Chapitre 46
Everybody knows
Merci à vous tous qui avez apprécié mon chapitre, retrouvons donc nos héros dans la chambre nuptiale, pour la suite de leurs aventures… bonne lecture !
« Everybody knows » est une chanson de Léonard Cohen, merveilleux auteur.
Je fais rapidement le tour de la chambre immense, attenante à une salle de bains presque aussi grande ornée d'une baignoire en cercle ressemblant à un petit bassin, garnie d'accessoires plus design les uns que les autres accompagnés d'une variété inouïe de savons et shampooing, crèmes et baumes divers - et de deux douches à jets. On est censés être à combien, dans une suite nuptiale ?
Je jette un œil à la terrasse bien cachée derrière un rideau de jeunes bambous, personne sur les transats, personne nulle part. L'air chaud chargé d'humidité me prend à la gorge, je retourne bien vite dans la chambre climatisée, vide.
Un peu décontenancé, je m'assois au bord du lit. Un parfum délicat flotte dans l'air, pas celui de Draco. Non, c'est comme une odeur cotonneuse et discrète, fleur de lotus peut-être. Le décor est zen lui aussi, tout en bois et pierre mate, dépouillé et relaxant, dans des tons beiges et marrons. Des fleurs sont déposées sur le couvre lit, devant les coussins moelleux.
En décidant de ne pas m'interroger davantage sur l'absence de Draco je me glisse sous le jet tiède de la douche, me savonnant généreusement du premier gel qui me tombe sous la main. Je sais que c'est pas très dév' dur' mais je laisse l'eau couler longtemps sur mes épaules, pour chasser toute la crasse et la fatigue de la journée – des journées précédentes.
En fait je crois que je ne suis plus très sûr du jour qu'on est ni du temps passé à l'aéroport – et je crois que je m'en fous un peu, finalement.
Je m'enveloppe dans une grande serviette moelleuse, un pur bonheur après les serviettes rêches des hôtels minables où j'ai séjourné avant. Facile d'avoir la peau douce quand on a des crèmes hydratantes et des linges moelleux à disposition, trop facile. Je me rase dans la foulée, sans vraie raison, juste pour me sentir propre et frais. J'enfile enfin le peignoir bien repassé et odorant, il va falloir que je me méfie, je vais devenir un vrai « métro » - même si la mode est déjà passée je crois.
En m'allongeant quelques instants sur le grand lit – la chambre est immense, il n'y a hélas qu'un lit - j'essaie de rejeter aux confins de ma conscience ce que ça signifie. Pour l'instant je suis seul et bien seul, je soupire d'aise sur le confortable matelas, et je m'autorise à fermer les yeux quelques secondes, pour faire le point.
Il pleut maintenant et je suis dehors, au milieu d'un champ de coton beige et marron, la pluie me fait du bien, je l'ai attendue si longtemps. Je la laisse dégouliner sur moi, je tends la langue pour en boire un peu, son goût doit être délicieux, mais elle ne m'abreuve pas, j'ai de plus en plus soif.
J'ouvre les yeux – ouf, je dormais - j'entends l'eau de la douche, à côté, je sens les effluves d'un gel douche, Draco est là. Je vais le voir dans quelques secondes, mon cœur bat plus fort. Je suis en position de faiblesse allongé sur ce lit, il serait préférable de se relever, mais je suis si bien que je n'ai pas envie de lutter contre le délicieux engourdissement de mes membres, ni de reprendre un air sérieux et affairé. Pas là, non.
- Comment trouves-tu la suite nuptiale ? me demande une voix connue, avec son accent inimitable.
- Comment tu sais que je suis réveillé ?
- Tu ne ronfles plus, lance–t-il en apparaissant enfin, vêtu de l'autre peignoir – qui parait beaucoup trop grand pour lui.
Je grimace, il sourit. Ses yeux gris pétillent, des gouttes tombent le long de son cou, je détourne les yeux.
- Tu ne m'as pas répondu : comment tu trouves la suite nuptiale ? reprend-il en disparaissant dans la salle de bain, avec des vêtements propres sous le bras.
- Confortable, je réponds prudemment.
- Prêt à passer la nuit sur le transat de la terrasse, dehors ? Les moustiques sont très amicaux, dans cette région.
- Ben pourquoi je dormirais dehors ?
Sa tête apparaît dans l'embrasure de la porte :
- Tu accepterais qu'on partage le même lit, nuptial de surcroît ?
- Pourquoi c'est moi qui irais sur la terrasse ?
