AVANT TA PEAU

Chapitre 11

Miles Davis

UA

HPDM

Avertissement : cette fic n'est pas une bluette , les persos sont un peu « déjantés », par moments.

Encore merci à vous pour toutes vos réactions qui me comblent…

Clin d'œil à une chanson qu'on entend beaucoup à ce moment « J'écoute du Miles Davis » de Navii.

Le lendemain –non, le jour même, mais plus tard- j'ai repris mon service, les idées confuses et le corps lourd. Deux heures de mauvais sommeil n'avaient pas arrêté le cauchemar. On s'était quittés rapidement, un peu gênés après la fulgurance du coït, sans trouver une parole à se dire.

J'ai pris une douche tiède, enfilé mon costume de garçon d'étage machinalement, le café m'a à peine réveillé, j'étais encore dans les brumes de la nuit. Pourtant ça avait été une belle nuit étoilée, claire. Mais au matin il n'en restait que des volutes fines, comme une fumée de cigarette, qui me brouillaient un peu la vue.

Je me suis demandé ce qu'il avait raconté au couturier au sujet de son retard, mais leur relation n'impliquait pas forcément de jalousie. C'était un autre milieu, d'autres usages.

Je n'ai pas été servir le petit déjeuner dans la suite 509, je ne l'ai même pas croisé avant son départ. Pour lui dire quoi, de toute façon ? « Pardon » ?

Ce qui m'agaçait le plus était mon incapacité à savoir qui abusait de l'autre dans cette relation, si on peut parler de relation. Je m'étais promis de ne plus avoir de rapport avec lui, j'avais échoué misérablement. La discussion n'avait servi à rien, elle n'avait rien empêché. Peut-être parce qu'il n'y avait pas d'autre terrain d'entente que le sexe, entre nous, malgré mes illusions.

- Alors, ça s'est bien passé, hier soir ? m'a demandé Julia en me rejoignant à la cantine, à midi.

- Bien sûr, pourquoi ça se serait mal passé ?

- Je ne sais pas. C'est juste une expression. Pas trop crevé ?

- Si, un peu, oui.

- Bah, ça valait le coup, pour le fric, non ?

- Tu crois ? ai-je demandé en observant la tranche de melon juteuse dans mon assiette.

Est-ce que l'argent justifiait tout ? A partir de quelle somme ? Brièvement j'ai repensé aux photos et à Draco, mais j'ai secoué la tête pour chasser ces pensées gênantes. Une fois de plus il fallait que je l'oublie, plus que jamais.

- Tu es bien silencieux, Harry.

- Oh, je suis crevé. Je ne recommencerai pas, je pense, ai-je ajouté sans très bien savoir de quoi je parlais.

Elle a continué à bavarder, je ne l'écoutais plus vraiment. Je n'avais que deux certitudes : je devais l'oublier, je devais me fiancer. Ou l'inverse.

- …et à la rentrée, tu vas faire quoi ?

- Me fiancer, pour de vrai. Avec une cérémonie et tout.

- Quoi ? Vraiment ? Mais je croyais que tu détestais l'idée de mariage, que tu ne voulais pas te passer la corde au cou ?

- Ah oui ? J'ai dit ça ?

- Oui, oui, tu l'as dit, je te jure, pas plus tard qu'il y a quelques jours. C'est ta copine qui insiste ?

- Non, non…

- Harry, tu es sûr que tu vas bien ?

- Euh… non, pas trop en fait. Je vais me coucher tôt ce soir, je crois.

- Écoute, si tu ne lui en as pas encore parlé, réfléchis. On ne se fiance pas comme ça, sur un coup de tête.

- Pourtant on fait beaucoup de choses sur un coup de tête, parfois… ai-je murmuré, plus pour moi que pour elle.

Elle a acquiescé d'un air rêveur, j'ai replongé mon nez dans mon assiette de crudités, un peu perdu. Je me répétais que tout cela n'avait aucune importance, que c'était une passade, mais je commençais à connaître mes salades par cœur, et elles étaient rances.

L'après-midi je suis retourné à mon poste de distributeur de serviettes, un peu nauséeux. Trop de stress, trop peu de sommeil. Les familles s'égaillaient sur les transats et sous les parasols, une ambiance bon enfant avait supplanté l'ambiance jet-set de la soirée. Je regardais les familles tranquilles, me demandant qui j'étais devenu.

