés- finit par en être excédée la première et prit la défense d'Emy en envoyant balader sans concertation ceux qui s'autorisaient des critiques à ce sujet - traitant les concernés d'obtus, de râleurs et d'irréfléchis.
Emy la remercia pour son soutien indéfectible. De son côté, malgré le fait que cette nouvelle situation lui mette une pression supplémentaire, elle décida d'assumer pleinement ce qu'il en était. Elle n'avait pas l'intention de se laisser dicter ses choix par des personnes qui ne savaient rien et ne nourrissaient que jalousie ou rancœur.
Les jours continuèrent à défiler.
Les fameux rapports –sources de tant d'agitation dans le château– ayant commencé à être rédigés depuis un moment déjà, arriva le moment où les directeurs et directrices voulurent faire le point avec les différents binômes. Ils rencontrèrent donc en entretien particulier les élèves pour donner leurs avis sur l'avancée de leur travail.
Comme prévu, Hermione et Adel se virent vivement féliciter par McGonagall et Flitwick, qui ne trouvèrent rien à redire à ses deux élèves modèles. Pour ce qui fut de Harry et Roger, leur dossier fut qualifié d'un « correct mais peut mieux faire » qui ne les étonna pas vraiment et face auquel ils ne purent qu'annoncer qu'ils redoubleraient d'ardeur – même si, dès leur sortie du bureau des enseignants, ils repartirent dans l'une de leur interminable et passionnée discussion sur le quiddich. Ron et Flint, eux, se virent vivement -et sans surprise- encouragés à poursuivre leurs efforts par McGonagall et Rogue.
- Si tant est que vous soyez capable de mieux faire, bien évidemment..., souligna avec son petit rictus bien à lui le maître des Potions, qui sembla à cet instant davantage s'adresser à Ron qu'à son partenaire.
Quant à Ewan et Emy, les deux mêmes enseignants furent satisfaits de ce qu'ils avaient produit. McGonagall notant le bon investissement de la part des deux élèves, tandis que Rogue, toujours insupportablement partial, félicita plus particulièrement son élève sans lequel l'ensemble du projet demeurerait relativement creux.
...remarque que McGonagall ne releva pas mais garderait sous le coude pour plus tard.
Juste avant de quitter leurs directeurs de maison respective, Rogue prit soin d'annoncer à Ewan et Emy que la partie « pratique » de leur projet -qui se réaliserait dans la Forêt Interdite- aurait lieu le samedi suivant. Ils n'auraient qu'à rejoindre Hagrid en fin d'après-midi près de sa cabane et celui-ci leur servirait alors de guide ainsi que d'escorte (remarque qui fit sensiblement blêmir Emy). Cette nouvelle donnée, les deux élèves furent libérés et purent rejoindre leurs camarades.
Mais à peine la porte du bureau où ils venaient de s'entretenir fut-elle refermée, que McGonagall, à présent seule avec Rogue, engagea la discussion avec son ton sec coutumier.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi ces deux-là doivent se rendre dans un endroit pareil !, protesta-t-elle. La Forêt Interdite est un endroit très peu sécurisé. Y envoyer deux élèves, dont une cinquième année..., sous-entendit-elle en soufflant, classant énergiquement ses feuilles avant de se lever.
- Mon cher professeur, répondit Rogue de son ton mielleux, dès lors que cette décision est validée par le directeur, je ne vois pas ce que nous avons à y redire.
- Je n'y redis rien, Séverus !, se tourna brusquement McGonagall vers lui, avec des yeux de chouette. Je ne comprends pas pourquoi eux, ont une sortie de programmée alors que les autres non, c'est tout !
Amusé, le maître des potions comprit que sa consœur s'était sentie accusée de désapprouver les prises de position de Dumbledore. La voir ainsi bondir lui procura instantanément de la bonne humeur.
Ils récupérèrent par la suite leurs affaires sans polémiquer davantage et quittèrent à leur tour le bureau qui leur avait été alloué pour les entretiens, prenant la direction de la salle des professeurs.
Mais McGonagall faisant toujours la tête alors qu'ils arrivaient près de leur salle,
- Allons, allons, temporisa Rogue avec un rictus soupçonneux. Ne vous en faites donc pas. N'oubliez pas que votre élève de cinquième année, malgré ses piètres performances en Métamorphoses, sera accompagnée par...
- ...un excellent élève de votre maison sans qui « le travail présenté aurait été creux ». Oui, merci Séverus, je m'en souviens !, fulmina McGonagall qui n'avait pu se retenir de glisser au passage la remarque d'un peu plus tôt qu'elle avait toujours en travers de la gorge.
- Je ne vous le fait pas dire, dit Rogue en affichant un immense sourire tout en ouvrant, trop poliment pour être honnête, la porte de la salle atteinte et laissant galamment passer devant lui une McGonagall qui, au premier coup d'œil, n'avait pas intérêt à être chatouillée par qui que ce soit sous peine que l'inconscient se retrouve immédiatement transformé en moufette.
Pour ce qu'il en était des deux élèves concernés, si Ewan n'appréhendait pas de se rendre en fin de journée dans la Forêt Interdite, Emy, elle, émit quelques craintes quant à aller très prochainement dans un lieu pareil, à un moment pareil.
