Chapitre 18
Stressed out
Retour à nos amoureux...
"Stressed out" est un titre de 21 pilots.
Dans le train qui nous menait à Paris j'étais un peu moins serein que dans celui que nous avions pris quelques jours avant, la tête encore emplie de la discussion houleuse avec ma mère, la veille au soir, et de ses suites.
Lui annoncer de but en blanc que je ne retournerais pas dans ma chambre d'étudiant – outre l'aspect purement matériel - avait été difficile, et sa réaction d'étonnement puis de suspicion avait vite eu raison de mon sang-froid. Je pensais m'en tirer avec une vague histoire de co-location mais elle avait tout de suite trouvé la faille : le financement. Qui allait payer, quel montant, quelle assurance, caution collective ou individuelle, montant des charges, j'avais eu droit à la totale et mes quelques « je ne sais pas, on verra ça plus tard » n'ont fait qu'accroître son courroux et son appréhension.
Draco était en face de moi, sur le canapé, fixant la télé en sourdine, mais ses coups d'œil anxieux en disaient long sur son état d'esprit. J'avais largement minimisé l'affaire le matin même, pour le rassurer, expliquant fièrement que ma mère n'y verrait que du feu, mais là je commençais à voir rouge et je n'arrivais plus à faire semblant.
« Mais c'est qui, ce garçon, bon sang ? » avait demandé ma mère à plusieurs reprises, sans que je réponde clairement. Évidemment ça avait entraîné toute une vague de questions complémentaires : « Il est étudiant en quoi ? Il a quel âge ? Comment tu l'as rencontré ? Il habite où ? Ses parents font quoi ? ». Toutes les qualités pratiques de ma mère, son bon sens et son organisation me pétaient à la gueule, autant parce qu'elle se méfiait que parce qu'elle n'avait pas tout organisé elle-même, et ça c'était tout bonnement impensable pour elle.
J'ai fini par lui raccrocher au nez, fou de rage, alors qu'elle me menaçait de me couper les vivres si elle n'obtenait pas une copie du contrat de bail.
Je suis resté quelques secondes immobile, le téléphone à la main, tentant de reprendre ma respiration et de retrouver mon calme.
- Ca va ? a demandé Draco en faisant une petite grimace.
- Tu parles ! Magnifique… Tu verras qu'elle ne me lâchera pas tant qu'elle n'aura pas tous les détails, et je m'attends à ce qu'elle demande à visiter l'appartement !
- Chez moi ?
- Ben, oui, chez toi. Et elle ne comprendra pas si je lui dis que je ne paye pas de loyer. On va quand même pas faire un contrat de location factice ?
Draco a haussé les épaules, d'un geste signifiant « je m'en fiche » et je lui ai envié son calme. J'ai remis le téléphone à sa place, écœuré, et j'ai recommencé à m'attaquer à mes ongles que je ne rongeais plus depuis longtemps, en essayant de me concentrer sur le programme de la télé.
- Je comprends pas que tu regardes des conneries pareilles, ai-je déclaré devant l'émission de téléréalité qu'il regardait.
- Eh bien mets autre chose alors, a-t-il répondu, légèrement froissé.
- Non, laisse, de toute façon je m'en fous, je n'ai pas la tête à ça.
Même le paysage superbe depuis le salon de mes parents ne me consolait pas, pas plus que l'idée qu'on allait partir ensemble. La nervosité me crispait les épaules et j'en voulais à tout le monde, comme un idiot.
- T'inquiète pas comme ça, Harry, elle va pas te laisser comme ça, sans revenus. Je suis sûr qu'elle s'y fera.
- Tu connais pas ma mère. Elle va chercher à tout prix les tenants et les aboutissants, elle voudra tout savoir, ça va être l'horreur.
- Et pourquoi tu lui dirais pas la vérité ? a-t-il soufflé en me fixant intensément.
- La vérité ? Quelle vérité ?
- Qu'on va habiter ensemble, un point c'est tout.
- Tu veux dire… ?
- Qu'elle comprenne qu'on vit ensemble, quoi.
