AVANT TA PEAU
Chapitre 22
Creep
Un long chapitre pour vous...
"Creep" est une chanson de Radiohead, personnellement je préfère la version de Korn.
You're just like an angel,
Your skin makes me cry
Le lendemain matin quand je me suis levé Draco déjeunait avec sa sœur en discutant en anglais, je me suis senti bizarrement étranger, comme si j'avais voyagé dans la nuit. Le thé et les muffins étaient inhabituels, il ne flottait pas la bonne odeur de café à laquelle j'étais habitué.
Un peu mal à l'aise je suis resté quelques instants près de l'entrée, en pyjama, n'osant me montrer, puis j'ai décidé de m'habiller avant de les rejoindre, pour être plus présentable. En arrivant à nouveau près de la porte la discussion n'avait pas cessé, et je ne trouvais toujours pas le courage de l'interrompre. Alors je suis resté immobile, caché, en train d'espionner, ce qui était encore moins reluisant.
Le flot d'anglais était rapide mais en me concentrant j'ai quand même compris quelques phrases ça et là, au passage. La voix jeune aux inflexions plus marquées posait des questions auxquelles Draco répondait sur un ton qui m'a paru légèrement faux. C'était étrange de l'entendre parler dans sa langue, je reconnaissais à peine sa voix. J'avais un peu de mal à traduire mais j'ai cru comprendre qu'ils parlaient du passé, un passé pas si lointain.
- Tu l'as revu ? a demandé la voix plus fluette –celle de sa sœur.
- Non.
- Aucune nouvelle ?
- Si, il m'a appelé, a répondu mon amant avec réticence.
- Il va bien ?
- Je m'en fiche. J'ai raccroché.
- Il a été malade, il paraît...
Ont suivi quelques phrases trop rapides pour ma compréhension, puis la voix féminine a repris :
- Il est à Paris ? Tu vas le revoir ?
- Je ne crois pas, non.
Mon cœur s'est serré à ces paroles, même si j'ignorais de qui il s'agissait. Bien sûr le plus simple aurait été d'entrer, ou au moins de faire un peu de bruit pour signaler ma présence, et demander simplement « Vous parlez de qui ? », mais j'étais persuadé de ne pas obtenir de réponse directe, un pressentiment. De toute façon, de qui pouvait-il s'agir à part du couturier, qui n'avait – soi-disant - pas donné de nouvelles depuis plusieurs semaines ?
Les cuillères ont tinté contre les tasses, et la conversation m'a à nouveau échappé, mais elle se faisait à voix plus basse, ce qui a accru mon angoisse. C'était comme une trahison, cette discussion en mon absence. Et si j'étais moins important que je le croyais, pour lui ? Peut-être en avaient-elles vu passer beaucoup d'autres, des plus convenables que moi.
Je comprenais à présent pourquoi la conversation de la veille m'avait parue vide, c'était à cause de ma présence. Un instant j'ai eu envie de fuir, rejeté au rang des utilités, des modes passagères, mais je me suis contraint à respirer et à réfléchir, comme pendant des devoirs de droit insolubles. Il fallait rester calme et analyser, ne pas se laisser envahir par l'imagination. Mes oreilles brulaient, les coups sourds dans ma poitrine m'empêchaient de bien entendre, et pourtant je suis resté là, à écouter un peu plus. Pour me torturer peut-être… ou juste pour savoir.
Je me souviens que j'ai regardé à travers la vitre, il pleuvait, et je me suis dit que c'était un temps anglais, raccord avec la discussion anglaise.
- Harry est au courant ? a demandé Camélia brusquement, et Draco a immédiatement répondu : « Shshshsh… moins fort. Non »
- Tu vas lui dire ?
Un silence soudain m'a inquiété, j'ai eu peur d'être découvert. Pourquoi ne parlaient-ils plus ? J'ai jeté un coup d'œil à l'intérieur de la pièce, Draco buvait son thé pensivement, Camélia grignotait un muffin. Il a posé sa tasse doucement puis a murmuré :
- Non. Il ne comprendrait pas. Et puis c'est le passé, n'est-ce pas ?
Le lent hochement de tête de sa sœur m'a tourmenté encore davantage, comment pouvait–elle savoir des choses que j'ignorais, moi qui le connaissais par cœur, moi qui ne lui avais jamais rien caché ?
Presque rien. Juste une rencontre au clair de lune qui avait mal tourné. Pour lui.
Je commençais à avoir des fourmis dans les jambes, et la rage au ventre. Ils se taisaient, perdus dans leurs pensées, je devinais que le sujet était grave, voire douloureux, et qu'il ne s'agissait pas de son père.
Soudain la porte de la salle de bain s'est ouverte derrière moi et leur mère est apparue, toute pomponnée. Le sort en était jeté, je n'avais plus d'autre choix que d'entrer d'un air dégagé, ce que j'ai fait sans vraiment réussir.
Ils ont répondu avec une joie forcée à mon « bonjour », replongeant aussitôt le nez dans leurs tasses. Je me suis assis maladroitement, constatant l'absence de café, alors que sa mère se versait une tasse de thé.
