Bonjour à tous !
Un immense merci à vous pour toutes les reviews et mises en alerte sur le dernier chapitre, spécialement aux non-inscrits que je n'ai pas pu remercier directement.
Voilà donc ce nouveau chapitre avec lequel j'espère ne pas vous décevoir... Comme son titre l'indique, il évoque enfin les cicatrices d'Alice, et celles de Jasper, aussi !
J'attends vos avis à la fin !
Bon week-end de Pâques, et n'abusez pas du chocolat !
"Même quand la blessure guérit, la cicatrice demeure."
P. Syrus
Chapitre 8
The ball of Scars
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Un doigt courant le long de sa clavicule droite l'arracha aux dernières limbes de son sommeil. C'était une sensation agréable. Douce. Délicate. Mais dérangeante lorsqu'elle réalisa que le doigt de Jasper suivait la ligne parfaite de sa cicatrice à cet endroit. Cette pensée acheva de la réveiller tout à fait. Elle ouvrit les yeux, rencontrant immédiatement les prunelles d'azur de Jasper. Son index n'avait pas quitté sa cicatrice. Elle frissonna.
"Bonjour, murmura-t-elle.
- Bonjour...", sourit-il. Lui arrachant un nouveau frisson. Ridicule. "Bien dormi ?"
Elle acquiesça avant d'esquisser un sourire, s'étirant lentement.
"Pas assez...", fit-elle en observant le plafond désormais familier de la chambre de Jasper.
Elle roula dans le lit, contre lui, lui décochant un sourire moqueur. Qui se figea lorsqu'il effleura à nouveau sa cicatrice.
"Comment as-tu eu ça ?, demanda-t-il. Un accident ?"
Elle pinça les lèvres et se retint de quitter la chambre en courant, ses doigts se crispant sur les draps froissés. Il fronça légèrement les sourcils face à son mutisme. Réaction prévisible. Inévitable.
"Alice ?", appela-t-il.
"Je..."
Elle ne reconnut pas sa voix. Absolument pas. À nouveau fragile. À nouveau brisée.
"Oui...", céda-t-elle finalement. À contre cœur. "Oui, on peut dire ça... Un accident..."
Pas si accidentel que ça.
Sa voix blanche dut intriguer un peu plus Jasper.
"C'est une jolie cicatrice... Quel genre d'accident était-ce ?"
Elle se tendit un peu plus encore. Les muscles douloureux tant elle les contractaient inconsciemment. Elle ferma les yeux, se soustrayant un instant à son regard, déglutissant avec peine. Choisissant finalement la voix de la sincérité. En un sens du moins.
"C'est un sujet douloureux. Je n'ai pas envie d'en parler..."
Il hocha la tête.
"D'accord..., souffla-t-il. Je suis désolé, je suis souvent trop curieux. Certainement mon métier..."
Elle se força à sourire, s'autorisant un soupir. Long. Soulagé. Puis, elle remarqua que les doigts de Jasper avait dévié vers sa poitrine, et soupira à nouveau. D'anticipation. Se rapprochant un peu plus, lui offrant un meilleur accès. Sa main captura son sein. Entièrement. Facilement. Le massant doucement. Délicieusement. Elle se mordit la lèvre lorsqu'il pinça son mamelon. Joueur. Avant de descendre, plus bas. Ses doigts se frayèrent un chemin dans son intimité, et l'un d'eux la pénétra rapidement. Elle se cambra aussitôt. Haletante.
À travers le fouillis des draps, ses propres mains cherchèrent à tâtons le corps de Jasper. Brûlant. Rassurant. Elle enserra son sexe déjà tendu, le caressant fermement. Un gémissement sourd lui répondit, tandis qu'il enfonçait un deuxième doigt en elle. Elle geint, se tortillant légèrement, dans l'espoir vain d'accentuer sa pénétration. Étourdie d'un désir visiblement inextinguible. Bien qu'elle travaillât dans ce but depuis presque une semaine. Désir sans cesse renouvellé. Incroyable.
