AVANT TA PEAU

Chapitre 8

Undisclosed desires

HPDM

UA

Merci pour vos réactions très positives à mes derniers chapitres, ça me fait très plaisir. Je sais que vous attendez avec impatience que Draco parle… patience, ça arrive ^^.

Merci Nico pour ton soutien, après toutes ces années.

« Undisclosed desires » est une chanson de Muse.

Je me suis immobilisé devant la porte beige, ému.

Mon prétexte pour l'approcher était mince, limpide, je risquais le renvoi immédiat. J'entendais encore Clémence me répéter qu'il fallait absolument rapporter tous les objets trouvés à l'accueil, je savais parfaitement ce que je risquais.

Pas un bruit dans le couloir, jamais un son n'exsudait des lourdes portes, quel qu'il soit. Chaque chambre était sécurisée comme un coffre, insonorisée, aseptisée, feng shui. Rien pour troubler le sommeil des bonnes gens, jamais.

Je n'avais aucune excuse, pas le début d'une, même pas face à moi-même. C'était de la folie, je le savais, et je courais forcément à ma perte. Je me voyais en chute libre, tombant d'une falaise.

Mais il m'était impossible de rester dans ma piaule banale et d'imaginer qu'il respirait, cinq étages plus haut. Que sa poitrine se soulevait doucement, alors qu'un mince souffle d'air passait entre ses lèvres fines. Que sa tête était abandonnée sur l'oreiller en plumes, les mèches frôlant le front, la main détendue sur l'autre oreiller, son ventre se gonflant doucement, comme les enfants, les jambes fines à demi pliées.

Deviner qu'il était peut être nu sur les draps soyeux. Qu'il m'attendait peut être.

Mon cœur me répétait que j'étais foutu, de toute façon.

Ma raison me criait que c'était foutu d'avance, de toute façon.

La lumière centrale s'est éteinte, il ne restait que de petits spots de secours ça et là, et le silence s'est épaissi.

Mon poing s'est levé, j'ai frappé trois coups brefs à la porte. Rien. Il dormait sans doute, ou alors il écoutait la musique à fond, dans ses écouteurs. Une déception intense s'est abattue sur moi, mais j'ai frappé encore une fois, plus fort. Toujours rien, mais je ne voulais pas partir, pas maintenant.

Alors j'ai insisté, presque en colère, et la porte s'est ouverte.

Il était en face de moi, un peignoir sur sa peau mouillée, l'air excédé.

Pris de court je lui ai tendu son black, d'une main peu sûre, en bafouillant quelques mots idiots. Il a écarquillé les yeux et a souri, me faisant signe d'entrer, de la tête, sans le prendre. J'ai hésité une éternité, trois secondes peut-être, et je suis entré dans cette chambre plongée dans la pénombre, juste une petite lampe basse allumée, et la lueur d'un poste de télé, en sourdine, sur le côté. J'ai reconnu la cérémonie de gala, j'ai pensé que le couturier était là, dans la foule chic.

Devant moi la terrasse était faiblement éclairée, j'avais une vue imprenable sur la Côte, les bateaux illuminés, une vue imprenable sur la magie d'un soir de juillet. Et il y avait Draco, immobile devant moi, dans son peignoir entrouvert. Sa peau humide luisait faiblement, les gouttes glissaient le long de ses jambes, une à une, suivant un chemin que j'aurais adoré emprunter.

Je lui tendais toujours le blackberry, mal à l'aise, il l'a attrapé et jeté sur le lit, en riant. Je crois qu'il m'a fait un clin d'œil, mais ses yeux paraissaient noirs, je ne voyais pas bien son visage.

Je me souviens avoir pensé que le piège avait fonctionné, sans bien savoir qui l'avait tendu à l'autre.

- Vous savez ouvrir le champagne ? m'a-t-il demandé avec un charmant accent anglais, et j'ai haussé les épaules.

C'était la première fois que j'entendais le son de sa voix, beau progrès. Je n'étais pas en mesure de dire non, ma seule certitude.

Il a sorti une bouteille de champagne millésimé du frigo bien garni et me l'a donnée, le sourire aux lèvres. Un léger flot de musique entrait par la porte fenêtre entrouverte, nous avons tous deux tourné la tête dans cette direction, mais nous n'avons rien vu.

Fugitivement j'ai eu envie de sortir sur la terrasse, m'asseoir sur les fauteuils confortables et écouter sa vie, toute la nuit. Tout comprendre, tout pardonner. Et tout lui avouer. Frissonner dans les fauteuils avant de goûter à sa bouche, à l'amour.

