CHAPITRE 2
A l'affût de tout mouvement de sa part, je m'avançais prudemment et d'une extrême lenteur. Le vent soufflait dans ma direction et apportait le froid sur moi. Mon cœur dans ma poitrine se mit à battre la chamade. Je m'accroupis en cherchant une pierre que mon pied venait de heurter, ne cessant de fixer l'étrange chose. Je pinçais mes lèvres quand je levai délicatement la pierre au dessus de ma tête. Mes yeux s'écarquillèrent lorsque l'objet rocheux frappa sur la chose dans un bruit sourd. Je poussais alors un soupir de soulagement et me fit une pichenette sur le front.
« Un tronc d'arbre à moitié arraché ! Tu perd la boule ma pauvre Elsa ! »
Je tendis la main pour parcourir la surface dur de ce dernier. Son écorce se mettait en pièce tellement que le froid l'avait imprégné : c'était une certitude, il était mort. Je poussais alors un cri de surprise quand ma main s'engagea dans un creux. Je sentais avec d'égouts comme une sorte de poussière à l'intérieur. De la terre ? À force de remuer la texture, je retirais ma main en ayant récupéré un échantillon entre mes doigts. Si c'était de la terre, celle-ci devait être bien différente. Sa couleur noir avait des reflets vert aux rayons lunaires. Je la reniflais veillant à ne pas la « sniffer ». Elle était inodore. Je haussais ensuite les sourcils en frottant mes mains l'une contre l'autre, me débarrassant ainsi de la poussière. En secouant la tête et passant une main dans mes cheveux, je me mis soudain à bailler. Le sommeil commençait enfin à me gagner, si bien que ma tête en eut le tournis. Ma vue se troublait. J'essayais de lutter, en vain. Ma tête se balançais presque. Je dus me retenir sur le tronc mort pour éviter une fois encore de tomber. Mes genoux touchèrent le sol froid et ma tête se posa sur une touffe de fougères libérant des senteurs fraîche et forestières. Dans la lumière que j'arrivais encore à distinguer, un fond noir s'y incrusta. Pour finir, mes paupières trop lourdes pour rester ouvertes se fermèrent pour de bon et me firent sombrer dans une pénombre total.
Le néant. Fidèle à celui qui était décris dans les histoires. L'endroit où je me trouvais n'était pas rassurant. J'écoutais le seul bruit que j'entendais : ma respiration sifflante. Je fermais les yeux, essayant de me calmer. Contrôler ses émotions dans des moments comme celui là, était vital. De plus, à chacune de mes entrées en ces lieux, j'accumulais un peu plus de courage même si à mon plus grand désespoir, j'accumulais de la peur également. Quand je rouvris mes paupières, la combe où je venais de m'assoupir, s'était dessiné. Identique à mes souvenirs. Seulement, l'atmosphère était plus lourde. D'instinct, je me dirigeais devant le lac, attendant quelque instant de réflexion avant d'engager mon pied sur la couche de glace. D'une extrême prudence, je continuais. Il fallait être vraiment irresponsable et imprudent pour entreprendre cette action. La couche pouvait se briser à tout moment. Une vision d'horreur me frappa : le cauchemar de la nuit dernière refaisait surface ! Mes pas m'avaient traîné au milieu du lac. La panique s'éprit de moi. Cherchant de tout les côtés une issue, en vain.
« Non ! Hurlais-je au désespoir.
La pire des choses arriva, la glace commença à se fissurer. Mes yeux s'écarquillèrent à l'apparition soudaine de mon reflet frappant de toutes ses forces sous la surface gelée. Mes pied ne voulaient plus me faire reculer. Je voulus hurler mais aucun son ne sortit de ma gorge tellement que cette peur m'écrasait. C'est alors que le temps se figea. Un sifflement aigus transperça mon ouïe. Avec tant de force que je portais mes mains à mes oreilles. Une grimace déforma mon visage et d'un seul coup, la glace se fractura, m'entraînant sous l'eau glacée.
J'ouvrais mes paupières avec violence. Mes pupilles durent se rétrécir à la lumière éblouissante du soleil. L'horrible sifflement avait cessé. J'avais regagné ma place où je m'était subitement endormi. Le temps que mon cœur reprennent un rythme régulier, je me redressais dans les fourrés, une main se tenant sur mon front. Pourtant j'avais l'habitude de ses cauchemars violents, mais ils marquaient toujours une trace de leur passage dans ma mémoire. Les rayons chauds du soleil me caressèrent la peau. L'endroit resplendissait d'autant avec la lumière du jour, de la neige avait du tomber pendant mon sommeil car partout la poudreuse blanche y reposait. Le seul endroit où j'étais avait été épargné. Je soupirais me laissant tomber, les membres écartés en guise de soulagement à retrouver la terre ferme.
