Note : Hello ^^ ! Et voici la suite. Donc bonne lecture et bon week-end !
Hermione ne comprit pas de suite le sens de ces paroles. Elle resta d'abord interdite, fixant Adel avec incrédulité. Mais au fil des secondes, les mots forcèrent les barrières de son esprit.
« Je suis désolé... », « je ne peux te permettre de pointer ta baguette sur lui... », « aucune chance de l'atteindre... ».
Quoi ? Comment ? Mais qu'est-ce qu'il racontait ? Il voulait qu'elle laisse Lynch tranquille, c'est ça ? Et ce, parce que... parce que... Non, elle avait mal entendu, mal compris, ou quelque chose dans ce ton-là, quelque chose comme... comme...
Mais non. Hermione observait toujours Adel et à son expression -ainsi qu'à la posture sûre et sereine de Lynch qui les regardait tous les deux dans le plus grand silence-, il n'y avait malheureusement qu'une réponse possible : elle avait bel et bien interprété sa demande et sa remarque.
Son regard passa alors d'Adel à Ewan, d'Ewan à Adel. Hermione eut l'impression qu'un poids invisible venait de lui tomber dessus. Elle se sentit soudain terriblement seule, abandonnée, désarmée. Elle baissa la tête, attristée, incapable de réagir - avec cette impression qu'elle avait perdu tous ses repères et n'avait plus rien à quoi se raccrocher. Et là, tout à coup, une pensée, telle une gifle salvatrice, la secoua enfin.
Quelle idiote ! Elle avait tout d'abord songé à Flint. Elle s'était immédiatement focalisée sur un garçon de septième année de Serpentard. Mais après tout, n'importe qui pouvait jouer un rôle pour dissimuler la vérité ! Elle se recula d'un pas et regarda celui qu'elle avait toujours considéré comme un bon camarade, hostile à tout ce qui concernait Lynch, ébranlée, déçue, en colère.
- Adel, dit Hermione en tentant de maîtriser cette cascade d'émotions qui l'avait violemment envahie. Ne me dis pas que tu es avec lui ? Ne me dis pas que tu es comme lui ?, hurla-t-elle finalement en pointant Ewan du doigt.
C'était tout un monde de confiance et de bonne humeur qui s'écroulait subitement sous ses pieds. Elle ne pourrait jamais lui pardonner.
- Adel !
Le visage impassible du serdaigle se mua alors en sourire désabusé.
- Hum... Si ça peut un tant soit peu te consoler, Hermione, sache que je me suis toujours comporté le plus naturellement avec toi et n'ai jamais eu à masquer de ressenti quelconque, parce que tu es une personne que, malgré ta nature, j'ai appris à apprécier.
Hermione secoua la tête, les lèvres pincées, réfractaire à ce qu'il lui racontait. Mais Adel continua.
- Tu sais donc comment je suis. Alors comprends bien une chose maintenant - une chose importante : celui ici qui a eu le plus à jouer la comédie, ce n'est pas moi... c'est lui, dit-il en se tournant vers Ewan.
- Non..., souffla Hermione en les considérant gravement tous les deux.
- Hermione, dit Adel doucement en se rapprochant d'elle, écoute-moi s'il te plaît. Écoute-moi !
Oui, elle l'écoutait. Mais alors qu'il avait essayé de poser ses mains sur ses épaules, elle s'était instinctivement dégagée et reculée d'encore un pas. Adel soupira.
- Ce n'est pas moi qui suis comme lui. C'est lui qui serait plutôt comme moi. Tu comprends ?, persista-t-il. De nature, il n'est pas le garçon distant, froid et dédaigneux dont il se donne l'air. Mais c'était nécessaire...
- Bien sûr ! Pour mener à bien vos projets, c'est ça ?, réagit Hermione avec virulence. Non contents de nous avoir tous dupés, d'avoir tué des élèves, vous voulez maintenant faire la ruine de ce château !
- Ne commets pas l'erreur de considérer ceux qui ont disparu comme de simples élèves, Hermione, indiqua Adel d'un ton moins cajoleur. Car comme nous, ils n'en avaient que l'apparence. Quant à « votre châteaux », dit-il avec la même amertume qu'Ewan, il possède un pouvoir qui n'a jamais été le sien et qu'il faut que nous récupérions.
- Pourquoi, hein ? Pourquoi ?, s'obstina Hermione qui sentait ses yeux s'emplir peu à peu de larmes de rage. Pour vous venger ? Pour montrer qu'au final, c'est le royaume d'Idhren qui aura vaincu ? Ne pouvez-vous donc pas laisser le passé là où il est et considérer les choses comme elles le sont aujourd'hui ? Nos peuples ne sont plus en guerre et avec des sorciers comme Dumbledore, c'est la paix qui règne, plus les complots !