- Alors que je n'ai jamais habité officiellement avec Mélanie ? Oh là là ! Ah non, ça c'est juste pas possible. Je te dis pas le sermon que je vais entendre… ai-je répondu en secouant catégoriquement la tête.
Le visage de Draco s'est refermé, il a demandé :
- Pourquoi ? T'as honte de moi ?
- Draco… J'ai déjà essayé de t'expliquer, je crois. J'ai pas honte de toi, mais… c'est impensable, pour mes parents. C'est une petite ville, ici, tu sais. Ils ne peuvent pas comprendre ce genre de choses. On n'est pas à Paris ou Londres, ici. Non, je… je ne suis pas prêt. Pas maintenant.
La lueur dans ses yeux signifiait : « Quand, alors ? » mais il a juste hoché la tête puis s'est levé pour aller sur la terrasse, sans un mot. J'ai eu envie de me lever pour lui expliquer que j'étais désolé, incapable de gérer ça mais je crois qu'au fond je lui en voulais un peu de m'avoir mis dans une panade pareille.
J'avais toujours été un fils modèle, un peu tête de mule mais travailleur, honnête et droit. La fierté de mes parents. Et là je venais de plaquer ma copine et mon job sur un coup de tête, après avoir failli redoubler mon année à cause d'une mononucléose attrapée sur une plage un soir d'été. Rien d'avouable.
C'était très dur pour moi de quitter le rôle du fils modèle, même par amour pour Draco. Je payais cher mon coup de cœur, tout cela me paraissait un peu injuste.
Je l'ai vu s'installer sur un transat, sur notre terrasse, et j'ai eu un petit haussement d'épaules méprisant, à croire qu'il ne savait rien faire d'autre. Il se reposait quand moi j'étais dans la merde, et par sa faute.
Puis j'ai secoué la tête, il ne fallait pas que je me trompe de cible, de colère. Il n'était pas responsable de la connerie et l'étroitesse d'esprit de ma mère -et de la société-, en fait il était mon seul soutien.
Et encore la colère de ma mère n'était rien face au silence de mon père, qui m'étonnait. Il n'était pas du genre à badiner sur la morale, c'était un ancien militaire. En fait je crois que la situation était tellement ingérable pour lui qu'il ne voulait même pas l'évoquer ou en parler, car ça lui aurait donné une existence. Le silence et l'indifférence étaient ses seules armes devant l'intolérable. Je me souvenais de certaines discussions de mes parents, quand j'étais petit, à propos de mon oncle « célibataire », et du mépris subtil de mon père. Tout cela ne pouvait pas exister dans sa famille, ça n'arrivait que chez les gens mal élevés, ou vicieux. Finalement il n'était pas très éloigné du père de Draco, d'une certaine façon.
Je suis resté longtemps sur mon fauteuil à me ronger les ongles, incapable de prendre une décision tranchée, anticipant déjà les réactions de ma mère devant mes semi aveux. C'était beaucoup plus dur que je ne l'aurais cru, pourtant j'étais adulte. En principe.
Le soir nous avons dîné silencieusement, je pense que ma mine lui faisait peur et Draco n'était pas du genre à affronter la colère d'autrui, plutôt à fuir. Il préférait se taire que de dire une parole qui m'aurait énervé, et je lui en voulais aussi pour ça, au fond. Pour son manque de courage –qui n'était que le pendant du mien, sans doute.
A la fin du repas je me suis aperçu qu'il n'avait pas touché à son assiette, ce qui a renforcé mon énervement :
- Pourquoi t'as rien mangé ?
- Parce que j'avais pas faim…
- Raconte pas de conneries ! C'est parce que je fais la gueule ? Eh oui, je fais la gueule, je ne suis pas un saint, moi, mais c'est pas pour ça que tu dois entamer une grève de la faim.
Son front s'est plissé et ses yeux sont devenus presque noirs :
- Arrête, Harry… Je ne mange pas beaucoup, tu le sais. C'est comme ça, et c'est tout. N'insiste pas, tu me rappelles ma mère.