J'avais honte de ce que j'avais fait, honte de m'être parjuré si facilement. Comment avais-je pu retomber si facilement dans le sexe, alors que je m'étais juré de sortir de ce cercle vicieux ?

Les yeux fixés sur les flots agités de la piscine, sourd aux cris enfantins, j'essayais de me rappeler de notre dialogue, mes arguments, ses objections. Je ne comprenais pas son laisser aller –laisser faire-, son espèce de paresse morne. Bon dieu moi j'avais envie de lutter, de me faire place dans la société, d'exister. Lui se contentait d'être, de paraître, sans se poser de questions, du moins c'est ce que j'imaginais.

La vérité était que je ne connaissais pas grand-chose de lui, de son passé, de sa vie. Je ne savais pas par quel hasard –quel enfer ?- il avait glissé d'une dépression à un esclavage charnel, une sorte de prostitution de luxe. Impossible de croire que c'était par amour, son attachement au couturier me paraissait très aléatoire, plutôt ambigu. Presque purement alimentaire. Ce dernier l'avait sans doute recueilli comme un oiseau blessé, après son agression de l'an passé, et le gardait comme tel, lui permettant de chanter parfois, mais pas de s'envoler.

Un petit garçon a glissé le long de la piscine, provoquant un vif émoi chez les adultes, bien vite oublié. Une femme est venue le gronder, que j'ai identifiée comme sa mère, mais ça aurait aussi pu être sa grand-mère, son visage était caché sous un chapeau. Je ne la reconnaissais pas, ni l'enfant. Autant je m'étais intéressé aux vacanciers au début de mon boulot, les classant par catégorie avec Julia, autant ils m'indifféraient à présent. Je ne reconnaissais plus personne, ni les enfants ni les parents, je n'étais préoccupé que de ma propre vie. Et celle de Draco.

En fait Draco était sûrement heureux d'être en cage, pour reprendre l'image de l'oiseau, il craignait plutôt l'envol, d'après ce que j'avais compris. Son côté lisse et résigné m'avait énervé, mais au bout du compte, quand j'y réfléchissais, il avait eu ce qu'il avait voulu –du sexe facile- et pas moi.

Mais qu'est-ce que je voulais, au fond ? Le sauver, pourquoi faire ? Vivre avec lui ? Une nuit ? Une semaine ? Un mois ? C'était inimaginable à long terme, foutu d'avance.

J'ai ressorti une pile de serviettes propres en me disant que je ne voulais que son bien, qu'il soit clean, même sans moi.

Malgré moi je me repassais la conversation en boucle, trouvant de nouveaux arguments, plus convaincants, plus pertinents. Peu à peu sa résistance s'amenuisait et il m'écoutait, me comprenait, me suivait. Au bout d'une heure de rêverie je nous imaginais ensemble, lui clean et moi grandiose, partageant un appartement à Paris, allant à la même fac, heureux.

Ben voyons. T'as qu'à croire.

A 18 heures j'avais une migraine infernale, des courbatures et le moral à zéro.

J'avais touché sa peau, plus précisément je l'avais dans la peau, lui m'avait sans doute déjà oublié. Je me souvenais très précisément de sa manière de me dire « C'est sympa de vouloir me sauver, juste pour une nuit ensemble », et ça me bouffait. Littéralement. Ces mots me creusaient un trou dans la tête, l'estomac, le cœur.

Juste pour une nuit ensemble.

Je savais que je passerais le reste de mon été à me rappeler de lui, immobile devant ma guérite, pendant qu'il voyagerait dans les plus beaux pays du monde et croiserait des hommes plus marquants que moi. Je n'avais sans doute été qu'un amusement passager, un extra du Grand Hôtel.

Après mon service j'ai enchaîné les pastis au comptoir du réfectoire, avec Matthieu, heureux de l'aubaine :

- Ah enfin tu commences à profiter de la vie !

- Ouais. Comme tu dis. Vas-y, ressers-moi en un…

- Fais gaffe, t'as pas l'habitude ! Si ça continue, tu vas pas trouver ta chambre, ce soir.

- Boh, c'est pas grave, j'irai dans la tienne… Tu me ramèneras.