« Qu'est-ce que tu fais là ?! »
La voix rauque d'un jeune homme me fit me redresser brusquement. Éblouis par le soleil, je plissais les yeux quand j'aperçus une silhouette non-inconnue se découpant sur sa lumière vive. Cette dernière me fixait d'un air hautain et interrogateur.
« Arf ! Snowman ! » grommelais-je entre les dents.
« Qu'est-ce que tu fais là ?! » répéta-t-il, ignorant son surnom.
« Je sais même pas vois-tu... »
Il fixa les environs de droite à gauche avec rapidité, les sourcils fronçaient.
« Je t'ai cherché partout hier ! » me reprocha-t-il, changeant de sujet.
Je ne répondis rien. À la place, je pris une mine désolée.
« Pourquoi tu es partie ? Sab voulait te voir ! »
« J'avais besoin d'être seule c'est tout. »
Il ne répondis pas, roulant les yeux au ciel prenant un air agacé. Puis il me dévisagea l'air inquiet :
« Tout va bien ? Tu as une vilaine entaille sur le côté de ton visage... »
Je portais mes doigts sur la blessure où le sang avait séché. Elle commençait à guérir. J'acquiesçais malgré la douleur qui se ravivait au toucher. Il finit tout de même par me tendre la main. Je le regardais, surprise de son aide.
« Je mord pas, rassure toi. »
Son sourire amusé reprit le dessus. J'hésitais, puis je finis par céder. Au contact de sa paume gelée, je fus prise de frisson. Comme un flash-back, une impression familière ressurgissait. Il me tira de ma rêverie en me tirant vers lui pour que je prenne appuis sur mes pieds. Pour la première fois, je découvrais son visage doux. Sa peau blanche, de fines lèvres, des traits légers et la chose chez lui qui m'interpella le plus fut ses yeux plongeant dans un océan d'un bleu glacé. Un océan qui pouvait se déchaîner avec enthousiasme. Un océan dont les vagues étaient fougueuses et dont personnes ne pouvaient les arrêter. Un océan où même le plus expérimenté des marins pouvait s'y perdre... Je restai pendant un moment, pendu à la beauté de son regard et de sa couleur. Il se racla soudain la gorge, signalant sa présence. Je reculais d'un pas en marmonnant un merci à peine perceptible.
« Tu me suis toujours ? » m'écriais-je alors.
« Non, je t'ai cherché c'est vrai, mais ça s'est arrêté là, je devais recouvrir Burgess de neige avant de me tourner dans un autre pays. »
Je le fixais avec effrois :
« Depuis combien de temps es-tu là exactement ? »
« Assez pour savoir que tu faisais un mauvais rêve. »
« C'est à dire ? »
« Depuis les premières lueurs de l'aube. »
Je levais la tête au ciel définissant où le soleil était placé. Ce dernier était bien haut. Il devait être aux alentours de midi. J'ouvris de grand yeux :
« Anna ! » m'exclamais-je.
Sans explications, je courais en remontant la pente d'où j'étais tombé la nuit dernière. Je laissais alors le jeune homme seul. Il ne me suivit pas à mon plus grand étonnement. Je traversais les bois avec essoufflement mais ne ralentissant pas l'allure pour autant. Arrivant à l'orée des bois, je m'appuyais contre un arbre, ayant un point de côté. Puis je repris mon chemin en trottinant, longeant la barrière en bois des maisons. J'arrivais enfin au seuil de ma porte. Anna devait être déjà réveillée. En entrant à l'intérieur, nul bruit. J'enlevais alors mon manteau :
« Anna ? » appelais-je, essoufflée.
Mon écho se fit entendre et pourtant nul trace de ma sœur. Ce qui était étrange. Je retournais la maison dans chaque recoins. D'une pièce à l'autre, mon inquiétude ne faisait que grandir à vu d'œil. Elles étaient toutes désertes. Arrivée dans sa chambre, je zyeutais partout. La seule chose bizarre fut sont lit fait. Je tournais alors les talons me dirigeant au rez-de-chaussée. Subitement, la poignée de la porte en face de moi tourna sur elle-même. La silhouette fine de ma sœur y émergea, portant son même manteau de la veille, un bonnet pour protéger ses cheveux roux. Ses deux tresses se secouèrent quand elle sursauta en m'apercevant.
