A la lueur des torches, une silhouette s'avançait, longeant les tableaux endormis, accrochés le long des murs. Des ronflements émanaient d'eux et faisait une certaine cacophonie couvrant les pas résonnant sur les pavés. Le décor changea subitement quand l'homme s'enfonça vers les cachots froids et sans fin de Poudlard. Severus Rogue, dont la marche reflétée son état d'esprit actuel, ouvrit avec fracas la porte de ses appartements. Son bras comme marqué au fer rouge, ne cessait de le lancer et lui disait que l'heure était venue de rejoindre le maître.

Il s'avança d'un pas pressé à travers le salon. Celui-ci était meublé de manière spartiate mais avec des objets de bonne qualité. Le plus impressionnant dans cette pièce était le pan de mur recouvert de livres en tout genre qui reflétait la soif de connaissances de cet homme mystérieux. La cheminée dominait le salon et sa chaleur se répandait tant bien que mal dans ces cachots humides. Un mélange d'odeurs, ingrédients à potion, emplissait l'air: plantes diverses, sang, poudres... Cela se diffusait d'une des portes menant au salon et qui conduisait à un laboratoire personnel. Un vieux fauteuil en cuir siégeait près des flammes. Le manque flagrant de décorations faisait de ce lieu, le repère d'un homme voulant s'isoler du monde alentour.

Il ouvrit la porte de sa chambre et se dirigea vers l'armoire afin de se changer. La seule couleur qui contrastait avec la pièce sombre, était le couvre-lit vert émeraude. Un symbole de sa maison. Il revêtit la robe de sorcier la moins miteuse de sa garde robe, toujours noire et se dirigea vers la porte d'entrée. Il l'ouvrit mais fut rapidement stopper dans sa course. Albus Dumbledore se tenait dans l'encadrement.

- - Je n'ai pas le temps pour écouter une fois de plus vos lubies Albus, dit-il d'un ton las.

- - Mon ami, si l'heure n'était pas aussi grave, je ne viendrais pas troubler votre quiétude.

Severus fut surpris par la gravité présente sur le visage de Dumbledore et comprit que quelque chose de grave était en train de se tramer. Il laissa le directeur entrer et le suivit à l'intérieur de son antre. Dumbledore se dirigea vers la lourde bibliothèque emplie de savoirs, dos au professeur de potion. Son attitude corporelle montrait que la situation était complexe, difficile à porter seul, sur ses épaules. Il hésita plusieurs fois à parler. Etrange venant de la part d'un des plus grands sorciers de tous les temps. Ceci était une des rares choses qui pouvait semer le doute chez Severus.

- - Ca recommence... dit-il dans un murmure. Le passé est en train de se reproduire.

Severus s'avança vers lui et lui demanda de bien vouloir répéter ses propos. Quand Albus lui expliqua la situation, il ne put s'empêcher d'aller se servir un verre de whisky pur feu puis se laissa tomber sur son antique fauteuil en cuir. Le masque de l'homme se fissura et une lueur de peur passa dans ses yeux.

- - Vous en êtes bien sûr Albus ? Cela ne se peut... dit Severus. Vous savez ce que cela va impliquer ? Je sens que vous allez me demander une chose pour laquelle je devrais une nouvelle fois perdre mon âme. La dernière fois que cela s'est produit, la seule personne qui comptait réellement à mes yeux a été victime des ténèbres.

Le visage souriant de Lili refit soudain surface et le replongea quelques instants dans le passé. Il se rappela cette funeste nuit et savait qu'il ne voulait pour rien au monde revivre cela. Il avait trop perdu à cause de ses choix.

- - Que voulez-vous me faire faire cette fois ?! demanda-t-il, sans réellement vouloir entendre la réponse de son interlocuteur

- - Vous êtes le seul à qui je puisse confier cela Severus, le seul qui sait réellement, le seul qui sait ce que va coûter cette guerre. J'ai toute confiance en vous.

Dumbledore savait ce que ses paroles allaient impliquées mais l'heure était trop grave pour y aller en finesse. Il connaissait le passé douloureux du maître de potion mais il ne pouvait le prendre en considération. L'avenir du monde sorcier devait passer avant tout malgré le respect qu'il avait pour son ami.