- Aller, Emy ! On te l'a déjà dit : Hagrid sera avec vous !, l'encouragea avec entrain Harry.
C'était la fin de soirée et les quatre gryffondors s'étaient installés dans leur salle commune, à une table à l'écart du brouhaha habituel. Ils s'étaient rapportés mutuellement les résultats de leur entrevue avec leurs professeurs et le tour d'Emy était arrivé.
- Tu le connais, poursuivit Harry, il est fort comme...comme...comme ce qu'il est : un demi-géant ! En plus, il est en bon terme avec quasiment tous les habitants de la forêt. Et puis, vous n'allez pas y partir pour des heures entières. Alors ? Qu'est-ce que t'as à craindre ?
- Lynch..., toussa Ron.
- Ron !, s'écrièrent en même temps Hermione et Harry en le fusillant du regard. Ça suffit !
Le rouquin se renfrogna un instant et ne dit plus rien.
- Non, sérieusement Emy, reprit aussitôt Hermione -qui, malgré sa vive réaction s'était belle et bien posée la question-, tu ne crains pas d'aller dans la forêt avec Ewan, n'est-ce pas ?
Emy lui sourit timidement et hocha négativement la tête.
- C'est déjà ça. Donc, avec le niveau qu'il a, en cas de problèmes - mais il n'y en aura pas !, affirma Hermione pour éviter toutes réactions malheureuses, ils seront deux à pouvoir te protéger.
- Ou à... Aïe !, commença Ron qui se prit le magazine de quiddich que Harry était en train de feuilleter dans la figure pour l'empêcher de sortir une nouvelle ânerie.
Ainsi, le jour voulu, à l'heure venue, le serpentard et la gryffondor rejoignirent le garde chasse/professeur de Soins aux Créatures Magiques au lieu prévu. Celui-ci les attendait avec impatience près de sa cabane, armé d'une arbalète, Crockdur, son molosse, assis sagement à côté de lui.
- Bien !, lança joyeusement Hagrid. Vous avez bien tous les deux vos baguettes ?
Ewan et Emy écartèrent le pan de leur robe et laissèrent apercevoir l'extrémité de leur « arme », dépassant de l'une des poches intérieures.
- Parfait !, dit Hagrid. Et maintenant, suivez-moi...et en silence – ça permettra de ne pas effrayer les créatures que l'on pourrait rencontrer dans les parages.
Emy en aurait ri si elle n'avait pas été aussi angoissée. « Ne pas effrayer les créatures... ». Le seul être vivant dans les environs qui était effrayé, c'était elle ! Par contre, elle nota rapidement qu'Ewan, lui, était on ne peut plus détendu. Elle se demanda alors si, à l'instar des jumeaux Weasley, il ne lui était pas déjà arrivé de venir de ces côtés en toute illégalité...
Ils commencèrent à s'enfoncer doucement dans les profondeurs de la forêt, la lisière des arbres disparaissant toujours un peu plus chaque fois qu'Emy jetait un regard suppliant vers l'arrière. Qu'est-ce qu'elle n'avait pas envie d'être là ! Ewan nota rapidement son attitude qui trahissait son émotivité, mais ne dit rien. Il se contenta de suivre, en ne faisant aucun bruit, Hagrid et Crockdur qui, au bout de quelques minutes, s'arrêtèrent soudainement. Emy s'imagina de suite le pire, alors qu'en fait :
- Regardez sur votre droite, là-bas, un peu plus loin, chuchota Hagrid en s'accroupissant – ce qui le faisait malgré tout encore dépasser largement du buisson derrière lequel les quatre s'étaient regroupés. Il y a des Sombrals, vous les voyez ?
Mais réalisant d'un coup qu'on ne pouvait voir les Sombrals que dans des conditions bien particulières, Hagrid regarda ses élèves avec un air d'excuse. Pourtant,
- Oui, je les vois, dit Ewan. Jusqu'à présent, j'avoue que je n'en avais jamais vu d'aussi nombreux. Les adultes ont l'air de solide constitution.
Emy réalisa en même temps que son professeur qu'Ewan avait donc déjà vu la mort. Quelle tristesse quand on n'a que dix-sept ans... Par contre, la concernant :
- Heu... Moi je ne vois rien, dit-elle doucement en grimaçant.
Les deux autres la regardèrent et eurent la même réaction :
- Ce n'est pas plus mal.
- Allez, venez !, dit ensuite Hagrid en se relevant (ce qui ne changea pas grand chose à son camouflage improvisé). Nous les avons déjà étudiés en cours, ce n'est donc pas avec ça que vous pourrez augmenter votre note.
Puis se tournant tout à coup vers Ewan avec un air méfiant :
- Dis-moi au fait, toi. Qu'est-ce que ça veut dire ça : « je n'en avais jamais vu d'aussi nombreux » ? Il faut venir dans la forêt pour voir les Sombrals. Alors ?, demanda le demi-géant qui avait revêtu pour l'occasion sa casquette de professeur faisant respecter la discipline.
Ewan lui sourit aussitôt et lui dit d'une voix amusée :
- Vous tenez tant que ça à ce que je vous réponde ?
Et après quelques secondes d'intense réflexion, Hagrid tourna à nouveau ses sourcils broussailleux vers le septième année qui s'attendait à cette réponse :
- Hum... Euh... Non, pas vraiment. Aller, continuons !
