AVANT TA PEAU

Chapitre 20

France culture

Alors « France culture » c'est une chanson d'Arnaud Fleurent-Didier sur la perte de repères. Elle est particulière, moi je l'adore pour son cynisme tranquille mais je crois qu'il est de bon ton de la détester.

Voilà, « pas de sagesse des familles, pas d'histoires pour endormir les enfants, pas d'histoires pour faire rêver les grands »… Bonne lecture !

C'était le jour de la rentrée à la fac, je devais passer m'inscrire à mes options, assister à la conférence de rentrée et aux premiers cours, c'était prévu comme ça depuis longtemps, mais au moment de partir je suis resté sur le seuil de la porte, comme un idiot :

- Je t'appelle à midi si tu veux. Je n'aurai pas le temps de revenir mais on pourra se voir ce soir. Enfin, si tu veux.

- Oui, bien sûr.

- On se donnera RDV pour dîner ?

- OK… a-t-il acquiescé avec un faible sourire.

- Et toi, tu vas faire quoi ?

- Oh, je sais pas encore… Ranger mes affaires, faire des courses, des trucs comme ça.

- Surtout si K revient, tu ne laisses pas entrer, compris ?

- Non, compris.

- Tu n'as pas peur ?

- Non, a-t-il menti en détournant ses yeux couleur de pluie.

J'ai saisi sa main :

- Tu n'as pas à avoir peur, Draco. Il y a des lois dans ce pays, tu n'es pas son esclave. De toute façon si ça ne va pas, tu m'appelles et je rentre.

- Mais tu vas louper tes cours !

- Je m'en fiche. Les cours, ça se rattrape. Je ne veux pas qu'il remette la main sur toi, d'aucune manière. Et tu ne réponds pas au téléphone, hein ?

- OK, OK, a-t-il répondu nerveusement en regardant sa montre. Tu vas pas être en retard ?

- Je m'en moque.

Je n'arrivais pas à partir, bêtement, j'avais l'impression que le pire allait arriver en mon absence, et lui n'en menait pas large non plus, malgré son calme apparent. Nos lèvres se sont frôlées – nous étions sur le palier - j'ai commencé à m'éloigner vers l'ascenseur.

- Tu dormiras ici, ce soir ? a-t-il soufflé avant que la porte ne se referme.

- Tu voudrais ? ai-je demandé, vaguement inquiet.

J'aurais dû retourner à ma chambre universitaire pour au moins faire semblant de m'installer mais je n'avais pas envie de le quitter, pas encore.

Son hochement de tête vigoureux m'a fait sourire et je me suis préparé à retrouver ma vie banale d'étudiant en droit, en descendant dans la bouche de métro. Le trajet fut long, avec deux changements, je me suis demandé si je pourrais faire ça chaque jour sans me lasser, pour les beaux yeux de Draco.

Ça m'a fait bizarre de reprendre mes cours, retrouver mes copains, j'avais l'impression de les avoir quittés depuis une éternité.

- Comment va Mel ? m'a demandé Loïc, qui nous connaissait depuis un bout de temps et avec qui on déjeunait souvent au restau U.

- Bien, je pense. En fait, je ne sais pas, on n'est plus ensemble.

- Oh merde ! Désolé, vieux, je savais pas. Elle t'a lourdé ?

- Euh non, en fait c'est moi qui l'ai quittée.

- Mince, vous vous êtes engueulés ?

- Non.

Je me suis demandé si je devais tout lui dire, s'il comprendrait, mais d'autres étudiants sont arrivés sur ces entrefaites, coupant court à la conversation. Je ne me sentais pas encore prêt à leur révéler ma – récente - bisexualité, pas prêt à supporter leur regard curieux.

« Ca viendra tout seul, plus tard », me suis-je dit en entrant dans l'amphi bondé.

Sur les bancs de la fac je me sentais comme les autres, comme avant, et le droit m'a paru merveilleusement reposant, logique et rationnel. J'avais besoin de me replonger dans des domaines purement intellectuels, quitter l'affectif et le sexuel, l'irrationnel.

A midi j'ai failli oublier d'appeler Draco, pris dans le rythme des discussions avec les autres. J'ai aperçu Mélanie de loin, mais elle a détourné les yeux, gênée. Les discussions à table ont vite repris comme l'année précédente –les profs, les cours, les TD- et je me suis senti bien, à l'aise. Autant ça m'avait semblé difficile de quitter Draco le matin autant je n'avais pas envie de l'appeler en présence de mes amis, presque pas envie de l'appeler du tout.

Au moment du café je me suis éloigné pour téléphoner, en espérant qu'il n'y ait pas d'oreille qui traîne. J'ai été un peu soulagé qu'il ne réponde pas, je dois l'avouer. Je me suis dit qu'il était sorti, que ce n'était pas grave, forcément pas grave. Je ne lui ai pas laissé de message –dire quoi ?- et j'ai rejoint les autres étudiants rapidement, avant de rentrer en cours.

