- Ah Emy ! Te voilà ! Regarde un peu ce que je vais port... Emy ?
- Emy, qu'est-ce qu'il y a ? Hermione, viens vite !

Hermione avait tout juste eu le temps de rattraper son amie dans ses bras avant qu'elle ne s'écroule à terre. Le teint livide, le visage perlé de gouttes de sueur, elle venait de perdre connaissance.

- Qu'est-ce qu'on fait, Hermione ?, paniqua l'une de ses camarades de chambre, qui était en train de terminer de se pomponner au moment où Emy était apparue sur la pas de la porte, telle un zombie.
- Euh..., réfléchit Hermione à toute vitesse, tentant de prendre en considération tous les paramètres. Laissez, c'est bon, je vais m'en occuper. Aidez-moi simplement à la mener jusqu'à son lit.

Les deux s'exécutèrent mais,

- T'es sûre que ça ira ?, grimaça l'une tout en aidant Hermione à soulever Emy par la taille.
- Tu ne préfères pas qu'on aille plutôt voir McGonagall ?, demanda l'autre qui s'était précipitée sur le lit pour le défaire.
- Non, non, non ! Je sais ce qu'elle a et j'aurai vite fait de la remettre d'aplomb, affirma Hermione.

Les deux autres se regardèrent sceptiques.

- Ne vous inquiétez pas, assura Hermione. Je connais bien Emy et ce n'est pas la première fois qu'un excès d'émotions produit ces effets sur elle, mentit-elle avec un sourire exagéré. Je vous assure qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter.

Mais les deux filles avaient du mal à lâcher Emy du regard.

- Allez !, les bougea alors Hermione. Filez terminer de vous maquiller ou vous ne serez jamais prêtes à temps... et je ne pense pas que vos cavaliers apprécieraient des masses, trouva-t-elle comme excellent moyen, et de les faire partir, et de leur occuper l'esprit avec une chose à laquelle elles apportaient finalement autant d'importance que l'état de santé d'une de leurs camarades.
- Haaan ! T'as raison !, s'exclamèrent-elle en chœur en regardant simultanément leur montre. On va être en retard !

Elles retournèrent aussitôt à leur table de chevet respective tandis qu'Hermione commença par tirer les rideaux autour du lit pour obtenir un peu d'intimité, avant de faire apparaître d'un coup de baguette magique une petite fiole contenant un liquide verdâtre qu'elle déboucha précautionneusement en faisant une grimace significative. Elle la passa ensuite lentement à plusieurs reprises sous le nez d'Emy qui, au bout de quelques secondes, commença par remuer doucement la tête puis ouvrit les yeux, l'air tout à la fois endormie et hébétée. Hermione referma alors rapidement la fiole contenant son Élixir à réveil.

- Hermione..., marmonna Emy en se relevant péniblement sur les coudes, regardant dans le vague son amie puis la chambre où elle se trouvait. Qu'est-ce que...?

L'esprit embrouillé, elle mit un certain temps à réaliser où elle se trouvait.

- Chut...Calme-toi Emy, dit Hermione d'une voix apaisante. Tu es dans ton lit, dans ta tour. Tout va bien.

Elle l'avait laissée reprendre connaissance en douceur, sans rien lui demander, en restant simplement à ses côtés, assise au bord du lit. Mais le terrible soupir que poussa tout à coup Emy l'inquiéta de plus belle, la faisant s'interroger vivement sur ce qu'il avait bien pu se passer durant son fameux rendez-vous.

Elles entendirent soudain la porte du dortoir s'ouvrir et se refermer doucement. Hermione entrebâilla discrètement les lourds rideaux pourpres du baldaquin et constata qu'elles étaient à présent seules dans la pièce – ce qui ne fut pas fait pour lui déplaire.

- Emy, demanda-t-elle alors en prenant soin de ne pas brusquer son amie, que s'est-il passé ?

La jeune fille ne répondit pas de suite. Le regard moins flou mais l'air très troublé, elle se redressa légèrement pour s'asseoir dans son lit et sembla basculer dans ses pensées sans qu'Hermione ne sache si elle avait ou non entendu sa question.

- Emy...?
- Oh ! Rien. Il ne s'est rien passé...

Son visage reprenait peu à peu des couleurs et elle força même un petit sourire guère convainquant quand elle réalisa enfin l'angoisse de son amie.

- Ne t'inquiète pas Hermione, ça va. Ça va aller...
- Emy..., soupira Hermione. Ça se voit que ça ne va pas. Ne me dis pas le contraire.
- Non en effet, j'ai connu des jours meilleurs, reconnut tristement Emy. Mais Hermione, pardonne-moi, lui dit-elle en la regardant désolée...
- … tu ne peux pas m'en parler. C'est ça ?, acheva Hermione, déçue.

Déçue mais pourtant compréhensive. Sans savoir de quoi il s'agissait, elle devinait que les choses n'étaient pas faciles pour son amie en ce moment. Toutefois, un agacement la prit soudain. Car sans avoir besoin de poser la question, elle savait déjà qui était le responsable de tout ça : Lynch ! Encore en toujours Lynch. Tout semblait toujours se ramener à lui. Ce garçon semblait avoir un don indiscutable pour blesser son amie et ça, ça la mettait hors d'elle.

Ainsi, elle aurait juste aimé qu'Emy se confie un peu pour alléger son cœur, évacuer sa peine. Combien de temps mettrait-elle pour réussir à extérioriser ses soucis ? Elle l'ignorait mais respecterait ce délai, quel qu'il fut.

- Je ne te poserai qu'une question Emy, je te le promets, dit-elle alors tout bas. Après, je te laisserai tranquille. Tu veux bien ?

Emy acquiesça d'un mouvement de tête.

- Dis-moi juste : t'a-t-il fait du mal ?

Emy releva légèrement son visage et regarda Hermione, perplexe.

« Du mal » ?

Elle avait beau souffrir ; elle avait beau se retrouver dans une situation inimaginable et qui lui semblait à présent inextricable, non, il ne lui avait pas fait de mal – pas comme Hermione l'entendait en tout cas. Il ne l'avait pas menacée, ne l'avait pas brutalisée, pas plus qu'il ne lui avait imposé quoi que ce soit. Il lui avait simplement dit ce qu'il en était et c'était maintenant à elle de faire un choix.