« Elsa ! » Cria-t-elle en se jetant sur moi. Je respirais son parfum si familier qu'à partir de ce moment plus rien ne comptait à pars ma sœur. Puis à son humeur si changeante, elle recula en fronçant les sourcils :
« On peut savoir où tu étais passé ?! »
J'ouvrais la bouche pour répondre mais elle me devança :
« J'étais folle d'inquiétude ! Le rôle d'une grande sœur c'est d'être là pour sa petite sœur qui, généralement fait des bêtises et pas l'inverse ! »
« Calme-toi. » réussis-je à dire malgré sa cascade de parole.
« Pardon ? Tu es partie sur un coup de tête depuis je ne sais plus quand et quand tu reviens, ton état est désastreux ! Tu as vu cette énorme griffure que tu as sur ton visage ?! »
J'allais ouvrir une fois de plus la bouche quand elle continua :
« On dirait que tu t'es battu avec un ours ou pire ! »
« Non c'était plutôt contre la terre que je luttais. » marmonnais-je pour moi même.
« Je t'ai appelé plusieurs fois, » poursuivit-elle. « Sur ton téléphone. »
« Si tu m'avais appelé je l'aurais su... » dis-je en tapotant dans les poches de mon slim. Je fus prise de court lorsque je ne le trouva pas. Je soufflais alors, portant ma main à mon front. « Arf ! Il a dû tomber lors de ma chute ! »
« Mais tu es allé où à la fin ? » s'exaspéra-t-elle.
Je prenais une grande inspiration avant de lui raconter ce que j'avais fait la veille. Comme quoi je n'avais pas réussi à dormir, que j'étais sortie faire un tour, en évitant de mentionner la rencontre avec le jeune homme dont je ne me rappelais pas le nom. Elle m'écouta sans m'interrompre mais ses expressions sur son visage voulait tout dire.
« Jusqu'à que tu arrive. » concluais-je.
« Attends, depuis quand tu fais des excursions nocturnes toi ? »
Je baissais la tête en haussant les épaules. Après un moment, le sourire de ma sœur ressortit, faisant renaître sa joie interminable.
« Je pense que tu devrais prendre un bain, finit-elle par dire. Tu as vraiment une odeur de chacal ! »
Elle exagéra la chose en pinçant son nez de ses doigts avant de tourner les talons pour entrer dans la cuisine. En guise de réponse je fis une grimace silencieuse avant d'entreprendre de monter les marches et de me diriger vers la salle de bain de ma chambre. Une bonne douche ne serait pas de trop !
Je finissais de me rincer le visage, c'était la troisième fois de la journée. Je n'avais pas de répit quand je pensais à mon téléphone que j'avais perdu même si j'essayais de l'oublier en me répétant que je ne le retrouverai jamais. Il m'était indispensable. Prioritairement pour le fait de pouvoir contacter ma sœur en cas de besoin, ou pour Henry et Lucy, même s'il y avait le fixe de la maison... Hors celui-ci ne pouvait être utiliser à l'extérieur. Je voulais seulement le retrouver et s'il fallait devoir repartir dans la combe, j'y repartirais. D'ailleurs le soleil qui déclinait de plus en plus, commençait à se coucher sur l'horizon. Ses doux rayons de flammes orangées baignaient ma chambre dans une atmosphère de bienveillance. Aujourd'hui, aucune trace de Snowman car le ciel bleu dégagé avait dominé les gros nuages gris. Peut être allais-je le croiser cette fois-ci encore... Je secouais la tête, rien que de me remémorer ses yeux d'un bleu exceptionnel me perturbait.
« Il faut que j'aille chercher ce téléphone ! »
Je me tourner brusquement pour longer le couloir et descendre avec agilité les marches de l'escalier. Je fonçais directement vers la porte quand une voix s'éleva, me coupant ainsi dans ma trajectoire.
« Yep ! On peut savoir où tu vas ? »
Je fis volte face, me retournant vers Anna qui s'était appuyé contre le mur, les bras croisés. Je n'avais aucune raison qui me pousser à lui mentir, je fis donc l'action d'enfiler ma veste.
« Je dois aller chercher mon téléphone que j'ai perdu hier dans.. la forêt. »
Je rajustais ma veste et soulevais mes cheveux qui se trouvaient au dessous de cette dernière.