Hermione tourna brusquement la tête et se figea face à Ewan. Pendant qu'elle avait parlé, il s'était rapproché d'eux. Mais contrairement à ce qu'elle aurait pu craindre, il la regardait à cet instant de manière presque admirative.
- Ah, Hermione..., soupira-t-il nostalgique. Comme j'aurais aimé que notre roi ait un conseiller aussi sage et intelligent que toi... Cela nous aurait épargné aujourd'hui tant de tracas. Ceci-dit, poursuivit-il moins rêveur, détrompe-toi. Contrairement aux sorciers, nous autres ne sommes pas de nature orgueilleuse. Ainsi, si nous avons eu besoin de venir jusqu'ici pour récupérer le joyau, ce n'est pas pour une vulgaire histoire d'avoir le dernier mot.
- C'est pour quoi alors ?
Seulement...
- Pardonne-moi, s'excusa Ewan, mais dans la mesure où tu n'accepteras jamais la situation, mieux vaut que l'on en reste là.
Il jeta alors un imperceptible coup d'œil par-dessus l'épaule d'Hermione que seul Adel remarqua.
- De plus, ajouta-t-il devant l'expression indignée d'Hermione, je pense que tu en as suffisamment entendu pour satisfaire momentanément ta soif de savoir - t'en dire davantage ne serait que perte de temps. Dans tout ce que je t'ai dit, retiens simplement que je n'ai fait aucun mal à Emy et ne lui en ferai jamais. C'est tout.
- Pardon ?
- Ah oui ! Au fait..., conclut Ewan, espiègle, ignorant l'énervement d'Hermione et plongeant ses grands yeux dorés dans ceux de la jeune fille. Méfie-toi de Peeves...
Et avant qu'Hermione n'ait eu le temps de répliquer quoi que ce soit, une main se posa rapidement mais délicatement sur son front et une voix murmura :
« J'en appelle à toi, Eau qui donne la vision,
Inspire la raison et efface la conception.
Onde bénéfique, viens ici
Et de par ton pouvoir, chasse ces mots de son esprit ».
Lorsque la main se retira, le regard d'Hermione était devenu flou, perdu dans le vide. Elle demeurait droite, mais son corps tout entier s'était décontracté et un sourire béat vint étirer lentement ses lèvres. Elle semblait plongée dans une rêverie éveillée.
- Hé ben !, râla Adel en se tournant vers le nouvel arrivant. T'en as mis du temps ! Encore un peu et il fallait que ce soit moi qui m'en occupe !
- Et alors, tu sais le faire, non ?, rétorqua Roger.
- Peut-être, mais le spécialiste en la matière, c'est toi, pas moi.
- Pour sûr, glissa Roger avec malice, ta spécialité serait plutôt le combat rapproché.
- Hein ?
- C'est bon. Ça va vous deux, les coupa patiemment Ewan. Retournez en cours... et sans dispute, demanda-t-il avec un petit sourire éloquent.
- Comme tu voudras, s'exécutèrent les deux autres. Mais, euh...
- Quoi ?, se retourna Ewan qui s'en allait déjà vers les serres du parc.
- Désolé mais... pour elle, fit Adel en pointant du pouce Hermione. Qu'est-ce qu'on en fait ?
- Comment ça : « qu'est-ce qu'on en fait » ?, se vexa Roger. Tu as peur que je m'y sois mal pris ? Je te signale que nous n'en avons plus rien à craindre, maintenant.
Adel soupira. Il prit alors sur lui d'aller jusqu'au bout de sa pensée sans s'énerver.
- Elle va rester comme ça pendant cinq minutes, non ? Si on s'en va et que quelqu'un arrive avant qu'elle ne sorte du brouillard...
- Ça ira, affirma Ewan. Aucun sort ne peut briser celui d'Idhar. Mais si ça te rassure, je vais faire en sorte qu'elle se réveille dès que nous aurons disparu de son champ de vision.
- Toi, sourit Adel en regardant Ewan de deux yeux pétillants proches de l'adoration. C'est pour toutes ces petites attentions que je t'aime.
- Hé !, manqua de s'étouffer Roger. Ça ne va pas de dire des choses pareilles ?
Mais...
- Laisse, tempéra Ewan. Depuis le temps, j'y suis habitué.