- Emy ?, la sortit à nouveau doucement de ses pensées Hermione.
- Non Hermione. Je te jure qu'il ne m'a pas fait de mal. C'est juste que... les choses ne sont pas tout à fait passées comme je m'y attendais, c'est tout. Et... euh...
- Je comprends, préféra la couper Hermione, la ménageant un tant soit peu dans sa tristesse. Je comprends...

Elles se regardèrent un moment sans rien dire. L'une attristée et frustrée de savoir qu'elle ne pouvait rien faire de plus, l'autre toujours sous le choc des révélations et s'inquiétant de surcroît que son amitié avec Hermione, si précieuse, ne souffre de tous ces mystères.
Emy voulait préserver ces liens-là, préserver son amie – tant d'autres choses plus agréables et moins compliquées l'attendaient certainement.

- Tu veux me faire plaisir, Hermione ?, lui demanda-t-elle tout à coup avec un sourire singulièrement sincère.
- Oui, bien sûr ! Tout ce que tu veux !
- Alors, va au bal et amuses-y toi, s'il te plaît.

La déception se lut cette fois-ci nettement sur le visage d'Hermione.

- Hum... Je me doutais bien que tu allais me dire que tu préfèrerais rester seule, marmonna-t-elle.
- Je ne veux pas te gâcher la soirée...
- Mais enfin...!, s'indigna Hermione.
- Je sais que je peux compter sur toi et toi, tu sais qu'en cas de besoin, tu serais la première personne vers laquelle je me tournerais, la coupa avec délicatesse Emy. Mais pour le moment, la seule chose dont j'ai vraiment besoin, c'est effectivement de rester seule. Alors, tu pourrais bien rester assise sur ton lit à me veiller, mais...

Hermione ne répondit rien mais afficha une expression plus qu'éloquente. Emy chercha alors quoi lui dire pour la rassurer et lui faire quitter cette pièce sans amertume. Elle prêta à cet instant attention aux bruits des pas qui montaient et descendaient à toute allure les marches derrière la porte de leur chambre, aux rires joyeux qui provenaient de la salle commune et qui l'inspirèrent tout en lui donnant davantage le sentiment d'être étrangère à tout cela.

- Écoute, je vais me reposer un peu et après, je tâcherai de venir vous rejoindre.

Hermione la dévisagea sceptique.

- Vraiment, appuya Emy. Mais je raterai certainement l'entrée du bal. Toi, va rejoindre Harry et Ron – déjà que mon absence va les intriguer, si tu n'y vas pas toi non-plus, ils sont fichus de trouver un moyen pour atteindre notre chambre sans glisser dans les escaliers.
- Vraiment ?, douta toujours un peu Hermione.

Emy la regarda alors droit dans les yeux et : « Vraiment ».

Hermione en fut étonnée mais soulagée.

- Bien. Dans ce cas, je vais finir de me préparer – je trouverai bien une excuse à sortir aux autres pour justifier ton... retard. Repose-toi Emy et à tout à l'heure.

Là-dessus, Hermione écarta les rideaux pour sortir de l'espace clos et les referma pour laisser son amie tranquille. Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvrit pour se refermer à nouveau sur un pesant silence.
Cette fois, Emy était seule... Vraiment seule. Dès qu'elle le réalisa, toute la pression qui s'était accumulée se déchargea brusquement de façon incontrôlée.
C'est ainsi qu'à l'abri des regards, sans avoir à se soucier de ce qu'auraient dit ses amis s'ils l'avaient vue, elle fondit en larmes, agrippant de toutes ses forces son oreiller qui étouffa ses hurlements et sanglots de détresse.


Loin de là, dans les jardins, derrière les serres, Ewan n'avait pas bougé. La réaction d'Emy ne l'avait pas surpris, même s'il aurait aimé qu'elle soit autrement. Au moins, cela prouvait qu'elle avait entendu et compris ce qu'il en était - une partie de ce qu'il souhaitait s'était donc réalisée.
Pourtant, pour la première fois depuis toutes ces années passées sur Terre où rien ne l'avait jamais détourné de son devoir, ne l'avait fait douter, trembler, il se sentait fatigué. Fatigué de cette situation, de ces combats, mais surtout de ces émotions ravivées dont il aurait préféré ne jamais plus ressentir la force après tout ce qu'il avait déjà vécu par le passé. Des émotions qui reflétaient trop bien des sentiments qu'il ne lui était pas bon de revivre, sachant qu'il la perdrait elle aussi...
Le poids des responsabilités, sa vie qui passait après celle de ceux qui comptaient sur lui, ce qu'elle déciderait, comment elle vivrait les bouleversements qui allaient suivre...
Il plongea son visage dans ses mains. Las.

Pourquoi s'étaient-ils tant attachés l'un à l'autre ? Il savait pourtant que rien ne serait possible. Plus rien ne pouvait l'être depuis ce jour où il avait lié son destin avec celui de ce joyau qui avait disparu, emporté dans les mains des sorciers. Mais égoïstement, il avait laissé grandir ses sentiments, ignorant tant qu'il le pourrait la souffrance qu'ils engendreraient tôt ou tard.

L'interrompant brusquement dans sa désespérance, une silhouette familière apparut du devant des serres.

- Tu es encore là ?, demanda Adel en le regardant d'un air tout à la fois triste et résigné.

Mais Ewan ne répondit pas. Adel soupira et s'avança alors lentement vers son ami, s'arrêtant à un mètre de lui.

- Tu lui as parlé ?
- Oui...
- Tu lui as tout dit ?
- Presque tout.
- « Presque »...
- Tout ce qu'elle a à savoir – c'est bien assez. Trop même...

Un silence passa entre eux.

- Tu es décidément bien cruel avec ceux qui t'aiment, dit Adel dans un souffle de désespoir. Si cruel...

Mais Ewan n'y réagit pas.

- Elle n'a rien à faire ici. Elle ne finira que par s'y faner.
- Mais à quoi bon l'amener avec nous ?, opposa Adel en conservant cet air triste sur son visage. Elle se retrouverait dans un monde où son pouvoir s'épanouirait, oui mais... elle, qu'y deviendrait-elle sans toi ? Qu'y deviendrons-nous...?


Garçons et filles de Poudlard étaient fin prêts. Nombre d'entre eux s'étaient donnés rendez-vous dans le hall d'entrée où ils attendaient à présent, avec une impatience non-dissimulée, que les lourdes portes de la Grande Salle s'ouvrent, marquant ainsi l'ouverture officielle du Bal de Noël – bal placé bien évidemment sous la haute vigilance des fantômes et enseignants, dont deux en particulier qui s'appliquèrent à repérer puis surveiller dès leur arrivée dans la salle Adel et Roger, alors élégamment vêtus de robes de soirée respectivement verte et bleue nuit, et accompagnés chacun pour l'occasion d'une fille de leur classe.

