AVANT TA PEAU

Chapitre 6

Un autre mirage ?

UA

Merci d'aimer cette histoire, et bien sûr un grand merci à Nicolina pour son soutien constant…

Le train s'est immobilisé dans la gare, j'ai attrapé mon sac avec un soupir. J'ai reconnu ma tante sur le quai, parmi les gens disséminés qui attendaient les voyageurs. Le début des vacances pour eux, le début du boulot pour moi. Jusqu'au dernier moment j'avais hésité, jusqu'à la dernière limite j'avais déclaré que je n'y retournerais pas, si c'était pour être traité comme de la merde.

J'avais quand même eu le choix d'aller travailler dans une crêperie en Bretagne, avec Mélanie, excusez du peu. Mais mes copains ne comprenaient pas, ils me disaient : « Quoi, tu retournes pas sur la Côte, dans un palace ? Tu préfères une crêperie ? ». Alors j'ai dit oui à ma tante, et non à Mélanie, sans trop chercher mes motivations réelles, au-delà du salaire et des pourboires quand même plus intéressants dans un hôtel.

Elle ne m'a pas fait de scandale, on n'était pas du genre à se faire des déclarations et des promesses, elle était juste un peu triste, mais je lui ai rappelé que je ne supportais pas la pluie, ce qui l'a franchement agacée, pour le coup. En fait je crois que j'ai eu un peu peur d'aller habiter chez ses parents, pourtant très gentils. Peut être parce qu'ils étaient très gentils et que ma première visite à Pâques avait sonné comme « la présentation du fiancé », même si le mot n'avait pas été prononcé.

- Alors Harry, heureux de revenir ? m'a demandé ma tante en me serrant chaleureusement contre elle. Tu as coupé tes cheveux, c'est bien. Ca te va bien.

-Oui, merci.

Je retrouvais avec plaisir la chaleur, l'odeur des pins, les touristes habillés n'importe comment, les palmiers. Ca ne donnait l'impression d'être un peu en vacances moi aussi, même s'il fallait travailler.

- Tu sais, le Directeur n'a pas hésité à te reprendre, il m'a dit que tu étais très sérieux, et qu'il pensait que tu irais loin.

- Ah ?

J'étais fatigué par le voyage, ébloui par le soleil, un peu mal à l'aise. Pas question pour moi d'aller loin dans le domaine de l'hôtellerie, j'avais d'autres projets. Pas envie d'expliquer ça à ma tante, pas ce matin.

- Il a pensé à toi pour autre chose que la piscine, je crois. Enfin, il t'expliquera tout ça mieux que moi. Grimpe dans la voiture, j'ai un plat au four pour toi.

J'ai ressenti une pointe de déception, et l'image des transats m'est apparue instantanément. Surtout ce transat-là. Celui que j'essayais d'oublier depuis un an.

Les voitures roulaient au pas sur la corniche, j'essayais de me convaincre que c'était mieux comme ça, que j'aurais un meilleur job que de rester debout pendant des heures, quoique tout fût assez crevant, dans l'hôtellerie. J'aurais eu une vie plus facile, en Bretagne.

J'observais les bateaux au loin, petites voiles blanches, en rêvant. La vie des gens sur les bateaux m'avait toujours parue plus belle, plus facile. Une invitation au voyage, au bonheur. On est forcément heureux, sur un bateau, non ?

En passant devant le Palace, mon cœur s'est serré.

oOo oOo oOo

Le lendemain matin j'ai retrouvé la chambre que je partageais avec Matthieu, qui m'a filé une grande claque dans le dos :

- Le retour de l'Inutile ! Bienvenue dans la vraie vie, mon gars… tu bosses toujours autant ?

- Et toi, tu ronfles toujours autant ?

- Ah ! ah ! Trop d'humour ! Le boss t'a dit ce que tu allais faire ?

- Non, je le vois dans une heure. Il était occupé tout à l'heure.

- Bon, ben t'auras la surprise alors…

J'ai commencé à ranger mes affaires dans ma partie de l'armoire, retrouvant l'odeur de l'amidon du costume obligatoire. Je trouvais cette odeur particulièrement évocatrice, c'était le vrai retour pour moi, l'amidon et le tabac froid qui flottaient dans l'atmosphère. Une plongée dans le passé.