- - Bien belles paroles Albus, mais je serais le seul à le payer de ma personne. Je resterai une nouvelle fois dans l'ombre et considéré comme un traître... Vous savez aussi bien que moi que quoique je fasse, je serai toujours vu comme un assassin. Malgré ce que nous avons fait dans le passé et ce que nous continuons à faire, personne ne me croira innocent...

- - Je sais ce que cela va vous coûter mais il n'y a qu'à vous que je puisse le demander. L'heure est venue de mettre en lumière ce que nous avons préparé depuis si longtemps, déclara Dumbledore.

Severus fixait le liquide ambré au fond de son verre, le regardant, sans prononcer un son. Son visage se referma, but d'une traite et se redressa face au directeur.

- - Je ferai ce qu'il faut faire Dumbledore, comme toujours, mais pas pour vous, pour me racheter pour elle. Cette guerre sans fin doit cesser, affirma-t-il gravement.

Severus sentit son bras qui semblait comme s'enflammer. La douleur de la marque s'intensifiait à chaque seconde de retard de sa part. Elle apparaissait plus nettement depuis que le Seigneur des ténèbres était de retour et cela incluait certains désagréments en prime. Il se redressa lentement de son fauteuil. Il passa ensuite devant Dumbledore sans un regard en arrière et quitta le Château pour rejoindre le maître.

Dumbledore regarda cet homme si seul s'éloigner et demanda à Merlin de tous les protéger. Les prochains temps s'annonçaient bien compliqués.

Barjow marcha à la suite des mangemorts. Certains rejoignirent l'entrée du domaine pour continuer à garder le quartier général de leur maître. Barjow avait la sensation qu'il devait fuir à tout prix cet endroit. Comme si les serviteurs avaient entendu ses pensées, il fut pousser violemment en avant. Son regard fut attiré par certains objets présents dans la demeure. Si les circonstances avaient été autres, il aurait pu admirer la splendeur du lieu, vieux de plusieurs générations. Le luxe y régnait en maitre.

Ils avancèrent vers un escalier en marbre et commencèrent à gravir les marches. Barjow se rendit compte que personne ne semblait présent dans les lieux. Enfin, jusqu'à ce que le premier mangemort pousse une porte ouvragée, couverte d'enluminures et qu'une immense salle apparaisse.

Elle était bondée de monde. Face à lui, il vit une haie d'honneur faite, par des mangemorts dont le visage était masqué comme les gardiens. Elle menait au fond de la pièce. Là-bas, siégeait le Seigneur des ténèbres sur un trône en bois. Il était surélevé pour avoir sous son contrôle toutes les personnes présentes dans la salle. Son serpent, Naguini, somnolait sur les marches menant à son maitre, désintéressé par la foule alentour. A sa droite, Béatrix Lestrange, sa plus grande servante dont la folie meurtrière était légendaire et de l'autre côté, certains de ses mangemorts les plus loyaux.

En tournant la tête, Barjow vit enchainé aux murs de chaque côté de la salle, des moldus, avec des colliers en fer autour du cou. Ils n'avaient pas plus de valeur aux yeux des personnes présentes que des animaux. Leurs visages tuméfiés et leurs habits en haillon montraient les souffrances qu'ils avaient endurées. Une odeur forte se dégageait d'eux et certains mangemorts n'hésitaient pas à se couvrir le nez de mouchoirs de soie parfumés pour la couvrir. Les pauvres êtres regardaient, avec peur, le mangemort McNair aiguiser sa hache, et se demandaient tous qu'elle serait la prochaine torture à venir. Ils aspiraient tous à ce que leur malheur cesse enfin.

La lueur des flammes dans la cheminée, à gauche de la pièce, effleurait le visage du reste des personnes de la salle. On pouvait y lire des sentiments vraiment différents. Certains regardaient Barjow avec du dédain car il n'était pas digne, d'après eux, d'être dans cette pièce. D'autres observaient avec curiosité les autres mangemorts et jetaient des coups d'œil apeurés vers le maitre. Les derniers, semblaient imbus de leur personne comme si être avec le seigneur, dans cette demeure, les rendaient intouchables. Tout se jaugeaient sans la moindre gêne.

Le trajet jusqu'au maitre sembla durer une éternité pour Barjow. Quand il y fut, ses jambes le lâchèrent sans prévenir et il tomba à genoux sur les dalles en pierre du sol. On entendit des ricanements résonnés dans la salle. Il fixait avec peur l'impressionnant reptile couché à quelques mètres de lui. Celui-ci l'ignora jusqu'à ce que Voldemort fasse un signe à un mangemort. Ce dernier recula et sortit de la pièce. Le serpent se redressa enfin et daigna regarder l'homme en face de lui. Il obéirait, prêt à agir, aux moindres ordres de son maitre. Peut-être un futur repas pour lui.

