Bonjour, Bonjour !
Je suis infiniment désolée du retard pour ce chapitre. Je sais que je vous avais habitués à un chapitre par semaine, mais j'ai eu de gros soucis de connexion Internet la semaine passée…Ça ne dépendait donc pas totalement de moi. Merci donc infiniment à tous ceux qui ont reviewé et mis en alerte sur le dernier chapitre, et à qui je n'ai pas pu répondre. Ce n'est pas dans mes habitudes, et vous m'en voyez désolée…
Bref, le problème étant résolu, voici ce nouveau chapitre dans lequel Alice, la petite fuyarde, va bien vite se faire rattraper ! Un peu plus long que les autres, pour compenser son retard… )
Bonne lecture, et pour ceux qui sont en âge, n'oubliez pas d'aller voter ! )
« À ce moment précis, il y a 6 470 818 671 personnes dans le monde. Certains prennent peur, certains rentrent chez eux, certains racontent des mensonges pour s'en sortir, d'autres font simplement face à la vérité. Certains sont des êtres maléfiques en guerre avec le bien et certains sont bons et luttent contre le mal. Six milliards de personnes, six milliards d'âmes, et parfois, il ne vous en faut qu'une seule... »
OTH.
Chapitre 9
Wonderful Ballad
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Elle était vide. Elle se sentait vide. Une coquille à nouveau vidée de son essence vitale. Vidée. Les sons, les personnes, les endroits lui apparaissaient comme au travers d'un filtre invisible mais opaque. Presque totalement.
Elle avait failli se faire renverser trois fois en traversant la route devant le cabinet d'avocats. Raté son arrêt de bus. Loupé son réveil après qu'elle se fut effondrée dans son lit pour un sommeil lourd et agité. Bousculé en s'en rendant tout juste compte Mrs Harrison dans le couloir de leur immeuble. Oublié son sac. Tombé son portable en y découvrant onze messages et quatre appels de Jasper. Qu'elle ne lut pas. Surtout pas. Trébuché quatre fois sur le chemin caillouteux du parc. Cogné son genou droit six fois contre le comptoir. Fait répéter trois fois leur commande à quatre clients. Et cassé deux verres. Avant que Jane, excédée, ne la fasse partir avant l'heure, sous les regards intrigués et désolés de Caïus et Marcus.
Bien évidemment, ils se doutaient de quelque chose. Ils se doutaient tous de quelque chose. Mais personne ne posait de questions. Personne ne posait jamais de questions. La pudeur était de mise dans cette petite ville du Texas. Et heureusement. Heureusement pour elle. Elle était tout juste capable d'articuler quelques mots à la suite. Quant à raconter ce qui s'était passé le matin même…
Jasper. Cette femme. Belle. Si belle. Leurs regards. Leur tendre baiser. Son choc. Sa fuite. Son hébétude. Totale.
Elle aurait dû le savoir. Elle l'avait toujours su. Depuis le début. Jasper n'était qu'une illusion destinée à la briser une nouvelle fois. Pour que cette fois, elle ne se relevât pas. Une chimère magnifique l'ayant finalement entraînée jusqu'aux confins des enfers d'où elle commençait à peine d'émerger. Jasper ne lui était pas destiné. Jasper ne pouvait pas lui être destiné. A elle. Alice. Trop beau. Trop touchant. Trop honnête. Trop parfait. Pas pour elle.
L'espoir qui avait flambé en elle comme à la quintessence de sa gloire disparaissait à nouveau. Brutalement. Vite. Si vite. Trop. Un claquement de doigts. Un tintement d'ascenseur. Une ouverture de portes. Une vision dévastatrice.
Elle n'aurait pas dû laisser cet espoir reprendre vie au fond de ses entrailles. Elle aurait dû l'étouffer, le noyer, l'annihiler tant qu'il en était encore temps. Tant qu'il restait inoffensif. Facilement maîtrisable. A présent, il était trop tard. Bien trop tard. A présent que cet espoir avait gonflé, grandi, grondé en elle. Puis disparu. Il laissait un vide impossible à combler. Impossible à combler une nouvelle fois.
Alice sortit du Concho dans la nuit noire. Sans lune. Elle fit quelques pas le long de la façade du bar. Tremblants. Hésitants. N'osant pas regagner son appartement, encore plus petit, encore plus sombre, encore plus solitaire. Effrayant. Une silhouette se découpa devant elle, dans la lumière faiblarde des lampadaires. Son regard glissa dessus sans vraiment la voir, comme sur celles qu'elle avait croisées tout au long de la journée. Longue, interminable journée.
Et puis, son esprit embrumé sembla percer l'écran opaque qui l'entourait et elle se figea. Devant les mèches blondes et les épaules massives, son instinct de survie – de survie – lui dicta de continuer son chemin. Et ce fut ce qu'elle fit, mécaniquement, s'engageant dans le petit chemin de terre aplani du parc.
« Alice ! »
C'était un murmure, à peine, mais l'appel était bien réel.
Elle tressaillit mais continua. Surtout que sa voix ne l'atteigne pas. Surtout que son odeur ne l'assaille pas. Surtout que son regard ne capte pas le sien. Surtout pas. Dangereux. Trop dangereux. Définitivement.
Comme une automate, elle passa le pont, se tâtant à courir. Pour lui échapper. Il se rapprochait. Inexorablement. Et, sous le coup de ses émotions, contradictoires, elle s'arrêta, à bout de souffle. Elle sentit sa présence dans son dos. Tentante.
« Alice… », appela-t-il à nouveau.
Et elle se retourna. Faible.
