Chapitre 7 : Le calme avant la tempête.
Ayant laissé mon sabre au bateau, je sectionnai une branche de saule le plus lentement possible. Un sifflement retentit, je me jetai dans le vide, en me raccrochant aux branches de l'arbre. Tous mes sens en alerte, je tentai de localiser le tireur, mais le vent dans les arbres m'en empêcha, lorsqu'il tomba, un sifflement me parvient sur ma gauche. Je me projetai sur la droite en maudissant l'absence de la démone, un frémissement dans mon dos me fit faire volte-face et intentionnellement claquer la branche de saule. Le bruit me permit de découvrir mon assaillante: Dryada.
« Dryada? Que ce passe-t-il? Pourquoi vous m'attaquez?
-Où est-elle? Demanda-t-elle.
-Qui?
-Zeïka.
-Je ne sais pas pourquoi?
-Quand j'ai touché ton loup, je t'ai vu et juste après j'ai vu Zeïka...
-Non, je ne l'ai jamais vu, mentais-je. Pourquoi tu m'as tiré dessus?
-Je croyais que c'était elle. C'est toi qui as crié?
-Oui, je me suis fais mal à la main. Si je croisai un invisible, je voudrais lui parler pour en apprendre un maximum sur lui, répondis-je.
-Même si c'est une tueuse professionnelle?
-Euh, ça dépendra de son attitude, lançai-je en passant une main dans les cheveux.
-Tu as surement raison, dit-elle en souriant.
-Au fait pourquoi tu n'étais pas chez toi hier? Si ce n'est pas trop déplacé.
-Pour être franche, je vous évitais, parce que j'étais sûre que vous alliez me demander des explications par rapport à ce matin.
-Je comprends et tu as trouvé le loup que tu cherchais ? M'inquiétai-je.
-Oui, c'était un vieux loup complètement ravagé de la cafetière.
-Le pauvre…
-J'ai été obligée de le tuer. Comment va ton loup ? Demanda-t-elle.
-Bien ce matin j'ai pu le caresser.
-Tant mieux alors. Au fait, dit-elle en me prenant les mains, vous restez pour la fête ?
-Oui notre log pose n'a pas fini de se recharger.
-Tant mieux alors, j'espère que je pourrai passer un peu de temps avec toi et Keiko.
-Kinan, corrigeai-je. Et j'espère bien discuter avec toi sur ta capacité à parler avec les animaux.
-Et moi sur ta capacité à te déplacer aussi bien qu'une personne normale.
-Ben il n'y a pas de secret, ça fait sept ans que je suis aveugle, donc je commence à y être habituée.
-Ah oui, quand même…
-Dis et si tu me faisais visiter cette île ? »
Me prenant par le bras, nous sortîmes de la forêt et passâmes le reste de la journée ensemble, discutant de tout et de rien.
Le soir, Dryada me raccompagna au port, fit un signe à Kinan, puis repartie. M'excusant auprès du jeune homme pour mon absence, celui-ci me gratifia d'un sourire et me lança qu'il avait préparé le dîner. Tout en mangeant sur le pont, Kinan me raconta sa journée : il était parti consulter les registres des guetteurs, mais il n'avait pas trouvé grand-chose qui l'intéressait, par contre un capitaine corsaire était passé il y a une semaine. Soudain j'eus un déclic, je lançai à Kinan que dès demain il faudra acheter une carte marine, étonné il me demanda la raison, je lui répondis que l'équipage de mon frère avait été séparé, mais le bateau était resté à l'Archipel Sabaody et donc l'équipage retournera sûrement à l'archipel pour le récupérer. Acquiesçant il me demanda si nous partirions avant la fête, je répondis que non, car il y allait avoir trop de monde dans le port, le log pose n'avait pas fini de charger et j'avais promis à Dryada que je restais pour la fête.
S'esclaffant mon compagnon me tapota sur l'épaule, il ajouta que le lendemain il ira donner un coup de main aux hommes, puis il sépara les lits et se coucha. Quelques secondes plus tard Zirkon sorti de la cabine, s'étira et parti, humant les embruns je restai un peu sur le pont, mais le froid eut raison de moi et je rentrai me coucher.
