Chapitre troisième : sous la lumière blanche de midi

Le soleil était dans sa course ascendante lorsque Jack stoppa sa voiture devant la maison de Carter. Aucun nuage à l'horizon, du moins pour le moment. La lumière était encore pâle et vaporeuse, mais elle devrait vite se réchauffer. Il coupa le moteur et s'arma de courage avant de sortir de son 4x4, puis emprunta l'allée qui traversait la pelouse devant la petite maison qu'elle louait.

Il avait toujours trouvé qu'elle semblait un peu trop… vieillotte pour Carter. Oui, c'était le mot, incontestablement. La vache, il y avait même une palissade blanche ! Ce n'était évidemment pas son choix, se raisonna-t-il. L'Air Force prenait en charge une partie de la location, et les services de l'armée s'étaient assuré que la maison était prête avant même que Carter soit affectée à Colorado Springs. Bien sûr, elle n'avait pas choisi de déménager durant les huit dernières années mais puisque elle passait la majorité de son temps à la base ou en mission, où en aurait été l'intérêt ? Pete avait probablement pensé la même chose que lui au sujet de cette maison, réalisa-t-il soudain ; sinon il ne lui en aurait pas acheté une autre. Ou peut-être que si. Et peut-être était-elle plus grande et plus vieillotte encore. Dans tous les cas, le flic aurait dû lui en parler avant. Cette pensée le dégoûta, et il secoua la tête.

Se tenant un peu plus droit que d'habitude, il frappa vivement à la porte. Deux fois. Il l'entendit crier « Entrez, mon Général ! » — elle s'adressait encore à lui par son grade ! — mais la porte s'ouvrit une seconde plus tard… sur un homme.

Jack n'avait jamais rencontré Mark, le frère de Carter, ni même beaucoup entendu parler de lui. Quand Sam y faisait allusion, c'était essentiellement au sujet des querelles avec Jacob — ou pire, au sujet de Pete. Il ne lui ressemblait pas tellement : ses traits étaient plutôt ceux de Jacob — les mêmes yeux brun sombre. Plus grand pourtant, et avec un visage plus allongé.

« Salut là-dedans. Mark, je suppose ? »

Il tendit une main et sourit, en regardant par-dessus l'épaule de Mark.

« Jack O'Neill. Est-ce que Carter est prête ? »

Ils s'étaient tous les quatre mis d'accord la veille : Jack et Sam se rendraient un peu en avance au chalet pour tout préparer. Lui-même n'avait pas spécialement eu dans l'optique de les rapprocher plus étroitement en dehors de la base ; la décision avait été prise avant les révélations de la veille au soir, lorsque quelques heures en tête à tête dans sa voiture avec Carter auraient suffi à l'achever. Auraient suffi à les achever tous les deux, en fait. Mais sinon, elle aurait été coincée sur le siège arrière de la dernière voiture de sport de Daniel — Teal'c s'étant approprié d'office le siège passager dès qu'il avait eu vent de la nouvelle. Jack lui avait alors proposé de faire la route dans sa voiture (le trajet serait plus confortable, bien que plus matinal), et il avait été surpris de la voir accepter son offre.

« Je me suis déjà retrouvée sur le siège arrière de l'un de ces trucs et c'est une expérience que je n'ai pas envie de répéter » s'était-elle justifiée. Ses propos avaient été immédiatement suivi d'un « en effet » de la part de Teal'c qui avait fait rire Daniel tandis que Sam et Jack avaient échangé un timide sourire.

Le voilà donc arrivé chez elle, comme promis, pour la récupérer. Sauf que désormais, le trajet ne devrait plus être si difficile.

Mark fronça légèrement les sourcils, mais serra la main tendue. Jack ignorait s'il avait appris la nouvelle à propos de Pete, mais quoi qu'il en soit, ça ne se présentait pas très bien — un homme plus âgé se pointant pour emmener Sam le lendemain même de la mort de son père…

« Presque. Vous êtes son supérieur, c'est ça ? »

« Eh bien, techniquement, oui, mais — »

Il fut interrompu par l'irruption de Sam dans l'entrée.

« Tout est prêt, Monsieur. » annonça-t-elle. Elle lui rendit son sourire puis se tourna vers Mark.

« Tu as une clé, je crois ? Je risque d'être difficilement joignable pendant quelques jours… »

Elle regarda Jack :

« On capte, là-bas ? »

« Nan ! Mais je crois qu'il y a une borne d'appel en ville, à la station essence. »

Le lieu était complètement isolé, et c'était pour cela qu'il y était si attaché. Elle s'y attacherait aussi, si elle réussissait finalement à y aller… Mais elle était encore en train de tout passer en revue avec Mark.

« Si tu te sens de sortir avec les enfants quand ils seront là, il y a un super zoo. La brochure touristique est sur le frigo… »

Comme si Mark n'avait pas de vie à San Diego…

« Je consulterai mes messages de temps en temps quand je serai là-bas, alors appelle-moi si tu as besoin de moi. »

Elle baissa la voix :

« Tu es sûr que ça ira si je m'en vais ? »

Mark tenta de sourire. Tenta. C'était compréhensible : son père était mort vingt-quatre heures auparavant.

« Vas-y. Ça ira. »

Elle acquiesça, lui décocha un sourire nerveux, l'embrassa et se baissa pour ramasser son sac de voyage. Mais Jack l'avait déjà pris, et souriait à Mark. Il le salua brièvement avant de se détourner pour suivre Sam vers sa voiture.

Lorsqu'il s'assit à ses côtés dans le 4x4, il lui jeta un regard appuyé, fixant ses grands yeux bleus.

« Vous pouvez rester, si vous voulez. Si vous avez besoin d'être avec lui. Je dirai à Daniel et Teal'c que vous vouliez passer du temps avec votre famille. Ils comprendront. Si c'est ce que vous voulez. »

« C'est vous que je veux. » lança-t-elle. « Mon Général. »

Elle réussit à sourire malgré des yeux un peu humides.

Il rit, et démarra le moteur. Les mots qu'elle avait prononcés la veille au soir résonnaient bien mieux sous la lumière blanche de midi. Peut-être était-ce ce dont elle avait besoin, après tout.

« Bon. » répliqua-t-il, alors que la voiture descendait du trottoir. « Alors, jamais pêché avant ? »

« Non, mais ça ne semble pas si difficile que ça. »

« Pas dans mon étang, en tout cas ! »

« Qu'est-ce que ça veut dire ? »

« Vous êtes maligne, Carter. Vous comprendrez quand on y sera. »

Elle leva les yeux au ciel.

Il y eut un silence agréable entre eux.

« Jack ? »

« Sam ? »

« A quelle heure Daniel a-t-il prévu d'arriver ? »

« Eh bien, je crois qu'il a annoncé, au milieu de son discours sur la puissance et la consommation de son bolide, vouloir se mettre en route à onze heures. Et vu ses capacités de conducteur, je dirais… vers quatre heures de l'après-midi. Pourquoi ? »

Elle ignora la question et regarda prestement sa montre. 9h15.

« Bien. Ça laissera du temps. » annonça-t-elle, alors qu'une amorce de sourire plissait le coin de ses lèvres.

« Du temps pour quoi ? » demanda-t-il prudemment, bien qu'il en eût une vague idée.

Elle sourit franchement.

Le visage et le ton de sa voix devenant soudain innocents, elle rétorqua :

« Vous êtes malin, Jack. Vous comprendrez quand on y sera. »

Finalement, le trajet allait être rude.


Un petit commentaire au passage?
Le prochain chapitre sera le dernier... vous sentez venir le feu d'artifices? ^^