Bonjour-bonjouuur ^^ ! Et Bonne Année à tous !

Oui, ce chapitre en a mis des semaines pour arriver. Croyez bien que je suis la première à en être navrée car l'écriture et moi, c'est une belle histoire d'amour (avec son lot de prises de tête évidemment XD). Bref, mes soucis aux yeux ne sont pas finis – z'en sont toujours au même point en fait ^^' - mais maintenant que je sais que l'ordinateur ne m'est pas déconseillé, je peux recommencer à y pianoter, moins longtemps, mais sûrement.
La suite suit donc. J'espère sincèrement ne pas avoir trop perdu la main... Le prochain chapitre arrivera dès qu'il sera prêt. En attendant, je vous souhaite un bon week-end, une bonne continuation et une bonne lecture ;).
... Et un grand Merci à tous ceux qui auront eu la patience d'attendre cette nouvelle publication.

À plus, ewanna =^o^= !


Comme cela lui avait été demandé, Rogue informa McGonagall et Flitwick des derniers évènements survenus. En outre, son directeur ne lui ayant pas précisé que sa discussion avec Ewan devait demeurer secrète, il leur fit également part de la conversation qui avait eu lieu moins d'une heure avant dans le parc du château. Ainsi, entre le départ précipité de Dumbledore et son souhait que Flitwick reste caché, les trois professeurs eurent de quoi cogiter et tergiverser un moment – même si parmi eux, un savait pertinemment pourquoi il devait se montrer aussi prudent.

Adel et Ewan avaient depuis regagné leur salle commune respective. Adel pénétra dans la sienne naturellement, se dirigeant vers un petit groupe dans lequel se trouvait Roger et prit ce dernier à part pour le tenir informé de la situation. Quant à Ewan, à peine eut-il mis un pied dans sa salle commune, que plusieurs personnes – pour ne pas dire toutes celles qui avaient assisté à l'arrivée inopinée de Dumbledore et Rogue – se précipitèrent sur lui pour le questionner.

- Oh, soupira-t-il en s'approchant d'un canapé sur lequel il se laissa tomber, ils ne me voulaient rien de particulier. Dumbledore m'a simplement informé de l'avancée de l'enquête concernant notre agression...
- Ton agression, tu veux dire !, l'interrompit vivement Millicent en le regardant les yeux embués et les mains jointes. L'autre n'a rien eu que je sache. C'est toi qui a souffert...

Mais Ewan ne releva pas.

- Au fait, lança-t-il en faisant mine de se souvenir brusquement de quelque chose, il en a également profité pour m'avertir que Flint serait absent quelques temps. Il se trouverait actuellement en quarantaine à l'infirmerie.

De nombreux sourcils se relevèrent autour de lui.

- Il aurait un petit problème de santé – une affection virale, si j'ai bien compris, poursuivit Ewan, qui même si elle est sans gravité, reste extrêmement contagieuse. Donc par mesure de sécurité, il a été placé sous les bons soins de Pomfresh.

Se doutant que pour rien au monde, Dumbledore et ses collègues ne souhaiteraient dévoiler la vérité à leurs élèves, Ewan pouvait sans aucun risque se prêter à ce petit jeu qu'il trouva fort à son goût. En cas de questions auprès de leur directeur de maison, celui-ci ne démentirait pas non-plus.

- Mais... qu'est-ce qu'il a ?, demanda Goyle avec son air niais.
- Une Furonculose gravidique, il me semble.
- Hein ?, s'exclamèrent plusieurs en faisant des têtes dégoûtées.
- Ah ! C'est pour ça qu'il tirait tout le temps la tronche ces derniers temps !, s'exclama dans un sursaut Montagu. Il devait être en phase d'incubation !
- Oh mon dieu !, dirent d'une même voix suraigüe Bullstrode et Parkinson qui se prirent dans les bras l'une de l'autre. Pourvu qu'il ne nous ait pas contaminées !

Ewan esquissa un sourire malicieux.

- Allez savoir... Tous ceux qui sont habituellement proches de lui pourraient bien l'avoir été...

Remarque qui en affola plus d'un.

- Mais il y a un test facile à réaliser et qui permet de savoir immédiatement si on est contaminé ou pas, dit Ewan.

Tous le fixèrent aussitôt avec avidité.

- Il suffit de boire un potion Discernatrice. Si on y réagit, tout va bien.
- C'est vrai ?, s'agitèrent les autres d'un air ravi à l'idée d'avoir seulement à boire une potion pour savoir si oui ou non ils seraient obligés de passer les prochains jours à l'infirmerie à cause de Flint.
- Mais, attendez !, dit soudain Malefoy, l'air préoccupé. Nous n'avons pas une telle potion sous la main. Comment on va faire ? Il va falloir aller en voler dans le cachot de Rogue ?
- Inutile. Il était justement là pour ça, le rassura Ewan.

Là-dessus, il se pencha légèrement en arrière et plongea sa main sous sa robe de sorcier pour en ressortir un petit flacon de cristal qu'il fit mine d'avoir pris dans l'une de ses poches intérieures. Il le posa sur la table basse proche du canapé et aussitôt, toute l'attention des élèves se porta dessus. À l'intérieur se trouvait un liquide rouge et opaque qui fit désagréablement penser à du sang. Ewan se pencha en avant, sortit inutilement sa baguette magique et fit apparaitre le nombre exact de verres nécessaires. Un autre mouvement de baguette et le flacon se mit à léviter, le bouchon sauta et la potion se renversa dans chacun des verres qui dégagèrent dans la seconde une odeur repoussante. Mais dans la mesure où aucun Serpentard ne voulait prendre de risque, chacun s'empara d'un verre et fit de son mieux pour ne pas recracher l'immonde mixture qu'il avala d'un trait.

Quelques minutes plus tard, la salle commune s'était transformée en bain de vapeur tant il y avait de fumée qui sortait par les narines de Malefoy, Crabe, Goyle, Montagu et Zabini. Et c'était sans parler du troupeau de hérissons qui avait brusquement pris vie à cause des têtes hérissées de Bullstrode, Parkinson et autres consœurs qui se faisaient à présent face avec un air abasourdi qui les rendait encore plus moches et stupides qu'à l'ordinaire.

- Mais c'est parfait tout ça !, se réjouit Ewan, avant d'ajouter : « Aucun d'entre vous ne semble contaminé ».

À cet instant, le garçon dut prendre sur lui pour ne pas éclater de rire en les voyant tous ravis d'être aussi ridicules et naïfs. Et son air satisfait ayant été de surcroît interprété comme un soulagement et non une moquerie, les autres vinrent le remercier chaudement de les avoir ainsi transformés.