En sortant le soir j'ai presque regretté de ne pas retourner dans ma chambre minable avec les autres, comme l'année précédente. Ils étaient plusieurs à m'attendre au bas des marches, Loïc, Guillaume et Marie, pour aller déposer nos affaires dans nos piaules avant de ressortir au restau U.

- T'habites plus en cité U ? m'a demandé Loïc, surpris.

- Si, si, mais pour l'instant je dors chez euh… un copain.

- Un copain ou une copine ? a lancé Marie, mutine.

- Un copain, ai-je répondu d'un air dégagé, avant de partir de l'autre côté.

- Mais tu t'installeras quand ?

- Bientôt ! En fin de semaine, je pense.

Elle a fait une petite mimique et je me suis senti rougir, comme un idiot.

C'est bête mais ça m'a fait mal au cœur de les regarder partir et de devoir reprendre le chemin du métro, avec mon sac déjà lourd. J'avais du mal à me faire à l'idée de quitter ce milieu peu confortable mais rassurant pour le quartier chic de Draco, dans lequel je me sentais un étranger. C'était comme si j'errais entre deux mondes, comme si j'étais au milieu du gué, incapable de choisir.

Quel choix d'ailleurs ?

D'un côté je devais continuer mes études, je n'avais aucune alternative, et de l'autre il y avait Draco, dont je ne pouvais me passer.

« Il faudra bien que je m'habitue à faire le grand écart » me suis-je dit en m'installant dans le wagon bondé, et à ménager la chèvre et le chou, au moins pour quelques temps. En revanche l'idée de passer des heures dans les transports m'effrayait un peu, car ce temps de trajet se ferait au détriment de mes études et je n'avais aucune envie de redoubler une année. Je me demandais juste comment j'allais lui annoncer qu'il vaudrait mieux que je reste dans ma chambre pourrie plutôt que dans son superbe appartement.

Je ne me voyais pas gérer sa peine, car je devinais qu'il détesterait vivre seul et ne manquerait pas de me culpabiliser, même inconsciemment. Devais-je risquer de sacrifier mes études pour lui, ou me montrer égoïste ? C'était moi qui l'avais incité à tout quitter, je me sentais responsable de lui.

J'étais dans sa rue quand mon portable a sonné, me crispant encore davantage. Ma mère. J'ai décidé de répondre, sachant très bien que de chercher à gagner du temps ne ferait que l'énerver davantage.

- Allo ? Harry ?

- Salut maman.

- Comment tu vas ? Où tu es ? Tu as fait ta rentrée ?

- Oui, oui, rassure-toi. J'ai fait ma rentrée, comme prévu.

- Je pensais que tu m'appellerais, en arrivant à Paris. Je n'avais pas de nouvelles…

Son ton de reproche m'a exaspéré mais j'ai pris sur moi de ne pas raccrocher brutalement, j'ai décidé de faire preuve de patience, pour une fois.

- Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, pas vrai ? Je vais bien, j'ai fait ma rentrée comme un bon petit élève et là je suis en chemin pour aller réviser, ai-je menti sans hésiter.

- Tu vas où ? Tu dors où, d'ailleurs ? Tu ne me l'as même pas dit !

- Je vais dans ma chambre universitaire, bien sûr. Ça te rassure ?

- Ah ben oui, quand même ! Donc tu ne veux plus habiter avec ce garçon, là, que tu as rencontré en vacances…

J'ai soupiré en évitant une crotte de chien par terre, en me demandant si je devais continuer à mentir ou assumer.

- Non, finalement il habite trop loin de la fac, et puis je suis pas si mal, dans ma piaule. C'est tout près, au moins.

- Eh bien je suis contente que tu aies réfléchi et décidé ça, parce que ça m'inquiétait de te savoir en colocation avec un inconnu. Heureusement que je n'avais pas annulé ta réservation !

- Je comprends, maman, mais c'est pas un psychopathe, rassure-toi.

- Tu le vois toujours ?

- Ben oui, pourquoi ?

- Il est quoi pour toi ? Vous êtes juste amis, hein ?

- Pourquoi tu me demandes ça, maman ?

- Mélanie m'a tenu un discours bizarre, j'ai cru comprendre qu'elle pensait que… enfin, lui et toi…

- Mélanie raconte n'importe quoi parce que je l'ai quittée, c'est tout.

- Mais c'est définitif, cette rupture ? Parce qu'elle était gentille, cette petite, et moi je l'aimais bien. Elle s'était bien occupée de toi quand tu étais malade, tu t'en souviens ?

- Oui, maman, je me souviens très bien. Mais je pense que c'est définitif, oui. Excuse-moi, je dois te laisser.

- Attends ! Tu n'as besoin de rien ? Tu es parti si vite de la maison, on ne s'est même pas vus. Ton père s'inquiète, tu sais…

- Mais non, maman, c'est toi qui t'inquiètes, je sais bien. Mais je vais bien. Très bien. Je te rappelle…Bisous !

J'ai raccroché avant d'écouter sa réponse, sûr qu'elle serait repartie sur un autre sujet.

J'étais arrivé devant l'immeuble de Draco, je me suis immobilisé devant la porte, hésitant. Je l'avais quitté le matin même mais la journée m'avait parue longue et je me sentais mal à l'aise, décalé. J'ai sonné, un peu ému, et il a ouvert, sans même utiliser l'interphone.