- Hum, voyons… Parce que tu es un vrai écolo, donc tu es contre la climatisation qui détruit la couche d'ozone, parce que tu adores être mal installé et regarder les étoiles, parce que c'est moi qui paie…
- Radin, va !
- Eh oui, être riche, ça a ses petits avantages. Alors, tu choisis quoi ? Le vice ou la pureté ? Je t'assure que les levers de soleil sont sublimes.
Il réapparaît, tout habillé, son parfum me pique les yeux, il a dû en mettre trop.
- Draco, je suis fatigué, je n'ai plus une seule bonne réplique. Qu'est-ce que tu veux que je te dise, si c'est pour me faire dormir dehors j'aurais pu rester à l'aéroport. C'était quoi ta solution ? Je voudrais vraiment rentrer chez moi, tu sais…
- D'accord, j'arrête de t'embêter, t'as l'air vraiment crevé. Ecoute, je te propose d'aller dîner – ou de faire livrer un dîner ici- et je te parle de mon idée, reprend-il plus sérieusement.
- J'ai pas envie de ressortir.
- Tu n'as pas faim ? demande-t-il en attrapant le téléphone.
- Si, je meurs de faim – et de soif.
- Parfait. Dîner continental ou local ?
- M'est égal, dis-je en me relevant péniblement du lit, tout en essayant de préserver ma pudeur.
- Local, alors. Chez les sauvages, faut faire comme chez les sauvages. C'est une expression, bien sûr. Ma nourrice française disait tout le temps ça.
Je hoche la tête, cherchant ma valise des yeux. Quand je l'ouvre, elle est vide.
- J'ai rangé tes vêtements dans la penderie, pour les défroisser, souffle Draco qui passe une commande en anglais à laquelle je ne comprends rien. J'ai l'impression que tu n'as rien de propre, tu peux prendre une chemise chez moi, si tu veux.
Un peu bougon je réenfile mon jean élimé et je choisis une chemise au hasard parmi les siennes, impeccables. Le tissu est particulièrement doux et la coupe me va bien, j'ai presque du mal à reconnaître ma silhouette dans la glace. C'est une de ses créations mais je n'ai pas envie de le féliciter, il serait trop content.
Draco sourit en me voyant revenir mais ne dit rien, il ouvre le frigo en en sort une bouteille de champagne :
- C'est une blague, n'est-ce pas ? dis-je en reculant.
- Non, pourquoi ? C'est interdit par ta religion ?
- Ah non, non, pas de ça…
- Pourquoi on ne boirait pas du champagne ?
- Tu ne comptes pas sérieusement coucher avec moi cette nuit ?
- Hé, cool ! C'est pas parce qu'on boit un peu qu'il va se passer quelque chose entre nous. C'est quoi ces clichés ? Je te rappelle que je te loge pour te dépanner, c'est tout. Arrête ta parano.
Deux coups discrets à la porte, deux serveurs entrent et installent une table et des chaises en face de la terrasse. En deux minutes le couvert est mis, les bougies allumées, ils repartent discrètement.
- Assieds-toi, Harry. Tu veux boire quoi ? Coca, jus de goyave, jus d'ananas ?
- Je veux bien un jus de goyave…
Après m'avoir versé un verre il débouche la bouteille et se sert une coupe, qu'il lève vers moi :
- A notre suite nuptiale…
Comme je ne réponds pas, il se penche vers moi :
- Je vais te faire une confidence : on n'est pas obligés de faire l'amour, même dans une suite nuptiale.
- Hum, la chair est faible, Draco, tu le sais aussi bien que moi.
- Oui, mais c'est pas du tout ton genre, un coup en passant, pas vrai ? Et moi je suis pratiquement marié, alors… Détends-toi, Harry, j'aime pas ce vilain pli, sur ton front. Buvons en souvenir du bon vieux temps, et c'est tout.
- Moui. C'est quoi, ton plan pour rentrer ?
- Alors, mon plan c'est…
Trois nouveaux coups discrets à la porte, je soupire d'agacement et les serveurs entrent à nouveau pour nous déposer des plats dans des boîtes en osier, qu'ils déposent délicatement sur la table.
- J'ai commandé un menu vapeur qui est une spécialité vietnamienne, que j'adore. C'est très léger, tu verras. Il y a des salades aussi, pour la fraîcheur. Tiens sers-toi, prends les baguettes. Je te conseille de commencer par les ailes de …
- Putain, tu vas venir au fait, oui ?
