Bonjour !
Eh bien voilàaaa...C'est fini ! (ou presque...)
Voilà donc le dernier (déjà) chapitre de cette petite fic' Alice/Jasper. J'avoue que je me suis régalée à l'écrire, même si je ne suis toujours pas persuadée que le fond en soit d'une qualité exceptionnelle... :S Mais bon, c'était léger, sympathique, et mignon et je me suis bien attachée à tous ces petits personnages ! Vous aussi, je l'espère !
J'espère finir en beauté avec ce dernier chapitre et ne pas vous décevoir... ReaderLy et CaraMalfoy devraient être ravies du début de chapitre... ;) J'ai en tout cas essayé de répondre au mieux à leurs souhaits ! Un grand merci à Sunsnow pour sa super review à laquelle je n'ai malheureusement pas pu répondre.
L'épilogue pour la semaine prochaine. A moins que...On ne sait jamais si vous êtes généreux... ;)
Bonne lecture !
Biz & à bientôt !
"En te levant le matin, rappelle toi comme est précieux le privilège de vivre, de respirer, d'être heureux."
Marc-Aurele.
Chapitre 11
Tango of Ice and Fire
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"Alors, Alice ? On se décide enfin à donner des nouvelles ?"
Sa voix, plus encore que sa vision, lui rappela son passé douloureux. Leur passé commun. Lui rappelant toutes ces choses qu'ils avaient partagé. Même leur fin.
Elle n'avait jamais, même dans ses pires cauchemars, rêvé d'une telle confrontation. Elle serra les poings pour empêcher ses mains de trembler.
"Si tu étais venu me voir à l'hôpital, tu en aurais eu bien avant !", rétorqua-t-elle, la voix un brin tremblante. Elle se maudit. "Mais peut-être que tu étais pris d'un accès de culpabilité ?"
Elle vit ses yeux s'agrandir légèrement.
"Culpabilité ? Pourquoi ?", demanda-t-il. Innocemment. Faussement.
Elle eut du mal à contenir son accès de rage. De colère. Dangereuse. Elle aurait été capable de le tuer sur place.
"Nous savons tous les deux très bien pourquoi.", siffla-t-elle d'une voix basse. Menaçante.
Elle ne tremblait plus du tout. Et, enfin, elle posa cette question. Cette question qui lui brulait les lèvres, la gorge, l'esprit depuis des mois. Depuis qu'elle s'était fracassée le corps et l'esprit contre la piste glaciale, ce fameux jour.
"Pourquoi ne pas m'avoir rattrapée ?"
Il rit doucement. Un rire dur. Jubilatoire.
"Ah, Alice, Alice, ma douce Alice ! Tu es toujours aussi délicieuse, surtout lorsque tu t'énerves..."
Il passa le bout de sa langue sur ses lèvres, la toisant d'un sourire carnassier. Figée sur place, tandis que la peur s'infiltrait sournoisement en elle, elle ne fut même pas capable, malgré toute sa volonté de le faire, de s'éloigner de lui. La peur, comme un poison. Alimentée, nourrie de leurs souvenirs communs.
"J'avais besoin de mettre toutes mes chances de mon côté pour les Jeux. Aro pensait que tu étais trop fragile physiquement. Il avait sans doute raison... Qui se brise un bras et les deux jambes avec un simple chute ?"
Une simple chute ? Elle en aurait pleuré. Tout ça pour ça ? Mais à quoi s'attendait-elle, après tout ? Mais...une raison aussi ridicule ?
"Cependant, toute cette histoire me désole encore... Depuis que tu es partie, j'avoue avoir du mal à satisfaire certains de mes...besoins. Et voilà que tu reviens, plus en formes que je ne t'ai jamais vu."
Cette fois, elle frissonna. Son regard sur elle, ses mots, lui rappelaient inévitablement leur relation sans attaches. Souvenirs douloureux. Malsains.
"Ta nouvelle partenaire devrait pourtant être ravie d'y subvenir..., cracha-t-elle. Dans un dernier relent de courage. Rébellion. Rejet.
- Victoria fait en effet de son mieux, mais... Tu étais de loin la plus douée. Tellement bonne. Tellement soumise..."
Chaque mot avait l'effet d'un coup de poignard, la faisant se recroqueviller imperceptiblement sur elle-même. L'ancienne Alice était très loin désormais. Très très loin. Elle se sentit si vulnérable face au regard bleu qui la vrillait de ses reflets pervers qu'elle dut retenir un sanglot.
"Et toi, Al', as-tu trouvé quelqu'un d'autre ?"
Elle ne répondit pas, tétanisée. L'idée qu'il puisse seulement l'imaginer avec Jasper lui donnait la nausée. Il ne pouvait pas. Il n'avait pas le droit de salir ça.