« Ah oui... » fit-elle songeuse. « Attends. »
Elle partit en direction de sa chambre. Je la voyais disparaître en haut, au fond du couloir. Un instant plus tard, elle revenait, une paire de botte dans chaque main. Elle fit une pause et s'arrêta devant moi avant de les enfiler en sautant partout pour essayer de se tenir au mur en cas de chute. Je la contemplais avec curiosité en haussant les sourcils. Une fois qu'elle eut fini son boucan elle me regarda d'un air innocent :
« Quoi ? On y va ? »
Je clignais des yeux.
« Comment ça on ? » Fis-je, sachant expressément ce qu'elle voulait dire.
« Fais pas ton étonné ! Vu comment et dans quel état tu es rentrée la dernière fois, je t'accompagne ! »
Observant mon air non convaincu qui lançait un regard noir, elle se précipita sur la poignée avant d'ajouter :
« Non en faite c'est juste une excuse pour sortir. »
Je poussais un soupir amusé avant de la suivre.
Le soleil s'était couché depuis un bon moment. L'air frais devait engourdir les membres de ma sœur car elle frissonnait et s'agitait. À chaque fois qu'elle soufflait pour se réchauffer, des petites volutes de fumées étaient projetées dans l'air. Nous longions la ruelle qui menait directement à la forêt. La veille, les chemins que j'avais emprunter faisait un long détour, cette fois ci, c'était différent. Ceci dit, c'était pour éviter l'autre phénomène ambulant. Le silence qui s'était interposé depuis un moment faisait du bien. De plus Anna semblait contente de cette balade au clair de lune. Elle jouait à se balancer d'un pied sur l'autre, les mains dans les poches. Je ne pensais qu'à une chose : rentrer chez nous et lire un bon bouquin. Je soupirais regardant çà et là.
« Elsa ? »
La voix de ma sœur me tira de mon moment d'égarement.
« Mmh ? »
Elle sembla embarrassé, de tel qu'elle se dandina sur ses pieds :
« Tu... tu es sûr que tout vas bien ? »
Sa question me surprit. Soit j'avais l'esprit tourmenté par mes cauchemars mais de là à croire que je ne tournais pas rond me fit froncer les sourcils.
« A quoi tu pense ? » lui répondis-je calmement.
J'aperçus alors qu'elle hésitait à m'avouer quelque chose. Puis elle pris son courage à deux mains avant de souffler, libérant ainsi une grande quantité de fumée.
« Quand tu as disparu j'ai appelé Lucy, mais personne n'a répondu, alors je suis sortit dehors te chercher et j'ai vu... »
Ma sœur laissa sa phrase en suspend, dans son regard elle affichait une certaine peur.
« Tu as vu quoi ? » l'encourageais-je.
Elle secoua tout à coup la tête.
« C'est pas important. »
Je pris un air étonné. Pouvait-elle voir les mêmes choses que moi ? Avait-elle rencontré Snowman ? Je n'étais peut être pas si folle que ça...
« Pour moi ça l'est. » insistais-je en m'arrêtant.
Elle me dévisagea prenant une mèche de ses cheveux roux entre ses doigts, embarrassée. J'avais l'impression qu'elle n'était plus elle même depuis la nuit dernière. Avant qu'elle n'ouvre la bouche, nous tombâmes devant de grands arbres vêtu de mousse. La brume infiltrait à travers les espaces vide et dans tout les recoins y faisait régner un penchant lugubre et malveillant. L'humidité dominait cette partie de la forêt.
« Nous voilà arrivé... » chuchotais-je, oubliant subitement notre conversation.
Je me tournais alors vers ma sœur qui resta immobile balayant son regard sur la cime des arbres.
« Bon toi tu reste ici. » lui ordonnais-je.
« Et pourquoi ça ?! » s'indigna-t-elle.
« Moi je connais le chemin, je ne fais qu'un allé-retour, j'irais plus vite. »
À ma plus grande surprise elle ne riposta pas, elle daigna seulement de hocher la tête en guise de réponse. Je me retournais plusieurs fois vers elle, incertaine de sa réponse, recherchant la moindre riposte. Quand elle l'aperçus, son air douteux se transforma en étonnement.
« Ne reste pas planter là ! À force de s'attarder ici on va finir par croiser des yétis ou des bonhommes de neiges qui parlent ! Je gèle moi ! » grommela-t-elle, presque sûr de ces affirmations. Je n'hésita pas un instant.
