Note : Salut à tous ^^. Et un nouveau chapitre, un ! Alors, bonne lecture et à bientôt ;) ...
Quelques minutes plus tard, le temps pour Dumbledore et Rogue de faire le trajet depuis l'endroit où le corps de Marcus Flint avait été découvert, les deux professeurs se retrouvèrent devant un pan de mur de pierres sèches où était masquée l'entrée de la salle commune de la maison dont le Maître des Potions était le directeur.
- « Basilic », prononça celui-ci face aux pierres, avant qu'une porte ouvragée ne s'y dessine et leur cède le passage.
Ils pénétrèrent alors dans une vaste pièce sans fenêtre, éclairée seulement par des lampes qui diffusaient une lumière tamisée verdâtre sur l'ensemble du mobilier qui l'habillait.
À l'intérieur, en cette fin de soirée, le calme prédominait. Seuls quelques élèves étaient encore présents – beaucoup étant déjà allés se coucher. Au centre de la salle, assis dans un fauteuil ostentatoirement décoré, sa cour autour de lui buvant ses paroles, Malefoy bondit brusquement en voyant apparaître ceux qui étaient à ses yeux, les deux personnages les plus importants de son école : le directeur de Poudlard, accompagné de son directeur de maison.
En voyant Malefoy agir de la sorte, les autres s'étonnèrent puis se tournèrent dans la direction qu'il fixait, incrédule. Dans la seconde, tous l'imitèrent, se mettant au garde à vous, silencieux et passablement inquiets de voir arriver ces grands sorciers à une heure pareille, et qui plus est, en un lieu où ils n'avaient guère l'habitude de se rendre.
- Professeur Dumbledore, professeur Rogue, les salua Malefoy avec des airs de châtelain embourgeoisé. Que nous vaut l'honneur de votre visite ?
- Rien de grave, Drago, répondit aimablement Dumbledore sous le regard impénétrable de Rogue. Je souhaiterais simplement m'entretenir quelques instants avec monsieur Lynch. Saurais-tu où il se trouve, par hasard ?
Malefoy releva d'abord un sourcil, balaya la pièce puis se tourna vers ses camarades en les interrogeant du regard.
- Je l'ai vu monter tout à l'heure dans les dortoirs, professeur, rapporta alors d'une petite voix Bullstrode. Il doit certainement être dans sa chambre.
- Parfait, la remercia le vieux sorcier. Dans ce cas, l'un d'entre vous voudrait-il bien se donner la peine d'aller le chercher et lui dire que je souhaiterais lui parler, s'il vous plaît ?
Les demandes de Dumbledore étant des ordres chez les serpentards -même si officieusement, ils auraient amplement préféré un homme comme Rogue à la direction du château plutôt qu'un farfelu épris de justice et d'amour des Moldus comme celui qui leur faisait face- ils s'exécutèrent sans mot dire.
Malefoy claqua des doigts sans même s'adresser à quelqu'un en particulier et aussitôt, Goyle se précipita dans les escaliers... d'où il revint peu de temps après accompagné d'Ewan qui ne semblait ni surpris, ni soucieux de découvrir les deux hommes qui l'attendaient patiemment au beau milieu de sa salle commune.
- Professeur Dumbledore. Professeur Rogue, salua-t-il à son tour d'une voix où ne perçait qu'une curiosité amusée. Que se passe-t-il ?
- Oh... Rien qui ne devrait te surprendre ou te gêner, sous-entendit Dumbledore en l'observant attentivement par-dessus ses lunettes en demi-lune. J'aimerais cependant te faire part de certains faits en particulier, si tu n'y vois pas d'inconvénient, bien entendu, sourit le directeur en l'invitant à l'accompagner dans le couloir.
- Pourquoi en verrais-je ?, demanda Ewan en lui rendant son sourire. Je vous en prie messieurs, je vous suis.
Et c'est sur ces paroles pleines de politesse mais qui marquaient pourtant le début d'un combat latent, que les deux professeurs, suivis du septième année, quittèrent la salle commune en laissant derrière eux des élèves perplexes qui restèrent un long moment à spéculer sur les motifs de cette visite improbable.