- C'est pas vrai… Tu mens. Quand tu es heureux, tu manges. Draco, ne me fais pas de chantage affectif, ça va pas le faire, je te jure.
- Du quoi ? Chantage quoi ?
- Affectif. Genre « Si t'es pas gentil avec moi je me laisse mourir de faim et c'est de ta faute… »
- Quoi ?
Il s'est levé d'un bond et s'est précipité dans la chambre, me laissant fortement énervé devant son assiette pleine, sur la table. C'était un gaspillage intolérable pour moi, j'avais été élevé dans le dogme « on ne gaspille pas la nourriture » et une assiette pleine à la fin du repas était un crime impardonnable.
J'entendais dans ma tête les réflexions de ma mère et dans la chambre d'à côté les pleurs de Draco, c'était l'enfer. J'ai filé un grand coup de pied à la table, faute de mieux, me faisant atrocement mal à l'orteil et je suis resté sur un pied, en train de sautiller en jurant.
- C'est pas possible, j'en peux plus… Ca peut pas continuer comme ça.
Malgré la douleur de mon pied j'ai enfilé mes baskets et je suis sorti courir, dans la douceur d'un soir de fin d'été. C'était le meilleur remède pour me calmer, la seule manière de vider cette énergie négative en moi. Draco n'a pas levé la tête vers moi quand je suis passé près de lui pour sortir, je me suis demandé s'il allait bouder longtemps, s'il me pardonnerait, puis peu à peu je me suis concentré sur ma course, mon souffle, le paysage.
Il était tard déjà, le jour tombait dans des dégradés de rouge extraordinaires et un calme étrange flottait dans l'air, dans le village. Quelques rideaux se sont soulevés à mon passage, d'habitude personne ne sortait plus à cette heure-ci, c'était la fin des infos. Je me doutais des commentaires des voisins, des rumeurs, à la fois ça m'emmerdait et je m'en foutais, avec un peu de chance je ne reviendrais plus.
J'étais tellement perturbé que je me disais que j'allais rompre avec mon passé, mes parents, tout quitter et filer à Paris pour vivre avec Draco, même temporairement. Temporairement parce que je n'étais pas sûr de supporter ses scènes. Je ne reconnaissais plus le garçon hautain qui m'avait séduit, sa fragilité commençait à me taper sur les nerfs.
Sans doute l'amour avait réveillé cette part de lui, qu'il cachait avant sous une allure arrogante mais je n'étais pas tout à fait sûr d'être assez fort pour combler tous ses manques et supporter son attitude pusillanime.
Quand je suis rentré il était assis sur le sol de la chambre, coincé entre l'armoire et la porte, là où je l'avais retrouvé peu de temps avant, prostré. Moi j'étais en sueur, essoufflé mais rasséréné. La course m'avait vidé la tête, les idées noires avaient disparu au fur et à mesure que le soleil plongeait derrière les montagnes.
- Draco, lève-toi, reste pas par terre.
- Fous-moi la paix !
- Tu te comportes en enfant, tu sais ?
- M'en fiche. Laisse-moi.
Visiblement lui avait ruminé pendant ce temps-là et ne m'avait rien pardonné. J'ai attrapé ma serviette et je suis parti prendre une douche, avec la ferme intention de ne pas rentrer dans son jeu. Il se calmerait tout seul, je n'allais pas le supplier.
Je me suis ensuite allongé sur le canapé pour regarder la rediffusion d'un vieux film comique, qui m'a fait sourire. C'était étrange de me retrouver seul soudain, d'ordinaire nous nous blottissions l'un contre l'autre et dégustant un pot de glace à la vanille et aux pépites de chocolat, en critiquant les programmes avec désinvolture.
Aucun son ne venait plus de la chambre, j'étais partagé entre l'envie de le rejoindre, le besoin de le serrer dans mes bras et mes principes à la con. Je me suis forcé à attendre la fin du film avant d'aller le retrouver, et me coucher. Je préparais des arguments dans ma tête, voire des excuses. J'avais un sale caractère mais mes colères, même violentes, retombaient vite et j'étais incapable de faire la gueule longtemps à mes proches, à mon grand désespoir parfois.