Ewan se tourna alors vers Emy, qui fermait la marche, et lui fit un clin d'œil. Même s'il y aurait eu davantage à se questionner sur la présence éventuellement régulière d'un élève dans un tel endroit, l'assurance d'Ewan et son agissement vers Emy fit du bien à la jeune fille. Oui, avec lui, elle n'avait pas honte de se dire qu'elle se sentait rassurée – et même plus qu'avec Hagrid.
Ils marchèrent encore un petit peu et rencontrèrent ensuite des créatures qu'ils n'avaient jamais traitées en cours, même s'ils en avaient déjà entendu parler - et dont la présence était une bonne chose. Ne restait plus maintenant qu'à ne pas les vexer, compte tenu de leur susceptibilité naturelle, en leur donnant l'impression que pour le coup, ils pouvaient être considérés comme des sujets d'observation.
- Ah !, lança avec entrain Hagrid en voyant les deux centaures s'avancer lentement vers eux. Bane ! Firenze ! Comment allez-vous ? Ça faisait un moment que je ne vous avais plus vus !
Puis, plus discrètement, à l'attention de ses deux « protégés » :
- Vous deux, vous restez derrière moi et vous attendez que je vous invite à avancer pour le faire. Avec eux, on ne sait jamais comment ça peut virer.
Et alors qu'Hagrid s'était à nouveau tourné vers les centaures, Ewan murmura un : « Bien sûr que si, on peut », qui intrigua Emy.
- Bonjour à toi, Hagrid, dit Bane - tandis que Firenze le salua amicalement d'un geste de la main. Il est vrai que nous ne nous étions pas vus depuis longtemps. Mais les centaures et les sorciers ou autres humains ne sont pas nécessairement amenés à se voir régulièrement, dit-il d'une voix sage et posée...toujours aussi énigmatique et un poil agaçante.
- Je vois que tu n'es pas seul, Hagrid, dit Firenze en zyeutant curieusement derrière l'imposant garde-chasse. Tu ne nous présentes pas ?
Suite à cette aimable invitation, Hagrid fit un geste dans son dos de son énorme main, demandant à Ewan et Emy de s'avancer un peu pour se présenter.
- Je vous présente deux élèves de Poudlard qui m'accompagnent...euh...durant une tournée, dit un peu maladroitement le demi-géant en regardant d'abord Emy.
- Bonjour, dit-elle alors poliment. Je m'appelle Emy McLane et je suis en cinquième année à Gryffondor.
Hagrid regarda ensuite Ewan. Mais bien que le garçon sache qu'il était inutile d'en faire de même,
- Bonjour, dit-il révérencieux. Je m'appelle Ewan Lynch et je suis en septième année à Serpentard.
Son nom ? Sa maison ? Le fait est qu'aussitôt, les deux centaures dévisagèrent étrangement Ewan – qui leur rendit un regard particulier. L'atmosphère changea subitement et une pesanteur mystérieuse s'abattit sur la scène. Dans un réflex protecteur, ne s'occupant que de la réaction des centaures en songeant à éviter coûte que coûte tout incident, d'une de ses puissantes main, habilement, Hagrid replaça d'abord Emy dans son dos et crispa inconsciemment son autre main sur son arbalète en priant pour ne pas avoir à s'en servir. Il essaya ensuite de dégager doucement Ewan, mais ce fut en vain. Le garçon ne broncha pas et garda son regard fixé sur les deux centaures.
Après un éprouvant moment d'incertitude, les centaures saluèrent enfin les deux élèves sans rien ajouter. Soulagé de voir qu'il avait certainement paniqué trop vite, Hagrid leur demanda le plus naturellement possible :
- Vous n'auriez pas rencontré quelques boodries ou autres duergars dans le coin, par hasard ? Pour une fois que j'ai du monde avec moi pour venir ici, j'aurais aimé les présenter aux p'tits, expliqua Hagrid –d'un ton guère convaincant– en pointant Emy et Ewan du pouce et en affichant un grand sourire un peu trop crispé à Bane et Firenze.
- Hum..., murmura Bane. Il y a bien d'autres créatures que l'on peu croiser en ces lieux insondables.
- Et d'autres qui nous entourent sans même que certains en aient conscience, ajouta de la même manière Firenze.
- Continuez donc votre route, vous tous qui êtes là, les invita le centaure aux cheveux noirs. Elle ne sera pas toujours agréable mais la paix sera peut-être au bout de celle-ci.
Hagrid et Emy les regardèrent décontenancés.
- Bonne chance à vous tous...qui pratiquez la magie.
Là-dessus, les deux créatures s'en allèrent et Hagrid grogna.
- Bon sang ! Foutus bourricots ! Avec ceux-là, le jour où on aura droit à des réponses claires et compréhensives, il pleuvra des scroutts à pétard !
Emy et Ewan pensèrent alors qu'il serait plus sage que les centaures restent tels qu'ils étaient.
Ceci-dit, se retrouvant face à des noms de créatures totalement inconnues, Emy se pencha vers son partenaire avec ignorance, et :
- Des boodries ? Des duergars ? Qu'est-ce que c'est encore que ça ?