Concernant les tâches éprouvantes dont il avait chargé McGonagall et Flitwick, Dumbledore savait pertinemment qu'il aurait pu se contenter d'envoyer un message à madame Pomfresh, lui demandant de venir immédiatement les rejoindre pour s'occuper du pauvre malheureux. Mais il avait préféré faire autrement, tout simplement pour n'avoir à ses côtés, à ce moment-là, que Rogue. Dumbledore savait que lui seul pourrait éventuellement lui être utile, même s'il espérait ne pas avoir à lui demander quoi que ce soit dans les minutes à venir.
Quant au Maître des Potions, même s'il savait désormais à quoi s'en tenir concernant Ewan et quelle place il semblait occuper dans ce qui menaçait le château, il ignorait toujours ce que son directeur avait en tête. Qu'il n'ait voulu que sa présence, ça, il l'avait rapidement saisi. Mais pour le reste... À quoi pouvait-il bien penser ? À un affrontement final ? Une demande de reddition ? Avec un homme tel que lui, tout était (malheureusement) envisageable – même s'il savait qu'il était loin de privilégier la violence dans ses actes.
Les trois s'engagèrent silencieusement dans le couloir, montant ensuite les marches qui permettaient de sortir de l'obscurité des cachots et qui donnaient accès au grand hall où Dumbledore s'arrêta, se tourna vers les lourdes portes en chêne de l'entrée –fermées à cette heure-ci– sur lesquelles il pointa sa baguette magique, les faisant instantanément s'ouvrir dans un grincement strident.
- Que dirais-tu d'aller un peu marcher dans le parc ?, demanda-t-il à Ewan en faisant un geste de la main vers le lieu nommé. La lune est bientôt pleine. Grâce à sa clarté nous ne risquerons donc pas de trébucher sur une créature que notre garde chasse aurait pu laisser s'échapper par mégarde.
Le garçon se contenta de sourire.
Dans la seconde qui suivit, Rogue, muet et vigilent, laissa passer son directeur puis son élève devant lui. Il leur emboita par la suite le pas, conservant une marge de quelques mètres avec eux afin de ne pas les déranger durant leur entretien, sans pour autant en être tenu à l'écart.
Dans le ciel, aucun nuage ne voilait les étoiles ou la lune. Ils avançaient dans l'air frais de la nuit, traversant la pelouse qui bordait le château, humide de la rosée nocturne.
- Ah !, constata avec satisfaction Dumbledore en regardant autour de lui. Hagrid et le professeur Flitwick ont vraiment fait du bon travail, tu ne trouves pas ? Les décorations prévues pour illuminer le bal de demain soir sont splendides !
Ewan se contenta de regarder le décor ambiant et d'acquiescer d'un simple mouvement de tête.
- Le parc est très joli, mais il n'est généralement pas suffisamment mis en valeur, poursuivit le sorcier comme s'il avait été question de leur sujet de conversation.
- C'est un joli endroit, en effet, commenta sans enthousiasme Ewan.
- C'est même le genre d'endroit où des choses extraordinaires peuvent se produire, confia alors Dumbledore. À ce propos, j'espère que la fête de demain sera réussie.
- Craignez-vous donc qu'elle ne le soit pas ?, demanda sur un ton tout particulier le jeune homme.
Il savait pourquoi Dumbledore était venu le trouver à ce moment précis ; pourquoi il l'avait volontairement écarté de l'intérieur du château ; pourquoi Rogue ne faisait que les suivre sans rien dire. Et étant désormais habitué à sa manière de faire, Ewan se doutait que le vieux sorcier n'allait pas tarder à rentrer dans le vif du sujet.
- Hé bien..., fit mine d'hésiter Dumbledore. Je dois t'avouer que des évènements très récemment survenus me font craindre que la fête puisse être perturbée au dernier moment.
- Vraiment ?
- Vraiment.
Ils restèrent quelques instants sans rien dire, continuant à marcher lentement, s'éloignant du château, jusqu'à ce que...
- Je ne sais pas, dit doucement Ewan dans un léger soupir. Quoi qu'il en soit, vous aviez à me faire part de certaines choses, il me semble, professeur. Et comme je ne pense pas que vous soyez venu me chercher à une heure pareille pour me parler des embellissements du parc...
Dumbledore le regarda et lui sourit tel un gamin à qui l'on viendrait d'ôter une épine.
- Je dois t'avouer que je suis soulagé que ce soit toi qui lance le sujet, Ewan. Moi qui suis capable de défendre des positions indéfendables devant le ministre de la Magie en personne, imagine-toi que je ne savais pas comment m'y prendre avec toi. C'est terrible, tout de même.