- Oh ! J'ai oublié de faire du café pour toi, a dit Draco d'un air gêné, en faisant mine de se lever.
- Laisse, c'est pas grave, je vais le faire. Reste avec ta famille. Je suis sûr que vous avez beaucoup de choses à vous dire, ai-je ajouté en me relevant pour aller dans la cuisine.
J'ai saisi un regard entre eux un peu affolé, mais c'était peut-être juste ma paranoïa galopante. Du coup ils ne trouvaient plus rien à se dire, j'ai failli ajouter « si je vous dérange je peux repartir », mais Camélia a lancé :
- On va faire les boutiques après ? Ca fait si longtemps que je ne suis pas venue à Paris !
- Oui, les nouvelles collections sont arrivées, c'est le bon moment, a renchéri Narcissa, sa mère.
Draco m'a jeté un regard gêné, un instant j'ai repensé à la silhouette aperçue aux galeries Lafayette l'année précédente, qui m'avait enflammé l'esprit, puis j'ai haussé les épaules en souriant, grand prince :
- Allez-y, moi j'ai des révisions de toute façon.
- Mais tu vas pas rester ici tout seul…
- Si. Je préfère, je te jure. Tu sais comme je déteste les magasins, non ?
- Mais quand même…
- Mais si Harry préfère les musées ou d'autres endroits, nous pouvons tout à fait aller ailleurs, a dit Mme Malfoy avec un sourire poli.
- Non, non. En fait je préfère rester ici, si ça ne vous dérange pas. Je dois travailler.
Un éclair de déception est passé dans les yeux gris de Draco, vite chassé par un sourire de circonstance. Je crois qu'il aurait aimé que je les accompagne, en brave garçon que j'étais, mais c'était un rôle devenu trop lourd à porter, d'un coup.
« Au moins ils pourront parler librement sans moi » me suis-je dit avec amertume en regardant couler le liquide noir.
Une heure plus tard ils étaient partis et j'étais seul chez lui, pour la première fois. J'ai presque eu envie de fouiller, pour en découvrir plus, savoir si le couturier avait repris contact avec lui, par des lettres, des mails sur l'ordi.
Mais un vieux fond d'honnêteté m'a retenu, après tout il avait forcément vécu avant de me rencontrer, il aurait fallu être naïf pour penser le contraire.
Naïf, je l'étais souvent.
Mais il y avait aussi tous ces moments de complicité entre nous, de plaisir, ces instants inoubliables, et rien à reprocher à Draco.
Un certain mutisme, une certaine mélancolie le soir, mais c'était tout.
Pas de quoi fouetter un blond.
Alors je me suis replongé dans mes cours, pour chasser mes idées noires.
Ils sont rentrés à 14h, épuisés et couverts de paquets. J'étais effaré par le nombre de chemises, jeans et pulls achetés par Draco, à croire que ses armoires étaient vides.
- Mais qu'est-ce que tu vas faire de tout ça ?
- Je vais les mettre, bien sûr, a-t-il répondu en haussant les épaules avec agacement, alors je me suis rendu compte que ma mère avait « parlé » avec ma bouche, par une de ses phrases favorites.
- Mais tes armoires sont déjà pleines, non ? Où tu vas mettre tout ça ?
- Eh bien je jetterai mes vieux habits, c'est tout. T'as vu ce pull comme il est beau ? Oh là là mais t'es rabat joie, non ?
Sa mère et sa sœur me jetaient des coups d'œil gênés, je m'en suis voulu de me comporter de cette manière en leur présence, mais le gaspillage était tabou chez moi, je ne pouvais comprendre cette débauche d'achats inutiles.
D'ailleurs elles n'étaient pas en reste et j'ai compris pourquoi leurs valises m'avaient parues légères, à leur arrivée. Une fois de plus nos différences culturelles creusaient un fossé, fossé qui s'est accru quand ils se sont tous installés sur le canapé pour déguster une bouteille de champagne millésimé, comme si c'était un vulgaire jus de fruit, sans plus me regarder.
J'avais outrepassé les limites, je m'étais comporté en goujat, ou pire, en homme du peuple, donc le petit groupe m'avait subtilement exclu. En plus je mourais de faim, n'ayant pas déjeuné :
- Vous devez avoir faim, non ? leur ai-je demandé avec espoir.
Peut-être dans l'amas de paquet y avait-il de la nourriture, espérais-je avec ferveur.
- Non, non, nous avons grignoté en chemin, a répondu Draco comme s'il s'agissait d'une question incongrue- voire grossière. Mais tu peux déjeuner, si tu veux.
Visiblement ce genre de besoin naturel ne devait pas même être évoqué, ils étaient tous de purs esprits, se nourrissant de champagne et de futilités. J'ai haussé les épaules et fouillé dans le frigo pour me faire un sandwich tandis qu'ils grignotaient des fruits exotiques en buvant leurs coupes, évoquant longuement leurs achats.
