Chapitre 41

Again

Merci de suivre mon histoire ! Bonne lecture...

"Again" est une chanson d'Archive

Nous étions au bord de la falaise, soudain Draco a froncé les sourcils et m'a regardé, comme s'il s'éveillait d'un rêve :

- Pourquoi tu dis ça ?

- Parce que ça fait longtemps que tu cherches à te détruire, alors fais un pas et ce sera fini, cette fois. Pour de bon.

- Mais… tu n'as pas peur ? a-t-il soufflé en me regardant et en fixant le vide, à nos pieds.

C'était idiot mais en sentant sa main dans la mienne je n'avais plus peur, comme dans ces blagues absurdes où deux fous s'accrochent l'un à l'autre tout en tombant.

- Non. De quoi j'aurais peur ? De toute façon je t'ai déjà perdu, alors autant en finir tout de suite. Tu sais, je suis comme ces serviteurs qu'on enterrait vivants avec la dépouille de leur maître, dans l'Égypte ancienne je crois.

- Qu'est-ce que tu racontes ? T'es pas mon serviteur. T'as jamais été mon serviteur, a-t-il dit d'une voix rêveuse, et j'ai réalisé qu'il devait être saoul, ou drogué.

- Ah bon ? C'est pourtant ce que tu m'as dit, cet après-midi après le défilé, tu te souviens ?

Il a froncé à nouveau les sourcils et tangué, je le retenais malgré moi, difficile de lutter contre l'instinct de survie. Le vent était de plus en plus fort, je commençais à avoir froid dans mon costume de groom, mais bientôt tout serait fini.

- Je… j'ai dit ça pour que tu partes. Pour que tu me laisses tranquille. Je savais que c'était la seule chose que tu ne supporterais pas.

J'ai acquiescé, impressionné.

J'apercevais une lumière au loin, sans doute un bateau, peut-être la ligne qui relie Nice à la Corse. L'odeur de l'écume me montait à la tête, mes poumons s'emplissaient au maximum, j'étais presque saturé d'iode et d'oxygène, prêt à m'envoler comme un oiseau.

- Bravo, bien joué. T'es très fort, Draco. Allez, on y va ? ai-je demandé avec un entrain forcé, transi de froid.

- Quoi ? On va où ?

- Eh bien, là, en bas, sur la plage…S'éclater une dernière fois, tous les deux, sur cette plage.

- Et ça te fait rire ? Tu te crois drôle ? Tu crois que j'ai envie de rire ? a-t-il rétorqué en dégageant sa main brusquement.

Je l'ai regardé attentivement, dans la lueur de la lune descendante. Ses pupilles étaient noires, ses lèvres frémissaient doucement sous le froid ou l'émotion, il me faisait mal au cœur.

- Je ne sais pas, Draco. Je ne sais pas ce que tu cherches vraiment, je ne l'ai jamais su. Tu as toujours été une énigme pour moi. Là on va mourir et je ne saurai pas pourquoi, ni qui tu étais vraiment.

- Qu'est-ce que tu racontes ?

- Je ne sais pas de quoi tu te punis, même si j'ai une petite idée à ce sujet.

- Quelle punition ? a-t-il dit d'une voix métallique. A quel sujet ?

- Je pense que ça a un rapport avec ton père, je pense que tu portes le poids d'une culpabilité qui n'est pas la tienne, comme moi quand je pensais être ton agresseur. C'est bien, tu as bien intégré ta faute, le résultat d'une éducation réussie sans doute. Mes félicitations à tes parents. Sauf que tu es la victime, Draco, et là tu mourras pour rien.

Il a secoué la tête, comme pour s'éclaircir les idées, l'air perdu :

- Pourquoi t'essaies de m'embrouiller ? Va-t-en, fous-moi la paix. Rentre chez toi…

- Non.

- S'il te plait, j'ai besoin d'être seul, là, va t-en. S'il te plait…

- Non, je resterai là et je tomberai avec toi, s'il faut tomber. J'ai pas toujours été à la hauteur mais là je te suivrai jusqu'au bout. Je serai à la hauteur de ça. Peut-être que tu auras moins mal, quand tu t'écraseras en bas, si je suis là…

Il a froncé les sourcils, semblant avoir du mal à encaisser mes paroles. Visiblement je ne faisais pas partie de son scénario initial.

- Pourquoi tu dis ça, Harry ? Pourquoi ? a-t-il gémi. Pourquoi tu me laisses pas tranquille ? Pourquoi tu me laisses pas en finir tranquillement ?

- Parce que je t'aime, et que je t'accompagnerai là où tu iras, ai-je dit en faisant un pas vers lui, au bord du précipice.

Je n'avais plus peur, comme si j'avais toujours su que ça se finirait au bord d'un précipice, avec lui. Le bon ordre des choses, au fond.