Ainsi, comme l'avait proposé Ewan, à peine les trois silhouettes eurent-elles disparu qu'Hermione revint à elle. Sitôt ses esprits retrouvés, elle se demanda ce qu'elle faisait à cet endroit. Elle se souvenait très bien être partie de la bibliothèque pour aller récupérer un livre dans sa salle commune, mais le fait est que le couloir où elle se trouvait à cet instant n'était pas sur l'itinéraire qu'elle empruntait d'ordinaire pour se rendre à sa tour depuis la bibliothèque.
Lui revinrent brusquement « en mémoire » les évènements : en chemin, elle avait rencontré Peeves qui s'était mis à la pourchasser en essayant de lui coller du chewing-gum dans ses cheveux déjà suffisamment broussailleux – ce qui l'avait obligée à prendre une autre route.
C'est donc tout naturellement convaincue par la véracité de ces faits qu'Hermione se hâta d'aller chercher son livre –dont elle se rendit compte immédiatement qu'elle n'avait pas vraiment besoin– et retourna à la bibliothèque où ses amis commençaient à s'inquiéter du temps qu'elle mettait pour faire un simple aller-retour jusqu'à la tour de Gryffondor, avant qu'ils ne se mettent à discuter tous les quatre de tout ce que Peeves mériterait de subir pour expier ses mauvais tours.
Les jours passèrent et rien ne vint interpeller qui que ce soit par rapport au comportement d'Hermione. La jeune fille était restée égale à elle-même, si ce n'est qu'elle n'avait plus le désir farouche d'aller voir Ewan pour lui demander des explications.
Avec le temps, Emy avait également retrouvé le sourire, même si elle demeurait encore un peu secrète et parfois renfermée sur elle-même – ce que les autres interprétaient comme un compréhensible « après coup » de l'agression. Pourtant, si Emy n'avait pas encore pleinement retrouvé sa bonne humeur, les raisons étaient loin d'être liées à un quelconque choc. En réalité, elle était déçue de ne toujours pas avoir pu s'entretenir avec Ewan. Voilà plusieurs jours que le garçon se faisait rare, quasiment invisible ; qu'elle ne le voyait qu'en coup de vent – et souvent ne faisait même que l'entrapercevoir au loin. Et pour couronner le tout, voilà qu'il lui avait fait parvenir par hibou, quelques jours plus tôt, un message lui expliquant qu'il ne serait pas disponible durant un certain temps pour leurs séances de projet commun. Face à cela, Emy s'était d'abord demandée ce qu'il pouvait bien avoir à faire de si important le soir, après les cours, puis son imagination travaillant, elle avait fini par songer que cette absence pouvait tout aussi bien être un moyen pour l'éviter et ainsi, ne pas avoir à lui parler.
Maigre consolation dans tout cela : il ne pourrait pas la fuir éternellement. Et (encore plus) maigre distraction : le bal était imminent. De plus, l'excitation dans laquelle la grande majorité des élèves du château étaient tombés l'avait préservée des quelques remarques désobligeantes sur ses amitiés douteuses auxquelles elle avait encore eu droit jusque là, malgré la présence de Ron et Harry qui jouaient toujours volontiers leur rôle de protecteurs.
- Oh la la !, pouvait-on entendre à tout bout de champ, quelque soit l'endroit où l'on se trouvait. Qu'est-ce que je me languiiis !
- Moi aussi ! Regarde un peu ce que je vais porter...
- Non mais franchement !, grogna Ron après avoir croisé un groupe de filles surexcitées, alors qu'il descendait un escalier qui devait les mener, lui et ses trois amis, à leur redouté cours de Potions. C'est ça les filles ! Et ça piaille, et ça piaille ! Ridicule !
Hermione et Emy se regardèrent interloquées, se sentant relativement concernées par la remarque, tandis que Harry tira un coup de coude discret dans les côtes de Ron pour lui faire comprendre qu'il n'allait pas tarder à se prendre quelques remarques bien placées s'il continuait à bougonner ainsi. Et effectivement...
- Forcément !, lança Hermione le nez en l'air en le doublant dangereusement en plein virage sans même le regarder. Certainement que si tu t'étais trouvé quelqu'un pour aller danser, tu serais moins grognon !
- J'te l'avais dit, chuchota inutilement Harry au creux de l'oreille de son ami – ami qui ne se laissa pas faire pour autant.
- D'abord, mademoiselle Hermione, sache que si j'ai envie d'avoir une cavalière, je ne mettrai pas cinq minutes pour en trouver une ! Ensuite, ça n'a strictement aucun rapport. As-tu simplement vu un seul garçon dans l'école, toutes maisons confondues, se mettre à glousser stupidement dès qu'il croise une fille qui lui plait ou à hurler tel un hystérique quand il parle du costume qu'il portera, hein ? Alors, j'attends !