Tout était sombre dans la chambre, il n'y avait plus personne par terre, mon cœur s'est serré quelques instants puis j'ai entrevu une forme dans les draps défaits, et j'ai respiré.
Je le détestais par moments autant que je l'aimais profondément, je ne me comprenais plus.
Je me suis allongé à côté de lui dans le lit, je ne portais qu'un caleçon, lui était nu, comme chaque nuit. La nudité était un état naturel chez lui, qui ne le troublait pas ni le gênait. Moi en revanche son corps ne me laissait pas indifférent, je crois qu'on aurait pu dire qu'il m'obsédait, par sa beauté et sa douceur. Sans plus résister je me suis collé à lui, qui me tournait le dos, et sa peau a déclenché des milliers de frissons, comme à chaque fois. Je ne m'y habituais pas, sa peau me rendait fou, malade de désir, j'avais besoin de le toucher et de le caresser chaque soir, c'était une véritable drogue.
Il a frémi mais n'a pas bougé, alors j'ai laissé mes mains aller à la rencontre de son corps, de son buste à son ventre, et je me suis aperçu qu'il tremblait légèrement. J'ai pensé qu'il avait froid, malgré la chaleur de cette fin d'été et j'ai remonté le drap sur lui et moi, enlaçant ses jambes de mes jambes.
Pourtant il restait immobile et contracté, et j'ai découvert avec déception qu'il ne bandait pas alors que moi j'étais dans un état indescriptible déjà. Je me suis employé à essayer de le détendre par mes caresses et baisers, en vain.
- Draco, regarde-moi. Qu'est-ce qui ne va pas ?
Pas de réponse.
- Tu m'en veux pour tout à l'heure ? Tu es fâché ?
J'ai doucement essayé de le faire se retourner vers moi, mais il s'obstinait à me tourner le dos, recroquevillé, enfouissant partiellement son visage dans son oreiller.
- Excuse-moi, mon amour. Je n'aurais pas dû te parler comme ça, ai-je murmuré en couvrant sa nuque de baisers.
Je passais inlassablement mes mains sur lui, presque sans le vouloir, incapable d'arrêter le frottement de ma verge contre ses fesses serrées, incapable de cesser de le toucher.
Le fait qu'il soit crispé rendait son corps plus maigre encore, plus fragile et j'avais envie de le consoler, le protéger, du moins consciemment, parce que mon corps ne répondait plus, menait sa vie propre, instinctive.
- Retourne-toi mon amour… Regarde-moi. Pardonne-moi, je suis désolé. Je t'aime, tu sais, je t'aime, ai-je gémi dans une litanie absurde, le cœur déchiré mais le sexe tendu, gorgé de désir.
Au prix d'une lutte avec moi-même j'ai réussi à ne pas le pénétrer de force, ne pas forcer les chairs délicates qui m'auraient si bien soulagé.
Il s'est levé sans un mot pour prendre une douche, et je l'ai entendu fouiller dans l'armoire à pharmacie, faisant tomber les boîtes de médicaments. Sa fébrilité m'a inquiété et j'ai repensé à notre rencontre, le soir de la soirée privée, quand il attendait une dose de je ne sais quoi. J'avais oublié cet aspect là de sa personnalité, il m'avait paru tout à fait normal, ces derniers jours, clean.
J'ai fini par me lever pour le retrouver au milieu d'un bazar indescriptible, dans la salle de bain.
- Tu fais quoi ?
- Je cherche un médicament. J'en ai besoin… a-t-il répondu difficilement, les mâchoires bloquées.
- Pourquoi ? Tu es malade ?
Ses doigts se crispaient sur les notices, ses épaules tremblaient toujours.
- Oui.
- T'as quoi ?
- Tu peux pas comprendre…
- Comprendre quoi ? Que t'es un junkie ?
