Chapitre 2 : La rencontre.
Écrasant mon shinai sur la tête de mon adversaire, celui-ci s'affala sur le sol. Me redressant pour fêter ma 200° victoire, j'évitai un coup visant ma tête tout en envoyant mon sabre dans l'abdomen de mon assaillant, puis un troisième et un quatrième arrivèrent, puis ce fût tout le dojo qui se jeta sur moi.
« Sensei, cria un élève dans la mêlée, ça y est on l'a eu.
-Vous en êtes sûr ? demanda-t-il.
-Oui, répondirent les élèves en cœur.
-Moi je ne crois pas, répondit-il.
-Je suis du même avis que vous maître, dis-je. »
Aussitôt les élèves levèrent la tête vers l'endroit où je me trouvais et ils se mirent en position pour me rosser dés que j'aurai mis pieds à terre. Demandant au maître si je pouvais m'en occuper, celui-ci me répondit que je ne devais pas trop les amocher, promesse que je fis en souriant... diaboliquement.
_
Sortant du dojo après avoir soigné les petites frappes, je me fis interpeler par le sensei, celui-ci me demanda d'aller à la colline du loup ce soir. Lui répondant que j'y serai, je tournai les talons et partie vers la forêt perdue dans mes pensées.
« Hé, tu n'entends pas où tu vas ? »
Drôle d'expression non ? Pourtant, celle-ci est courante pour moi, puisque je suis aveugle depuis 7ans. Je me souviens parfaitement de cette journée là :
Alors que je rentrais d'une balade en forêt, je vis de la fumée venir du village, aussitôt je pensai à la douce odeur d'une tarte aux mûres toute chaude... Mais à la place je sentis l'odeur âcre du chèvrefeuille brulé, courant aussi vite que mes petites jambes de 5ans me le permettent, je fonçai à la maison où un spectacle d'horreur avait lieu : des corps entremêlés avaient le visage figé dans un rictus de douleurs, de-ci et là des débris d'épées, d'arcs, de vaisselle, de porte, de fenêtre jonchaient le sol.
Tétanisée je réfléchis à toute vitesse pour me rappeler quel est le seul fléau capable d'un tel sinistre, je m'aventura à l'intérieur de ma maison, qui avait été moins saccagé que l'extérieur, pour récupérer mon arc et mes flèches et je partie à la chasse aux pirates. Je savais qu'ils étaient encore sur l'île puisque leur bateau était visible et j'entendis des bruits de combats venant du village. Prenant le reste de mon courage à deux mains, j'entrepris d'inspecter les environs, tout en cherchant mes parents...
Soudain un hurlement strident me fit faire un gigantesque bond, me cachant derrière un pan de mur, j'entendis des voix dont celle de ma mère. Avançant à pas de loup, je me faufilai dans la direction des voix et découvris avec effarement que la grange était en feu et que de l'arrière-cour il n'en restait qu'une petite parcelle où se trouvaient mes parents et une dizaine de pirates.
« Où se trouve le trésor ? Demanda un pirate, qui était visiblement le capitaine.
-Il n'y a jamais eu ce genre de trésor ici, répondit mon père d'une voix roque.
-Ne cherche pas à nous mentir, lâcha un pirate en giflant mon père.
-Chef, cria un pirate, nous avons trouvé un escalier caché sous un tapis.
*Ils ont trouvé l'escalier ? Oh non, ils vont trouver la cachette.*
-Parfait allez-y et prenez tout ce qui a de la valeur, lança le chef à six de ses hommes.
-Vous ne trouverez rien d'intéressant, murmura ma mère dans un râle.
-Toi la ferme, cria l'un des voleurs, qui frappa ma mère au visage en lui arrachant un cri.
-Leïla, pleura mon père en tenant ma mère dans ses bras. Ça va mon amour ?
-Oh est Mia ? Murmura-elle.
-Elle doit être à l'abri dans la forêt, répondit-il.
-Tant mieux, je n'aurai pas voulu, qu'elle nous voit dans cet état là... dit-elle en laissant sa tête basculer vers le sol.
-Oh tout cet amour me donne envie de... vomir, déclara le capitaine en crachant sur le corps de ma maman.
-Leïla, sanglota mon père.
-Hahahahahahahahaha, se moqua l'équipage en pointant du doigt mon père.
-Leïla, hurla mon père en déposant le corps de ma mère parterre et en fonçant vers le capitaine en brandissant le poing.