J'étais bêtement anxieux dans l'ascenseur, comme si la journée avait pu tout changer entre nous.

Il m'a ouvert avec un petit sourire, je l'ai serré dans mes bras et j'ai compris pourquoi j'étais revenu, malgré la distance, les convenances, les censeurs. Une douce chaleur s'est répandue en moi en sentant son corps frêle contre le mien, son odeur raffinée, sa bouche sur mes lèvres.

Oui, je l'aimais comme un fou, sa peau appelait la mienne comme un aimant, rien d'autre n'avait d'importance.

- Tu as passé une bonne journée ? m'a-t-il demandé doucement.

- Oui, très bonne, et toi ?

- Oh, ça a été. Longue, très longue. Tu m'as énormément manqué, tu sais.

- Toi aussi, ai-je dit sans réfléchir, en m'installant sur le canapé.

- Tu veux boire quelque chose, tu veux qu'on prenne un apéritif ?

- Ouh là, non, je dois réviser tu sais, il faut que je garde les idées claires. Si je ne commence pas à travailler dès la rentrée, je ne rattraperai plus le temps perdu. Il y a beaucoup de cours à apprendre, tu sais.

- Ah, a-t-il dit, un peu déçu. D'accord. Je ne veux pas t'empêcher de travailler. Tu me feras signe quand tu voudras manger.

- Non, attends. Je ne vais pas m'y mettre tout de suite, faut déjà que je récupère de tout ce trajet. Je travaillerai après le dîner, j'aime bien réviser le soir. Viens, viens t'installer à côté de moi.

- D'accord.

Il s'est assis sagement à côté de moi, comme un élève obéissant. Bien sûr je l'ai attiré contre moi pour l'embrasser encore, pendant de longues minutes. Sa présence me rendait fou, j'avais envie de le toucher partout, de lui faire l'amour. Le besoin de son corps s'était réveillé d'un coup, chassant tous mes doutes. Au prix d'un immense effort sur moi j'ai résisté à mes pulsions et nous sommes restés enlacés un long moment, avant de dîner.

Après le dîner – que nous avons préparé ensemble, comme un vrai petit couple - je lui ai demandé :

- Ça ne te dérange pas que je travaille ici, dans le salon ? Tu ne pourras pas regarder la télé.

- Ah ? Non, c'est pas grave, je vais lire sur le canapé, comme ça je ne serai pas loin de toi. Tu vas te coucher tard, tu penses ?

- Non, je ne pense pas, comme demain je devrai me lever tôt pour prendre le métro, ai-je répondu en soupirant.

- Ça te fait loin, hein ?

- Un peu, oui…

C'était le moment de lui dire que je ferais mieux de retourner dans ma piaule, au moins en semaine, mais je n'ai pas eu le courage d'attrister les yeux couleur de pluie. Alors je me suis tu, j'ai ouvert mon classeur de droit commercial et j'ai commencé à réviser.

La concentration a été difficile au début mais l'immeuble et la rue étaient si calmes que j'ai fini par apprendre facilement, bercé par l'atmosphère paisible, voire studieuse. Draco lisait sur le canapé, nous échangions parfois un regard ou un sourire complice.

Le soir je me suis couché rasséréné, j'avais bien travaillé, j'étais moins inquiet. Même la photo en face du lit ne m'a pas ému, je me sentais parfaitement tranquille, sain.

Draco s'est glissé dans mes bras en déposant des petits baisers dans mon cou, qui m'ont vite fait réagir.

- On n'est pas obligés de faire l'amour, tu sais, lui ai-je murmuré alors qu'il se frottait doucement contre moi.

- Je crois que je ne pourrais plus dormir sans toi, a-t-il ajouté en se blottissant contre moi, et je n'ai rien répondu.

oOo oOo oOo

La pluie tombait à flots, je courais pour rejoindre la station de métro, au coin de la rue. Ca faisait deux semaines que nous étions ensemble, adoptant une douce routine, entre mes cours et les soirées ensemble.

J'étais déjà trempé quand je me suis engouffré dans la rame qui sentait le chien mouillé et la saleté, une odeur écœurante. Toutes les places assises étaient occupées, j'ai soupiré en m'accrochant à la rampe, prêt à subir un nouveau parcours du combattant jusqu'à la fac, alors que j'avais une chambre d'étudiant vide à deux pas de l'université.

« On appelle ça l'amour » me suis-je dit en laissant aller mon regard d'un homme d'affaires à un couple d'amoureux transis qui s'embrassaient à pleine bouche devant les yeux indifférents des usagers.

Ça devenait de plus en plus dur de me lever le matin car Draco lui ne faisait l'effort de se lever que pour mieux se recoucher après mon départ, alors que je tremblais de froid sur l'avenue. J'aimais bien le voir au réveil cependant, les yeux gonflés de sommeil, avalant son chocolat chaud et ses tartines de marmelade d'orange en fredonnant les airs à la radio. Moi j'étais toujours de mauvais poil le matin, entre la douche et le café fumant qu'il me préparait sans un mot, attendant que je me déride. J'essayais d'oublier que j'aurais gagné une bonne heure de sommeil si je n'étais pas resté avec lui, dans sa cage dorée, lui essayait de ne pas voir mon amertume.