Elle accentua la pression sur son sexe, afin de lui forcer la main. Il insèrera un troisième doigt en elle, plus rudement. Mais ça ne suffit pas. Ça ne suffisait jamais.
"Alice...", prévint-il comme elle l'enserrait un peu plus encore.
Elle passa son pouce sur son gland. L'effet fut immédiat. En un quart de seconde, Jasper fut sur elle, lui arrachant un petit cri de surprise. Suivi d'un sourire triomphant lorsqu'il entra en elle, presque entièrement.
"Alice, tu es une atroce manipulatrice !", argua-t-il, le souffle court, en ressortant d'elle pour y revenir. Plus profondément. Ses paupières se révulsèrent sous la vague de plaisir qui l'assaillit.
"Et toi, alors ?", rétorqua-t-elle, moqueuse.
Avant d'être incapable de prononcer une quelconque phrase cohérente. Enveloppée de plaisir. Plaisir provenant de lui. Il était partout. En elle. Autour d'elle, enveloppant si facilement de ses bras son petit corps. Elle le sentait. Elle l'entendait. Elle le voyait. Il était partout.
Et lorsque son orgasme fut tout près, elle se figea un instant sous la pensée qui émergea dans son esprit flou.
Jasper lui devenait indispensable.
Et c'était dangereux.
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"Tu as quelque chose de prévu pour demain ?"
Alice releva la tête vers Jasper, tout en continuant sa plonge. Elle prit une microseconde pour l'admirer, dans le décor chaud du pub, accoudé au comptoir, et le trouva beau. Infiniment. Les ricanements en provenance de Caïus et Marcus, qui avaient suivi son regard, lui firent à nouveau baisser les yeux.
Demain. Dimanche. Avait-elle quelque chose de prévu ? La réponse lui paraissait évidente.
"Non.
- Le Concho forme comme un petit lac à quelques kilomètres d'ici. Est-ce que tu veux qu'on aille s'y baigner ?"
L'idée de se retrouver en maillot de bain en pleine nature, dénudée à la vue de Dieu savait combien de personnes la fit grimacer.
"Il y aura du monde ?, demanda-t-elle.
- Je ne pense pas. Ce n'est pas un endroit très connu...
- D'accord."
Il sourit et reprit une gorgée de bière. Elle mit le dernier verre à égoutter et s'étira. Elle était endolorie. Courbaturée. Et épuisée. Plus d'une semaine qu'elle dormait beaucoup moins que d'ordinaire. Beaucoup moins que son quota vital de sommeil. De larges cernes commençaient à s'étaler sous ses yeux et sa peau avait tendance à être plus pâle qu'à l'accoutumée. Elle soupira en se massant doucement les tempes, tentant de chasser le début de migraine qui s'y installait. Pourtant, elle était bien incapable de se passer de Jasper. De ses bras. De sa présence. De son odeur. De ses baisers. Et de tout le reste.
Marcus et Caïus sortirent et Jasper finit sa bière. Il se leva et commença à hisser les tabourets sur les tables. Elle soupira de soulagement en le voyant faire. Elle détestait cette corvée-la. Elle essuya et rangea les verres tandis qu'il terminait. Elle le regarda soulever la dernière chaise avant qu'il ne se tourne vers elle. Il leva son index en l'air, lui faisant signe d'écouter la chanson qui passait. Elle sourit en identifiant la voix caractéristique d'Axl Rose.
"Les Guns n'Roses, hein ?
- J'ai oublié de préciser cette chanson dans la liste de celles que je préférais...
- November Rain... Hummmm, joli choix...", concéda-t-elle.
Il tendit la main dans sa direction.
"Tu danses ?"
Elle sourit et fit immédiatement le tour du comptoir pour le rejoindre. Il l'enlaça et elle se blottit dans ses bras solides. Inspirant profondément son odeur, la tête contre son torse, elle ferma les yeux. Elle aurait pu s'endormir là, debout, immédiatement. Blottie dans sa chaleur et au son des notes lentes de la ballade rock.
"Tu as l'air fatigué...", constata Jasper.
Son torse vibra contre sa tempe.