« Si tu perçois quelque chose d'anormal, va t-en mais ne viens surtout pas me retrouver, tu pourrais t'y perdre. »
Avant de pénétrer dans la forêt, un sourire se peigna sur mon visage. Là, je reconnaissais bien ma sœur.
J'avais couru comme une folle, éclairée par les rayons lunaires. Je sentais mon cœur battre dans ma poitrine remontant jusqu'à mes tempes. Mon chemin se terminait bientôt par une voie sans issue. Je fronçais les sourcils, reconnaissant que ce n'étais pas le même passage emprunté la nuit dernière. Après réflexion, je revenais sur mes pas. La verdure des fougères était blanchie par le froid et scintillait au contact de la lumière bleutée de la lune. En zyeutant partout, une lumière invisible s'éclaira au fond de moi quand je vis un passage de branche cassé, de plantes aplaties par cause de ma chute. Rien que d'y repenser me donna des picotements sur l'entaille à ma joue. Ici, me dis-je. Je m'engageais hors du chemin, veillant à ne pas glisser ou heurter un obstacle. La prudence était là mais la prise de conscience elle non. Enfin j'arrivais dans la combe. Cette dernière toujours éclairée par ce soupçon de magie lumineux et ténébreux... Je secouais la tête. Mon téléphone était la priorité absolue. Un bout de plastique coûtant extrêmement cher. Je n'avisais tout de même pas à critiquer la technologie d'aujourd'hui ? Voyons Elsa !Même si la société avait un don pour vous dépouiller ou encore vous... Aucune vulgarité ne sortirait de ma bouche. Il se trouvait que j'étais assez doué pour les affaires, en autre je me rendais compte des conséquences, causes ou crises sur lequel devait se dérouler un pays. Étranges souvenirs. Même le travail scolaire accompli ses dernières années ne m'avait autant instruit sur les pratiques... Je me claquais mentalement. Au moins, personne n'entends les idioties que je sors en ce moment même.
« Et voilà que je parle toute seule. »
Je secouais une fois encore la tête pour chasser toutes traces de cet instant bizarre. Puis je me mis à fouiller des yeux le sol gelé.
« Où te cache tu ? » demandais-je sans vraiment l'espoir qu'il me réponde.
Comme ci celui-ci allait me donner une réponse. Il y avait bien un moment que je cherchais. Même si les minutes s'écoulait, l'angoisse de le perdre me tournait l'estomac. L'endroit où je m'étais subitement assoupis ne le cachait pas. Quelque chose attira mon regard. Un objet avait disparu. Le tronc d'arbre mort avait disparu. L'illusion me jouait-elle encore des tours ? J'examinais les environs proches à sa recherche. Non. Sa place se trouvait bien là. Seulement il n'y était plus. Un silence imposant fit son apparition dans mon esprit.
« Serait-ce cela que tu cherche ? »
Je soupirais. La voix se trouvait derrière mon dos.
« Snowman. Ça t'arrive de faire des apparitions moins surprenantes ?! »
Je me retournais pour faire face à son visage mais je me figeais soudainement. Ce n'était pas le visage que j'espérais voir, ce n'était pas son visage. C'était un visage plongé dans l'ombre. Mais à la vue de son corps squelettique, il se trouvait que ce n'était certainement pas lui. À ce moment précis un vent glacé me fit frissonner violemment. Pas de froid, mais de peur. Doté de tout courage possible, je fis un pas en avant :
« Qui... qui êtes vous ? » réussis-je à articuler.
Il ne répondit pas directement, avançant d'un pas assuré vers la lumière, dévoilant ainsi une peau lisse et blanche. L'œil droit noir, l'œil gauche blanc. Des cheveux relevés en arrières, blond pâle accompagnés de mèches noires. Ses lèvres fines montraient un rictus satisfait. Il portait un costume noir soyeux aux manches retroussées. Ses coutures étaient visible et par endroit le tissu semblait éraillé. Son pantalon lui, ne laissait paraître aucuns plis tellement il l'avait collé sur ses jambes fines à faire peur. C'est alors que la peur déforma mon visage devant cette apparence famélique.
« Une connaissance. » répondit-il.
Je le considéra longuement.
« Co... comment ça une connaissance ? »
Il eut un rire discret remontant dans sa gorge de tel que son rictus resta comme collé à ses lèvres.