Je m'habituais peu à peu à sa manie de commander des plats hors de prix, de boire des vins coûteux et claquer son fric en futilités quand moi je faisais super gaffe à chaque dépense. Mais j'avais du mal à l'idée qu'il paressait toute la journée quand je me démenais entre les transports et les cours. Le retrouver le soir frais et dispo quand moi j'étais épuisé me tapait légèrement sur les nerfs – du moins jusqu'à ce qu'il me sourie et m'embrasse, meilleur calmant que je connaisse.

Il s'amusait alors à jouer les geishas pour moi, m'apportant un café ou un verre de soda, préparant le repas ou réchauffant les plats du traiteur, allant même jusqu'à m'apporter mes pantoufles – ce que j'avais refusé catégoriquement. Il y a des limites, quand même. Nous flottions dans une ambiance très « post lune de miel », faisant chacun énormément d'efforts pour s'adapter à cette nouvelle vie.

Je savais que ça lui pesait de ne plus sortir tous les soirs au restau ou au spectacle, il savait que c'était difficile pour moi de me concentrer pour étudier après le périple en métro. Alors il m'attendait en lisant ou en regardant la télé dans sa chambre –une nouveauté que j'avais trouvée un soir en rentrant. Je travaillais de longues heures, tranquille dans sa salle à manger zen, parfois quand je me couchais il dormait déjà sur le ventre, le visage enfoncé à moitié dans l'oreiller.

Plusieurs fois j'avais proposé de participer aux frais, il avait toujours refusé catégoriquement, arguant qu'il avait pas mal d'argent de côté.

- Mais ça me gêne quand même. Je ne veux pas vivre à tes crochets, lui disais-je parfois.

- Quels crochets ? Tu n'es même pas là dans la journée. Avec tout ce que tu fais pour moi, tout ce trajet tous les jours, je peux bien te nourrir. Mal et trop peu, mais bon…

- Pourquoi tu dis ça ? C'est bon ce que tu fais.

- Mais non. Je suis nul, je sais rien faire.

- Draco…

Sa manie de s'abaisser commençait à m'énerver sérieusement par son côté systématique et plaintif, alors qu'il avait sans doute plein de qualités qu'il cachait soigneusement. Et surtout je me demandais ce qu'il faisait en mon absence, quand j'étais en cours.

- Mais tu fais quoi, dans la journée ? lui avais-je demandé à plusieurs reprises, n'obtenant qu'un vague haussement d'épaules comme réponse.

Je m'interrogeais chaque matin dans le métro, l'imaginant sous la douche ou dans les boutiques chics, sans doute maté par les regards des vendeurs, des clients ou des caissières, indifférent comme il savait l'être, infiniment séduisant.

Où passait-il ses longues heures de solitude, pendant que je suivais mes cours abrutissants ? Dans la rue, au cinéma, dans les magasins, devant la télé, au lit ? Difficile de savoir, à chaque fois je n'avais droit qu'à un haussement de sourcils, et la seule fois où j'avais un peu insisté, il m'avait demandé, soudain sérieux :

- Mais tu ne me fais pas confiance, Harry ? Tu crois quoi ? Que je fais venir des hommes ? Que je fais la pute sur le trottoir, en bas ?

J'avais baissé la tête précipitamment, honteux. Comment lui avouer que dans ma paranoïa matinale, dans le métro, je le soupçonnais parfois de rencontrer d'autres types, par ennui ou par plaisir, tellement son corps me paraissait être un pousse au crime, tellement il était sexy par moments. Le summum était le matin quand il sortait de la douche, les petites gouttes coulant dans son cou, le corps délicatement parfumé… J'avais raté plusieurs fois ma première heure de cours pour avoir voulu l'aider à se sécher.

Dans le wagon bondé je regardais les hommes, aucun n'était aussi beau que Draco, aussi raffiné, ils étaient tous banals, comme moi. Terriblement banals. Alors que Draco était tout sauf ordinaire, il attirait irrésistiblement l'attention des passants partout où il allait, ce qui me crispait un peu. Je ne m'habituais pas à leurs regards sur lui, son allure, ses cheveux blonds, même s'il ne réagissait pas. Ce qui m'énervait encore davantage c'était la petite moue méprisante de certains quand ils me voyaient en sa compagnie, en particulier au restaurant, comme si je n'étais pas digne de lui.

« Tu te fais des idées » répétait-il en souriant, blasé, et je ravalais ma fierté difficilement. Quelle que soit la manière dont nous étions habillés, il était plus grand et plus séduisant que moi, je me faisais l'impression d'être minable, impression que je n'avais jamais à la fac.

Absorbé dans mes pensées, j'ai failli rater mon arrêt et je suis descendu précipitamment, juste avant la fermeture des portes. Quand j'y repensais le matin, je ne comprenais pas pourquoi il m'avait choisi moi, étudiant ordinaire, pas même brillant, alors qu'il avait fréquenté la jet set à un moment. Ça me stressait un peu, même si chaque soir dans ses bras je trouvais toutes les raisons de ne pas m'inquiéter.