Je m'étais éloigné vers la fenêtre pour manger discrètement quand j'ai senti un bras autour de la taille, et un souffle chaud dans mon cou :
- Ca va mon amour ? Tu ne veux pas boire avec nous ?
- Merci, non, je n'ai pas envie de champagne en pleine journée, je te remercie, ai-je répondu à voix basse, touché par sa gentillesse.
- Tu ne m'en veux pas, au moins ? a-t-il chuchoté dans mon oreille.
- Non, pas du tout. C'est moi qui suis trop… sérieux, je crois.
J'étais un peu gêné de cette marque d'affection en public, mais sa mère et sa sœur ne nous regardaient pas, sans doute trop polies. Ça me faisait du bien qu'il s'inquiète pour moi, alors que je ne me sentais pas à la hauteur. J'étais heureux d'exister pour lui, même en présence de sa famille, alors que moi je n'aurais jamais osé tenter un geste tendre en présence de la mienne. Mais Draco n'avait pas honte, et je l'admirais pour ça.
Elles sont reparties dans la soirée, ravies de leur escapade parisienne, et j'ai retrouvé les bras de Draco pour un moment d'intimité intense, chassant tous les nuages.
oOo oOo oOo
Le lendemain matin, un jour ensoleillé, je me suis réveillé tôt, dérangé par le chant des oiseaux. J'avais décidé la veille de sécher les cours, pour rester avec lui. Draco dormait contre moi, nu comme à son habitude, une expression angélique sur le visage.
J'aimais le regarder dormir quand je n'étais pas obligé de sauter dans le premier métro pour aller à la fac. Après avoir détaillé son visage mince, les joues délicates, la bouche un peu charnue, le long cou, je soulevais un peu le drap pour admirer son corps dans le jour naissant, laissant la lueur du soleil réchauffer une courbe, dévoiler une chair plus pâle, souligner une hanche un peu saillante. Son corps m'émouvait toujours de la même façon, comme un miracle, une œuvre d'art qui aurait pris vie. Je penchais alors un peu mon visage pour le sentir, comme un parfum rare, enivrant, ou comme une mère respire l'odeur de son enfant, avec une joie animale. Sa présence, sa chaleur me rendait fou amoureux, je devais lutter chaque matin contre le désir, le désir de le réveiller, le désir de l'embrasser, de le posséder et de me fondre en lui pour toujours.
Nous adorions ces petits moments de tranquillité, certains matins, quand j'allais chercher des pains au chocolat et que je préparais la table pour le petit déjeuner, comme un gentil couple d'amoureux. Il dormait toujours plus longtemps que moi, adorant se coucher très tard et faire la grasse matinée.
Parfois il simulait le sommeil pour mieux me laisser le regarder, avec une innocence feinte. Je crois qu'il aimait autant être contemplé que j'aimais le contempler, nos névroses s'étaient bien rencontrées. Ou alors c'était juste ce qu'on appelle l'amour, cet éblouissement, ce besoin d'éblouir.
Souvent je me répétais que j'avais de la chance, une incroyable chance de l'avoir juste pour moi, d'être le seul à profiter de cette anatomie parfaite, et de cette douceur émouvante. Je ne comprenais toujours pas par quel malentendu j'avais été l'Élu, je me disais que c'était parce que j'étais le seul à ne pas profiter de lui comme d'un toy-boy, le seul à le respecter.
Mais ce matin-là les bribes de phrases surprises entre sa famille et lui me gâchaient un peu ma joie, comme un nuage qui s'approcherait. Tout en m'abreuvant de la beauté de son corps découvert par le drap, j'avais l'impression qu'une sourde menace pesait sur nous, rendant sa chair moins lisse, son visage moins pur.
« Je débloque » me suis-je dit en le scrutant de plus près, jusqu'à voir ses côtes se soulever doucement, le grain de sa peau se révéler, sans y trouver la moindre imperfection.
Un petit soupir à peine retenu m'a fait sourire, je savais qu'il était en train de se réveiller, n'osant bouger pour me laisser le regarder, encore. Un flot de bonheur a gonflé ma poitrine, le matin allait être parfait, forcément parfait. J'ai effleuré ses lèvres de ma bouche, puis ses joues, son cou, j'ai mordillé le lobe caché par les cheveux blonds, un autre soupir a comblé tous mes vœux. Doucement j'ai réveillé son corps endormi par mes caresses délicates, à peine marquées.
Dans la lueur du petit matin nous nous sommes unis tendrement, le temps des étreintes violentes était loin désormais, comme une autre vie. Le plaisir était là cependant, même s'il était moins violent lui aussi, moins rapide. Il ressemblait plus à une vague profonde qu'à un flash et j'étais heureux de ne plus tomber dans mes vieux démons, et qu'il résiste aux siens. Un nouvel équilibre nous faisait vivre, un compromis subtil entre nos besoins et nos rêves.
Après nous restions longtemps dans les bras l'un de l'autre, goûtant la saveur agréable de l'harmonie de nos corps, apaisés.
Ce matin-là pourtant des questions me brulaient les lèvres, sans doute pas suffisamment rassasiées :
- T'étais content de revoir ta mère et ta sœur ?
