Bonjour à tous ! :) Merci à Camhyoga pour sa correction ainsi qu'à tous mes reviewers ! Enjoy :p


Mafia Blue II – Chapitre 3

Avec un soupir, Egidio jeta un regard agacé au baratineur –pardon, à l'agent immobilier- qui leur faisait face, à lui et à Mu. Cela faisait pas moins de cinq minutes qu'il leur vantait les bienfaits du double vitrage, avec l'air exalté de quelqu'un qui vient de découvrir une révolution scientifique. L'Atlante eut un sourire amusé en direction de son ami puis feignit de s'intéresser au blabla de l'homme au costume trois pièces gris chiné qui renforçait son teint maladif au lieu de l'adoucir. Préférant s'éloigner avant de lancer un commentaire désagréable, l'Italien partit en direction de la salle de bain en espérant y trouver plus de tranquillité. Le logement était clair, lumineux et propre. Il avait une superficie correcte, augmentée par une mezzanine qui servait de chambre à coucher. Depuis la petite fenêtre située en face de la baignoire –idée d'un voyeur ou bien simple maladresse ?- il avait vue sur la petite cour intérieure, où trônaient deux poubelles décorées d'autocollant clamant que la ville faisait le tri sélectif. Un arbre solitaire laissait pendre ses branches sur l'allée qui conduisait à la porte d'entrée du petit immeuble, parsemant les dalles brunes de feuilles mortes. Restait à savoir combien coûterait le loyer, ce qui était généralement le problème majeur.

En effet, Mu avait décidé de se chercher un appartement pour lui et son frère. Cela faisait environ un mois qu'il avait trouvé un travail en tant qu'assistant en langues étrangères dans une université près du centre ville. Il avait également inscrit Kierin dans un collège du quartier, à la grande joie du gamin qui s'était empressé de dénicher les cachettes potentielles de son nouvel établissement… Ces dispositions avaient également ravi le policier, même s'il n'en avait rien dit. Mu s'installait à Athènes, et rien ne le rassérénait plus que cette idée. Ou presque.

Car Egidio était toujours aussi empêtré dans ses sentiments que cinq mois auparavant, lorsqu'il avait presque supplié Mu de rester en Grèce. Bien sûr, ils s'étaient rapprochés et avaient partagé pas mal de choses, assez pour dire sans détour qu'ils étaient amis. Mais voilà, même s'il était heureux de cette amitié, l'Italien n'était pas certain qu'elle lui suffise. Il en avait vaguement parlé à Shura, qui l'avait écouté sans un mot avant de lâcher trois mots :

« Tu es amoureux. »

Trois malheureux mots qui ne parvenaient pas à trouver leur place dans l'esprit en ébullition de l'ancien tireur d'élite. Amoureux, d'un homme qui plus est, lui ? Mais il était hétérosexuel, nom d'un chien ! Mais comment expliquer que la simple présence de l'Atlante parvienne à lui mettre autant de baume au cœur ? Que son rire lui procure des frissons sur tout le corps ? Heureusement, il camouflait assez bien son désarroi à son compagnon, du moins l'espérait-il.

« Sachez aussi monsieur que cette demeure a été bâtie en 1780, entendit-il soudain. Beaucoup donneraient cher pour avoir la chance de vivre dans un immeuble tel que celui-ci.

-Pour vivre dans un immeuble tout court, siffla l'Italien, incapable de se taire. Et sûrement pas construit en 1780, à moins d'avoir rasé le bâtiment et de l'avoir reconstruit il y a dix ans.

-Je vous demande pardon ? s'offusqua l'agent.

-Prenez-moi pour un idiot tant que vous y êtes, grogna Egidio. C'était aux journaux télévisés il n'y a pas longtemps. Réaffectation et rénovation d'immeubles défectueux pour offrir de nouveaux logements. »

L'agent blêmit puis rougit, avant de marmonner des paroles inintelligibles. Alors que l'Italien s'apprêtait à donner le coup de grâce, son téléphone se mit à sonner. Il grommela une vague excuse et s'éloigna pour décrocher.

« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il sèchement, ayant reconnu le numéro de Dokho.

-On a besoin de toi, répondit la voix déformée du Chinois.

-J'avais posé ma journée ! protesta l'ancien tireur.

-On a eu une tentative d'attentat. D'après les premiers éléments dont on dispose, il pourrait s'agir d'Hadès. »

Egidio se figea et regarda Mu avec inquiétude, avant de se rapprocher des fenêtres et de vérifier que tout était normal à l'extérieur.

« Tu te fous de moi ? souffla-t-il.

-J'aimerais. Shura t'attend sur le toit d'où est provenu le tir.

-J'arrive dans dix minutes. »

Il raccrocha sans attendre de réponse et rejoignit les deux hommes à grands pas.