Il m'avait affirmé n'avoir plus eu de nouvelles de KK –il n'avait pas été retirer les recommandés- et je l'avais cru. De toute manière je n'avais pas le choix, j'étais absent dans la journée, je n'avais aucun moyen de savoir ce qu'il faisait. Mais comme je le retrouvais tranquille chaque soir, apaisé, j'en avais conclu que le couturier avait tourné la page. Après tout les beaux garçons ne manquaient pas, à Paris ou Londres, surtout pour poser pour des photographes célèbres. Je craignais un peu une assignation aux prud'hommes, mais, comme je l'avais supposé, le contrat qui les liait n'était peut-être pas bien ficelé –voire inexistant.

J'ai rejoint mes copains dans la salle de cours, là aussi ça sentait le chien mouillé, et je me suis assis en soupirant, prêt pour une nouvelle journée.

- T'as pas de parapluie ? m'a demandé Marie devant mon visage trempé.

- Non, j'ai un capuchon, ça me suffit.

- Et t'es trempé comme ça juste en venant de ta piaule ?

- Non, je viens du métro, ai-je répondu, agacé.

- Mais je croyais que tu allais réintégrer la Cité U ?

- Oui, je vais le faire, un jour. Tais-toi, le prof a commencé.

Tous les jours ou presque j'avais droit aux questions de mes amis, qui ne comprenaient pas mon obstination à faire un tel trajet. Tous les jours je noyais le poisson, plus ou moins bien.

- Faudra quand même que tu nous la présentes, avait dit Marie la veille. Tu dois être super amoureux pour faire tant de chemin tous les jours.

- Pff ! Mais non, suffit de se lever tôt. Et puis c'est pas du tout ce que vous croyez…

- Bien sûr. En plus on sait que tu adores te lever tôt. Tu manges avec nous demain soir ? On va se faire un ciné, après.

- Non, j'ai du boulot.

- Un vendredi soir ? C'est du stakhanovisme ! Elle t'attache sur ta chaise pour que tu bosses, ta copine ?

- Très drôle, ai-je répondu avec un drôle de frisson.

Je n'avais pas osé leur dire avec qui je vivais, chaque jour je repoussais l'instant des aveux, les mots m'échappaient, les raisons s'envolaient, chaque jour mon silence devenait mensonge.

Quand j'étais avec eux je me sentais normal, comme eux, l'étudiant lambda. Et ça me faisait du bien, d'être normal. Je n'avais pas envie de parler de mon autre vie, de Draco, de notre rencontre. Je me disais que ça ne les regardait pas pour ne pas m'avouer que j'avais honte. Honte de moi et honte de lui, aussi.

Nous étions le mariage de la carpe et du lapin, ils n'auraient pas compris. Ou plutôt si, ils auraient très bien compris que notre relation était sexuelle, forcément charnelle. Ils auraient très bien compris que j'étais devenu gay et que je parcourais des kilomètres chaque soir pour goûter à sa peau, me perdre en lui et assouvir mes désirs les plus intimes. Je n'imaginais pas cinq minutes une discussion entre eux, Draco était trop bizarre, trop différent, trop beau.

Trop libre aussi.

Il n'avait aucune gêne à vivre avec moi, n'aurait pas hésité à parler de son passé, montrer ses sentiments, ceux que je voulais absolument cacher à mes amis.

A la sortie du cours j'avais des frissons, je me sentais mal.

- Tu viens boire un pot avec nous ? a demandé Louis, mon meilleur pote, en me tapant sur l'épaule.

- Non, faut que je rentre.

- Quoi ? Déjà ? Mais elle te lâche jamais, ta copine ?

- C'est que ça me fait loin…

- T'avais moins le fil à la patte quand t'étais avec Mel, a lâché Marie d'un air dégoûté en me tournant le dos.

- Ca doit être parce qu'elle est riche qu'Harry tient tant à sa nouvelle fiancée, a renchéri Guillaume mine de rien.

- Quoi ? Pas du tout ! Vous croyez quoi ?

- On croit que tu traverses la moitié de Paris pour une fille qui a un superbe appart, alors forcément… Ou alors elle est sublime et tu la caches. T'as honte de nous ou quoi ?

Je me suis mordu la lèvre, ennuyé. Je n'aurais pas dû leur parler de l'appart, mais ils me posaient tant que de questions que j'avais fini par lâcher des bribes de vérité, imprudemment.

- Allez, Harry, juste un verre. Elle est si jalouse ?

- Mais non…

- Ben alors ? C'est toi qu'es jaloux ? Tu vas déjà passer tout le week-end avec elle, tu peux bien prendre un pot avec nous.

Avec un soupir j'ai acquiescé, je ne voulais pas passer pour le gentil chien-chien à sa mémère et les discussions avec les copains me manquaient, un peu.