Le lendemain, Kinan était déjà parti, des croissants trônaient sur la table. Me préparant, je rangeai le bateau, lorsque je pointai le bout de mon nez sur le pont, je trouvai le loup en train de paresser au soleil. Lorsqu'il me vit l'animal agita la queue, je m'assis pour le caresser, lorsque les premiers coups de marteaux résonnèrent dans l'air frais du matin le noctambule rentra. Je nettoyai le pont et vérifiai la voilure, puis alors que j'allais chercher des vivres pour notre future traversée, Dryada me héla. La saluant, nous partîmes en direction du marché, la jeune fille m'aida à choisir tant il y avait de fruit à profusion et je ne parle pas des saveurs, ensuite nous retournâmes au bateau afin de ranger nos achats.
Tandis que nous préparions le repas, Dryada s'étonna de l'absence de Kinan, je lui répondis que le garçon prêtait main-forte aux hommes à construire les pontons.
« Mais vous ne vous voyez pas souvent, s'écria-t-elle.
-Hier nous nous sommes vus et quand on est sur un bateau durant une traversée, ben on est obligé de se voir et de temps à autre ce n'est pas plus mal que l'on ne se voit pas.
-Ah, dit-elle déçue. Je comprends…
-Mais ne t'inquiète pas, il rentre pour manger à midi, coupai-je. Zirkon pousse-toi.
-Comment tu sais ça ? Demanda-t-elle en tendant la main vers le loup, mais celui-ci fit claquer ses dents.
-Il n'est pas discret, déclarai-je en tendant le doigt vers l'extérieur du bateau.
-Tu n'es pas drôle Mia, râla une voix masculine.
-Attend, Zirkon ne t'as pas entendu, lança Dryada.
-Zirkon ne m'a pas entendu arriver ? Oh bonjour vous deux, dit-il en passant la tête à travers l'encadrement de la porte.
-Salut tout seul, rétorquâmes Dryada et moi en même temps. Au lieu de discuter mets la table sur le pont s'il te plaît, ajoutai-je.
-De suite chef, s'exclama-t-il en esquissant un salut militaire. »
Mais il ne compléta pas son geste, je sentis son regard sur moi, un frisson le parcourut et il partit mettre la table sans un mot. Mon invitée se tourna vers moi en tendant une assiette, mais je haussai les épaules en remplissant l'assiette, tandis qu'un ricanement glacial résonna dans ma tête.
Le repas se passa dans la bonne humeur, à la fin notre invitée se frappa le front en disant qu'elle allait se faire tuer par ses guetteurs. A peine elle se leva que Léonard l'interpella, se raidissant elle répondit qu'elle allait rentrer pour écouter les comptes rendus. Éclatant de rire l'homme s'invita à bord tandis que Kinan partit faire du café, je m'excusai auprès du guetteur de ne pas être venue, celui-ci me coupa en me disant que ce n'était rien, de toute façon avec la fête il ne pourrait pas trop s'occuper de nous.
Servant le café, Kinan demanda où on pourrait acheter une carte marine, en même temps et unanimement les deux habitants de l'archipel répondirent d'aller sur à l'île estivale, Dryada ajouta qu'elle m'y emmènerait cet après-midi. Finissant leurs boissons les deux hommes se levèrent, car ils devaient continuer les travaux des pontons, leurs souhaitant bon courage nous débarrassâmes la table et la jeune femme m'aida pour la vaisselle.
Une fois fini, ma compagne proposa d'attendre trois heures avant d'aller sur l'île estivale, car même si c'est l'hiver là-bas, le soleil cogne quand même, entre-temps nous pourrions aller à l'institut de l'île, car il y à toute une section du bâtiment consacrée à la légende des Invisibles du vent. Intriguée j'acceptai, après un temps d'hésitation j'attrapai mon sac contenant mon livre et le morceau de miroir.