Mais il fallait que je me batte contre le bouchon du champagne -un mois de salaire- sous son œil narquois. Il s'est assis sur le sofa bleu, le peignoir a glissé sur ses cuisses, découvrant la blancheur de la chair, très haut. Sa beauté était un peu cruelle, trop parfaite.

Mes mains tremblaient, je transpirais en me traitant d'idiot. Après tout c'était un client, moi j'assurais le service d'étage, rien que de très normal, non ? Juste un client qui voulait une bouteille de champagne, et même pas pour le boire avec moi, j'en étais persuadé à présent. J'étais empoté, nerveux, j'ai jeté un coup d'œil vers lui, il m'a regardé d'un œil presque attendri, avec un petit sourire.

Des applaudissements ont crépité dans le poste de télé, il a tourné la tête et s'est désintéressé de moi, comme si je n'étais plus là. Un people de ses amis sur l'écran, peut être.

Le bouchon a enfin sauté, dans un bruit d'explosion, il a poussé un cri de surprise et le liquide glacé a coulé sur mes chaussures. J'étais mortifié, mort de honte.

- Vous allez chercher des verres, ou vous attendez de tout vider sur vous ? a-t-il demandé, amusé.

- Oui, oui, bien sûr…

En deux pas j'ai attrapé une coupe, que j'ai remplie en tremblant, avant de la lui tendre, tout en essayant de ne pas fixer les cuisses nues et l'ombre sombre sous le peignoir.

Il a souri et y a trempé sa langue, une longue langue fine, dans un geste lascif. Provoquant.

Je suis resté immobile face à lui, il a penché la tête en interrogation muette.

C'était le moment précis où je devais choisir entre être le garçon d'étage et l'amant, le moment où sa peau appelait mon bas-ventre par des ondes légères, électrisantes.

Le moment où je ne voulais pas être un autre jouet, le moment de résister.

Il a fini par se lever et murmurer : « Tant pis », les plis sont retombés sur lui, il a eu l'air déçu et s'est dirigé vers le lit, désappointé.

Je suis resté seul avec la télé allumée, l'esprit embrumé. Je ne voulais pas lui faire de peine, mais je ne voulais pas être juste une passade, comme l'an précédent. Je me suis mordillé la lèvre, cherchant vainement les mots.

Son peignoir a glissé à terre, dans un bruit mou, il s'est couché sur les draps immaculés, nu et a soufflé :

- Vous pouvez m'amener mon verre, avant de partir ?

Il avait l'air fatigué, soudain, éreinté. Un homme qui en a trop vu, trop connu. Même pas en érection. Même pas troublant. Juste paumé, dans ses draps en soie.

Je lui ai amené le verre encore plein et je suis resté debout à côté du lit, hésitant. En apercevant des frissons sur sa peau diaphane j'ai remonté le drap sur lui tandis qu'il vidait son verre d'une traite.

- Un autre… a-t-il murmuré en me tendant le verre vide de sa main fine, pâle.

J'ai obéi –j'étais payé pour ça, pas vrai ?- j'ai rempli le verre du liquide doré qu'il a bu d'une traite, sous mes yeux, comme s'il était assoiffé, ou que sa vie en dépendait.

Un air éperdu que je connaissais bien, trop bien.

Ses yeux révulsés sur la plage…

La couleur revenait sur ses joues, il a passé plusieurs fois sa langue sur ses lèvres, un drôle d'éclat dans le regard.

- Ramène moi en un, et prends en un pour toi.

Sa voix était plus ferme, j'avais peur.

Ses gémissements de plaisir…

Peur de moi. Peur de me laisser aller.

Mon sexe en lui, tourmente affolante, antre étroite, chair déchirée…

Peur de ne rien oser, ou d'aller trop loin.

La télé éclairait toujours faiblement la pièce, rendait sa peau bleutée.

Son sexe dans ma bouche, texture blanche, saveur collante…

Le liquide a coulé dans nos verres, je me suis assis à côté de lui, sur le lit, et nous avons bu en silence, en nous regardant.

Les larmes sur son visage…

J'avais l'impression que le bruit de mon cœur emplissait la pièce.

Son cœur battant si fort sous ma tête, après…

J'ai pris mon courage à deux mains pour lui dire :

- J'ai peur que…

- Chuuuut…

- Mais il faut que…

- Tais-toi.

Il s'est allongé sur le lit, yeux fermés, la même attitude d'abandon et de sommeil que l'année dernière, la même fragilité.