- Hé bien, puisque j'ai fait ce qu'il fallait pour vous mettre à l'aise, je vous en prie Dumbledore, parlez-moi donc de ce qui vous tracasse, l'invita-t-il paisiblement.
Ils se rapprochaient maintenant du lac. Sa surface était noire du reflet du ciel et lisse comme un miroir. Ewan sentit tout à coup le rythme des pas du sorcier ralentir.
- Penses-tu que des évènements comme celui qui vient d'avoir lieu pourraient à nouveau se produire ?, lui demanda-t-il doucement, abandonnant de sa jovialité.
- Je l'ignore. Encore faudrait-il savoir de quoi il s'agit.
Dumbledore fronça les sourcils et fixa Ewan.
- Ai-je vraiment besoin de te le dire ?
Le jeune homme afficha un rictus qui tint lieu de réponse.
- Combien de temps cela va-t-il encore durer ?, se désola alors le vieux sorcier.
- Ma foi, avoua le garçon. Cela dépendra de nombreux facteurs. Du comportement de certaines personnes, entre autres... De leur aptitude à comprendre qu'ils feraient mieux de ne pas s'interposer, dit-il calmement, mais envoyant par là même un message significatif.
Sur ces mots, Dumbledore s'arrêta de marcher et considéra gravement Ewan. Les masques avaient fini par tomber. Il lui avait enfin officiellement retiré son déguisement de sorcier. À partir de cet instant, Dumbledore ne s'adressa plus à l'un de ses élèves, mais à l'un de ceux qui, depuis près de sept années, avaient plongé peu à peu son château dans le tourment.
... et tous deux en étaient parfaitement conscients.
Malgré cela, quelle ironie. Car après avoir déployé tant de forces et d'énergie à découvrir qui se cachait derrière tout ça, maintenant qu'il avait l'un des responsables devant lui, le directeur de Poudlard ne pouvait rien faire. Rien faire sinon parler pour essayer de comprendre et agir en conséquence... espérant ainsi sauver ce qui pouvait encore l'être.
Toutefois, si Dumbledore accueillit les paroles d'Ewan avec philosophie, Rogue ne les interpréta pas aussi paisiblement. Car loin d'être une provocation, il s'agissait clairement d'une mise en garde, d'une menace : ne vous interposez pas ou vous subirez le même sort.
Ainsi, alors que Dumbledore et Ewan n'avaient pas bougé et se sondaient mutuellement du regard, Rogue prit l'initiative de faire quelques pas en avant, pour s'arrêter certes à distance, mais en prenant soin de mettre en évidence la baguette qu'il tenait à bout de bras.
- Hum..., sourit Ewan en songeant à l'inutilité d'un tel geste. Je vois que vous êtes venu escorté, professeur.
Le sorcier esquissa un sourire.
- Mais... Ne l'es-tu pas, toi aussi ?
Ewan haussa les sourcils puis s'inclina de bonne grâce. Il ferma les yeux, se concentra et dans la minute qui suivit, une ombre s'approcha d'eux – une ombre qu'un rayon de lune éclaira bientôt.
- Monsieur Rhomson..., murmura Dumbledore qui fut moyennement surpris -contrairement à Rogue qui se raidit sur place- et convint immédiatement de l'efficacité d'un tel duo. Je dois reconnaître que vos talents respectifs m'auront jusqu'au bout empêché de deviner qui chevauchait à tes côtés, Ewan.
- J'apprécie le compliment.
- Quant au troisième, supposa Dumbledore, je ne pense pas me tromper, en voyant monsieur Rhomson ici, qu'il s'agit de monsieur Davies.
- Exact. Désirez-vous que je le fasse également venir ?, demanda courtoisement le garçon.
- Non merci, Ewan. Savoir qui vous êtes me suffit.
- Vraiment ?
Dumbledore perçut le sarcasme.
- Non. Ne va pas me prendre pour un vieux fou présomptueux qui, maintenant qu'il sait à qui il a affaire, est persuadé de pouvoir vous arrêter sans difficulté.
- Ça serait une grossière erreur, indiqua Ewan.
Adel lui, n'avait toujours rien dit. Dans une posture semblable à celle de Rogue –hormis le fait de ne pas avoir de baguette en main– le jeune homme se tenait à quelques pas du directeur et de son ami, en homme de main s'il fallait le devenir.
- Bien, dit ensuite Dumbledore en fronçant les sourcils. Maintenant que les présentations sont faites, dis moi, qu'as-tu en tête ? Ne trouves-tu pas passablement dangereux de vous exposer ainsi, si tôt ?
