Note : Hello ^^ ! Et voici la suite. Bonne lecture et à bientôt !
Ah oui, et bon week-end ;) !


- Tu es sûre que tu veux tout entendre ?, insista Ewan d'un ton courtois.
- Oui, répondit Hermione avec fermeté.
- Très bien. Connais-tu l'histoire de Poudlard, Hermione Granger ?
- Bien sûr, dit-elle sèchement.

Pour qui la prenait-il ? Elle n'était pas aussi inculte qu'il semblait le croire.

- Toute l'histoire ? Depuis ses fondements ?, sous-entendit le garçon avec un rictus éloquent.

Et Hermione de se mettre à réciter tel un livre ouvert :

- Poudlard fut créé il y a plus de mille ans par les quatre plus grands sorciers et sorcières de l'époque : Godric Gryffondor, Helga Poufsouffle, Rowena Serdaigle et Salazar Serpenta...
- Que sais-tu d'eux ?, la coupa Ewan avec beaucoup d'intérêt. Toi qui lis autant, qui sais tant de choses... Que sais-tu des fondateurs de Poudlard ? Des circonstances dans lesquelles ce château a été bâti ?

Hermione fronça les sourcils. Qu'est-ce que les fondateurs de Poudlard avaient à voir dans cette affaire ? Quel était le rapport avec Emy ?
Mais dans la mesure où Ewan semblait disposé à lui faire part de certaines informations, Hermione décida de le suivre sur ce chemin. De plus, en ayant rapidement compris qu'il n'était pas homme à se laisser facilement dicter sa conduite, mieux valait qu'elle n'objecte pas sans arrêt.

- « Ce que je sais des circonstances... » ?... Rien, avoua-t-elle à contre-cœur en se mordant la lèvre. Mais c'est parce que dans les livres, rien n'en parle ! Pourtant, se défendit-elle, vexée devant son ignorance mise à jour, j'ai déjà essayé de me renseigner à ce sujet - mais je n'ai rien trouvé...
- Et pour cause, commenta Ewan, tristement amusé. Aimes-tu les histoires, Hermione Granger ?

Les sourcils froncés de la jeune fille se détendirent pour disparaître aussitôt sous sa frange. Où la menait-il encore ?

- Tout dépend lesquelles, répondit-elle prudemment.
- Les vraies histoires. Celles qu'on ne galvaude pas dans les livres impurs. Celles qui racontent la vérité, qu'elle soit belle et tendre ou sombre et cruelle.

Hermione eut un frisson. Pourtant, malgré l'ambiance si étrange qui les enveloppait, elle commençait à être mystérieusement fascinée.
Alors,

- Oui. Celles-là, je les aime – même si elles sont parfois douloureuses.
- Dans ce cas, je vais t'en raconter une.

Et là, celle qui aurait peut-être mieux fait de partir quand elle en avait encore eu la possibilité et qui n'avait, en outre, guère confiance en son interlocuteur, souhaita plus que tout entendre ce qu'il avait à lui dire.

- As-tu déjà entendu parler de « La guerre des deux Rois », Hermione Granger ?

Elle remua négativement la tête.

- Hum... Ce n'est évidemment pas un sujet que le professeur Binns aborde durant ses cours, observa Ewan avec une pointe de sarcasme. Sais-tu seulement qu'il existe d'autres lieux où règne la magie ?
- Bien sûr, dit Hermione, soulagée de pouvoir enfin répondre à une question qui lui était posée. Il n'y a pas que Poudlard. Il y a aussi Durmstrang, Beaub...
- Non, souffla Ewan, stoppant son énumération avec un hochement de tête. Je te parle d'autres lieux. D'autres contrées, d'autres dimensions si tu préfères - qui n'appartiennent pas à ce monde que tu connais, là où tu vis...

Hermione resta perplexe. Elle tenta de s'imaginer un instant à quoi pourraient correspondre d'autres « dimensions », mais son esprit rationnel tiquait pour le moment.

Donc là, comme elle le faisait souvent devant une incompréhension, elle se mit à cogiter.
Qu'est-ce que ça pouvait être ? Pourquoi n'en aurait-elle jamais entendu parlé ?... surtout avec ce qu'elle pouvait être érudite sur tout ce qui avait trait à la magie. Et pourquoi lui parlait-il de ça, d'abord ?
Plus ça allait, plus elle avait l'impression qu'ils s'éloignaient du sujet initial : ce qui arrivait à Emy.

Pourtant, d'un autre côté, depuis un moment déjà, elle trouvait ce garçon bizarre, singulier. Et après la perplexité dans laquelle il l'avait plongée quelques minutes plus tôt en lui révélant qu'il existait des pouvoirs autres que ceux qu'on enseignait à Poudlard et dont elle n'avait jamais entendu parler...

Aaaah ! Elle secoua nerveusement la tête. Tout ça était complètement fou et elle n'y comprenait plus rien ! Elle ne se souvenait même plus pourquoi elle en était arrivée à réfléchir comme ça !
Mais en fixant soudain Ewan, qui patientait silencieusement, ne semblant pas du tout étonné de la voir réagir de la sorte, tout lui revint en mémoire et la perturba davantage. Une idée aussi absurde qu'explicatrice lui vint alors à l'esprit. Elle la trouva même tellement fantaisiste qu'elle en rit d'abord... avant que son sourire ne s'efface en voyant l'air sérieux qu'avait soudain adopté Ewan.
Non. Il n'était pas...? Son expression en devint stupéfaite.