- Mais toi par contre, remarqua soudain Malefoy, tu n'as ni vapeur, ni hérissement. T'as pas bu la potion ou... ?, sous-entendit-il en s'écartant légèrement.
- Je n'en ai pas eu besoin, répondit tranquillement Ewan. Dumbledore m'a directement testé grâce à ses pouvoirs et tout va bien pour moi.
- Ah...
- Bon !, se leva tout à coup Ewan sous le regard déçu de Millicent. Ce n'est pas que je m'ennuie, mais je suis fatigué. Je vais me coucher.

Après avoir suffisamment vu et parlé pour la soirée, le jeune homme décida d'aller prendre un peu de repos. Avec ce qui l'attendait le lendemain soir, il avait besoin de réfléchir un peu.

Pour ce qui fut de ses « camarades » de maison, il monta sans crainte que leur expérience nocturne ne se rapporte dans le château. Car même s'ils étaient ravis de ne pas se savoir malades, tous étaient conscients qu'une telle anecdote ne les mettait pas en valeur.
... Et chacun savait que l'orgueil des Serpentard était démesuré.


Le lendemain, une effervescence formidable gagna Poudlard. D'un côté, certains professeurs étaient littéralement sur les nerfs en sachant ce qui se tramait tout en ayant leur directeur absent du château, de l'autre, c'était les élèves - et désormais, aussi bien les garçons que les filles - qui ne tenaient plus en place, rendant ainsi la tâche plus rude que jamais à leurs enseignants qui tentaient, malgré tout, de maintenir un minimum de discipline durant leur cours.
... Car après des semaines d'attente, le jour du bal de Noël était enfin arrivé.

Mais dans toute cette joyeuse agitation, il y avait au moins une personne qui ne partageait pas l'humeur ambiante : Emy, qui ne songeait guère à aller festoyer mais plutôt à sa future rencontre avec Ewan, dans un mélange d'excitation et d'appréhension.

Concernant Harry et Ron, après plusieurs tentatives avortées pour savoir ce qui la préoccupait, ils avaient fini par trouver une explication on ne peut plus simple et logique pour justifier l'attitude de leur amie : l'absence de cavalier pour le bal ! Car même si Emy n'avait eu de cesse de leur répéter que ce détail était sans importance pour elle, le fait de se murer dans un silence gêné lorsqu'ils abordaient le sujet n'avait en rien convaincu les deux garçons.

- Qu'est-ce que ça peut avoir une fierté mal placée les nanas, glissa un Ron bougon à Harry.
- Ce qui m'étonne, dit celui-ci, c'est qu'il me semble bien que plusieurs garçons ont demandé à Emy de les accompagner, mais qu'apparemment elle leur aurait dit « non » à tous.

Ron fronça les sourcils.

- Peut-être qu'en fin de compte, ça ne l'intéresse pas et qu'il y a autre chose qui la tracasse, proposa Harry.
- Ça, ça m'étonnerait, souffla Ron. Emy nous l'a dit elle-même : dès qu'il y a un bal, les filles veulent toutes être pomponnées à mort et avoir leur prince charmant à leur côté, rappela-t-il en adoptant une expression exagérée de jeune fille en fleur perdue dans ses rêveries. Et là, comme elle n'en a pas, à mon avis elle... Haaan !, s'exclama-t-il soudain en se figeant sur place. Ou alors, si ça se trouve...
- Quoi ?, demanda précipitamment Harry.

Ron se pencha vers lui afin de rester le plus discret possible.

- Si ça se trouve... elle voudrait y aller avec une certaine personne, mais celle-ci ne lui a pas demandé ou pire, a refusé de l'accompagner quand elle lui a demandé, elle. Tu vois un peu à qui je pense ? Ça expliquerait le fait qu'elle ait dit « non » aux autres, gardant l'espoir qu'il change d'avis, qu'elle soit bien sans cavalier et qu'elle ne veuille pas en parler. La fierté, tu comprends...

Harry le regarda avec des yeux de hibou.

- Attends ! Tu penses à...?

Ron hocha alors lentement la tête avant que son visage ne se torde brusquement en une grimace étrange qui rendit Harry perplexe, et qu'il pousse un hurlement qui fit sursauter toute la classe. Insuffisamment concentré sur son travail, le Géranium Dentu qu'il était en train de rempoter en avait profité pour lui mordre sauvagement la main.

- Weasley ! Potter !, les rappela aussitôt à l'ordre le professeur Chourave. Vous êtes priés de vous occuper de vos plantes et non de bavarder comme deux pipelettes !

Remarque qui fit rire tout le monde sauf les deux concernés, notamment Ron qui éprouva une douleur lancinante qui persista tout le cours et eut pour effet de changer les idées aux deux garçons, les faisant se concentrer sur leur travail.

Une fois le cours terminé, les élèves de cinquième année de Gryffondor et Poufsouffle regagnèrent le château. En sortant des serres, Emy observa furtivement l'espace dégagé qui se trouvait juste derrière, entre les baraquements et le mur d'enceinte du château, en songeant que d'ici quelques heures, elle se trouverait à nouveau là.


- Si tu faisais un peu plus attention à ce que tu fais au lieu de jacasser sur tout et n'importe quoi, ça ne serait pas arrivé !, soupira Hermione en observant méticuleusement la main de Ron.

Le garçon faillit répondre, mais en voyant Hermione sortir sa baguette, il eut peur qu'elle en fasse un tout autre usage que celui pour lequel elle comptait initialement s'en servir.

- Ne bouge pas, dit-elle en tenant la main qu'elle effleura de sa baguette tout en prononçant un sortilège informulé qui fit disparaître instantanément les marques de morsures ainsi que la douleur qui les accompagnait.
- Waouh !, s'exclama Ron en remuant sa main comme si rien ne s'était passé. Merci, Hermione ! Qu'est-ce qu'on ne ferait pas si tu n'étais pas là !
- Déjà, parler un peu moins en cours, peut-être, se moqua-t-elle.
- Bah, tu ne vas pas nous en vouloir de nous inquiéter pour vous ?, dit Harry en jetant un rapide coup d'œil vers Emy qui marchait juste derrière, silencieuse et absorbée dans ses pensées.

Hermione leva les yeux au ciel en remuant la tête, Emy ne dit rien. Ron et Harry n'épiloguèrent pas. En voyant la réaction de leurs camarades, ils savaient déjà que c'était peine perdue. Demander une nouvelle fois à Emy ce qui la taraudait se solderait forcément par un échec, quant à Hermione, depuis que Ron l'avait un peu trop questionnée sur le sujet, elle avait pris un malin plaisir à ne pas vouloir dire si elles seraient ou non accompagnées au bal - et si « oui », qui seraient leur cavalier. Il ne restait donc plus aux deux garçons qu'à ravaler leur curiosité et se forcer à passer à autre chose.