- Oui… a-t-il répondu après une petite hésitation.
- Vous avez parlé de quoi ?
- De tout et de rien. Pourquoi tu me demandes ça ?
- Oh, pour rien, comme ça. En tout cas, t'as de la chance, elles sont très compréhensives.
- Ah bon ? Tu trouves ?
- Oh là là, oui. Ta mère ne t'assomme pas de questions, au moins.
- Pourquoi poser des questions dont on craint la réponse ? a-t-il ajouté avec cynisme, un cynisme qui m'a fait froid dans le dos.
- A ce point-là ?
- Oui, à ce point-là, Harry. Tu sais, la vie qu'on mène tous les deux n'a rien à voir avec la vie que je menais avant. C'est un choc pour une mère d'apprendre que son fils se drogue, ou fréquente des milieux… dangereux. Alors parfois il vaut mieux ne pas trop en savoir.
- Je comprends.
- De toute façon, elle n'avait pas trop le choix. Si elle ne m'avait pas accepté comme j'étais, j'aurais coupé les ponts avec elle, et elle le savait. Alors…
Je n'ai rien répondu, un peu accablé par sa résignation, une fois de plus. Allait-il vraiment mieux, ou n'était-il clean que pour me faire plaisir, tout prêt à replonger dans ses anciens démons ?
- Mais maintenant, c'est fini, tout ça. Tu le lui as dit ?
- Dit quoi ?
- Eh bien, qu'on vit ensemble, et que tu es... clean. Que tu ne fais plus de photos.
- Non, pas directement, a-t-il répondu simplement, me décevant du même coup.
- Mais pourquoi ?
- Parce que je ne rends pas de comptes à ma mère. Ni en bien, ni en mal. Je fais ce que je veux, je suis grand maintenant, moi. Je n'ai pas peur d'elle.
Le silence a flotté quelques instants entre nous, et il a remonté le drap sur nous, recouvrant nos corps dénudés et encore enlacés. J'avais faim, il devait être tard mais je n'avais pas la force de bouger, engourdi par les miasmes du plaisir. Je devais bien reconnaître qu'il avait un courage que je n'avais pas, face à ma mère.
- La mienne ne supporterait pas de me voir vivre avec un mec, tu sais… ai-je ajouté avec un soupir.
- Donc, tu ne lui diras jamais, pour nous ? a-t-il demandé d'un ton neutre.
Trop neutre. Mais je le connaissais bien, je savais ce qui le faisait souffrir, et je connaissais cette petite crispation de sa main sur mon bras, quand il était stressé.
J'étais coincé, coincé entre la déception de Draco et celle de ma mère, inévitable.
Je continuais à lui mentir à chaque appel, prétendant vivre dans ma chambre d'étudiant dans laquelle je n'avais pas même mis les pieds. Celle qu'elle payait tous les mois. Un gâchis inacceptable.
- Si… Si, je lui dirai, un jour, bien sûr, ai-je menti sans le regarder, bien accroché contre son torse fin.
- Mais t'as peur de quoi, exactement ? Je ne comprends pas trop.
J'ai cherché quelques instants la réponse à cette question, cette putain de bonne question. Les rayons du soleil entre les persiennes zébraient nos peaux, nous rendant étranges, comme déchirés en bandelettes.
Un beau matin.
Une putain de bonne question.
- J'ai peur de… de la décevoir, je crois. Je n'ai jamais quitté le droit chemin, avant… avant toi, ai-je ajouté rapidement.
Il n'a rien répondu, fixant rêveusement le plafond. Ses jambes se sont dénouées des miennes, ne restait que la sensation de froid de ma peau nue. Je le scrutais, je ne lisais rien sur son visage parfait, pas une émotion, pas un reproche, comme d'habitude. Une fois encore je me suis demandé s'il ne ressentait rien ou ne montrait rien, interrogation cruelle.
- Tu comprends ? ai-je repris, pas très fier de moi.
- Oui, je crois. Même si pour moi la question ne s'est jamais posée comme ça, puisque mon père n'a jamais été fier de moi. Je l'ai toujours déçu, donc je n'ai plus rien à perdre.
- Mais… ta mère, elle t'aime, non ?
- Oui. Mais elle m'aime parce qu'elle est ma mère, simplement. Quoique je fasse, elle m'aime. Elle m'accepte comme je suis, c'est tout. C'est pas ça, l'amour ?
Je crois que j'ai acquiescé, la gorge nouée.
Je n'en savais foutrement rien. L'amour, était-ce d'accepter l'autre comme il est, malgré ses défauts, ou le forcer à s'améliorer ? Je savais vers où me menait mon éducation, je n'étais plus très sûr d'avoir raison.
- Tu crois pas que c'est plutôt d'essayer de changer l'autre, pour qu'il devienne meilleur ? ai-je tenté, pas très sûr de moi.
- Meilleur que quoi ? a-t-il répondu avec un petit sourire, et je me suis senti idiot.
Bêtement naïf.
- Meilleur que par le passé, par exemple. Plus fort.