"Tu ne réponds pas... J'imagine donc que oui. Bordel ! Ce putain d'enfoiré n'imagine même pas la chance qu'il a de te baiser !"
Elle sentit le goût du sang dans sa bouche alors qu'elle venait de se mordre la langue pour ne pas hurler. Soudain, quelqu'un lui toucha le bras pour lui signaler sa présence et elle sursauta violemment. Puis, elle croisa le regard d'azur de Jasper. Comme dans un cauchemar, elle le vit adresser un sourire aimable à James, avant de lui tendre la main.
"Je suis Jasper, se présenta-t-il.
- James", répondit ce dernier en lui rendant sa poignée de main.
Alice aurait voulu hurler, entraîner Jasper loin, très loin. Et partir avec lui.
Elle vit James froncer les sourcils avant de demander :
"On se connaît ? Tu es qui ?"
Elle poussa un cri de surprise et sortit de sa torpeur morbide comme le poing de Jasper heurtait violemment le visage de James, qui tomba à la renverse. Alors qu'il se tortillait sur le sol en gémissant, le nez ensanglanté, elle frissonna sous les intonations glaciales de la voix de Jasper.
"Le putain d'enfoiré qui la baise."
Le bras de Jasper enlaça ses épaules et l'entraîna loin de James. Elle regardait droit devant elle. Hébétée. Ahurie. Choquée.
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Ils pénétrèrent dans l'appartement, et elle sursauta lorsque la porte claqua violemment. Elle pinça les lèvres en voyant Jasper se diriger vers la salle de bains.
"Je vais me doucher.", fit-il laconiquement.
Elle soupira, laissant tomber son sac à terre. Puis, elle alluma la lumière. L'obscurité de la pièce lui donnait le cafard. Le cœur lourd, elle regagna la chambre, se déchaussa et grimpa sur le lit où elle se recroquevilla. Avec un immense sentiment de gâchis. James gâchait toujours tout. Il avait toujours tout gâché. Et la colère froide de Jasper la terrifiait.
Mais elle pouvait comprendre. Il venait d'apprendre qu'elle et James avait eu une relation. De la bouche même de ce dernier. Qu'il avait frappé sans ménagement. Avant de l'entraîner, elle, loin de lui. En sécurité. Et puis, plus rien. Il était resté distant et froid tout l'après-midi. Alice secoua tristement la tête, emplie de désarroi.
Jasper entra dans la chambre, la tirant de ses pensées. Elle se fit violence pour relever la tête et affronter son regard. Au bord des larmes.
"Jazz... S'il te plaît..., bredouilla-t-elle.
- S'il te plaît, quoi, Alice ?
- S'il te plaît, ne te mets pas en colère...", souffla-t-elle.
Il secoua la tête, croisant les bras sur son torse nu.
"Je suis en colère, Alice !"
Elle se mordit la lèvre.
"Je croyais pourtant que tu m'avais raconté toute l'histoire. Or, visiblement, tu avais omis certains détails !, explosa-t-il.
- Je... Je ne pensais pas que c'était important !
- Bien sur que si, tu le savais !"
C'était vrai. Elle le savait.
"Bon sang, Alice ! J'ai déjà du mal à t'imaginer avec d'autres hommes... Mais avec ce...ce...cette ordure ?"
Cette fois, une larme s'échappa, roulant sur sa joue, laissant sur ses lèvres un goût de sel. Désagréable. Infect.
"Je n'ose même pas imaginer ce qu'il a pu faire de toi !"
Sa chose. Il avait joué. Il s'était lassé. Il l'avait jetée. Et c'était terrible de voir à quel point ces derniers mots étaient littéralement vrais.
"C'est du passé, Jasper..., plaida-t-elle.
- J'ai cassé la gueule à ce connard aujourd'hui. Ce n'est pas que du passé !
- Mais alors, qu'est-ce que je peux faire ?", s'écria-t-elle. Désemparée.
Jasper détourna le regard. Elle se leva, et marcha droit sur lui. La colère prenait maintenant le dessus. Comme souvent. Échappatoire inefficace la plupart du temps. Elle n'avait plus à payer pour ce mauvais choix. Pour cette erreur. Elle avait déjà assez payé. Bien assez.
"Qu'est-que je peux faire pour te convaincre, Jasper ? Que pour moi, c'est du passé. Du passé. James appartient à ma vie d'avant. Celle où seule ma carrière dans le patinage comptait. Où je voulais rester seule et sans attaches. Je ne suis plus une championne de patinage alors que c'était ce qui définissait ma vie. Je ne suis plus cette personne qui couchait avec James. Je n'étais même plus rien du tout avant que tu me trouves. Aujourd'hui, je suis une serveuse dans un pub, qui essaye de se faire une place dans le stylisme. Aujourd'hui, je suis cette fille qui a accepté d'aménager avec toi. Aujourd'hui, je suis cette fille qui appelle sa mère sans arriver à lui parler, juste pour entendre sa voix. Je suis cette fille que tu as sauvée. Cette fille qui aimerait si désespérément ressembler à June Carter quand tu lui chantes Jackson."