À cette question, Ewan repensa à la discussion qu'il avait eu avec ses amis, au cours de laquelle Adel lui avait signalé qu'attendre quelques semaines supplémentaires ne serait pas plus mal. Un petit sourire se dessina alors machinalement sur son visage.
- Je ne pensais pas avoir dit quelque chose d'amusant, s'en étonna Dumbledore.
Seulement...
- Qui vous dit que c'est trop tôt, professeur ?, sous-entendit Ewan. Seriez-vous allé jusqu'à imaginer à quelle date il nous serait le plus profitable d'agir ? Pensez-vous donc nous connaître à ce point ?
- Pour ce qui est de vous connaître, j'avoue sans rougir que j'ai encore de nombreuses choses à apprendre de vous – et crois-moi, j'aurais vraiment souhaité pouvoir le faire dans d'autres circonstances. Ceci-dit, je pense connaître suffisamment la nature de vos pouvoirs pour savoir qu'il y a des moments plus opportuns que d'autres pour agir, de même que vous pourriez avoir besoin d'un certain... « renfort » en temps voulu pour mener à bien votre projet.
Ewan eut du mal à ne pas laisser s'extérioriser son contentement.
- Ainsi donc, pour synthétiser, vous pensez que compte tenu des conditions actuelles, il serait trop tôt pour nous d'agir ? Je suis touché que vous m'en fassiez part – tant de sorciers se seraient bien gardés de le faire, espérant ainsi conserver un avantage.
- Je ne suis pas comme ça, Ewan. Je pensais que tu le savais, parut déçu Dumbledore.
- Oh ! Ne faites pas cette mine-là, le réconforta aussitôt le garçon. Je sais comment vous êtes. Je le sais, croyez-moi. Mais dans le cas présent, la réciproque n'étant pas vraie, il serait sage pour vous -pour vous et tous ceux qui se trouvent en ces lieux- de me croire si je vous dis que je n'ai plus besoin d'attendre et que nos pouvoirs pourraient bien être suffisants à eux-seuls. À tel point d'ailleurs, que vous pourriez fort ne pas assister à la fête de demain soir...
Sur quoi, il fit un clin d'œil malicieux au vieux sorcier.
- Envisagerais-tu donc d'en finir avec moi d'ici là ?, demanda placidement Dumbledore.
La réaction de Rogue fut immédiate. Sans même attendre la réponse d'Ewan, il s'élança, baguette brandie, le visage concentré et furieux, bien décidé à intervenir. Mais c'était compter sans Adel.
- N'y pensez même pas, murmura-t-il menaçant.
À peine le Maître des Potions eut-il fait deux pas, que le garçon tendit son bras droit devant lui dans un mouvement rapide et contrôlé, lançant un sortilège informulé. Rogue se retrouva aussitôt immobilisé en plein mouvement dans une position grotesque qu'aucune personne n'aurait pu tenir sans risquer de se retrouver douloureusement à terre. Dumbledore tourna vivement la tête vers son collègue, inquiet qu'un sort plus dangereux ne l'ait atteint. Mais passé un court instant, soulagé, il vit Rogue retrouver sa liberté -en conservant difficilement l'équilibre durant les premières secondes- et rester finalement là où il se trouvait, dévisageant avec aversion celui qui lui avait barré le chemin.
Cette aptitude n'échappa pas non-plus à Dumbledore qui obtint ainsi la confirmation que même si Ewan apparaissait comme le leader de ceux qu'ils recherchaient, ses compagnons étaient également dotés de pouvoirs impressionnants. Cependant, alors que son regard passa de Rogue à Adel, Dumbledore remarqua soudain quelque chose. Il s'agissait d'un petit pendentif qui se balançait, accroché à une chaîne qu'Adel portait autour du cou et qui s'était dévoilé au moment où il avait brusquement contré Rogue. Un petit pendentif finement travaillé que Dumbledore n'avait encore jamais eu la chance de contempler de ses propres yeux, mais qu'il connaissait tout de même pour l'avoir déjà vu dans les très rares ouvrages consacrés au Royaume d'Idhren qu'il avait pu consulter. Un pendentif dont il connaissait la signification – indicatrice d'une valeur toute particulière.
Un malaise étrange et oppressant naquit soudain en lui. Mais fort de son expérience, le vieux sorcier parvint à le masquer et à en faire momentanément abstraction.