-Tu n'aurais jamais dû faire ça, siffla le capitaine en faisant un signe à un de ses hommes. »
La suite je vous laisse deviner : le sbire sortit un pistolet et tira à trois reprises, une dans le cœur et une autre dans la tête de mon père, sa troisième balle partie se loger dans la tête de ma maman.
Comme tous enfants qui verraient ses parents tués sous ses yeux, je pleurai en courant vers mes parents, oubliant la maison saccagée, oubliant la morsure des flammes, oubliant le village en ruine, oubliant les pirates... Lorsque j'arrivai à portée de tris des pirates, je décochai deux flèches tout en courant, une vers le capitaine qui l'évita facilement et une autre en direction du bourreau de mon père qui se pencha pour ne pas se la prendre. Me jetant sur les corps de mes parents, je pleurai toutes les larmes de mon corps, tout en lançant une flopée de jurons que mon vocabulaire me le permettait :
« Espèce de gros phoque qui pue du bec, hurlai-je.
-Oui ? Répondit le capitaine en m'offrant un large sourire édenté.
-J'espère que tu te cogneras les pieds dans un meuble, grondai-je en martelant de mes petits poings le ventre énorme du pirate.
-Elle me gonfle cette gosse... dit le capitaine en regardant le soleil.
-Évitez de regarder le ciel chef, cria un pirate, c'est l'éclipse.
-Excellente idée mon cher, répliqua le capitaine. Gamine, dit-il en m'attrapant les cheveux, dis-moi où est le trésor ?
-Va voir à Marie-Joie si j'y suis.
-J'irai voir si tu veux, dit-il en faisant tourner ma tête vers les corps de mes parents, je ne pense pas que tu veuille être comme eux... Alors, dis-moi où se trouve le pendentif de Zeïka, à moins que tu préfère avoir les yeux bruler par l'éclipse ?
-Papa maman, sanglotais-je puis me tournant vers le pirate, je lui crachai au visage... sauf que mon cracha atterrit sur mes genoux.
-Hahahaha, ria le pirate, ce que tu peux être débile ma pauvre petite.
-Jamais je vous dirais où se trouve le pendentif, rageais-je larmoyante.
-Ah oui ? Interrogea-il en faisant pencher ma tête vers le ciel.
-Plutôt devenir aveugle que vous le dire, lâchai-je en regardant le soleil qui commençait à être éclipsé.
-Oh oh, messieurs voilà une jeune fille courageuse : elle ne veut pas nous dire où se trouve le pendentif, malgré la mort de ses parents et malgré le fait qu'elle va bientôt perdre la vue.
-Je n'ai plus rien à perdre maintenant que vous m'avez tout pris...
-Non, on ne t'a pas tout pris, coupa un pirate, on cherche toujours le pendentif.
-Ah je ne vous l'ai pas dit ? Demandai-je en baissant les yeux vers le pirate.
-Quoi ? Lança le groupe de forbans.
-Je ne sais pas de quel pendentif vous parlez, répondais-je en souriant malicieusement.
-Arrête de mentir sale gamine sinon... »
Sa phrase se perdit dans le fracas de la maison. Alors qu'on m'interrogeait, le reste de l'équipage était sorti de la maison pour échapper à la fournaise des flammes. Malheureusement, lors de l'effondrement de la maison aucun pirate n'était à l'intérieur.
De rage de ne pas avoir de réponse, le capitaine me fit regarder l'éclipse : si vous avez déjà regardé le soleil directement, vous n'aviez pas l'impression d'avoir l'intérieur des yeux en feu et un mal de crâne ? Pour moi c'était la même chose mes yeux étaient comme une feuille de papier devant laquelle on avait mit une loupe dirigée vers le soleil et je ne vous parle pas du mal de tête. Mais le pire je pense que c'était le fait de ne pas pouvoir fermer les yeux, car pour bien s'assurer que je regarde bien le soleil, un pirate eut la merveilleuse idée de me tenir les paupières ouvertes. Ajoutant à cela le fait que les pirates me demandaient sans cesse où était le pendentif, alors que j'hurlais de douleur...
A mon réveil le noir total, je m'assoie et frotta mes yeux sans résultats. Sur ma gauche, une voix de femme dit à un docteur que j'étais réveillée, il y eu du bruit et une voix d'homme me dit qu'il était le docteur Natsic et que j'étais au dojo du village. Je lui demandai ce que je faisais ici, où étaient les pirates et pourquoi je ne voyais que du noir, le médecin me répondit qu'il faillait que je me rallonge, car son histoire était longue.
