Chapitre5: L'archipel des saisons.
« C'est l'océan ?
-Tout à fait, me répondit mon barreur.
-Mais c'est si immense et si vide, m'exclamai-je.
-Tu croyais que c'était quoi ? Un grand fleuve ? Dit-il en me taquinant.
-Pfff et toi tu sais correctement naviguer ? Répliquai-je en le rejoignant à la poupe.
-Bien sûr, qu'est-ce que tu crois ? Dit-il en me posant la boussole dans ma main.
-Avec une boussole qui ne marche pas ? Demandai-je septique.
-Bien sûr qu'elle marche …
-Elle n'arrête pas de bouger dans tous les sens depuis tout à l'heure, coupai-je. Pour naviguer sur ses mers on doit utiliser un log pose, tu le sais au moins ?
-Ben euh oui en quelque sorte…
-Et là on va où ? Questionnai-je.
-Euh ben… Aucune idée, dit-il piteusement. Je voulais aller à l'archipel des saisons. C'est censé être là où le roi des mers, qui a été le premier vrai adversaire des invisibles…
-Sauf que là on met le cap vers le tourbillon, laisse-moi prendre la barre. Tu as l'air aussi doué en navigation, que moi au tic à l'arc. »
Malgré les protestations de Kinan, je pris la barre et virai de bord en prenant le vent de trois-quart, en direction de l'archipel. Le jeune homme parti bouder dans la cabine et quelques minutes tard, une odeur de lait chaud et de pain s'en dégagea.
Ce que le voleur ne savait pas, c'est que moi non plus je ne savais pas où nous nous dirigeons, c'était Zeïka qui me guidait. Avant de partir lire dans la forêt, la démone m'avait conseillée de briser le miroir et d'en prendre un morceau, afin de toujours rester en contact télépathique lorsque je suis éveillée. Me faisant rectifier le cap, Zeïka me raconta tout ce qu'elle savait de l'archipel, que chaque île avait une saison et que tous les trois mois, elles changent toutes ensemble de saison. De temps à autre, les habitants créaient des pontons pour que toutes les îles se rejoignent, afin de faire la fête et durant ces fêtes, chaque île apporte sa touche à la fête.
Avant qu'elle ne poursuive, je lui demandai pourquoi elle me parlait autant, elle émit un petit ricanement et me dis qu'elle s'ennuyait ferme dans mon corps, elle me demanda pourquoi je n'avais pas empoigné le pendentif lorsque Kinan avait fait sa visite nocturne ou lorsque mon père était à notre poursuite. Je lui répondis que lors de la visite de Kinan, j'étais sûre de le maîtriser, mais que pour mon père vu que j'étais sur le dos du jeune homme je ne voulais pas le déstabiliser ou tomber. Mon interlocutrice se moqua de moi et me conseilla de partir plus vers le large, car il y avait quelques récifs à tribord.
Kinan me remonta un verre de lait et un morceau de pain, puis il me conseilla de prendre du repos, car j'avais tenu la barre pendant plus de quatre heures. Il prit la relève et il me rassura en me disant qu'il avait vu l'archipel au loin. Un ronflement sonore retentit à la proue, Kinan se mit à rire et me dit qu'apparemment Zirkon ne percevait aucun danger. Je lui demandai de me décrire le lever de soleil, celui-ci me le décrivit comme je l'avais toujours imaginé…
« Mia, réveilles-toi, on n'est pas loin d'arriver. »
Je sursautai et me cognai au plafond de la cabine, fis un brin de toilette et je rejoignais mon camarade de route.
« Tu t'es assez reposée ? S'inquiéta-t-il.
-Comme un bébé et toi tu tiens le coup ?
-Je sais que tu t'es vite endormi, j'étais en train de te décrire le soleil.
-Oups, désolée, répondis je en passant une main dans les cheveux.
-Ce n'est pas grave, mais cela va faire deux heures qu'un bateau à changer de cap et vient vers nous.
-C'est quoi son pavillon ? Questionnai-je, en prenant la barre.
-Pavillon noir, avec un crane et des baguettes chinoises, me lança-t-il depuis le nid-de-pie.
-Comment tu as fait pour grimper aussi vite ?
-Comme ça, dit-il. »
Il se jeta du haut de la vigie et en se postant face à moi, il joignit deux de ses doigts et se réapparut en haut de la vigie.