En bas, tout en bas, l'écume frappait les rochers, la plage était léchée par les vagues noires.

J'ai soulevé le drap pour voir l'intégralité de la chair bleutée, il simulait bien le sommeil. La perfection de ses formes était un peu intimidante, comme un bijou qu'on n'oserait pas toucher.

Sa peau à présent sèche exhalait une odeur troublante, une odeur que je voulais sentir, encore. Je me suis approché de lui, nez en l'air, pour le humer, encore. Amande ou vanille, le bain moussant de l'hôtel. Je voulais sentir sa chair sur ma langue, goûter sa sève secrète.

J'étais foutu, je le savais déjà.

Le piège s'était refermé sur moi, il a posé sa tête sur mes genoux, avec douceur, a enfoui son visage contre mes vêtements, comme pour se cacher.

La douceur de sa peau, la douceur de son baiser…

J'ai caressé ses cheveux, geste consolateur, tendre. Une tendresse qu'on ne pouvait pas se permettre, je le savais bien. Une prestation un peu trop élevée pour nos moyens, un extra hors de prix.

Lorsque nos bouches se sont rejointes, j'ai senti mon cœur se gonfler, pas ma bite, non, mon cœur.

Je me suis glissé contre lui, dans ce lit, les oreilles bourdonnantes, l'esprit en déroute.

Le plus troublant n'était pas de retrouver sa peau nue mais de retrouver sa fragilité, sa douceur, l'impression de revivre une première fois. Rien de glauque ni pervers, mais une délicatesse infinie dans les gestes, les mouvements timides, les yeux clos.

L'idée que je me faisais d'une nuit de noces, d'un amour vrai, confiant, pas une passe vite fait, un coup au hasard. Mes vêtements ont rejoint son peignoir, par terre, ma peau plus mate a pris elle aussi les reflets de la télé, créant des images un peu fantomatiques.

Sa chair m'a parue encore plus fine et envoûtante que l'an passé, elle exhalait une odeur délicieuse, enivrante. Nos bouches se sont unies longtemps avant que j'ose explorer les reliefs de son corps, que je voyais vraiment pour la première fois. Une beauté intimidante, rare, la perfection des formes et des textures, un rêve presque douloureux.

Je me sentais lourd et maladroit, indigne de lui. Il ne bougeait pas, se laissait caresser, tentateur innocent.

Ma bouche glissait lentement du zénith au crépuscule de son corps, épousant les monts et les dépressions, provoquant les soupirs et les frissons légers, les réactions inattendues et les tensions espérées.

J'ai posé ma tête sur son ventre plat, frôlé la fine ligne claire des poils avec ma langue, agacé le prépuce plus sombre, léché la peau veloutée, sucé et mordu, désiré et assouvi en le regardant frémir, sombrer. Ses prunelles se sont obscurcies le long de mon chemin, dilatées quand à force de va et viens le flot de son plaisir a empli ma bouche. A peine un gémissement, une main contractée dans mes cheveux.

Sa passivité a renforcé mon désir, mon envie de le faire réagir, le posséder.

Je le sentais lointain, perdu dans ses rêves peut être, se laissant simplement faire. Pas vraiment avec moi.

Je me suis couché à nouveau sur lui, emprisonnant ses lèvres par un baiser exigeant, violent. Mes dents ont heurté sa bouche, il a enfin ouvert les yeux, surpris.

Il y avait cette lueur à nouveau, cette ombre obscure. Une joie étrange, l'esquisse d'une envie. Comme s'il n'attendait que ça, n'espérait que ça.

Etre bousculé. Chaviré.

Il s'est cambré brutalement, rejetant la tête en arrière dans un geste d'abandon, accroché à mes épaules. Son attente était claire, j'ai hésité un temps infini.

Trois secondes peut-être.

J'étais à nouveau sur le sable avec lui, cherchant le plaisir dans la douleur. Je ne voulais pas ça. Je voulais l'aimer tendrement, doucement, effleurer et caresser sa peau. Toucher le point sensible délicatement, sentir l'eau monter par petites vagues, avec tendresse.

Mais entre ses paupières filtrait l'attente, l'espérance cruelle.

Je cherchais vainement, en regardant son corps offert, soumis, où était l'amour.

Etait-ce de le respecter, quitte à le décevoir, ou entrer dans sa folie perverse ?

C'est là que j'ai vraiment réalisé que je ne le connaissais pas, que je me fourvoyais totalement à espérer une relation « normale », un échange vrai entre nous.