Mais si un soulagement certain fut éprouvé du fait de pouvoir observer le moindre fait et geste de ces deux « élèves », ne pas encore avoir aperçu Ewan dans cette foule inquiéta relativement McGonagall et laissa pensif Rogue. Ne pouvant toutefois rien faire d'autre pour le moment, les deux bras droits du directeur se contentèrent de surveiller attentivement Adel et Roger - les autres enseignants et fantômes étant suffisamment nombreux pour veiller sur les autres élèves - tout en prêtant attention aux retardataires, conservant l'espoir de voir apparaître le troisième redouté.

Ils n'étaient pourtant pas près de le voir arriver. Car malgré les derniers regards plein d'espoir que lui avait lancé Millicent, qui portait alors sa plus belle et volumineuse robe rose à fanfreluches, près de la porte dérobée de l'entrée de la salle commune des Serpentard, rien n'y fit. Plus tôt dans la soirée, Ewan avait annoncé que ce genre de cérémonie ne l'intéressait guère et avait instamment prié les autres d'y aller sans lui.
… Et les demandes d'Ewan s'avérant être des ordres auxquels personne ne songeait à déroger, dépitée, Bullstrode dut se résoudre à suivre ses camarades jusqu'à la Grande Salle où musique et ambiance festive lui firent oublier momentanément sa déconvenue.


Loin de là, éloignée des cachots de Serpentard, tout en haut de sa tour, Emy était parvenue à calmer son chagrin - ce qui ne lui avait finalement servi qu'à se retrouver pleinement confrontée à ses tourments. À sa demande, Hermione l'avait laissée pour aller rejoindre Harry et Ron qui l'interrogèrent aussitôt sur les raisons de son absence. À court d'excuses inattaquables, Hermione avait alors marmonné que son amie avait des problèmes de couture de dernières minutes avec sa robe et serait en retard. Bizarrement, le mensonge fonctionna.

- Elle ne préfère pas qu'on l'attende plutôt ici ?, demanda Harry. Elle ne devrait pas en avoir pour très longtemps, non ?
- Non, répliqua Hermione. Elle nous dit d'y aller. Et puis, tu la connais : quand elle a une idée en tête...
- Ah ça ! Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle est têtue !, confirma Ron.

Harry et Hermione le regardèrent, sourcils relevés : entendre Ron faire une telle remarque, c'était un comble.

- Hum... Bref, reprit Hermione dans l'espoir de clore rapidement la discussion. Dans la mesure où il y a quand même un peu de travail à faire, il serait effectivement préférable que l'on descende. Elle nous rejoindra dès qu'elle sera prête.
- Ok, dit Harry en se tournant une dernière fois vers l'escalier qui menait au dortoir des filles. Allons-y.

Soulagée de ne pas avoir eu plus de mal à les convaincre, Hermione, suivie des deux garçons, sortit de la salle commune de Gryffondor et emprunta un couloir au bout duquel un tapis mural masquait un passage secret qui permettait d'atteindre le Hall en un rien de temps. Ouvrant la marche, elle put rapidement abandonner son masque jovial pour laisser ressortir son inquiétude. Une question la tarauda alors : à cet instant, à quoi pouvait penser son amie ?


« Tu as fait que tu es l'une des nôtres... », « La triste vie clandestine qui les attendait ici...», « Plus personne n'entendra plus jamais parler de nous parce que nous n'y serons plus... », « Es-tu prête à repartir avec nous…? ».

Et ces mots se répétaient, se répétaient. Inlassablement, ils tournaient dans sa tête à lui en donner le vertige. Que devait-elle faire ? Comment prendre la bonne décision en si peu de temps ?
Elle ne savait pas...
Il comptait tant pour elle. Elle comptait tant pour lui. Leurs sentiments l'emportaient sur tout le reste, mais pouvait-elle se permettre de négliger tout ce qui avait fait jusqu'à présent sa vie ?
Il allait partir. Il allait partir à tout jamais dans un royaume où il lui avait demandé de le suivre. Vingt-quatre heures... Vingt-quatre malheureuses petites heures pour prendre une décision... avant qu'il ne parte et que le passage vers son monde ne se referme à jamais.
Imaginer ne plus le revoir, le regarder partir en se disant que... Non, c'était atroce. Elle avait envie de hurler. Pourquoi les choses étaient-elles ainsi ? Pourquoi lui avait-on fait ça ?
Partir avec son « prince charmant », qui n'en avait jamais rêvé ? Mais qui aurait pu imaginer que ce soit si douloureux ?
Sa famille, ses amis, sa vie. Sans se demander ce qu'elle trouverait là-bas, elle ne pensa qu'à ce et ceux qu'elle laisserait ici.
Que faire ? Suivre son cœur ? Car son cœur de jeune fille amoureuse lui disait de le suivre sous peine de le regretter à tout jamais. Mais en même temps, choisir de demeurer là lui imposerait-il ce même destin tragique de magicienne perdue dans un monde hostile de sorciers ? Ne finirait-elle pas par trouver un jour le bonheur ? Née ici, n'était-ce pas un signe qu'elle devait y rester ?
Si elle partait, elle n'aurait pas le temps d'expliquer son choix. Comment ses parents pourraient-ils comprendre que leur fille ait disparu sans donner les explications dont ils auraient besoin ? Et ses amis ? Hermione sans doute comprendrait, mais les autres... Il y avait aussi Dumbledore. Quelle meilleure personne que lui, qui savait toujours trouver les mots justes, pourrait calmer la souffrance de ceux qui l'aimaient et ne comprendraient pas son choix. Mais la laisserait-il partir ?
Et si elle se trompait ? Si ce qu'elle s'imaginait était différent de la réalité ? Que savait-elle de ce royaume ? Aurait-elle la même perception des choses que celui qui lui en avait parlé et y était né ? Comment y serait-elle accueillie, elle, née dans un monde de sorciers ? Bien sûr, elle serait auprès d'Ewan - et s'imaginer près de celui qu'elle aimait parvenait à un peu apaiser son cœur angoissé - mais si elle partait avec lui et une fois là-bas voulait rentrer chez elle ? Si la séparation d'avec ses proches était trop dure ? Elle savait déjà qu'elle ne pourrait pourtant jamais faire marche arrière... Qu'elle serait alors là-bas... telle une prisonnière.
Bon sang ! Comment était-il possible d'infliger tant de tourments à une seule personne ?