- Moi aussi je vous attends, monsieur Weasley. Et je dirais même : je vous entends parfaitement. À tel point que le boucan que vous faites coûtera cinq points à Gryffondor, annonça de sa voix doucereuse le Maître des Potions.
Sans même s'en rendre compte, Ron était arrivé dans le couloir des cachots et s'était retrouvé à quelques mètres du groupe de Serpentard qui partageait leur cours, ainsi que de leur directeur qui ne manqua pas de se faire un petit plaisir en punissant partialement –comme il en avait l'habitude– la maison Gryffondor.
Quelques ricanements parvinrent aussitôt des serpentards -qui bien évidemment, ne se firent pas reprendre par leur directeur- quand ils virent la tête de Ron passer du déconfit au rougeoyant. Rogue, qui se tenait alors au niveau de l'encadrement de la porte, demanda ensuite aux deux groupes de rentrer dans le cachot toujours aussi peu accueillant. Il regarda défiler devant lui ses élèves, leur jetant à tour de rôle un regard plus ou moins inquiétant. Mais lorsque ce fut au tour d'Emy d'entrer, Rogue profita de sa proximité pour sonder rapidement ses pensées. Cela ne prit pas plus de deux secondes pour qu'il ait confirmation, sans qu'Emy n'ait vraiment compris ce qu'il venait de se passer, que la jeune fille n'envisageait rien de contradictoire avec la bonne marche de l'établissement... du moins, pour le moment.
Une heure plus tard, c'est toute la classe de Gryffondor qui fut profondément soulagée de pouvoir quitter ces lieux empestant la dernière potion que leur professeur leur avait fait concocter.
- Je suis sûr qu'il le fait exprès !, râla à nouveau Ron en reniflant sa robe. Qu'est-ce que c'était encore que ce truc ?
- Je te signale, le reprit Hermione, que si tu avais convenablement préparé ta potion, elle aurait senti le muguet et non l'ammoniaque. Que ce soit celle d'Emy ou la mienne... et presque celle de Harry, ajouta-t-elle devant le regard éloquent que lui lança ce dernier, elles sentaient toutes les trois bon.
- Oui !, railla Ron. Mais c'est vrai ! J'avais oublié que les filles ne sont pas comme les garçons, hein ?
- Qu'est-ce que tu peux être puéril quand tu t'y mets, lâcha Hermione avec dédain, avant d'accélérer le pas pour s'éloigner de lui.
Il s'apprêtait à répondre quand :
- Ron, c'est typique des filles ce genre de comportement, lui dit gentiment Emy en revenant sur les raisons de leur accrochage. Tu sais bien que les bals et autres évènements inhabituels de la sorte -qui leur permettent de mettre en avant leur coquetterie et leurs sentiments- les font toujours davantage réagir que les garçons. C'est humain – faut pas nous en vouloir. Et puis, entre nous, ça change de la routine, non ?, fit-elle en même temps qu'un joli sourire - comme elle n'en avait plus montré depuis longtemps.
...même s'il disparut rapidement.
- Oui, mais toi au moins, tu le reconnais, Emy !, dit Ron qui s'était arrêté là où ça l'intéressait. Tu n'es pas comme une certaine personne –que je ne nommerai pas– qui refuse d'admettre aussi facilement les faits tels qu'ils sont !
- Arrête, lui dit Harry en lui redonnant un coup de coude. Tu vas te prendre un sortilège de Folloreille dans la tête.
Ron grogna mais préféra suivre le conseil avant qu'Hermione ne passe à l'acte.
Cinq minutes plus tard, ils montèrent une dernière volée de marches et atteignirent le hall d'entrée. Sur leur droite, la Grande Salle était ouverte, mais personne ne s'y trouvait encore. Il restait une heure de cours avant que le déjeuner ne soit servi.
- Hum..., renifla néanmoins Ron avec gourmandise. Ça sent bon ! Je me languis de savoir ce qu'on va manger.
- Dis plutôt que tu te languis de manger tout court, plaisanta Harry.
Ron rigola de bonne grâce avant que son visage ne se fige soudain en songeant à son prochain cours.
- Oh mon dieu, je vous en supplie !, pria-t-il en sortant du château par les grandes portes qui donnaient accès à l'immense parc. Faites que Hagrid ne nous sorte pas un nouveau machin-bidule-chose qui coupe l'appétit...