Nous sortîmes de la ville et suivîmes un chemin de terre bordé par des cerisiers en fleurs, non loin de l'institut Dryada me décrivit que le cadre était propice à l'étude. Des bancs de sa et de là sous les arbres en fleurs, de nombreuses fontaines et petits cours d'eau serpentaient dans tout le parc, plus loin un jardin zen… L'institut ressemblait à un temple d'une blancheur éclatante, à l'intérieur résonnait de pas, ma guide me décrivit le hall, comme une immense caverne de granit, dans laquelle ont été sculptés des étagères remplies de livres ou des présentoirs, comme dans l'un d'eux trônait le pendentif de Zeïka…
« Ah bon ? Fis-je faussement étonnée. Vous êtes sûrs qu'il est authentique ?
-Absolument sûr, lança un savant.
-Bonjour professeur Ophéliba, salua Dryada.
-Oh, bonjour Dryada, répondit le professeur. Vous avez converti quelqu'un aux mystères des invisibles ?
-Enchanté de vous rencontrer professeur, j'ai entendu parler de vous, dis-je avec une courbette. Je m'appelle Mia et je suis originaire de l'île du Loup…
-Pardon ? Me coupa le savant. Vous venez de l'île du Loup ?
-Tout juste monsieur.
-Elle possède aussi la première édition des Invisibles, s'exclama ma compagne.
-C'est …c'est vrai ? Balbutia Ophéliba.
-Voyez par vous-même, répondis-je en lui tendant l'ouvrage. »
Je sentis que le savant écarquilla les yeux, ça qui lui donnait un air de hibou avec ses cheveux éparpillés sur la tête, son nez crochu, sur lequel se juchait une paire de lunettes. Sa peau était fatiguée tout comme le livre qu'il manipulait avec d'infimes précautions, lorsqu'il se rendit compte que le livre était en braille il eut l'air déconcerté. Tour à tour le savant me regarda, puis le livre pendant une éternité et enfin il me demanda de le suivre dans un dédale de couloirs tout en me bombardant de questions à propos des similitudes entre le livre et l'île, ceux à quoi je répondis le plus exactement possible.
Nous débouchâmes sur une pièce qui me semblait circulaire, au centre je perçus une table recouverte de papiers, où s'affairaient une dizaine de personnes qui s'interpellaient. Nous voyant entrer, les gens se turent et le professeur put leur annoncer que quelqu'un possédait la version originale des invisibles, puis se tournant vers moi, il me demanda si je pouvais lui prêter l'ouvrage jusqu'à la fête c'est-à-dire d'ici trois jours, ce que je lui accordai. Fou de joie, le savant fonça à la table, envoyant valdinguer les papiers, à la grande déception de ses collaborateurs, puis il s'absorba dans l'étude du livre avec son équipe. Souriante Dryada me prit le bras afin d'aller sur l'île estivale pour que je puisse m'acheter une carte marine.
Nous amarrâmes notre barque au quai de l'île estivale vers 16 h, durant le trajet, les bâtisseurs nous saluaient à grands cris et d'après Dryada les travaux seraient finis à temps.
Taquine-je lui proposai de passer la journée du lendemain avec Kinan, puisqu'il était de repos, à la mine que je sentis, j'en déduisis que la jeune femme rougissait. Celle-ci m'aida à descendre, puis elle me décrivit ce qu'elle put voir : la place et les habitations étaient blanches et que c'était trop éblouissant pour elle-même, elle ricana en me disant que j'avais de la chance d'être aveugle, car même avec des lunettes de soleil performantes on y voyait à peine à quinze mètres par toutes les saisons. M'esclaffant, je lui proposai de la guider si elle me disant où se trouvait le magasin, acceptant elle me prit le bras et me suivit.
Alors que nous arrivâmes au magasin, ma compagne s'étonna que nous n'aillions pas percutés des gens, je lui répondis qu'il y avait peu de monde comparé au marché de mon île. En entrant dans la boutique Dryada poussa un soupire de soulagement, je la compris lorsque je fermai la porte, une douce fraîcheur m'enveloppa, ma guide me prévient que la pièce était un véritable capharnaüm sans nom.
« Bonjour mesdemoiselles, susurra une voix masculine.
-Bonjour, nous fîmes en cœur.