« J'aurais dû me douter qu'il ne t'aurait laissé aucune mémoire... par contre il a réussi a épargner ton caractère. »
« Mais de quoi parlez vous ? »
Je faillis défaillir devant cet individu. Il s'avérait qu'il devait être comme Snowman. Invisible aux autres mais visible à mes yeux, réel pouvait-on dire. Il secoua un objet brillant qu'il tenait dans sa main. J'ouvrais mes yeux de stupeur en remarquant que la chose qu'il détenait était mon téléphone. Oubliant toute trace de peur, j'avançais d'un pas :
« C'est à moi ! »
« Il n'y a que des humains pour avoir une telle chose aussi complexe ! »
« Pourquoi, tu n'as pas de cerveau ? »
La réplique que je venais de lui lancer me valut un regard noir de sa part. Dans la prunelle de ses yeux, la flamme qui brillait de colère s'éteignit aussitôt qu'elle fut apparu.
« Tu as du courage pour oser me parler ainsi. »
Je ne répondis pas. Mes membres recommençaient à trembler quand il s'approcha de quelques mètres.
« Qui es tu et que veux tu ? » hurlais-je, impatiente de m'en aller.
D'un bond il s'approcha de moi. Mon réflexe fut de reculer quand je me cogna sur la surface dur d'un arbre. Le lancement dans le derrière de ma tête fut de courte durée lorsque le visage de l'inconnu apparut à quelques centimètres du mien. Il me dépassait d'une demie-tête. J'ouvrais de grand yeux dés lors où il posa doucement sa main sur ma joue. J'essayai de le repousser, en vain. Il me bloquait le passage. La terreur pouvait désormais ce lire dans l'expression de mes yeux.
« Chut, ne hurle pas comme ça, tu vas réveiller tous les bois. Et puis mes oreilles sont d'une fragilité. »
« Si elles sont si fragile que tu le prétends, pourquoi tu t'approche autant ! » articulais-je entre mes dents serrées par l'agacement. Ses yeux brûlaient d'amusement comme des billes.
« Pour examiner ta beauté. »
Ma bouche s'ouvrit pour riposter mais aucun son n'en sortit. Une mèche de ses cheveux blonds me toucha légèrement le front. Il me dévisageait de haut en bas. Je ne bougeais pas, immobilisée, face à la peur.
« Vilaine coupure. » murmura-t-il.
« Qu'est-ce que vous voulez ! » répétais-je.
Il souffla, se redressant moqueur.
« Rien ne presse, nous avons le temps. »
« Le temps pour quoi ! » grognais-je.
Il changea de sujet en un instant, ignorant ma réponse.
« Quelle idée de laisser sa jeune sœur sans défense, seule. »
Un éclair de colère m'envahit soudainement, je fis un bref geste pour le repousser mais il me plaqua contre le tronc, m'arrachant un cri de douleur intérieur. Avec une de mes mains libre, je le gifla violemment. La cause du choc lui fit tourner la tête de profil. Son cou mince laissait apparaître sa colonne vertébrale qui ressortait. Il serra les dents et se retournait lentement pour fixer mes yeux bouillant de rage pure. Instinctivement je sus que ce que je venais de faire allait me causer un sérieux problème. En effet, il plaça une de ses grandes mains sur ma gorge et l'enroula de ses doigts frêles. Il ne serra que lorsque je me débattis. J'étais piégée. Avec le seul espoir qu'il ne relâche sa prise pour me laisser respirer, ce qu'il fit bientôt sans pour autant ôter sa main de mon cou.
« Lâchez-moi ! » hurlais-je, prise au dépourvus.
Il partit dans un rire narquois. Malgré son apparence squelettique, il cachait sa puissance qu'il puisait dans son énergie semblait-il.
« Alors ma jolie, réel ou pas réel ? » susurra-t-il en penchant la tête.
Sa question n'avait pas de sens et me laissa dans l'incompréhension.
« Quoi ! Mais qui es-tu à la fin ?! »
Un vive lumière de défit transperça son regard.
« Shadow Midnight ! »
« Hé le sadique ! »
La voix grave résonna dans la combe. Coupant mon agresseur dans son action de terreur, il se retourna vers le nouveau arrivant, veillant à m'immobiliser en cas de fuite. Il appuya sa main contre mon cou. Je dus me forcer à agripper son bras qui me tenait fermement pour me laisser respirer comme je pouvais. La silhouette, au loin, était plongée dans l'ombre et se découpait dans la lumière blafarde des rayons. Quand cette dernière fit un pas en avant, mes yeux s'arrondissaient de stupeur.