« Alice, qu'est-ce qui se passe ? »
Elle se mordit la lèvre et l'intérieur de la joue en même temps.
« Pourquoi t'es-tu enfuie comme ça ce matin ? »
Elle secoua la tête. Ne lui épargnerait-il donc rien ?
« Je suis venue. », articula-t-elle. Difficilement.
Sa mâchoire lui paraissait engourdie. Sa langue, pâteuse. Ses cordes vocales, éraillées.
« Je sais. Je t'ai vue ! »
Le cri sortit tout seul. Résonnant dans le parc désert.
« Alors pourquoi es-tu ici ? », hurla-t-elle. S'approchant d'un pas. Les yeux brûlants de larmes traitresses. Douloureuses. Si douloureuses.
Elle vit ses yeux s'écarquiller de surprise. Et s'approcha encore. La colère grondant, bouillonnant en elle. Telle, qu'elle ne pourrait bientôt plus la contrôler. Et elle ne le voulait pas. Cette émotion-là, elle le savait, était son seul recours. Le seul moyen, à défaut de sortir de l'eau qui l'engloutissait, acide, glaciale, d'y surnager.
« C'est ridicule, Alice !, tenta-t-il de la raisonner.
- Pourquoi es-tu ici ? », cria-t-elle, encore plus fort.
Son poing s'abattit de lui-même contre son torse solide. Violemment. Elle retint un cri de douleur. Il ne cilla pas. Se contentant de déclarer d'une voix calme :
« C'est ridicule, c'était ma sœur. Rose… »
Le sang jaillit dans sa bouche, l'inondant d'un goût de fer, lorsqu'elle se mordit la joue à nouveau. Les mots cheminèrent dans son esprit encore embrumé. L'air de la nuit s'engouffra à grandes goulées dans ses poumons. Ses yeux clignèrent plusieurs fois de suite, comme si la lumière blafarde du parc était soudain devenue trop forte. Ses poings se desserrèrent lentement, ses doigts s'étalant à plat contre le torse de Jasper. Et en elle, au plus profond de son esprit, l'espoir rejaillit. Puissant. Jubilant. En une mélodie lancinante qui lui fit tourner la tête.
« Ridicule, hein ?, marmonna-t-elle. Je te signale au passage que ta sœur est un sacré canon, Jasper Withlock. »
Il rit doucement. Rire bas. Grave. Et elle avança encore, quémandant inconsciemment un peu de sa chaleur. De son calme. De son assurance.
« Il paraît, oui. Et il paraît aussi qu'elle me ressemble beaucoup…Si tu avais pris deux minutes pour nous observer au lieu de t'enfuir comme une voleuse ! », reprocha-t-il.
Il glissa une main dans ses cheveux désordonnés, l'attirant tout contre lui. Elle soupira et osa finalement croiser son regard. Se sentant si bête. Idiote. Ridicule. Lâche, aussi. Et terriblement impulsive. Trop. Infiniment trop.
« J'ai été si bête… », bredouilla-t-elle. Honteuse.
Elle se tortilla d'un pied sur l'autre et il sourit, dévoilant sa fossette. Et, impulsive, toujours, elle se hissa sur la pointe des pieds pour embrasser ce détail si parfait. A l'endroit exact où l'avait fait Rosalie le matin même. La main de Jasper glissa sur sa nuque, la faisant frissonner. Et il se pencha à son oreille. Balayant son cou de son souffle brûlant.
« Tu ne comprends donc pas, Alice ? Je suis dingue de toi… »
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Tu ne comprends donc pas, Alice ? Je suis dingue de toi…
Elle se réveilla en sursaut, haletante. Ces mots semblaient avoir hanté sa nuit. Agréables. Infiniment. La berçant de douces rêveries. Bienfaitrices. Mais inquiétants, aussi, en un sens. Surtout si l'on considérait sa réaction démesurée de la veille. Ils ne faisaient qu'accroître la profondeur du précipice dans lequel elle sombrerait un jour. Inévitablement.
Jasper bougea contre elle, et elle se colla contre lui. Ses bras se refermèrent immédiatement autour d'elle. Etreinte rassurante. Inébranlable. Protectrice de tous les dangers, de toutes les angoisses. Presque.
Son téléphone portable vibra à l'intérieur de son sac qu'elle avait laissé au pied du lit. Il vibra longtemps. Chaque vibration lui serrant le cœur un peu plus. Elle savait qui était à l'autre bout du fil. Elle le savait très bien. Sa main trembla sous la tentation de décrocher pour entendre la voix de sa mère. Elle agrippa le bras de Jasper.
« Tu ne réponds pas ? », souffla-t-il dans son dos.
Sa gorge se serra tandis qu'elle secouait la tête. La sonnerie se tut enfin. Alice n'en fut pas soulagée pour autant. Elle ne le serait jamais.
« Tu sais qui c'est ? », interrogea Jasper.
Elle ne le voyait pas, mais elle pouvait voir au ton de sa voix qu'il était intrigué. Elle soupira. Elle ne pourrait pas se cacher éternellement derrière son traumatisme et les débris de son rêve brisé.
« Ma mère, balbutia-t-elle.
- Pourquoi ne pas lui répondre ? »
Elle roula sur le dos, captant son regard d'azur qui, mieux encore que ses bras, l'apaisa. Il était peut-être temps.
« Je ne réponds jamais. »
Jasper fronça un peu plus les sourcils.
« Tu ne réponds jamais à ta mère ? », fit-il, comprenant toute l'étendue de ses mots, incrédule.
Elle pinça les lèvres. Il était temps.