« Pour ce qui est des pirates, ne t'en préoccupe plus, des marines sont arrivés et ils ont combattu les pirates, quelques-uns ont pu s'échapper, mais ils ne sont plus ici. Tu es arrivée ici, grâce à une marine qui avait vu des flammes venant de ta maison, elle t'a trouvé dans l'arrière court, près du corps de tes parents, inconsciente...
-Et mes parents ? Demandai-je avec empressement, où ils sont ?
-Je suis désolé ma petite, mais tes parents sont morts, nous les avons enterrés au cimetière.
-Non vous mentez, je veux voir mon papa et ma maman ils ne sont pas morts, criai-je en m'extirpant du lit.
-Ola, pas si vite jeune fille, dit le médecin en m'attrapant par la taille.
-PAPA MAMAN, hurlai-je.
-Infirmière un calmant vite ! lança le docteur. »
Je ne me souviens pas trop de la suite, j'ai senti une piqure au bras gauche et après plus rien.
Quelques années plus tard, j'appris à me déplacer seule dans la cour interne du dojo, qui était devenu ma maison. Sans l'aide de canne et de toute aide extérieur, je me déplaçais en utilisant un seul sens : l'ouïe me permit de savoir quelle est la distance entre moi et un mur par exemple, elle me permet aussi de savoir quelle heure il est : à 14 heures c'est le cours de kendo, car j'entends les pas des élèves qui sont sourds et rapides, lorsqu'on est mercredi à neuf heures c'est le docteur Natsic qui est là je le sais, car son pas est nonchalant et très lourd du fait de sa corpulence. À toutes heures un pas léger et rythmé m'indique que la personne qui passe est la femme du maître du dojo, elle fût ravie de m'accueillir puisqu'elle ne peut pas faire d'enfants, la seule personne que je n'entends jamais c'est le maître du dojo et pourtant il se balade dans le dojo (le seul moment où je sais qu'il est là c'est quand il va en ville, car il met un parfum entêtent.)
Un jour alors que j'accompagnais ma mère au marché, celle-ci me décrivit tout ce qu'elle voyait comme la couleur des fruits, la forme des légumes, qui sont les marchands... Lorsque nous rentrions, ma mère me dirigea dans une ruelle en accélérant le pas. Lui demandant pourquoi elle était pressée, ma mère me répondit qu'elle avait vu un groupe de casseur de dojo et qu'ils allaient bientôt affronter mon père. Soudain elle stoppa et demanda à ce qu'on nous laisse passer, une voix d'homme répondit que non qu'il faudra passer ailleurs. Faisant demi-tour, nous repartîmes mais l'un des hommes ordonna à un autre de faire son travail, un pas de course et le bruit d'un shinai m'alerta et je vis le sabre s'abattre sur mon épaule et l'esquiva. Enfin « je vis » est bien un grand mot, en fait je crois avoir senti l'air précédant le sabre.
Ma mère dégaina son bokken et s'élançant vers nos attaquants, mais après avoir échangé quels coups, elle se fit désarmer, lui demandant si elle allait bien, elle me répondit sur ma gauche, j'entendis une chaîne à ma droite et un shinai que l'on faisait sauter dans sa main devant moi. Soudain la chaîne tournoya et les maillons claquèrent en faisant une courbe dans mon dos. Alors que la chaîne allait m'atteindre, l'homme au shinai se mit courir vers moi... Saisissant la chaîne de la main gauche, je tirai un coup sec dessus et celui qui la manipulait décolla vers moi, ou plutôt en direction du sabreur, qui le percuta de pleins fouets. Lâchant la chaîne, je me précipitai vers ma mère pour lui porter secours, mais j'entendis un sifflement caractéristique d'une lame droite dans mon dos, je déviai le bras et envoya un coup de pied dans l'abdomen de mon assaillant, puis je l'assommais du tranchant de la main. À peine il eut touché le sol, que ses compagnons foncèrent sur moi, ma mère hurla quelque chose, mais le tumulte du groupe m'empêcha de l'écouter. Au total six hommes me faisaient face, ils étaient tous à mains nus.