J'étais sur le point de me relever et partir quand il a émis un râle rauque, bouleversant, en soulevant à nouveau les hanches et frottant son bas ventre contre mon sexe toujours tendu, presque douloureux.

Alors j'ai plongé, sans plus réfléchir.

Je l'ai pénétré brutalement dans un mouvement instinctif, il s'est crispé dans un cri de surprise, et j'ai vu sur son visage parfait la douleur et le plaisir mélangés, enfin. Ma verge devenue arme repoussait et déchirait les chairs sans ménagement, les larmes perlaient à ses yeux, mais son expression était un appel limpide à plus. Encore plus.

Les vagues que j'espérais étaient rouleaux violents, nous ballotant sur ce lit comme sur des rochers, j'ai accéléré, amplifié les assauts, assouvissant ses désirs les plus sombres, bien loin de l'amour dont je rêvais.

J'aimerais dire que je n'y ai pas pris plaisir, à cette mascarade immonde, mais ce serait faux. Ma fougue libérée m'a donné un sentiment de puissance inhabituel, d'accomplissement total, de possession entière. Enfin je ne pensais plus, je vivais, sans question, sans tabou, j'exultais en lui comme il jouissait de moi.

Il était enfin à moi, totalement.

Nous avions quitté le palace, nos rôles, les protocoles, toute notion de bienséance ou prudence. Nous avons roulé par terre, sali les fauteuils, renversé le champagne. Fait l'amour avec violence, désespoir, bonheur. Plus de masques pour se cacher, juste la vérité de nos corps, la libération des instincts les plus primaires, les plus anciens, ceux qu'on n'assouvit jamais d'habitude, opprimés par les conventions, l'éducation.

En le voyant jouir bruyamment, avec impudeur, je me suis demandé si nous avions vécu la même scène, l'année précédente, et si mon subconscient ne l'avait pas enfouie au fond de ma mémoire, parce qu'elle était inacceptable.

Deux heures plus tard pourtant, j'avais mal partout, sa bouche saignait un peu et l'empreinte de ses ongles lacérait mon dos.

Deux heures plus tard il a fallu se rhabiller, parce que le couturier allait rentrer et parce que le temps de la folie était échu.

Finalement ce fut le moment le plus difficile, le plus pénible, de réendosser nos rôles et nos masques. J'ai refait le lit, rangé la chambre, il s'est levé pour prendre une douche et soigner son corps dans la salle de bain, sans plus me regarder.

Bien sûr la honte était au rendez-vous, elle aussi, salissant nos ébats, me culpabilisant à mort.

Quand tout a été à peu près rangé j'ai frappé discrètement à la porte de la salle de bain, il n'a pas répondu.

Mais je ne voulais pas repartir comme ça, sans un mot.

Quand il est ressorti, un pansement sur les lèvres, j'ai brièvement détourné les yeux. Son regard était las, il a commencé à fouiller dans la table de nuit, puis m'a tendu un paquet de billets :

- Tiens, tu peux y aller. Vaut mieux pas qu'il te voie ici.

- C'est quoi ?

- De l'argent, tu vois bien…

- Mais, tu me prends pour quoi ? ai-je rétorqué, humilié.

L'aventure romanesque se changeait en cauchemar tarifié.

Combien pour les coups ?

Ses épaules se sont haussées, et il a lâché :

- Tout travail mérite récompense, non ? Tu veux quoi, alors ?

- Rien, je ne veux rien… alors tu ne te souviens pas ?

- De quoi ?

- De l'an dernier.

Il a haussé les sourcils. J'étais redevenu le garçon d'étage, en endossant le costume un peu étriqué. Que m'étais je imaginé ?

- L'an dernier ?

- Oui.

- Non. Et alors ? Pourquoi je devrais m'en souvenir ?

- Parce que… euh. Nous nous étions un peu… rapprochés, tu ne te souviens pas ?

En fouillant les poches du peignoir il en a tiré une cigarette, qu'il a allumée en tremblant légèrement. Sur l'écran la cérémonie était terminée, des clips grossiers se succédaient sur une musique grasse, répétitive.

Une volute bleue a traversé l'espace :

- Non, je ne me souviens pas, désolé. J'étais en vacances ici, avec mes parents, et je me suis réveillé dans un hôpital, j'avais été agressé sur une plage, pas loin d'ici. Voilà, c'est tous mes souvenirs.

- Agressé par qui ? ai-je demandé, plus mort que vif.

- Aucune idée. Mes parents ont étouffé l'enquête, par peur du scandale. Il parait que c'est pour me protéger, a-t-il ajouté avec amertume.