Et elle lui raconta tout. Toutes ses cicatrices. Sur sa peau. Dans son esprit. Elle lui raconta ce drame qui avait façonné cette Alice qu'elle reconnaissait à peine, parfois. Si différente. Mais pas tellement.
Sa voix était basse, enrouée. Les mots étaient douloureux. Infiniment. Encore plus prononcés à voix haute. Lui rappelant l'étendue de tout ce qu'elle avait perdu. Certaines phrases la transperçaient comme un poignard acéré.
Je patinais.
Je me préparais pour les Jeux Olympiques de l'année prochaine.
James ne m'a pas rattrapée.
Aro n'a jamais pris de mes nouvelles.
Je suis partie.
Les doigts de Jasper suivaient consciencieusement les contours de son visage tandis qu'elle parlait.
« Je suis partie. Ca me semblait la seule issue possible. J'ai cru que je pourrais les oublier. J'ai cru qu'ils pourraient m'oublier. Je me suis trompée. Mais je ne peux plus revenir en arrière, tu comprends ? »
Sa voix se brisa dans cette interrogation qui n'en était pas vraiment une. D'ailleurs, elle enchaîna aussitôt.
« Ma mère appelle tous les jours. Tous les jours ! Elle ne sait même pas où je suis. Je… Toi, tu es resté. Quand tes parents sont morts, tu es resté…
- Je n'avais pas le choix. Rosalie avait besoin de moi…
- Eux aussi avaient besoin de moi. Mes parents. Edward. Emmett. Ils avaient besoin de moi. Une famille ne peut fonctionner que si tous ses membres sont présents. Et je suis partie. Et la glace…La glace me manque tellement… »
Oh oui, la glace lui manquait tellement.
Mais eux, encore plus.
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Alice se tordait toujours nerveusement les mains en descendant de l'Audi Spyder. Elle se tint un instant immobile contre la carrosserie sombre de cette dernière, embrassant du regard la bâtisse de bois qui s'élevait devant elle. Immense. Entourée de deux dépendances qu'elle imagina être les anciennes écuries. Un hennissement retentit au loin et elle en déduisit que les écuries étaient finalement toujours d'actualité.
« Il y a vraiment des chevaux, du bétail et tout le tintouin ? », s'exclama-t-elle. Incrédule.
Ce genre d'endroit était pour le moins peu commun pour une native de Seattle. A sa décharge. Ce qui n'empêcha pas Jasper d'afficher un sourire moqueur. Agaçant.
« Seulement des chevaux. Rosalie organise des randonnées équestres, ou des rodéos. Il n'y a plus de bétail depuis la mort de mon grand-père. »
Tout en parlant, il s'avança vers les quelques marches qui surélevaient le ranch, le rendant d'autant plus imposant. Elle le suivit. Hésitante.
« Tu es sûr que c'est une bonne idée ? »
Jasper haussa les sourcils. Elle s'expliqua. Tachant de ne pas trop dévoiler la nervosité qui la tenaillait.
« Je veux dire. Je ne connais même pas ta sœur, et voilà que nous venons passer un weekend entier chez elle !
- C'est elle qui nous l'a proposé, rappela-t-il.
- Je sais, mais…
- Alice…, la coupa-t-il. De toute façon, il devient nécessaire que tu fasses la connaissance de Rose. Afin de nous éviter des incidents du genre de celui de la semaine dernière à l'avenir… »
Elle rougit aussitôt à l'évocation de ce souvenir. Encore honteuse de sa réaction et de sa jalousie injustifiée.
« Et puis, nous avions tous les deux besoin d'un week-end. Tu es épuisée. Partir nous fait du bien. Je vois ma sœur. Tu te reposes. »
Elle hocha la tête. Résignée. Il sonna et elle se mordilla la lèvre, attendant que la porte s'ouvre sur la grande blonde qu'elle avait entraperçut la semaine précédente.
« Tu crois qu'elle va m'aimer ? », ne put-elle s'empêcher de demander d'une voix enfantine.
Jasper ricana.
« Alice…J'ai oublié de te prévenir : Rosalie n'aime personne. A part moi, bien sûr. »
Son ton sérieux et le petit ricanement qui précédait ses dires faillirent la faire s'étrangler. Elle allait paniquer lorsque la porte s'ouvrit enfin. Elle jeta un regard furieux à Jasper qui, se contentant de sourire, étreignit sa sœur le premier. Ils avaient en commun leurs cheveux blonds et leurs yeux bleus, leurs lèvres pleines et leurs fossettes rieuses. Alice hésita un moment sur la conduite à tenir. Avant de finalement lui tendre la main. La poignée de main de Rosalie était franche et chaude. Tout le contraire du regard glacial dont elle la gratifia juste après. Alice déglutit avec peine, se soumettant sans broncher à cet examen.
"Je suis Rosalie. Mais certaines personnes m'appellent Rose."
Alice n'était guère certaine de pouvoir faire un jour partie de ces personnes. Elle doutait même qu'il en existât d'autres à part Jasper.
"Je sais. Moi, c'est Alice.
- Je sais.", répliqua Rosalie, ne la lâchant pas de son regard d'acier. Alice crut même y déceler une lueur de suspicion. Qui se confirma avec la question suivante.
"Alors, Alice... Comment as-tu séduit mon riche avocat de frère ?"
Le sous-entendu n'échappa ni à Alice, ni à Jasper.
"Rose !", gronda ce dernier.
"À vrai dire, c'est plutôt lui qui m'a séduite..., répondit Alice, soutenant le regard métallique.
- Vraiment ?, railla Rose.