- Qui es-tu ?, murmura-t-elle pour la seconde fois.

Seulement...

- Nous y reviendrons en temps voulu, sourit Ewan – satisfait de constater que le peu d'informations dévoilées avaient déjà fait un bon bout de chemin. Tu es une personne intelligente, donc, tu finiras par comprendre. Je ne me fais pas de soucis.

Mais Hermione, elle, ne put s'empêcher de s'en faire.

- Écoute plutôt ce que j'ai à te dire et fais travailler ton imagination, proposa-t-il. En es-tu capable ?
- Bien sûr que j'en suis capable !

Elle souffla. C'était sa manière de terminer les phrases ou la prenait-il vraiment pour une imbécile ?

- Essaie d'imaginer..., commença-t-il en cherchant les mots les plus justes, dans les temps anciens, un royaume en tous points différent du monde où tu vis actuellement et qui plus, qui était doté d'un grand pouvoir magique. Un pouvoir sans commune mesure avec le plus puissant que tu aurais pu rencontrer durant ta jeune vie et qui était en harmonie totale avec la nature. On le nommait « pouvoir elfique ».

Hermione cilla mais ne dit rien. Cette appellation évoquait en elle quelque chose d'à la fois paisible et redoutable, mais ne la ramenait à aucun livre connu.

- Imagine maintenant que de ce pouvoir disparu en ait découlé un autre, dit « féérique », certes moins puissant, mais dont les capacités demeureraient aujourd'hui encore largement supérieures à celui que vous pratiquez, toi et les tiens : la sorcellerie. Que ce pouvoir ait été en partie offert à certains humains -humains dignes de confiance alors côtoyés dans une logique de paix et de respect entre les peuples-, qui s'en seraient ensuite allés loin de ce royaume pour venir fonder une communauté de sorciers ici, sur Terre.

Jusque là, soulagée, tant bien que mal, Hermione suivait.
Elle vit soudain le regard d'Ewan se perdre quelques instants dans le vide. Mais quand il reprit son discours, ses yeux avaient recouvré tout leur éclat.

- Le temps passa. Durant les siècles qui suivirent, de génération en génération, les sorciers finirent par fonder un autre royaume ici-bas, autonome des autres magies. Quant à l'autre peuple, éloigné et dévoué à sa vie « d'ailleurs », il ne se préoccupa plus du reste... Tout cela tant et si bien, que ces royaumes en arrivèrent à s'oublier les uns les autres.

Ewan retint un soupir. Hermione sentit le vent tourner.

- À cette époque, le monde des sorciers était dirigé par un roi, sous les ordres duquel les plus grands servaient. Imagine maintenant, au fil des successions, un roi plus malin et avide que ses prédécesseurs, qui s'intéressa un jour à l'origine de son pouvoir et découvrit que quelque part existait un autre monde gouverné lui aussi par la magie... mais une magie bien plus puissante que la sienne.

Le garçon grimaça.

- Orgueilleux et vaniteux sorciers, siffla-t-il. Tels ceux que vous nommez aujourd'hui les « mages noirs » – ce dont tu m'as traité tout à l'heure...

Là, c'est Hermione qui grimaça.

- ... il voulut être le seul à pouvoir gouverner sur Terre et tenta d'abord diplomatiquement d'obtenir auprès des magiciens, le pouvoir originel qui lui aurait alors conféré une puissance sans équivalence parmi ses semblables. Devineras-tu la réponse qu'il obtint suite à sa demande ?, demanda Ewan, en faisant pour la première fois participer Hermione à sonhistoire.
- Euh... Les « autres », plus sages, comprirent ses véritables intentions et refusèrent..., proposa-t-elle timidement.
- Exact, approuva Ewan qui continua donc. Quel affront ce fut pour lui, sourit-il aigrement. Le problème, c'est que malgré l'explication apportée à ce refus et la promesse éternelle que l'autre royaume n'attaquerait jamais le sien, le roi sorcier fut dévoré par sa soif du pouvoir et par l'envie. Et comme à l'époque, même si les contacts étaient devenus anecdotiques, le passage entre ces deux mondes était toujours ouvert, dès son retour sur Terre, le sorcier se prépara à s'emparer du pouvoir convoité d'une manière plus expéditive : par la force.

Hermione ouvrit de grands yeux stupéfaits.

- Il n'a quand même pas osé...?
- Qu'est-ce que tu crois ?, railla Ewan. Les humains sont ainsi faits... Dans la plus grande facilité -et discrétion- il monta une armée qu'il envoya à la conquête du pouvoir elfique.
- « Elfique » ?, répéta Hermione. Tu as dit que le pouvoir elfique avait disparu et que la sorcellerie descendait du « féérique » tout à l'heure.
- Oh ? Je suis enchanté de voir que tu suis si bien, remarqua aimablement Ewan. En effet, je t'ai parlé d'un pouvoir féérique, parce qu'il s'agit de la magie pratiquée dans ce royaume. Mais le roi de l'époque, Idhren, était le dernier descendant d'une longue lignée elfique – il n'est alors pas difficile de concevoir que son pouvoir intéressa davantage le sorcier.
- Idhren devait posséder une puissance bien supérieure à celle de ses sujets...
- Immensément supérieure... Car si les magiciens « féériques » peuvent contrôler les quatre éléments séparément, les « elfiques » pouvaient le faire en même temps et créer ainsi le cinquième élément, la quintessence de tout.
- L'éther..., murmura Hermione, qui n'en crut pas ses oreilles. Ils parvenaient à l'éther...