- Très bien, très bien, capitula Ron qui se força à afficher une mine enjouée. Armons-nous donc plutôt à présent de patience et de courage et préparons-nous à affronter le prochain cours !
- Euh... oui... bon d'accord, le remercia Hermione en le poussant vers le château. Maintenant, tâche de rester éveillé durant la leçon de Binns.


Ce jour-là, même le cours d'Histoire de la magie fut intéressant. Et pour cause, avec un professeur qui ne prêtait pas la moindre attention à ce qu'il se passait devant lui et se contentait de lire monotonement ses fiches de papier jaunies par le temps, les élèves eurent tout loisir de bavarder de leur prochaine soirée.

- T'as vu Hermione ?, dit Ron tout fier à la sortie du cours. Aujourd'hui, je n'ai pas dormi !
- Ah ouais ?, rétorqua celle-ci en le regardant de travers. Montre-moi un peu ce que tu as noté, histoire qu'on voit ta productivité quand tu ne ronfles pas.

Ron rougit, Harry et Emy pouffèrent, Hermione soupira.

Ainsi passa la journée. Mais quand la cloche sonna dans l'après-midi, annonçant la fin du dernier cours, ce fut une véritable explosion qui retentit dans le château. Tous n'avaient plus qu'une hâte : retourner le plus rapidement possible dans son dortoir pour se faire le plus beau ou la plus belle.

- On se voit tout à l'heure, les filles !, lancèrent avec un grand sourire Harry et Ron, qui ne dérogèrent pas à la règle, en arrivant dans leur salle commune.

L'ambiance y était aussi survoltée que dans n'importe quelle salle du château. Pourtant, malgré cette allégresse communicative pour la grande majorité, Emy ne parvint à oublier son prochain rendez-vous et resta désintéressée du reste. Et quand Hermione la regarda en se doutant qu'elle n'allait pas suivre le train des filles qui montaient à la queue-leu-leu les escaliers vers leur dortoir, elle lui adressa un petit sourire d'excuse en lui expliquant qu'il était l'heure pour elle d'y aller.

- Tu veux que je vienne avec toi ?, lui proposa alors aimablement Hermione en se doutant bien que...
- Non, je te remercie. Je n'ai plus l'appréhension que j'avais autrefois à me retrouver seule avec lui. Et puis, crut bon d'ajouter Emy d'une voix trop nerveuse, il ne s'agit que de discuter de notre projet après tout.
- Oui..., marmonna Hermione en affichant une moue éloquente. Tu as sans doute raison – il ne s'agit que d'une discussion sur votre projet...

Puis forçant le sourire.

- Dans ce cas, je t'attendrai dans la chambre. Comme ça, je t'aiderai à te préparer. À plus tard !

Emy fut soulagée que son amie n'ait volontairement pas attendu de réponse de sa part et soit immédiatement montée, disparaissant dans le flot d'élèves. Car sa mine aussi expressive qu'embarrassée n'aurait en rien arrangé la situation.


Cinq minutes plus tard, Emy rejoignait les serres du parc. Ewan l'y attendait déjà. Bizarrement, alors que tant de questions auraient pu lui venir à l'esprit, Emy songea plutôt que ce garçon devait vraiment être un maniaque de la ponctualité.

Toujours vêtu de sa robe d'élève, Ewan se tenait adossé contre le mur de pierres sèches des remparts du château, dans le petit espace en retrait qu'offrait la construction des serres.

- Bonjour, dit-il calmement lorsqu'il vit Emy approcher.
- B... bonjour.

Ils échangèrent un sourire gêné. L'un se demandant ce qu'il allait enfin apprendre, l'autre ayant toujours des craintes quant à la réaction que ses révélations pourraient engendrer.
Ils restèrent quelques secondes silencieux, Ewan, le regard posé sur les vitres de la serre, Emy, observant avec une certaine nervosité les environs, comme si c'était la première fois qu'elle s'y trouvait.

- Drôle d'endroit pour se retrouver, non ?, dit-elle enfin.

Parler lui était moins pénible que rester silencieuse.

- Disons qu'ici, on a peu de risques d'être dérangés, répondit Ewan. Je préfère éviter les oreilles indiscrètes.
- Je vois...

Les interrogations recommençaient déjà à fuser dans sa tête. Pourtant Emy ne se sentit pas le courage d'aborder le sujet la première. Toujours impressionnée par son « partenaire », dans la mesure où ce fut lui qui lui avait donné rendez-vous, elle espérait qu'elle n'aurait pas à se montrer entreprenante pour qu'il lui explique ce qu'il se passait.

Un bruit fracassant retentit soudain tout près d'eux. Et après ce qu'Ewan venait de lui dire, le cœur d'Emy bondit brutalement dans sa poitrine. Et si quelqu'un les épiait ? Elle balaya frénétiquement les alentours du regard dans la crainte de voir une personne jaillir devant eux – comme cela s'était déjà produit dans la forêt – baguette à la main, levée, menaçante. Mais personne n'apparut.
Contrairement à Emy, Ewan scruta un instant du côté d'où le bruit leur était parvenu puis se détendit.

- Ce n'est rien, dit-il tranquillement. L'étagère provisoire de Chourave n'a pas tenu le coup face au poids excessif de tous les Géranium Dentu qu'elle y a entreposés.

Emy le regarda étonnée.

- Comment le sais-tu ?
- Parce que je le sais..., répondit le garçon avec un léger haussement d'épaule.

Encore un non-dit. Le non-dit qui fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase et finit par faire exploser Emy qui en avait marre de se sentir frustrée, prisonnière d'une situation qu'elle ne comprenait pas, qu'elle ne maîtrisait pas et qui avait fini par la rendre aussi paranoïaque que tourmentée.

Elle se décala alors et se plaça face à Ewan, les bras croisés, le regard étincelant.

- Je suis désolée Ewan, mais un : « Parce que je le sais » ne me suffit pas. Ça ne me suffit plus ! Je ne supporte plus cette situation. Tu m'as dit que tu m'expliquerais. C'est bien pour ça que tu m'as fait venir ici ? Alors dis-moi maintenant ! Qu'est-ce qu'il se passe à la fin ?

Sa voix s'était mise à trembler. Ses yeux étaient devenus brillants mais n'avaient pas lâché le garçon une seconde. Elle continuait à le fixer avec intensité, attendant maintenant une réponse de sa part.
Ewan soupira et se gratta la tête.

Bien sûr qu'il lui avait demandé de venir le rejoindre pour lui parler. Bien sûr qu'il avait réfléchi à tout ça, envisageant différentes manières de s'y prendre. Mais pourtant... Maintenant qu'elle se tenait là, devant lui, le regardant avec ses grands yeux expressifs et quémandeurs, il sut que rien de ce qu'il avait pu envisager ne serait applicable. Pour la première fois, il se retrouvait pris au dépourvu et ça le perturbait autant que pouvait l'être Emy. Par où commencer ? Comment lui dire sans qu'elle ne soit effrayée, qu'elle le croit ?
… Il n'avait même pas encore commencé que c'était déjà compliqué.