« Jack Frost, j'aurais dû me douter que tu aurais rejoint le clan des faiblards ! La solitude ne t'as donc pas suffit ? En tout cas elle t'as bien réussi en ce qui concerne ton don pour te mêler des affaires des autres ! » grinça Shadow Midnight.
« Oh ! Voyez vous ça, c'est toi qui parle. Mais qui vivait dans le mensonge et la hantise ? Après tout, tu peux dire ça toi, rien ne t'as réussi, il suffirait d'un coup de vent pour que tu t'envole et te brise. Alors Shadow ! Réel ou pas réel ? »
Ils se défièrent mutuellement du regard, près à bondirent. D'un mouvement brusque, le prénommé Shadow Midnight me lança un ultime regard avant de fixer mon poignet qu'il bloqua contre le tronc froid. Sous mes yeux horrifiés, son ombre se détacha de lui et se chargea de me retenir mon membre en me serrant de tel qu'elle faillit me le tordre. Je sentais douloureusement, même quand c'était son ombre, ses doigts frêles et glacés s'enrouler autour de ma peau. Je serrais les mâchoires en évitant de pousser un hurlement. Pendant mon moment de souffrance, je vis avec ahurissement que les deux adversaires se sautèrent dessus. Snowman l'esquiva en sautant en dessus de lui quand l'autre avait voulu l'envoyer bouler de sa jambe. Il retomba avec agilité sur ses pieds puis pris de l'élan pour s'élancer dans les airs. Snowman abattit son bâton en direction de Shadow Midnight qui se projeta en arrière, évitant ainsi un jet de glace qui lui aurait valu une transformation en glaçon. Mon sauveur se posa sur une branche et le fixa hautain.
« Fatigué ? » défia-t-il à son adversaire qui redoubla d'énergie pour lui sauter dessus et l'aplatir au sol. Le jeune homme aux cheveux argentés poussa un râle quand il cogna celui-ci avec fracas. Malheureusement il n'eut pas le temps de se relever que Shadow appuya son pied contre sa gorge et envoya son bâton loin de son propriétaire. Sa soit disant -proie- se débattait au sol comme elle le pouvait, grinçant et crachant des insultes. Le dominant de son corps squelettique, Shadow Midnight prit le risque de s'accroupir et plongea son regard animé par une envie de meurtre dans celui de sa victime, qui lui décocha un regard noir.
« Jamais. » souffla-t-il triomphant.
Comment l'aider ? Le bâton de mon sauveur se trouvait à quelque mètre de moi. Mais trop loin pour pouvoir l'attraper. L'ombre qui me retenait ne lâchait guère. Je cherchais un moyen...
« Réfléchi, réfléchi ! »
Je zyeutais partout, cherchant avec activité une façon de me libérer. Je suivis des yeux les rayons de lune. La source de lumière était la lune. Or, si celle-ci se retrouvait cachée, toutes les ombres disparaîtraient. Mais bien sûr ! Une ombre ne pouvait être battue que par l'obscurité elle-même ! En faisant en sorte qu'elle ne se nourrisse plus de lumière, elle s'évanouirait en une fraction de seconde, le temps pour moi de me libérer de son emprise ! Il fallait donc l'abattre à son propre jeu.
Je jetais un dernier regard en direction des deux adversaires, toujours adoptés de leur même position. Même si en bougeant je m'arrachais un cris étouffé de douleur, je fis en sorte de me placer en face de la lumière que libérait la lune. La ruse fonctionna. Mon ombre recouvrit celle de Shadow Midnight. Un soupir de soulagement s'échappa de moi lorsque je sentis les doigts frêles me relâcher complètement. Je frotta de mon autre main mon poignet. Mais il n'y avait pas une minute à perdre ! Snowman avait un sérieux problème. Au moment même où j'aperçus que Shadow Midnight allait abattre le coup de grâce sur Snowman qui se débattait toujours, j'avais saisi le bâton au bout recourbé qui semblait un bâton ordinaire dés à présent.
« Hé ! » Interpellais-je le jeune homme au corps squelettique qui tourna vivement la tête. À vrai dire, il n'eut pas le temps de comprendre que je l'avais renversé en me jetant sur lui, l'envoyant ainsi bouler près du lac gelé. Je retombais sur l'épaule veillant à ne pas briser le bâton. Je grimaçais lorsque ma chute s'arrêta net. J'eus du mal à me relever et je retomba aussitôt. La tête me tournait. Shadow se releva avec frénésie près au combat. Ses cheveux relevés en arrière était maintenant ébouriffés par le vent.
« Mais... comment ! » s'écria-t-il.