- Ah ! Ah ! Trop d'humour ! J'ai pas envie que tu sois malade cette nuit, je veux pas te border. D'ailleurs j'ai un rendez-vous ce soir, je rentrerai plus tard.

- Ah bon ?

- Ouais. Une petite de l'hôtel à côté, mignonne.

- T'as jamais couché avec une cliente ? ai-je demandé sans réfléchir.

- Ouh là ! Surtout pas. Faut jamais s'amuser à ça, mon gars. Gros danger. Un coup à se faire mettre à la porte. Pourquoi ? Une cliente t'a proposé un truc ?

- Euh… non. Non, non. Simple curiosité.

- Pas touche, Harry. Les clients c'est sacré, surtout ceux de cette catégorie. T'es rien, pour eux, un passe-temps. Un joujou. Et l'amusement suivant c'est de demander ta tête au Directeur, a-t-il ajouté en reposant son verre vide sur le comptoir. Qui se fera un plaisir de la leur donner, pour les satisfaire.

J'ai vaguement hoché la tête, il s'est levé et s'est éloigné d'un pas sûr. Moi j'avais la tête qui tournait et le cœur à l'envers, alors j'ai repris un verre, que j'ai bu cul sec. Je me suis dit que ça m'aiderait à passer le reste de la soirée, voire de la nuit.

Pour le reste de la semaine et même du mois il faudrait trouver autre chose, je ne voyais pas bien quoi.

« Difficile d'oublier le cul de ce maudit blond », me suis-je dit avec désinvolture, comme si je m'en foutais.

Puis j'ai titubé jusqu'à ma chambre où je me suis écroulé comme une masse, enfin.

oOo oOo oOo

A partir de là j'ai tout fait pour me convaincre que tout cela était anecdotique, une passade charmante. J'ai passé des heures à essayer de l'oublier, mais tout me ramenait à lui, forcément. Les couloirs du cinquième étage, les transats de la piscine, les vestiaires du personnel –dans lesquels je cherchais des traces de nos frissons-, la plage, en bas.

J'ai cherché en vain une réservation du couturier sur le planning trimestriel, rien.

J'ai interrogé –subtilement- Matthieu pour savoir s'il venait souvent, il m'a répondu qu'on le voyait deux ou trois fois par an, en général. Toujours accompagné par un autre bellâtre –a-t-il ajouté en me jetant un coup d'œil sceptique. Bien sûr je n'ai pas échappé aux chapelets de mises en garde sur les clients, surtout les riches et célèbres, qui vous broient sans frémir. Je connaissais tout ça par cœur, je savais que j'aurais mieux fait de me taire, et pourtant je ne pouvais pas m'empêcher de parler de lui.

Ridicule.

Julia m'a également répété à plusieurs reprises que j'étais bizarre, pas dans mon état normal. J'ai affirmé avec constance que j'allais bien, que rien n'avait changé. Je trouvais que je donnais plutôt bien le change, je n'avais rien renversé dans les chambres des clients en leur apportant leur petit déjeuner, pas perdu une seule serviette.

J'avais juste l'impression de vivre deux vies parallèles : une simple, celle du garçon d'étage empressé, moyennement souriant et l'autre plus complexe, celle de l'intoxiqué que j'étais devenu, intoxication sentimentale ou sexuelle, je n'en savais rien, mais il était à côté de moi en pensée, avec moi, tous les jours, partout.

Surtout les nuits. Dès que je fermais les yeux son corps s'imposait à moi, et cette douceur, toujours. La douceur de sa peau, de ses membres frêles, et la douceur qui émanait de lui, celle de son caractère –ou de son manque de caractère. Cette fragilité qui m'agaçait et m'émouvait en même temps. Me donnait envie de le secouer et de le protéger, aussi.

J'ai revécu cent fois nos étreintes, chaque geste, même si à force d'y penser les souvenirs réels s'effaçaient et étaient supplantés par mes désirs. Au bout du compte le garçon frêle et indifférent devenait un ange fragile.

Le manque de son corps était violent, je me caressais chaque soir en pensant à lui, mais le plaisir était bien faible par rapport à nos étreintes. Je mettais tout ça sur le compte de la jeunesse, la chaleur. Je me forçais à imaginer plutôt ma fiancée –presque fiancée- au début de mes caresses, mais immanquablement son corps à lui s'imposait à moi, par morceaux, une nuque, un ventre, ses fesses, jusqu'à l'orgasme.