Il fronce les sourcils, la baguette encore en l'air, et me regarde avec un froid mépris :
- C'est comme ça que tu acceptes l'hospitalité, Harry ? Ne fais jamais ça à des hôtes asiatiques ou tu vas les vexer à mort. Quand je pense que tu disais que tu avais changé ! Mais tu es toujours aussi stressé, je vois.
- J'en ai marre, tu peux comprendre ça ? Ça fait presque trois jours que je poireaute, alors tes simagrées commencent sérieusement à m'agacer.
- Tu croyais quoi ? Que j'avais un jet privé traité spécialement contre les cendres prêt à décoller ? Non, je suis désolé, je ne suis pas James Bond, Harry. Si tu attends une solution miracle et instantanée, tu peux repartir.
- Tu rigoles ? dis-je en serrant les poings.
- J'ai peut-être une solution, dit-il froidement, mais elle ne sera pas si rapide que ça. Je te le répète, si tu veux stresser, repars à l'aéroport. Si tu es prêt à te calmer et à accepter de passer un peu de temps agréable dans un bel hôtel, tu peux rester, mais je ne garantis rien. Tu veux que je t'appelle un taxi ?
Nous nous fixons froidement, je résiste difficilement à l'envie de me lever et partir, mais l'idée du hall crasseux me ferait gerber, si je n'avais pas l'estomac vide. Je regarde les boîtes sur la table, la végétation autour du bungalow, puis mon regard tombe sur ma chemise fraîche et bien repassée.
- Tiens, sers-moi une coupe de champagne, dis-je, déjà vaincu, en tendant mon verre vide.
- Ça veut dire que tu déposes les armes ?
- Oui.
- Que tu ne te plaindras plus, que tu enlèveras ta montre ?
- Ma montre ?
- Oui, ta montre. Je ne saurai que demain dans la matinée si mon plan peut fonctionner, je ne veux pas supporter tes soupirs d'ici là.
- Mes soupirs ? Je ne peux pas soupirer ? Pas un seul ?
- Non, pas un seul. Tu sais quoi ? On va dîner, tu vas oublier ton boulot, tes dossiers, tes clients, et tu seras déjà beaucoup moins stressé. Tu penses que tu peux y arriver ?
- Tu me prends pour un imbécile ?
Sa moue dubitative me vexe mais je lève mon verre de champagne dans sa direction, avant de le boire cul sec.
- Ouh là là, vas-y doucement, ou tu vas vite rouler sous la table ! Et mange un peu…
- Oui, maman. Quoique je fasse, ça ne te convient jamais, hein ?
- Tu n'es pas obligé de tomber d'un extrême à l'autre, non plus.
Le champagne est excellent, je n'en avais plus bu depuis… depuis ma séparation d'avec lui, parce que le champagne, c'est sa boisson. Mike ne buvait que du whisky, ou de la vodka dans de rares occasions. Je sais qu'il aurait détesté ce bungalow, je décide de ne plus y penser. Il est mort, les absents ont toujours tort.
Je fixe Draco attentivement :
- Tu ne me diras pas ton plan, alors ?
- Écoute, si ça marche, je te le dirai demain matin, sinon je te ramènerai à l'aéroport, OK ? Tu auras au moins passé une bonne nuit.
- Sur la terrasse ?
- Non, tu dormiras dans le lit. On dormira chacun de son côté. Regarde comme il est large, on en mettrait encore deux comme moi.
Je ne relève pas l'éventuel sous-entendu, je commence à déguster les mets qui, il faut le reconnaître, sont délicieux. Les vapeurs fondent dans la bouche et la sauce de la salade est à tomber par terre, ou alors c'est parce que je n'ai rien mangé de bon depuis trop longtemps.
- Ça te plait ?
- J'ai le droit de dire non ou tu me mets à la porte ?
- Pff… pourquoi tu es tellement sur la défensive, Harry ? Qu'est-ce qui se passe ?
- Je… je sais pas. J'ai l'impression que c'est un piège.
- Un piège ?
- Oui, toi, ce grand lit… Tu comprends ?
Enfin son regard s'adoucit et il murmure :
- Oui, je comprends. Mais ça n'est pas un piège, je te jure. Il ne se passera rien que tu ne veuilles.
- Je ne voulais déjà pas venir…
Il trempe à nouveau ses lèvres dans son verre, sans répondre, mais son léger battement de cils prouve que je l'ai blessé. Il n'en dira rien.
Nous continuons notre dîner, muets, et le silence me fait du bien. Ou les bulles, je ne sais pas. Je pense à tous les voyageurs mal installés dans le hall, à mon appartement vide à Paris, à Mike qui ne reviendra plus, aux oiseaux sur les tombes du Père Lachaise.