Il faut bien avouer que les séances de Soins aux Créatures Magiques n'étaient pas faites pour mettre particulièrement en appétit les élèves qui, pendant une heure, se retrouvaient trop souvent en compagnie de bestioles répugnantes ou tellement horribles qu'elles leur en causaient parfois des cauchemars !
Fort heureusement, ce jour-là Hagrid avait décidé de leur faire faire un récapitulatif des différentes espèces qu'ils avaient étudiées depuis le début de l'année, et ce, de manière purement théorique – ce qui en soulagea plus d'un. Certes le cours ne fut pas des plus passionnants, mais au moins, quand les élèves regagnèrent le château pour y déjeuner, leur appétit était intact. Hermione et Harry songèrent aussi que, peut-être par égard pour Emy qui en avait vu de toutes les couleurs dans la Forêt Interdite peu de temps avant, le professeur/garde chasse avait veillé à ne pas les faire aller dans ce lieu de triste mémoire trop tôt. Leur sentiment avait même été renforcé quand ils avaient vu Hagrid plus prévenant, plus attentif avec leur amie, faisant en sorte qu'elle n'ait pas à répertorier de créatures agressives.
- Wouah !, s'exclama Ron en pénétrant dans la Grande Salle le premier. Un ragoût de rognons ! Mon plat préféré ! Aller, zou ! À table, je meurs de faim !
- Ça, c'est une surprise, dit Harry en souriant aux deux filles.
Mais à peine furent-ils installés, entourés de conversations bruyantes, enjouées... et portant inlassablement sur le même sujet, qu'à nouveau, lui faisant bondir le cœur dans sa poitrine, une petite fée apparut devant Emy.
Celle-ci était légèrement différente de la première. Toujours de morphologie féminine, toujours bleutée, ses traits étaient cependant sensiblement plus sérieux - même si elle afficha un joli sourire révérencieux au moment où elle tendit un petit rouleau de parchemin soigneusement cacheté à Emy.
Le problème, c'est que si la première fois, l'attention des autres élèves fut totalement accaparée par la ravissante créature, cette fois-ci, certains d'entre eux s'intéressèrent à l'objet de cette fascinante visite.
- Qu'est-ce que c'est Emy ?, demanda avec curiosité Parvati, qui s'était redressée dans l'espoir de distinguer depuis sa place ce qui était écrit sur le parchemin.
- Oui, c'est vrai ça, dit une élève de quatrième année, une place plus loin. Qui t'écrit en t'envoyant d'aussi adorables petites fées ?
- Elle est vraiment jolie, s'extasia à nouveau Katie, assise juste en face d'Emy, regardant rêveuse les ailes étincelantes de la fée battre doucement pour rester à hauteur de la jeune fille. J'ignorais qu'il y en avait de semblables dans le château. Peut-être aurons-nous la chance d'en voir une troisième bientôt. Il y en aura peut-être même au bal, demain soir !, dit-elle, toute excitée à cette pensée.
- « Une troisième » ?, dirent en chœur Ron et Harry en regardant leur camarade avec des yeux ronds. Pourquoi une troisième ? Vous en avez déjà vue avant ?
Katie leur expliqua alors brièvement ce qu'il en était. Et c'est là qu'Emy et Hermione se rappelèrent que leurs deux amis étaient absents lorsque la première était venue les trouver et qu'elles avaient même fait de leur mieux pour qu'ils n'en sachent rien afin de ne pas avoir à leur parler du rendez-vous qu'Ewan avait alors donné à Emy. Mais là...
- Hermione ! Emy !, les interpella Harry, sourcils froncés, bras croisés. De quoi parle Katie ? Quand est-ce que Emy a...? Emy ? Où tu vas ? Hé ! J'te parle !
Mais Emy n'avait pas prêté un seul instant attention à Harry. Entre le comportement des uns et les interrogations des autres, elle ne prit pas le risque d'ouvrir le mot devant tout le monde. Un simple signe de tête à Hermione suffit et elle se leva pour aller lire le petit rouleau de parchemin, seule, dans un recoin du hall d'entrée.
La voyant s'en aller et connaissant le contenu du message, la fée ne s'attarda pas et c'est dans un soupir général qu'elle disparut soudain.