Apparemment rien n'avait changé dans l'hôtel, à part le carrelage en marbre et la disposition des plantes dans l'immense hall, mais je n'avais pas tout visité encore. Une question m'obsédait, que je n'arrivais pas à formuler. Alors j'en ai posé une autre :

- Quoi de neuf ici ?

- Par rapport à l'an dernier ? Bof… on a ouvert un restau japonais, à l'entresol, et le bar a été refait. L'établissement a eu une cinquième étoile.

- Ah bon ? Il en avait déjà pas cinq ?

- Pff ! t'y connais rien du tout… Bon, c'est l'heure. J'y retourne. A ce soir.

J'ai failli répondre : « Et toi, t'y connais quoi en procédure pénale ? », mais il était déjà parti. Après tout, je n'étais là que pour très peu de temps, et je me moquais de son avis. J'étais là pour gagner du fric, point barre.

Le Directeur m'a reçu aimablement, notant avec satisfaction que j'avais coupé mes cheveux. Étrangement, ça m'a énervé. Pourquoi l'apparence était-elle si importante ? Tout ce cirque m'agaçait à nouveau, j'ai presque regretté d'être revenu.

- Bon, Harry, comme vous le savez, c'est la crise, les temps sont durs dans tous les domaines…nous ne pouvons plus nous permettre de payer une personne à temps plein à la piscine. Donc le matin vous serez affecté au service d'étage, en appoint, et l'après midi vous retrouverez vos pénates à la piscine. En termes d'horaires de travail, ce sera un peu plus lourd, mais vous aurez plus de pourboires, aussi. Ça vous va ?

- Bien sûr, ai-je répondu automatiquement, sans lui faire remarquer qu'en termes de temps de présence effectif la législation du travail serait loin d'être respectée.

- Bien ! Je savais qu'un jeune homme ambitieux comme vous comprendrait. Vous verrez, quand vous serez manager, vous constaterez qu'on doit absolument faire de la productivité, par tous les moyens. Et traquer tous les coûts…Et c'est difficile, dans le domaine du luxe, vous savez. Regardez, moi je travaille 14h par jour, a-t-il ajouté en faisant pivoter son confortable fauteuil vers la baie vitrée, derrière lui.

Il avait une vue imprenable sur la piscine à débordement, la plage, une vue de rêve. J'imaginais qu'il se prenait parfois à songer que tout cela lui appartenait, alors qu'il n'était au fond qu'un salarié, lui aussi. Il m'a expliqué les tenants et les aboutissants de mon job, avec des mots grotesques, boursouflés, qui m'ont fait sourire intérieurement.

J'ai signé mon contrat de travail, sans bien lire les clauses, de toute façon le risque était minime, j'étais un étudiant plein d'avenir, pourquoi aurais je demandé la requalification de mon contrat temporaire en CDI ? Nous le savions tous les deux, je n'étais pas ma place ici, juste en transit.

Il s'est levé et m'a accompagné à la porte, mettant fin à l'entretien :

- Au fait, Harry, nous avons renforcé la sécurité par des caméras, sur la plage, mais j'aimerais autant que vous n'alliez plus sur les rochers, le soir, comme vous le faisiez l'an dernier. Vous comprenez ?

- Au fait, on l'a retrouvé ? ai-je rétorqué sans réfléchir.

- Qui ?

- L'anglais qui avait disparu l'an dernier, vous vous souvenez ?

- Pas du tout. Je ne vois pas à qui vous faites allusion, a-t-il répondu rapidement en détournant les yeux. Rejoignez Clémence, la Responsable du service d'étage, elle vous expliquera vos fonctions. Harry, je tiens à vous le redire que c'est une mission de confiance, le service d'étage, qui demande beaucoup de sérieux et une tenue irréprochable envers les clients. Je compte sur vous.

- Tout à fait, Monsieur, ne vous inquiétez pas. Je serai à la hauteur.

Je suis reparti vers le rez-de-chaussée, maussade. Il croyait quoi ? Que j'allais agresser les clients dans les chambres, au saut du lit ? J'ai chassé une pensée parasite en époussetant ma manche.