- Comme moi ?
- Euh… oui, par exemple, ai-je soufflé, hésitant.
Sa manière d'acquiescer m'a déplu, ainsi que son silence. Non pas que j'aurais voulu qu'il me dise que je lui avais sauvé la vie… Mais un peu, quand même.
- Tu vis mieux qu'avant, tout de même ? ai-je repris, entêté.
- Je ne vivais pas si mal que ça, tu sais. Je n'étais pas malheureux…
- Pff ! Grâce à la drogue, uniquement. Ta vie ne ressemblait à rien, rappelle-toi. Tu suivais partout Kristian comme un gentil toutou, en attendant qu'il te photographie à poil. Il s'est fait pas mal de fric grâce à ton cul, celui-là…
La colère montait lentement en moi, malgré moi, et lui s'est raidi imperceptiblement, de son côté. Je ne voulais pas en arriver là, j'agissais presque contre ma volonté, allant au clash bêtement.
- Et toi, ta vie, elle ressemble à quoi, Harry ? A celle d'un gentil étudiant qui n'ose pas dire à sa mère qu'il est gay ? Ah ouais, c'est vachement plus courageux.
- Tu exagères ! Si t'es pas capable de faire la différence entre le bien et le mal, c'est pas de ma faute, ai-je grogné en sautant hors du lit pour prendre une douche. Écoute, n'en parlons plus, je vais aller à la boulangerie avant qu'il soit midi.
- J'ai pas faim, de toute façon… ai-je entendu avant de fermer la porte de la salle de bain.
J'étais excédé par son inconséquence, et un peu énervé de ses cachotteries avec sa sœur, pour être sincère.
Après ma douche je suis sorti acheter des pains au chocolat et me calmer, pour ne pas gâcher ce jour parfait.
A mon retour il était devant la télé, apparemment calme. Comme je m'y attendais il n'a pas déjeuné, je n'ai pas insisté –après tout je n'étais pas sa mère, moi. S'il voulait se priver d'un de ses mets préférés, ça ne me gênait pas. Il fallait que je m'ôte de l'idée de le sauver – puisque ce n'était pas une preuve d'amour, pour lui.
Je me suis installé sur la table de la salle à manger pour réviser, tandis qu'il regardait la télé avec des écouteurs. D'ordinaire nous allions faire de longues promenades mais j'avais un devoir à terminer, et plus une once de patience.
Le reste de la journée s'est passé tranquillement, seul un habile observateur aurait pu dire que quelque chose n'allait pas, entre nous. Après tout, n'était-ce pas une preuve d'amour de se chamailler, quel couple pouvait y échapper ? me suis-je dit pour me rassurer, à la nuit tombante, en refermant mes cours.
La perspective de me lever tôt pour retourner à la fac me fatiguait d'avance, et je n'avais pas eu ma dose de câlins. Pourtant quand j'ai posé ma main sur sa hanche, ce soir-là, il s'est tourné de l'autre côté, fin de non recevoir limpide, et mon cœur s'est serré.
C'était la première fois qu'il se refusait à moi, j'en étais sans doute responsable, d'une certaine manière. Sauf qu' il y avait eu aussi la conversation de la matinée, ce secret qu'il me cachait. J'aurais dû ôter ma main, me tourner de l'autre côté, et m'endormir.
Mais une colère sourde montait, comme un brasier qui s'allumerait dans mon ventre, une frustration intense, difficilement gérable. Je ne supportais pas l'idée qu'il dorme sans que je puisse le toucher, il était si proche, dénudé, fragile. Si tentant.
J'ai resserré mes doigts sur sa peau fine, sa hanche maigre, jusqu'à y planter mes ongles. Bien sûr la colère qui bouillonnait en moi faisait circuler mon sang plus vite, répandant une drôle de chaleur en moi, un désir physique absurde, inadéquat.
Il ne bougeait toujours pas, dos tourné à moi, mon sexe à présent tendu effleurait ses fesses nues, je devais lutter pour ne pas me rapprocher encore, lui voler tout ce qui me manquait. Sa respiration s'était accélérée, preuve qu'il ne dormait pas, et la tension devenait palpable entre nous. Je luttais à présent contre l'envie de son corps, le besoin de sa peau, et les images revenaient, malgré moi. Je crois que j'ai soupiré bruyamment en m'avançant juste encore un peu contre lui, coinçant ma verge raide contre ses fesses si douces.
Il a rejeté la tête en arrière, s'est cambré et a murmuré :
- Non, je ne veux pas, Harry. Si t'en as tellement envie, branle-toi, et laisse-moi dormir.
Ses mots prononcés à voix basse avec son délicieux accent ont redoublé mon désir, je me suis ancré à sa hanche un peu plus profondément, glissant mon sexe entre les chairs fines si proches, si douces. Au moment de le pénétrer brutalement un gémissement m'a retenu, le gémissement de mon amour, à qui j'avais promis de la douceur, toujours.
Je suis resté immobile, au supplice, quand il a repris, d'une voix amère :
- Eh bien, vas-y ! Pourquoi tu t'arrêtes ? C'est ce que tu veux, non, me baiser comme une pute ? C'est bien ce que j'ai toujours été, pour toi, non ?