- Vous devriez lui donner des calmants, si vous voulez mon avis, déclara Ewan en désignant négligemment Rogue du pouce. Il est un peu trop « réactif ». Quoi que quand on y regarde de près, il n'est pas le seul, dit-il en jetant un coup d'œil résigné vers Adel qui souffla bruyamment.
Puis revenant au sujet de leur discussion :
- Non Dumbledore, soyez sans crainte. Je ne faisais pas allusion à ce motif d'absence. Je pensais à tout autre chose...
Le sorcier l'examina alors de son regard transperçant qui donnait à tous les élèves qui y avaient eu droit, l'impression d'être passé aux rayons-X. Mais il n'obtint pas grand chose en résultat.
- Tu penses donc que je pourrais être absent demain soir, songea-t-il à mi-voix. Nous verrons bien... Maintenant, parlons sincèrement, tu veux bien : jusqu'où comptes-tu aller ?
- Question bizarre que vous me posez là, s'étonna Ewan, tant il lui semblait que la réponse était évidente. Jusqu'au bout – cela va de soi.
- Je vois. Il n'est donc pas déraisonnable d'imaginer qu'il y a encore peu de temps, tu te promenais dans les couloirs du château avant de regagner ta salle commune...
Ewan ricana.
- Cher professeur, sachez que si je m'en étais occupé personnellement, vous n'auriez rien retrouvé – sauf si j'avais eu un intérêt quelconque à ce qu'il en soit autrement.
- Oui, bien sûr..., murmura Dumbledore en reportant son regard sur Adel qui demeura inflexible.
Quelle étrangeté ce fut pour Rogue de les voir discuter ainsi, tout en politesse, sans élever la voix, sans se menacer de leur baguette ou invoquer quelques sortilèges.
Pourtant, dans cette ambiance trompeuse, Dumbledore avait conscience de tout ce qu'il pourrait résulter de leur face-à-face. Car au-delà de son château, il y avait surtout des vies -la vie de ses élèves- qui pourraient se retrouver mises en jeu.
Et là, comme s'il avait pu lire dans ses pensées, Ewan lui demanda :
- Vous ne voudriez pas plutôt savoir combien de vies il me reste à prendre ? Ou ce que je réserve à vos chers élèves et votre très cher château ?
Pour la première fois, Dumbledore ressentit une terrible frustration, un singulier agacement, une incroyable contradiction. Il ne pouvait se résoudre à envisager que le garçon qui lui faisait face bluffait inconsidérément. Pourtant, comment pouvait-il parler de la sorte, paraître si sûr de sa réussite alors que même si ses pouvoirs surclassaient ceux des sorciers, ici et maintenant, dans ces conditions, à trois seulement ils ne pourraient réussir. Comment pouvait-il être si sûr ?
... Il y avait autre chose. Il y avait forcément autre chose. Mais quoi ?
Dumbledore ne répondit pas de suite, soupirant d'abord longuement puis se remettant doucement à marcher le long du lac, entraînant Ewan avec lui, réfléchissant à la situation.
À quelques mètres, Rogue jeta un fugace coup d'œil à Adel. Celui-ci se mit à suivre les deux autres d'un rythme de pas lent et régulier. Le Maître des Potions l'imita aussitôt.
- En effet, dit enfin posément Dumbledore. Ce sont des choses qui, tu dois t'en douter, m'intéressent au plus haut point.
- Mais qu'a le plus d'importance à vos yeux, directeur ?, glissa Ewan en souriant.
Il prenait un réel plaisir à s'amuser ainsi, à jouer avec celui qui était considéré par tous comme le plus grand sorcier de son époque mais envers qui, paradoxalement, il avait un minimum de respect.
Dumbledore se tourna vers lui, l'air indécis, cherchant à comprendre où il voulait en venir. Mais...
- Je vous taquine !, avoua Ewan en élargissant son sourire. Je pense savoir que la vie de qui que ce soit est une priorité pour vous.
Ce que le sorcier admit sans hésitation.
- Aussi, sans doute serez-vous heureux d'apprendre qu'il ne me reste plus qu'une seule personne à « récupérer ».
- Ewan !, s'arrêta Dumbledore, offusqué. Comment peux-tu imaginer un seul instant que je sois heureux d'apprendre que vous avez l'intention de tuer encore quelqu'un ?