C'était devenu une sorte de rituel grotesque : je profitais de l'absence de Matthieu- qui regardait souvent la télé le soir ou jouait aux cartes- pour m'étendre sur mon lit, immédiatement une vague de désir montait irrésistiblement, me forçant presque à me soulager.

Le plus difficile était de ne pas murmurer son prénom à l'instant crucial, je n'y arrivais jamais. Son prénom franchissait chaque soir mes lèvres, moi qui avais passé la journée la bouche fermée, pour ne pas le laisser échapper.

oOo oOo oOo

Tout cela aurait peut-être pu s'arranger si un matin, en servant un petit déjeuner en chambre, je n'avais pas jeté négligemment un coup d'œil sur une revue people abandonnée sur un lit, et reconnu le couturier sur une photo.

Mon cœur s'est serré, je me suis penché sur le magazine, comme un imbécile, au grand dam de la cliente, et j'ai aperçu une silhouette blonde, derrière lui. C'était lui, j'en étais sûr. La photo avait été prise à l'inauguration d'une nouvelle boite de nuit, à Ibiza, la semaine précédente. Je ne pouvais pas détacher mes yeux de l'ombre à moitié cachée par KK et une starlette, verres à la main.

Une autre soirée jet-set, une autre fête, Draco s'amusait comme un fou, je faisais l'idiot dans cet hôtel de luxe.

- Vous avez un souci, jeune homme ? a fini par demander la cliente, effrayée par mon immobilisme.

- Euh… oui. Mal au dos. Mais ça va passer, ai-je dit en me redressant avec une grimace.

- Mal au dos ? Si jeune ? a-t-elle repris avec prévenance, en me souriant. C'est à cause de votre métier ?

- Oui, je crois, ai-je menti d'un air modeste.

- Faites attention, quand même. Vous êtes si jeune…

- Merci madame, ai-je soufflé tandis qu'elle me regardait m'éloigner avec regret.

Son mari était dans la salle de bain, elle était plutôt belle, la bonne trentaine, bien bronzée. Avenante.

- Attendez !

Elle s'est approchée de la porte alors que j'allais sortir, j'ai senti qu'il aurait pu se passer plus, que j'avais attiré son attention, qu'elle espérait plus. Par ennui ?

Au moment où j'allais ouvrir la porte elle a glissé rapidement un billet de cinq euros dans ma main, en murmurant :

- Faites attention à vous… Harry, a-t-elle ajouté en lisant mon nom sur mon badge, accroché au revers de la veste bleu marine.

- Merci beaucoup, madame…

Nos sourires se sont prolongés, sans que je sache vraiment pourquoi. Peut-être étais-je perdu, en manque d'affection, ou juste bouleversé par la photo.

Je suis ressorti la tête ailleurs, sur un petit nuage, et j'ai dû m'appuyer quelques instants contre le mur du couloir, le temps d'analyser ce qui venait de se passer.

Au bout de quelques secondes je n'avais plus qu'une certitude : il fallait que je retrouve ce magazine, pour lire l'article. En savoir plus. Voire même éplucher d'autres magazines, après tout ce couturier était une star, et on était en pleine saison. Au moins je saurais où était Draco, ce qu'il faisait.

Comme si ça allait m'avancer à quelque chose.

Tout cela est débile, c'est ce que je me répétais en feuilletant en douce les magazines du salon de coiffure, sous l'œil réprobateur du gérant. Et je n'ai pas été déçu.

Plusieurs photos de KK agrémentaient les pages people, dont une où on reconnaissait bien Draco. Ça m'a bêtement fait plaisir de le revoir, comme un vieil ami dont j'aurais des nouvelles. Il y avait aussi un long article sur le couturier dans un magazine féminin, dans lequel il lâchait quelques confidences sur sa vie privée, avouant être très heureux, depuis quelques mois. A la question de la journaliste –plus que complaisante- sur ce « nouveau bonheur », il a juste révélé avoir rencontré « une muse » qui lui inspirait ses nouvelles créations, par « sa grâce, sa fragilité », et ma main s'est crispée sur le papier glacé.