Elle appuya sa tête sur son front, inspirant son odeur. Se sentant vulnérable de s'être ainsi dévoilée. Trop. Les larmes lui montèrent aux yeux comme elle relevait la tête, creusant un peu plus sa propre tombe. Faisant écho à ces mots qu'il lui avait dit un jour.
"Tu ne comprends donc pas, Jasper, que je suis dingue de toi ?", murmura-t-elle.
L'effet fut immédiat, la prenant par surprise. Les bras de Jasper se refermèrent sur elle. Fermement. Tandis que ses lèvres recouvraient les siennes. Elle s'accrocha à lui désespérément. Tirant sûrement trop fort sur ses cheveux, mais il ne broncha pas. Ses larmes donnaient au baiser un goût salé. Plus aussi amer. Son tee-shirt lui fut arraché, suivi par son soutien-gorge. Les mains de Jasper s'attaquaient déjà à son pantalon. Il glissa vers son cou, sa poitrine, la laissant haletante. L'embrasant de désir. Comme toujours.
Elle tâta son sexe dur à travers son jean, le caressant à travers le tissu rêche, avant de glisser sa main à l'intérieur, caressant sa longueur. Un grognement se fit entendre en écho, Jasper se figeant contre elle. Elle leva les yeux, admirant son visage empreint de plaisir. Elle resserra son emprise. Il haleta. Son pouce passa sur son gland, tandis que son autre main s'affairait pour l'extraire de son pantalon. Lorsqu'elle y parvint, elle se laissa tomber à genoux.
Elle entendit Jasper retenir sa respiration comme elle le prenait dans sa bouche, faisant doucement racler ses dents contre sa dureté. Les doigts de Jasper vinrent s'agripper à ses cheveux, l'incitant à accélérer le rythme. Son regard remonta à son visage, tandis que ses oreilles se délectaient de ses grognements et râles de plaisir. Elle creusa un peu plus les joues, accentuant la pression. Un gémissement lui répondit. Elle ferma les yeux. Cet acte si dégradant avec James devenait un plaisir avec Jasper. Elle inspira profondément comme les coups de bassin de ce dernier se faisaient plus brusques. Détendant sa gorge, elle parvint à le prendre tout entier en bouche. Ils gémirent de concert. Enfin, après quelques mouvements de plus, Jasper la repoussa. Délicatement.
Avant de tomber à genoux à ses côtés, son pantalon toujours à ses chevilles. Leurs respirations hachées provoquaient aux oreilles d'Alice un vacarme épouvantable. Elle sentait sa culotte trempée mouiller l'intérieur de ses cuisses et se tortilla légèrement, à la recherche d'une quelconque friction salvatrice. Elle croisa le regard de Jasper, et ils cessèrent un instant de respirer tous les deux.
Et puis, dans un grognement, il saisit ses hanches, l'amenant sur lui brusquement. Elle se cambra dans un gémissement, lorsque son sexe tendu buta contre son clitoris. Déjà, sa main écartait sa culotte et, se redressant légèrement, elle le plaça à son entrée. Haletante d'anticipation. Puis, elle s'empala sur lui. Langoureusement. Dans un long gémissement.
"Jazz...", souffla-t-elle, ne le quittant pas des yeux.
Il resserra sa prise sur ses hanches et finit d'entrer en elle. Presque brutalement. Elle cria de plaisir. Et accrocha ses épaules comme il soulevait à nouveau ses hanches. La pénétrant fermement. Elle cala sa tête dans son cou, s'enivrant de son odeur à chacune de ses inspirations haletantes. Elle cria à nouveau lorsque dans un mouvement de hanches, Jasper lui mordit l'épaule. Sûrement pour s'empêcher de jouir avant elle. Comme toujours, il voulait qu'elle soit la première. Elle tira sur ses cheveux lorsqu'il descendit sa main vers son clitoris, le malmenant méthodiquement.
Elle crut s'étouffer de plaisir lorsque l'orgasme la faucha. Elle se mit à trembler violemment, le souffle court, sa jouissance prolongée par la sensation brûlante de Jasper se déversant en elle. Avant de retomber entre ses bras, molle et épuisée. Au bout de quelques minutes, il se redressa, la soulevant dans ses bras, et ils s'effondrèrent sur le lit tout proche. La main de Jasper enlaça la sienne. Alice ferma les yeux, écoutant le rythme décroissant de leurs respirations mêlées. Rassurant. Avant que Jasper ne reprenne la parole :
"Tu as vraiment appelé ta mère ?"