Quant à Hermione, elle eut vite fait de calmer l'impatience de ses deux amis en leur expliquant de manière certes contestable quand on connaissait la vérité, mais qui restait très plausible quand on ne la connaissait pas, ce qu'il s'était passé la fois d'avant. Elle ne mentit pas sur l'identité de l'expéditeur du mot, mais arrangea les choses à sa sauce de manière à ce que le tout soit crédible. Ainsi, quand Ron et Harry virent Emy un peu plus tard, après le repas -car celle-ci n'était pas revenue à table, de peur qu'on la harcèle de questions- ils se contèrent de lui faire un grand sourire signifiant qu'ils étaient au courant, mais ne dire rien par respect pour sa vie privée. Emy fut d'ailleurs surprise de voir que ni Harry, ni Ron (pourtant soupe au lait) ne lui en voulaient de ne pas avoir été mis dans la confidence.
- Ben, en fait, avoua Hermione, j'ai légèrement modifier les choses. Donc, tu vois...
- Tout à fait, la remercia Emy avec un immense soulagement.
Elles n'avaient eu le temps d'échanger que ces mots quand Ron et Harry s'intéressèrent à leur discussion.
- Bien !, dit aussitôt Hermione, ne souhaitant pas s'attarder sur le sujet. En avant pour une heure de Métamorphose !
- Génial..., se lamenta Emy en louchant.
- Allez !, l'encouragea Harry. Fais de ton mieux et puis, advienne que pourra, non ?
- Ah ça ! Je ne vois pas trop ce que je pourrais faire d'autre, de toute façon...
Durant son cours, le professeur McGonagall -à l'instar de son confrère, Maître des Potions- n'avait pu se retenir de regarder de manière particulière Emy, se demandant si cette jeune fille était vraiment ce que Flitwick prétendait – et Dumbledore approuvait. Fort heureusement, Emy, qui remarqua ce fait, n'en fut pas pour autant troublée. Avec le niveau en Métamorphose qu'elle avait, elle ne trouva pas extraordinaire que son professeur la regarde comme une extraterrestre. Après tout, des cancres comme elle dans sa matière, elle n'en avait probablement que très peu croisés.
Toutefois, malgré l'intérêt tout particulier que McGonagall accorda à son élève, celle-ci parvint à échanger en toute discrétion avec Hermione. Les deux filles n'avaient, en outre, rien eu à craindre du côté de Ron et Harry en matière d'espionnage, dans la mesure où ils avaient eu fort à faire ce jour-là avec les souris qu'ils devaient transformer en pantoufles et qui refusaient obstinément de rester dans leur boite.
- Alors ?, chuchota précipitamment Hermione sans avoir besoin de préciser le fond de sa pensée.
- Hé bien..., hésita Emy. Il est très occupé en ce moment, entre les ASPIC et tout le reste. Du coup, il me demande si on peut se voir demain pour... discuter. Certainement pour essayer de s'organiser par rapport au dossier..., grimaça-t-elle gênée en détournant rapidement son regard vers ses souris, sentant ses joues brusquement s'échauffer.
Entre le sentiment de culpabilité éprouvé à ne pas dire la vérité à son amie et au souvenir de tout ce qui s'était mis à tournoyer aussi fort dans sa tête que dans son ventre à la lecture du message, à cet instant, Emy aurait bien été incapable d'afficher un visage rayonnant et serein.
- Ah ?, fit simplement Hermione d'un ton neutre en l'observant attentivement. Je vois.
Même si en fait, elle aurait bien aimé en savoir davantage – se doutant qu'un simple rendez-vous pour s'organiser sur un dossier scolaire ne prêtait pas à une telle réaction émotionnelle. Mais au moment où elle allait questionner Emy, une autre pensée fit brusquement irruption dans l'esprit d'Hermione et la dirigea tout naturellement vers autre chose – lui faisant oublier instantanément ce qu'elle voulait faire en même temps que sa perplexité.
- Tiens, regarde-les toutes les deux, dit Ron avec agacement à Harry en faisant un signe de tête vers les deux filles, alors qu'il venait encore de laisser échapper une souris. Et ça papote, et ça papote. Contaminées elles aussi – comme les autres. J'te jure !
- Weasley !, aboya soudain McGonagall, faisant sursauter la moitié de la classe. Pas de bavardages pendant mon cours ! Occupez-vous plutôt de vos souris avant qu'elles ne partent nicher dans tous les recoins de cette salle, voulez-vous !
Sur quoi, McGonagall, soupirant de désespoir, alla aider Neuville qui venait malencontreusement de transformer l'une de ses souris en un bloc de gruyère.
- Non mais tu le crois, ça !, râla doucement Ron. C'est elles qui parlent et c'est moi qui morfle !
- Chut !, fit Harry. Sinon, tu vas encore y avoir droit.