Ewan la regarda, un petit sourire aux lèvres.

- Impressionnant et impressionnée, n'est-ce pas ?

Hermione, avec sa soif de connaissances, ne pouvait être autrement. Ceci-dit, elle ne voulait pas non-plus s'éloigner de l'histoire.

- Et ?, questionna-t-elle.
- « Et ? »
- La suite... Je suppose qu'après leur invasion, les sorciers se sont faits rapidement battre, conclut logiquement Hermione. Ne serait-ce qu'avec le pouvoir que possédait le roi elfique, les autres n'avaient aucune chance, non ?
- Pourtant..., il y eut une toute autre fin à cette guerre, dit Ewan qui parut soudain tourmenté.
- Laquelle ?
- À ton avis, si ce n'est pas le royaume d'Idhren qui vainquit, qui l'a fait ?
- Les sorciers ? Mais ils ne pouvaient pas...
- Non, effectivement. En tenant compte des éléments tels qu'ils nous apparaissent, cela parait encore aujourd'hui impensable.
- Alors comment ?, demanda doucement Hermione, qui put ressentir la tristesse émaner du garçon.
- Le sacrifice et la trahison, Hermione Granger. L'ignominie dans tout son être.

Elle en eut la chair de poule.

- Mais... Le sacrifice de qui ? La trahison de qui ?

Ewan sembla se renfermer sur lui-même. Il répondit à voix basse, le regard ailleurs, rongé par le passé de ce peuple qu'il se trouvait à raviver.

- Le sacrifice d'un roi pour protéger ceux qui n'auraient plus pu l'être... et auxquels il tenait de toute son âme. Même si malgré son acte, trop nombreux furent ceux qui disparurent à jamais. La trahison... La trahison de l'un des siens, de son propre conseiller - qu'il commit l'erreur, malgré les auspices, de ne percevoir que trop tard...

Hermione fut désolée. Elle n'eut pas le cœur d'intervenir. Pourtant, quand Ewan leva lentement son visage vers elle, son expression avait changé du tout au tout. D'abord blessés et meurtris, ses yeux étaient devenus vifs, étincelants et auraient pu lancer des éclairs. Une vague de colère s'exhala brusquement de tout son être, laissant entrapercevoir une image fugace mais stupéfiante d'un pouvoir inconnu.
Et lorsqu'il reprit la parole, Hermione put sentir toute la haine qui l'avait envahi.

- Seul, il n'aurait cependant jamais pu réussir à commettre son crime.

Il regarda alors Hermione, inquiétant.

- Souhaiterais-tu savoir qui était là, pour seconder cet être méprisable, satisfaisant ainsi l'ambition et la cruauté d'un sorcier ?

Hermione avala sa salive avec difficulté. Elle sentit tout à coup sa gorge se serrer encore plus, au point de lui faire mal. Elle eut alors du mal à articuler :

- Qui...?

Et entendit Ewan lâcher avec la plus profonde répugnance :

- Vos « quatre plus grands sorciers et sorcières de l'époque » : Gryffondor, Poufsouffle, Serdaigle et Serpentard !

Hermione resta abasourdie. Son cerveau semblait refuser d'incorporer ce qu'il venait d'entendre. Quitte à parler d'autres mondes, elle eut l'impression, à cet instant, qu'elle venait vraiment de rentrer dans une autre dimension.
Ce n'était pas possible... Elle avait forcément mal entendu ou compris quelque chose de travers.
Mais pourtant...

Elle dévisagea Ewan durant de longues secondes, se répétant en boucle dans sa tête, comme pour s'en convaincre pleinement : « Non, ce n'est pas possible... Non, ce n'est pas possible ».
Que Gryffondor et Serpentard, initialement de grands amis, aient pu devenir des ennemis jurés restait plausible. Mais Rowena Serdaigle –la sage, l'érudite– et Helga Poufsouffle –celle qui récompensait toujours ceux qui travaillaient durement et bonnement-, non, ça, ce n'était pas envisageable. Même l'image de Gryffondor ne correspondait absolument pas à ça !

- Non, souffla inconsciemment Hermione. Je n'y crois pas. Ces quatre sorciers étaient...
- ... Fidèles et loyaux à leur seigneur, termina calmement mais froidement Ewan. Rien de plus. Car, comme tu viens si bien de le dire toi-même : ils n'étaient que des sorciers.


Ewan attendit un moment qu'Hermione se remette doucement de ses émotions, puis pencha la tête sur le côté, esquissant un petit sourire.

- La vérité est dure à entendre parfois, n'est-ce pas, Hermione Granger ?