"Tu veux que je rentre chez moi, et on se retrouve demain ?"
Elle agrippa son tee-shirt à cette proposition.
"Non...
- Très bien, mais je me contenterais de te regarder dormir... De toute façon, c'est presque aussi intéressant que te faire l'amour.
Alice vira instantanément au cramoisi à ces mots, avant d'en noter les détails. Elle releva brusquement la tête, sous la protestation de ses cervicales. Jasper se méprit.
"J'ai dit presque...
- Tu me regardes dormir ?", demanda-t-elle, ignorant sa dernière remarque.
Il pinça les lèvres et passa sa main dans ses cheveux. Nerveux tout à coup.
"Eh bien... Je ne dors pas beaucoup... Et..."
Elle fronça les sourcils et il croisa son regard.
"D'accord, céda-t-il. J'aime bien te regarder dormir..."
Elle agrippa son tee-shirt un peu plus fort encore, le pinçant presque.
Tandis que son cœur tambourinait dans sa poitrine. Désordonné. Eperdu.
C'était ridicule. Elle prenait quelques mots pour la plus belle des déclarations. Et se prenait à y croire dur comme fer.
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Alice sortit de l'eau fraîche et calme du petit lac, soupirant presque de regret lorsque la chaleur environnante l'assaillit, séchant déjà son corps mouillé. Mais ses doigts commençaient à se friper comme ceux de Mrs Harrison. Elle avisa la silhouette allongée de Jasper sous le couvert des quelques arbres qui bordait l'espèce de petit lac. Cet homme n'avait-il donc jamais chaud ?
Elle regarda autour d'elle et s'avança sur la terre friable et argileuse. Il avait eu raison. L'endroit ne semblait pas beaucoup fréquenté. C'était un euphémisme. Il était désert. Bien qu'il fut tout à fait charmant.
Arrivée près de Jasper, elle effleura du bout des orteils le coin de la serviette de bains sur laquelle il reposait. Hésitante. Avant qu'un sourire joueur ne relève les commissures de ses lèvres. Dans un éclat de rire, elle s'allongera sur lui, trempant sa peau brûlante, et se délectant du contact de cette dernière sur son propre corps. Jasper sursauta à son contact froid avant de râler, puis de l'enlacer et finalement rire avec elle.
Elle posa la tête sur son torse et il saisit son livre, se replongeant dedans. Elle se laissa bercer par le rythme régulier de ses respirations et son thorax qui montait puis descendait contre sa joue, et sa main dans son dos qui y traçait des arabesques fantaisistes. Elle dut s'assoupir un moment car lorsqu'elle rouvrit les yeux, le soleil avait largement baissé dans le ciel dégagé.
Mais Jasper était toujours là, plongé dans son livre et la tenant toujours contre lui. Elle soupira d'aise. Il était toujours si calme. Compare à elle, véritable boule de nerfs la plupart du temps. C'était apaisant. Terriblement.
Elle lut le titre de son livre, s'en étonnant.
"La Guerre de Sécession, les États Désunis ?", s'interrogea-t-elle à voix haute, avant de grimacer.
Il baissa son livre. Elle ne pouvait pas voir son regard à cause de ses lunettes de soleil. Qui le rendait terriblement séduisant.
"J'adore cette période historique..., se justifia-t-il.
- Oh ! Eh bien, encore une chose que tu ne m'avais pas dite...
- Il y a beaucoup de choses que je ne t'ai pas dites, sans quoi ce ne serait pas intéressant !"
Elle sourit. Il avait raison. Si on se disait tout l'un sur l'autre dès le premier jour, où était l'intérêt ? Une pensée lui traversa l'esprit quant à ce premier jour, et elle fronça les sourcils, soudainement curieuse. Intriguée face à cette question qu'elle ne s'était jamais posée jusqu'alors.
"Jazz ?", demanda-t-elle encore. Elle adorait ce surnom dont elle avait entendu Charlotte l'affubler. Vraiment. Il lui allait à merveille.
"Hummmm ?"
Elle inspira profondément. Posant sa question.