Elle eut brusquement l'impression de manquer d'air, d'étouffer, de se trouver dans un endroit trop petit. Changer de lieu, aller dehors, ne voir personne, se retrouver au milieu d'une nature fraîche qui lui procurerait un peu de sérénité.
Oui, voilà ce qu'elle allait faire ! Sortir de cette tour où elle se sentait enfermée et aller respirer ! Peut-être aurait-elle la chance qu'après cela, ses idées seraient un peu plus claires.

Les cheveux ébouriffés et sentant la peau de son visage tirée par les larmes qui avaient séché sur ses joues, elle se leva doucement de son lit et se dirigea à petits pas vers la porte de sa chambre, passant devant une commode. Son reflet dans le miroir l'interpella brusquement, la laissant sans voix.

- Hé ben, soupira-t-elle en observant les dégâts. Regarde-toi ma pauvre fille : incapable de prendre la moindre décision et en plus, tu ressembles à un sac !
- Oh ! Je vous trouve bien dure avec vous même, s'offusqua soudain une voix. Un coup de brosse et une jolie robe et vous n'aurez rien à envier à qui que ce soit.

Emy fixa le miroir, fataliste.

- Hum... Merci, lui répondit-elle tout de même par pure politesse.

Arrivée devant la porte, elle avança une main vers la poignée qu'elle n'attrapa finalement pas. Hésitante, elle se retourna légèrement vers le miroir, pensa à ce qu'il venait de lui dire, secoua la tête tant elle trouvait ses paroles dénuées d'intérêt compte tenu de ce qu'elle vivait actuellement, approcha de nouveau sa main de la poignée, la retira, hésita, se tourna vers son armoire, soupira et se décida. Après tout, quel mal y aurait-il si elle prenait un peu soin d'elle ? Sa mère lui avait toujours dit que pour se sentir bien, il fallait commencer par s'aimer.
… Sauf qu'après avoir vu son reflet dans le miroir, elle était persuadée qu'un certain travail serait nécessaire pour en arriver là.

Contrairement à ses camarades, elle mit toutefois nettement moins de temps à se changer. Son peigne pour discipliner ses cheveux, sa robe de sorcière posée au pied de son lit, une robe plus habillée, davantage de circonstance, choisie dans son armoire et elle quitta sa chambre, traversa la salle commune et descendit lentement les escaliers vers le rez-de-chaussée sans rencontrer âme qui vive, espérant y trouver les portes de la Grande Salle fermées pour ne pas être remarquée.

Par bonheur, elles l'étaient – ce qui n'empêchait nullement ceux se trouvant à proximité de l'immense pièce d'entendre le boucan incroyable qui y régnait.


La fête battait maintenant son plein. Comme Hermione l'avait espéré, Harry et Ron eurent vite fait de penser à autre chose qu'à Emy. Ils avaient commencé par rejoindre leurs amis dans un coin de la salle avant d'aller boire quelques verres de bierraubeurre – que Lee Jordan avait eu l'idée d'aromatiser avec du Whisky Pur Feu soudoyé aux Trois Balais – qui eurent vite fait de les détendre et leur retirer toute pudeur à aller danser et faire le spectacle parmi tant d'autres sur la piste. De son côté, l'esprit parfaitement sobre, Hermione avait à plusieurs reprises pris sur elle de ne pas monter voir son amie. Imaginer ce qu'elle lui aurait dit en la voyant revenir après l'avoir priée de la laisser seule l'incita chaque fois à renoncer. Elle décida donc d'attendre une heure raisonnablement tardive pour quitter la fête et retourner au dortoir.
Quant à Adel et Roger, ils n'avaient pas bougé - pas plus qu'ils n'avaient montré un comportement suspect. Restés avec leurs camarades de classe, ils donnaient l'impression de profiter au même titre que les autres de la soirée.
… Et les fantômes venant régulièrement faire des rapports sur ce qu'il se passait à l'extérieur, McGonagall et Rogue se prirent même à songer que durant l'absence de leur directeur, ils n'auraient aucune situation grave à gérer.


« Pour se sentir bien, il fallait commencer par s'aimer » semblait déjà montrer quelques signes de fatigue. Car Emy avait eu beau s'être trouvée mieux fagotée en sortant de sa chambre, voilà qu'au beau milieu de son trajet, tout ce qu'elle avait appris peu de temps avant lui tournait déjà dans la tête, la faisant s'interroger sérieusement sur l'utilité d'avoir quitté son lit.
Qu'est-ce qu'elle espérait déjà ? Ah oui ! Faire un break dans ses soucis histoire de savoir quoi choisir ? C'est ça oui... C'est ça... Quelle utopie. Quelle tragique utopie.
Ça l'était d'ailleurs à un point tel, qu'arrivée sur le palier du dernier escalier à descendre, elle hésita à faire demi-tour. Pourtant, à peine son regard eut-il été attiré vers le bas des marches qu'elle sut de suite qu'elle ne remonterait pas... car il était là. Avait-il deviné que, contre toute attente, après le choc qu'il lui avait causé, elle viendrait tout de même ? Et lui, depuis combien de temps était-il là... à l'attendre ?

Sur sa gauche, les lourdes portes de la Grande Salle demeurées fermées. Sur sa droite, les grandes portes de chêne ouvertes qui offraient une mince image du décor mis en scène pour cette soirée.
Emy resta un instant immobile, incapable de décider ce qu'elle allait faire. Bouger, attendre, parler, rester silencieuse...?
Et soudain, une esquisse de sourire rassurant, deux pas vers l'avant et une main qui se tendit, prête à l'accueillir. Ce fut plus fort qu'elle, plus fort que tout ce qu'elle avait jamais pu éprouver durant sa courte vie, plus fort que les doutes et l'incertitude qui la rongeaient. Comme si quelqu'un l'avait doucement poussée vers l'avant, comme si des ailes l'avaient soulevée, elle se retrouva en bas des marches, près de lui, sans s'en être rendue compte.

Il la contemplait. Littéralement, il la contemplait. Et une fois de plus, elle ne put qu'être sensible à son charme. Elle, vêtue d'une courte robe blanche enveloppée d'une cape de la même couleur froncée légèrement dans le dos. Lui, portant un costume qui ne s'était encore jamais vu, que ce soit chez les moldus ou les sorciers. Élégant et sobre, riche sans être ostentatoire, une veste sombre et longue au col montant, portant des broderies qui lui tombait jusqu'aux genoux où un pantalon plus clair et fluide couvrait le reste de son corps.