Nous nous sommes installés dans notre café préféré, j'ai pris un coca, comme avant, et j'ai retrouvé ma banquette en skaï et le miroir fêlé avec plaisir. C'était comme retourner chez moi, dans un passé agréable. Les minutes ont filé sans que je m'en aperçoive, la pluie ne cessait pas, je n'avais aucune envie de sortir, retrouver le métro bondé.

Mes amis étaient visiblement heureux de ma présence, je me suis senti bien, comme avant, une sensation réconfortante. Quand mon portable a vibré et que le nom de Draco s'y est inscrit, mon cœur s'est serré et je crois que j'ai pâli. Je l'ai regardé vibrer, incapable de répondre, angoissé à l'idée que mes amis se rendent compte que mon amie était en fait un ami, voire un amant.

- Ouh là… Ta copine trouve le temps long. Ben, pourquoi tu réponds pas ?

- Je… euh. Je rappellerai plus tard, ai-je répondu en éteignant résolument l'appareil.

- Ça te gêne de parler devant nous ? Elle est si terrible que ça ? a ajouté Marie en riant et en me poussant du coude.

- Non, non, pas du tout. On peut parler d'autre chose ?

Guillaume et Louis ont échangé un regard surpris, puis ce dernier a posé la main sur mon épaule, amicalement :

- Ça ne va pas ? Tu es tout blanc ? Tu ne sens pas bien ?

- Non, pas trop, non. Je crois que je vais rentrer, ai-je dit en faisant mine de me lever.

Soudain j'ai senti ma tête tourner et je suis retombé lourdement sur le skaï, pris de vertige.

- Harry ! Ça va pas ? Qu'est-ce qui se passe ? a demandé Marie avec sollicitude, en passant ses mains sur mon visage.

Ça faisait du bien de sentir ses mains sur son visage, sa douceur féminine.

Elle était gentille et jolie, un instant je me suis imaginé sortir avec elle, une relation, simple, facile. Avouable.

- Si si… Je me suis levé trop vite, c'est tout.

- Tu vas pas rentrer par cette pluie ! Préviens ta copine, reste encore un peu. T'es pas bien avec nous ?

- Si si, ai-je répété, les idées confuses. Mais je peux pas le faire attendre…

- Tu parles de qui ? a demandé Louis, sourcils froncés.

- Enfin je veux dire… la faire attendre.

- Pourquoi ? Elle supporte pas d'attendre, ta princesse ? Elle mange à heures fixes ? Tu pourrais pas dîner avec nous, pour une fois ? a ajouté Guillaume avec tristesse.

- Pour une fois ? ai-je répondu en voyant son air déçu, qui me culpabilisait. D'accord, mais faut que je passe un coup de fil, alors.

- Demande-lui de nous rejoindre ! a dit Marie avec un clin d'œil coquin. Au moins on pourra faire sa connaissance.

- Non, c'est trop loin. Impossible.

J'ai sorti mon portable de ma poche, pas très fier de moi. Il était tard, je devais appeler Draco avant qu'il ne s'inquiète. Je me suis levé à nouveau, plus lentement, mes amis m'ont regardé enfiler mon blouson pour aller téléphoner dehors, soucieux.

J'étais mal abrité par la gouttière, tournant résolument le dos aux regards curieux, un peu nauséeux quand Draco a décroché à la dernière sonnerie avant la messagerie.

- Allo ? a fait la voix inquiète.

- Draco ? C'est moi. Excuse-moi, je serai en retard, ce soir.

- Harry ? Tu vas bien ? Tu es où ?

- Dans un café, près de la fac.

- Avec qui ?

- Avec des amis, on boit un verre et après je dîne avec eux. Je voulais juste te prévenir.

- Oh ! Je comprends, a fait la voix déçue, et mon estomac s'est crispé.

- Ça t'ennuie ? Tu t'inquiétais ?

- Oui, un peu, j'avais préparé un truc à dîner, mais c'est pas grave. Ce sera pour une autre fois.

J'ai fermé les yeux, torturé par la culpabilité. Penser qu'il m'attendait alors que moi je ne cherchais qu'à nier son existence auprès de mes copains était cruel. Imbécile.

- C'est l'anniversaire de Louis, ai-je inventé en une fraction de seconde, on va juste dîner ensemble.

- Louis, c'est qui ?

- Un copain. On fait du droit ensemble depuis trois ans. C'est un bon copain, c'est tout.

- Et il t'invite au dernier moment ?

- Ça vient juste de se décider, je savais pas avant. Sinon je t'en aurais parlé, bien sûr.

- D'accord, je vois. Et vous allez sortir, après, non ? a-t-il demandé d'un ton léger.

Trop léger.

Ça ne lui ressemblait pas, de prendre ça à la légère. Mais il était trop fier pour dire quoi que ce soit, je le savais.

Sa déception masquée me bouffait littéralement, sur ce trottoir. Je me suis dit que je ne l'avais pas incité à tout quitter pour le laisser tomber après, mais mes amis tambourinaient à la vitre en riant, en mimant les violons. Et je ne voulais pas avoir l'air d'une poule mouillée, même si ça dégoulinait déjà de partout, sur mes épaules.