- Emy, dit-il enfin en se frottant la bouche d'une main, l'air soucieux, toutes ces choses qui sont arrivées, tout est lié. Tout cela a pour cause l'existence d'un pouvoir. D'un pouvoir que les dirigeants de ce château tentent coûte que coûte de préserver et garder secret.

Soulagée qu'Ewan se soit apparemment décidé à lui parler honnêtement, Emy se décontracta un peu, mais ce fut pour se mettre à réfléchir aussitôt sur ce qu'il venait de dire. Elle ne répondit rien et continua à le fixer avec attention.

- Pour faire simple, poursuivit Ewan, il y a de cela bien longtemps, une guerre a opposé les forces magiques qui animaient alors le monde. Cette guerre fut déclarée par des sorciers qui cherchaient à s'emparer d'un pouvoir – le pouvoir dont il est question aujourd'hui...

Il fit une pause de quelques secondes, puis lâcha avec tristesse :

- Chose qu'ils parvinrent à faire avant de le ramener chez eux.

Emy fronça les sourcils.

- Mais qu'avait donc de si particulier ce pouvoir pour déclencher une guerre ? Et où se trouve-t-il aujourd'hui ?
- « Ce qu'il avait de particulier » ? Il est ce qu'il y a jamais eu de plus puissant. Il a donc, en toute logique et compte tenu de l'esprit des hommes, attisé la convoitise de certains. Quant à l'endroit où il se trouve, après t'avoir dit que les dirigeants de ce château ont toujours tout fait pour en garder le secret, je pensais que tu aurais deviné par toi-même.

La jeune fille cogita quelques instants, puis :

- Quoi, il est ici ? À Poudlard ?

Ewan sourit tandis qu'Emy secoua la tête, histoire de mettre en ordre les dernières nouvelles.

- Qu'est-ce qu'un tel pouvoir fait dans un château habité par des centaines d'élèves ? C'est dangereux !
- « Dangereux » ?, répéta Ewan surpris. Non, je ne dirais pas ça. C'est « juste » un pouvoir qui en donne à celui qui le maîtrise. Il est nullement maléfique et ne cherche pas plus à ce qu'un sorcier ne s'en empare.
- Mais pourquoi est-il ici ?, insista Emy.

Ewan prit à nouveau une pause, cherchant ses mots.

- Comprends que ce pouvoir n'a pas été amené à Poudlard dans le but d'y être caché. Ce pouvoir fait Poudlard.
- Hein ?

Le jeune homme se frotta le menton en souriant, peu surpris par la tête incrédule que tira soudain Emy.

- Poudlard n'existait pas encore quand ce pouvoir a été amené ici. On s'est servi de lui pour donner à cet édifice une grande partie de sa magie.
- Waouh...

Emy écarquilla les yeux et ouvrit la bouche sans même s'en rendre compte. Elle tourna ensuite la tête, observant tout ce qui l'entourait : les remparts du château, les serres, le parc et même la Forêt Interdite dont on apercevait la cime des arbres au loin. Ainsi, tout ce qui se trouvait de magique en ces lieux puisait sa force d'un pouvoir particulier. D'un unique pouvoir...

- Pas exactement, la coupa soudain dans ses pensées Ewan qui avait, une fois de plus, violé son intimité en captant sa réflexion. Une grande, très grande partie, provient en effet de ce pouvoir ancestral. Mais la présence de tous les grands sorciers qui ont successivement habité Poudlard depuis sa création a beaucoup fait également.
- Merci du renseignement, siffla Emy. Ceci-dit, j'apprécierais que tu t'abstiennes à l'avenir de débarquer chez moi comme ça. C'est déroutant, tu sais ?

Ewan se contenta de lui sourire, amusé de son énervement.

- Et puis au fait, poursuivit Emy du même ton, puisqu'on en est à aborder tes capacités relativement peu communes mais surtout très dérangeantes quand tu t'y mets, tu m'as dit que tout ce que je ne comprenais pas, y compris ce qui se passe actuellement dans l'école, était lié à ce pouvoir. En quoi ce qui donne vie à ce château à avoir avec toi ou le reste ?
- Simplement parce que je suis ici pour récupérer ce pouvoir et que cela crée un certain remue-ménage – fort compréhensible au demeurant.

Il n'avait même pas pris une seconde pour réfléchir à comment lui annoncer. La phrase était sortie dans un souffle aussi naturel que l'expression ahurie qui s'était soudain peinte sur le visage d'Emy.

- Tu es là pour... prendre ce pouvoir ?, reprit-elle doucement, lentement, digérant la chose tout en essayant de l'imaginer. Mais Ewan, ajouta-t-elle prudemment comme si elle s'apprêtait à lui causer un grand choc, tu viens de me dire à l'instant que Poudlard existait grâce à ce pouvoir... Quelle idée as-tu là de vouloir t'en emparer ? Pourquoi faire une chose pareille ? Te rends-tu compte de ce qui se passerait si...

Ses yeux reflétaient son incompréhension. Parce que face à ce garçon qui la fixait avec une telle détermination, elle savait qu'il lui disait la vérité.

- Je te l'ai aussi dit tout à l'heure, répondit-il calmement mais avec gravité. Ce pouvoir a été dérobé à d'autres. Sa place n'est pas ici.

Sans même se demander d'où l'idée lui était venue, Emy s'imagina tout à coup Ewan tel un vengeur des temps modernes – une sorte de Zorro sorcier qui, ayant un jour découvert cette histoire, s'était offusqué face à cette injustice et avait décidé de réparer les torts. Cela dit, malgré le fait indiscutable qu'Ewan possédait des pouvoirs surclassant nombre de ses collègues – et même de ses enseignants – si ce pouvoir-là était gardé secret dans un château pourvu de pouvoirs magiques et protégé en plus par des sorciers comme Dumbledore, que pourrait-il espérer ?

Il lui fallait le convaincre ; lui ramener les pieds sur terre et lui faire comprendre que son entreprise était vouée à l'échec. Tout ce qu'il y gagnerait, c'était de perdre la face devant les autres, un blâme affectueux comme son directeur savait les donner ou dans le pire des cas, un passage devant le Magenmagot. Peut-être même un séjour à Azkaban !

- Écoute Ewan, tu as certainement de bonnes raisons, de très bonnes raisons pour vouloir faire ça, mais comprends que c'est de la folie. Tu l'as dit, ce pouvoir est très bien gardé – quelle chance aurais-tu face à des sorciers comme Dumbledore... ou même Rogue ? Et puis, dit-elle inquiète, si ce pouvoir assure la vie magique de Poudlard, que deviendrait-il sans ça ? Tu y as pensé ?

Ewan soupira et Emy devina qu'il allait objecter. Elle ne lui en laissa pas le temps.