« Tu fais comme mon père, m'exclamai-je.
-Ton père fait partie du clan du Loup ?
-Je n'en sais rien du tout (Zeïka voulue savoir à quelle distance se trouvait le bateau pirate) Les pirates sont proches ou loin de nous ?
-Assez loin, pourquoi ?
-Pour sav… Aïeuh !
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Je ne sais pas un truc vient d'atterrir sur ma tête.
-Nouveau bateau, livraison gratuite. Merci de vous abonner la prochaine fois au journal, lança une voix au-dessus du voilier.
-Hein ? C'est quoi sa ?
-Ce n'est rien, répondit Kinan en descendant de la vigie et en prenant le journal. C'est juste la mouette-factrice, sur laquelle on a mis un escargo-gistreur pour les nouveaux bateaux.
-Et ça va nous servir à quoi ?
-Ben si tu veux, on peut savoir ce qui se passe dans le monde entier et savoir quelles sont les nouvelles têtes mises à prix. Oh, mais…
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Ça te dit qu'on se fasse un pirate ?
-Désolée je ne mange pas ce type de choses.
-Mais non, le bateau pirate qui vient vers nous à son capitaine, qui a une prime de 200000 Berris, expliqua-t-il.
-C'est vrai que c'est intéressant et que son équipage est petit, mais ils ont l'air coriaces. Environ une petite cinquantaine, lui dis-je en lui transmettent les sensations que je ressentais.
-C'est ce que j'allais dire, voilà ton sabre, dit-il en me le tendant. Je te transmettrais la suite par morse. »
Alors que j'acquiesçais, l'un des pirates héla et un autre nous demanda combien on voulait pour notre chien. Kinan demanda pour quelle raison, tandis que Zirkon s'étira et s'assit, comme s'il savait qu'on parlait de lui.
*Mais non, c'est un stupide animal.
-Tiens, il y avait longtemps, que je ne t'avais pas entendu et pour information Zirkon nous a protégés, alors qu'on fuyait mon père.
-Mais, quel gentil toutou, ironisa-t-elle.
-Pff, soufflai-je, en sentant Kinan me parler en morse.
-Qu'es-tce qu'il veut ?
-Que je me prépare à me battre.
-Dis ? Dis ? Dis ? Je peux me battre à ta place ? Demanda-t-elle surexcitée, en faisant chauffer le pendentif.
-Si tu me rends mon corps en bon état et que tu ne t'attaques pas à Kinan, oui.
-Ne t'inquiète pas, je ne vais pas le toucher à ton amoureux, dit-elle.
-Mais euh ! Ce n'est pas mon chéri, répliquai-je rougissante. Prépares-toi ça va être ton tour.*
L'instant d'après Kinan me tapota de dégainer mon arme, puis il cria quelque chose et Zirkon sauta sur le bateau. Pour ma part je frôlai le pendentif…
Enfin quel plaisir de passer un sabre au travers d'un corps, d'entendre le craquement des os ainsi que le râle d'agonie. Très vite j'atteignis le quota de la vingtaine de personnes, que mon humaine et l'autre c'étaient fixés, je cherchai des yeux le capitaine de ce rafiot, pendant que le semblant de Keiko se débattait avec ses adversaires. Rythme cardiaque élevé, respiration saccadée, pas plus ou moins furtifs… L'enflure, il essaye de fuir en prenant le bateau de l'autre, alors que son équipage est à moitié massacré, discrètement je regagnai le voilier et le retrouva en train d'essayer de défaire le nœud marin de l'aveugle.
Silencieuse comme un chat, je me coulai dans l'ombre, entra dans une cabine et me posta dans son dos avec une corde, alors qu'il venait juste de défaire un nœud. À peine il eut senti ma présence, qu'il se retrouva ligoté et bâillonné, l'autre m'appela ou plutôt il appela l'aveugle, je lui répondis que j'étais sur son bateau. Il me demanda où j'en étais avec ma moitié d'équipage, je lui répliquai sèchement que je les avais finis depuis un moment et que j'avais capturé le capitaine, impressionné il me rejoignit sur le voilier, pour voir de ses propres yeux.
« Belle prise, me dit-il en me donnant un petit coup dans l'épaule.