- Non, va t-en, sauve-toi. Laisse-moi.

- Non.

En avalant difficilement ma salive je lui ai tendu à nouveau la main, comme une mère, ou un grand frère. Il a secoué la tête à nouveau, comme un enfant :

- Me gâche pas ça, aussi, s'il te plait. Je veux mourir dignement, seul. Je veux en finir, tu comprends ? En finir…

- Oui, je comprends. Mais je voudrais juste savoir pourquoi tu veux sauter, quand même. T'as laissé une lettre, au moins ?

- Une… une lettre ? Pourquoi ?

- Pour expliquer. Demander pardon à ta mère, qui t'aime. Accuser ceux qui t'ont fait souffrir. Si tu meures sans un mot ils diront que c'est un accident, que tu l'as bien cherché. Comme il y a deux ans, quand tu as été agressé.

- Quoi ?

- Ils diront que tu étais bourré et que tu as glissé, comme un con que tu es. Un mec bon à rien, même pas fichu de mettre un pied devant l'autre.

- Arrête…

- Ils appelleront ça un accident, Draco. Un accident. Et ça arrangera tout le monde.

- Tais-toi.

- Tu seras un crétin qui a tout raté, un sale junkie. Ca les fera bien marrer, à l'hôtel. Ils t'enterreront rapidement, en disant que t'as pas eu de chance. Au bout de 15 jours KK t'aura remplacé, tu n'auras jamais rien fait. Rien réussi.

- Non !

- Si. Et tu seras mort pour rien, pour rien !

- Et alors, je m'en fiche ! Je suis déjà rien.

- OK. Alors on saute, on y va, ai-je repris en le tirant fermement vers moi, alors que je sentais mes pieds glisser, au bord du précipice. Ferme les yeux et on y va…

- Non ! Non, pas avec toi ! a-t-il crié en me tirant fermement vers lui, pour ne pas que je dévale le ravin sous mes pieds.

- Si. Je te préviens : je ne vivrai pas sans toi. Jamais. Si tu sautes je saute aussi, comme un gamin crétin. T'as pas l'impression qu'on est des gamins crétins, là ?

- Pour… pourquoi tu dis ça ? Je suis pas un crétin, c'est pas vrai. C'est pas vrai…

- Chuuut…

- Je suis pas un crétin, non.

Draco tremblait de tous ses membres, complètement tétanisé par les émotions violentes, secouant la tête, complètement perdu. Je le sentais au bord de la crise de nerfs, sa main tremblait incroyablement dans la mienne. Le sol m'attirait et m'effrayait à la fois, je ne distinguais que quelques rochers en bas, tout en bas, léchés par l'écume noire qui murmurait pour nous, nous appelant doucement.

Soudain mon bras est parti violemment en arrière et avant que j'aie eu le temps de réagir je me suis retrouvé le cul par terre, abasourdi.

Deux ombres surgies de je ne sais où ont emmené Draco qui se débattait mollement en titubant, et le temps que je reprenne mes esprits j'ai entendu une voix familière :

- Mais putain Harry t'es débile ou quoi ?

- Quoi ?

- Je t'ai fait confiance et t'en as profité pour aller faire le mariole avec un client sur la falaise ? Mais t'as quoi dans la tête ? T'es un crétin ou quoi ? a glapi Matt en me tournant autour, fou de rage.

Draco a disparu dans l'obscurité avec les deux hommes, j'avais du mal à réaliser ce qui s'était passé. Ma tête tournait, peut-être le fait d'avoir fixé trop longuement le bas de la falaise.

- Arrête, tu me files le tournis, ai-je dit en me relevant difficilement. Je vais finir par gerber… Pourquoi ils l'emmènent ? C'est qui ces mecs ?

- Putain, mais tu veux te retrouver en taule et qu'on me licencie, ou quoi ? J'ai jamais vu un connard pareil ! Aller inciter un client à sauter de la falaise, mais faut être malade !

- Mais je l'incitais pas à sauter, au contraire, j'essayais de lui sauver la vie.

Matt a envoyé un coup de pied dans la pelouse, envoyant valser une motte de terre :

- Ah oui ? T'as pas dit « Alors on saute », on a pas bien entendu ?

- Si, mais je l'aurais pas laissé sauter. C'était du bluff. Mais comment vous avez su qu'on était là ?

- On a fait installer une caméra infrarouge pour surveiller le coin. Putain de bordel, j'en reviens pas que c'était toi, main dans la main avec l'autre débile. Mais c'est pas possible, c'est pas possible !

- Arrête de brailler, Matt, tu me soûles, ai-je glapi en me bouchant les oreilles et en essayant de faire un pas vers l'hôtel où avait disparu Draco.

Mais sous le coup de l'émotion et de l'adrénaline elles ne me portaient plus, je vacillais comme si j'étais soul, j'avais l'impression de ne plus tenir debout.