"Qu'est-ce que tu faisais dans ce parc le jour où tu m'as... trouvée ?"
Elle avait hésité à dire "sauvée". Ce qui aurait été plus juste. Plus réaliste. Il l'avait certes trouvée. Ils s'étaient trouvés. Mais il l'avait surtout sauvée.
Jasper reposa son livre et remonta ses lunettes de soleil sur ses cheveux.
"Je me promenais souvent dans ce parc avant de te rencontrer... J'aime bien cet endroit. C'était un des seuls de San Angelo, autrefois. "
Elle fronça les sourcils.
"À minuit passé ?"
Il sourit.
"Je te l'ai déjà dit : je ne dors pas beaucoup."
Il sourit encore devant son air peu convaincu.
"Quand je n'arrive pas à dormir, je préfère m'occuper l'esprit. Maintenant, je te regarde. Avant, je louais des DVD ou je sortais prendre l'air dans des endroits où j'ai de bons souvenirs. Ma mère nous emmenait souvent dans ce parc, Rose et moi, lorsque nous étions petits...
- Une bien bonne idée...", souffla-t-elle.
Il effleura sa joue du bout des doigts.
"Une bien bonne idée !", renchérit-il.
Puis, d'un bond, il se leva, la soulevant dans ses bras, alors qu'elle poussait un cri de surprise. Elle se débattit en riant en comprenant qu'il les entraînait vers le lac, s'agrippant à son cou en gloussant. Son éclat de rire fut englouti par les eaux claires du Concho.
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Alice poussa un soupir d'aise. Allongeant ses jambes devant elle, assise sur le banc, elle s'étira doucement. La main de Jasper vint entourer ses épaules, et elle appuya sa nuque dessus, appréciant la caresse de la brise de la nuit sur son visage. Elle bougea lentement ses chevilles endolories. Elle venait tout juste de quitter le Concho après une grosse soirée. Les doigts de Jasper caressaient son épaule dénudée, et elle tourna la tête vers lui.
Trois semaines. Trois semaines, et elle ne s'en lassait pas. Elle était même certaine de ne jamais s'en lasser. Ce qui était ennuyeux. Dangereux, même. Elle avait déjà vécu ça, même si ce n'était totalement comparable. Mais elle savait qu'elle ne devait pas s'attacher autant à quelqu'un ou a quelque chose qui pouvait disparaître du jour au lendemain. Qu'elle ne devait pas mobiliser autant d'espoir. Ça l'avait détruite une fois. Elle savait qu'elle ne devait pas. C'était dangereux. Elle ferma un instant les paupières, les rouvrant sur les prunelles de Jasper, presque translucides dans l'obscurité. Comme irréelles.
La lueur pâle de la lune éclairait son visage et, sans réfléchir, Alice leva la main, effleurant du bout des doigts la fine cicatrice qui barrait sa joue droite. Deux autres ornaient le coin de sa lèvre et son arcade gauche.
"D'où viennent ces cicatrices ?", demanda-t-elle. Curieuse. Comme toujours. Se rendant tout de même compte que cette question faisait immanquablement écho à la sienne, quelques jours plus tôt.
Jasper sourit. Mais ne fit rien remarquer.
"C'était il y a longtemps, se contenta-t-il de répondre.
- Ce sont de mauvais souvenirs ?, s'enquit-elle.
- Je dirais que non, même s'ils y sont liés. Plutôt une période heureuse mais révolue. Ce sont des cicatrices de hockey...
- Hockey sur glace ?", s'exclama-t-elle.
Il acquiesça et elle resta un instant incrédule. Coïncidence, Jasper avait lui aussi connu les joies de la glace. Coïncidence inattendue. Presque improbable. Elle se rappela son aversion pour les hockeyeurs de Seattle et ne put s'empêcher de glousser.
"Eh bien, voilà qui aurait plu à Emmett !, lâcha-t-elle, sans réfléchir.
- Qui est Emmett ?"
La question la fit frissonner et elle se figea, ses muscles se contractant de manière infime au son du prénom de son frère prononcé par Jasper. Elle tâcha de ne pas bredouiller, lorsqu'elle répondit.