- Non, je ne pense pas. Après, je rentrerai. C'est juste un repas. Tu ne m'en veux pas, hein ?

- Non, bien sûr. Tu fais ce que tu veux, Harry.

- Oui, bien sûr. Mais je… je ne peux pas toujours tout refuser, tu comprends ?

- Mais je comprends parfaitement. Je ne veux pas t'éloigner de tes amis. Bonne soirée, a-t-il ajouté doucement en raccrochant.

Mes frissons ont redoublé, parce qu'il m'en voulait et qu'il n'avait rien dit, acceptant ma trahison presque tranquillement. Ce bon vieux cinéma que je connaissais trop bien.

J'aurais parié qu'il s'était dit que j'avais honte de lui, et j'aurais préféré qu'il n'ait pas raison.

J'ai rejoint mes amis en plaquant un sourire sur mes lèvres, un drôle de vide du côté du cœur.

oOo oOo oOo

Comme c'était la première fois que je dînais avec mes camarades, nous avons décidé d'aller dans un vrai restaurant, pas au restau U. Ca m'a fait plaisir de retrouver ce petit restau de quartier sans chichi, bien différent de ceux que je fréquentais avec Draco.

Il tenait absolument à m'inviter dans ses endroits préférés, je ne pouvais pas toujours dire non, au risque de le vexer. Je n'appréciais que guère ces endroits snobs où les serveurs me méprisaient, me ramenant à mon propre mépris quand je servais à l'hôtel. J'aimais les endroits simples, la nourriture traditionnelle –pâtes, pizza. Les carpaccios et autres émincés me laissaient froid.

J'ai commandé ma pizza favorite en sirotant mon coca, essayant de chasser l'image de Draco triste sur son canapé luxueux. Je me sentais déchiré entre mes amis et lui, incapable d'assumer ma nouvelle vie. Mes amis discutaient gaiement, j'avais du mal à me concentrer sur la conversation.

Je jetais de petits coups d'œil à mon portable, pressé de rentrer et de retrouver Draco, anticipant déjà une future « scène de ménage ».

- Ca ne va pas, Harry ? T'as pas fini ta pizza, ça ne te ressemble pas, m'a demandé Marie en me souriant gentiment.

- Si, si, ça va.

- Tu t'inquiètes pour ta copine ?

- Un peu, oui.

- Mais pourquoi ? Elle est si jalouse que ça ?

- Non, non, mais… la solitude ne lui convient pas, c'est tout.

- Mais elle fait quoi, dans la vie ? Des études ou bien elle travaille ?

J'ai poussé un long soupir, c'était reparti pour les questions. Je me doutais que moins j'en dirais, plus ils m'interrogeraient, car nous avions toujours parlé librement de nos amours jusque là, et ils connaissaient tous très bien Mélanie. Mes réponses évasives les rendaient d'autant plus curieux, la situation était devenue intenable. Je sentais que tout finirait par me péter à la gueule un jour, le jour où ils se rendraient compte de mes mensonges.

Mais c'était trop tôt, ou trop difficile pour avouer.

- Rien. C'est quelqu'un qui n'est pas de nationalité française, alors ce n'est pas facile de trouver un bon job ici.

- Ah ? Elle est quoi ?

- Britannique.

- Mais tu l'as rencontrée comment ?

- A l'hôtel où je travaillais cet été, mais… c'est pas du tout ce que vous croyez. Ecoutez, un jour je vous dirai tout, mais pas maintenant. D'ailleurs, je vais pas tarder à y aller…

- Mais tu prends pas de dessert ?

- Non, j'ai plus faim. Je vais y aller.

- Quoi ? Déjà ? Tu te moques de nous, ou quoi ? s'est rembruni Louis, déçu.

- Non, mais j'ai un long trajet pour rentrer, et il est déjà tard. Comprenez-moi, s'il vous plait…

Ils ont échangé des regards entendus et Guillaume a soufflé :

- On pourrait peut-être te comprendre si tu nous expliquais…

- Je vous expliquerai, promis. Mais pas ce soir, je suis crevé, et j'aimerais bien que vous arrêtiez avec vos questions, tout le temps. Vous êtes pires que ma mère, parfois. On demande l'addition ?

- Mais j'ai pas envie de rentrer, moi, a gémi Marie en lorgnant sur la carte des desserts.

- Écoute Harry, j'ai ma bagnole pas loin, je te raccompagnerai tout à l'heure, mais reste encore un peu, s'il te plait, m'a demandé Louis en posant sa main sur mon bras.

- D'accord… ai-je répondu avec lassitude en me promettant de ne plus jamais me fourrer dans une situation comme ça.

La conversation est repartie de plus belle sur les profs et les cours, je ne quittais pas Marie des yeux qui dégustait son fondant au chocolat avec une lenteur consommée. Je ne voulais décevoir ni Draco ni mes amis, mais je savais que j'avais échoué sur les deux points.

L'addition a encore mis un temps infini à arriver – comme d'habitude - sauf que d'habitude ça m'était égal. J'ai rapidement dit au revoir à mes amis et je suis monté en voiture avec Louis, un peu nerveux.