- C'est plutôt toi qui es bourré, non ? Mais qu'est-ce que t'as foutu, bordel ?

- Écoute, je t'expliquerai. Ils l'ont emmené où, Draco ? Tu peux m'aider à marcher ? Je me sens pas bien, là.

- Allez viens, accroche-toi à mon bras, on va retourner à l'hôtel, a grommelé Matt.

On s'est dirigés vers le hall, bras dessus bras dessous, comme deux poivrots. Je continuais à répéter « C'était qui ces mecs ? Où est Draco ?» et Matt continuait à m'engueuler sans répondre, on était tous les deux ridicules.

Arrivés dans le hall j'ai tenté de me diriger vers les ascenseurs, Matt a dû resserrer sa prise sur mon bras et m'attirer vers les locaux administratifs, j'ai commencé à me débattre :

- Hé mais lâche-moi ! Je veux pas aller là, je veux retrouver Draco.

- Calme-toi Harry. On va juste faire une petite visite par là…

- Quoi ? Mais je veux pas y aller ! Lâche-moi ! Lâche-moi !

Mes cris ont attiré le mec de la sécurité et en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « ouf » je me suis retrouvé dans le bureau du directeur. Il se tenait debout devant moi, pas rasé, les yeux gonflés de sommeil, la cravate à moitié défaite, faisant de gros efforts pour paraître calme :

- Mais vous avez décidé de couler cet établissement ? Vous êtes complètement malade, Harry. Fou à lier. J'attends vos explications…

J'ai balbutié : « J'étais sur la falaise pour le sauver, parce qu'il allait sauter… Je vous jure que je lui ai sauvé la vie… », mort d'inquiétude à l'idée que les hommes emmenaient Draco je ne sais où.

- Ben voyons. Avant votre arrivée dans cet établissement M. Malfoy allait parfaitement bien, je vous signale. Harry, asseyez-vous, expliquez-moi. Pourquoi vous le harcelez ?

- Quoi ? Mais je… Je le harcèle pas ! Au contraire.

Le directeur m'a fixé avec un air désolé, visiblement il ne me croyait pas. Il faut dire que je devais avoir l'air d'un fou, complètement bouleversé. J'ai regardé autour de moi, cherchant un moyen de fuir, de rejoindre Draco. Mon cœur battait à toute allure, je sentais un flot violent couler dans mes veines, qui me donnait envie de courir, de m'échapper.

- Je vous aimais bien, vous savez. Vous avez toujours été un bon garçon. Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi vous vous acharnez contre lui ?

- Quoi ? Mais c'est pas moi… Moi je l'aime, je vous jure ! C'est les autres… Son père, l'ami de son père, le couturier… ce sont eux les fripouilles ! C'est eux qui le torturent, je vous jure, ai-je dit rapidement, trop rapidement.

Les pensées se bousculaient, je ne savais comment m'expliquer, terrifié par l'urgence de la situation. Le directeur faisait un effort visible pour garder son sang froid, mais son pied battait le rythme par terre, je le devinais dépassé par l'évènement.

- Harry, calmez-vous. Je ne comprends rien à ce que vous racontez.

- Je vous jure… J'ai les preuves, toutes les preuves. Ils sont tous complices, je vais vous raconter…

- La théorie du complot, hein ? Vous avez pris quelque chose, Harry ?

- Non ! Pas moi… lui. Lui, il a été drogué.

- D'accord, d'accord. Bon, Matt, vous allez appeler le médecin de garde, je crois que ce jeune homme a des soucis.

- Mais je ne veux pas voir de médecin, je ne suis pas malade. Laissez-moi partir ! ai-je crié en me relevant brusquement, pour aller vers la porte.

Le gars de la sécurité m'a sauté dessus, me retenant prisonnier de ses bras. J'ai essayé de lui lancer un coup de pied pour me libérer, avec pour seul effet que le directeur perde franchement son calme :

- Bon, Harry, ça suffit ! C'est le médecin ou la police, vous n'avez pas d'autre choix.

- OK, alors appelez la police, j'aurai plein de choses à leur raconter.

- Qu…quoi ? Qu'est-ce que ça signifie ?

- Ça signifie que je sais beaucoup plus de choses sur cet établissement que vous ne le pensez, et je leur parlerai de quelques petits trafics qui vont les intéresser.

- Comment ? Quels trafics ?

- Allons, M. le directeur, vous n'allez pas faire l'innocent ? Il y a des tas de choses qui circulent dans cet hôtel lors des soirées privées, et la « marchandise » est loin d'être clean.

Il s'est tu et m'a jaugé, sentant le bluff. J'ai redressé le menton :

- Vous ne me croyez pas ? OK. Appelez la police. Vous aurez bientôt un bel article dans la presse, je pense que le propriétaire va être content.