Un sourire amer est apparu sur ses lèvres pâles, et il m'a répondu, avec une douceur douloureuse :
- Je vois que tu as enfin compris, mon chéri. Je ne suis pas parfait, comme toi, Harry. Je ne me shoote pas qu'au sexe, moi. Tu veux quoi ? Tirer un autre coup ? Laisse-moi quelques minutes et tu pourras me baiser autant que tu veux. Puisque c'est ça que tu veux…
Il n'a pas ajouté « …toi aussi, comme les autres » mais je l'ai lu dans son regard vacillant, avant qu'il ne me pousse dehors et referme la porte violemment.
- Putain Draco ! Ouvre cette porte. Ouvre-la ! ai-je martelé en la frappant du plat de ma main, à m'en faire mal. Laisse-moi entrer !
La peur a peu à peu remplacé la colère, je craignais qu'il ne fasse une connerie avec les médicaments de mes parents, il avait eu un regard fixe et inquiétant, juste avant de me foutre dehors.
- Ouvre ! Ouvre ou j'appelle les flics.
Je me suis laissé tomber contre la porte de la salle de bain, écoutant les bruits à l'intérieur, fou d'angoisse. Comment en étions-nous arrivés là ? Nous étions si heureux, quelques jours plus tôt.
Mais il y avait eu le couturier et mes parents, le stress insensé de la société, la vraie vie, quoi. Ça promettait… J'avais l'impression de flotter en plein cauchemar, sans avoir compris quand le rêve avait pris fin.
Ses mots sur ma drogue à moi, le sexe, me bouffaient littéralement, alors que je grattais des petites saletés sur le carrelage du couloir. N'étais-je qu'un sex addict, comme lui était un drogué ?
Ca aurait pu expliquer notre idylle, entre junkies on se comprend, même si l'objet de notre addiction était différent. J'ai secoué la tête pour chasser mes pensées, toutes ces nuits à me caresser devant ses photos, comme un malade.
Non, maintenant c'était différent, forcément différent. Si nous baisions beaucoup c'était par amour, comme tous les amoureux. Bien sûr je n'avais jamais connu ça avec Mélanie mais c'était juste parce que je ne l'aimais pas. Bien sûr certains orgasmes violents ressemblaient à des flashs, mais ça ne prouvait rien. Et puis les derniers étaient moins profonds, car je me retenais d'aller au bout de mes envies, mes fantasmes.
Quand on s'aime on respecte l'autre, on ne le baise pas jusqu'au sang, juste parce que c'est si bon comme ça. Si fort. Ce n'était pas de ma faute si sa peau était si tendre, si douce, si délicieuse… Pas de ma faute si j'aimais la sucer, la griffer ou la mordre, parfois. Pas de ma faute si j'étais si bien, en lui, s'il s'accrochait à mes épaules en poussant ces gémissements qui me rendaient fous, pas de ma faute si j'en avais envie, tout le temps…
Tout le temps, tout le temps…
Un claquement sec m'a fait sursauter, la porte s'est entrouverte et je me suis remis debout, face à lui. Il me fixait d'un air de défi, s'attendant sans doute à un sermon, voire ma colère. Nous nous sommes dévisagés quelques secondes, ses pupilles étaient dilatées, je me suis demandé ce qu'il avait pris, quels trésors ou substances mortelles recélait l'armoire à pharmacie chez moi. Je ne prenais jamais rien, à part un peu d'aspirine, la maladie n'était jamais un sujet de conversation chez nous.
Mais il était si blafard que j'ai senti une vague de tendresse m'envahir, et je lui ai ouvert les bras, sans plus réfléchir. Il s'y est blotti et nous sommes restés l'un contre l'autre, ancrés presque avec désespoir, anéantis par le poids de l'existence, du passé. Il enfouissait son visage dans mon épaule comme un petit garçon honteux, j'ai ressenti une bouffée d'amour pur pour lui, un amour puissant, immense.
Rien ne nous séparerait, jamais.