"Emmett est mon frère.", articula-t-elle. Comme une évidence.
Elle ne rata pas le froncement de sourcils de Jasper, et détourna le regard, le cœur étreint d'une douleur familière.
"Je ne savais pas que tu avais un frère...
- Vraiment ? Je pensais t'en avoir déjà parlé..."
C'était un demi-mensonge. Mais hypocrite. Elle avait parfois l'impression de connaître Jasper depuis si longtemps qu'il connaissait toute sa vie. Ce qui n'était pas le cas. Bien sûr. Elle restait tout aussi mystérieuse pour lui qu'il l'était pour elle. Il se chargea d'ailleurs de le lui rappeler.
"Tu ne parles jamais de ton passé, Alice."
Ces paroles ne comportaient pas un reproche. C'était simplement une constatation.
"Toi non plus.", contra-t-elle. Puérile.
Avant de soupirer. Et de céder. La voix tremblante. Les mains moites.
"Je n'aime pas en parler. Ils sont loin. Ils me manquent."
Elle déglutit péniblement. Consciente de se mettre encore plus en danger avec ces révélations.
"J'ai deux frères. Edward et Emmett. Edward est pianiste, il fait ses études à Julliard. Emmett tient un garage automobile. Mon père, Carlisle, est médecin urgentiste à l'hôpital de Seattle. Ma mère, Esmée, est décoratrice d'intérieur."
Elle avait prononcé ces mots vite, méthodiquement, les bousculant dans sa bouche. S'imaginant qu'ils feraient moins mal ainsi. Comme un sparadrap qu'on décolle brusquement. Elle s'était trompée.
La main de Jasper se posa sur son épaule, l'englobant parfaitement. Elle tressaillit lorsque sa voix grave retentit dans le calme du parc.
"J'ai fait du hockey jusqu'à mes dix-sept ans. Mes parents sont morts dans un accident de voiture, et je n'ai plus eu le temps pour ça. Je devais m'occuper de ma sœur. Lorsqu'elle a été majeure, j'avais assez économisé pour suivre des cours de droit par correspondance. Lorsque j'ai été diplômé, j'ai repris le cabinet de mon père, laissé à l'abandon, et j'ai obtenu un prêt à Rose pour son projet d'hôtel-restaurant dans notre ranch. C'était ça ou le vendre."
Alice se blottit un peu plus contre lui face à ces révélations. Sa main reprit ses arabesques sur son épaule. Aériennes. Délicieuses. Elle frémit, et inspira profondément l'odeur de Jasper. Avant de déposer un baiser dans son cou offert.
"Rentrons.", proposa-t-elle.
Ils se levèrent d'un même mouvement, le bras de Jasper toujours sur son épaule, et regagnèrent lentement l'appartement d'Alice. Elle laissa tomber son sac dans l'entrée, fourbue, tandis que Jasper refermait la porte derrière eux. Elle se dirigea directement dans sa chambre, prise d'une nostalgie inattendue, renforcée par la semi obscurité de la pièce. Elle ôta son débardeur puis ses chaussures et son jean, se glissant dans le lit en sous-vêtements. Jasper la rejoint quelques instants après, et elle soupira en sentant son torse dans son dos. Protecteur. Solide. Ses bras vinrent l'envelopper toute entière. L'isolant dans une bulle sécurisante. Rassurante. Elle soupira de soulagement, son vague-à-l'âme semblant s'évaporer au contact de Jasper. Instantanément.
Elle se retourna pour lui faire face. Levant la main pour caresser son visage, auréolé des rayons de lune. Elle n'avait toujours pas réussi à déterminer s'il était plus beau de nuit ou de jour. Les deux, sans doute. Différemment.
"Tu as l'air triste.", chuchota-t-il.
Elle secoua la tête.
"Plus maintenant."