- Allons voir Dumbledore !, proposa-t-elle. Si tu lui expliques la situation, pourquoi tout cela arrive, je suis sûre que...
- Il est déjà au courant, lâcha Ewan sombrement.

Emy fut stupéfaite.

- Il sait déjà parfaitement ce qu'il en est. L'existence du pouvoir - évidemment puisqu'il en est le gardien actuel -, les raisons de ma présence ici et ce que j'ai l'intention de faire. Il sait parfaitement tout cela. Nous en avons discuté ensemble il y a de cela peu de temps.
- Il est... au courant...

Puis se ressaisissant.

- Très bien dans ce cas, admit Emy. Il a donc dû te dire ce qu'il en pensait.
- Oui. Il m'a dit qu'il me comprenait.
- Pardon ?
- Qu'il me comprenait... mais qu'il ne me laisserait pas faire pour autant, sourit Ewan.
- Hum... Ce qui ne semble pas avoir servi à grand chose..., marmonna Emy.

Avec son amour du prochain et son sens de la justice, cela ne surprit pas tant que ça la jeune fille que quelqu'un comme son directeur comprenne que l'on veuille réparer une injustice. Mais...
Emy soupira. Sa première idée venait de s'avérer totalement inefficace. Cependant, en songeant à ce qu'elle éprouverait si Poudlard perdait à jamais sa fonction, elle réalisa qu'il en serait de même pour n'importe quel autre élève ici, y compris Ewan. Il ne pourrait pas être insensible à ça, elle en était certaine.

- Je ne peux imaginer que tu te moques de ce qu'il adviendrait de cet endroit si tu faisais cela. Poudlard, c'est comme... comme une seconde famille pour tant d'entre nous. Toi-même tu ne retournes pas chez toi au moment des vacances - c'est que tu te sens bien ici, non ? Et puis, dit-elle en détournant le visage, on est bien ici. Si Poudlard n'avait pas existé... on ne se serait pas connu...

Elle le regarda alors à nouveau, pleine d'espoir.

- Cette guerre dont tu m'as parlé et qui est à l'origine de tout est finie depuis si longtemps – tellement longtemps d'ailleurs qu'on n'en a même jamais entendu parlé. Les gens sont heureux aujourd'hui. Serait-il si grave d'envisager de laisser tout le monde en paix et ce monde tel qu'il est devenu ?
- Tu te trompes, la contra-t-il alors. Moi, je ne suis pas en paix ici et ne pourrai jamais l'être.

Emy soupira en remuant la tête. Était-ce donc devenu une obsession si forte chez lui que la réalité et le bon sens avaient fini par disparaître ?

- Tu te trompes encore, lui répondit-il en ne prêtant pas attention à son regard furieux pour être une fois de plus entré en elle sans autorisation. Je ne suis pas en paix parce que je n'ai rien à faire là, moi non-plus. Nous sommes venus à Poudlard dans un but précis. Lorsque notre mission sera terminée, nous repartirons. C'est tout.

Le regard mitraillette d'Emy disparut tout à coup pour laisser place à une nouvelle incompréhension. Stupéfaite, elle dévisagea Ewan un moment durant lequel certaines choses commencèrent à lui apparaître sous un jour nouveau.

- Tu n'es pas un simple élève...

Ça n'avait pas été une question, mais la seule réponse possible à un tel comportement. Dans son discours, il n'y avait rien eu qui se raccorde à ce qu'aurait dit l'un de ses camarades. Ewan parlait davantage avec maturité, sérieux, recul... froideur. D'une manière « extérieure » à ce qui la préoccupait elle – et aurait normalement préoccupé n'importe quel autre élève.

- Non en effet, avoua-t-il facilement en éprouvant même un certain soulagement. Le costume d'élève aura permis bien des choses et surtout facilité le travail. Mais non, nous ne sommes pas des élèves.
- « Nous » ?
- Oui, nous sommes trois.

- Je suis accompagné de ceux que tu connais sous les prénoms d'Adel et Roger. Nous sommes arrivés ensemble et nous... « travaillons » ensemble.
- Quoi ?, s'exclama Emy, abasourdie. Le Adel et le Roger que je connais ? Qu'est-ce que tu racontes ? Dès que vous vous croisez, c'est plus fort que vous, vous passez votre temps à... ?

Une lumière s'éclaira soudain en elle et passé le temps de la stupéfaction, une boule de colère lui monta subitement pour se coincer en travers de la gorge.

- Mascarade...Vous vous êtes foutus de nous, souffla-t-elle. Vous vous êtes foutus de nous depuis le début et avez maquillé votre entente par cette odieuse mascarade pour ne pas attirer l'attention ! Et tout ça dans le but de...

Ewan ne s'en défendit pas – ce qui eut le chic pour faire monter d'un cran la colère d'Emy.

- Comment peut-on être aussi... méprisant, faux ! Tu... Tu... Il n'y a même pas de mot pour qualifier ton comportement, Ewan Lynch ! Odieux ! Abject ! Tu t'es servi de nous ! De moi !

Le garçon remua la tête, agacé, mais Emy ne lui accorda même pas le privilège de dire quoi que ce soit.

- Et dire que pendant tout ce temps je t'ai défendu ! Seuls mes amis – et uniquement au nom de notre amitié – m'ont soutenue ! Je suis devenue une traîtresse aux yeux de mes camarades de maison, que je côtoie depuis des années et avec qui je me suis toujours bien entendue parce que j'avais confiance en toi ! Et toi, tu... tu...

Elle se leva d'un bon, surprenant Ewan, et commença à s'éloigner à grandes enjambées. Elle sentit soudain son bras gauche agrippé en arrière, retenu par la main du garçon qui l'avait rattrapée avant même qu'elle n'ait eu le temps de passer les serres.

- Lâche-moi !, ordonna-t-elle en se retournant vivement, dégageant son bras et opposant un visage furieux et écœuré. Je n'ai plus rien à te dire et ne veux plus rien entendre ! Tu as envie de mourir ? Vas-y donc avec ceux qui te suivent ! Ils ne valent pas mieux que toi et je ne pleurerai pas sur votre sort !

Un instant, dans une ambiance lourde, ils se firent face. Emy bouillait de rage tandis qu'Ewan la fixait, silencieux, les yeux plissés. Un rictus se dessina soudain au coin de sa bouche.

- Je ne mourrai pas et toi, tu as encore beaucoup à entendre. Alors retourne là-bas, s'il te plait, lui demanda-t-il d'un ton posé et poli.
- Ah ! Parce que tu crois peut-être que je vais t'obéir ?, hurla-t-elle. Tu me prends pour l'un de tes toutous de Serpentard ou quoi ?