-Pfff c'était trop facile. Tu as trouvé quelque chose d'intéressant ?
-Non, rien de particulier…
-Faux tu mens, coupai-je. Tu as les poches remplies et ça se voit.
-Ben, j'ai trouvé quelques provisions, une carte marine, des Berris, des armes et un log pose.
-Prends l'argent, la carte et le log pose, ordonnai-je. On leur laisse les provisions, les armes, pour qu'ils puissent arriver à la première île venue.
-Oui chef, bien chef, dit-il en faisant un salut à la marine.
-Si tu fais encore une fois ce petit salut à la con, grondai-je, en le plaquant contre le mât du voilier. Je te tue.
-Mi… Mia pourquoi tu as les yeux ouverts ?
-Parce que tu crois que c'est elle qui est en face de toi ? Pauvre humain stupide.
-Tu… Tu… Tu es Zeïka ? Balbutia-t-il.
-Oui c'est moi gamin, ne t'inquiète pas l'aveugle est toujours là, mais c'est moi qui contrôle le corps. Comme elle est mon hôte et qu'elle t'apprécie, je te laisse en vie, mais si à un moment tu penses à la trahir, rassures-toi que tu vas mourir de sa main. Un conseil, ne fais pas comme l'autre avec ma sœur, expliquai-je.
-Ton hôte ? L'autre et ta sœur ? Expliques-toi ! Dit-il.
-Un jour peut-être, pour l'instant, je suis fatiguée, annonçai-je en rangeant le katana de l'aveugle. Dis à mon hôte que je serai indisponible tant que vous n'avez pas trouvé le troisième.
-Le troisième ? Mais de quoi tu parles ? »
Je n'ai pas pu lui donner d'indice, car je me sentais partir en arrière…
Petit à petit je repris conscience, avant que Kinan ne me secoue comme un cocotier. M'asseyant, je lui demandai ce qui s'était passé, rapidement il m'expliqua que Zeïka se trouvait dans mon corps et que grâce à elle, on allait toucher la récompense pour la capture du pirate. Je remarquai son air soucieux, mais ne dis rien, puis je lui demandai où était passé Zirkon et un ronflement me répondit, alors je voulus entrer en contact avec Zeïka, mais j'eus silence radio. Je questionnai Kinan pour savoir si la démone avait dit ou fait quelque chose, il me répondit simplement qu'elle serait indisponible tant qu'on n'aura pas trouvé le troisième, je lui demandai des explications, mais l'apprenti ninja partit attacher notre prise au mat, puis repris la barre sans un mot.
Quand nous fûmes aux abords de l'archipel, Kinan m'annonça qu'un panneau indiquait un poste de la marine, non loin de l'île. Il vira de bord et le vent nous poussa à vive allure vers le bâtiment qui nous intéressait. Arrivés à l'îlot de la marine, Kinan resta à bord, afin qu'on puisse aller à l'archipel après. Lorsque j'eus livré le pirate et touché la récompense, l'un des soldats me soufflait que sur l'archipel se trouvaient de nombreux pirates, mais ils étaient intouchables. Curieuse je lui demandai pour quelle raison, un de ses collègues me répondit que par accord avec le gouvernement mondial, cette archipel est régie par ses habitants et que les pirates ainsi que les marines sont obligés de cohabiter et donc ne doivent pas se battre dans l'archipel, terre et mer incluses.
Rapidement je fis le rapport avec ce que m'avait dit Zeïka, puis les saluant, je sortis rejoindre Kinan sur le voilier. Il me demandait pourquoi un poste de la marine se serait installé sur cet îlot, alors qu'un archipel se trouve à peine à quinze minutes en voile. Je lui expliquais ce que m'avait dit le marine avec quelques précisions de Zeïka, à la proue Zirkon bailla, je proposai au jeune homme de laisser le loup dans la cabine tant qu'on est sur l'île, le garçon me demanda la raison, je lui expliquai que cela ne se faisait pas de se balader avec un loup s'il n'est pas apprivoisé sur une île. Kinan me répondit que le loup n'était pas sauvage, je répliquai que s'il tenait à ce que l'animal vienne avec nous, il devrait avoir un collier et une laisse.