- Tu es en retard, lança-t-il avec malice.
- Oh..., s'empourpra Emy, prise au dépourvu. Je ne sais même pas si je vais y aller..., dit-elle en se tournant vers la Grande Salle.
- Ah ?, s'étonna Ewan de manière trop marquée pour être spontanée. Ainsi parée, la question ne se poserait normalement pas.
- Je n'avais simplement pas envie de croiser du monde avec mon uniforme, se justifia Emy en joignant ses mains devant elle, qu'elle crispa nerveusement. Même si en fait...
- « En fait » ?
- Je ne pensais pas croiser quelqu'un à cette heure-ci...

Il l'observa un instant où il parvint à plonger son regard dans le sien, la seconde qu'il fallut pour faire naître en Emy ce malaise envoutant.

- Et toi ?, réussit-elle toutefois à articuler. Qu'est-ce que tu fais ici ? Habillé comme ça, tu donnes également l'impression de te rendre à la soirée.
- Moi ? À la soirée ?, répéta-t-il en riant. Non merci ! Moins je me mêle à eux, mieux je me porte !

Elle fut peu étonnée par sa réponse.

- Alors qu'est-ce que...?
- Je t'attendais.

Elle resta muette.

- J'aurais aimé que tu le devines d'ailleurs, souffla-t-il un peu déçu.

Elle rougit.

- Mais peut-être n'oses-tu simplement pas l'avouer... par pudeur, ajouta-t-il impudiquement lui par contre. Je n'ai pourtant pas pour habitude de consacrer de mon temps aux autres, tu sais. Tu devrais plutôt en être flattée.

Elle se renfrogna.

- Qu'est-ce que tu peux être présomptueux quand tu t'y mets !, râla-t-elle. Comme si toutes les filles tombaient à tes pieds peut-être !

Il adorait la voir ainsi. Il avança alors légèrement son visage du sien, l'éclairant d'un espiègle sourire.

- Et même si c'était la cas, qu'en aurais-je à faire, dis-moi ?

Elle l'affronta du regard, sans pour autant pouvoir s'empêcher de rougir.

- Donc tu t'es faite belle, mais tu ne veux pas aller rejoindre les autres ?, poursuivit-il comme si de rien n'était.
- Vas-y, moque-toi un coup, soupira-t-elle. Tu le fais si bien...

Mais il n'y répondit pas.

- Si tu n'as donc rien d'autre de prévu, dit-il plutôt, accepterais-tu de m'accompagner un petit moment dehors ? Malgré la fraicheur, la Lune est très belle ce soir et au moins, nous n'y rencontrerons personne - ce que tu recherches n'est-ce pas ?

Oui, en effet, c'est ce qu'elle souhaitait malgré les apparences.
C'est ainsi qu'Emy se dirigea vers la sortie, accompagnée de la seule personne dont elle aurait sans doute eu besoin de rester éloignée pour espérer être la plus lucide possible.


Dès qu'ils furent dehors, Ewan constata que Dumbledore n'avait pas menti : les décorations mises en place par les enseignants étaient magnifiques et enchanteresses. Les rayons de lune qui faisaient étinceler la neige immaculée ainsi que les sculptures de glace parfirent le décor.

Ils firent quelques pas ensemble, sans qu'aucun n'entame une conversation, jusqu'à atteindre un banc posé dans un recoin du parc où ils s'assirent.

Un ciel sans nuage, une Lune bientôt pleine, un silence de neige saupoudré d'une ambiance étrange et magique. Tout semblait si propice à... Mais une légère brise se leva soudain et fit frissonner Emy. Sans rien dire, ni avoir donné l'air de l'avoir remarqué, Ewan leva sa main droite, lui fit décrire quelques mouvements dignes de jolies arabesques et aussitôt, une douce étole, aussi légère que chaude et coordonnée à la robe d'Emy, apparut entre ses doigts. Il la posa délicatement sur les épaules de sa compagne du moment et lui sourit. La jeune fille fut sensible à la prévenance dont ce garçon pouvait être capable à son égard.

- Alors ?, dit-il. Pourquoi n'es-tu pas allée au bal, ce soir ? Il me semble pourtant être un événement qui tient au cœur de tous les élèves de ce château.
- Boff...
- Ah ! J'ai compris !, s'exclama-t-il en riant à moitié. Tu n'avais pas de cavalier et tu avais honte de t'y présenter seule.

Emy le regarda avec des yeux ronds, abasourdie. Non mais il plaisantait ou quoi ? Il était quand même suffisamment intelligent pour deviner d'où venait son manque d'enthousiasme à vouloir participer à une telle fête quand même ! Incroyable. Il était tout bonnement incroyable. Elle n'avait encore jamais rencontré quelqu'un qui pouvait passer aussi naturellement du coq à l'âne et de l'affection à la moquerie. Elle le dévisagea bouche bée avant de se reprendre.

- Oh, si j'avais voulu, rétorqua-t-elle avec fierté, j'aurais pu y aller aussi bien seule qu'accompagnée.
- Moui... Je t'aurais bien vu danser avec McLaggen.

Elle le fixa de nouveau avec des yeux de chouette avant qu'ils ne rétrécissent.

- Oui, et toi avec Bullstrode ! Allez, avoue, combien de fois t'a-t-elle supplié de l'accompagner ?
- Hum... je dirais une bonne douzaine – au moins.

Là-dessus, il soupira et perdit son regard dans le blanc qui l'entourait. Nouveau revirement de situation. Il fallait vraiment un temps d'adaptation pour s'habituer à son tempérament. Mais désintéressée à poursuivre leurs chamailleries, Emy éprouva tout à coup un pincement au cœur

- C'est difficile de jouer la comédie comme ça ?, demanda-t-elle avec douceur.
- Ce qui est difficile, c'est de devoir donner l'impression de s'entendre avec eux, répondit-ilavec cette inhabituelle lassitude.
- Mais... Les sorciers ne sont-ils pas tous les mêmes pour toi ?
- Les Serpentard sortent du lot – ils sont encore pires. Non contents d'être effrontés, ils dédaignent également les leurs. C'est pitoyable. Mais au moins, ça laisse apparaître une fin de leur monde à moyen terme.