Hermione remua lentement la tête comme pour chasser tout ce qui s'entrechoquait à l'intérieur, luttant contre elle-même.

- Tu ne veux pas savoir ce qu'il s'est passé ensuite ?, susurra-t-il doucement, avec l'effet d'une pernicieuse torture. Tu n'as pas envie de connaître la véritable histoire de Poudlard ?
- Et moi, je ne crois pas qu'il soit de très bon ton de lui raconter des choses pareilles, retentit soudain dans le dos d'Ewan une voix sèche qui fit sursauter Hermione et soupirer le serpentard, qui leva les yeux au plafond avec la tête de celui qui s'attendait forcément, tôt ou tard, à être dérangé par quelqu'un.

Hermione regarda par-dessus l'épaule d'Ewan et un sourire rassuré s'étala aussitôt sur son visage.

- Adel !, s'écria-t-elle, heureuse comme jamais de voir arriver cet allié inespéré.

Adel passa devant Ewan sans lui accorder le moindre regard et vint se placer aux côtés d'Hermione, droit comme un « i », les bras croisés, l'air difficilement définissable - mais aux vues de sa précédente réflexion, davantage porté sur le mécontentement que la réjouissance.

- Allons bon !, se lamenta Ewan. Il ne manquait plus que toi, dit-il en fixant le serdaigle. Tu n'as pas cours quelque part, par hasard, « Rhomson » ?
- Et toi ?, rétorqua Adel, sévère. Tu ne devrais pas être en Métamorphose plutôt que là, à discuter de choses aussi invraisemblables ?

Hermione constata une nouvelle fois que leur rencontre virait immanquablement à un échange de reproches.

- C'est elle qui voulait savoir, s'expliqua tout tranquillement Ewan.
- Savoir quoi ? Qu'est-ce que tu as à lui raconter, peut-être ?, s'énerva Adel.
- Bah... Ce ne sont que des explications temporelles de toute façon, ajouta le serpentard, avec son petit sourire familier. Juste histoire de remettre les choses à leur place.

Adel renifla, agacé.

- Tu es véritablement insupportable, « Lynch » !

Mais ce dernier parut très loin d'être impressionné.

- Bon, maintenant, dit-il d'ailleurs d'un ton légèrement impatient, si tu voulais bien nous laisser tranquilles, je t'en serais reconnaissant.

Sur quoi il fit un petit geste de la main, demandant à son « camarade » de s'en aller, tout en conservant un sourire figé. Mais Adel regarda Hermione, regarda Ewan, re-regarda Hermione et se décida.

- Non. Désolé, mais je reste. Je n'ai absolument pas confiance en toi, déclara-t-il fermement pour la plus grande joie d'Hermione. De plus, je serais curieux de savoir ce que tu vas nous servir, maintenant.
- Ça m'aurait étonné, marmonna Ewan qui ne chercha même pas à dissuader le serdaigle. Bien... Où en étais-je, moi ?, se gratta-t-il alors la tête, soupirant avec un calme étonnant.

... Et en matière d'étonnement, Hermione était persuadée que ça n'était pas fini.

- Tu en étais au fait que les quatre fondateurs de Poudlard auraient sciemment participé au massacre du royaume d'Idhren, grinça Adel qui souffla la réplique avec grande précision et monotonie.
- Oui, c'est vrai, le remercia plus froidement Ewan. Tu ne l'as donc lu nulle part, Hermione Granger ?, reprit-il en dégageant un nouveau souffle qui ramena immédiatement Hermione dans l'ambiance sans pour autant affecter Adel. Vos quatre grands sorciers et sorcières, ceux que chaque élève de cette école, de part son affectation dans une maison ou une autre, vénère comme un symbole, n'étaient rien d'autre que des soldats dressés à aller voler un pouvoir qui n'était pas le leur et qu'ils n'auraient jamais dû approcher.
- Mais ce qu'on nous enseigne ici, c'est de la sorcellerie, pas de la magie féérique – et encore moins elfique !, objecta Hermione. S'ils avaient réussi à s'emparer de quoi que ce soit, comme tu le dis, nous ne serions pas de « simples » sorciers. Nos pouvoirs seraient plus grands encore !

Elle commençait enfin à s'énerver.

- Pfff... !, balaya Ewan. Parce que tu crois peut-être qu'en s'appropriant un quelconque pouvoir elfique, les sorciers ont su comment s'en servir pour leur propre compte ? C'est pitoyable... Tout ce qu'ils ont fait, c'est affaiblir un monde sain et serein pour ramener ici quelque chose qui leur procurerait finalement jamais qu'une goutte de puissance.

Son regard fit un nouveau bon dans le lointain.

- Tant d'innocents tués... Tant de souffrances qui auraient dû être évitées...

Mais ses yeux se plissèrent et il fixa à nouveau Hermione, menaçant – ne s'intéressant pas encore à Adel, qui restait pour le moment sagement aux côtés de la jeune fille, tel un garde du corps.