- Les boodries sont des oiseaux aquatiques. Avec le lac près du château, il serait possible d'en trouver ici. Quant aux duergars, ce sont des nains particulièrement travailleurs, répondit Ewan sous le regard appréciateur d'Hagrid.
- Hé bien, hé bien !, dit-il d'ailleurs en regardant le serpentard, un sourire réjoui étalé sur le visage. J'avais déjà entendu dire que tu étais un très bon élève, Lynch, mais j'ignorais que ta culture générale s'étalait à ce point.
Ewan le regarda plutôt satisfait mais ne répondit pas.
De son côté, pas vraiment étonnée d'apprendre qu'on pouvait rencontrer de telles créatures dans cette forêt -sans que cela la rassure pour autant-, Emy reprit sa marche derrière Hagrid et Ewan, à l'affut du moindre bruit suspect.
La « promenade » dura ainsi de longues minutes, les plongeant toujours plus loin dans les entrailles de ce lieu magique et inquiétant sans qu'aucun des quatre ne rencontre ou voit d'autres de ses habitants. Tout à coup, Ewan arrêta sa progression. Plusieurs mètres devant, Hagrid ne s'en rendit pas compte de suite, mais Emy, qui le suivait, ne put l'ignorer. Instinctivement, de peur de se faire entendre, elle se pencha sur le côté pour voir ce qu'il se passait plutôt que de demander ce qu'il lui prenait. Ne distinguant rien de particulier, elle s'avança alors jusqu'à hauteur du garçon et tourna vers lui un visage interrogateur – qui vira rapidement à l'effarement.
Ewan avait fermé les yeux et se tenait droit, immobile, les bras raidis le long de son corps, l'air concentré sur quelque chose que lui seul semblait pouvoir percevoir.
Au bout d'une ou deux minutes, Hagrid s'aperçut enfin que plus personne ne le suivait et fit donc demi-tour. Il rejoignit rapidement ses élèves, trouvant Ewan droit et silencieux et Emy, à côté de lui, le regardant d'un air inquiet.
- Qu'est-ce que je vous ai dit tout à l'heure, à tous les deux ?, commença-t-il réprimandeur. Qu'est-ce que...? C'est quoi ça ?
Brusquement, arrivant de nulle part, une bourrasque monstrueuse apparut non loin d'eux, arrachant tout ce qui se trouvait sur son passage, faisant s'envoler myriade d'oiseaux et fuir au grand galop en panique totale les Sombrals qui se trouvaient à proximité.
- Qu'est-ce que c'est que ça ?, hurla Emy terrifiée en même temps que Crockdur se mit à hurler à la mort.
- Une tornade ? Ici ?, répondit Hagrid médusé qui vit soudain les Sombrals au cœur de la tempête. Et eux, qu'est-ce qu'ils fichent là ? Ils ne s'aventurent jamais aussi loin dans la forêt, normalement !
La situation des chevaux squelettiques l'inquiéta. C'est pourquoi, en grand défenseur de la cause animale, il se précipita vers eux, Crockdur sur ses talons, laissant derrière lui ses deux élèves, leur criant seulement, alors qu'il avait déjà presque disparu de leur champ de vision :
- Ne bougez pas de là ! Je reviens tout de suite !
Emy n'en crut pas ses oreilles.
- Co...comment ça : « Je reviens tout de suite » ?, murmura-t-elle abasourdie. Il y a une tornade qui nous fonce dessus et lui, il se préoccupe plus de ses bestioles que de nous ? Pour de bon : il est fou !
- Ne t'inquiète pas pour ça, observa calmement Ewan. Regarde : la tornade s'est affaiblie et change de direction. Par rapport à ça, nous n'avons déjà plus rien à craindre. Par contre, le temps que Hagrid ait rattrapé et tranquillisé ses chevaux, je pense qu'on n'est pas prêt de le voir revenir.
- Qu'est-ce qu'on fait alors ?, fit Emy, complètement dépassée par les évènements. On rentre ?
- « On rentre ? », répéta Ewan, l'air aussi surpris qu'amusé. Pourquoi on rentrerait maintenant, alors qu'on est arrivé jusque là ? Non, autant en profiter pour voir ce qui traîne par ici. Je suis sûr que ça sera très intéressant...
Mais Emy était loin de partager cet avis. En plus, de la manière dont il s'était exprimé –mais cela était sans doute à mettre sur le compte de l'ambiance actuelle– Emy eut la désagréable impression que toutes les paroles d'Ewan étaient à double sens.
- Euh..., se hasarda-t-elle à insister. Tu ne crois pas que ce léger mouvement de vent, ironisa-t-elle, pourrait avoir fait fuir les rares animaux qui seraient venus se perdre dans un endroit pareil ?
- Nooon ! T'inquiète pas pour ça, sourit Ewan. De nombreuses créatures magiques craignent la présence des êtres « humains » et s'en éloignent le plus possible. Si ça se trouve, nous aurons même la chance d'en voir en allant un peu plus loin.
- Hein ? Tu plaisantes, j'espère ?, s'écria Emy. On n'est pas déjà assez loin comme ça ? Et puis, sans Hagrid, aller plus loin ne serait pas dangereux ?...encore plus dangereux ?