« Pardonne-moi d'avoir été absent ces derniers temps. Si tu le peux, et le souhaite toujours, accepterais-tu que l'on se rencontre pour parler demain soir ? Je sais que ce n'est pas une soirée ordinaire pour les élèves du château, mais l'occupation qu'engendreront les préparatifs du bal nous permettra justement d'être plus tranquilles. Si ça t'est possible, rejoins-moi dans le parc, derrière les serres, à six heure - je t'y attendrai.
Ewan. »
Elle avait lu et relu tant de fois ces mots, qu'Emy les connaissait à présent par cœur.
Ainsi, la tête ailleurs, un peu dans les nuages, elle n'avait pas été attristée de voir ses tentatives de métamorphose toutes échouer. Plus tard, elle ne s'était pas plus rendue compte de l'étrange comportement de Flitwick –dont le cours suivait celui de McGonagall– qui d'ordinaire, si intéressé par sa magie, montra cette fois-là un comportement singulier et distant, se gardant bien de l'approcher.
De ce fait, sans vague à l'âme mais plutôt dans l'attente, la soirée qui suivit s'annonça pour une fois calme et somme toute agréable dans la salle commune ronde et chaleureuse de Gryffondor. Les élèves parlaient avec animation du bal à venir ; les filles s'étaient rassemblées en petits groupes et feuilletaient les pages des magazines de mode à la recherche d'idées pour leur prochaine coiffure ; Fred et Georges avaient lancé quelques pétards mouillés du docteur Flibuste tout en entraînant dans de grands éclats de rire ceux qui écoutaient joyeusement leurs blagues. Harry, Ron, Hermione et Emy, installés dans des fauteuils poussés devant la cheminée, observaient toute cette animation avec un cœur léger qui leur fit oublier, l'espace d'un petit moment, tout ce qui avait pu les tracasser ou effrayer depuis cette étrange rentrée des classes.
Mais loin de cette ambiance festive où la morosité n'avait pas sa place, quelque part dans les profondeurs sombres et humides du château, un nouveau drame se tramait...
Le même scénario sinistre eut lieu...
En milieu de soirée, alors que Dumbledore était seul dans son bureau à réfléchir aux derniers événements survenus et aux moyens qu'il lui faudrait bientôt mettre en place, une plume de phénix apparut, faisant ouvrir un œil à Fumseck qui poussa instantanément un cri d'alerte. La plume tournoya lentement dans les airs et s'embrasa avant d'avoir touché le sol, sous le regard incrédule du vieux sorcier.
- Mon dieu, pas encore..., s'inquiéta-t-il en se levant de son fauteuil et se précipitant vers la porte de son bureau avec l'agilité d'un homme qui aurait eu trente ans de moins.
Au moment où le sorcier descendait d'un pas pressé les escaliers en colimaçon qui permettaient l'accès à son bureau, un fantôme à l'allure lugubre, maculé de tâches sombres sur ses habits, traversa le mur et se présenta, l'air affolé, devant le directeur de Poudlard.
- Baron Sanglant ?, l'interrogea Dumbledore qui ne fut pas surpris de le voir ainsi jaillir.
- Vite professeur ! Vite !, implora-t-il. Un des élèves de ma maison est en grand danger.
- Je vous suis !
Et tous deux, l'un flottant dans les airs, l'autre courant derrière lui, empruntèrent nombre de passages secrets et d'escaliers pour arriver au plus vite à l'endroit où...
- Que s'est-il passé ? Qu'avez-vous vu ?, questionna Dumbledore dans sa hâte.
- Malheureusement pas grand chose, professeur, confessa le fantôme. Et cela n'est pas dû à une mauvaise vision, croyez-moi. Il y a en ces murs d'étranges personnages qui savent faire sentir leur présence sans se dévoiler. Je n'avais encore jamais vu ça – ni de mon vivant, ni de ma mort.
Dumbledore ne répondit pas de suite. Il ne savait que trop bien que ceux à qui ils avaient affaire possédaient ces pouvoirs-là et en jouaient avec eux. Ainsi, repensant aux paroles qu'il avait prononcées quelques jours plus tôt, il réalisa que l'un de ses élèves était en train de jouer le rôle d'une souris traqué par des chats.
- Qui est en danger, Baron ? Et savez-vous combien ils sont ?
- Pour ça, ils sont deux, j'en suis sûr ! Je ne pourrais pas vous dire qui ils sont, mais ils sont deux. Quant au malheureux qu'ils étaient en train de poursuivre, il s'agit de... Par tous mes seigneurs !, s'exclama soudain le Baron Sanglant en s'arrêtant si précipitamment au milieu d'un couloir désert et inhospitalier que Dumbledore lui passa à travers en éprouvant une désagréable sensation glacée, lui laissant ainsi découvrir, allongé par-terre, inerte... le corps de Marcus Flint.