A ces mots, le canidé s'assit et regarda Kinan en poussant des couinements, en revanche je proposai de dormir au bateau, comme sa le loup pourra sortir la nuit et on fera cela à chaque escale. Cette proposition semblait plaire au loup, puisqu'il s'étira et partit s'installer sur les lits dans la cabine. Le jeune voleur soupira en disant qu'il ne lui manquait plus que la parole, soudain je compris ce que voulut dire Zeïka et je fis répéter au garçon :
« Il ne lui manque plus que la parole.
-Oui et ? Demandai-je.
-Et quoi ? C'est tout, s'exclama-t-il.
-Il y a Keiko le ninja, Akïez/Zeïka les tueuses et Zelph …
- Celui qui comprend les animaux, murmurai-t-il en levant la tête vers moi.
-Tout à fait.
-Mais comment on pourra le ou la retrouver ?
-Je ne sais pas et Zeïka ne peut pas nous aider, répondis-je.
-Peut-être que Zirkon pourrait la pister, proposa-t-il.
-Va savoir, mais pas avant la nuit, lançai-je en voyant le loup s'agiter.
-Je le suivrai si tu veux, dit Kinan.
-Non, tu es trop repérable pour un ninja.
-Qu'est-ce que tu racontes ? Tu n'as jamais su que je t'observais.
-Dès qu'on s'est rencontré, je t'ai entendue et je t'ai surtout senti m'espionner, lui lançais-je.
-A bon ? S'étonna-t-il.
-Ben oui, je vais le suivre, tu dois être fatigué, tu as tenu la barre longtemps.
-Mais non, ça va, dit-il en étouffant un bâillement.
-Mais bien sûr que je vais te croire, je te laisse accoster au port et tu vas dormir, ordonnai-je.
-Oh non, je veux me dégourdir les jambes, on pourra aller se balader dans la ville basse pour voir les magasins.
-D'accord, mais dès que le jour commence à se coucher, on rentrera au bateau manger et permettre au loup de sortir ok ?
-C'est parfait, déclara-t-il. »
L'accostage se passa en douceur, à peine j'eus le temps d'amarrer le bateau que le jeune homme sauta sur le ponton pour s'étirer de tout son long. Un homme nous héla en nous demandant si nous avions fait une bonne route, lui répondant que oui, l'homme nous expliqua le fonctionnement de l'archipel :
« Ici, vous êtes sur l'île automnale, mais la saison en ce moment est le printemps. La spécialité de l'île est qu'elle est remplie de chercheurs, bibliothèques, ainsi que l'administration…
-Excusez-moi monsieur, coupa Kinan. Mais pourquoi vous nous parlez de l'archipel. Nous ne restons pas longtemps.
-Mais vous ne restez pas pour la fête ? C'est dans cinq jours et cela rassemble tout l'archipel.
-Bien sûr, nous restons, lançai-je. Mon ami s'est mal exprimé, nous n'avons pas l'habitude de rencontrer des personnes qui parlent avec tant de ferveurs de leurs îles.
-Oh, je vois, fit l'homme. Ici tout le monde accueille les étrangers à bras ouverts, qu'ils soient de la marine, pirate, riches, pauvres, seuls ou accompagnés. On se chamaille même pour avoir des étrangers chez soi.
-Vous êtes des gens qui ont le cœur sur la main, complimenta Kinan.
- Tout à fait, nous sommes célèbres dans le monde entier, venez je vais vous faire visiter cette île, ajouta l'homme.
-Vous êtes aussi célèbre pour votre indépendance vis-à-vis du gouvernement mondial, avançai-je en m'accrochant au bras de mon ami.
-Oui pourquoi il y a un poste de marine à côté de l'archipel et non sur ? Questionna l'aspirant ninja.
-Vous êtes un peu jeune pour être des chasseurs de primes, mais oui sur l'archipel les pirates et les marines ont interdiction de se battre et s'il y a un différent entre eux c'est à Dryada de trancher.
-Elle doit être sage pour prendre de telles décisions, pour ne pas mécontenter les marines et les pirates, soufflai-je.
-Et pourtant elle n'en a pas l'air.
-Comment ça ? Demanda Kinan, qui me décrivait une place.
-Elle doit avoir votre âge et elle est toujours à droite et à gauche, avec des animaux. On dit même que les animaux la comprennent, ajouta l'homme sur le ton de la confidence. Mais votre amie est aveugle ?