J'étais là pour le fric, un point c'était tout. Les clients et leurs petites histoires ne m'intéressaient pas. Le temps de la romance était bien fini.

oOo oOo oOo

La clientèle n'était guère différente de celle de l'année passée, j'ai même reconnu certains visages, au passage. Je me suis glissé avec facilité dans le train-train quotidien, les heures passaient vite le matin, avec le service d'étage. Pas le temps de gamberger, ou de flâner.

Au fond je crois que j'aimais bien apporter les plateaux de petits déjeuners, avec leurs couverts rutilants, et leurs odeurs délicieuses. Les jus d'oranges frais, les œufs bien emmaillotés dans leur serviette blanche, les viennoiseries minuscules, la confiture rare. Marcher dans les couloirs endormis au lever du jour, deviner ce qui passait derrière les portes, qui allait m'ouvrir, c'était mon passe temps préféré. Je me lançais dans des suppositions à partir de la composition du plateau, homme ou femme, jeune ou âgé, français ou américain, et au bout de 15 jours je ne me trompais plus trop.

J'étais censé être discret, ne pas regarder l'intérieur des chambres, mais je ne pouvais m'empêcher d'imaginer ce qui s'était passé la nuit, qui se cachait sous la douche, grâce aux indices laissés ça et là, pas encore éliminés par les femmes de ménage. Les vêtements par terre, les draps froissés, les odeurs ou les tâches, tant de choses que je ne devais pas voir - j'étais payé pour ça, je ne devais pas l'oublier- mais tellement révélateurs, au final. C'était amusant de revoir les clients à la piscine après, chics et pleins de morgue, quand j'avais surpris leur foutoir le matin, les visages pas maquillés et les détritus divers sur le lit.

C'était comme connaître un secret sur eux, pouvoir penser « Tu ne me la fais pas, à moi », alors que j'étais supposé être aveugle et sourd.

L'après midi je retrouvais la piscine avec un certain ennui, c'était beaucoup moins amusant et instructif. Je m'ennuyais, et je comprenais pourquoi l'année précédente je m'étais laissé aller à rêver et délirer au sujet d'un client. Les rêves sont faciles au bord des piscines, et menteurs.

Je m'efforçais de ne pas le chercher, lui, ma folie passagère de l'année passée.

Pourtant les cheveux blonds attiraient mon œil, malgré moi, et j'avais feuilleté le répertoire des réservations, à la recherche de son nom, en me traitant d'imbécile. Rien, évidemment. Je supposais que les parents ne seraient pas revenus, après les événements de l'an passé, même s'il avait réapparu. Trop mortifiés sans doute.

Je n'avais pas fait allusion à cette affaire avec Matthieu, je supposais qu'il l'avait oubliée, après tout il avait dû s'en passer d'autres, et des plus graves. La grande affaire du moment était l'arrivée d'une star et de son staff au dernier étage, là où il y avait des piscines privées sous les étoiles. Le personnel était sur les dents, bien briefé et attentif, cherchant à déjouer les piège des paparazzis prêts à tout pour voler une photo.

J'avais été approché par l'un d'entre eux, en attendant le bus, qui m'avait offert une belle somme pour quelques clichés volés de la star et son nouvel amour. Le montant de la somme m'avait impressionné et presque tenté, mais j'avais très peu de chances de l'approcher, son staff étant aux aguets. Et je ne faisais pas partie de la « dream team » habilitée à servir dans cette catégorie de chambres. Moi je me contentais de la piétaille, qui était déjà très riche, comme quoi on trouve toujours plus riche et plus noble que soi.

On avait entièrement repeint une pièce à la demande de l'agent de la star, modifié la décoration, stérilisé le spa, fait venir du shampooing du Japon et des fleurs de Thaïlande. Je repensais avec scepticisme aux déclarations du directeur sur les économies, mais le maître mot de l'établissement était de ne rien refuser aux clients, tant qu'ils le payaient. J'y réfléchissais en distribuant les serviettes comme un Père Noël d'opérette. Moi non plus je ne m'étais pas refusé, un soir sur la plage, sans doute par conscience professionnelle.

Cette histoire me paraissait grotesque, quelques mois plus tard.

Parfois j'observais les jeunes hommes en maillot, me demandant s'ils m'attiraient. Je n'avais pas eu d'autre tentation gay depuis, pas même un fantasme, ce qui m'avait plutôt rassuré.