- Vraiment. Je ne savais même pas qu'il était avocat. Encore moins qu'il était riche. Nous nous sommes rencontrés dans le parc que je traverse tous les soirs pour rentrer chez moi.
- Tout le monde sait qui est Jasper Withlock à San Angelo, et tout le monde sait aussi qu'il aime se promener dans les parcs de la ville, bien qu'on se demande ce qu'il peut bien leur trouver !"
Alice détourna un instant le regard pour voir Jasper lever les yeux au ciel. La conversation tournait dangereusement à l'interrogatoire en règle. Il lui adressa un regard désolé et elle pinça les lèvres. Rosalie était visiblement du genre à avoir toujours raison. Ça tombait bien. Elle aussi. Du moins, ça avait été son genre. À une époque. Pas si lointaine.
"Je ne suis pas de San Angelo, ni même des environs. Je viens de Seattle.", fit-elle. Sèchement. Peut-être plus qu'elle l'aurait voulu. Peut-être pas.
Un mince sourire vint étirer les lèvres pleines de Rosalie. Auquel elle ne répondit pas.
"Tu montes à cheval, Alice ?"
Elle resta un instant interdite face à ce brusque changement de sujet. Était-ce un nouveau test ?
"Euh... Non. Mais je pourrais apprendre..."
À vrai dire, elle n'avait même jamais approché un cheval de sa vie. Mais ça ne devait pas être plus difficile que des années de patinage à haut niveau, si ? Rosalie glissa un regard à son frère, un sourire en coin. Elle ouvrit finalement la porte en grand.
"Eh bien, voilà qui est mieux que Maria...", railla-t-elle.
Alice haussa les sourcils, ne saisissant pas clairement ces derniers propos de Rosalie. Cependant, le message ne lui était visiblement pas destiné, et lorsqu'elle saisit le regard sombre de Jasper vers sa soeur, elle comprit qu'il était passé. Et, tandis qu'elle pénétrait dans le ranch, soupirant sous la fraîcheur préservée par les épais murs de bois, une question pointait dans son esprit. Angoissante. Dérangeante.
Qui était Maria ?
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Cette question ne la tarauda cependant pas longtemps, entraînée qu'elle fut par Rosalie et Jasper dans la vie du ranch. C'était la encore la basse saison pour le tourisme, mais le ranch accueillait tout de même cinq couples qu'il fallait bien occuper. Malgré ses connaissances plus que rudimentaires en cuisine, elle aida Rosalie à préparer le repas de midi. Peler les pommes de terre et couper les tomates ne mit heureusement pas en évidence son peu de compétences dans le domaine. Pendant que Jasper déchargeait leurs affaires et mettait la table.
"Tu fais ça toute seule, d'habitude ?", s'étonna-t-elle auprès de Rosalie. Ça lui paraissait un travail de titans pour une seule personne.
Elle frémit lorsque cette dernière darda sur elle son regard gris avant d'acquiescer.
"J'embauche seulement pour la pleine saison."
Alice fronça les sourcils.
"Mais il doit y avoir des périodes où tu n'as pas de clients... Tu restes toute seule ici ?"
Rosalie haussa les épaules.
"Bien sur ! Qui s'occuperait des bêtes ?"
Bien sur. Ca tombait sous le sens.
"Mais... Tu ne trouves pas le temps long, seule, ici ?"
Pour ne pas dire autre chose : tu n'as pas peur, seule, ici, au milieu de nulle part ?
À nouveau, le regard glacial vint la vriller.
"Je ne choisis pas d'être seule... Je pourrais sortir à San Angelo, ou ailleurs, dans le but trouver quelqu'un. Ce serait facile. Je l'ai fait à une époque. Malheureusement, en règle générale, lorsque les hommes que je rencontre découvre mon mode de vie, ils ont la fâcheuse tendance de fuir. Les femmes indépendantes ne font pas l'unanimité."
Alice fit la moue. Il y avait quelque chose de totalement incompréhensible là-dedans. En tout cas à ses yeux. Indépendante ou non, Rosalie devait mettre tous les hommes à ses pieds en un battement de cils. Une pensée stupide lui vint alors à l'esprit. Totalement stupide.
Emmett aurait été raide dingue de cette fille.
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Alice suivait le couloir, se perdant dans le dédale des pièces du ranch. Immense. Elle venait de s'octroyer une douche fraîche qui l'avait revigorée. Littéralement. Une clameur monta de l'extérieur, à l'arrière du ranch. Elle tenta de se hisser à hauteur de la petite fenêtre du couloir pour voir d'où provenait cette excitation bruyante. En vain. Elle restait trop petite. Et la fenêtre définitivement trop haute.
Rosalie la dépassa rapidement. Alice remarqua les gants de cuir, les vieilles bottes et le chapeau de cow-boy qu'elle portait, lui donnant un style irrésistible. Mais, à vrai dire, Rosalie aurait été sublime dans n'importe quelle tenue. Elle se retourna, la détaillant brièvement.
"Eh bien, dépêche-toi ! Tu vas rater le rodéo ! Et moi aussi ! Jasper va me dresser tous les meilleurs chevaux !", déplora-t-elle.
Alice écarquilla les yeux tandis que les mots s'agençaient dans sa tête. Rodéo. Jasper. Meilleurs chevaux. Sérieusement ? Elle accéléra le pas, se tenant dans le sillage précipité de Rosalie. Le cœur battant. Elle ne cilla même pas sous la chaleur qui l'assaillit lorsqu'elles sortirent du ranch, puis le contournèrent. À une cinquantaine de mètres, sur la vaste plate-forme derrière le ranch, se dressait un enclos, aux barrières duquel étaient appuyés des clients, dont quelques-uns qu'elle avait déjà croisé.