« Retourne là-bas et écoute-moi. »

Impérieuse, la voix d'Ewan venait de résonner dans sa tête. Emy avait presque oublié les effets dérangeants que cela occasionnait. Pourtant dès qu'elle l'entendit, le même malaise déjà éprouvé à l'infirmerie la saisit. Elle se figea, impressionnée et inquiète, sentant son cœur battre douloureusement plus fort. Les mots n'avaient pas été criés, mais énoncés sur un ton qui ne lui laissait guère le choix. Et comme pour confirmer cette impression, quelque chose en elle lui conseilla de faire ce qu'il lui demandait. Instinct de survie ? Non, elle en était certaine. Mais quoi alors...


C'est ainsi que lentement, les dents serrées et le regard fier, Emy retourna derrière les serres. Une fois adossée contre le mur, elle croisa les bras sur sa poitrine et renifla dédaigneusement plus fort que nécessaire pour faire comprendre à son interlocuteur que la partie était loin d'être gagnée.
Ewan vint se placer à ses côtés et resta plusieurs minutes sans parler, l'observant, persuadé toutefois qu'elle ne reprendrait pas la parole la première.

- Je ne me suis jamais servi de qui que ce soit pour parvenir à mes fins, finit-il par dire avec calme et assurance, avant d'ajouter devant la mine sceptique d'Emy : « Pour la simple raison que je n'en ai jamais eu besoin. Ils me pensent simplement fort, mais en vérité mes capacités vont bien au-delà de ce qu'ils pourraient imaginer... Elles le sont au point qu'il m'a fallu, même ici plongé dans cette atmosphère inhibante - maintenant que je m'y suis parfaitement intégré - les sceller pour ne pas provoquer involontairement d'incidents. »

Emy ne lui opposa qu'un visage fermé aux sourcils froncés. La voix d'Ewan se radoucit encore et devint murmure.

- Et même si j'avais dû utiliser quelques subterfuges que ce soit, jamais je ne me serais servi de toi. Jamais, tu entends ? Jamais... Pas toi...

Il la fixa alors de ses grands yeux clairs et brillants de sincérité. Emy se maudit aussitôt. Comment diable arrivait-il avec autant de facilité à la convaincre ? Pas plus de quelques minutes plus tôt, elle lui avait dit d'aller mourir, qu'elle s'en moquait. Et voilà maintenant qu'avec quelques mots agrémentés d'un regard elle se sentait entraînée sur une pente sans retour. Puisant alors dans le peu de lucidité qui lui restait, elle le regarda de biais et lui demanda, soupçonneuse :

- Et en quel honneur, moi, pauvre petite élève insignifiante de Gryffondor que tu ne connais ni d'Ève ni d'Adam, aurais-je eu droit à un tel traitement de faveur ?

Il étouffa un rire triste.

- Je pensais t'avoir déjà montré à de nombreuses reprises que ta sécurité m'importait... bien plus que de mesure. Au point qu'une telle attitude de ma part aurait pu compliquer beaucoup de choses...

Sa rencontre malheureuse avec Bullstrode, Parkinson et leurs acolytes par une sombre soirée dans les couloirs glacés de la bibliothèque ; son interposition – aussi courageuse que risquée – dans la Forêt Interdite ; la façon qu'il avait toujours eu de prendre sa défense, discrètement mais efficacement, quand elle se faisait maltraiter par les autres Serpentard... Tant de choses qui revinrent avec rapidité et clarté dans l'esprit d'Emy qui avait de moins en moins d'arguments à opposer pour justifier une animosité à son égard.

Ewan la laissa réfléchir à tout ça. Si bien que lorsqu'elle releva la tête, l'expression méfiante avait disparu, laissant place à une incompréhension teintée d'assentiment. Emy répéta alors sa question, mais cette fois-là, ce fut sur un tout autre ton.

- Pourquoi ?

Une bienveillance apparut sur le visage d'Ewan.

- Sans doute parce que tu as, en peu de temps, pris une importance pour moi qui a fait que... qui aurait fait que..., laissa-t-il en suspend. Je t'en prie Emy, reprit-il ensuite d'un air suppliant, crois-moi ! Je ne t'aurais jamais fait de mal et n'aurais jamais pu me servir de toi. Tu ne t'en rends sans doute pas compte, mais le seul fait de te parler maintenant de tout cela, si je n'avais pas confiance en toi, si je ne croyais pas en toi, serait presque aussi absurde que risqué.

Il se rapprocha d'elle et sans qu'elle l'en empêche, prit une main dans la sienne.

- Je t'en prie, répéta-t-il. Tu crois vraiment que je suis ici dans le but stérile de semer la ruine et la discorde, pour me servir de vous... pour te faire du mal ?
- Pourquoi es-tu là alors ?, insista-t-elle.
- Je te l'ai dit. Pour récupérer un bien qui n'aurait jam...
- Mais pourquoi est-ce si important pour toi ? Je ne comprends pas.

Il hésita un bref instant.

- Parce que ce pouvoir appartenait autrefois à mon peuple. Depuis qu'il lui a été dérobé, il vit dans la crainte que son passé sanglant se reproduise à nouveau... Parce qu'il a perdu en même temps le pouvoir de se protéger.
- « À ton peuple » ? Mais ne sommes-nous tous pas les mêmes sorciers aujourd'hui ? Il n'y a plus lieu de parler de différents peuples magiques.

Allait-elle comprendre ?

- Emy... Je ne suis pas un sorcier... Pas plus qu'Adel ou Roger. Nous sommes des magiciens et ça fait une grande différence. Parce que notre essence-même est différente. Nos pouvoirs sont différents - plus vastes, plus puissants que ceux des sorciers. Nous n'appartenons pas au même monde qu'eux. Et je ne fais pas là allusion à une simple différence de classe sociale, mais bel et bien à une autre... dimension, précisa-t-il avec appréhension – avant de poursuivre, soulagé en voyant qu'Emy ne réagissait pas mal à cette révélation : « Il y a bientôt sept ans, aucun d'entre vous n'aurait pu nous rencontrer où que ce soit sur Terre parce que nous n'y étions pas. Et lorsque nous en aurons fini avec tout ça, plus personne n'entendra plus jamais parler de nous parce que nous n'y serons plus... ».

La tristesse qui perça soudain dans sa voix n'eut d'égal que celle qui se plaqua sur le visage d'Emy. Il l'avait définitivement convaincue et au fur et à mesure qu'il lui avait parlé, elle avait compris tout ce qui allait prochainement arriver et les impacts que cela aurait sur leur vie à tous - mais surtout sur la sienne... Il lui avait avoué la place qu'elle avait pris dans son cœur. La douleur n'en fut que plus insupportable. Car la colère et la souffrance éprouvées plus tôt, quand elle avait cru qu'il s'était joué d'elle, n'avait été qu'un écho à l'affection qu'elle lui vouait et ne pouvait accepter de voir réduite à néant par une trahison. Heureuse un court instant, elle était à présent effondrée car il était sincère. Il allait partir pour ne plus jamais revenir. Il la laisserait donc seule ?
Une boule d'angoisse nauséeuse maltraita son ventre. Ses yeux se mouillèrent. Sa voix s'étrangla. Elle le regarda, voulant trouver la force et les mots pour lui dire qu'un tel avenir était impossible pour elle. Après ce qu'il s'était passé, après ce qu'il avait pu lui raconter et toutes les émotions qui en avaient découlé. Non, ça ne pouvait pas finir ainsi...