Le jour est tombé sur l'autre bout du monde, là où je suis actuellement, dans la plus belle suite du plus bel hôtel, je fixe les petites bougies sur la table et les torches à l'extérieur, tout est si calme que je finis par me détendre, la tête à la fois légère et embrumée. J'ai envie de marcher dehors, sur la pelouse trop grasse et trop verte, ou peut-être plonger dans les eaux lourdes de la piscine, pour me rafraîchir.
- C'est vraiment sympa de ta part de m'accueillir, dis-je en attrapant le dernier ravioli vapeur avec mes baguettes, du premier coup.
- Je t'en prie, c'est un plaisir.
Je finis ma coupe et je m'en reverse une, dans quelques minutes je vais décoller vers la plus belle étoile, je vais fermer les yeux et je serai bien.
- Tu crois qu'un jour on arrivera à se parler normalement, sans formules de politesse ou ironie, Draco ?
- Je ne sais pas. Je ne sais pas, murmure-t-il sans me regarder.
Il penche la tête un peu sur le côté, je ressens un petit pincement du côté du cœur.
- Si tu baisses les armes on y arrivera peut-être, ajoute-t-il d'un air philosophe, en croquant délicatement dans un fruit.
- D'accord, essayons. Je promets d'être sage, dis-je en découvrant des boules coco à la vapeur dans le dernier petit panier en osier, véritable délice.
- Je peux te poser une question personnelle ?
- Vas-y, je n'ai rien à cacher.
- Pourquoi tu n'as pas refait ta vie ?
Je hausse les épaules :
- J'ai essayé. Ça n'a pas marché.
- Il – ou elle- est parti ?
- Oui, on peut dire ça. Il est mort. Il ne reviendra pas. Je t'en avais parlé, non ?
- Oui. Je suis désolé…
Je passe mon doigt au-dessus de la flamme de la bougie, petite brûlure intermittente.
- Il ne faut pas. De toute façon, ça n'aurait pas marché. On s'était rencontrés à l'étranger, on travaillait tous les deux pour Amnesty, à l'époque. Une solide amitié qui s'est changée en amour, peu à peu, malgré nous. La vie était tellement dure, par moments… On avait besoin d'un soutien, tu comprends ? Besoin d'une épaule réconfortante, besoin de faire l'amour pour oublier la violence, la misère, l'injustice. Comme un cocon protecteur. Les autres préféraient les putes, ils avaient laissé leurs femmes à la maison. Mike détestait l'idée de payer, il détestait la prostitution, pour lui c'était une forme d'esclavage. Il était tellement pur, idéaliste…
Ma voix se perd dans un murmure, je lutte contre la nostalgie qui monte, insidieusement. Le visage de Mike se mêle aux flammes des bougies, Draco m'apparaît comme une ombre, soudain.
- C'était quelqu'un de bien, alors.
- Oui, vraiment. Une sorte de héros, dans son genre. Il n'acceptait aucune compromission, d'aucune sorte. Bien sûr il l'a payé cher, de sa vie. Les salauds…
Des voix à l'extérieur troublent l'atmosphère, me rappelant à la réalité. Ce sont des touristes dormant dans les bungalows voisins, qui rient et s'interpellent.
Draco se lève et ferme les lourdes tentures devant les portes fenêtres, puis se rassoit :
- Vous avez vécu longtemps ensemble ?
- Non. Deux ans, si on peut appeler nos errances « vivre ensemble ». Il ne voulait pas d'un appartement, il ne voulait pas s'installer. Il n'était pas doué pour le bonheur, je crois.
La phrase résonne dans la chambre, se cogne sur les murs, me donne le tournis. Pas doué pour le bonheur.
Les boîtes sont vides, sur la table, et nos verres aussi.
C'est l'heure où il est un peu trop tard, l'heure du grand lit et de ses dangers, l'heure de soumettre nos corps à l'épreuve de nos volontés. A moins de passer la nuit à discuter, pour ne pas tenter le sort.
- J'ai une autre question…
- Ouh là ! Ça va être beaucoup plus cher, alors… Vas-y.
- Pourquoi tu n'es pas venu à la boutique, quand je t'ai invité ?
J'hésite, un peu indécis quant à la meilleure réponse. Je ne me souviens même plus précisément de la raison. Ou mal.
- Je ne sais plus trop. Je crois que je n'y croyais plus, en fait. Ca avait déjà tellement foiré entre nous. Je n'avais pas envie de souffrir à nouveau.