Elle serra sa main un peu plus fort, et il répondit à son étreinte.
"Oui.", souffla-t-elle.
Il soupira et l'attira contre lui. Il embrassa son front, puis sa tempe, son nez, et sa pommette. Et ses lèvres. Un baiser doux, mais brûlant. Passionné. Il s'écarta légèrement, mais son souffle balayait toujours son visage. Délicieux. Du bout des doigts, il vint caresser l'endroit de son cou où il l'avait mordue. Elle tressaillit. Elle adorait ça. Qu'il la marquât ainsi.
"Alice ?", appela-t-il.
Ses yeux rencontrèrent les siens, et elle se perdit un instant dans leur immensité d'azur.
"Hummm ?, fit-elle.
- Je t'aime."
C'était la première fois. Elle resta bouche bée. Son esprit arrêta de fonctionner plusieurs minutes durant. Hébétée, sa respiration se fit à nouveau désordonnée. Les lèvres de Jasper capturèrent à nouveau les siennes, la faisant revenir à la réalité, dans un long gémissement. Elle parvint à prendre une inspiration profonde avant de murmurer, tout contre ses lèvres, ce qu'elle savait déjà depuis bien longtemps :
"Je t'aime."
Tout contre ses lèvres.
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Elle regarda une dernière fois le visage de Tanya sur l'écran de l'ordinateur. Blonde. Des yeux bleus, presque myosotis. Un nez droit et un menton volontaire. Des pommettes hautes. Un sourire charmeur. Souvent manipulateur. Mais au-delà de son apparence physique, Alice avait également sondé son caractère. Ses goûts. Ses actions. Minutieusement. Méthodiquement. La blonde lui fit un signe de la main au travers de sa webcam et éteignit celle-ci. C'était le milieu de la nuit à New York.
Alice nota consciencieusement sur son calepin les dernières informations obtenues sur la jeune femme. Ce dernier ne la quittait plus. Elle avait été engagée deux semaines auparavant par Emilia et devait envoyer les croquis définitifs dans la semaine. Et elle adorait ce qu'elle faisait depuis. Elle n'avait sans doute jamais autant dessiné. Son esprit lui semblait avoir jusqu'à présent marché au ralenti. À présent, sa tête fourmillait d'idées de toutes sortes. Littéralement. À tel point qu'elle se réveillait parfois en pleine nuit pour noter frénétiquement l'idée qu'elle venait d'avoir dans son sommeil. Jasper, lui, détestait ça.
Elle sourit en repensant à ses protestations de la nuit dernière, alors qu'elle esquissait un croquis, ensevelie sous les draps, à la lumière de son portable. Et puis, il avait trouvé le meilleur moyen d'enrayer ses folies productrices nocturnes. Son sourire s'élargit. Le meilleur moyen. Sans nul doute possible.
Elle pianota sur le clavier de l'ordinateur, mettant en route la chanson sur laquelle patineraient Tanya et Félix. Elle jeta un coup d'oeil à la pendule du salon. L'après-midi touchait à sa fin, mais Jasper l'avait prévenue qu'il rentrerait tard de son bureau. Elle saisit son carnet à dessins et tissa de vert les manches de la tenue de Tanya, avant de décider de les fermer d'un bouton turquoise. Elle sourit. Satisfaite. Encore quelques heures de travail et elle aurait terminé.
La sonnette la fit sursauter. Elle fronça les sourcils et reposa son crayon sur la table. Elle arrêta la musique et se leva, allant ouvrir. Dès qu'elle eut déverrouillé la porte, une tornade s'engouffra dans son salon. Inarretable.
"Rosalie ?" balbutia-t-elle. Incrédule.
Elle se tendit comme le regard glacial de cette dernière se posait sur elle.
"Jasper n'est pas encore rentré.", fit-elle.
Rosalie leva les yeux au ciel, avant d'hausser les épaules.
"Il travaille toujours trop. Mais, ce n'est pas lui que je viens voir..."
Alice haussa les sourcils. Étonnée.
"Dans ce cas, que puis-je faire pour toi ?
- Venir boire un verre avec moi !
- Quoi ?
- Je t'invite !", insista-t-elle.
Alice secoua la tête. Hors de question qu'elle aille boire un verre avec Rosalie. Elle la terrifiait. Et elle ne l'avait vue que lors de ce week-end dans son ranch.
"Sûrement pas ! Je suis en plein travail !, se défendit-elle.
- Travail ? Je croyais que tu étais serveuse !