-Je suis aveugle de naissance, mentais-je. Dites-moi quelles sont les spécialités des autres îles ?
-L'île qui est sur la gauche est l'île hivernale, c'est le printemps chez eux et ils y font des plats succulents, je vous y emmènerai demain.
-Avec plaisir, dis-je en souriant.
*Peut-être que mon frère y est.*
-Je vais vous conduire chez moi, pour que vous puissiez vous reposer de votre voyage, proposa l'homme.
-Désolé monsieur, déclina Kinan. Mais nous allons dormir dans notre bateau, notre chien n'aime pas trop que l'on s'absente et comme il est assez sauvage, je préfère être prudent.
-Oh je vois, s'exclama-t-il. Demain je viendrai vous chercher vers dix heures, si vous voulez.
-C'est parfait monsieur…
-Arrêtez de m'appeler monsieur à tout bout de champ, je suis Léonard et je suis le guetteur de l'île automnale.
-Le guetteur ? Demandai-je.
-Sur chaque île, il y a une tour de bois et on s'envoie des signaux de lumière pour échanger des informations : quel bateau arrive, son pavillon, pirates, marines ou marchands On collecte tout et on envoie sa à l'administration, expliqua-t-il.
-Une véritable mine d'informations, lança Kinan.
-Si vous le souhaitez vous pouvez consulter les registres sur place.
-Je pense que cela nous sera utile, merci Léonard. Le public peut aller dans ces tours ? Demandai-je.
-Si vous n'avez pas le vertige, oui. J'ai une idée, vous voyez la tour de bois jeune homme ? Demanda-t-il à Kinan, en la montrant du doigt.
-Oui, répondit mon compagnon. On vous retrouve en bas ?
-Oui, j'y serai vers dix heures et vous pourrez voir toute l'archipel.
-Sa serai superbe, murmurai-je.
-Ça va bientôt faire quarante ans que je fais ce métier et le spectacle y est toujours inlassable. Allé à demain les enfants.
-A demain Léonard, nous fîmes en cœur. »
Sur le chemin du retour, Kinan me dit qu'il avait préféré retourner au bateau pour le loup, mais aussi à cause de l'argent, puisqu'il me confia que bien que Léonard soit sympa, on ne sait jamais. Je lui répondis que Zeïka m'avait parlé de l'hospitalité des gens de l'archipel, surprit il me demanda quand est-ce que j'avais parlé avec la démone. Arrivés au bateau, j'attrapai dans mon sac le morceau de miroir, lui montra et j'expliquai au garçon à quoi il servait et donc d'après ce qu'avait dit Zeïka à Kinan, je ne pourrai pas lui parler tant qu'on n'aura pas trouvé le ou la troisième.
Le jeune homme me demanda à son tour pourquoi je voulais qu'on reste jusqu'à la fête, je répliquai que d'une part le log pose se rechargeait en cinq jours, d'autre part la fête rassemblait toute l'archipel, donc on sera forcé de croiser le ou la troisième s'il se trouvait dans l'archipel et j'ajoutai que je voulais rencontrer Dryada, car Léonard avait soufflé que les animaux la comprenaient. Acquiesçant le jeune homme parti cuisiner, inquiète je lui demandai ce qu'il avait, mais il me répondit que tout allait bien en souriant. Durant le repas le loup s'agita, après que Kinan ait vérifié, Zirkon sauta sur le ponton et se coula dans les ténèbres de la ville, suite à cela nous nous couchâmes.
Je me réveillai dès que le loup rentra, je partis chercher de quoi déjeuner dans une boulangerie que j'avais senti la veille. Je pris quatre chocolatines, en écoutant des personnes assises au café d'à côté, apparemment un loup s'était attaqué à deux agneaux durant la nuit, d'après eux Dryada ferait certainement des recherches avec les chiens tant que la piste est fraiche. Payant les viennoiseries, je rentrai au bateau, où Kinan venait de se lever, je lui racontai ce que j'avais entendu sur la place. Décontracté le jeune homme prit une viennoiserie et la bouche pleine, il me confia que ce n'était pas Zirkon, car celui-ci c'était baladé jusqu'à l'orée de la forêt et avait chassé des lapins.