Plus maintenant, non. Plus depuis qu'elle l'avait rencontré. Ou moins, en tout cas. Elle n'avait plus ces accès de mélancolie qui la clouait au lit des matinées entières, à regarder le plafond. Le manque de la glace était moins douloureux de jour en jour. Ses articulations semblaient même moins rouillées. Même ses légers élans de nostalgie n'étaient rien face à ce qu'ils avaient pu être. Jasper était le meilleur des médicaments. Le plus délicieux aussi. Mais existerait-il un médicament pour guérir son manque de lui, lorsqu'il partirait ? Parce que, inévitablement, il la quitterait un jour.
Sa mère aurait répondu le temps. Le temps guérit toutes les blessures, Alice. C'était faux. Elle le savait. Elle avait essayé. D'attendre. D'attendre que ça passe. D'attendre que ça aille mieux. Ça ne marchait pas. Le temps ne guérissait rien du tout. C'était une de ces chimères que les mères servaient à leurs filles pour les aider à affronter les épreuves de la vie. Une chimère. Le temps ne guérissait rien. Jasper guérissait. Mieux que n'importe quoi d'autre.
Elle avança son visage vers le sien. S'enivrant de son souffle chaud contre ses lèvres avant de l'embrasser doucement. Aussitôt parcourue d'un frisson appréciateur. Elle connaissait à présent la plupart des réactions parfois incongrues de son corps face à celui de Jasper. Face à ses baisers. À ses caresses. Elle tentait de les contrôler. De les apprivoiser. En vain. Parce qu'il les connaissait aussi. Et les déclenchait volontairement. À l'affût de chacune d'entre elles.
Elle accrocha son regard et se sentit étreinte d'une peur panique toute enfantine. La même lorsque, au cours des orages secouant Forks lors des nuits estivales, la faisait se glisser en gémissant sous sa couette, ou dans le lit d'Edward.
"Tu ne me quitteras pas ?"
Sa voix était celle d'une enfant dans cette question ridicule. Aléatoire. Incertaine.
"Non."
Elle se mordilla la lèvre avant de l'embrasser à nouveau. Gémissant lorsqu'elle glissa sa langue contre celle de Jasper. Il glissa la main dans ses cheveux courts, avant d'interrompre le baiser, à bout de souffle. Elle s'aperçut alors seulement qu'elle retenait le sien. Il descendit vers sa gorge tandis que ses mains dégrafaient son soutien-gorge. Sa bouche saisit son mamelon déjà dressé de désir, le faisant rouler sous sa langue, tandis qu'elle se cambrait contre lui. Elle le sentit sourire contre sa peau comme elle haletait sous ses dents qui jouaient maintenant avec son nombril. Ses mains saisirent sa culotte, la descendant le long de ses jambes avec une lenteur presque diabolique.
Et elle crut défaillir lorsque Jasper embrassa l'intérieur de ses cuisses, poisseuses de désir. Déjà. Et elle agrippa les draps autour d'elle, éperdue lorsque sa langue se posa sur son clitoris. Joueuse. Gourmande. Elle murmura son prénom, suppliante. Et il vint mordiller son bouton de chair. Délicatement. Avant de passer sa langue le long de sa fente. Lentement. Atrocement lentement. Puis de revenir à son point de départ. Un long gémissement lui échappa tandis qu'il introduisait l'un de ses doigts en elle. Rudement. Contrastant avec la douceur de sa bouche. Contraste qui la fit presque hurler de plaisir lorsqu'il rajouta un doigt, tout en continuant à aspirer son clitoris. Il crocheta ses doigts en elle, et elle se tendit contre lui, incapable de contrôler l'orgasme qui la traversait, la laissant pantelante. Les doigts de Jasper continuaient de s'activer en elle, ne laissant pas au plaisir le temps de redescendre.
Il ne redescendit pas. Encore moins quand elle sentit Jasper la pénétrer. L'étirant parfaitement en une seule poussée. Elle ouvrit les yeux pour lire le plaisir sur son visage parfait. Et elle se décida. C'était là qu'il était le plus beau. Il capta son regard et embrassa doucement ses lèvres. Elle gémit. Il la recouvrit de son corps. Entièrement. Plaquant son torse contre ses seins. Elle s'accrocha à ses épaules, goûtant la sensation de son souffle dans son cou.