La circulation était loin d'être fluide malgré l'heure tardive et bientôt nous nous sommes trouvés presque à l'arrêt derrière une camionnette.

- Calme–toi, on va bientôt arriver, m'a dit Louis en posant sa main sur mon genou pour l'empêcher de tressauter. Tu veux rappeler ta copine ?

- Non, non, ça ira, ai-je répondu rapidement en secouant la tête.

Il aurait pu entendre une voix masculine et je ne tenais pas à susciter de nouvelles interrogations. Le charme nocturne des quais parisiens me laissait froid, moi qui adorais d'habitude ce genre de spectacle.

- C'est dans le 6ème, c'est ça ?

- Oui, c'est ça.

- C'est un beau quartier. T'as de la chance…

- Merci, ai-je murmuré d'un air sombre.

La voiture s'est immobilisée à un feu et il m'a fixé gentiment :

- Tu me fais de la peine, tu sais.

- Pourquoi ?

- Parce que tu vis super mal la situation actuelle mais je parie que tu n'as personne pour en parler.

- Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles. Je suis juste un peu fatigué…

- Hum… tu sais que Mélanie…

- Putain mais je me fous de ce que Mélanie raconte ! C'est des conneries, que des conneries. Et ça ne regarde personne, en plus, ai-je rétorqué, excédé.

- Pourquoi tu te fâches ?

- Parce que j'en ai marre qu'on parle de moi, de ma vie, ça ne regarde personne, bordel ! En plus c'est pas du tout ce que tu crois, ni ce qu'elle raconte. Je vis chez quelqu'un qui a des ennuis, j'essaie de l'aider, c'est tout. Maintenant si ça vous fait plaisir de croire les horreurs de Mélanie, libre à vous !

- Mais non, mais… On aimerait juste que tu nous en parles, c'est tout.

Je crois que je me suis tourné vers lui et que je l'ai regardé avec plus de sérieux que je n'aurais voulu :

- Il n'y a rien à raconter. Je t'assure.

- Ok ! Bon, je crois qu'on est bientôt arrivés.

Nous n'avons pas échangé un mot de plus, je ne voulais ni continuer à mentir ni dire la vérité, j'avais déjà le moral au plus bas. Le flot de véhicules ne faiblissait pas, j'ai presque regretté le métro.

Arrivés devant l'immeuble Louis a poussé un petit sifflement admiratif, je l'ai remercié et je suis descendu rapidement. Je n'avais toujours pas de clé alors j'ai sonné, un peu angoissé.

Pas de réponse.

Étrangement, ça ne m'a pas surpris. Je sentais que j'allais payer cette incartade, et cher.

J'ai sonné à nouveau, plusieurs fois, au bout de cinq minutes il m'a enfin ouvert et je me suis engouffré dans l'ascenseur, un peu tendu.

Il n'y avait personne derrière la porte et l'appartement était sombre, apparemment désert.

J'ai retiré mon manteau encore humide et je me suis rendu dans la chambre, où Draco était allongé. Il ne dormait pas puisqu'il venait de m'ouvrir la porte, mais visiblement il ne souhaitait pas m'accueillir davantage.

Le cœur un peu lourd je me suis déshabillé avant de me glisser à côté de lui, dans les draps froissés. Son odeur m'a troublé, comme toujours, mais il me tournait le dos et je me doutais que ce n'était pas un hasard.

- Tu dors ? ai-je soufflé au bout de plusieurs minutes d'immobilité totale.

Je ne tenais pas à remettre au lendemain une discussion pénible, je n'aurais pas pu dormir, je crois. Je me suis lové contre son dos, épousant les formes de son corps, espérant sa clémence. Son murmure a empli l'espace :

- Hmmm ? Oui, je dors, j'ai pris un truc pour dormir. Je suis un peu dans les vapes, là.

- Oh, excuse-moi. Je ne voulais pas te réveiller. T'as pris quoi ?

- Un somnifère, évidemment. Pourquoi ?

- Je… Tu sais que j'aime pas quand tu prends des trucs, mon amour, ai-je murmuré dans son oreille, luttant contre le désir qui commençait à m'engourdir.

- Je… j'aime pas dormir seul, je te l'ai dit. Alors ça m'aide, un peu.

Son ton tranquille et ensommeillé ne recélait pas les reproches attendus et j'ai senti une vague de soulagement m'envahir, heureux. Je me suis serré encore davantage contre lui, enfouissant mon nez dans ses cheveux blonds :

- Tu m'as manqué, tu sais. Je suis si heureux de te retrouver.

- Moi aussi, a fait la petite voix, faible. C'était bien ?

- Non. J'aurais pas dû dire oui. Je n'aime que toi. Que toi…

J'ai deviné son sourire dans la nuit et j'ai mêlé mes jambes aux siennes, pour être encore plus près de lui. Sa simple présence m'apaisait, je ne voulais pas le réveiller pour faire l'amour, ni rien lui imposer, je n'avais pas besoin d'autre preuve que sa main dans la mienne, et son corps contre mon corps.

A suivre….

Merci a ceux qui lisent et surtout à ceux qui reviewent ^^