Son air de stupéfaction disparut aussi vite qu'elle apparut quand il vit l'état dans lequel je me trouvait. À bout de souffle, faible, et me tordant presque de douleur. Il se releva sans grande peine avant de se diriger vers moi. Je le regardais faire, impuissante. Quel sort me réservait-il maintenant ? Soudain, un éclair blanc se mit en face de moi, sur la défensive. Snowman se tenait droit, il avait attrapé son bâton et le pointait en signe de menace vers le squelette s'il osait approcher. Des minutes interminables s'écoulèrent sans le moindre changement de position de chacun d'entre nous. Ne cessant de fixer son adversaire, mon sauveur tourna à peine la tête pour montrer qu'il s'adressait à moi :
« Va t-en. » gronda-t-il de sa voix grave. « Je le retiendrais. »
Shadow Midnight qui n'avait pas été sourd aux ordres de celui-ci, lui lança un regard empli de défis.
« Tu ne pourras pas me retenir très longtemps Jack Frost ! Pense y bien. Je n'abandonne pas si facilement ! »
« Pars ! » hurla une dernière fois mon défenseur avant de se jeter sur Shadow et de s'en suivre avec les coups. Je ne me fis pas prier. Je les laissais donc dans un combat acharné. Je remontais à une vitesse la pente. Même si les blessures et les coups que j'avais reçu devaient me ralentir, je ne perdais pas le rythme. Je traversais les bois, les poumons en feu, les muscles souffrant le martyre. Anna ! Je devais m'empresser de la retrouver. Plus la peine de repartir chercher ce pour quoi j'étais venu. Tout à coup je percuta quelqu'un de plein fouet. Nous tombâmes à la renverse, roulant sur le bas côté du chemin de la forêt. J'étais prête à me relever et me défendre en cas de danger. Mais lorsque l'autre personne râla et se mit à marmonner des paroles inintelligibles, une joie infinie s'empara de moi :
« Anna ! Tu vas bien ? »
Je la fis trébucher quand mes bras l'entourèrent. Je respirais son parfum si familier que j'en oublié l'incident d'avant.
« Oui oui... » répondit-elle en se massant la tempe. « Juste avant qu'un yétis me fonce dessus ! »
Malgré sa comparaison insultante, j'étais heureuse ! Heureuse même, de l'avoir entendu me dire ça !
Ma sœur se reprit en secouant la tête.
« Mais et toi ! Je t'ai attendu super longtemps ! J'ai cru qu'il t'étais arrivé quelque chose, ou pire ! Et après j'ai entendu des cris et des bruits bizarres. Ne m'en veux pas... je... j'ai eu tellement peur pour toi, que je ne voulais pas t'abandonner... je... je t'aime tu sais... »
Cette fois-ci, c'est elle qui me pris dans ses bras. Ses cheveux roux me caressèrent le visage. Ses mots m'avaient touché au plus profonds de mon être, que j'en avais les larmes au yeux.
« Moi aussi je t'aime, et quoi qu'il arrive, je serais toujours là, tu entends, tu as ma parole que jamais je ne t'abandonnerais ! »
En me lâchant elle me regarda de son doux air. Puis elle me considéra un instant. Elle ouvrit la bouche mais je la devançais avant, lui mentant encore malgré moi :
« Tout vas bien, je me suis trompé de chemin et à cause du gel je suis encore tombé dans la boue. »
Elle me couva d'un regard protecteur avant d'ajouter :
« Et ton téléphone ? »
Je secouais la tête.
« Demain, nous irons faire les courses, nous irons alors en acheter un autre. Il se fait tard, il est donc temps de rentrer. »
Elle acquiesça et se mit sur le chemin du retour. Je lançais alors un ultime regard dans la forêt. Là-bas, où deux adversaires puissants se faisait face et s'affrontaient. Je m'inquiétais pour Snowman, et c'était bien la première fois. Lui, qui était venu à mon secours, lui, qui s'était battu pour me sauver. En repensant à ce qu'il venait de se passer, je n'osais encore révéler à Anna ce que je venais de vivre. Si ce n'était pas mon imagination, un danger était bien là. Plus proche qu'il n'y paraissait... Mon cœur se mit à battre plus fort dans ma poitrine. Qui que c'était ou qui il était, ce Shadow Midnight reviendrait peut être. Un frisson de terreur me parcourut. Si c'était bien le cas, alors comment pourrait-on se défendre contre quelqu'un qui se révélait être une ombre ?