Le serpentard se tourna vivement vers elle, les sourcils dépareillés, l'air vexé que sa camarade mette ainsi ses capacités à les défendre en question. Bien évidemment, Emy interpréta à merveille sa mine.
- Oh... Je ne voulais pas dire que tu..., commença-t-elle en cherchant ses mots.
Mais alors qu'Ewan la regardait espiègle essayer de se dépatouiller, quelque chose attira à nouveau son attention. Il posa soudain son index sur la bouche d'Emy, en même temps qu'il fit un geste de son autre main, lui demandant le silence. Il regarda attentivement, très attentivement, par-dessus son épaule et ne fit plus un bruit. Emy attendit, le cœur battant, de moins en moins rassurée.
Passées quelques secondes à se demander ce qu'il risquait encore de leur tomber sur la tête -et au sens propre comme au figuré-, Ewan la libéra et lui dit de le suivre, toujours plus loin.
- Dis-moi Ewan, chuchota Emy après s'être éloignée de plusieurs pas, tu ne voudrais pas me dire ce qu'il y a qui ne va pas ?
- Pourquoi penses-tu que quelque chose ne va pas ?, répondit neutrement le garçon sans la regarder.
Mais quand il n'entendit plus le bruit des pas qui le suivaient, il se retourna et trouva la jeune fille arrêtée, affichant une moue on ne peut plus expressive,
- Très bien, soupira-t-il. Disons que...j'ai l'impression que nous ne sommes pas seuls.
« Pas seuls ». Aucun doute, de la manière dont il l'avait annoncé, il ne faisait allusion ni à Hagrid, ni à Crockdur, ni aux Sombrals ou autres bidules machin-choses qu'on pouvait croiser dans cette forêt.
Mais à quoi alors ?
Emy se frotta le front, perplexe.
- Euh... Désolée de te dire ça, mais à moins que ce ne soit le but recherché -ce qui m'étonnerait quand même-, ta réponse n'est pas faite pour me rassurer. Tu ne préfèrerais vraiment pas qu'on rentre ?, dit-elle d'un regard suppliant.
- Emy : retourner en arrière, c'est s'en rapprocher davantage, expliqua un peu sèchement Ewan. Et je ne tiens pas à te faire encourir le moindre risque. Ce sont mes affaires.
« Il ne voulait pas s'en rapprocher » : il était donc sûr qu'il y avait quelqu'un pas loin d'eux – et un quelqu'un qui ne leur voulait pas du bien. « C'était ses affaires » : il était donc bien impliqué dans quelque chose.
Hou la la ! Ça tournevirait dangereusement dans la tête d'Emy. Qu'est-ce qu'il se passait à la fin ? Voilà qu'elle se retrouvait perdue en plein milieu hostile, en compagnie d'un garçon qui faisait tout pour la tenir dans l'ignorance -quitte à provoquer chez elle une bonne crise de panique- et surtout, bien loin de la petite promenade tranquille que lui avaient assurée Hermione et Harry !
Soudain, Ewan releva à nouveau son regard vers l'obscurité et tressaillit. Il considéra ensuite Emy, puis :
- Donne-moi ta main, lui demanda-t-il en lui tendant déjà la sienne.
- P... Pardon ?
Mais n'ayant pas de temps à perdre, Ewan l'attrapa lui-même. Emy s'apprêtait à rétorquer quand elle se rendit compte qu'il avait fermé les yeux et que ses lèvres remuaient dans le silence. Il était en train de réciter une incantation. Cela ne dura pas plus de dix secondes au bout desquelles il lui lâcha la main en lui demandant également de ne pas s'éloigner de lui de plus de deux mètres.
- Ewan, trembla Emy. Je t'en prie, dis-moi ce qu'il se passe. Qu'est-ce que tu viens de faire, là ?
Il soupira à nouveau. De toute façon, au point où ils en étaient...
- Même si tu ne te rends compte de rien, je viens de créer une bulle protectrice autour de nous qui devrait amoindrir la puissance d'un sortilège que l'on pourrait nous lancer.
- Mais qui pourrait vouloir faire ça ? C'est démentiel !
Ewan l'observa, une ombre de désolation traversant son regard.
- C'est surtout...très et trop long à t'expliquer pour le moment, essaya-t-il de la faire patienter. Sache seulement que... Quoi ? Qu'y a-t-il ?, s'alarma-t-il en voyant soudain son expression apeurée.
À son tour, Emy venait de se figer sur place. Le regard ailleurs, un frisson la parcourut dans tous son corps. Elle eut la confirmation par elle-même. Quelque chose... Quelque chose qui leur voulait du mal se rapprochait bien d'eux. Elle put ressentir pour la première fois cette présence qu'Ewan avait remarquée depuis un moment déjà.
- Il y a quelqu'un ou...quelque chose qui arrive, murmura-t-elle lentement, son regard perdu dans le lointain. Je sens un aura puissant et...mauvais tout près d'ici. Là !
À cet instant, elle se cramponna au bras d'Ewan, montrant du doigt une ombre qui venait de disparaître derrière le tronc d'un arbre.
- Ecarte-toi de moi, lui dit alors Ewan.
Emy le regarda craintive.
- Ne t'inquiète pas, la protection restera active quoi qu'il m'arrive.