Elle s'avança rapidement, pour apercevoir Jasper juché sur un cheval qui lui parut immense. Et récalcitrant. Piaffant, et ruant à intervalles réguliers. Elle se mordit les lèvres en voyant Jasper décoller légèrement de sa selle. Il semblait concentré, tous les muscles bandés, et le regard invisible sous la visière de son large chapeau, identique à celui de Rosalie. Une violente ruade le secoua et elle remarqua qu'il resserrait sa poigne sur les rênes.
"Il choisit tous les meilleurs...", gémit Rosalie à ses côtés.
Alice écarquilla les yeux. Elle enviait son frère. Vraiment ? Ils étaient aussi fous l'un que l'autre. Les clients amassés autour de l'enclos saluaient chaque nouvelle ruade d'une acclamation approbatrice et enthousiaste. Tout au long de minutes qui parurent une éternité à Alice. Elle n'avait certes jamais approché de chevaux et devait donc être mauvais juge en la matière, mais celui-ci lui semblait féroce et dangereux. Surtout pour son cavalier. Qui se trouvait être Jasper.
Le cheval sombre rua à nouveau, le regard fou, et éjecta son cavalier. Alice ne put retenir son cri, et ignorant celui de Rosalie pour la retenir, elle enjamba la barrière et se retrouva dans l'enclos. Ne faisant même pas attention au cheval qui piaffait dangereusement à moins d'un mètre d'elle, elle se précipita sur la silhouette de Jasper, gisant dans la poussière.
Elle s'écorcha les genoux en se laissant tomber à ses côtés, le cœur battant. L'adrénaline faisant pulser la terreur dans ses artères. Elle écarta le chapeau et découvrit le regard rieur de Jasper. Avant que son torse ne soit secoué par son rire bas. Elle frappa violemment son épaule, ce qui ne le perturba pas le moins du monde.
"Jasper Withlock, tu es un grand malade !", s'exclama-t-elle tandis qu'il se redressait, riant toujours.
"C'est toi qui est malade, Alice... On ne rentre pas dans un enclos en courant face à un cheval quasi sauvage !"
Elle leva les yeux pour apercevoir Rosalie qui tentait de maîtriser tant bien que mal le cheval, bientôt aidée par l'un des clients. Jasper passa un bras autour de ses épaules et son cœur battit un peu moins vite. Aidée de deux des clients, Rosalie parvint à se mettre en selle, lui jetant un regard furieux avant de reporter son attention sur Jasper.
"Tu as raté ton tour, Jazz !", lança-t-elle à son frère, goguenarde, tandis qu'il sortait de l'enclos.
Alice la fusilla du regard.
"Et il passe tous ses tours pour aujourd'hui !, aboya-t-elle.
- Alice...", plaida Jasper.
Mais ils s'éloignaient déjà de l'enclos. Furieuse, encore tremblante, elle fonçait vers le bâtiment face à elle sans réfléchir, tandis qu'il la talonnait. Le bâtiment s'avéra être les écuries. Elle s'y enfonça, portant la main à son front sous la moiteur qui y régnait. Elle s'adossa au premier mur qu'elle trouva en soupirant.
"Non, Jasper ! Tu m'as fichu une de ces trouilles ! Hors de question que tu y retournes ! Pas aujourd'hui en tout cas !"
Tout en parlant, elle désigna son jean et sa chemise maculés de terre ocre, et ses genoux abîmés. Sa voix monta dangereusement dans les aigus lorsqu'elle revit l'image de Jasper éjecté du cheval, comme dans le ralenti d'un mauvais film. Très mauvais.
"Alice, je fais ça depuis que je suis gamin !, protesta Jasper.
- Ça m'est égal !, répliqua-t-elle, encore sous le coup de sa frayeur. Sa voix montant encore d'un octave.
- Il suffit de savoir tomber..., tenta à nouveau Jasper.
- Eh bien, je ne veux pas que tu tombes devant moi !"
Elle se mordit la lèvre pour retenir les mots suivants. Alors que je suis si impuissante. Jasper se rapprocha tout près d'elle, et elle leva les yeux vers lui. Elle nota sa fossette, alors qu'il portait toujours son chapeau de cow-boy, qui lui dissimulait l'éclat de son regard.
"Alice... Tu es si adorable lorsque tu t'inquiètes ainsi."
Elle se mordit la lèvre un peu plus fort. Elle ne voulait pas être adorable. Pas à ses yeux. Elle voulait être belle. Sexy. Désirable. Irrésistible. Mais pas adorable. Sa bouche se tordit en une légère grimace tandis qu'elle ne pouvait empêcher le flot de sa pensée de s'exprimer.
"Je ne veux pas être seulement adorable..."
Le sourire de Jasper s'agrandit alors qu'il se penchait vers elle.
"Oh, crois-moi, tu es très loin d'être seulement cela..."
La seule intonation de sa voix la fit rougir. Son souffle incendia son cou et l'arrête de sa mâchoire. Une nouvelle clameur leur parvint depuis l'enclos. Jasper écrasa ses lèvres contre les siennes, et elle ouvrit aussitôt la bouche pour un baiser dévastateur. Elle pouvait à peine respirer dans la moiteur étouffante des écuries tant Jasper la plaquait contre le mur derrière elle.