- Pourtant, rétorqua le garçon calmement, vous ne savez que trop bien de qui il s'agit et des raisons qui font qu'il n'y a guère d'espoir pour qu'il soit épargné – vous savez d'où je viens, vous savez beaucoup de choses. Vous devez également savoir ce qu'il a fait dernièrement...
Dumbledore ne trouva rien à répondre et se contenta d'écouter, attristé.
- Cette vie-là est celle qui a le plus de valeur à mes yeux, grinça Ewan qui plongea son regard dans celui du vieux sorcier. Je suis sûr que vous me comprenez.
- Te comprendre ne signifie pas que je te laisserai faire.
Le jeune homme ne répondit pas et poursuivit, se détournant et reprenant la marche.
- En ce qui concerne vos élèves, rien ne leur sera fait. Je ne les estime pas responsables de notre passé.
- C'est tout à ton honneur, salua Dumbledore, qui ajouta : « Tu auras hérité bien des choses de ton vénérable aïeul. Lui aussi aurait très certainement fait preuve d'une telle sagesse ».
Mais Ewan ne fut pas sensible à l'hommage.
- Quant à votre château, termina-t-il, impassible, si un premier désir m'avait incité à le réduire en un informe tas de ruines, je ne l'attaquerai finalement qu'en un seul point. Mais pour ce qui est de ce changement de projet, je suppose que vous étiez déjà au courant ou que cela correspond à ce que vous espériez depuis le début, n'est-ce pas ?
- Il n'a jamais été question de te manipuler par les sentiments, Ewan. Crois-moi !, insista Dumbledore devant le regard sceptique du jeune homme. J'espérais seulement que tu saurais voir les choses autrement. Certes ça n'a pas été le cas pour tout, se plaignit-il, mais si déjà quelque chose –ou quelqu'un– a su faire resurgir en toi d'autres émotions que la tristesse et la revanche, j'en suis heureux.
Ewan étouffa un petit rire sarcastique.
- Par contre, fit Dumbledore d'un ton plus sérieux et faussement naïf, peut-être vais-je te décevoir du fait de mon ignorance, mais il y a une chose qui me tracasse.
- Je vous en prie.
- Comment comptes-tu t'y prendre pour aller jusque là ?
- Pourquoi ? Il y aurait donc plusieurs chemins qui mèneraient jusqu'au Joyau ?, sourit Ewan, à moitié moqueur - montrant là encore une assurance inébranlable.
- Non, il n'y en a bien qu'un seul et je sais déjà que tu le connais par cœur.
- Encore une fois : exact.
- C'est juste que –à ma connaissance– vous n'êtes que trois... ou quatre, si l'on compte miss McLane...
- Ce serait une bien mauvaise idée de la mêler à tout ça, le coupa brusquement et sombrement Ewan.
- Pardonne-moi, s'excusa poliment Dumbledore, mais elle y est mêlée, que tu le veuilles ou non – ne serait-ce que de par son héritage. De plus, en ayant toi-même accru son pouvoir féérique lorsque vous étiez dans la forêt, tu devrais accepter le fait qu'elle soit désormais irrémédiablement liée à cette affaire. Cela dit, je comprends parfaitement ta réaction : tu ne veux pas lui faire commettre ou même lui montrer le moindre acte malveillant et là encore, c'est tout à ton honneur de vouloir préserver son innocence.
Mais cette dernière phrase fut vaine. Ewan dévisagea Dumbledore et sentit une colère grandir violemment en lui. Surtout, que personne ne s'avise de se servir d'Emy ou même de l'approcher... À cette seule pensée, émana brusquement de lui un pouvoir d'une telle puissance qu'il fit reculer le directeur de Poudlard et Rogue de plusieurs pas.
- Hé bien !, tenta de le tempérer le vieux sorcier en mettant ses deux mains en avant alors que Rogue avait placé instinctivement son bras devant son visage pour se protéger du souffle. Ne te mets pas dans des états pareils, je t'en prie. Je ne faisais qu'une remarque, rien de plus.
Mais Ewan conserva un air inquiétant.
- Que les choses soient bien claires, Dumbledore : si quoi que ce soit est entrepris contre elle, mes intentions seront immédiatement revues et moins clémentes à l'égard de tous ceux qui se trouvent actuellement dans ce château.
La menace fut entendue comme il se doit.
- J'en ai parfaitement conscience, déclara respectueusement le sorcier. Permets-moi à présent d'en revenir à ma question : comment comptez-vous, maintenant que tant de choses sont connues de nous, mener à bien vos projets ?