Mais ce n'était pas pour elle qu'Emy avait peur. Cependant, tremblante et disciplinée, elle s'écarta et laissa Ewan seul, prêt à se défendre ou contrattaquer - bien qu'il n'ait toujours pas brandi sa baguette magique. Soudain, l'ombre surgit de derrière l'arbre et lança un sort. Un jet étincelant d'une couleur qui ne correspondait à rien de ce qu'Emy avait déjà eu l'occasion d'étudier jaillit du bout de sa baguette et se dirigea, contre toute attente, non pas vers Ewan...mais vers elle.
Emy vit le sort arriver sur elle à une vitesse inimaginable, pour finalement s'écraser durement sur la sphère protectrice qui vola en éclats sur le coup, en ayant toutefois parfaitement joué son rôle – ce qui n'empêcha cependant pas la jeune fille d'être violemment projetée en arrière sous la force de l'impact. Malheureusement, l'ombre ne s'en tint pas là et sachant la barrière invisible à présent détruite, réitéra son geste, lançant un nouveau sort encore plus puissant que le précédent, visant cette fois-ci Emy en pleine poitrine. Dans la fraction de seconde qui suivit, Ewan eut tout juste le temps de venir s'interposer entre le faisceau étincelant et sa victime, recevant à sa place de plein fouet le terrible sortilège.
Tout fut si rapide. Le sort venait à peine d'être lancé qu'Emy entendait non loin des bruits de pas qui s'éloignaient dans l'obscurité, signifiant que l'ombre avait disparu. Elle ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer, ne savait plus où elle était. Tout lui paraissait si irréel, si confus... Fort heureusement, elle recouvra rapidement ses esprits. Mais cela fut pour voir soudain Ewan, sérieusement touché, tombé à genoux, recroquevillé par la douleur, une main crispée au niveau de son cœur.
- Ewan !, hurla-t-elle en se jetant à genoux à ses côtés, n'osant pas le toucher. Qu'est-ce que tu as ? Qu'est-ce que c'était ? Qu'est-ce que je peux faire ?, demanda-t-elle paniquée.
Le garçon eut alors du mal à articuler quelques paroles. Pour le moment, il demanda seulement à Emy de l'aider à s'appuyer contre un arbre, où il se laissa glisser mal en point, la respiration saccadée, des gouttes de sueurs perlant sur son visage.
- Dis-moi ce que je dois faire ?, répéta frénétiquement Emy. De quel sort as-tu besoin ?, dit-elle en soulevant sa baguette. Est-ce que je dois aller chercher quelqu'un ? Appeler quelqu'un ? Dis-moi, je t'en prie !
Après ce qu'il lui avait dit, fort et solide comme elle le savait, de le voir dans cet état, elle avait peur que...que... Mais Ewan leva péniblement une main.
- Ça ira Emy. Calme-toi, dit-il d'une voix faible.
- Comment ça : « ça ira » ?, s'étrangla-t-elle. Ewan... Non ! Ça n'ira pas ! Il te faut de l'aide et vite !
Ewan eut le réflexe d'en sourire, mais même ça lui faisait mal.
- Je... Je vais m'en occuper..., dit-il à bout de force en donnant l'impression de perdre connaissance.
- Ewan !
Il rouvrit lentement les yeux.
- Je t'ai demandé de te calmer, murmura-t-il. Laisse-moi me concentrer, s'il te plait...
Se concentrer ? Pourquoi faire ? Allait-il se soigner tout seul ?...il ne donnait tellement pas l'air d'être en état de le faire.
Prenant sur elle, Emy ne dit donc plus rien et resta agenouillée près de lui, priant pour que quelqu'un arrive au plus vite – et aussi, pour que l'ombre ne resurgisse pas, alors qu'ils se trouvaient dans une situation si vulnérable.
Elle entendit soudain Ewan pousser un léger soupir. Elle le dévisagea au bord des larmes.
- Ça va aller, ne t'inquiète pas, dit-il en essayant de la rassurer.
Elle aurait voulu lui prendre la main en signe de réconfort et de présence. Mais elle craignait tellement qu'il s'en dégage aussitôt... Alors, elle préféra ne pas bouger et attendre seulement que quelque chose se passe. Mais comment ne pas s'inquiéter ? Il lui disait que ça irait, mais elle ne l'avait rien vu faire – ni sortilège, ni même envoyer un Patronus pour demander de l'aide. Alors comment espérer que ça aille mieux ? Qu'on vienne à leur secours ? S'était-il vraiment guéri lui même ? Pourtant, les minutes passant ne lui rendaient pas sa force. De plus, sa baguette magique était toujours soigneusement rangée dans la poche de sa robe. Alors quoi ? C'était quoi la réponse ? C'était quoi la solution ?
Un long moment était passé et Emy en était maintenant à se demander sérieusement si elle ne ferait pas mieux d'essayer de trouver de l'aide par elle-même, quand soudain, une nouvelle fois, elle ressentit une présence inhabituelle...qui n'avait cependant rien à voir avec celle d'un peu plus tôt.
- Ewan..., chuchota-t-elle en tentant de garder son calme. Je crois que...qu'il y a autre chose qui arrive.
Toujours adossé contre le tronc, sa main posée sur sa poitrine, le garçon releva faiblement la tête et esquissa un sourire qu'Emy eut du mal à interpréter.