Lorsque je fus à leurs portés ils sautèrent et j'eus le réflexe de m'accroupir, deux d'entre eux s'assommèrent. Les autres firent volte-face et comme j'étais à bout de bras, ils tendirent les poings vers moi, pratiquement instantanément je sautai et mes deux pieds se perdirent dans un visage. Pour me rétablir je fis un saut périlleux arrière sur ce même visage, mais une main agrippa mon bras et m'entraîna face contre terre. Grondant et pestant, je roulai sur moi et envoya ma jambe dans le vide où elle rencontra quelque chose de mou, aussitôt des voix demandèrent à leur chef si cela allait bien. Profitant de leur inattention je me releva rapidement et me mis en position défensive entre ma mère et le groupe d'hommes, d'où une voix essoufflée s'éleva pour dire que le reste du groupe ne ferait pas le poids face à moi, un bruit de pas m'indiqua que les hommes fuyaient en courant. Une main se posa sur mon épaule me faisant tressaillir, ma mère me dit qu'elle était fière de moi et elle ajouta que mon père le sera certainement aussi.
En rentrant à la maison, ma mère partie voir mon père et je partis me doucher. Après m'être changée, je descendis pour cuisiner ce que nous avions pris au marché ce soir se sera soupe miso et canard laqué à la mangue. À peine j'avais mis un pied dans la cuisine qu'un couteau de cuisine me frôla la joue, j'en esquivai un second et avant qu'un troisième soit lancé, je m'exclamai :
« Mais qu'es-ce que tu fais papa ?
-Je n'aurai jamais pensé que tu les aurais esquivés, dit-il calmement.
-Mais qu'es-ce qui te prend de me balancer des couteaux de cuisine à la figure ?
- Je ne sais pas j'avais envie.
-Maman, papa est devenu fou, dis-je en tournant la tête vers ma mère qui était entrée dans la cuisine.
-Tu vois je t'avais dit qu'elle les éviterait, dit-elle à son mari.
-Tu avais raison, répondit-il.
-Tu pense qu'elle est prête ? Demanda ma mère.
-Non, c'est trop tôt, répliqua t-il.
-Je peux savoir de quoi vous parlez ? Demandai-je.
-De quelque chose que tu sauras plus tard, dit ma mère, viens on va aller préparer le dîner. »
Malgré mes demandes, mes parents refusèrent de me le dire.
Éternuant, je me redis compte que le jour se couchait et que j'allais être en retard à mon rendez-vous. Prenant le chemin de la colline du loup, je me rappelai qu'un jour Leïla, ma vraie mère, m'y avait emmené et elle m'avait monté un arbre, un saule pleureur, je crois. Elle avait ajouté qu'il y avait quelque chose au pied de l'arbre que je devais protéger si quelque chose de grave se passait sur l'île, je ne sais pas pourquoi je ne suis pas allée le chercher plus tôt... Comme j'avais du temps devant moi, je partis à la recherche de cet arbre, je le trouvai au bord d'un ruisseau. Alors que j'allais inspecter le tronc je butai contre une petite bosse que je n'avais pas décelé, pour ne pas rebuter dedans je voulue l'aplanir, mais en écrasant la terre j'entendis un caillou crisser contre du métal. Interloquée je creusai dans le sol pour découvrir une boite de fer que j'ouvris avec difficulté, à l'intérieur je ne trouvai qu'un pendentif dans un écrin de soie. Fermant la boite, car cela me m'appartenais pas, je sentis en relief de la peinture formant des mots sur le couvercle, suivant les courbes des lettres je déchiffrai les mots « Pour Mia ».
*Qui pouvait m'offrir ce pendentif ?*
La réponse se trouva sur le fond de la boite « De maman et papa. » Ne comprenant pas je décidai de mettre le pendentif, que je glissai sous mon tee-shirt, pour faire plaisir à mon père, garder la boite avec moi et je me hâtai vers la colline du loup, car ce coup-ci j'étais vraiment en retard.
Arrivée au lieu de rendez-vous, je m'assis sur l'un des bancs, mais l'un des arbres eus un drôle de mouvement : il bougeait alors que la forêt était calme. L'arbre vacillait de plus en plus et au bout d'un moment il chuta, au début je crus qu'il tombait à mon opposé, mais une puissante rafle de vent le fit basculer vers moi. Je ne sais pas pourquoi, mais mon corps refusait de bouger, l'arbre comblait rapidement d'écart entre nous et tout à coup le pendentif qui était contre ma peau, se mit à me brûler. Voulant l'arracher, je me sentis aspirer dans un autre monde où j'eus le réflexe de toute personne, j'ouvris les yeux et en face de moi je vis de mes propres yeux une démone face à moi. Ouvrant ses yeux celle-ci me demanda :
« Qui es-tu ? »