J'étais plutôt branché sur Julia, qui travaillait aux mêmes étages que moi, et avait un sourire charmant. Je me sentais proche d'elle qui était aussi étudiante, et gardait beaucoup de recul face au milieu que nous fréquentions. Nous ne manquions pas d'analyser avec ironie les rapports entre les clients, leurs us et coutumes, comme s'il s'agissait d'animaux, en entomologistes. Nous nous retrouvions tous les soirs pour discuter et prendre un verre, ce qui agaçait prodigieusement Matthieu, qu'elle détestait pour ses réflexions de blaireau, entre autres.

Passer du temps avec elle le soir m'empêchait de repenser aux rochers, à la plage, à lui.

Je restais fidèle à Mélanie tout en passant tout mon temps libre avec Julia, qui avait elle aussi un ami, dont elle ne parlait jamais. Ca rendait mon job plus supportable, je m'habituais à l'indifférence des clients grâce à nos discussions mordantes. Je n'avais heureusement plus de révisions à faire, ayant réussi mon année, j'étais tranquille de ce coté-là aussi.

Un été agréable, somme toute.

oOo oOo oOo oOo

Ce matin-là j'étais debout depuis 6 heures, il était déjà onze heures et j'espérais que les clients du troisième étage allaient arrêter de commander, que je puisse me reposer un peu. Qu'ils soient tous levés, ou qu'ils se déplacent au restaurant ou sur la terrasse pour déjeuner, pour changer. J'avais parfois l'impression que certains étaient de gros bébés, incapables de se bouger, totalement pris en charge. Je m'attendais à ce que l'un ou l'autre me demande de beurrer son croissant, un jour.

Même avec l'ascenseur de service les déplacements continuels étaient fatigants, je rêvais souvent de patins à roulettes, je me demandais comment Julia faisait pour trouver toute cette énergie et sourire tout le temps.

Clémence, mon manager, s'est soudain matérialisée à côté de moi, l'air soucieux.

- Harry, c'est une commande un peu spéciale, cette fois.

J'ai soupiré et levé les yeux au ciel. Quoi encore ? Un homard, de la langouste, du bœuf flambé à la chinoise ou des brochettes enflammées ? Est-ce qu'il fallait que je mette un nez rouge, une plume dans le cul ?

- Ne fais pas cette tête-là, Harry, c'est pour un bon client et il est très généreux, en général. Surtout sois très poli et souriant, et si tu le reconnais, ne le montre pas.

- C'est un acteur ? Un chanteur ?

- Non, ni l'un ni l'autre mais oui, il est connu mais n'aime pas être sollicité, surtout le matin. Tu sais ouvrir les bouteilles de champagne ?

- Oui, je pense. Mais je ne vois pas de champagne sur le plateau.

- Il n'y en a pas, parce qu'il commande toujours un petit déjeuner frugal mais se gave de ce qui se trouve dans le frigo. Surtout reste aimable quoi qu'il te demande…

Je commençais à en avoir marre, des marottes et exigences des riches. J'ai grommelé :

- Si je ne suis pas assez bien, t'as qu'à y aller toi-même, ou envoyer Julia. Elle est toujours charmante, elle !

- Disons que… il préfère les garçons et…

- Comment ça il préfère les garçons ? Je vais pas lui faire une turlutte, non plus ! Non mais on est où, là ?

- Harry ! Arrête ton cinéma… il préfère être servi par des garçons, c'est tout. Je ne te demande pas de te prostituer, rassure-toi. D'ailleurs, je ne suis pas sûre que… enfin, bref, je compte sur toi. Je sais que tu vas y arriver, a-t-elle ajouté avec une mimique d'encouragement, qui m'a encore davantage énervé.

J'ai commencé à pousser le petit chariot à roulettes, me demandant comment j'avais pu être aussi con pour accepter de jouer au mariole. A tous les coups c'était un homme politique que je ne reconnaîtrais même pas, ou un animateur télé. Ceux-là étaient les pires, faussement sympas mais méprisants, aimant casser le petit personnel d'une bonne vanne, au profit de la blonde du jour.

Je suis arrivé devant la porte et j'ai frappé comme on me l'avait appris, fermement mais pas trop fort. C'était une des plus grandes suites, et je savais d'expérience que parfois on n'entendait pas bien, le lit étant situé dans une pièce adjacente.

J'ai frappé à nouveau, pas de réponse.