Je lui administrai une petite claque derrière la tête, car je lui avais dit de se reposer la veille, le fautif me tendit une chocolatine en m'expliquant pour sa défense qu'il pouvait dormir deux à trois heures par jour durant une semaine. Ce à quoi je répliquai qu'après il était amorphe la semaine suivante, étonné il me demanda comment je le savais, je lui répondis que Keiko était pareil. Passant une main dans les cheveux, le jeune homme s'étira et parti se laver pour aller voir Léonard, coupant ainsi la discussion. En l'attendant je fis les lits et les rapprochai, à peine j'eus fini de bouger les lits, que Zirkon sauta dessus et s'y coucha, soudain on frappa à la coque du bateau.
Je lançai à Kinan que j'y allais, sur le pont je demandai qui c'était et une voix sur le ponton se présenta sous le nom de Dryada, qu'elle était sur la piste d'un loup qui aurait tué des agneaux la nuit dernière. Je lui répondis que j'avais entendu des brides de conversation à ce sujet ce matin et je lui demandai ce que je pouvais faire pour elle.
Mon interlocutrice me lança qu'en suivant l'odeur du loup, la piste se divisa en deux tout d'un coup et que l'une des deux pistes se dirigeait vers le village et donc s'inquiétant pour ses concitoyens elle a suivi la piste qui l'a mené jusqu'à notre bateau. Je l'invitai à monter à bord et la prenant à part je lui expliquai :
« Oui nous avons un loup ici, mais son maître l'avait suivi et m'a dit qu'il n'avait chassé que des lapins.
-Je le saurai si c'est votre loup que je cherche, je vais m'entretenir avec lui et…
-Vous allez lui parler ? Coupai-je.
-Bien sûr, je peux communiquer avec les animaux, tout comme l'un des personnages d'un livre…
-Les invisibles du vent.
-Tout à fait, s'exclama-t-elle. Vous l'avez lu ?
-Oui et vous, vous avez la même aptitude que Zelph.
-C'est rare d'avoir affaire à des gens qui le connaisse ici
-Tout comme sur mon île…
-Hiiiii, fit-elle en voyant Kinan dans mon dos.
-Hum ? Fit-il.
-Mais c'est Keiko, dit-elle en s'avançant vers le garçon.
-Presque, moi c'est Kinan, dit-il en tendant la main.
-Dryada.
-Oh, mais a…
-Tout à fait, il ne maque plus qu'Akïez et nous aurons retrouvé tous les invisibles du vent, lançai-je en écrasant le pied de Kinan pour le faire taire.
-Tu es Zeïka ? Demanda-t-elle avec admiration.
-Non, mentais-je. J'ai hérité de la première version des invisibles et contrairement à lui je sais naviguer.
-Mais vous semblez aveugle, remarqua-t-elle. Comment pourriez-vous naviguer mieux que quelqu'un qui voit ?
-Je ne sais pas, mais contrairement à lui je ne prends pas la direction du tourbillon qui n'est pas loin de l'île ou je ne vogue pas sans log pose.
-Il a voulu naviguer sans log pose, murmura-t-elle en gloussant. Mais la seule île dans le coin qui a un tourbillon, c'est l'île du Wolf, vous venez de là-bas ?
-Oui, répondit Kinan.
-A ce qu'on raconte sur cette île se trouvait le village des invisibles et le clan du Loup.
-Sur notre île il y a des similitudes avec celle du livre, mais (Kinan me tapota de mentir à propos de son clan) le clan du Loup n'existe pas, il y a bien la colline du Loup, mais c'est tout.
-Wouf.
-Dis donc Zirkon, ça va bien ? S'écria Kinan.
-C'est votre loup ? Demanda Dryada, en s'avançant vers l'animal comme hypnotisée.
-En quelque sorte, répondis-je. »
Alors que Zirkon observait la jeune fille s'avancer vers lui, je résumai rapidement la conversation à Kinan, mais à peine Dryada l'eut touché, que le loup se mit à couiner et partit se réfugier dans la salle de bain, montrant les dents et grondant sur quiconque voulait l'approcher. Aussitôt je demandai des explications à la fille, qui tremblante nous confia que ce n'était pas le loup qu'elle cherchait, mais une sorte de connexion s'était créée entre eux, plus violente et plus forte que celles auxquelles elle est habituée, puis elle s'enfuit nous plantant là avec un loup terrorisé.