- Je suis serveuse, s'agaça Alice. Mais je fais aussi autre chose...
- Vraiment ?" s'enquit Rosalie.
Alice aurait voulu pouvoir dissimuler tous ses croquis éparpillés sur la table d'un claquement de doigts. Impossible, évidemment. Et bien sûr, Rosalie ne tarda pas à aviser son désordre, s'approchant de la table, un air intrigué sur le visage. Elle saisit un dessin et y jeta un coup d'oeil.
"Vraiment ?, répéta-t-elle. C'est toi qui as fait ça ?"
Alice acquiesça, se mordillant la lèvre. Elle n'aimait pas qu'on regarde ses croquis. Jasper y était tout juste autorisé. Elle ôta fermement la feuille cartonnée des mains de Rosalie et réunit les autres, les fourrant dans sa chemise.
"C'est joli, fit simplement Rosalie. C'est pour un gala de danse ?
- De patinage.
- Oh ! Eh bien, je n'y connais pas grand chose, mais ça a l'air pas mal... Mon frère a finalement plus de goût que ce que je croyais...", déclara-t-elle en la dévisageant.
Alice rougit légèrement. Comment la sœur de Jasper pouvait-elle être aussi désagréable ? S'en rendait-elle d'ailleurs seulement compte ?
"Alors, ce verre, on y va ?, relança-t-elle. Tu finiras plus tard !", coupa-t-elle comme Alice s'apprêtait à protester. "Écoute, Alice, j'ai besoin de sortir de mon ranch et d'aller boire un verre en ville. C'est pour ça que je suis là ! Je suis encore tombée sur un connard la semaine dernière, j'ai besoin de décompresser. Et j'ai besoin que tu m'accompagnes !", s'écria Rosalie, lui fourrant son sac dans les bras et ouvrant la porte, la poussant devant elle. Elle referma et lui tendit les clés. Alice les glissa dans son sac et la suivit. Désemparée. Elle n'avait même pas pris son portable pour prévenir Jasper.
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Sous le regard menaçant de Rosalie, Alice but le contenu d'un énième shooter, appréciant le goût sucré de la vodka et du caramel contre son palais. Elle le reposa sur le comptoir en un claquement, un sourire idiot aux lèvres. Les oreilles assourdies par la musique ambiante. Trop forte. Et l'esprit embrumé. Alcoolisé. Sans doute trop. Rosalie l'entraîna vivement sur la piste de danse. Surexcitée. Se collant à elle et ondulant du bassin avec de longs éclats de rire.
Alice ferma les yeux, s'imprégnant de la musique et ondoya à son tour. Elle soupira, le sourire ne quittant pas ses lèvres. Rosalie avait finalement eu raison. Cette sortie nocturne lui faisait le plus grand bien. D'ailleurs, elle ne se souvenait pas avoir passé une aussi bonne soirée dans un bar depuis son adolescence. Et encore... Voilà qui était bien éloigné des soirées désastreuses de Jane et ses amis.
Soudain, deux mains enserrèrent ses hanches, et elle se retrouva collée à un corps chaud. Elle se raidit et tenta de se soustraire à la poigne ferme, lorsqu'elle croisa le regard de Jasper. Son sourire s'élargit un peu plus et elle gloussa bêtement lorsqu'il emprisonna délicatement ses lèvres. Il se redressa ensuite, un petit sourire amusé sur le visage.
"Comment nous as-tu trouvées ?, cria-t-elle, espérant couvrir le vacarme ambiant.
- Rose m'a envoyé un message.
- Oh !
- C'est plutôt drôle... Je ne t'imaginais pas dans un endroit pareil !
- Elle m'a forcée !" se défendit-elle.
Il afficha un air sceptique.
"Je t'assure !, insista-t-elle, s'affalant sur lui.
- Et Rose t'a forcée à boire, aussi ?"
Alice leva les yeux au ciel.
"Oh, pitié, Jazz, ne fais pas ton rabat-joie ! Pitiiiiiié !"
Il sourit, effleurant à nouveau ses lèvres.
"Je ne fais pas mon rabat-joie, assura-t-il. Je te trouve mignonne quand tu as bu..."
Elle se renfrogna aussitôt.
"Tu sais très bien que je n'aime pas quand tu me trouves mignonne ou adorable, ou tous les autres trucs de ce genre !
- D'accord... Alors, voilà mieux..., souffla-t-il à son oreille. Je suis sûr que je pourrais faire n'importe quoi de toi dans cet état..."
Elle retint un gémissement mais se colla un peu plus à lui.
"Je t'en prie, Jasper, fais de moi tout ce que tu veux...", susurra-t-elle sans même rougir.