Ça ne pouvait être que lui, je n'aurais pas parlé de lui en d'autres termes, mais ça prouvait que leur relation était plus sérieuse que ce que je pensais. Du moins du côté du couturier.

Parce que Draco ne souriait pas vraiment, sur les photos prises à l'arrachée ou plus posées du créateur, il semblait plutôt indifférent. Ou ailleurs. Ca faisait longtemps qu'il était ailleurs, en fait je ne l'avais jamais connu autrement.

J'ai souri en passant mon doigt sur la photo, le soir dans ma chambre –j'avais arraché en douce quelques pages, chipé le magazine féminin déjà bien usé.

J'avais patienté difficilement toute la journée dans l'espoir de découvrir de nouveaux trésors entre ces pages, de me rapprocher de lui, un peu. Peut-être une photo inédite, une info sur lui.

J'étais allongé sur mon lit, tournant les pages avec fébrilité, une boule dans l'estomac. Je n'avais jamais été fan d'une star avant mais j'imaginais que ça devait ressembler à ça, cette excitation un peu glauque, avide.

J'étais heureux de lire ces articles, de découvrir ces clichés même flous mais j'avais besoin d'en savoir plus, d'en voir plus, beaucoup plus. Le papier un peu froissé ne me suffisait plus.

Alors, comme un junkie en manque j'ai tapé le nom du créateur sur mon moteur de recherche, et soudain j'ai eu sous les yeux plein de liens divers vers lui, sa vie, son œuvre, ses photographies.

Je me souviens parfaitement que la nuit tombait à peine dans ma chambre, j'avais regardé par la fenêtre, le ciel bleu était barré d'une trace rouge, rose sur les bords. Un ciel magnifique, mais je comptais bien me repaître d'autres images, virtuelles, bien moins poétiques, comme un mec affamé se jette sur des nourritures bien grasses, jusqu'à l'écœurement, délaissant un plat simple et équilibré.

J'ai cliqué sur « KK photography », immédiatement des photos sont apparues, des photos de mode, mais pas seulement. Des photos d'hommes, aussi, plus ou moins habillés, plus ou moins mis en scène. Des photos en noir et blanc exclusivement, faisant référence à des expositions, chez des galeristes européens, parfois japonais.

Elles étaient belles, superbement cadrées et éclairées, même si je n'y connaissais rien.

En passant de liens en liens j'ai découvert des clichés de plus en plus érotiques, quoique d'une froideur un peu clinique. Jamais d'expressions sur les visages, que des corps luisants, parfaits, comme si la recherche du photographe avait été purement anatomique.

Pourtant peu à peu je sentais mon sexe se gonfler, sensation presque douloureuse puisque j'étais couché sur le ventre. Les corps étaient beaux, les positions évocatrices, perverses parfois. J'avais de plus en plus chaud, malgré le côté glacé de l'œuvre.

Je cliquais de cliché en cliché, cherchant plus de sensations, comme un drogué.

Je commençais à me frotter doucement sur le lit, sans vraiment m'en apercevoir.

J'écoutais du jazz à la radio, sans doute du Miles Davis. Puis J'ai mis un flot de musique planante, un peu trop fort, pour que le voyage soit parfait. Pour planer un peu plus, les yeux égarés dans les photos de corps masculins. C'était la première fois que je consultais ce genre de site, la première fois que j'avais envie de regarder ce genre de spectacle, que d'ordinaire je trouvais navrant. Des hommes nus.

J'avais honte, mais je voulais en voir plus.

Les clichés n'étaient pas pornographiques, juste érotiques, mais j'étais troublé plus que de raison, surtout de penser qu'ils avaient été pris par l'amant de mon amant, et que je risquais de tomber sur une de ses photos, à lui.

En découvrant un lien sur « la nouvelle série de photos » du photographe consacrée à son modèle favori, j'ai retenu mon souffle. Je mourais d'envie de voir Draco nu sur papier glacé, et j'avais peur en même temps. Je l'avais fortement idéalisé, je craignais de découvrir un garçon vulgaire, dans des postures de mauvais goût.

Peur de le revoir nu surtout, de retomber amoureux –comme si j'avais cessé de l'être, à un moment.