- Mais toi, tu ne te souviens de rien ?

Sa tête s'est tournée vers la fenêtre, le large, les voiliers illuminés. Une espèce de sourire triste a effleuré son visage :

- Non, j'ai dû errer ou dormir, on ne m'a retrouvé que plusieurs jours plus tard, dans un autre hôtel. J'avais été drogué, parait-il. Plus de souvenirs, en tout cas. Même pas des jours avant l'agression. Faut dire que j'étais pas très bien, à ce moment-là. Je venais de rompre, j'avalais beaucoup de trucs. Enfin, je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça…

- C'est horrible…

Il parlait très bien le français, avec juste une pointe d'accent qui le rendait encore plus attendrissant. J'étais bouleversé par son histoire, mais il a juste haussé à nouveau les épaules :

- Pas forcément. Ce serait peut être pire de se souvenir, vu l'état dans lequel j'étais. Mais j'ai pas pardonné à mes parents. Ils ont seulement eu honte, les salauds. Enfin, surtout mon père. Comme si c'était de ma faute… Maintenant c'est fini, je ne les vois plus, ils n'existent plus pour moi. En tout cas mon père...

Un flot de tendresse m'a submergé –ou de culpabilité- j'aurais aimé le prendre dans mes bras, le consoler, lui demander pardon. Tout lui avouer – du moins ce dont je me souvenais.

Mais j'ai eu peur. Peur de gâcher le présent par le passé. Peur de la police, du scandale. Alors je me suis dit que le moment était passé, clairement, qu'il était trop tard.

Je n'avais aucune réponse à mes questions, juste la déception de n'avoir pas été reconnu. Et les doutes persistants.

Etait-ce moi qui l'avais agressé, ou y en avait-il eu d'autres ? J'avais sans doute pris de cette drogue moi aussi, pour ne plus me souvenir de rien. Le plus douloureux fut de réaliser qu'il ne se rappelait pas de moi, pas du tout.

- Faut vraiment que tu y ailles, tu sais… a-t-il répété d'un air ennuyé.

- D'accord, ai-je répondu, dépité. Je voulais juste te dire, je… je suis désolé.

- Désolé pour quoi ?

- Pour t'avoir fait du mal … ai-je répondu sans préciser que ça englobait aussi notre précédente rencontre.

Il a hoché la tête doucement, avec un sourire las :

- Du mal ? T'inquiète pas pour ça. Je trouverai une excuse. Allez, file, ou tu vas vraiment avoir des ennuis. Tu veux vraiment pas prendre l'argent ?

- Non, vraiment pas, ai-je répété en secouant la tête.

- C'était bien, tu sais. Tu t'appelles comment ?

- Harry.

- Bonne nuit Harry…

Un flot de chagrin a envahi ma poitrine alors qu'il se recouchait, nu, entre ses draps en soie. Je n'étais même pas sûr que le souvenir de mon prénom subsisterait plus longtemps que la trace de mon baiser violent sur ses lèvres.

Et putain, ça m'a fait mal.

A suivre…

Je réponds ici aux non inscrits :

Daphné : Merci pour tes compliments, ils me font énormément plaisir tu sais. Je pense que cette fic sera relativement longue car j'ai encore pas mal d'idées, donc… C'est vrai, « transat » est un joli titre que j'aurais pu adopter. Merci surtout de trouver que je me suis améliorée, c'est ce que je cherche, avant tout. Contente de savoir que j'ai (un peu) réussi ^^

Artaban : merci d'être séduit(e) et intrigué(e) par ma fic, merci pour ta review ^^

Camee : je suis très heureuse de « l'éblouissement et l'admiration », mais moins de te donner des envies de suicide… pas de bêtises, hein ? Non, je n'ai pas vécu les aventures de mes persos, mais les sentiments, si. Je suis heureuse que tu les ressentes toi aussi, et très flattée par la « Magie Pilgrim » ^^ (chuis toute rouge, là). Merci de trouver que j'ai du talent, tu me combles, tu sais ^^… c'est adorable de ta part. Merci pour tes vœux d'anniversaire ;)

Ghillo : c'est sympa de me laisser un petit mot pour m'encourager, j'en ai bien besoin, à vrai dire ^^…c'est vrai que je n'aime pas les histoires trop prévisibles, j'avoue ^^ merci pour ta review

Lydie : Merci d'apprécier cette histoire bien mystérieuse, et d'être prête à me suivre dans mes délires ;) Merci pour ta fidélité