- Vos quatre grands « héros » retournèrent sur Terre, laissant derrière eux un monde de désolation. Ils offrirent alors à leur roi, symbole de leur victoire, un joyau. Le Joyau où était scellé une partie du pouvoir elfique et qui se trouvait jusqu'alors incrusté dans la couronne que portait Idhren - couronne qui lui fut volée quand celui-ci reçut un coup mortel. Tu devines la suite, Hermione Granger ?
- Non, murmura Hermione qui n'osait plus, malgré la présence d'Adel, intervenir dans la discussion tant la tension était subitement montée.
- « Non » ? Tiens, tu m'étonnes. Toi qui ne manques d'ordinaire jamais l'occasion de participer aux débats intéressants... Le roi sorcier tenta vainement de s'approprier le pouvoir enfermé dans le joyau, mais n'y parvint pas. Refusant néanmoins de se débarrasser d'un tel trésor, il comprit assez rapidement qu'il pourrait toujours en tirer profit en se servant de la faible magie qui en exsudait – et ce, même si ce n'était plus à des fins purement personnelles. C'est ainsi qu'il confia, telle une récompense, la tâche à ses quatre brillants soldats de créer un lieu qui serait à jamais empli de magie, en grande partie grâce à la seule présence du joyau, et qui symboliserait alors son pouvoir à lui. Je ne t'ai pas dit d'ailleurs, sais-tu comment s'appelait ce roi sorcier ?, demanda Ewan avec un rictus cruel.

Hermione remua seulement la tête.

- Poudlard. Le roi Poudlard... C'est en hommage à celui qui lui permis de s'inscrire à jamais dans l'histoire de la sorcellerie, que cette école fut nommée ainsi.


Hermione en eut la nausée. Quelle tragédie. Si Ewan disait bien vrai, si ce qu'il venait de lui conter était bien la vérité, alors cette école, ce lieu où elle s'était toujours sentie comme tant d'autres, dans une seconde maison, était bâtie sur des fondations de feu et de sang, d'ambitions malsaines et de trahisons.

Mais tel un bouclier, elle pensa soudain à la chaleur et au réconfort que procurait son directeur.
Non. Jamais une personne comme Dumbledore n'aurait accepté un poste dans un tel endroit... Jamais ! De plus, il y avait certes des antagonismes, des rivalités qui duraient depuis toujours et qui dureraient probablement à jamais, mais malgré tout, malgré tous les malheurs qu'une vie scolaire peut apporter, on se sentait bien ici. Alors comment quelque chose fondé sur un massacre pourrait dégager un tel bien-être ? C'était impossible.

- Tu te trompes, osa s'opposer doucement Hermione, à la surprise d'Ewan. Poudlard est un endroit où il fait bon vivre ; qui ne tire son pouvoir que de sorciers surdoués comme Dumbledore, grâce auxquels notre existence est allégée, grâce auxquels nous sommes protégés. Tu te trompes... Poudlard n'est pas ainsi...
- Bien sûr que les sorciers s'y sentent bien !, s'exclama Ewan telle une évidence. Avec tout le mal que vous vous êtes donnés pour vous construire un petit nid douillet, ça aurait été le comble que vous vous y sentiez mal ! Quant à vos fameuses protections, permets-moi de te dire que si au travers des âges et des différents directeurs qui se sont succédés ici, les sorts et le pouvoir tout court d'ailleurs, se sont peu à peu renforcés, le cœur de Poudlard, ce qui lui a permis de naître et qui continue à le faire exister, c'est ce joyau volé et caché. Rien de plus !

Hermione ne savait même plus pourquoi ils parlaient de ça. Mais qu'importe.

- Il est inutile que je te demande si tu viens de ce royaume déchu ?, dit-elle sèchement en fixant Ewan.
- La réponse me semble évidente, répondit-il du même ton. Même si ce royaume n'est plus si déchu que ça...

Hermione respira profondément.

- Dans ce cas, pourquoi es-tu venu ici ? Pour venger ton peuple ? Pour punir les sorciers de leurs actes passés ?
- Oui et non, resta volontairement dans l'incertitude Ewan. Mais entre nous, nous ne nous sommes pas déplacés jusqu'ici pour simplement nous venger... Même si j'avoue qu'on en a profité pour faire un peu de ménage.

Quels termes effrayants employés. Mais tout à coup,

- Comment ça « nous » ?, s'inquiéta Hermione qui, instinctivement, se rapprocha d'Adel. Tu veux dire que... que vous êtes plusieurs ?

Ewan se passa une main dans les cheveux et fronça les sourcils, un peu déçu.

- Hermione Granger... Avec les risques qu'une telle mission comporte, avec le temps qu'elle allait forcément nous prendre et compte tenu des obstacles de taille que nous allions rencontrer -et je veux parler de ton directeur, au cas où tu puisses un seul instant penser que vos simulacres de sorts, barrières et autres bêtises pour accéder au Joyau puissent nous causer un quelconque problème-, tu crois vraiment que j'allais venir seul ? J'aurais fini par m'ennuyer en plus, moi, ici !