Il se mit à bouger et elle haleta, étourdie par les restes de son plaisir et la recrudescence de son désir. Étroitement liés. Elle ressentait parfaitement chacune de ses poussées. Profondes. Lentes. Incendiaires. Il saisit son genou, remontant sa jambe contre sa hanche, la pénétrant plus profondément que jamais. Elle en eut le souffle coupé. Il recommença, son pouce suivant la ligne parfaite de la cicatrice de son genou. Elle cria. Au bord du gouffre. Fermant fortement les paupières. Empêchant son désir d'exploser. Les sens en éveil, elle sentait avec acuité les caresses de Jasper sur son genou. Son souffle brûlant dans son cou. Son torse glissant contre sa poitrine. Sa main sur sa nuque. Ses ongles s'enfonçant un peu plus dans sa peau à chaque mouvement. Une larme roula le long de sa joue. Suivie d'une deuxième. Saturée d'émotions, elle sentait le contrôle lui échapper.
"Jazz..., bredouilla-t-elle. Jazz...Je...Je...
- Viens, Alice", grogna-t-il à son oreille.
Et elle explosa, le serrant contre elle de toutes ses forces. De peur qu'il disparaisse.
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Jane avait accepté de la déposer en ville. Alice le regrettait à présent. Le pépiement incessant de son amie lui vrillait les oreilles.
"Tu sais que si je n'avais pas Demetri, et que tu n'étais pas mon amie, je te piquerais volontiers ton Jasper !, assura Jane, lui arrachant finalement un sourire.
- Voilà qui fait beaucoup de si !"
Elle ouvrit un peu plus la fenêtre, cherchant de l'air dans l'habitacle non climatisé.
"Si j'étais toi, je ferais quand même attention, reprit Jane. Je me suis renseignée sur lui, figure-toi. Il aime bien ses secrétaires. En tout cas, il est sorti avec l'une d'elles pensant un an...
- Jane..., protesta Alice.
- Quoi ? On n'est jamais trop prudentes !"
Alice secoua la tête. Avant de voir approcher rapidement l'endroit où Jane devait la déposer. Elle soupira de soulagement. Elle remercia son amie et descendit précipitamment de la voiture. Elle leva la tête vers le bâtiment se dressant devant elle. Un immeuble de huit étages contenant le bureau de Jasper. Ils avaient rendez-vous pour le déjeuner. Elle s'avança vers les portes coulissantes, et avança dans le hall frais. Elle salua l'hôtesse d'accueil, et appela l'ascenseur, se rappelant les indications de Jasper. Cinquième étage.
Elle se tortilla légèrement dans l'ascenseur. Elle n'aimait pas ces machines. Réveillant ses sensations d'oppression. Les portes métalliques s'ouvrirent finalement sur sa destination, dans un petit tintement. Elle fit un pas en avant, et se figea. Hébétée. Face à elle, dans une pièce vitrée, Jasper, époustouflant dans son costume gris anthracite. Et une femme. Grande. Pulpeuse. Magnifique.
Alice détailla minutieusement ses immenses yeux bleus. Ses pommettes hautes. Ses lèvres charnues. Et la main de Jasper qui glissait amoureusement dans ses cheveux. La femme lissa sa chemise et arrangea sa cravate. Avant d'embrasser sa joue. À l'endroit où elle-même adorait le faire. Sur sa fossette.
Les paroles de Jane revinrent danser dans son esprit. "Il aime bien ses secrétaires."
Elle s'arracha à sa torpeur, souhaitant se soustraire à cette image. Torture. Elle se mordit la lèvre pour ne pas hurler. Réminiscence de sa chute, le goût du sang envahit sa bouche. Désagréable. Infâme. Elle recula dans l'ascenseur, se cognant l'épaule violemment contre la porte qui se refermait, n'en ressentant même pas la douleur. Elle put presque entendre le crissement du couperet le long de la guillotine lorsque son regard écarquillé et horrifié croisa celui de Jasper.