Inconsciemment, elle crispa de toutes ses forces ses doigts entre les siens. Il souleva alors délicatement sa main libre et caressa la joue où roulait une première larme. Elle remua silencieusement la tête, refusant que ce geste soit le seul et unique d'affectueux qu'il se serait jamais autorisé à avoir envers elle. Il esquissa alors un timide sourire.

- Emy, il faut que tu saches autre chose.

Les yeux de la jeune fille redevinrent plus clairs.

- Te dire tout cela et t'avoir donné ma confiance ne résulte pas du seul fait que tu comptes tant pour moi.

Elle renifla et se montra plus attentive.

- Il y a... autre chose.
- Comme...?
- Pourrais-tu faire venir tes « papillons », s'il te plaît ?
- Mes papillons ?

Elle le regarda sans comprendre.

- S'il te plaît.

Ignorant si elle serait capable de faire apparaître ceux qui n'avaient finalement jamais accouru que lorsqu'elle avait eu besoin d'une aide, Emy se dégagea doucement et se concentra quelques secondes au bout desquelles, soulagée, elle vit myriades de petits êtres ailés et bleus se matérialiser autour d'elle mais également autour d'Ewan - alors que jusqu'à présent, ils s'étaient toujours bien gardés de s'éloigner de celle qui les avait appelés.

- Bien, sourit le garçon, satisfait. Fais-en se poser un sur ta main maintenant et observe-le. Dis-moi à quoi il te fait penser.

Obéissant sans se poser de question, Emy tendit une main devant elle et aussitôt, l'une des créatures vint s'y poser. Approchant alors sa main près de ses yeux, elle força son regard avant de reculer instinctivement son doigt avec une brusquerie involontaire, mais sans pour autant que l'être ne s'envole.

- C'est... c'est... c'est..., se mit-elle à bafouiller.
- Emy, lui dit alors doucement Ewan. Il n'a jamais s'agit de papillons. Ce sont...
- … des fées, termina Emy dans un souffle.

Abasourdie et tout autant fascinée, elle ramena prudemment le doigt où la petite fée bleutée était posée, la regardant avec un sourire gracieux, près de son visage. Une question lui vint alors. Depuis tout ce temps, avec le nombre de fois où elle les avait eus, c'est le cas de le dire, sous le nez, comment avait-elle fait pour ne jamais s'être rendue compte que ses papillons étaient en réalité des fées ? Même Hermione ! Même elle qui savait tant de choses les avait admirées et pourtant ne...
Emy regarda Ewan, incrédule.

- De simples petites fées comme on penserait pouvoir en rencontrer dans ces contrées magiques, commenta-t-il doucement. Mais qui pourtant, ont quelques particularités de beauté et de comportement que seuls ceux les connaissant savent interpréter. Au moment-même où tu me les as présentées ce soir-là à la bibliothèque, j'ai compris qui tu étais et à quoi avait joué notre cher directeur. Il n'a d'ailleurs pas été le seul à le comprendre et cela a bien failli te coûter très cher...

Il la regarda alors avec une tristesse mêlée de colère. Mais Emy ne s'arrêta pas à son expression.

- Que veux-tu dire ? « Me coûter cher » ? Et à quoi a « joué notre directeur » ?

Elle s'inquiéta de ce qu'il allait de nouveau lui apprendre.

- Je t'avais promis de te dire un jour pourquoi c'est toi qui avais été visée ce jour-là dans la Forêt Interdite. Hé bien voilà, maintenant tu sais.
- Je sais ?
- Ce sortilège que j'ai reçu...

Emy tressaillit.

- … c'est un peu à cause de tes « papillons » qu'il a été lancé. Parce que celui qui les as vus, apparus de ta main, a compris immédiatement qui tu étais et a eu peur de toi... De ce que tu pourrais être capable de faire.

Emy ne trouva rien à répondre tellement elle avait du mal à assimiler ces propos. Elle ? Qu'était-elle donc en mesure de faire de si extraordinaire qui aurait pu pousser quelqu'un à lui en vouloir à ce point ? Elle n'était qu'une élève sans problème, moyenne – voir même médiocre dans certaines matières – et rien dans ses capacités ne représentait un danger.

Mais avant qu'elle n'ait eu le temps de demander davantage d'explications, Ewan poursuivit et l'amena sur un autre chemin.

- Malheureusement pour lui, j'étais là - ce qui a été une bonne chose pour toi et une moins bonne pour nous dans la mesure où cet être « fort attentionné » a révélé ma vraie nature à Dumbledore.

Effectivement, il n'en fallut pas plus à Emy pour se remémorer ce qu'Ewan venait de dire et l'avait fortement intriguée.

- Attends une minute, s'il te plaît, dit-elle en agitant une main, confuse. Qu'est-ce que tu as voulu dire tout à l'heure en rapport avec le directeur qui aurait joué à quelque chose ?

Ewan se racla la gorge et la regarda en faisant la moue.

- Simplement que Dumbledore a toujours su que des « intrus » se trouvaient dans son château avec les intentions que tu connais et que ce simulacre de travail de groupes entre cinquième et septième année n'a jamais eu pour autre but que de mettre quelqu'un en travers de notre route – en comptant bien évidemment sur l'aide du Choixpeau Magique, qui a coiffé les têtes et sondé mieux que quiconque n'aurait pu le faire les esprits des élèves de cette école, pour dégoter la bonne personne. C'est ainsi tombé sur toi... et moi. Et tu peux être certaine qu'il en a rapidement été conscient.
- Hein ? Il a quoi ?
- Dumbledore n'a pas volé sa réputation de plus grand sorcier de son époque, tu sais, admit de bon cœur Ewan. Et avec les idées farfelues qu'il a régulièrement, cette énième tentative de sauvetage n'est pas si surprenante. Sans doute a-t-il alors espéré que si je m'attachais à toi, qui aimes tant cet endroit, mes bons sentiments m'empêcheraient de le mettre à feu et à sang.

Emy fit la tête de quelqu'un qui venait d'avaler de force un citron particulièrement acide.

- Ne lui en veux pas, la calma pourtant Ewan, et voyons les choses du bon côté : il est vrai qu'en arrivant ici, je n'avais pas la même vision de ce château.
- Mais tu ne t'en serais pas pour autant pris à des élèves, voyons ! Se servir comme ça des gens, c'est...