C'était risqué. Très risqué. Elle savait parfaitement où menaient ce genre de baisers d'ordinaire. Ces baisers à la saveur si particulière. Passionnés. Urgents. Brûlants. Elle se sentait déjà perdre le contrôle. Irrémédiablement. Tandis que les mains de Jasper glissaient sous son tee-shirt, ses lèvres ne quittant les siennes que de micro secondes pour leur permettre de respirer. En un ballet sauvage et parfait.
Elle sentit le désir de Jasper contre son ventre et parvint à s'arracher du baiser. Haletante.
"Jazz..., supplia-t-elle. Jazz, on ne peut pas faire ça ici...
- Pourquoi ?", souffla-t-il contre son cou.
Oui, pourquoi ?
Une nouvelle clameur leur parvint de l'extérieur, la faisant redescendre sur terre un instant. La réponse était évidente.
"Jasper ! Ils sont tous à à peine quelques mètres !
- Il y en a encore pour un moment... Il restait deux chevaux..."
Elle gémit comme il mordillait la peau tendre de son cou, et sa main heurta le bois derrière elle tandis qu'elle cherchait un point d'ancrage. Qui les ferait tous deux revenir à la raison.
"Alice... Arrête de penser !", murmura Jasper contre ses lèvres. "Nous ferons vite..."
Un sourire en coin étira ses lèvres.
"Il va juste falloir que tu sois un peu moins bruyante que d'habitude..."
Elle secoua la tête. Impossible. Elle était incapable de se contenir dans ces moments-là avec Jasper. Incapable. Elle ferma les yeux en sentant son pantalon glisser le long de ses jambes. Elle avait l'impression de brûler vive sous les afflux de son désir.
"Tourne-toi.", ordonna Jasper.
Et elle céda. Le laissant l'appuyer doucement contre le mur. Elle sentit son désir dégouliner sur ses cuisses, poisseux, lorsqu'il baissa sa culotte. Elle se mordit les lèvres pour réprimer un gémissement. Elle n'allait pas y arriver. Elle n'allait certainement pas y arriver. A rester silencieuse. De nouveaux cris ravis lui parvinrent, et elle sentit la tête lui tourner tandis que les doigts de Jasper venaient titiller son clitoris.
"Jazz..., haleta-t-elle. Laisse tomber les préliminaires... On n'a pas le temps !"
Elle le sentit déboutonner son pantalon, avant de sentir sa virilité contre ses fesses, qu'elle cambra immédiatement. Un long gémissement lui échappa. Trop bruyant. Beaucoup trop. La main de Jasper vint se plaquer contre sa bouche, étouffant la fin de son gémissement. Puis son cri, lorsqu'il la pénétra. Ses yeux roulèrent dans leurs orbites. Jasper avait raison. Ça ne durerait pas longtemps. Impossible. En tout cas pas pour elle. Elle était déjà quasiment prête à exploser.
Elle battit l'air de sa main droite, à nouveau à la recherche d'un point d'ancrage. Immédiatement, la main libre de Jasper vint l'enlacer, et elle la serra fort. Fermant les yeux sans plus pouvoir retenir ses cris, étouffés par la main de Jasper. La poitrine écrasée contre le mur, les fesses dangereusement cambrées, le corps en feu. Tout entier. Jasper étouffait ses propres gémissements contre son cou, tout en accélérant la cadence.
Elle jouit brutalement, se cramponnant fermement à sa main pour ne pas glisser au sol. Son front se cogna contre le mur, et elle vit mille étoiles. Jasper libéra sa bouche, saisissant fermement ses hanches comme l'orgasme le fauchait. Leurs souffles mêlés retentirent à leurs oreilles une longue minute avant qu'il ne se retire. Elle sentit qu'il se rhabillait et sourit.
"Je n'arrive pas à croire que tu m'aies fait faire ça !", gloussa-t-elle.
Il se baissa et lui remonta sa culotte puis son jean. Ses pouces effleurèrent la peau brûlante de son ventre comme il refermait ce dernier.
"Je n'arrive pas à croire que tu m'aies fait faire ça !", rétorqua-t-il.
Ils pouffèrent de concert avant de s'enfuir en courant vers le ranch alors que Rosalie et ses clients ramenaient les chevaux aux écuries. En riant aux éclats. Comme deux écoliers qui auraient fait l'école buissonnière. Comme Johnny et June à la sortie d'un de leurs concerts. Comme deux amants en week-end dans un ranch du Texas.
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Alice pinça les lèvres. Agacée. Terrifiée. Par la hauteur vertigineuse de la monture sur laquelle elle était juchée. Phénomène sûrement amplifié par sa petite taille. Par les mouvements incontrôlables et nerveux du cheval. Par les rênes qui lui glissaient en permanence des mains. Par la chaleur suffocante qui l'entourait malgré l'heure matinale. Et par les yeux moqueurs de Jasper qui suivait chacun de ses mouvements.
"Serres un peu plus les rênes... Voilà... Tire un peu à gauche, maintenant..."
Elle osa tourner la tête pour apercevoir sa moue dépitée. Et grimaça.
"C'est si atroce que ça ?"
Il grimaça à son tour.
"Disons que c'est un premier essai..., tenta-t-il.
- D'accord, c'est atroce, conclut-elle.
- Ou bien est-ce le professeur qui est atroce...", fit la voix de Rosalie derrière eux, depuis l'extérieur du manège.
Alice tourna légèrement la tête vers elle. Assez pour que le cheval fasse une légère embardée sur la gauche, qui lui arracha un hoquet de surprise et de peur.