Emy se ferma brusquement et baissa la tête.

- Tu n'es pas drôle...
- Je ne cherche pas à l'être, répondit sérieusement Ewan. Mais tu sais ce que j'en pense.
- ...

Elle resta blessée. Il soupira et se dressa.

- Emy ?

Elle releva doucement son visage, incertaine.

- Veux-tu bien m'accorder une danse ?, demanda-t-il en se penchant légèrement vers elle.

Une musique entraînante leur parvenait du château qu'ils apercevaient au loin. Observant les fenêtres brillamment éclairées de la Grande Salle, gênée, Emy murmura :

- Pardonne-moi, mais je n'ai vraiment pas envie d'aller là-bas...

Ewan esquissa un sourire, se redressa et, sans mot dire, se tourna vers une place vide proche d'eux où seule la neige tenait lieu de décoration sur le sol. Il souleva sa main droite, lui fit décrire quelques mouvements harmonieux et soudain, sous les yeux ébahis d'Emy, un kiosque blanc étincelant apparut de nulle part. Hors du temps, il fit penser à la jeune fille à ces endroits où les amoureux se retrouvaient jadis pour danser dans le monde des moldus. Aussi irréel que romantique, une douce mélodie s'en échappait, plongeant dans le bien-être ceux qui pouvait l'entendre.

Ewan se retourna ensuite vers Emy puis...

- Je n'ai pas non-plus envie d'aller là-bas, dit-il en se saisissant délicatement de sa main, l'entraînant avec lui vers le petit pavillon magnifiquement ouvragé où des fées bleutées voletant autour d'eux les saluèrent.

Naturellement, il passa une main autour de sa taille et l'emporta dans une valse... qu'Emy eut bien du mal à suivre.

- Excuse-moi, dit-elle à plusieurs reprises, écarlate, après lui avoir marché sur un pied. Je ne sais pas très bien danser.

Il sourit, aimant la voir comme ça, nue dans ses sentiments, rougissante et spontanée dans son naturel. Quel bonheur il pensait enterré à tout jamais cela faisait renaître en lui.

- Ne t'en fais pas, la rassura-t-il en resserrant son étreinte. Laisse-moi te guider et tout ira bien...


Combien de temps avaient-ils dansé ? Quelle heure était-il ? Que faisaient les autres ? La soirée au château était-elle terminée ? Tant d'interrogations qui ne leur vinrent à l'esprit. Qu'auraient-ils eu à s'en soucier de toute façon ?

Les mélodies se succédèrent sans qu'aucun d'eux ne souhaitent y mettre un terme. Arriva pourtant le moment où la musique s'apaisa pour finalement disparaître. Ewan passa alors son bras autour de celui d'Emy et lui proposa de s'en aller se promener dans le vaste parc.
Leur balade au clair de lune fut tendre et secrète. Et même si les pensées troublantes n'avaient pas disparu, ni l'un ni l'autre ne les exprimèrent, incapables de briser cet instant de bonheur qui n'en était que plus irréel.

Bien plus tard, tandis que la musique avait cessé de jouer dans la Grande Salle, tandis que les élèves avaient regagné leur salle commune, tous deux réapparurent dans le hall d'entrée désert du château qui offrait à présent une vue pleine sur la Grande Salle où s'affairaient des elfes de maison. Le Moine Gras passa à ce moment, les saluant avec sa jovialité habituelle.

- Allez, allez, jeunes gens !, lança le fantôme de Poufsouffle avec un clin d'œil complice. Il est l'heure de retourner dans vos dortoirs,
... avant de disparaître en traversant un mur.
- Bien..., dit Emy en joignant timidement ses mains devant elle, les joues rosées. Je crois qu'il a raison... nous devrions aller nous coucher.

Ewan vint alors attraper l'une de ses mains qu'il souleva lentement vers ses lèvres, sans pour autant l'effleurer.

- Merci pour avoir passé un peu de temps à mes côtés, Emy, lui dit-il tendrement. Ta présence est d'un tel réconfort pour moi.

« Un réconfort »

Quelle étrangeté pour Emy d'entendre ce mot. Car pour la grande majorité des personnes vivant dans ce château, ceux qui semblaient avoir le plus besoin de réconfort étaient davantage ceux qui côtoyaient de près Ewan Lynch... et non Ewan Lynch lui-même.
Sensible à ses paroles, Emy ne put toutefois répondre que par un sourire affectueux, faute de trouver quoi dire en pareil moment.

- Passe une bonne nuit, Emy. À demain.
- À demain Ewan... Et merci.


- Par la barbe de Merlin, Emy ! Mais où étais-tu donc passée ?

Emy retrouva une Hermione sur les nerfs quand elle regagna sa chambre. Depuis qu'elle y était remontée pour n'y trouver plus personne, la jeune fille s'était imaginée mille scénarios dramatiques pour expliquer la disparition de son amie. C'est pourquoi lorsqu'Emy réapparut enfin, Hermione ne put se retenir de l'accueillir dans un mélange de soulagement et de réprimandes - accueil toutefois insuffisamment sonore pour réveiller leurs deux camarades de chambre, endormies depuis un moment... et à cet instant bercées par les doux souvenirs qu'elles garderaient de cette soirée.

- Où étais-tu ?, répéta Hermione en se jetant sur Emy, sans se soucier du bruit qu'elle faisait. Je me suis faite un sang d'encre pour toi ! Je ne t'ai pas trouvée ici, je ne t'ai pas vue à la Grande Salle. Où...?
- Dehors, la coupa sagement Emy avec un petit sourire d'excuse, tout en s'écartant de l'étreinte étouffante. Je n'avais pas envie d'aller danser, de voir tout le monde. Mais en même temps, je ne voulais pas rester enfermée ici. Alors...

Elle termina sa phrase par un haussement d'épaule. Hermione remarqua soudain sa tenue - qui n'avait rien d'ordinaire pour une personne n'ayant rien projeté de faire - mais surtout, cette expression qui perdurait sur son visage, si différente de la grave et triste qu'elle avait affichée quelques heures plus tôt.

- Pourtant, hasarda-t-elle, tu ne ressembles pas à quelqu'un qui arrive de la bibliothèque.

Emy rougit.

- Oh... C'est que je n'avais pas non-plus envie de me promener dans le château vêtue de ma tenue habituelle. Tout le monde s'était fait si beau ce soir... Même si je ne m'attendais pas à rencontrer qui que ce soit...