Barjow leva avec appréhension son regard vers le Seigneur des ténèbres. Il rencontra deux yeux vers étincelants perdus au milieu d'un visage de type reptilien sans nez apparent. Le maitre ne semblait pas humain, comme issu d'un autre monde. Il portait une robe de sorcier noire qui contrastait avec son visage cadavérique. Ses mains, fines et agiles, pianotaient sur les accoudoirs du trône. Il semblait impatient et mécontent à la fois. Son port de tête et son maintien rappelaient ceux d'un monarque bravant la foule de sa prestance. Il représentait la mort pour celui qui oserait tenter de l'arrêter. Son regard fendit la foule face à lui pour enfin se poser sur la frêle créature tremblante à ses pieds.

- - On me dit que tu aurais quelque chose de valeur en ta possession et qui me serait destiné, dit Voldemort en sifflant.

- - Oui oui mon seigneur, balbutia Barjow en sursautant quand le maître s'adressa à lui. Son visage pâlit, la sueur se mit à perler sur son front.

- - Montre-le moi, ordonna-t-il.

Barjow sortit de sa poche la bourse en écaille de dragon. Ses mains tremblaient tellement qu'il eut des difficultés à l'ouvrir. Il enleva la protection et mit la boule en verre au creux de sa main. Il fit mine de se lever pour la donner au maitre quand il fut remis à genoux par Mr Malefoy sénior. Celui-ci lui arracha des mains la sphère et gravit les quelques marches qui le menait à son seigneur. Il la déposa dans la main tendue face à lui. Un insecte comme Barjow n'avait aucun droit d'approcher son maitre d'aussi près. Puis, il retourna dans les rangs des partisans à gauche de la salle, fier de ce qu'il avait accompli.

- - Savez-vous ce que c'est mes chers mangemorts, demanda Voldemort. Non... Je me doute que non. Comment le pourriez-vous...ignares que vous êtes...

Il fixait la boule qu'il tenait entre ses doigts avec fascination. Il semblait comme hypnotisé. Il l'admira sous tous les angles en essayant de graver chaque détail dans sa mémoire. Un des serviteurs tenta de prendre la parole mais fut réduit au silence par Bellatrix. Quand Voldemort releva de nouveau la tête pour s'adresser à ses fidèles, il avait une lueur étrange dans le regard.

- - Ceci voyez-vous, expliqua-t-il en levant la boule en verre bien haute pour que tout le monde puisse la voir, est un objet d'un grand pouvoir. Il y a de nombreuses années, un semblable avait prédit ma destruction. Il s'agit d'une sphère contenant une nouvelle prophétie. Malheureusement, elle ne s'ouvre que pour une personne et une seule. Celui a qui elle est destinée. Belle trouvaille...

Le seigneur des ténèbres daigna de nouveau regarder Barjow. Ses yeux le transpercèrent. Puis il le chassa d'un geste de la main. Ce dernier fut remis sur ses jambes sans une once de douceur et trainé ensuite vers la sortie. Barjow n'osait pas y croire. Il allait sortir indemne de cette épreuve. Sa respiration redevint normale.

- - Attendez, ordonna Voldemort.

L'escorte stoppa nette et Barjow sentit tout son sang refluer de son visage. Il se tourna lentement vers le Lord Noir.

- - Comment toi, une misérable vermine, a-t-elle pu avoir entre ses mains un objet de cette valeur ? demanda le Maitre, avec mépris.

- - Euh...dit Barjow, la sueur réapparue sur son front. C'est un homme vivant dans la rue qui me l'a échangé contre quelques pièces. Il rôde dans l'Allées des Embrumes avec son corbeau. Il est facilement reconnaissable.

Barjow savait quand dénonçant Anton, il venait de signer l'arrêt de mort du malheureux. Sa vie valait plus pour lui qu'une horreur de la nature. Il ne vit pas arriver sur lui la pluie de Doloris qu'il allait recevoir. Quand Voldemort eut fini de se détendre, les hommes firent glisser Barjow à même le sol vers la sortie. Il était trop faible pour pouvoir marcher. Il allait se rappeler de ce moment pour le restant de ses jours.