Ils ne dirent d'abord rien, se contentant d'approcher lentement du garçon dont Dumbledore ne ressentait déjà plus aucun souffle de vie. Le travail semblait avoir été fait rapidement et proprement. Il n'y avait aucune trace visible de lutte, aucune marque sur le corps ni alentour. Pour ainsi dire, en dehors du fait que la victime était morte, rien n'indiquait qu'elle n'était plus en vie.
En outre, le corps avait été laissé sur place dans une posture symbolique. Ses bras et jambes écartés formaient, pour celui qui savait le remarquer...
- Un pentacle, murmura doucement Dumbledore pour lui-même en tournant lentement et méthodiquement autour de Flint, cherchant déjà des éléments qui constitueraient de nouveaux indices.
Des bruits de pas précipités résonnèrent alors dans son dos. Quelques secondes plus tard, il vit arriver Flitwick, suivi de près par McGonagall et Rogue. Le professeur d'Enchantements s'avança vers le corps allongé par-terre et retira ses lunettes, ému et désemparé. Dumbledore s'approcha de lui et lui posa une main sur l'épaule tandis que le minuscule sorcier souffla :
- Encore un, Dumbledore. Encore un... et le dernier.
- Je sais Filius, répondit gravement le vieux sorcier.
- Ils auront fini par tous les avoir. Les uns après les autres. Les derniers descendants d'Inopportuns... Ceux qui avaient prêté serment d'allégeance à Poudlard et son Joyau... Il n'y en a plus un et je n'ai rien fait...
- Vous n'avez rien pu faire, Filius. C'est très différent.
- Mais le résultat reste le même, conclut dans un long soupir Flitwick.
Il s'écarta alors de Dumbledore et alla s'agenouiller près de Flint.
- Il avait un sale caractère et la maison de Serpentard lui convenait à merveille. Mais c'était un bon soldat. Il a vu ses compagnons disparaître les uns après les autres et savait qu'un jour, à son tour, il serait menacé. Je n'ai rien pu faire – pas même apaiser ses tourments. Quelle tragédie... Quelle monstrueuse tragédie.
McGonagall ne dit rien. La scène telle qu'elle se présentait à elle, les paroles de Flitwick, ce drame qui se déroulait la veille d'une fête attendue par toute l'école dans un château où la joie et les fous rires faisaient légion. Quel contraste. Quelle horreur. Elle, si autoritaire et sévère, sentit subitement son nez lui piquer et sa vue se troubler.
Rogue semblait avoir du mal à réaliser que la personne allongée morte devant lui était un élève de sa maison... et un élève de plus à Poudlard qui avait perdu la vie sans qu'aucun d'eux –pas même lui malgré ses compétences– n'ait pu faire quoi que ce soit.
Tout à coup, Dumbledore fixa le couloir désert par où ses collègues étaient arrivés. Son expression avait changé du tout au tout. Attristé et fataliste quelques minutes plus tôt, il affichait désormais un air dur et décidé. Il se tourna d'abord vers McGonagall :
- Minerva ?
- Oui, Albus, renifla-t-elle.
- Veuillez prendre soin de ce garçon, s'il vous plaît. Avec Filius, veillez à ce qu'il soit transporté à l'infirmerie où madame Pomfresh fera le nécessaire. Filius ?
Le minuscule sorcier le regarda d'un air hébété.
- Après cela, tâchez de prévenir comme il se doit ses proches, je vous prie.
Flitwick acquiesça d'un léger mouvement de tête. McGonagall vint alors se placer à ses côtés et tous deux, ensemble, lancèrent un sort de Mobilicorpus après que Flitwick ait fait apparaître un drap de soie pourpre pour recouvrir le corps.
- Baron Sanglant ?, appela ensuite Dumbledore.
- Oui, monsieur le directeur ?, répondit sobrement le fantôme.
- Pas un mot à qui que ce soit.
- Bien entendu, monsieur le directeur, assura-t-il avant de disparaître en traversant le mur le plus proche.
Un instant plus tard, ne restait plus que Dumbledore et Rogue, seuls au milieu du couloir d'exécution.
- Bien. Allons-y Séverus.
- Où ça ?, interrogea Rogue en fronçant les sourcils.
- À la salle commune de votre maison, dit le vieux sorcier d'un ton calme mais sans appel. Je pense qu'il est grand temps que je m'entretienne avec monsieur Lynch.