J'ai jeté un dernier coup d'œil dehors, il faisait totalement nuit, une nuit étoilée, parfaite, mais je devais me dépêcher, Matthieu n'allait pas tarder à revenir et il n'aurait pas compris mon goût soudain pour la photographie. Surtout ce genre de photographie. J'étais déjà passablement excité, je n'avais qu'une envie, me soulager manuellement, mais il fallait d'abord que j'aille au bout de ma découverte, que je voie ces épreuves.

Alors j'ai cliqué et un frisson violent m'a parcouru, en découvrant Draco à demi nu, sur de belles images en noir et blanc. La première le montrait debout de face sur un balcon, le corps exposé à demi dévoilé par l'entrebâillement d'un peignoir noir, les jambes légèrement écartées. Sa posture était provocante alors que son visage restait neutre, caché derrière des lunettes de soleil. Il était si beau que j'en ai eu le souffle coupé, quelques instants. Le flot de désir ne faisait que s'accroitre alors que je détaillais chaque parcelle de peau découverte, je crois que j'ai gémi malgré moi.

La photographie suivante le représentait nu sous une douche, se lavant les cheveux, le flot d'eau mousseuse cachant opportunément son pénis. Il était pris d'un peu loin, totalement inexpressif, et le cliché était flou par endroit, ce qui accentuait encore le côté érotique, comme les images brouillées de Canal Plus. Je suis resté de longues minutes à le regarder presque sans respirer, les nerfs à vif, le sexe comprimé.

Il y avait une sorte de jouissance à ne pas bouger et laisser le désir monter, alors qu'il m'aurait été si facile de glisser ma main dans mon jean et me caresser pour relâcher la tension.

Le cliché suivant le montrait nu, de dos mais penché en avant, toujours sur un balcon. Il se tenait le buste au-dessus de la balustrade, jambes croisées, fesses en arrière, croupe offerte, invite explicite, même s'il n'écartait pas les jambes. Le voir dans cette position libertine, qui me rappelait notre dernière étreinte, a cramé mes derniers neurones et j'ai joui brutalement, tout habillé, juste en me cambrant un peu.

Je n'avais pas encore récupéré que j'ai entendu des bruits de pas dans le couloir, alors j'ai fermé mon ordi en vitesse, l'image de Draco nu encore collée sur la rétine.

Je me suis précipité sous la douche, l'esprit confus totalement empli de son corps, son corps superbe et dénudé que je pourrais retrouver dès le lendemain sur mon écran, dès que je serais seul. Cette idée m'a excité à nouveau et en faisant mousser le gel douche sur mon pénis j'ai recommencé à me caresser, presque sans m'en rendre compte, jusqu'à l'éjaculation, en m'imaginant être lui, nu sous la douche, photographié par le couturier austère.

En me rhabillant une pensée me taraudait, comme une idée fixe : ce balcon ressemblait énormément à celui de la suite 509, même si ce fait n'avait pas attiré mon attention au début. Et si ces photos dénudées avaient été prises ce fameux jour où il était en peignoir sur la terrasse ? Et s'il avait été shooté sous les coutures par le créateur, juste après ou avant ma venue ? Il fallait absolument que je vérifie, dès le lendemain, car cette possibilité me mettait sur des charbons ardents, m'excitait d'autant plus. Imaginer Draco nu sur la terrasse me faisait bouillir le sang, me précipitait dans un enfer de désir et de péché, un enfer tentateur.

J'avais découvert un monde nouveau, vicieux, je sentais que je n'avais pas fini de m'y vautrer, en son absence. Il a fallu longtemps pour que je m'endorme, ce soir là.

A suivre…

Je réponds ici aux non-inscrits :

Maud : Merci pour tes compliments, merci d'aimer mon histoire !

Merci de votre lecture, merci de vos commentaires ! Un grand merci à celles qui relisent cette histoire, que j'ai sortie en livre, disponible sur le site « the book edition » sous le nom Nathalie Bleger.

Je vous signale également que la version illustrée de « Mon ciel dans ton enfer » est en prévente aux éditions YBY, dans un coffret collector magnifique. Toutes mes félicitations à l'illustratrice, Clock-D, qui fait un boulot formidable. Vous pouvez en trouver des extraits sur le site des éditions YBY, pour vous faire une idée.

A bientôt ?