« Merci beaucoup monsieur, on vous recontactera.

-Je ne vous ai pas encore dit le loyer ! tenta l'agent.

-Inutile, on ne prend pas. Au revoir » coupa l'Italien en saisissant le bras de l'Atlante pour l'entraîner à sa suite.

Perplexe, Mu se laissa faire et fut presque obligé de courir pour se maintenir à la hauteur du policier.

« Egidio… Egidio ! s'exclama-t-il. Si tu me disais ce qui se passe ?

-Hadès, marmonna l'ancien tireur.

-Quoi ? s'horrifia le jeune homme en s'arrêtant de marcher. Qu'est-ce que tu racontes ?

-Je ne connais pas le détail, mais ils seraient de retour, grinça l'Italien. Ecoute, je dois y aller mais je te dépose d'abord chez Shaka. Tu ne sors pas de chez lui tant que j'ai pas plus d'informations, d'accord ? Et tu gardes Kiki avec toi, on ne sait jamais. »

Mu acquiesça et se remit en marche, le visage sombre. Ils rejoignirent la voiture de l'Italien, qui installa son gyrophare sur le toit et le mit en route avant de démarrer. Le trajet se fit en silence, hormis le son entêtant de la sirène. Du coin de l'œil, l'Atlante voyait les sourcils froncés de son ami, et vit que ses mains étaient crispées sur le volant. Il posa une main rassurante sur son bras et esquissa un sourire, essayant de rassurer l'Italien.

« Je suis certain que ce n'est qu'une fausse alerte, fit-il doucement. En tout cas, ne t'inquiète pas pour nous.

-Bien sûr que si, je suis inquiet, rétorqua sèchement Egidio. Désolé, ajouta-t-il très vite. J'espère que t'as raison, et que Shura s'est trompé. »

Mu sentit que le policier ne croyait pas un mot de ce qu'il venait de dire, mais ne fit aucun commentaire. Ils arrivèrent rapidement en face de chez le psychologue. L'ancien tireur retint brièvement l'Atlante avant que celui-ci ne sorte de la voiture et souffla :

« Sois prudent, d'accord ?

-Toi, sois prudent » répliqua Mu.

Egidio attendit que le jeune homme soit entré chez l'hindou avant de faire demi-tour, malmenant sa voiture avant de la faire bondir dans la rue.

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Avec un soupir, Aldébaran observa ses collègues remettre de l'ordre chez les journalistes. Après le moment de panique qui avait suivi le coup de feu et le départ de Mitsumasa Kido, les reporters s'étaient tous jetés sur lui pour demander des informations sur le tireur, alors qu'il n'avait même pas eu le temps de quitter le parterre. Ils en seraient pour leurs frais, surtout que sa patience commençait à s'effilocher sérieusement. Soudain, un caméraman réussit à se faufiler jusqu'à lui et s'écria :

« Inspecteur Constelação ! Nous sommes en direct sur AlwaysNews, la chaîne 100% informations ! Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce qui s'est produit ici il y a quelques minutes ? »

Aldébaran jeta un regard noir au journaliste avant de répondre le plus poliment possible :

« Nous n'avons encore aucune certitude sur ce qui vient d'arriver.

-Vous reconnaissez néanmoins la tentative d'assassinat sur monsieur Kido ?

-Oui, répondit le Brésilien avec réticence.

-Vous n'avez donc aucune piste pour le moment ? demanda le reporter avec insistance. Aucun suspect ?

-Mes hommes sont sur place, je n'ai aucune conclusion à vous donner pour le moment.

-Se pourrait-il qu'il s'agisse d'une vengeance de la part d'Hadès ? » tenta le caméraman en dernier recours, semblant avoir épuisé ses questions.

Aldébaran, prit de court, ne répondit rien. Le journaliste afficha un sourire victorieux qui fit reprendre contenance au policier, qui déclara :

« Je le répète, nous n'avons aucune certitude.

-Des doutes alors ? »

Le Brésilien réfléchit à toute allure. Oui, ils avaient des soupçons, mais cela valait-il la peine de l'affirmer aux médias ? Mais s'il ne disait rien, les journaux feraient circuler des informations erronées et seraient capables de faire paniquer la cité avant que la nuit tombe. Choisissant de deux maux le moindre, Aldébaran marmonna :

« Oui, nous avons des raisons de croire qu'Hadès serait derrière cet évènement. Je n'ai rien d'autre à ajouter. »

Il s'écarta du caméraman, furieux d'avoir été harponné par ce journaliste à scandale. Il espérait à présent ne pas avoir fait de mauvais choix.