Entre la grimace qui ponctua la fin de sa phrase et les mots employés, Hermione comprit immédiatement que son amie ne s'était pourtant pas retrouvée seule.

- Mais ?, glissa-t-elle à présent impatiente.
- Hé bien... Attends, dit soudain Emy en se tournant vers les lits de ses deux camarades. Viens !

Elle se dirigea aussitôt vers son lit où elle s'assit. Hermione la rejoignit. Là, Emy tira les rideaux et lança un sortilège d'assurdiato - l'un des rares qu'elle parvenait à lancer sans commettre d'erreur. Hermione devina alors que ce qui allait suivre devrait rester entre elles.

- Quand je suis arrivée dans le Hall avec l'intention de sortir dans le parc... Ewan m'y attendait, annonça Emy, à nouveau pivoine.
- Il « t'attendait » ?, répéta Hermione en relevant les sourcils. Tu veux dire que vous aviez à nouveau rendez-vous ensemble ?
- Non, non, non !, s'empressa de la détromper Emy. Au contraire...
- Hein ?
- Disons que je pensais plutôt qu'il aurait été bon pour moi de ne pas le revoir si tôt, soupira Emy.
- Hum..., grommela Hermione qui ne trouva là qu'une confirmation au fait qu'Ewan avait bel et bien un don pour tourmenter Emy. Particulier ce garçon, lâcha-t-elle en se grattant la tête – s'arrachant douloureusement au passage les invisibles qu'elle avait oublié de s'ôter quand elle avait défait le chignon invraisemblable avec lequel elle était apparue au bal. Je dirais même qu'il est bizarre.
- Différent, corrigea doucement Emy, le regard rêveur. Mais quand on le connait, il se révèle être tout autre...
- Oh toi, dit Hermione en agitant son index. Quelque chose me dit que tu le connais désormais très bien...
- Hein ? Quoi ! Oh non, Hermione !, en devint écarlate Emy. Qu'est-ce que tu dis ! Il ne s'est pas passé ce que tu imagines, je t'assure ! Même si... Même si cette soirée a vraiment été incroyable, soupira-t-elle.

Hermione en fut presque attendrie - mais de certain, elle en perdit un peu plus son latin.
Que penser ? Bien ? Mal ? Emy ne faisait-elle pas une erreur en entretenant des liens avec une personne aussi imprévisible que Lynch ? Mais avait-elle le droit d'intervenir dans cette relation particulière et apparemment compliquée ? Oui, Emy était son amie et elle ne voulait pas la voir souffrir, mais... À cet instant, elle avait tellement l'air heureuse. C'était peut-être elle qui se trompait après tout. Les sentiments ne fonctionnaient pas comme les runes...

Qu'il ne se soit « rien passé », que ce fut durant leur premier rendez-vous ou le suivant, était peu probable. Mais chacun avait droit à son jardin secret et qui n'avait jamais eu de heurts, même avec ceux qu'ils aimaient ?

- Et où avez-vous passé la soirée alors ?, changea légèrement de thème - mais pleinement de ton - Hermione. Car je t'ai cherchée partout et...
- Nous étions dehors.
- Ah ?, s'étonna Hermione. Quand je suis remontée dans le dortoir et que je ne t'y ai pas vue, je suis redescendue dans la Grande Salle puis suis allée faire un tour dans le parc – je suis allée jusqu'à la cabane d'Hagrid. Mais comme je ne te trouvais nulle part, je suis allée voir Harry pour qu'il regarde sur sa carte du Maraudeur – ne t'inquiète pas, pour n'alarmer personne, je lui ai dit que je voulais juste vérifier que McLaggen était loin de moi... Il m'a collée toute la soirée figure-toi, grimaça-t-elle. Mais le fait est que toi, tu n'apparaissais pas sur la carte !

Emy fronça à son tour les sourcils. Et là, ce qu'elle s'apprêtait à dire resta coincé dans sa gorge. Elle comprit qu'en plus d'avoir fait apparaître le kiosque, Ewan l'avait certainement rendu également incartable et inapprochable. Si ça se trouve, Hermione était passée tout près d'eux sans même le savoir.

- Qu'est-ce qu'il y a ?, demanda Hermione. C'est quoi cette tête ?

Emy se mordit la lèvre. Car pour elle, il était hors de question de tout dévoiler. Hermione était son amie et ça la tracassait toujours autant de lui cacher la vérité - devant en plus du coup improviser trop souvent des excuses - mais elle n'avait pas le choix. Commencer à lui parler, c'était se retrouver obligée de tout lui dire et cela, ce n'était pas envisageable.

- Oh..., dit-elle alors, sortant de ses pensées. C'est juste que nous sommes restés un moment assis sur un petit banc, mais après, nous sommes partis nous promener...
- Mais même dans ce cas, je ne vois pas pourquoi vous n'apparaissiez pas sur la carte, s'obstina Hermione. En outre, je n'ai pas vu de traces de pas dans la neige... Mais bon, avec quelqu'un comme Lynch, je suppose qu'on peut s'attendre à tout – y compris à ce qu'il se débrouille pour ne pas apparaître sur la Carte du Maraudeur.
- Oui, c'est vrai, se força à sourire Emy qui se sentit toutefois plus légère en voyant comment la discussion tournait. Bon, et si nous allions nous coucher maintenant ? Je t'avoue que je suis fatiguée...
- Oui, moi aussi, bâilla sans retenue Hermione en se levant pour aller dans son lit. Maintenant que tu es là - et d'une humeur tellement plus joviale que tout à l'heure -, je vais même pouvoir dormir en paix.
- Bonne nuit.
- Bonne nuit...


- Hé bien ! Il était temps que vous arriviez, lança un Ron d'humeur grincheuse.

Enfoncé dans un fauteuil près de la cheminée de la salle commune où l'ambiance avait retrouvé son calme, il faisait face à Harry. L'arrivée des deux filles ne semblait pas les avoir interrompus dans une discussion - sans doute ne faisaient-ils que les attendre là depuis un moment.
Dès qu'elle fut près de Ron, Emy remarqua ses mains posées sur son ventre, signe caractéristique d'une faim tiraillante qui ne le mettait jamais de bonne humeur. Elle l'observa et sourit.

- Désolée. J'ai eu un peu de mal à me lever ce matin.

Les deux garçons échangèrent un regard éloquent.

- Tu n'as pas assez dormi ?, questionna Ron. Pourtant, en n'étant pas venue à la soirée, tu as dû te coucher plus tôt que nous, non ?