"Elle n'a pas une mauvaise assise, Jazz... Je dirais même que pour une première fois, elle se tient étonnamment bien sur son cheval. Alice, détends-toi ! Jasper t'a donné la plus vielle jument du ranch ! Crois-moi, elle n'est pas prête de ruer ! Tu ne risques rien. Voilà... Maintenant, redresse-toi encore un peu... Parfait !"
Étonnamment, alors qu'elle suivait les conseils de Rosalie à la lettre, la jument se fit plus docile. Elle soupira de soulagement.
"Bien... Relâche légèrement les rênes, et éperonne doucement !"
La jument se mit docilement au pas.
"Tire sur la gauche à intervalles réguliers..."
Elle effectua un tour parfait du manège sablonneux, revenant face à Jasper et Rosalie. Les deux lui adressèrent le même sourire. Aux fossettes délicieuses. Et elle ne put s'empêcher d'admirer les reflets d'or de leurs cheveux sous le soleil matinal. Avant de leur rendre leur sourire. Sourire qui se tarit en même temps que celui de Jasper lorsque Rosalie s'exclama :
"Excellent ! Décidément, c'est beaucoup mieux que Maria !"
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Sortant de la salle de bains, vêtue d'une robe longue à nouveau empruntée à Mrs Harrison, les cheveux encore humides, Alice parcourut la petite chambre des yeux. Vide. Elle aperçut Jasper sur le balcon et le rejoignit dans l'obscurité naissante de la soirée. Elle se mordilla les lèvres, les pinça, les mordilla à nouveau, avant de se décider à poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis le matin. Elle n'avait pas pu la poser de la journée, Rosalie étant toujours dans les parages.
"Est-ce que..."
Elle hésita. Comment bien formuler cela ?
"Est-ce que ça parait malvenu de ma part si je te demande qui est Maria ?"
Elle évita un instant le regard de Jasper, de peur qu'il ne décèle dans le sien l'angoisse qui la tenaillait. Parce que, oui, elle se doutait bien de la réponse. Finalement, elle croisa ses yeux clairs.
"Bien sur que non...", murmura-t-il avant de soupirer. Longuement.
"Je regrette que Rosalie ait présenté cela comme un secret. Ce n'en est pas un. Pas du tout. Juste un mauvais souvenir."
Elle saisit sa main, y entrelaçant ses doigts. Elle pouvait gérer ça. Sûrement. Elle était plutôt calée en mauvais souvenirs. Elle serra doucement sa main, comme pour lui indiquer qu'elle était prête à l'entendre.
"Maria était ma fiancée. Il y a deux ans déjà. Je l'ai rencontré alors qu'elle avait été engagée comme secrétaire par mon assistante. On est très vite sortis ensemble. Trop vite, sans doute. Mais nous étions follement amoureux. Du moins, je l'étais. On s'est fiancés après quatre mois. La seule vérité qu'il y ait eut dans notre histoire est que Maria était mexicaine. Et que ce dont elle était folle amoureuse, c'était sa possible naturalisation avec un riche américain. En l'occurrence, moi. Quand Rosalie l'a confrontée, elle a disparu. Du jour au lendemain. Je peux dire aujourd'hui que j'ai mis un sacré bout de temps à m'en remettre."
Sa voix s'éteignit dans l'obscurité désormais quasi-totale les entourant.
"Je suis désolée... Je ne voulais pas raviver de mauvais souvenirs..., souffla-t-elle.
- Ce n'est rien. C'est du passé."
Elle acquiesça, intégrant lentement les paroles de son récit. Ce dernier faisait écho à son histoire avec James. Un mauvais souvenir. Mais avait-ce été un jour de l'amour ? Ca s'était en tout cas mal fini. Très mal fini. Surtout pour elle. Et puis, comme trop souvent, elle ne put empêcher ses pensées de franchir la barrière de ses lèvres :
"Rosalie a raison de se méfier de moi. J'ai au moins un point commun avec Maria. Moi aussi, j'ai disparu du jour au lendemain...
- Rosalie n'a aucune raison de se méfier de toi, rétorqua-t-il. Tu ne t'intéresses ni à mon argent, ni à mon passeport. Tu es quelqu'un de bien. Le reste ne la regarde pas. Et puis, toi, Alice, tu ne seras jamais un mauvais souvenir..."
Elle secoua doucement la tête.
"Tu n'en sais rien...", souffla-t-elle.
La gorge nouée à l'idée qu'un jour Jasper puisse la présenter comme un de ses mauvais souvenirs. Une de ces erreurs qu'on préfère oublier. Reléguer dans les profondeurs les plus sombres de sa mémoire. À l'idée que l'amour puisse un jour se transformer en ça. Inéluctablement. Un mauvais souvenir.
- Toi non plus.", répliqua-t-il en effleurant ses lèvres des siennes.
Effaçant toutes ses pensées de ce simple contact. Infime, pourtant. Comme par magie. Oui. Jasper était sans doute magicien.
Son magicien.
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Après avoir aidé Rosalie à plier la table et faire la vaisselle, Alice sortit devant le ranch. Une soirée feu de camp s'était organisée à la demande des clients. Comme s'il ne faisait pas assez chaud comme ça ! Elle fit quelques pas dans l'obscurité avant que la lueur du feu ne l'éclaire brièvement. Elle se faufila entre les couples et parvint jusqu'à Jasper. Elle s'assit près de lui sur le gros rondin près du feu.
Elle ne put réprimer un sourire moqueur en le voyant mâchouiller un mashmallow gluant.
"Sérieusement ? Je croyais qu'on ne faisait ce genre de choses que dans les vieux camps de vacances pour enfants !"