- « Comment » ?
Ewan se frotta le menton et prit un instant de réflexion avant d'observer Dumbledore avec ce même regard pétillant que lui-même avait parfois.
- Vous ne semblez pas réaliser -mais compte tenu de votre ignorance, je peux le concevoir- que par mon seul pouvoir, professeur, je pourrais désormais réduire tout ce qui nous entoure ici en cendres. La présence de mes deux compagnons est pour ainsi dire inutile. Mais vous savez comment sont les conseils : ils tiennent toujours à prendre un maximum de sécurité.
Dumbledore marqua un temps d'arrêt. Son front se plissa, ses yeux se rétrécirent. Une nouvelle fois, cette désagréable contradiction était ravivée.
- Je t'avoue que je serais étonnamment surpris que tu puisses réaliser un tel acte, commenta-t-il prudemment tout en cherchant à comprendre. Ton pouvoir est incontestablement supérieur à la sorcellerie, mais nous ne sommes pas ici dans votre monde – il perd donc de ses capacités. En outre, même en étant...
Tout à coup, un cheminement de pensées comme seule une intelligence comme la sienne le permettait se fit et le coupa en pleine phrase. Il stoppa sa lente marche et regarda Ewan. Ses yeux s'écarquillèrent, un sentiment d'effroi le traversa en même temps qu'il réalisa quelque chose. Une chose à laquelle il n'aurait jamais pensé si on ne lui avait pas volontairement fait ces confidences.
De son côté, Ewan l'observait calmement, satisfait de sa réaction, puis prononça ces énigmatiques paroles :
- Je ne vous ai jamais sous-estimé, Dumbledore. Je ne vous prends donc pas à la légère. Mais je ne vous ai jamais surestimé non-plus. Je suis donc persuadé que vous trouverez très rapidement la réponse à votre question.
- Tu as sans doute raison..., murmura le sorcier qui n'était déjà plus dans la discussion. Demain soir, je ne serai probablement pas là. Je te prie de bien vouloir m'excuser maintenant, mais je dois me retirer.
- Je vous en prie, professeur, le salua Ewan, avant de le voir retourner au château d'un pas hâtif.
C'est ainsi suivi de près par Rogue, qui avait immédiatement remarqué son changement de comportement, que Dumbledore se dépêcha de retourner dans son bureau.
- Séverus, dit-il d'une voix qui interpella le Maître des Potions, je vais devoir m'absenter. Je pars séance tenante.
- J'ai besoin d'effectuer une vérification, expliqua rapidement Dumbledore qui interpréta correctement l'expression perplexe de son collègue. Pardonnez-moi de ne pas vous en dire plus pour le moment – il serait inutile d'affoler qui que ce soit si mes craintes s'avéraient infondées.
Pourtant, à voir son directeur se presser de la sorte, Rogue n'eut guère d'espoir quant à une éventuelle erreur.
Quelques minutes plus tard, après avoir placé différents objets dans un sac qu'il emporterait, Dumbledore enfila sa cape de voyage et s'approcha de Fumseck dont il caressa doucement le sommet du crâne.
- Je compte sur toi, mon fidèle ami.
Le phénix cligna lentement des yeux.
- Séverus !, dit-il en même temps qu'il fit volte face vers lui. Il est impératif que vous préveniez les professeurs McGonagall et Flitwick de mon départ – surtout Flitwick. Durant mon absence, il devra rester introuvable. C'est bien compris ?, insista-t-il. Si tout se passe bien, je devrais être rentré la nuit prochaine, au plus tard le lendemain matin. Dans la mesure où, si mes calculs sont exacts, monsieur Lynch et ses fidèles n'agiront pas avant deux jours, cela devrait donc être suffisant.
- Bien, monsieur le directeur.
- Dans ce cas, à plus tard...
Là-dessus, Dumbledore enfourcha son balais et vola jusqu'à Pré-au-Lard.
- Tiens ?, dit Adel en regardant Dumbledore passer au-dessus de sa tête. Il n'aura pas mis longtemps à réagir.
- Je n'en attendais pas moins de lui, sourit Ewan. Allez, viens. Rentrons maintenant.
Note : Re... C'était juste pour vous dire que vacances plus vie de famille font que le prochain chapitre pourrait arriver avec un peu de retard (mais ce n'est pas sûr).
À plus, ewanna ^^.