Il n'était pas seul. C'était la seule information qui gravitait pour le moment dans le cerveau d'Hermione. Mais qui, parmi ses proches, pourrait être à la hauteur pour lui servir de coéquipier ? Malefoy ? Fourbe et lâche. Non, pas quelqu'un comme ça. Bullstrode ou Parkinson ? Non, trop puériles... et bêtes. Non, de plus, il faudrait certainement chercher parmi un élève de septième année. Flint alors ? Dans ce cas, pourquoi Ewan le regardait toujours de travers ? Pour faire croire qu'au contraire, ils ne se supportaient pas mais étaient en réalité complices ? Mais Flint était loin d'être aussi doué qu'Ewan – mais là encore, il pouvait tout à fait faire semblant d'être moyen en cours pour brouiller les pistes. Étaient-ils seulement venus à deux ? N'étaient-ils pas plus ?

- Youhou !, s'amusa à l'appeler Ewan en agitant une main. Alors, on rêve les yeux ouverts ?
- Combien êtes-vous ?, demanda-t-elle spontanément.
- Ah, ça ! Pardonne-moi, mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée de tout te dire, sourit-il.
- Alors qu'entends-tu par : « en avoir profité pour faire un peu de ménage » ? Tu parles comme si... comme si...

Et là, tout ce qu'elle avait pu entendre comme ragots portant l'étiquette d'« histoires à dormir debout » réapparut à son tour. Hermione regarda Ewan épouvantée.

- Tu as... Tu as... Tu as fait disparaître des élèves de cette école, n'est-ce pas ?
- Quelle imprudence de ta part de me poser une telle question, Hermione Granger, remarqua Ewan avec indulgence. À ton avis, si je t'avouais là, maintenant, que je suis responsable ou en partie responsable de la disparition de certains de tes petits camarades, n'aurais-tu pas peur que j'en fasse de même avec toi, afin de ne laisser aucune trace derrière moi ?

Ce fut dit sur un ton qui ne laissa aucune place au doute, pas une seule seconde. Oh que oui, il en avait fait disparaître des élèves. Hermione en était certaine. Mais combien ? Comment ? Pourquoi ?
Brusquement, l'image d'une personne à laquelle elle tenait beaucoup surgit devant ses yeux.

- Emy... Tu comptes aussi t'en prendre à Emy ! Et tu as commencé à le faire... C'est pour ça qu'elle se comporte étrangement et qu'elle...

Elle blêmit.

- Tu oserais donc lui faire du mal...?

Mais qu'est-ce qu'elle attendait pour partir en courant ? Partir trouver un enseignant à qui elle pourrait tout raconter et ainsi faire cesser ce cauchemar ? Mais c'était plus fort qu'elle. Elle ne voulait pas partir... Elle ne le pouvait même pas.

- Emy ? Tu plaisantes j'espère, ricana Ewan. Écoute bien ce que je vais te dire : Emy est comme nous. Emy... est-l'une-des-nôtres, annonça-t-il tout tranquillement en sachant pertinemment comment Hermione allait interpréter cette énième révélation.

Et en effet, Hermione fut littéralement sous le choc. Emy ? La Emy qu'elle connaissait si bien ? L'une des leurs ? Une personne qui pourrait se prêter à des actes si mauvais, si...? Non, ce n'était pas possible. Il lui racontait décidément n'importe quoi !

- Je ne te crois pas, bredouilla-t-elle. Jamais Emy ne ferait de mal à une mouche. Alors aller l'imaginer...
- Imagine-la un peu faire ce que tu veux, haussa les épaules Ewan. Je ne t'ai pas parlé de ses agissements, mais seulement de sa nature profonde. Emy, contrairement à vous tous, n'est pas une sorcière mais une magicienne.
- Et qu'est-ce que ça change ?, rétorqua Hermione en serrant les poings. Sorcière, magicienne - quelle différence ? De toute façon, elle est très bien ici ! Elle y est heureuse, elle y a des amis, elle y reçoit un enseignement...
- ... qui sera de plus en plus éloigné de ce qu'elle est et vivra plus tard dans un monde hostile où elle ne ressentira que mal-être et mélancolie, auxquels chaque être féérique demeurant sur Terre est condamné, acheva sombrement Ewan.

Mais Hermione ne pouvait pas le croire. Croire déjà le reste était du domaine du « presqu'impossible », mais là, se convaincre qu'Emy n'aurait pas sa place auprès d'eux dans un futur proche était tout bonnement aberrant !

- Si ça peut te faire changer d'avis sur le fait qu'elle n'a rien à faire ici, déclara alors Ewan, je n'ai qu'à te citer l'agression dont elle a été victime samedi soir.
- Quoi ? Mais qu'est-ce que tu dis, encore ? C'est toi qui a été visé et blessé, pas elle !
- Blessé oui. Visé non. Je me suis pris le sort, mais ce n'était pas à moi qu'il était destiné.
- Quoi...?

Hermione se sentit soudain mal.

- Je te dis, répéta Ewan -qui savait pourtant que c'était parfaitement inutile-, qu'une personne dans ce château sait qui est véritablement Emy et qu'il n'en veut pas. Cette personne a donc trouvé tout naturel d'essayer de la supprimer durant notre petite virée de mauvais goût dans la Forêt Interdite. Manque de chance pour cette personne, c'est moi qui accompagnait alors Emy et ai donc pu la protéger – en échange de quoi, je me souviendrai longtemps des soins de madame Pomfresh, grimaça-t-il en posant une main sur sa poitrine, là où le sort l'avait touché.
- C'est... C'est incroyable, balbutia Hermione qui se tourna vers Adel. Adel !, l'appela-t-elle. Dis quelque chose ! Tout ça n'est pas possible ! Ce n'est pas vrai !
- Ah ça ! C'est clair que de se retrouver ici à parler de trucs pareils, c'est pas possible, en effet !, bouillonnait le serdaigle.