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Avec des gestes assurés, Kagaho tendit le morceau de viande crue à l'oiseau de proie posé sur son bras. Les serres de l'animal se resserrèrent autour du gant de cuir qu'il portait, et l'aigle attrapa le bout sanguinolent avec dextérité. Il poussa une sorte de roucoulement satisfait avant de pousser un cri affamé. L'Egyptien esquissa un sourire avant de sortir un nouveau morceau de la sacoche attachée à sa ceinture. Non loin de lui, un jeune homme le regardait faire avec un air ironique au visage.

« Je t'avais bien dit que vous étiez faits l'un pour l'autre. Regarde comme il te mange dans la main ! »

Kagaho se retourna et contempla le nouveau venu. Pharaon s'étira et lui fit signe de venir le rejoindre. Le jeune homme caressa les plumes douces du duvet de l'oiseau de proie avant de le reposer sur son perchoir. L'aigle obtempéra de mauvaise grâce et arrangea les plumes que Kagaho avait déplacées.

L'Egyptien rejoignit Pharaon à l'extérieur de la volière, dont il referma la porte. Pharaon était un surnom, mais il ne connaissait pas le vrai prénom de son compagnon. Il savait juste qu'il recueillait les animaux blessés et qu'il les remettait sur pied. Le seul animal qui restait quotidiennement dans la petite propriété était un énorme chien noir, baptisé Cerbère. Pharaon régnait seul sur son refuge, qui ne portait aucune enseigne. S'il n'avait pas eu besoin de Kagaho pour nourrir le jeune aigle, il se serait sans aucun doute passé de lui.

« Les oiseaux de proie sont des animaux étranges, fit Pharaon comme en écho aux pensées de Kagaho. A partir du moment où ils se sont habitués à une main, ils n'obéissent plus qu'à elle. Je t'offre à boire ? »

Le jeune homme acquiesça sans rien dire. Pharaon le conduisit chez lui, et ils furent bientôt rejoints par Cerbère qui lécha la main de son propriétaire avec enthousiasme.

Oui, les oiseaux de proie étaient des animaux étranges. Kagaho avait découvert ce jeune aigle dans un bois, alors qu'il se promenait. L'animal était assez robuste pour survivre, mais n'avait pas encore les capacités de se nourrir seul ou de voler. Le jeune homme l'avait récupéré après quelques instants d'hésitation, et l'avait amené à Pharaon après s'être renseigné auprès d'un vétérinaire de la région.

C'est ainsi qu'il avait rencontré le propriétaire du refuge. D'abord réticent, Pharaon avait vite adopté Kagaho, surtout après qu'il ait découvert qu'ils étaient tous deux Egyptiens. Depuis lors, il traitait l'ancien assassin avec plus de complaisance.

Les deux compatriotes s'installèrent face au petit bar que Pharaon avait fait construire à l'entrée de sa petite maison, à côté de la télévision.

« Comment le trouves-tu ? demanda le gérant avec un air entendu.

-Bien, répondit pensivement Kagaho. Il a l'air de prendre des forces. J'ai l'impression qu'il a encore perdu du duvet.

-Oui, il grandit vite, commenta Pharaon. Cerbère, arrête de me baver dessus ! »

Le gros chien noir aboya et secoua la queue, quêtant une caresse que son maître ne tarda pas à lui accorder.

« Est-ce que ça t'ennuie si j'allume la télé ? Je regarde toujours les informations à cette heure-ci. Tu veux rester déjeuner ?

-Pourquoi pas, accepta Kagaho. Besoin d'aide ?

-Laisse-moi faire. Je vais voir ce qu'il y a au frigo. »

Sans attendre de réponse, Pharaon quitta son siège et partit s'affairer, après avoir appuyé sur la télécommande. Un visage de journaliste apparut, tout essoufflé et entouré d'une foule compacte.

« Je vais essayer de me rapprocher de l'inspecteur Aldébaran Constelação afin d'avoir de plus amples informations » déclarait le caméraman avant de retourner sa caméra sur le Brésilien.

Kagaho reconnut immédiatement le policier. Comment aurait-il pu l'oublier ? C'était grâce à lui qu'il était encore en liberté, et le jeune homme n'ignorait pas qu'il avait une dette envers lui. De plus, le Brésilien avait un physique qui ne lui permettait pas de passer inaperçu. Il écouta avec plus d'attention, fixant l'écran avec intérêt. L'inspecteur semblait agacé d'être interrogé, mais se plia aux questions du journaliste avec un self control impeccable. Jusqu'à la question cruciale du reporter. Se pourrait-il qu'il s'agisse d'une vengeance de la part d'Hadès ?

Kagaho se figea sur place. Hadès ? Mais comment… ?

« Une omelette aux champignons ça ira ? »

Constatant qu'il n'avait aucune réponse, Pharaon retourna au bar. Il n'y trouva que Cerbère, tranquillement allongé par terre et mâchouillant une vieille peluche.


à suivre...