Il plaqua son bassin contre le sien, et elle gémit cette fois, en le sentant dur contre son ventre. Elle agrippa son bras, et ils se frayèrent précipitamment un chemin vers la sortie. Elle eut juste le temps de faire un signe de la main à Rosalie qu'ils étaient déjà dehors, s'engouffrant dans l'Audi Spyder.
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Alice ouvrit un œil prudent, tentant de poser son regard sur le mur face à elle afin de stabiliser sa vision. Elle avait l'impression que des couteaux acérés jouaient à s'entrechoquer dans son crâne. Vraiment. Sa main se posa sur le torse de Jasper, et elle constata qu'elle avait dormi sur lui. Complètement. Elle se laissa rouler sur le côté. La douleur qui vrilla ses tempes à ce simple mouvement lui arracha un gémissement.
Elle essaya de se remémorer les éléments de la nuit dernière. Rosalie. La boîte. Les shooters. Jasper. L'Audi inconfortable. L'arrivée à l'appartement. Les mains de Jasper sur elle. Partout. Sa bouche. Son regard. Elle gémit à nouveau. À côté d'elle, Jasper bougea.
"Réveil difficile ?", murmura-t-il. Goguenard.
Elle grogna pour toute réponse, tentant de se redresser. Sa tête sembla exploser, et la chambre tourna autour d'elle. Elle se leva précipitamment, atteignant les wc juste à temps pour y vomir le contenu restreint de son estomac. La bile lui brûla la gorge et elle se laissa glisser contre le mur, appuyant son front contre la fraîcheur de ce dernier, tentant de reprendre son souffle. Quelques minutes plus tard, elle se penchait à nouveau dans la cuvette.
Jasper la rejoignit, un verre à la main, qu'il lui tendit.
"Aspirine...", fit-il en s'asseyant à ses côtés.
Il passa une main légère dans ses cheveux et elle soupira de ce court instant de répit. Elle but son verre et le posa à ses côtés.
"C'est officiel. Je déteste ta soeur !", assura-t-elle.
Il rit doucement.
"Eh bien, pas moi ! Elle m'a démontré que t'avoir saoule à moins d'un mètre de moi pouvait s'avérer très intéressant... Je devrais te faire boire plus souvent !"
Elle rougit sous son regard concupiscent, avant de frapper son bras.
"Et je te déteste aussi ! Tu es encore pire manipulateur que Rose !"
Cette fois, il rit de bon cœur et elle le frappa à nouveau. Il resta à ses côtés un moment avant qu'elle ne sente sa main jouer dans le creux de ses reins, sous son tee-shirt. Il se pencha vers elle et son souffle brûlant balaya sa tempe.
"Tu sais que je connais un excellent remède contre la gueule de bois ?", fit-il. Ses doigts jouant à l'intérieur de sa cuisse.
"Hors de question. Je te déteste !", rappela-t-elle. Butée. Pourtant, elle ne put réprimer un frisson de la parcourir.
"Ce n'est pas ce que tu disais la nuit dernière...", assura-t-il.
Son index glissa en elle. Facilement. Elle était déjà trempée. Elle s'arqua aussitôt. Elle secoua la tête.
"Je te déteste !", répéta-t-elle, furieuse de céder si facilement.
Mais déjà, ses lèvres embrassaient son cou. Déjà, elle gémissait fortement. Déjà, elle agrippait ses cheveux d'or.
Déjà, elle lui murmurait qu'elle l'aimait. À la folie.
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Alice examina une dernière fois les deux croquis avant de les glisser dans l'enveloppe blanche. Et de cacheter rapidement celle-ci. Elle y colla un timbre et écrivit l'adresse d'Emilia d'une main tremblante. L'encre bava un peu sur le A et le numéro de la rue, lui arrachant une moue. Puis, elle tourna l'enveloppe entre ses doigts. Elle ne pouvait pas croire que son avenir ne tenait qu'à ça. Deux croquis dans une enveloppe. Ça paraissait ridicule.
Elle les avait montrés à Jasper et à Mrs Harrison, à la recherche d'avis critiques. Mais elle doutait que ces derniers fussent neutres. Elle était en tout cas restée sceptique face à leurs exclamations enthousiastes. Elle soupira, saisit son sac et sortit dans la fraîcheur matinale. La poste n'était qu'à deux rues de l'appartement de Jasper. Leur appartement, se reprit-elle aussitôt.
Selon une habitude bien établie, protectrice, elle ne se projetait plus dans l'avenir. Pourtant, lorsqu'elle glissa la fine enveloppe dans la boîte aux lettres, elle ne put s'empêcher de s'imaginer qu'est-ce qu'elle deviendrait si Tanya et Félix appréciaient leurs tenues. Et si ces dernières avaient le succès escompté lors des prochains galas et championnats. Et si le couple se qualifiait, comme l'affirmait Emilia, pour les Jeux Olympiques, à Vancouver. Elle secoua légèrement la tête. Trop de si. Beaucoup trop. Et beaucoup trop dangereux de supposer ainsi ce qui pouvait se cacher derrière ces derniers.