Hermione était trop troublée par les propos d'Ewan pour avoir remarqué l'étrange ton employé par Adel, qui ne semblait non-pas mettre en doute les paroles du serpentard, mais plutôt le fait de parler de ce genre de choses en ces lieux.

- Mais ne va pas t'imaginer qu'Emy est une tueuse en puissance surtout, ajouta Ewan avec malice. Elle n'est même pas au courant.
- De quoi ?, se perdit Hermione. Que c'est elle qui était visée ?
- Non, ça elle le sait - et c'est d'ailleurs l'une de raisons pour lesquelles elle est tourmentée en ce moment. Non, ce qu'elle ignore, c'est son pouvoir féérique.
- Hein ?
- Hermione Granger, expliqua Ewan avec une certaine condescendance, tu ne savais même pas toi, qu'il existe d'autres pouvoirs magiques que la sorcellerie. Emy étant née de parents Moldus, comment voudrais-tu qu'elle ait pu apprendre une chose pareille ?
- Toi, tu le sais bien ! Et d'autres personnes dans ce château aussi, fit-elle observer. Donc s'ils le savent, pourquoi ne lui en auraient-ils pas parlé ?
- Mmoui, admit Ewan, la mine songeuse. Il est vrai que Dumbledore aurait pu lui expliquer deux ou trois choses... Raaah ! Mais bien sûr qu'il le sait !, s'agaça-t-il en voyant la mine d'Hermione, soudain incrédule. Si lui ne le savait pas, qui le saurait ? Mais évidemment, il ne lui en a pas parlé.
- Pourquoi ? Emy est une personne raisonnable et intelligente, la défendit loyalement Hermione. Elle aurait compris, si certaines précautions étaient à prendre. Ça ne fait aucun doute !

Ewan sourit... sincèrement cette fois-ci.

- Je suis heureux de voir qu'Emy a quelqu'un ici sur qui compter.
- Bien sûr qu'il y a des personnes ici sur qui elle peut compter !, s'indigna Hermione. Pourquoi crois-tu que je sois venue te voir, en sachant que tu pouvais me transformer en raton laveur en un claquement de doigt si tu le souhaitais, si je n'étais pas son amie ?
- « En raton laveur » ?, imagina Ewan en observant Hermione. Pourquoi pas, plaisanta-t-il. Non, je ne pense pas te destiner à un tel sort... toi.

Son rictus et sa fin de phrase ne laissaient rien présager de bon. Mais Hermione resta ferme.

- Tu n'as pas répondu à ma question : pourquoi Dumbledore ne lui a pas parlé ?
- Pas pour les raisons que tu pourrais imaginer, en tout cas, la taquina-t-il.
- Pourquoi alors ?
- Parce qu'en lui parlant de son pouvoir, il aurait été obligé de lui parler d'autres choses dont il ne tient pas à ce qu'elle soit au courant - et je ne fais pas forcément allusion au passé glorieux de ce château qu'il a malgré tout décidé de protéger, souligna Ewan. Non, je parle de ce qu'il se passe en ce moment-même et des doutes qu'il nourrit sur moi. Pourquoi aller accabler une jeune fille qui n'aspire qu'à être heureuse et tranquille lorsque ce n'est pas la peine ?
- Dumbledore sait donc qui tu es ?

Ewan fit la moue.

- Hum... Ça, je ne sais pas. Mais d'où je viens et pourquoi je suis là, ça, j'en suis certain – surtout avec ce qui s'est passé dernièrement.
- Tout ce que tu m'as raconté... Ta présence ici est hostile au bien-être du château, déclara Hermione. Pourquoi n'agit-il pas contre toi ? Pourquoi joue-t-il la carte du silence ?

Elle ne comprenait pas qu'un sorcier comme Dumbledore, doté de telles facultés, n'ait pas déjà arrêté un garçon comme Lynch.

- « Pourquoi » ?, ria Ewan. Mais quelle sotte tu peux faire malgré ton intelligence, Hermione Granger. Mais parce qu'il...

À cet instant, pour la première fois, Adel marqua un signe d'impatience et se racla bruyamment la gorge en resserrant un peu plus ses bras contre sa poitrine. Ewan lui accorda alors un bref regard, soupira et poursuivit – au grand agacement du serdaigle.

- Bref ! Sans doute parce qu'il sait que je ne suis pas seul à agir et qu'il voudrait tous nous attraper en même temps. Et puis, connaissant un tant soit peu ce vieux sorcier, il a dû échafauder quelques scénario qui font qu'intervenir maintenant n'aurait aucun sens.
- Et quand compterait-il intervenir à ton avis ?, demanda brutalement Hermione.
- Au dernier moment, ne se priva pas de dévoiler Ewan. Lorsque j'irai récupérer le Joyau qui nous appartient.
- Tu veux...?