- Laisse faire et ne bouge pas, demanda-t-il simplement.
Un craquement retentit aussitôt dans le dos d'Emy – qui évidemment, ne put se retenir de faire précipitamment volte-face. Ébahie, elle vit alors s'approcher lentement et majestueusement la plus belle et grande licorne qu'il ne lui ait jamais été donné de pouvoir admirer (et dans la mesure où elle n'en avait pour ainsi dire jamais vu, elle n'en fut que plus impressionnée). Elle en resta scotchée sur place, la bouche à moitié ouverte, les yeux ronds.
L'animal, qui devait mesurer près de trois mètres au garrot, avança dans leur direction jusqu'à s'arrêter à un mètre de l'arbre contre lequel Ewan était appuyé. Spectatrice muette et incrédule, Emy vit ensuite la licorne fixer le garçon droit dans les yeux puis plier l'une de ses pattes avant, s'inclinant devant lui.
Tout près, la jeune fille observa la corne de la bête. Longue et fine comme une épée, elle mesurait plus d'un mètre et représentait à l'évidence une arme redoutable pour empaler ses ennemis.
...c'est pourquoi lorsqu'Emy vit l'animal fantastique l'approcher au plus près de la blessure d'Ewan, au niveau de son cœur, elle fut tentée un instant de chasser ce nouveau danger potentiel. Mais dans la mesure où il lui avait bien spécifié de laisser faire et de ne pas bouger, au risque de le voir exécuté sous ses yeux, elle retint sa respiration et attendit passivement de voir comment tout ça allait tourner.
La licorne s'approcha du corps à terre, jusqu'à ce que sa corne finisse par effleurer délicatement la main qui masquait la blessure. Retenant une grimace, Ewan la retira, dévoilant une profonde marque ensanglantée. À sa vue, la licorne se recula d'un pas et frappa fougueusement ses sabots au sol en signe de colère - alors qu'Emy dû se plaquer une main sur la bouche pour ne pas hurler de terreur. Elle vit alors Ewan esquisser un sourire rassurant qui calma aussitôt l'animal.
Redevenue docile, dans un geste aussi précis qu'efficace, la licorne appuya avec précaution l'extrémité pointue de sa corne contre la blessure. La plaie se mit à scintiller tandis qu'Ewan prit sur lui, poings serrés, mâchoire crispée, de ne pas crier pour extérioriser sa souffrance.
L'acte dura quelques minutes au bout desquelles la licorne recula à nouveau un peu plus loin et attendit sans bouger qu'Ewan fasse un premier mouvement. Il commença par poser la main de son bras valide sur sa blessure et caressa doucement la plaie. Son air devint rassuré...et rassurant. Il bougea avec précaution son épaule meurtrie, puis de plus en plus vite. Une fois chose faite, il prit appui sur ses deux mains et avant qu'Emy n'ait eu le temps de se porter vers lui, il s'était déjà remis debout en affichait un visage plus serein. Il n'était pas encore aussi vif et agile que d'habitude, mais après cette attaque, se retrouver déjà debout et dans cet état était plus que satisfaisant.
Le jeune homme salua alors la licorne, reconnaissant. Celle-ci lui rendit son salut puis, jetant un coup d'œil furtif vers Emy –qui se garda bien de bouger à ce moment-là, ses yeux étant restés braqués depuis un moment sur sa longue corne– elle fit demi-tour et disparut dans les profondeurs de la forêt, d'où elle était apparue.
Quelques instants plus tard, pendant qu'Ewan testait son bras et s'assurait que sa blessure allait mieux, Emy se repassait tout ce qu'elle venait de vivre dans sa tête, tel un film, en se demandant si elle avait rêvé ou s'il s'agissait bien de la réalité.
- Je pense qu'on va pouvoir rentrer maintenant, annonça soudain Ewan, toujours fatigué mais suffisamment en forme pour retourner au château. Allons-y Emy, dit-il en commençant à marcher dans la direction opposée à celle qu'ils avaient suivie depuis le début.
Mais Emy ne le suivit pas. Elle demeurait debout, près de son arbre, l'air hébété, fixant ce garçon si étrange sur lequel elle se posait trop de questions pour en rester là et partir comme ça.
Ewan se rendit rapidement compte qu'il n'était pas suivi. Et dans la mesure où il se doutait bien de ce qu'Emy allait lui demander, il se tourna lentement vers elle et attendit.
- Qui es-tu Ewan ?, demanda-t-elle dans un souffle. Qui es-tu...?
Ce n'était pas de la curiosité mal placée - pas plus qu'elle appréhendait d'entendre une réponse en particulier. C'est juste qu'à cet instant, Emy était perdue. Qui était ce garçon ? Il n'avait tellement rien à voir avec les autres - et pas seulement les élèves de Serpentard : elle pensait à tous les élèves de Poudlard. Qui pouvait avoir le pouvoir de ressentir les choses comme lui ? De pratiquer ou même créer des sorts comme il le faisait ? D'appeler mentalement une licorne –l'un des animaux fantastiques les plus durs à approcher– qui viendrait par la suite docilement, telle une amie, lui apporter son aide ? Qui était-il ?