Trop étonné pour être honnête, Hermione et Emy affichèrent un air méfiant. Contrairement à ce qu'elle pensait, peut-être que l'excuse « MacLaggen » d'Hermione n'avait pas si bien marché que ça et avait mis la puce à l'oreille d'Harry.
Et s'ils s'étaient rendus compte, grâce à la carte, qu'Emy n'avait pas passé la soirée de la veille dans sa chambre ?... voir même qu'elle n'était nulle part !
Quoi qu'il soit, vu leur éventuelle tactique d'approche, ni Harry ni Ron ne semblaient vouloir attaqué le problème de front.
… Et compte tenu de la manière dont Hermione et Emy avaient refusé de répondre à leurs interrogations d'avant-bal, ce fut plus sage.

De son côté, pas vraiment décidée à dévier la conversation sur ce sujet de bon matin, à cet endroit et avec tout ce monde :

- J'avais trop besoin de récupérer, éluda Emy. Alors...
- Bon ! Et si nous allions déjeuner maintenant !, les coupa Hermione avec énergie. Je ne sais pas vous, mais moi, j'ai une faim de loup !

Nouveau regard entre les deux garçons, haussements d'épaule résignés puis levées des fauteuils en parfaite synchronisation.

- Très bien les filles... Partons donc plutôt à l'assaut du p'tit-déj' !

Ce qui ne sembla finalement pas déplaire à Ron.

« A l'assaut... ».

Mais Emy ne bougea pas. Elle eut l'impression de se prendre une claque en pleine figure. Le château... Ce que lui avait révélé Ewan... Ce jour-même... Tout prit brusquement une ampleur démesurée. Ses amis, que risquaient-ils ? N'avaient-ils vraiment rien à craindre ? Devait-elle leur dire quelque chose ? Non, ça prendrait, comme elle l'avait déjà imaginé, des proportions dramatiques. Mais ils étaient ses amis... ses amis... Que penseraient-ils d'elle lorsqu'ils sauraient qu'elle savait et leur avait laissé courir un risque, qu'elle les avait laissés dans l'ignorance ? Quel genre d'amie était-elle pour agir de la sorte ? Que devait-elle faire ?
Tout lui parut si proche, si concret, si inquiétant, ingérable.
Et elle, qu'allait-elle faire ? Qu'avait-elle décidé ? N'était-elle pas heureuse aux côtés des siens ? Si elle partait, ils lui manqueraient, assurément. Mais des amis, malgré tout le réconfort et la joie qu'ils peuvent apporter, ne remplacent pas un amour qui fait vivre et avancer...

- Emy ? Emy ! Emyyyyyyy !
- Hein ? Quoi ? Pardon ! Je rêvais, s'excusa-t-elle devant la mine attentiste des trois autres.
- Ce n'est pas grave, lui dit gentiment Hermione. Allez, viens.

Ils passèrent le portrait de la Grosse Dame et s'en allèrent ensuite vers la Grande Salle.

- Je ne sais pas pourquoi, chuchota tout à coup Harry à Hermione, mais j'ai le pressentiment que la journée ne va pas être de tout repos.


Sentiment qui contrastait grandement avec celui qu'éprouvaient les Serpentard encore présents dans leur salle commune à ce moment, assis par petits groupes par-ci par-là et discutant principalement de la soirée de la veille, faisant part de leur expérience personnelle ou critiquant avec entrain les élèves des autres maisons. On aurait pu généraliser en disant que les garçons se concentraient sur les comportements, tandis que les filles, sur les toilettes et couples formés pour l'occasion.
Mais autour de la grande table centrale de la pièce souterraine, les murmures entre Parkinson et compagnie portaient sur deux personnes en particulier et n'avaient de cesse d'essayer de remonter le moral de Bullstrode.

- Ne t'en fais pas Millicent, lui tapota la main Pansy. Que ni l'un ni l'autre n'aient été présents au bal ne signifie pas qu'ils étaient ensemble pour autant.
- C'est clair, siffla une autre fille de quatrième année aux longs cheveux gras et dents de travers. Il la supporte pour ce foutu dossier, c'est tout.

Bullstrode soupira puis crispa son poing sur la table en bois, sans donner l'air d'avoir écouté les deux autres.

- J'aurais dû lui régler son compte à cette sale sang-de-bourbe, ragea-t-elle. Elle est toujours là à le coller, à faire son intéressante. Vous l'avez vue en plus ? Elle ne ressemble à rien !
- Ouais, c'est clair, répéta bêtement la fille de quatrième année.
- Elle a dû rester dans sa chambre à pleurer parce qu'elle n'avait pas de cavalier hier soir, affirma Pansy en ricanant.
- Ou alors..., s'effondra à nouveau Bullstrode dans un immense soupir.
- Non !, insista Parkinson. Ewan a dit qu'il n'aimait pas ce genre de soirée et qu'il resterait ici – il l'a dit ! En plus, ils n'ont rien à voir l'un avec l'autre. Alors, pourquoi vas-tu t'imaginer que... ?
- Oh, je n'en sais rien..., murmura Bullstrode. Qu'est-ce que j'aimerais pouvoir lui dire que... que...

Les filles autour d'elles se retinrent difficilement de pouffer. Seule Parkinson resta un tant soit peu fidèle à sa camarade.

- Écoute Millicent, il ne s'est pas encore levé. Alors, prends ton courage à deux mains et dès qu'il sera là, tu n'auras qu'à aller...

Mais la fille se tut soudain, en même temps que l'ensemble de ses camarades se figea sur place, frappé brutalement par une force inconnue et irrésistible qui les plaqua contre chaise, fauteuil, mur ou simple mobilier près duquel ils se trouvaient. Un pouvoir d'une puissance incroyable s'appuya sur la pièce, immobilisa tous ceux qui s'y trouvaient, les plongeant dans la peur et l'incrédulité. La pression se faisait de plus en plus forte à mesure que les secondes passaient, les écrasant à un niveau tel qu'il leur était impossible de faire le moindre geste, d'articuler le moindre son. Incapables de bouger, le seul fait de respirer était devenu douloureux.

Et là, au pied des marches, se présenta Ewan. Le visage fermé, le regard froid, lui n'avait aucune difficulté à se mouvoir dans cette oppressante atmosphère. À l'effroi général, les yeux exorbités, tous réalisèrent alors que cet étrange pouvoir émanait de lui.

Le jour qu'ils attendaient depuis bientôt sept ans était enfin arrivé.