- Ne t'inquiète pas Draco, on va s'en sortir. On vivra ensemble, tu te soigneras. Il y a de bons médecins à Paris tu sais, et une addiction, ça se soigne. Et on sera heureux, je te jure, on sera heureux…
Il a hoché la tête dans mon cou, j'ai ressenti la force de son amour, de sa confiance, et j'ai souri. La serviette qu'il avait autour des hanches est tombée par terre, un frisson m'a envahi, malgré moi. Ma main a glissé contre sa peau douce, odorante, le désir revenait, comme un instinct irrationnel, alors je lui ai soufflé :
- Viens, allons nous recoucher.
Je lui ai pris la main et nous sommes retournés vers le lit de la chambre d'amis, comme dans un songe, comme des enfants sages, à la sortie de l'école.
Tout était à nouveau paisible, parfait. Il ne tremblait plus, nous allions être heureux, forcément. Nous nous sommes allongés face à face, émus, cherchant nos regards dans l'obscurité imparfaite. Il a glissé son autre main dans la mienne et nos jambes se sont enlacées, juste assez pour que nos bas ventres se rapprochent sans se frôler.
J'essayais de faire passer tout mon amour pour lui dans mes mains mêlées aux siennes, en un serment muet. Les mots semblaient vains, menteurs, nous étions juste là, ensemble, malgré les pièges et les chausse-trappes de la vie. Un moment magique, apaisé, le calme après la tempête. Son corps se détendait enfin, j'entrevoyais un sourire sur son visage, une lueur de lune dans ses mèches blondes.
Je me suis détendu à mon tour, soupirant longuement pour effacer toutes les tensions de la soirée, et j'ai murmuré :
- Je t'aime.
- Tu m'aimeras toujours ?
- Oui, toujours.
- Tu promets ?
- Oui, je promets, ai-je répondu du tac à tac d'une voix enfantine.
Nous nous promettions tout, main dans la main, yeux dans les yeux, comme des gamins amoureux, et c'était bon. Pur.
Un peu trop sucré, comme sa nourriture habituelle, mais agréable. Doucereux et réconfortant.
Alors il a fermé les yeux et a collé son bas ventre contre le mien, en un geste provoquant. Evidemment ma verge a immédiatement réagi à ce contact, me faisant fermer les yeux à mon tour. L'instant romantique était passé, Draco avait sollicité mes plus bas instincts qui avaient répondu présents, comme toujours. Il a amené ma main sur son sexe encore au repos pour que je le caresse, la douceur de sa chair m'a fait frémir. Je ne voulais pas retomber dans le sexe avec lui, pas tout de suite, je voulais être fort et clean, moi aussi, alors j'ai tenté :
- Tu sais, on n'est pas obligés…
- Chuuut… Touche-moi, là, a-t-il répondu en s'arquant doucement, en une vision tentatrice.
- Je ne crois pas que…
- Chuuuut… Viens.
- Non, je ne crois pas que…
Mais mon corps, lui, croyait. Et Draco était son unique prière.
Le flot impétueux est revenu dans mon ventre, mes membres, bâillonnant mes scrupules en quelques secondes intenses. Nous nous aimions, quoi de plus normal que de vouloir faire l'amour ?
Sous mes doigts son sexe gonflait doucement, son bas ventre tanguait un peu, un balancement sensuel. Il a passé sa langue entre ses lèvres, je n'ai aperçu qu'un bout de chair mais mon désir a redoublé, d'un coup.
Draco connaissait tous les gestes, toutes les expressions provocantes, les positions érotiques comme un acteur de X rôdé. Je redevenais son spectateur, troublé par sa chair, par les promesses charnelles de sa peau moite.
Il m'a repoussé gentiment, m'allongeant sur le dos et a passé sa langue sur tous endroits sensibles de mon corps, en une caresse affolante.
Chaque parcelle de mon corps répondait fidèlement à l'appel de sa bouche, me précipitant un peu plus profondément dans l'enfer charnel. La lave qui coulait dans mes veines culminait dans mon sexe dressé, turgescent. Mes doigts se crispaient dans ses cheveux pour l'amener au centre du volcan, là où le désir était pure brûlure, incendie à éteindre. Je ne tenais plus, ses caresses délicates me rendaient fou, je voulais qu'il me soulage, et vite. Il résistait un peu, déposant des coups de langues et des baisers entre mes cuisses, sur mes bourses, à la limite de mon sexe, sans jamais le frôler directement.