Là, Hermione eut besoin de plusieurs minutes pour tout assimiler, mais surtout réaliser. Après tout ce qu'Ewan lui avait dit, arracher à Poudlard ce joyau équivalait à... à... Non, elle n'osa même pas aller au bout de ses pensées tant celles-ci devenaient épouvantables.


Très bien ! Sa décision était enfin prise, la discussion était allée assez loin. Avec l'aide d'Adel ça serait certainement possible : il fallait qu'elle mène ce garçon jusqu'à Dumbledore et qu'il lui répète tout ce qu'il venait d'avouer. C'était trop dangereux de le laisser libre. Jamais elle n'avait encore remarqué le moindre professeur, fantôme, elfe ou quoi que ce soit surveiller une seule fois Lynch. Et ça, c'était une grosse erreur. À elle de faire son devoir.

- Je suis désolée Ewan, mais je ne peux pas te laisser faire.

Le garçon afficha un intérêt poli.

- Affabulateur ou inconscient, je crois malheureusement tout ce que tu viens de me dire et tu comprendras alors que je ne peux pas te laisser faire ce que tu veux.

Vive comme l'éclair, Hermione dégaina sa baguette magique qu'elle pointa vers le serpentard.

- Oh ! Quelle rapidité !, apprécia Ewan, qui n'avait pas bougé. Tu te débrouilles plutôt bien. Et dans la mesure où tu es douée pour tout ce que tu entreprends, je pense que tu feras une grande sorcière.
- Merci du compliment, répliqua sombrement Hermione, mais ce n'est pas le moment pour ça. Tu vas me suivre maintenant.
- Et pour aller où, je te prie ?
- Je te mène jusqu'au directeur – au pire, jusqu'à ma directrice de maison si je ne le trouve pas.
- Oui, c'est vrai qu'il est souvent absent ces temps-ci, commenta Ewan, songeur. Mais dis-moi, Hermione Granger, poursuivit-il toujours aussi dégagé, si je n'ai pas envie de te suivre, tu fais quoi ?

Hermione ne fut que pour moitié surprise par cette question provocatrice - de même qu'elle se doutait qu'emmener une personne comme Lynch docilement relevait de l'utopie.
Ceci-dit,

- « Ce que je fais » ?, répéta-t-elle assurée. Je te saucissonne et te bâillonne avant de te faire léviter devant moi jusqu'à la salle des professeurs !
- Hum... Ce n'est guère élégant comme posture ça, constata Ewan, qui ne paraissait pas emballé par l'idée.
- Effectivement. Dans ce cas, tu n'as qu'à marcher devant moi en prenant soin de ne pas faire d'absurdes tentatives pour te sauver.
- Et si je ne veux toujours pas te suivre ?

Il avait l'air de profondément s'amuser à l'agacer et elle, forcément, commençait furieusement à en avoir marre.

- Bon, maintenant ça suffit !, trancha-t-elle, faisant jaillir quelques étincelles rouges de sa baguette. On y va et puis c'est tout ! Avance !, ordonna-t-elle en pointant sa baguette vers le couloir qu'ils devraient emprunter pour aller là où elle le souhaitait.

Mais Ewan ne bougea pas d'un pouce. Son sourire amusé avait disparu et il fixait maintenant Hermione avec un air mystérieux.

- Lynch !, ne se laissa pas intimider Hermione. Ne me force pas à...
- Hermione, intervint enfin d'une voix lourde Adel, qui continuait de fixer Ewan. Baisse ta baguette, s'il te plaît.

Hermione l'aurait certainement écouté, persuadée qu'à lui seul il pouvait rivaliser avec Lynch, mais le seul fait qu'il n'ait pas encore sorti sa propre baguette la fit hésiter. Ewan était un garçon intelligent et dans la mesure où il aurait fallu qu'il soit subitement devenu suicidaire pour lui avoir fait toutes ces révélations sans penser pouvoir s'en sortir, il fallait à tout prix qu'Adel et elle restent les plus vigilants possible. En outre, un soupçon d'orgueil la fit réagir autrement.

- Je sais que tu pourrais t'en occuper tout seul, Adel, dit-elle confiante, mais tu sais, dans ce genre de situation –surtout vu le phénomène qu'on a en face de nous– on ne sera probablement pas trop de deux pour...
- Tu ne comprends pas, soupira alors le serdaigle.

Et là, stupéfaite, Hermione vit la main d'Adel se tendre lentement devant elle, au-dessus de la main qui tenait fermement sa baguette et d'un unique mouvement de doigt, l'obliger à se baisser. Elle n'en revenait pas. Sans baguette... et avec une telle force. Elle avait certes été surprise, mais elle sut de suite que même préparée à ce geste, elle n'aurait jamais pu lutter contre. Que cherchait Adel en agissant de la sorte ? Aucun des deux n'avait plus de baguette à lui opposer et Lynch risquait fort d'en profiter pour fuir – et dans ce cas-là, que pourraient-ils faire ?
...parce qu'aller rapporter tout ce qu'il venait de dire n'était pas suffisant pour assurer la sauvegarde du château, il fallait également l'arrêter !
Mais...

- Je suis désolé Hermione, termina Adel en tournant lentement vers elle un visage impassible. Mais même si tu n'as aucune chance de l'atteindre, je ne peux te permettre de pointer ta baguette sur lui...