Son téléphone vibra dans son sac et elle serra les poings, s'immobilisant au beau milieu de la rue. S'empêchant de répondre. C'était plus difficile de jour en jour. Au fur et à mesure que sa vie changeait. Au fur et à mesure qu'elle apprenait à aimer cette nouvelle vie. C'était plus difficile.
Elle soupira et, regardant sa montre, décida de passer au bureau de Jasper. Elle bifurqua à la troisième rue à droite et tomba sur l'imposant immeuble gris clair. Elle pénétra dans le hall, salua l'hôtesse qui désormais la connaissait, et s'engouffra dans l'ascenseur. Les cinq étages la séparant de Jasper lui parurent infinis dans la petite cabine étouffante. Lorsque les portes coulissantes s'ouvrirent, elle se précipita à l'extérieur. Elle s'avança dans le petit hall, et Sarah, la secrétaire de Jasper l'aperçut. Elle lui fit signe de la main en lui souriant et lui indiqua que Jasper était libre. Alice la remercia d'un sourire et poussa la porte du petit bureau. Jasper releva les yeux de son ordinateur et lui sourit.
"Bonjour, fit-il en se levant pour venir à sa rencontre.
- Bonjour, répondit-elle en se hissant sur la pointe des pieds pour l'embrasser.
- Tu dormais encore quand je suis parti, souffla-t-il contre ses lèvres. Que fais-tu ici ?
- Je passais juste te voir quelques minutes... Je viens de poster mes croquis."
Il sourit, enlaçant ses hanches.
"Je suis sûr qu'ils vont tous adorer !", assura-t-il, enthousiaste.
Elle acquiesça, moins convaincue.
"J'ai eu Rose au téléphone, enchaîna-t-il. Elle propose qu'on aille chez elle vendredi soir."
Alice ne put s'empêcher de grimacer au souvenir de la soirée de la semaine passée, avec ladite Rose.
"Je te promets que je serais là pour te protéger si elle veut te forcer à boire... Quoique...", ricana-t-il.
Elle frappa son bras en riant.
"Tu es insupportable avec cette histoire, Jazz !", s'exclama-t-elle.
Son rire fut interrompu par une nouvelle vibration dans son sac. Elle se raidit. Au regard que lui lança Jasper, elle sut qu'il avait entendu aussi.
"Alice...", murmura-t-il doucement.
Elle secoua la tête.
"Je sais, Jazz...Je..."
Sa voix se brisa, l'empêchant de continuer. Que dire, de toute façon ? Jasper l'attira à lui et la serra dans ses bras. Elle soupira, avant d'inspirer son odeur. Apaisante. Toujours.
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Alice soupira en terminant un nouveau croquis pour Tanya. Elle le rangea ensuite dans la pochette destinée à ce couple. Avec un petit sourire satisfait, elle observa les innombrables chemises cartonnées à ses côtés. Toutes de différentes couleurs pour qu'elle puisse mieux s'y retrouver. Les tenues de Tanya et Félix avaient fait un carton, dès leur premier gala, quatre mois auparavant. Depuis, les commandes ne cessaient d'affluer. Du monde entier. Tant de travail la rendait parfois complètement hystérique. Mais la plupart du temps, elle adorait ça.
Elle avait été obligée de quitter son poste de serveuse, mais passait de nombreuses soirées au Concho avec Jasper. À discuter des peines de cœur de Jane. À deviser avec Caïus et Marcus. Et même à échanger quelques mots avec Heidi. Contre toute attente. Rosalie les avait aussi accompagnés quelques fois. Mais l'endroit n'était pas assez bruyant et moderne pour elle. Il était vrai qu'elle jurait assez dans le décor.
Pour le plaisir, elle relança la vidéo de Tanya et Félix lors de leur dernier gala. Admirant leur technique et leur complémentarité parfaites. Et leurs tenues magnifiques. Emilia avait raison. Ils avaient sûrement de grandes chances pour les Jeux. En tout cas, elle ne ratait plus aucune de leurs prestations. Un coup de klaxon la fit sursauter, et elle se leva d'un bond. Elle saisit son sac, jeta ses patins sur son épaule et sortit en coup de vent, fermant la porte derrière elle. Elle dévala les deux étages en courant et s'engouffra dans l'Audi de Jasper.