- Harry, Harry… Je pense que vous pouvons trouver un terrain d'entente, a-t-il dit, radouci. Asseyez-vous. Expliquez-moi. Que se passe-t-il avec ce jeune homme ?

- Avec Draco ?

- Oui. Dites-moi tout.

Il a grimacé un sourire et en une fraction de seconde j'ai repensé au père de Draco qui m'avait aussi gentiment demandé « Que se passe-t-il avec Draco ? » avant de m'enculer, et j'ai serré les mâchoires. Il fallait raisonner, ne pas se faire avoir cette fois. Je me suis rassis sagement, tentant de paraître sûr de moi.

Cet homme avait beaucoup à perdre, la réputation de son hôtel, son emploi, il fallait que j'en profite. Et que je simplifie mon histoire, sinon il me prendrait pour un fou.

- Une sale histoire. Croyez-moi, il vaut mieux que vous ne sachiez rien, ou vous serez complice.

- Quoi ?

- Croyez-moi, c'est rien de bon pour votre établissement. La seule que je peux vous dire c'est que quelqu'un essaie de tuer Draco.

- Oui : vous.

- Non, non, c'est pas moi, même si on essaie de me coller ça sur le dos. Ca me dépasse largement, vous savez. Il faut le protéger. Il faut qu'il parte d'ici.

- Comment ? Mais il est avec monsieur… enfin, il est en très bonne compagnie. Il ne craint rien.

- Rien qu'une overdose. Il était déjà complètement stone sur la falaise. Si vous ne faites rien, vous aurez un cadavre sur les bras.

- Quoi ? C'est impossible, jeune homme, impossible.

Il secouait la tête mais était ébranlé, visiblement. J'ai décidé de me taire, de le laisser mijoter encore quelques instants. J'ai fixé l'horizon noir zébré de zones grises, les nuages, il n'y avait aucune lumière sur la mer, aucun bateau. Par une association d'idée, j'ai murmuré :

- La famille Malfoy est puissante, vous le savez. S'il arrive quelque chose à leur fils, vous serez mal. Très mal. Ne prenez pas ce risque, monsieur le directeur, mettez-le à l'abri seul dans une chambre. Protégez-le.

- Le protéger ? Mais il ne risque rien avec KK.

- Vous avez vu l'attirail que transporte le couturier ? Vous croyez vraiment que Draco ne risque rien ?

- Je… Je ne sais plus. Vous m'embrouillez…

Il s'est mis à tourner en rond comme un lion en cage, incapable de prendre une décision.

- OK. Vous ne me croyez pas. Alors laissez-moi partir.

- Pour que vous fassiez une autre connerie ? Merci bien !

- Alors appelez la police. Vous n'avez aucun droit de me garder ici, c'est de la séquestration, ai-je lancé d'un sec. Soit vous faites venir les flics, soit vous me laissez partir.

Son poing s'est abattu violemment sur la table :

- Ça suffit ! Vous partirez demain matin, je ne vais pas vous jeter dehors en plein nuit, je me sentirais responsable s'il vous arrivait quelque chose. Michel, amenez-le dans une chambre du sous-sol et veillez à ce qu'il ne sorte pas. Et demain matin à la première heure foutez-le à la porte, et veillez à ce qu'il ne revienne pas. Harry, je ne veux jamais vous revoir ici, vous entendez ?

L'homme m'a empoigné par l'épaule et m'a forcé à me relever, me tirant violemment vers lui. Je me suis cogné lourdement à la porte, trébuchant et manquant de tomber mais mon « garde du corps » me tenait fermement, je ne risquais ni de chuter ni de m'enfuir.

Tout était calme dans l'hôtel, je ne savais pas quelle heure il était mais le luxe étouffait tous les bruits, tous les scandales. Je n'étais plus qu'un misérable ver de terre qu'on va écraser d'un coup de talon, bien fait.

Sans autre forme de procès l'homme m'a confisqué mon téléphone portable et m'a enfermé dans une chambre du personnel, au sous-sol, m'indiquant qu'il reviendrait me chercher à 7 heures. Un bref instant j'ai envisagé de tout casser mais la perspective du scandale qui pourrait parvenir aux oreilles de ma tante m'a dissuadé. Après avoir tourné deux heures comme un lion en cage j'ai fini par m'écrouler sur le lit et plonger dans un sommeil sans rêves.

Plus tard deux coups brutaux à la porte m'ont réveillé en sursaut et j'ai à peine eu le temps de me mettre debout –après avoir dormi tout habillé- que j'étais déjà dans le couloir qui menait au hall, toujours empoigné vigoureusement par l'homme de la sécurité, le fameux Michel.

- Aïe, vous me faites mal ! ai-je maugréé alors qu'il me trainait vers la sortie, comme un malpropre.