J'ai eu soudain l'impression d'une chute vertigineuse, au fond d'un précipice, le précipice de mes illusions. L'illusion de la tendresse, la douceur. Tous les désirs inassouvis ont rejailli d'un coup, avec la vision diabolique d'un corps enchainé, d'une peau pâle contrainte, il était de retour.
Le garçon de la photo.
Le garçon sanglé dans son corset de cuir, le visage amèrement détourné.
Cette salope qui adorait être attachée, et qu'on la baise comme une chienne. Et j'avais mes doigts sur sa chair, sa peau au bout de ma peau. Enfin. D'un coup de rein irrépressible je l'ai pénétré, il a gémi, accroissant ma fièvre. Je ne me contrôlais plus, mon corps avait pris le pouvoir, j'étais devenu fou, brièvement, j'en avais trop envie, trop besoin.
Je ne savais pas si je lui faisais mal ou si c'étaient des plaintes de plaisir, je baisais à nouveau mon fantasme, le garçon sur la photo, il était enfin à moi, totalement.
Encore et encore et encore.
Un voile rouge m'est tombé sur les yeux quand j'ai joui, je me souviens ne m'être arrêté que quand le dernier jet a cessé, me vidant de toute substance. Je me suis écroulé sur le lit, ahanant, sans avoir pris la peine de vérifier s'il avait joui, lui aussi, sans oser le regarder, la tête enfouie dans un oreiller.
Quand les derniers spasmes se sont calmés et que j'ai pu bouger à nouveau mes membres devenus lourds, je l'ai enfin pris dans mes bras pour poser des petits baisers sur son visage blafard, exsangue.
- Oh mon dieu, pardonne-moi, je t'en supplie, pardonne-moi…. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Dis-moi que tu me pardonnes, Draco. Je ne recommencerai plus, je te jure. Plus jamais. Je ne sais pas ce qui s'est passé, c'est horrible, je suis devenu fou…
Il ne répondait pas, tétanisé, alors j'ai caressé doucement ses lèvres de ma bouche, tendrement, jusqu'à ce qu'il les entrouvre et me laisse entrer, délicatement.
- Dis moi que tu me pardonnes… Je t'ai fait mal ? Je t'ai fait mal, hein ? Je suis inexcusable, je le sais. Pardonne-moi, par pitié.
- C'est pas grave, a-t-il répondu d'une voix rauque, altérée. C'est rien. J'ai l'habitude…
Cette réponse m'a cruellement serré le cœur, bien plus que tous les reproches possibles.
J'étais une crapule, un voyou, autant que tous ceux qui l'avaient touché et attaché avant, plus peut-être.
Un immonde salaud qui lui avait promis de le protéger.
- Pardonne-moi, Draco, jure-moi que tu me pardonnes…
- T'inquiète pas.
- Je ne recommencerai plus, je te jure.
Nous étions enlacés sur le lit, face à face, il tremblait encore un peu alors j'ai remonté le drap sur lui, doucement. Un sourire triste est né sur ses lèvres, et il a posé son doigt sur les miennes, alors que j'étais au bord des larmes :
- Chuuut… Ne promets pas des trucs que tu ne pourras pas tenir.
- Si, je te jure, je ne recommencerai plus, jamais.
- T'en sais rien, Harry. Parce que c'est pas entièrement de ta faute, je crois.
- Quoi ?
- C'est moi qui dois provoquer ça, je ne sais même pas comment. Par mon attitude, ma faiblesse. Sinon ça ne m'arriverait pas si souvent.
- Non, dis pas ça.
- Ou peut-être… parce que j'aime ça.
- Non ! Ne dis pas ça, jamais. Plus jamais.
- Pourquoi ? Regarde, a-t-il murmuré en soulevant le drap et en me montrant la tache visqueuse sur le tissu blanc. J'ai toujours aimé ça, tu sais. Je me sens tellement… vivant dans ces moments-là, et pourtant si proche de la mort. La douleur et le plaisir ont toujours été indissociables. Je sais que je suis une sorte de monstre, sans doute. Parfois je me dis que je vais décoller complètement, exploser, ou mourir…
- Ne dis pas ça, je t'en supplie.
- Pourquoi ? C'est une belle mort, non, mourir dans les bras de celui qu'on aime ?
- Tais-toi. Tais-toi je t'en prie. Dis pas ça…
C'est moi qui pleurais cette fois face à son renoncement, cette acceptation résignée de son rôle de victime. Je prenais enfin conscience de mon rôle dans cette histoire, de ma trahison.
Lui était stoïque, presque rêveur :
- Parfois je me dis que ça va s'arrêter, enfin… pour de bon.
- NON !
- Quoi ? Pourquoi tu cries ?
- Je ne crie pas. Je ne veux pas que tu penses à ça, à la mort, c'est trop horrible.
- Horrible ? Pourquoi ? L'orgasme c'est déjà une petite mort, comme on dit en français, alors… Comme ça après il n'y aurait plus rien. Rien.