- Souffrir ? Pas forcément. On aurait pu devenir amis, non ? dit-il d'un ton incertain.
Je baisse la tête pour ne pas affronter son regard, m'absorbant dans l'observation d'un grain de riz sur la nappe.
- Je ne crois pas, non. Je ne pense pas que ce soit possible, après ce qu'on a traversé. C'est pour ça que je ne suis pas venu. Et puis à l'époque on voulait faire carrière, nous deux, tu te souviens ?
- Oui, c'est vrai, répond-il d'un ton rêveur.
- Et tu étais déjà avec Diego, si je ne me trompe pas. Et toi au fait, ta vie amoureuse ?
- Oh moi… Il y a eu beaucoup d'hommes, et aucun. Diego est le seul élément stable de ma vie affective, même si on n'a jamais été fidèles l'un à l'autre. Mais je sais qu'il est là, qu'il m'attend, quelque part. Qu'il me respecte, même si je lui suis infidèle. Et réciproquement. Le contraire de ta vie, quoi. Mais la même solitude, je pense.
Sa voix est douce dans la nuit, trop douce, elle réveille des sentiments endormis, j'essaie de ne pas trop le regarder, il est si beau, encore… Sa peau veloutée luit doucement au reflet des bougies, le souvenir de sa chair tendre revient me hanter, je lutte faiblement.
- Tu as l'air épuisé, Harry. Tu veux te coucher ? souffle-t-il en souriant.
Je lance un regard affolé vers le lit :
- Jure-moi qu'il ne se passera rien, Draco. Promets-moi qu'on ne va pas refaire une connerie…
- Une connerie nommée amour ? Non, on est beaucoup trop fatigués et esquintés pour ça, pas vrai ?
- Mais nos corps…
Il baisse les yeux et se mord la lèvre, la tension dans mon bas ventre devient infernale, je savais que c'était un piège, un piège auquel j'ai participé.
- L'esprit est le plus fort, Harry. Tu ne veux pas coucher avec moi, moi non plus. On se couche et on dort, c'est tout, d'accord ?
- D'accord.
J'acquiesce, un peu hésitant.
D'accord. Le monde est simple, le lit est grand, on se couche et on dort. Ca a l'air facile, dit comme ça. Il n'y a pas de raison de ne pas y arriver, après tout, je suis crevé.
Il se lève et jette un pyjama propre dans ma direction :
- Tiens, prends le lavabo du fond pour te brosser les dents, moi je prendrai l'autre.
J'exécute sans broncher, obéissant. Ne pas réfléchir, ne pas ressentir. Facile.
Dans le reflet du miroir j'aperçois le reflet de l'homme qui se brosse les dents, nous sommes dos à dos, au pied du mur.
- Tu veux que j'arrête la clim, pour la nuit ?
- Ça m'est égal, j'ai pas l'habitude de la clim, de toute façon. Ça fait du bruit, non ?
- Oui, ça ronronne. Si tu as vraiment trop chaud je la remettrai, OK ?
- OK, dis-je en haussant les épaules.
Nous nous glissons dans le grand lit sans nous regarder, il éteint bien vite toutes les lumières, et nous nous retrouvons côte à côte entre des draps soyeux, chacun bien de son côté.
Draco avait raison, le lit est immense, on ne risque pas de se toucher malencontreusement. Étrange pour un lit nuptial, quand on y pense… Est-ce qu'on n'est pas censé dormir dans les bras l'un de l'autre, quand on est jeunes mariés ?
Il faut que je chasse ce genre de pensée, sinon je ne vais pas y arriver.
- Tu me promets que demain tu me diras quel est ton plan ?
- Dors, Harry.
Bon, on ferme les yeux, on se couche et on dort. Facile.
Oui, mais il y a son odeur, son souffle léger, sa nuque à portée de mes doigts et les souvenirs, tous nos souvenirs. Il y a son pyjama sur ma peau, les voilages au dessus de nos têtes, la suite nuptiale et toutes ses promesses…
Je ne dors pas, c'est le décalage horaire ou le champagne, la chaleur ou les nuits de Chine, ou bien le nom de cette foutue chambre. Je reste immobile, luttant contre le désir qui enflamme mon ventre et me fait trembler, à écouter les soupirs d'un homme longtemps aimé.
A suivre…
Je vous rappelle que c'est aujourd'hui et demain (12 et 13 novembre 2016) la Y/CON à Villejuif, vous y trouverez les premiers exemplaires illustrés de Mon Ciel dans ton Enfer, un rêve devenu réalité… et c'est grâce à vous. Mille mercis, mes amis…