La pleine lumière du hall m'a fait ciller, j'étais un peu ébloui quand j'ai aperçu un groupe près du comptoir en marbre, trois ou quatre silhouettes. En écarquillant les yeux j'ai reconnu le couturier et sa clique, sans doute en train de régler la chambre. Ils me tournaient le dos mais je savais que c'était eux, et je ne voyais pas Draco.

Un flux de stress m'a parcouru le corps, j'ai hurlé presque malgré moi :

- Draco ! Où est Draco ?

Le couturier et son secrétaire se sont retournés d'un même geste et m'ont fusillé du regard comme si j'étais un meurtrier, ou pire, un clochard. Un couple de clients sortant d'un ascenseur m'a dévisagé avec effroi, peu habitué à ce genre de comportement dans un hôtel de cette classe.

Je me suis débattu de plus belle en hurlant :

- Draco ! Draco !

Enfin une tête blonde est apparue dans le hall, me fixant avec stupéfaction, bouche bée.

- Draco ! Viens ! Ne pars pas avec lui !

Il s'est immobilisé, sourcils froncés, visiblement surpris par mon attitude, puis s'est tourné vers son voisin pour lui poser une question à laquelle l'autre a répondu en haussant les épaules, essayant de le faire avancer vers la sortie.

Nous étions sur le point d'atteindre la porte quand Draco s'est dégagé d'un geste et s'est dirigé enfin vers moi, l'air soucieux.

- Lâchez-le ! a-t-il ordonné d'une voix éraillée. Harry, je croyais que tu étais déjà reparti ! Qu'est-ce qui se passe ?

- Ils veulent me foutre à la porte, aide-moi ! J'ai un truc à te dire avant, c'est important.

Les cris ont attiré d'autres personnels de l'hôtel, tous ont commencé à se diriger vers nous, accentuant l'impression de cauchemar.

- Draco…je t'en prie.

- Laissez-le tranquille, a finalement lâché Draco avec réticence. Harry, qu'est-ce qui se passe ?

- Écoute, je veux te parler seul à seul. On peut se voir 5 minutes ?

- Impossible, a rétorqué un homme que j'ai identifié comme le secrétaire particulier de KK. Nous allons partir.

- Draco, l'hélicoptère est prêt, nous partons, a martelé KK d'un ton excédé tout en regardant sa montre. Dis au revoir à ce… jeune homme, il est temps.

Draco nous a fixés alternativement, visiblement perdu. J'avais sans doute l'air d'un aliéné ou d'un chien enragé, je le fixais avec désespoir tout en espérant qu'il me prenne au sérieux.

- Un instant. Je dois parler à Harry, a-t-il dit avec une fermeté surprenante. Lâchez-le, il ne va rien me faire. Je dois lui parler.

- Draco, nous devons partir, a répété KK sans me regarder. Nous aurons tout juste la correspondance pour le vol de Londres.

- Je comprends, mais je ne partirai pas comme ça. Allez-y, je vous rejoindrai plus tard, je prendrai la vedette puis le vol suivant. S'il vous plaît, lâchez-le, a-t-il repris plus fermement à l'adresse du salarié de l'hôtel qui me retenait toujours. Ce monsieur est mon invité, je souhaite lui parler seul à seul. Prévenez le directeur, si vous hésitez. Je le connais très bien, depuis très longtemps. Vous pouvez nous laisser seuls un instant, il ne se passera rien.

L'assurance et le léger mépris de Draco ont fini par convaincre l'homme de me laisser partir, non sans un regard d'avertissement préalable.

- Viens, allons dans le petit salon, a ajouté Draco d'un ton neutre.

Nous sommes entrés dans le petit salon cosy, là où j'avais rencontré son père pour la première fois. Les rayons du soleil passaient au travers des tentures, créant une atmosphère étrange, presque onirique. Je me suis assis avec gêne sur les coussins moelleux d'un fauteuil, mal à l'aise.

Il s'est assis à son tour sur le rebord d'un fauteuil, les yeux fixés sur un bouquet de fleurs blanches posées sur la table en verre entre nous. Sa pâleur me faisait mal au cœur, cette fragilité émouvante que je n'aurais pas su guérir, malgré tous mes efforts. J'ai détourné les yeux vers l'immensité de la mer, au loin, surpris de ne voir aucun bateau à l'horizon, que du bleu, à perte de vue.

- Je t'écoute, Harry, a-t-il dit enfin sans lever les yeux des fleurs immaculées, et je l'ai senti loin de moi, sur ses gardes.

- Je ne sais pas par quoi commencer, en fait. J'ai peur pour toi. J'ai peur qu'on te veuille du mal.

- Du mal ? Pourquoi ?

- Après ce qui s'est passé hier soir, sur la falaise, je me pose des questions.