-Que cherchez-vous ? Demanda-t-il en se frottant les mains.
-Je suis à la recherche d'une carte marine, afin d'aller à l'Archipel Sabaody, répondis-je.
-Vous avez de la chance, s'exclama-t-il. Un vieil homme, vient de me rendre une carte y menant, mais elle est parfaitement correcte.
-Parfait alors, m'écriai-je. Vous en voulez combien ?
-100000 Berris, laissa-t-il tomber.
-Au fait, demanda Dryada. Pourquoi tu en as besoin ?
-Pour retrouver mon frère, déclarai-je.
-Oh, laissa-t-elle échapper. Alors je te l'offre… »
Joignant le geste à la parole la jeune femme tendit une liasse de billets au vendeur, qui émerveillé lui fit une réduction. La remerciant avec chaleur, nous retournâmes dans la fournaise de la ville, suivant les indications de mon amie, je nous dirigeai jusque chez un célèbre glacier.
Nous dégustâmes notre douceur le long de la promenade qui longeait la plage, tout en discutant de nos vies. Nous fîmes un crochet vers la tour de guet afin de demander à Kinan de nous rejoindre sur l'île hivernale pour le dîner, quelques instants plus tard, la tour estivale répondit que le jeune homme en serait ravi. Affichant un large sourire la jeune femme me proposa d'aller nous tremper les pieds avant d'aller traverser le lagon, mais lorsque mes pieds furent en contact avec l'eau une grande fatigue me submergea.
Vers 22 heures, un maître d'hôtel nous plaça à une table en terrasse au premier étage, puis nous apporta la carte que Dryada nous détailla et conseilla.
Deux heures plus tard les ventres proches de l'éclatement, nous bavardâmes lorsque l'autochtone pila.
« Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Kinan.
-Votre loup est passé par là, murmura-t-elle.
-Sûrement qu'il voulait aller dans la forêt, supposai-je en haussant les épaules.
-Oui peut-être, fit-elle. Désolée je vais rentrer.
-Tu veux qu'on te raccompagne ? Proposa le jeune homme.
-Non merci, dit-elle en nous faisant la bise. A demain.
-A demain, nous répondîmes en cœur. »
Sur le chemin du port, je montrai au jeune homme la carte que la jeune femme m'avait offerte, soucieux celui-ci me demanda si c'était une bonne idée d'y aller. Soupirante je lui répondis qu'au moins on a une destination, au lieu de voguer au gré des vagues et que mon père puisse nous tomber sur le dos. Avant que l'apprenti Keiko n'ajoute autre chose, je partis me coucher.
Le lendemain, je me levai le plus tard possible, une pluie drue commença alors que je voulus sortir. Soudain une idée fugace me traversa l'esprit, je saisis le miroir dans mes affaires et essaya quand même de communiquer avec mon double maléfique, malgré le fait que le troisième ne se soit pas encore manifesté chez Dry…
*Il s'est déjà manifesté, répondit la voix glaciale de Zeïka.
-Comment ça ? Demandai-je. Où et quand ?
-Il y a trois jours, ici même, répondit-elle patiemment.
-Trois jours tu dis ? Fis-je songeuse. Tu… Tu veux dire…
-Tout à fait, coupa-t-elle. Mais ce simple contact, nous permet juste de dialoguer par télépathie, je ne pourrai pas prendre possession de ton corps tant qu'elle ne sera pas entièrement reliée à lui.
-Pourquoi tu voudrais me posséder ? Il n'y a aucun danger ici.
-Pour le moment oui, mais je pense que ton père va gâcher la fête…
-Tu peux préciser ? Demandai-je.
-Lorsque tu dors, j'essaye de percevoir les vibrations du bras droit et cette nuit je les sentis. Il semblait agité, comme s'il attendait qu'un évènement arrive.
-Attends comment tu peux agir alors que je dors ?
-Cela ne fait que quelques nuits que je peux le faire…
-Hmmm, tu me l'expliqueras plus tard. Tu penses qu'il va venir à la fête ?
-Oui j'en ai peur, chuchota-t-elle.
-S'il vient, proposai-je. On fera…*