Je me souviens avoir tiré sur ses cheveux, bougé mes hanches brusquement pour qu'il me prenne dans sa bouche, avoir juré grossièrement pour qu'il m'absorbe enfin. Alors que je dirigeais son visage sans ménagement vers ma verge il a redressé la tête et a croisé mes yeux, une lueur de défi dans le regard.
Nous savions tous les deux que je ne maîtrisais plus rien, que j'étais retombé dans mes pires travers, que comme lui je ne résistais pas à une addiction. Que je ne valais pas plus que lui, en un mot.
Alors très lentement sa langue a touché mon prépuce et j'ai poussé un soupir rauque, presque douloureux. Il maîtrisait la technique avec un art consommé, renforçant ma haine contre moi-même. J'avais la sensation d'être un client, seulement un client et quand ses doigts se sont faits plus pressants à l'entrée de mon intimité j'ai gémi :
- Non. Pas comme ça.
- Tu veux quoi, alors ? Qu'on change de position ? a-t-il demandé avec un brin de sardonisme, alors que je tentais de reprendre mes esprits.
- Non… Non, je veux t'aimer… Te faire l'amour.
- Mais c'est ce qu'on fait Harry, c'est ce qu'on fait. Tu crois quoi ?
Je ne croyais plus rien, plus en rien, à part en son corps qui s'est empalé sur le mien, quelques minutes plus tard, à part en ses lamentations plaintives, à part en ces mouvements désordonnés que je ne contrôlais plus, brutaux souvent, trop brutaux. J'avais fermé les yeux, abandonné toute raison, toute maîtrise, tout espoir. Le plaisir nous a réunis puis séparés, comme toujours, à la fin.
Et nous nous sommes endormis dans les bras l'un de l'autre, épuisés.
Le lendemain matin nous nous sommes levés comme si de rien n'était, après tout nous avions juste fait l'amour, ce n'était ni la première ni la dernière fois. J'avais peut être juste rêvé tout ça, cette étreinte charnelle, ces gestes mécaniques…
Après un petit déjeuner rapide nous sommes partis en bus pour la gare, puis Paris.
Draco paraissait serein, dans ce train, moi je ruminais à l'infini le passé, le présent, le futur. En fermant la porte de la maison de mes parents j'avais eu l'impression de tourner une page de ma vie, comme on dit dans certains romans, une page facile.
Il s'est endormi en Lorraine et réveillé en Champagne, puis m'a observé silencieusement me ronger les ongles, avant de se pencher vers moi :
- Qu'est-ce qui t'inquiète ?
- Tout, ai-je avoué d'une voix piteuse.
Son hochement de tête s'est prolongé, puis il a ouvert la bouche et m'a dit, en regardant le paysage s'éloigner :
- Tu sais, le plus simple au début ce serait peut-être que tu gardes ta chambre universitaire, puisque ça fait tant plaisir à tes parents. Ce ne t'empêchera de venir passer des nuits avec moi… n'est ce pas ? a-t-il ajouté avec une légère inquiétude.
- C'est vrai ? Tu accepterais ça ? ai-je demandé avec un peu trop d'enthousiasme.
- Bien sûr. On doit s'accepter comme on est, pas vrai ? a-t-il conclu avec une pointe de tristesse.
J'ai acquiescé en silence, nous quittions la campagne champenoise pour l'Ile de France, laissant quelques illusions derrière nous.
En arrivant aux portes de Paris il a posé son genou contre le mien avec tendresse et nous avons échangé un long sourire, heureux et un peu émus à l'idée de cette nouvelle vie qui nous attendait, au bout du quai.
A suivre…
Merci à ceux qui lisent, et encore plus à ceux qui reviewent ^^ un merci particulier à ma Nico…
Je réponds ici aux non inscrits :
Mimine : merci de suivre mon histoire et de reviewer !