Il a hoché la tête sans répondre, pensif. Son regard clair s'est enfin posé sur moi, faisant accélérer mon cœur :

- Tu t'es toujours posé trop de questions. Mais là, je ne comprends pas. Personne ne m'a incité à rien. C'est moi qui ai choisi de venir là, personne ne m'y a poussé. Je crains que ce soit une fois de plus ta paranoïa…

- Non, je ne crois pas. Tu étais bizarre, tu avais pris quelque chose, non ?

- Hier soir ? a-t-il répondu en effleurant un pétale blanc de son doigt fin. Oui, peut-être. Je ne me souviens plus très bien. Il y avait un truc qui circulait, après le show case. J'ai dû en prendre un peu. Ça m'a fait planer, et j'ai eu envie d'en finir, mais ça n'a rien à voir avec une tentative de meurtre. Tu te fais des films, Harry.

- Pourquoi tu as retiré ta plainte contre Powell, au fait ?

- Après la découverte de ton… comportement, je n'ai plus eu le cœur de mentir, témoigner contre lui, subir des examens. Tout ça s'est résolu par une transaction entre nos avocats : j'ai retiré ma plainte, il m'a rendu les photos litigieuses. Tout est terminé maintenant. Je n'ai qu'une envie, tu sais : oublier, tourner la page.

Une anxiété sourde me bouffait le ventre, m'empêchant de penser calmement. J'étais certain qu'il était danger, une certitude inexplicable. Pourtant il était si calme et résigné, en face de moi, qu'on aurait pu croire qu'on parlait de choses anodines, sans conséquences.

Un bruit sourd et saccadé nous est parvenu de l'extérieur, que j'ai identifié comme les pales de l'hélicoptère de KK.

- Je crois que tu as raté l'hélico, ai-je avec une petite grimace contrite.

- C'est pas grave, a-t-il fait en haussant les épaules avec indifférence. Il y a beaucoup de vols pour Londres qui partent de l'aéroport de Nice, et je peux tout à fait m'y rendre en vedette, le long de la côte. Kristian adore l'hélico, moi je m'en fiche.

- Tu vis à nouveau avec lui ?

- Avec Kristian ? Non, pas vraiment. Il a accepté de me prendre en stage, c'est une belle opportunité pour moi. Mais on ne vit pas ensemble. Pour l'instant je m'occupe surtout de mes études et de mes stages, ça me suffit.

- Je croyais qu'il ne voulait plus te voir ?

- Il faut croire qu'il a changé d'avis. Il est proche de certains membres de ma famille, ça aide. Ou alors il pense que j'ai un peu de talent, et que je peux lui être utile.

- D'accord, ai-je dit, perplexe.

- Tu sais, Harry, je suis touché que tu te fasses du souci pour moi, mais personne ne me veut du mal. Je crois que tu dramatises un peu…

- Dramatiser ? T'étais pas sur le point de sauter, hier ?

- Hier ? Oui, c'est possible. Mais c'est pas la première fois. Parfois j'ai des coups de blues, comme ça, alors je rêve que tout s'arrête.

Sa voix s'est éteinte dans un souffle, il a fixé la mer au loin avec nostalgie, regardant un employé arroser les fleurs et la pelouse. C'était un jour comme les autres, à l'hôtel.

- Mais pourquoi hier ? Qu'est-ce qui s'est passé, hier ? ai-je demandé, entêté.

Une lueur s'est allumée dans son regard gris, il m'a souri tristement :

- Il s'est passé que je t'ai revu, Harry. C'est ça qui s'est passé, hier.

- Et c'était si pénible ? Je ne te voulais pas de mal.

- Pénible de te revoir ? Non… mais tu m'as rappelé de mauvais souvenirs, je crois que c'est ce qui a tout déclenché.

Je me suis entêté à fixer l'homme qui arrosait les plantes pour me convaincre que c'était une discussion anodine, dans un hôtel de rêve. Que tout allait se résoudre, parce que je le voulais si fort et que tout peut se pardonner, même les pires conneries.

- A cause de ton père ? ai-je soufflé, le cœur dans un étau, en essayant de ne pas montrer mon émoi.

Un rayon de soleil a caressé sa joue émaciée, faisant scintiller le duvet blond de ses joues et ses cheveux. L'image était si belle que j'aurais voulu la peindre ou la photographier, pour garder une trace de cette beauté, mais l'instant n'était pas à l'apparence.

Un léger sourire flottait toujours sur ses lèvres fines, immatériel :

- Oui. Tu sais, j'ai passé une partie de ma vie à essayer d'oublier le passé, à essayer d'oublier la douleur que ça a été de découvrir Ryan sortant de la chambre de mon père, et toi tu réapparais et tu me rappelles tranquillement que tu as fait la même chose que lui, que mon père t'a baisé comme il l'a baisé lui… et…

- Et ?