Et là, elle entraperçut un air particulier qui la dérangea.

- Ewan ?

- Ewan ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je ne m'en suis jamais pris à des innocents et ne le ferai jamais, préféra-t-il lui dire. C'est pour ça que tes amis n'ont rien à craindre de nous. Mais... comprends que dans cette lutte invisible, il a fallu bien souvent se battre – et ce, à des niveaux très élevés.

Emy se plaqua contre le mur de pierres froides sans même s'en rendre compte. Elle avait trop peur d'avoir compris.

- Qu'est-ce que tu as fait ?, demanda-t-elle d'une voix étouffée. Qu'avez-vous fait ?

Il soupira, désolé de risquer de la heurter à nouveau.

- Nous avons éliminé nombre de ceux qui protégeaient le pouvoir ici.

Elle porta une main à sa bouche, horrifiée.

- Vous avez... tué des gens... Des élèves ?
- Pas de simples élèves, précisa Ewan d'un ton un peu sec. Ceux que les ascendants avaient nommés « Inopportuns » du fait de ce qu'ils avaient choisi d'être et de défendre – contre nature.
- Mais Ewan... C'est mal !

Il ricana.

- As-tu déjà lu un récit traitant de la guerre où seulement de belles choses arrivent, Emy ?

Elle se tut.

- Tuer des gens est loin de me procurer quelque jouissance que ce soit – il y a déjà eu trop de morts. Mais si cela devient nécessaire pour protéger notre peuple, je n'ai pas le choix et en toute honnêteté, je n'en éprouve aucun remord.
- C'est horrible de dire des choses pareilles..., souffla Emy en baissant la tête.
- Je n'en retire aucune fierté. Mais telle est la vérité, autant que tu la saches. Et sans chercher à amoindrir nos actes, songe un instant que cette situation a toujours été valable dans les deux camps et que pire que tout, toi comme nous, tu as été visée – alors que plus que quiconque, tu es innocente.
- Mais pourquoi s'en est-on pris à moi ?, cria-t-elle brusquement, perdue. Je ne comprends pas ! Qu'est-ce que j'ai fait ?

Ewan respira profondément.

- Tu as fait que tu es l'une des nôtres. Et cela, aux yeux de beaucoup, suffit amplement à te placer dans les rangs de l'ennemi. Voilà comment eux sont.

Emy mit un moment à retrouver l'usage de la parole.

- Comment ça : « l'une des nôtres » ?, demanda-t-elle d'une voix tremblante, le teint pâle. Tu veux dire, l'une des vôtres, comme toi, Adel ou Roger ? Mais Ewan, c'est... c'est dément !

Un souffle de panique l'enveloppait.

- Je suis née ici, moi ! Pas sur une autre planète ou dans une autre galaxie comme vous ! Mes parents sont des Moldus – les moldus les plus communs qu'on puisse trouver et qui n'avaient jamais pensé que la magie existait pour de vrai jusqu'à ce que je vienne étudier ici ! Je n'ai strictement aucun pouvoir qui permette de...
- Tes « papillons », rétorqua alors doucement le garçon.
- Quoi mes papillons ?, s'agaça Emy. Comment des pap... des fées peuvent-elles révéler la nature de quelqu'un ? C'est n'importe quoi !
- Je comprends que cela te paraisse incroyable et difficile à admettre. Je le comprends parfaitement, essaya de la calmer Ewan. Mais tu peux me faire confiance. Si je n'ai que ces fées à t'énoncer pour me servir de preuve, il y a bien d'autres choses en toi que je perçois et qui ne laissent aucun doute sur ta vraie nature.

La certitude qui se dégagea de ses paroles n'arrangea pourtant pas les choses.

- Et mes parents alors ?, objecta Emy.
- Des descendants de magiciens, lui apprit Ewan patiemment. Des magiciens qui sont venus sur Terre avec l'espoir de récupérer leur pouvoir, avant de se retrouver pourchassés par les sorciers. Les « Chanceux », comme on les a cruellement nommés - car pour ceux qui ont réussi à leur échapper, il n'y a rien dans cette histoire ni dans la triste vie de clandestins qui les attendait ici qui ne mérite une telle appellation.

Il ponctua la fin de sa phrase par un long soupir et baissa la tête.

- Je ne savais pas, s'excusa Emy avec douceur. Pardon...

Elle put ressentir sa peine. Toute la souffrance qu'une telle tragédie avait provoquée. Toute la souffrance qu'un peuple vivait encore parce qu'on l'avait déposséder de son bien, de son âme.
Ewan releva le visage et esquissa un faible sourire.

- C'est normal que tu ne saches pas, dit-il. Cela s'est passé il y a des siècles. Depuis tout ce temps, personne dans ta famille ne semble avoir développé de pouvoirs magiques - si bien que tout a fini par disparaître de vos mémoires. Tu es la première depuis cette époque.

Un étrange silence se posa ensuite sur eux.
Puis, passé un moment :

- C'est si compliqué tout ça, murmura Emy, son regard vide tourné devant elle.

Comment aurait-elle pu jamais imaginer que l'ambiance mystérieuse et troublante qui enveloppait le château résultait de tels évènements ? Elle songea même que si elle n'avait pas eu autant confiance en Ewan, elle aurait eu du mal à le croire tant tout paraissait invraisemblable.

- Oui. C'est vrai que c'est compliqué, admit le jeune homme - dont les yeux étaient à nouveau pétillants. Pourtant, c'est aussi assez simple.
- Comment ça ?, questionna Emy en reportant son attention sur lui.
- Hé bien, ce qui est compliqué, c'est d'admettre ce qu'il s'est passé. Mais une fois que c'est fait, les choses actuelles sont plus simples à saisir et accepter, non ?

Emy parut moyennement d'accord.

- Et quelles sont ces « choses actuelles » ?, se hasarda-t-elle tout de même à demander.
- Qu'en toute logique et pour rétablir l'équilibre, nous allons récupérer notre pouvoir. Après cela, nous repartirons et tout deviendra alors comme cela aurait toujours dû l'être.

À ces mots, une terrible douleur mordit Emy. La simple pensée que quoi qu'il se passe dans un futur proche, Ewan allait définitivement la quitter lui donna envie de vomir. Incapable de réagir, c'est comme si un vide abyssal avait brusquement noyé son cerveau. Elle sentit ses mains puis tout son corps parcourus de fourmillements avant de se mettre à trembler. Plus que son esprit, c'est tout son être qui refusait cette conclusion.

- Je n'ai donc maintenant plus qu'une question à te poser.

Le corps d'Emy se recroquevilla instinctivement sur lui-même, incapable d'entendre ces dernières paroles.
Ewan inspira profondément, légèrement anxieux, et...

- Es-tu prête à repartir avec nous ?