Ewan soupira et regarda Emy, navré. Il ne s'était pas trompé quant à ce qui l'attendait. Il comprenait tout ce qui pouvait se passer dans le cœur et l'esprit de cette jeune fille mais, ce n'était pas le moment... Pas encore. Il espérait simplement qu'elle le comprendrait.
- Emy, dit-il d'une voix douce et sincère en s'avançant à pas lents vers elle. Je te le dirai. Je te promets que je te le dirai. Mais pas maintenant.
Quels mystères se cachaient encore derrière ces paroles ? Pourquoi rajouter un peu plus d'interrogations alors qu'il lui serait si simple de tout lui expliquer ? Pourquoi ne pouvait-il pas lui parler maintenant, tout simplement ?
Malgré de n'être qu'à moitié surprise de cette réponse, Emy n'en fut pas moins cruellement déçue. Certes, elle avait pleinement confiance en lui et savait que s'il lui promettait de tout lui dire plus tard, il le ferait, mais de devoir rester sur ses interrogations à un moment pareil était douloureux.
Cependant, la personne qui se trouvait face à elle lui avait très certainement sauvé la vie. Alors, en guise de remerciements, elle pouvait bien attendre encore un peu.
- Je comprends..., dit-elle alors en baissant légèrement la tête, masquant au mieux sa tristesse passagère. Dans ce cas, j'attendrai, dit-elle avant de montrer un visage plus souriant (même si son sourire lui demanda un gros effort). Et maintenant, rentrons, tu vas avoir besoin de soins. Tu restes blessé, malgré tout...
Elle préféra ne pas le regarder afin de ne pas avoir à croiser son regard et prit immédiatement la direction du château.
Ils marchèrent les premières minutes en silence, entendant avec un certain soulagement de mieux en mieux le chant des quelques oiseaux qui s'abritaient en ces lieux. Soudain :
- Emy !, l'interpella Ewan avec un air embarrassé. Pour ce qui vient de se passer, je préfèrerais que...
Elle comprit de suite.
- Je ne dirai rien, ne t'en fais pas, le tranquillisa-t-elle.
Il lui sourit de gratitude.
- Mais ta blessure..., fit-elle tout de même observer. Quelque chose me dit qu'elle est bien différente de ce que voit madame Pomfresh habituellement. Que vas-tu lui dire ?
- Rien.
- Rien, reprit-il calmement. Parce que tout ce qu'elle verra, c'est le résultat d'un Feudeymon maladroitement lancé.
- Mais... Il ne s'agissait pas d'un Feudeymon ! Ça n'avait rien à voir avec. Je n'avais même encore jamais rien vu de tel auparavant, ajouta Emy, songeuse.
- C'est parce qu'ici on enseigne uniquement la sorcellerie...et pas la magie, lâcha enfin Ewan.
Emy fronça les sourcils sans trop comprendre.
- La sorcellerie. La magie. Tu vois donc une différence entre les deux ?, demanda-t-elle en ayant toujours pensé qu'il n'y en avait pas et qu'un titre plutôt que l'autre était donné en fonction de la façon de voir de chacun.
Mais visiblement, le regard dédaigneux que lui lança Ewan -et qu'elle connaissait un peu trop bien- lui fit immédiatement penser qu'il y avait bien une différence. Le garçon souffla mais ne releva pas, persuadé que sa seule expression tenait lieu de réponse.
Il expliqua toutefois,
- L'intervention dont tu as été témoin suite à notre agression a non-seulement guéri une partie de mes blessures mais également transformé ce qu'il en reste. Cela permettra ainsi d'impliquer n'importe qu'elle personne avec un minimum d'année d'apprentissage dans le château, s'agissant désormais d'un sort que l'on apprend ici, tu comprends ?
Emy s'arrêta subitement de marcher.
- Quoi ?, lui demanda Ewan, en observant son expression choquée.
- Tu veux dire que...que c'est quelqu'un du château qui a fait ça ?
- Qui d'autre ?
- Mais il n'y a pas que dans ce château qu'il y a des sorciers, Ewan ! Nous sommes proches de Pré-au-Lard et la Forêt Interdite ne bénéficie pas des sortilèges de protection du château. N'importe quelle personne douée de capacités magiques aurait pu...
- C'est quelqu'un du château, assura Ewan d'un ton catégorique.
Emy sentit renaître le malaise.
- Tu sais qui c'est, dit-elle certaine. Tu sais qui a fait ça, n'est-ce pas ?
- Il est effectivement possible que je sache qui a fait ça, reconnut le garçon prudemment avant de murmurer pour lui-même suffisamment fort : « Ce que je ne comprends pas, par contre, c'est pourquoi on s'en est d'abord pris à toi ».
« D'abord pris à elle... ». Emy le regarda interloquée, mais il ne rajouta rien.
Au fond de lui, il avait beaucoup de mal à se retenir de lui parler. Ce regard insistant et honnête posé sur lui, la situation dangereuse dans laquelle il l'avait, bien malgré lui, mise. Pouvait-il vraiment la laisser sans réponse, se torturer l'esprit ?
Il faisait pourtant tout ça pour son bien. Il n'était pas encore temps qu'elle sache et il refusait de l'exposer davantage - même si ce qui venait de se produire le laissa amèrement songer que d'autres avaient choisi de l'impliquer bien au-delà de ce qu'elle aurait dû l'être...
