Le colis tomba de plusieurs mètres avant d'être rattrapé par la créature qui causa sa chute : un corbeau. Plus gros que la proie attaquée, il put porter aisément sa charge jusqu'à son maitre.
Celui-ci l'attendait dans une ruelle de l'Allé des embrumes, tapis dans l'ombre, loin des rues passantes. Il était de forte corpulence, habillé avec un gilet qui avait vécu de meilleurs jours et un pantalon mité. Le signe le plus visible était sur son visage, brûlé de moitié et qui faisait de sa peau, une sorte de vieux parchemin froissé. Son seul ami était ce corbeau qui lui ramenait de temps à autre des colis volés. Cela lui permettait de survivre quelques jours puis de retourner dans la misère et la faim.
- Que m'amènes-tu là, grogna-t-il.
Il observa le colis que son vieil ami venait de déposer dans sa main. Il était léger et avait l'air fragile. Il s'assit à même le sol qui ne lui semblait plus aussi froid avec le temps et plus aussi dur qu'avant. Son nom, celui par lequel on le nommait quand il était enfant était Anton. Mais cela lui semblait si loin maintenant qu'il passa vite à autre chose. Il décida de commencer à ouvrir l'emballage beige en sectionnant la cordelette qui l'entourait. Quand il put enfin voir ce que le colis contenait, il fut perplexe.
Il souleva à hauteur de son visage une boule en verre, entourée d'un crochet en or fuselé et gravé. Avant de se demander ce que cela pouvait être, il pensa à la petite somme rondouillette qu'il allait se faire avec ce drôle d'objet. Il réfléchit sur les endroits qu'il connaissait et où il pourrait le vendre. L'Allée des embrumes était le seul lieu où les objets que l'on ne voulait pas voir retrouvés par leur propriétaire, disparaissaient comme par magie. Le seul qui lui vint à l'esprit fut : Barjow et Beurk.
Rien que d'y penser, un frisson le parcourut. Bien que l'Allées des embrumes soit un endroit mal famé, le propriétaire de la boutique lui faisait bien plus peur. Mais l'envie de manger devint plus forte que celle de la réflexion et il partit en direction de la boutique.
Il passa près du Chemin de traverse en boitant de son pied droit. Il essayait de s'éloigner toujours le plus possible de ce lieu fourmillant car les passants le dévisageaient toujours comme une bête curieuse et étaient dégoutés par son aspect corporel. Il tourna à un angle de rue car la boutique de Barjow et Beurk était proche du côté blanc de la magie. La devanture donnait la chair de poule à toutes personnes inconnues au monde obscur de la magie noire. Son corbeau se percha sur l'écriteau noir qui semblait avoir une bonne centaine d'années.
Après avoir pris une profonde inspiration, il se décida à pousser la porte. Il fut pris d'une violente quinte de toux due à la poussière stagnante et recouvrant tous les objets dans la pièce. L'intérieur ressemblait à si méprendre à un musée des horreurs.
Le propriétaire s'avança après avoir entendu le carillon de la porte d'entrée. Il dévisagea la pauvre créature qui se trouvait dans sa boutique et qui correspondait en tout point au cadre sordide de la pièce.
- Qu'est-ce que tu veux, vieille larve stupide ?
- Je... J'ai quelque chose à troquer, hésita-t-il. Son regard passait du visage du propriétaire aux objets macabres.
- Montre-moi. Je n'ai pas toute la journée, exigea le propriétaire.
- Euh oui...Voici, dit-il tout en tendant la boule en verre vers le comptoir. Sa main était tremblante et moite.
Le propriétaire arracha des mains l'objet. Il examina la sphère minutieusement, mettant même son monocle pour observer toutes les lignes pouvant être invisibles à l'œil nu. Il renifla plusieurs fois comme s'il était septique quand à la rareté de l'objet. Il leva enfin les yeux vers Anton.
- Je ne vais pas t'en donner beaucoup. Ce n'est juste qu'un objet sans réelle valeur mais qui fera une très belle décoration au fond de ma boutique. Tu en voudrais combien ?
- Qu'est-ce que tu me proposes ? demande Anton, craintivement.
- Je t'en donne 1 gallion d'or et 15 mornilles de bronze (environ 7.50 euros).
- J'accepte, annonça-t-il. Il avait la sensation qu'il devait fuir cet endroit le plus vite possible pour sa propre survie.
Il attrapa les pièces jetées avec dédain sur le comptoir par le propriétaire et prit la fuite. La peur fut vite remplacée par l'envie de se sustenter. Ce fut un mauvais souvenir vite mis à l'écart pour sa propre survie.
Chez Barjow et Beurk, l'atmosphère était tout autre.
- Pauvre imbécile... Si tu savais ce que tu avais entre les mains...murmura Bajow.
Il regarda avec fascination la boule de verre qu'il tenait dans sa paume. Tant de mystères renfermés dans un si petit objet. Il réalisa qu'il ne pouvait garder cela chez lui, il avait trop d'importance. Il devait le confier à Vous-savez-qui. S'il l'apprenait avant de l'avoir entre les mains, il ne payerait pas cher de sa peau. Il commença à paniquer à l'idée des sévices qu'il pourrait endurer rien que pour avoir garder l'objet plus que nécessaire dans sa main.
Il se décida à envoyer un message à l'un de ses acheteurs d'objets maléfiques : les Malefoy. Ils furent de bon client par le passé mais depuis le début de la guerre, les contrôles par les aurors dans sa boutique, faisaient fuir ses clients les plus riches. Avec la boule en verre qu'il tenait entre ses mains, il savait que son message ne reviendrait pas sans réponse. Le père de famille était l'un des fidèles de Vous-savez-qui et l'intérêt du courrier n'en sera que plus important.
Quand l'hibou déploya ses ailes et s'envola, la peur ne le quitta pourtant pas. Elle resta jusqu'au soir au retour de l'oiseau. Il prit le mot en tremblant et le lut :
« Ramène-moi cet objet au plus vite au manoir. Si tu tardes, ta mort n'en sera que plus lente. LM »
Barjow ne se fit pas prier et partit en direction de la porte d'entrée pour fermer sa boutique. Il transpirait et ne cessait d'avoir des images de torture défilant dans sa tête. Il mit la boule en verre ornée d'or dans une bourse en écaille de dragon et sortit dans sa cours intérieure. Il transplana devant les grilles du manoir Malefoy.
Des ombres noires surgirent de nulle part et l'encadrèrent. Elles étaient vêtues de longues capes noires les recouvrant entièrement. Leurs visages étaient dissimulés derrière un masque en forme de tête de mort. Ils ne laissaient aucune émotion transparaitre dans leur attitude. Leur baguette le menaçait à tout moment d'un certain sortilège vert. Elles semblaient mourir d'impatience tant les étincelles qui en jaillissaient été nombreuses.
Barjow fut conduit devant la grille du manoir et on lui ordonna de la toucher. Il ressentit une douleur sans égale qui le transperça de la tête au pied et il vit ses pires cauchemars défiler devant ses yeux. Puis cette souffrance cessa aussi vite qu'elle apparut et le portail s'ouvrit pour le laisser passer ainsi que ces guides. Ils traversèrent les pelouses du domaine et arrivèrent au niveau du perron. Le trajet se fit dans un silence pesant où l'on entendait que la respiration saccadée du visiteur.
La lourde porte en bois s'ouvrit et Barjow sut que son destin venait d'être scellé.