- Et… c'est insupportable, juste insupportable. Je sais que c'est con, parce que j'ai refait ma vie depuis, parce que je ne suis plus un adolescent amoureux mais soudain j'ai eu l'impression qu'il m'avait tout pris, tout volé. Tout ce qui comptait pour moi, tous ceux que j'aimais. Alors tout ce que je suis maintenant, tout ce que je fais n'a aucun sens parce que quoi qu'il se passe il sera toujours là pour tout salir, tout détruire…

J'attendais la suite mais le silence s'est étiré et Draco a blêmi. Ses mains se sont mises à tremblent sur ses genoux, la tension de ses épaules était intense, pourtant je n'osais pas le toucher, pour le rassurer. Je pressentais que ce n'était pas le moment, pas ce qu'il attendait.

J'étais un peu jaloux de ce garçon qu'il avait aimé avant moi, cet idiot qui l'avait trahi.

- Mais… pourquoi il a fait ça, ce Ryan, s'il t'aimait ? Pourquoi il a couché avec ton père ?

La bouche à peine refermée j'ai su que j'avais dit une connerie, et la riposte ne s'est pas fait attendre :

- Et toi ? Pourquoi tu as couché avec mon père ?

- Je… Oh merde, j'aurais mieux fait de me taire… Je n'ai pas fait exprès, à ce moment-là. J'ai été le voir pour avoir ton adresse, il m'a fait boire, et il m'a drogué. Tu comprends ?

- Oui. Oui, je comprends, comme j'ai compris pour Ryan quand il m'a tout raconté, après, mais c'est pas pour ça que ça fait pas mal, quand même. Surtout quand on sait que le plaisir a été intense, plus intense qu'avec moi…

- Mais c'est à cause de la saloperie qu'on a prise ! Ça n'a aucune signification ! Ça ne veut rien dire, rien ! me suis-je exclamé avec fureur, les poings crispés, prêt à en découdre.

Draco a hoché la tête avec réticence, puis s'est laissé aller dans le fond de son fauteuil :

- OK. Ça n'a aucune signification… mais ça ternit les choses, tu comprends ? Ça les abime. Plus rien n'a de sens, de valeur, à la fin. Ni le plaisir, ni l'amour, ni la confiance, alors… Alors on se dit que ce serait mieux d'en finir, pour de bon. Parce que plus rien n'aura jamais de sens…

- Arrête, dis pas ça, c'est pas vrai. C'est le passé, et le passé s'oublie.

- Oui, on peut l'oublier, s'il n'y a pas toujours quelque chose pour vous le rappeler. Et là c'est trop tôt, Harry. Là ça fait encore trop mal parce que j'y ai trop cru. Il faut me laisser le temps, tu vois ?

- Non, ai-je dit en mentant, craignant d'entendre le reste. Non, je ne crois pas…

- Je sais que tu tiens à moi, je sais que tu m'aimes, mais pour moi il est trop tôt, ça fait trop mal. J'ai besoin de réfléchir, de faire le point. S'il y a une chose qui peut me sauver, c'est le travail. Dessiner et créer des vêtements, c'est ce qui me fait du bien. Tu comprends ? a-t-il soufflé doucement en posant sa main fraîche sur la mienne.

Je me suis raccroché aux accoudoirs du fauteuil en y plantant mes ongles, abasourdi, pétrifié de douleur.

- Combien de temps ? ai-je articulé avec difficulté de mes lèvres sèches.

Il a penché un peu la tête dans un mouvement que je connaissais bien, trop bien :

- Je n'en ai aucune idée. Le temps n'existe pas, on vit toujours dans le présent, alors je ne veux pas te dire de bêtises, te donner de faux espoirs.

- Mon dieu, si tu savais comme je regrette, Draco. Si tu savais comme je m'en veux. Je ferais tout pour effacer le passé, tout…

- Je le sais, je te crois. Si tu me fais confiance, si tu m'aimes vraiment, tu dois me laisser du temps pour me remettre, pour guérir. Je suis désolé, Harry, c'est trop dur, pour l'instant…

Sous le coup j'ai retenu un sanglot étouffé par mon poing, je savais que la guérison serait longue, forcément longue, et que je n'avais pas le droit de lui en vouloir. Comment guérir d'une enfance blessée, d'un amour trahi ? Combien de jours, d'étés, de médicaments ?

En fixant la mer à l'horizon, j'ai entrevu une éternité de solitude, un océan de désespoir. Je cherchais les mots pour lui prouver que ce n'était qu'un malentendu, une péripétie, mais la lassitude de ses épaules frêles m'a dissuadé, et je me suis tu.

J'ai rapidement prié pour qu'il ne dise pas : « Peut-être qu'on était pas faits pour vivre ensemble », parce que je ne voulais pas hurler et me faire mettre à la porte sans autre forme de procès, sans avoir réussi à garder un peu de fierté, quand même.