Je l'ai serré un peu plus fort contre moi, fort à lui faire mal, comme pour l'empêcher de fuir, de s'envoler. Visiblement il avait fait le cheminement dans sa tête, c'était une idée qu'il avait déjà eue, caressée. Comme une fuite, ou un soulagement.
- Arrête, dis pas ça, dis pas ça. Je ne recommencerai pas, et personne ne te fera de mal, je te promets. Personne.
Il a hoché la tête doucement, comme on acquiesce pour rassurer un enfant, sans vraiment y croire.
- J'aime bien quand tu me serres comme ça, tu sais. Ou quand tu m'aimes avec violence… C'est comme les cordes. Sur le moment c'est génial. On touche à l'absolu, le ciel et l'enfer en même temps. C'est après que c'est horrible…
- Je suis désolé.
- C'est après que ça fait mal, quand c'est fini. Quand tu dénoues les cordes ou que tu te relèves, que tu as les genoux explosés et le sang qui coule. C'est là que tu regrettes de n'être pas mort, déjà.
- Je comprends. C'est affreux, je suis désolé.
- C'est pour ça que j'ai besoin de prendre des trucs, parfois. Parce que ça fait atrocement mal, après.
- Mais… tu as mal, maintenant ? ai-je réalisé soudain.
Le lent mouvement de sa tête m'a serré le cœur, je ne m'imaginais pas qu'il souffrait encore, après notre rapport violent :
- Attends, je vais te soigner. Bouge pas.
- Non. Il faut que je prenne une douche, d'abord. On verra après, a-t-il dit en se relevant avec difficulté.
- Je vais voir ce qu'il y a dans l'armoire à pharmacie.
- Il y a tout ce qu'il faut, rassure-toi. Mais laisse-moi me laver, d'abord.
Sa démarche était un peu hésitante et je me suis mordu la lèvre au sang en le voyant s'enfermer dans la salle de bain.
Comment avais-je pu faire ça ? Étais-je devenu fou ?
La question m'obsédait d'autant plus que je ne savais toujours pas si c'était moi qui l'avais agressé, l'année précédente, sur la plage. Ce n'était peut-être pas la première fois que je perdais les pédales, que j'avais laissé mes pulsions prendre le pas sur ma raison. J'ai entendu l'eau couler et ça m'a rassuré, un peu.
Une sourde angoisse me bouffait le ventre, je crois que j'avais peur de comprendre les mots de Draco, leurs conséquences. Peur de me rendre compte que nous étions deux malades qui s'étaient rencontrés, trop bien rencontrés. Un sadique et un maso, deux junkies de violence physique.
Pourtant je l'aimais, de tout mon cœur, plus que tout. Mais je me demandais une fois de plus si sa peau n'était pas un poison pour moi, qui m'intoxiquait et m'amenait au pire, par une alchimie étrange.
J'étais normal, avant sa peau, ai-je pensé soudain avec un frisson.
Je me suis rhabillé, en me disant que je prendrais une douche après. Les pensées les plus noires tournaient dans mon esprit quand il est sorti de la salle de bain, étrangement calme. Son visage avait repris des couleurs et il souriait, épanoui.
- Ça va, Draco ?
- Oui, très bien, merci.
- Tu veux que je te soigne ?
- Oui, si tu veux, a-t-il répondu en me tendant quelques boîtes et en s'allongeant sur le ventre sur le lit.
Son corps détendu et son visage reposé contrastaient avec son attitude précédente, j'en ai conclu que la douche l'avait vite apaisé, et que notre rapport n'avait pas été aussi violent que ça.
J'ai soulevé le peignoir pour le soigner délicatement, il n'a même pas frémi. J'avais l'impression de soigner un enfant confiant, tellement il paraissait calme et tranquille.
- Voilà. Je ne t'ai pas fait mal ?
- Non, pas du tout, a-t-il répondu d'un ton rêveur.
- Tu es sûr ?
- Oui, sûr.
- Draco, regarde-moi.
Il a tourné son visage vers moi, ses yeux aux pupilles élargies paraissaient presque noirs, et j'ai compris :
- Tu as pris quelque chose ? ai-je demandé sur un ton plus agressif que je ne l'aurais voulu.
- Oui.
- Mais pourquoi, bordel ?
- Mais parce que tu m'as fait mal… Tu crois quoi ? Tu crois que parce que tu m'aimes tu peux me baiser comme tu l'as fait et que je ne vais rien sentir ? a-t-il répondu avec une fausse naïveté. Je t'ai expliqué que j'avais mal, après, non ?
J'ai fermé les yeux, conscient de ma responsabilité, coupable, seul coupable.
Je ne sais pas ce que j'aurais fait à sa place, car il n'avait jamais été violent, jamais. Aurais-je supporté la douleur en serrant les dents, ou me serais-je laissé aller à me droguer pour supporter le mal, quitte à entrer dans la spirale infernale ?