Sur une impulsion je suis entré dans le petit salon immaculé, aux murs et moquette blancs, garni d'un canapé immaculé lui aussi, dont les fenêtres donnaient sur une immense terrasse et la mer, incontournable. Les seules touches de couleurs étaient des rideaux fleuris bleus et blancs, et des bouquets de fleurs.

Le client était sans doute dans l'immense chambre virginale elle aussi, mais aucun bruit n'en émanait.

J'ai posé le plateau sur le petit meuble prévu à cet effet, de l'autre côté de la pièce, et avant de partir j'ai jeté un coup d'œil dans la chambre, ce qui était strictement proscrit. La porte de la douche entrouverte laissait filtrer une lumière, j'en ai conclu qu'il prenait un bain parfumé, voire qu'il profitait du jacuzzi. Le lit était défait, rien que de très banal.

Les lourdes tentures laissaient échapper un rayon de lumière crue, la belle lumière du matin, et au loin j'apercevais la mer, d'un bleu dur.

J'allais repartir quand j'ai entendu un frémissement, comme un petit soupir, émanant de la chambre. Mes cheveux se sont dressés sur la tête, et j'ai tourné brusquement la tête vers le lit, surpris.

En regardant plus attentivement, il y avait une forme entre les draps défaits, un corps presque aussi blanc que les draps de soie. Un corps nu couché sur le ventre, au milieu du lit immense, je ne voyais que des fesses et de longues jambes fines émergeant des plis.

Mon cerveau reptilien a pris le dessus, au lieu de partir j'ai fait un autre pas sur le côté, pour découvrir un peu plus de l'anatomie révélée, fasciné.

Une faute professionnelle grave, à n'en pas douter.

Je sentais des frissons me parcourir en découvrant par les épaules et la nuque qu'il s'agissait d'un garçon, un jeune homme abandonné sur l'étoffe, offert comme un bijou dans un écrin. Un corps mince et long, qui me rappelait quelqu'un.

La vue des cheveux blonds m'a coupé le souffle, c'était lui, j'en étais sûr. Son visage était tourné vers le mur, je ne le voyais que de dos, mais j'étais certain de le reconnaître. Ou alors je devenais fou.

L'envie de sa peau m'a submergé d'un coup, une vague de désir qui m'a brûlé le ventre, avec le besoin de le toucher, d'effleurer sa chair, saisir les cheveux pour faire se retourner le visage.

Pour être sûr.

Pour qu'il me regarde.

Pour qu'il se rappelle de mon corps dans son corps, du plaisir partagé. Peut-être.

J'étais tétanisé, incapable de bouger.

Ses hanches ont bougé doucement, peut être dans son sommeil. Un geste lascif, soulevant un peu les fesses dénudées, j'ai senti des picotements jusque dans le bout de mes doigts, et une chaleur dans mon ventre. Mes oreilles bourdonnaient, j'étais captif de la vision de cette chair, du souvenir de l'été dernier.

Pourtant je n'avais pas de certitude, faute de le voir de face, alors j'ai fait un pas vers lui, au risque d'être découvert. Pure folie.

Les hanches se frottaient doucement au drap, il gémissait à peine, j'ai failli soupirer de désir. Immobile devant cette alcôve j'imaginais mes doigts dans la nuque blonde, sur les épaules minces, mes ongles griffer légèrement le dos cambré jusqu'aux fesses. Je me voyais me coucher sur lui, mordiller son cou pour le faire frissonner, le pénétrer encore une fois, sentir sa muqueuse fragile s'écarter et mon plaisir exploser en milliers d'étoiles divines, en lui. J'étais en plein fantasme, ayant perdu toute notion de la réalité.

Un bruit dans la salle de bain a rompu le charme, je suis ressorti du petit salon, affolé, sans bien savoir si j'avais rêvé ou si je l'avais retrouvé, lui.

Après je suis resté un long moment adossé au mur, cœur battant, essayant de remettre de l'ordre dans les idées, incapable de savoir si j'étais heureux ou non, si c'était une bonne nouvelle ou un autre mirage.

A suivre….

A bientôt pour la suite ! Je vais partir quelques jours en vacances, vous aurez la suite vers la mi-avril, promis :)

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Merci à vous qui avez cru en moi, merci à ceux qui me font le plaisir de me lire…