Elle se pencha pour déposer un baiser sur ses lèvres et il démarra. Un quart d'heure plus tard, ils arrivaient. Alice courut presque jusqu'à l'entrée de la patinoire, Jasper sur les talons. Ils venaient ici plusieurs fois par semaine, désormais. La peur et les mauvais souvenirs avaient totalement disparu. Ne restait que le plaisir.
Elle enfila rapidement ses patins et attendit Jasper avec impatience. Enfin, ils s'élancèrent sur la glace. Elle en aurait hurlé de joie. À chaque fois. La main de Jasper vint enlacer sa taille et ils patinèrent de concert durant de longues minutes. Exaltantes. Avant qu'il ne l'entraîne dans une pirouette étourdissante. Elle riait encore lorsqu'ils s'immobilisèrent.
"Alice...
- Hummmm ?
- Tu sais que c'est bientôt Noël ?
- Jazz, ne recommence pas avec ça ! Je t'ai déjà dit que je ne savais absolument pas ce que je voulais !, rit-elle.
- Alice, j'ai déjà trouvé ton cadeau..."
Il effleura son front du bout des doigts, replaçant une de ses mèches brunes derrière son oreille. Elle fronça les sourcils. Il paraissait nerveux. Et elle ne put s'empêcher de lui trouver un petit air coupable.
"Et ?, demanda-t-elle.
- Et, promets-moi que tu ne vas pas te mettre à hurler...
- Ai-je des raisons de hurler ?, fit-elle, méfiante.
- Sûrement..
- D'accord. Je promets.
- J'ai acheté deux billets d'avion.
- Pour où ?, questionna-t-elle, le coeur battant.
- Seattle."
Elle se mordit la lèvre pour ne pas hurler. Effectivement, il aurait s'agit de sa réaction première. Ses genoux se mirent à trembler dangereusement et Jasper dut raffermir sa prise sur elle pour ne pas qu'elle s'effondrât.
"Jazz, je ne peux pas aller là-bas !
- Bien sûr que si, Alice ! Tu as décroché un job en or. Tu patines à nouveau. Tu as tenu tête à James. Il n'y a plus que ça. Il ne te reste plus que ça ! Alice, il est temps de revoir ta famille."
Elle secoua la tête.
"Ce sera beaucoup trop dur.
- Je sais. C'est pour ça que ça vient en dernier..."
Elle pinça les lèvres et ferma les yeux, s'agrippant à ses bras pour se rassurer.
"Alice, de quoi as-tu peur ?", murmura-t-il.
Elle tressaillit. C'était ce qu'il avait dit lorsqu'il l'avait amenée à cette patinoire pour la première fois.
Et elle avait patiné à nouveau.
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D'une main tremblante, elle indiqua à Jasper la route boueuse menant à la maison de son enfance.
"Ça va aller, Alice..., affirma ce dernier, rassurant.
- Mais ils ne savent même pas que nous venons !
- Ça va aller.", répéta-t-il.
Elle se mordit la lèvre inférieure et tritura ses mains moites l'une contre l'autre. Jasper s'engagea dans l'allée boueuse et chaque mètre parcouru lui parut une torture. L'emplissant d'une pression et d'une terreur bientôt insupportables. Elle se retint de hurler. Jasper s'arrêta bientôt, et coupa le moteur de la petite voiture de location.
Elle leva les yeux et détailla la façade de la maison. Inchangée. Mais après tout, elle n'était pas partie depuis si longtemps que ça... Ça lui semblait pourtant une éternité. Une autre vie. Si différente. Si chaotique.
La main de Jasper pressa la sienne, et elle descendit de la voiture en même temps que lui, calant ses pas sur les siens. S'empêchant de penser. Ils parvinrent au perron et elle fut prise d'une vague de panique. Elle leva les yeux vers Jasper.
"Alice ?", s'enquit-il.
Elle inspira profondément. Tapant légèrement du pied sur le sol et refoulant ses larmes.
"Vas-y.", fit-elle d'une petite voix. À peine audible. Une voix de petite fille. Terrifiée. "Vite !". Avant qu'elle ne changeât d'avis.
Et il appuya sur la sonnette. Elle fit un pas en arrière en entendant des pas s'approcher de la porte. En proie à une vague de nausées. Mais la main de Jasper la maintint à ses côtés. La porte s'ouvrit et elle se mordit la lèvre jusqu'au sang. Les larmes roulèrent sur ses joues, floutant l'image parfaite de sa mère. Ses boucles caramels. Ses yeux doux. Son sourire aimable qui se figea en l'apercevant. À moitié dissimulée derrière la haute stature de Jasper.
"Alice ?", s'étrangla-t-elle.
Jasper la poussa légèrement et sa mère ouvrit aussitôt les bras, l'emprisonnant dans leur douce étreinte.
Et ce fut comme si elle n'était jamais partie.
Jamais.