Mais la question était purement théorique, nous avions bêtement défini nos rôles, ou plutôt non, nos corps les avaient définis, avant nous. J'étais le bourreau, il était la victime, le scénario était déjà écrit, même si je détestais ce rôle. Le problème était de savoir quand nous avions endossé ces costumes, et pourquoi.
- Mais… tu étais déjà comme ça, avant ?
- Avant ? Avant quoi ?
- Avant que tu sois agressé… l'année dernière, ai-je interrogé, au supplice.
- Je… Non, je ne crois pas. Pas à point-là. Je sais plus, a-t-il ajouté d'une voix lasse.
Ses yeux commençaient à se fermer, il était tard, il semblait sur le point de s'endormir.
- Draco, t'as pris quoi ?
- Oh, rien. Un truc pour planer, un peu. Ça me fait du bien Tu veux pas te coucher ?
- Si, je vais venir, mais… tu en prends souvent ?
- Non. Depuis que je suis avec toi, non. Je suis bien avec toi, a-t-il murmuré en souriant, un sourire qui m'a tordu le cœur.
Oui, nous étions bien ensemble, pourquoi avais-je ces pulsions infernales, pourquoi n'étais-je pas capable de l'aimer comme j'avais aimé Mélanie, sans heurts, sans violence ?
Je n'avais pas la réponse et je le regardais s'endormir doucement, toujours couché sur le ventre, alors j'ai remonté le drap sur lui et j'ai eu envie de prendre un truc, moi aussi, pour dormir.
Oublier.
Mais les questions étaient toujours là, infernales, alors je me suis levé et je suis retourné dans la salle à manger, pour regarder la télé, essayer de me vider la tête.
Je ne pouvais pas l'aimer comme j'avais aimé Mélanie parce la relation n'était pas la même, parce qu'avec elle tout était clair, doux, facile alors qu'avec Draco l'amour et la passion était violents, brûlants.
« Je t'aime à en crever, j'espère juste que tu n'en crèveras pas, toi… » ai-je murmuré le front contre la vitre, en regardant Paris endormi. Je n'avais aucune explication quant à mon comportement, je ne savais absolument pas où je m'arrêterais. Ou pas.
Nous étions dans une rue calme, seules quelques voitures passaient de temps en temps. Au loin j'apercevais une église ancienne, j'ai presque regretté de ne pas savoir prier.
Je me suis dit que je n'étais sans doute pas à ma place dans ce décor superbe, qu'il valait mieux que je rentre chez moi, avant que la poudre aux yeux ne me rende aveugle. Ou fou.
Ou alors était-ce l'influence de l'alcool, qui levait toutes mes limites, me poussait à me conduire comme une bête ? J'avais bu au repas, moi qui ne buvais jamais. Ca me rappelait un vieux roman de Zola que j'avais lu au lycée, mais je ne venais pas d'une famille d'alcooliques, mes parents ne buvaient que très rarement.
J'ai erré dans la grande pièce zen, essayant vainement de me calmer, tenté par l'idée de retrouver ma piaule minable pour dormir. Mais j'avais accepté de passer la nuit avec lui, il ne comprendrait pas mon absence à son réveil, surtout après ce qui s'était passé.
Finalement au bout de longs allers et retours entre le canapé et la fenêtre j'ai commencé à fatiguer et j'ai pris une douche pour faire disparaître mes dernières tensions. La salle de bain était ultra moderne, avec une douche à jets et des miroirs partout, pas moyen d'échapper à mon image.
J'avais souri en découvrant cela, à mon arrivée, ça correspondait tellement à l'idée que je me faisais de Draco, Narcisse fragile. Moi au contraire ça m'énervait de me voir entouré de mon reflet, que je trouvais peu flatteur, même de dos. L'armoire à pharmacie regorgeait de médicaments, la plupart anglais, tous inquiétants. J'ai pensé à tous les balancer dans la poubelle ou les toilettes, mais Draco en avait peut être vraiment besoin. Il paraissait si maladif parfois, et je ne voulais pas polluer l'environnement avec des bombes potentielles.
En regardant autour de moi je me suis dit que je ne partageais ni sa fuite dans les médicaments ni son attrait pour les miroirs, qu'on était si différents que c'était foutu d'avance, lui et moi. Que notre histoire n'avait été qu'un beau rêve. Ou un cauchemar.
Mais en éteignant la lumière et en le rejoignant dans les draps soyeux les battements sourds de mon cœur m'ont murmuré que j'étais fou de lui, que je ne pourrais jamais vivre sans lui. Je l'ai observé longtemps dormir, dans les lueurs bleutées des phares qui se réfléchissaient sur les murs. Ses traits étaient si purs et son air si innocent que j'ai senti ma gorge se serrer.
Je ne savais toujours pas ce qui me plaisait en lui, si on avait le quart de la moitié d'une chance d'être heureux ensemble, mais je savais que je ne pourrais pas le quitter. Pas comme ça.
Le lendemain matin nous avons repris notre vie commune, comme s'il ne s'était rien passé.
Le temps efface tout, paraît-il.
A suivre…
Merci à ceux qui lisent, et encore plus à ceux qui reviewent ^^