Bizarrement le perdre faisait beaucoup plus mal que le fait de mourir avec lui, et je regrettais de n'avoir pas sauté avec lui, la veille. Au moins nous serions ensemble, à jamais. Un sentiment de trahison me serrait les entrailles, le regret de n'avoir pas été au bout des choses, de n'avoir pas assez aimé pour tenter l'impossible.

Une mouette est passée devant la fenêtre, jetant son cri et j'ai fermé brièvement les yeux, nous imaginant dégringolant la falaise, enfin réunis.

Draco a resserré sa main fine sur mon genou :

- Merci d'être revenu, cette fois encore, pour me sauver. Merci d'y avoir cru…

J'ai secoué la tête, la gorge serrée :

- Oui, j'y ai cru. Je suis un imbécile, hein ? J'ai toujours cru que tu m'aimerais, que je pourrais te sauver… mais j'ai pas réussi. J'ai rien réussi.

- Tu ne dois pas t'en vouloir, moi aussi j'y ai cru. Quand tu es venu vers moi, dans cet hôtel, que tu m'as dit que je pourrais m'en sortir, je t'ai cru. Je t'ai fait confiance, et j'ai changé, tu vois. Alors tu n'as pas tout raté, loin de là.

J'ai continué à secouer la tête, dévasté par le chagrin, dévasté par ma connerie, mes conneries, mes traîtrises, ma violence, sachant très bien que j'avais piétiné ce que j'avais aimé, et que tout était de ma faute. Tout.

- J'étais un crétin. Je suis un crétin…

- Non, dis pas ça. C'est juste que… il faut que je m'en sorte seul, maintenant. Il faut que tu me fasses confiance, a-t-il dit doucement, comme pour me consoler.

Une drôle de sensation a déchiré mon cœur, au sens propre. La douleur était si aiguë que j'ai eu l'impression qu'il était tiraillé par des pinces, je n'arrivais presque plus à respirer. L'étau de ma gorge m'empêchait de le supplier, de geindre pour qu'il reste, qu'il me pardonne.

Mais on ne retenait pas un homme tel que lui, je le savais bien. Comme un animal farouche il se laissait approcher sans vraiment s'apprivoiser, choisissant le lieu et le moment. Et mon moment était passé.

L'étoile allait briller au zénith de la mode, j'allais retourner au sous-sol chercher mon jean pourri et mes cours.

Une belle rencontre, on aurait pu dire.

Il s'est levé lentement et nos chemins ont recommencé à se séparer, j'essayais de m'accrocher à l'espoir qu'ils se croiseraient à nouveau, seul soutien pour ne pas m'écrouler, littéralement.

Je me suis redressé maladroitement et ma tête a tourné, j'ai vacillé quelques secondes. Je me suis raccroché au fauteuil pour reprendre mon équilibre, sonné debout, incapable de comprendre ce qui s'est passé.

Le sourire de Draco était si doux que je ne pouvais que sourire à mon tour, comme à la fin d'un beau film, émouvant, comme si je n'avais été que spectateur de sa beauté. Ce que j'étais peut-être, ce que j'avais toujours été, au fond. Ébloui par son éclat comme on l'est par le soleil, aspiré par son aura, privé de raison.

Je me suis raccroché brièvement à cette beauté pour ne pas souffrir, en me concentrant entièrement sur la finesse de son visage, la fragilité de sa silhouette un peu gauche, l'éclat du soleil dans ses cheveux pour ne pas appréhender ma vie sans lui, ce désert aride.

Je savais qu'il me saurait gré de ma retenue, de mon courage, alors il a posé une dernière fois sa main sur mon épaule et nous avons échangé un long regard, plein de nos mots d'amour disparus, de mon espoir et de sa douceur.

Il s'est éloigné finalement vers la porte et je me suis mordu la lèvre pour ne pas l'appeler, ne pas bouger. Je suis resté stoïque face à la fenêtre et à la mer qui scintillait de mille feux, au loin, là où l'attendait le bateau qui allait l'emmener loin de moi.

Je savais que dans un instant je le verrais passer devant moi sur la pelouse, faussement nonchalant, un groom portant son bagage, comme la première fois que je l'avais vu. Il partirait par la mer comme il était venu, et je regretterais toujours qu'il ne soit pas heureux.

A suivre…

Hum, vous allez me dire que ce chapitre-là est pire que le précédent, mais pour la cohérence de l'histoire, après tout ce qui s'est passé, il n'y a pas d'alternative, croyez-moi.

Alors rassurez-vous, la fic est loin d'être finie, merci de me faire encore confiance pour la suite ;)

Au fait, bonne nouvelle, , le début de"Mon ciel dans ton enfer"va faire l'objet d'une lecture publique à la Y/CON, le samedi 12 novembre de 14 à 15h. Une sacrée consécration pour cette petite histoire, je n'aurais jamais cru que ça irait aussi loin... merci à vous qui l'avez aimée !