Il sourit, dévoilant ses dents collantes de guimauve, et elle éclata de rire. Avant d'approcher d'elle une pique de barbecue d'où dégoulinaient des traînées de bonbon roses. Son rire redoubla et elle faillit s'étouffer en se débattant, comme il enfournait le bonbon dans sa bouche. Elle gouta la chaleur du mashmallow, puis son goût délicieusement sucré, lui rappelant vaguement des saveurs enfantines et lointaines. La bouche collante, elle offrit un sourire sucré à Jasper.
"Tu te rends bien compte que c'est tellement sucré, que si l'on s'embrasse maintenant, on risque de rester collés ?
- Excellente idée ! Essayons !
- Quoi ? Hors de question !, se récria-t-elle, sentant poindre une nouvelle crise de rire.
- Alice... , susurra-t-il. Après ce qui s'est passé hier dans les écuries, un petit baiser guimauve ne devrait pas t'effrayer !"
Elle rougit à ce souvenir, la chaleur autour d'elle semblant redoubler d'intensité. Jasper ricana, avant de profiter de son trouble pour l'embrasser. Un baiser à la guimauve. A l'arrière gout de fraise. Sucré. Gourmand. Délicieux.
Elle se blottit un peu plus contre lui, tandis que Rosalie s'asseyait non loin d'eux. Alice lui sourit, et elle lui répondit.
"J'ai moi-même du mal à croire ce que je vais dire mais..., commença Jasper. Je crois qu'elle t'aime bien...
- Je crois que quand elle aura fini de me terroriser, je pourrais bien l'aimer aussi..."
Ils rirent doucement face à cette réflexion une nouvelle fois énoncée à voix haute. Puis, un client quémanda une chanson, brisant leur bulle de magie.
"Jazz !", lança Rosalie.
Alice fronça les sourcils, puis le vit soulever une guitare posée à ses côtés. Qu'elle n'avait pas remarqué dans l'obscurité. Elle écarquilla les yeux en le voyant caler la guitare contre lui. Rosalie passa derrière eux, le coiffant de son chapeau de cow-boy.
"Tu joues de la guitare ?, balbutia-t-elle. Ébahie.
- Alice, je te l'ai déjà dit : il y a encore beaucoup de choses que tu ne sais pas sur moi...", fit-il, faussement mystérieux, tout en lui adressant un clin d'oeil complice. Joueur. Et terriblement sexy alors que la visière de son chapeau assombrissait son regard.
Ses doigts bougèrent sur les cordes de la guitare, tandis qu'il faisait résonner au coin du feu un vieil air de country. Elle sourit lorsqu'il commença à chanter, d'une voix rauque, où son accent du sud était plus prononcé encore. Le rendant incroyablement séduisant.
Le regard d'Alice se perdit dans les flammes mordorées devant elle, suivant leur lent ballet de feu, et leur multitude de mutations colorées. Bercée par la voix de Jasper, elle catégorisa ce moment. Le classant soigneusement dans la case de ceux qu'on aimerait éternels. Ces moments parfaits au goût de toujours. Elle soupira, laissant filer les minutes à contre cœur, mémorisant chaque détail de la nuit. La température moite. Les flammes vacillantes. Le beau visage de Rosalie, les yeux clos. Les mains de Jasper jouant sur les cordes de la guitare.
Les chansons défilèrent. Nostalgiques pour la plupart. Parfois enjouées. Jusqu'à ce que quelques clients regagnent l'hôtel. Jasper reposa sa guitare. Rosalie se leva, suivie des derniers touristes après quelques applaudissements. Lorsqu'ils furent tous rentrés, Alice voulut se lever à son tour, mais la main de Jasper vint se poser sur son genou, caressant sa cicatrice à travers son jean. Elle frissonna, s'étonnant comme à chaque fois de voir combien il en avait mémorisé avec précision les contours exacts.
"Je t'en ai gardé une rien que pour toi...", murmura-t-il.
Elle sourit, ravie. Et son sourire s'élargit lorsque, reprenant sa guitare, il amorça les premiers accords de Jackson.
"Et je vais avoir besoin de ma Junie pour celle-ci !"
Elle acquiesça, et entonna avec lui les premières paroles, s'étonnant du mariage subtil de leurs voix. Elle éclata de rire au beau milieu de son couplet, comme il lui adressait un léger haussement de sourcils suggestif. Et puis, comme, la chanson touchait à sa fin :
"Je sais que Johnny a demandé June en mariage sur cette chanson...", fit-il.
Le rythme de la guitare les enveloppait toujours. Jasper paraissait hésitant et elle haussa les sourcils, intriguée. Confuse.
"Je ne peux pas encore te proposer le mariage mais...Alice, tu voudrais venir t'installer chez moi ?"
Elle se figea. Hébétée. Paralysée.
"Alice ?", s'inquiéta Jasper.
Elle secoua légèrement la tête, reprenant ses esprits. Comme après un électrochoc.
"Tu peux refuser...", dit doucement Jasper.
Elle leva les yeux vers lui, se perdant un instant dans leur douceur.
"Jazz... Tu ne devrais pas être aussi nerveux... Tu sais bien ce qu'a répondu June à Johnny ce fameux soir...", souffla-t-elle.
La guitare s'interrompit. Il l'embrassa doucement. Elle ne put s'empêcher de sourire contre ses lèvres avant de murmurer :
"Tu m'emmèneras à Jackson un jour ?"
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Voilou !
J'espère que vous avez aimé. Vos critiques sont les bienvenues !
Cette fic ne devrait plus être très longue. Un ou deux chapitres tout au plus…
Biz & à bientôt !
Temperance.
