Pidop tout le monde :) C'est avec un peu de retard que je publie ce chapitre, je suis complètement perdue dans les jours de la semaine et je suis surbookée... En espérant que ce chapitre vous plaira !

Merci à Camhyoga pour sa correction, à tous mes reviewers en espérant que je n'aie oublié personne dans mes réponses... ^^' Sur ce, enjoy !


Mafia Blue II – Chapitre 4

Eaque dévisageait le livre qu'il tenait dans ses mains et poussa un énième soupir agacé. Il ne comprenait pas la passion de Rhadamanthe pour Shakespeare. Ses écris étaient certes classés comme chefs d'œuvre, mais le Népalais préférait de loin Baudelaire ou Edmond Rostand. La sonnerie de son portable le coupa soudain de ses pensées. Le jeune homme eut un sourire ravi en avisant le nom affiché à l'écran et décrocha aussitôt :

« Tu te languis tellement de moi que tu m'appelles à cette heure-ci ? demanda-t-il avec une voix suave.

-Allume la télé » fut la réponse sèche de Kagaho.

Surpris par le ton haineux de son amant, Eaque obtempéra sans poser de question. Qu'est-ce qui avait bien pu perturber l'Egyptien de cette façon ? Il reporta son attention sur le journal télévisé qui était diffusé, et avisa la mention bulletin spécial situé en haut de l'écran.

« Notre équipe est toujours sur place, nous attendons de plus amples informations. Nous vous rappelons qu'un attentat vient de se produire sur la personne de monsieur Kido, attentat revendiqué par Hadès. Nous avons… »

Eaque coupa le son du téléviseur et siffla à son téléphone :

« Qu'est-ce que c'est que ce délire ?

-C'est ce que j'allais te demander, rétorqua Kagaho. Une seule question Eaque : est-ce que vous êtes impliqués là-dedans ?

-Non ! s'exclama le Népalais. C'est la première fois que j'entends parler de ce monsieur je-ne-sais-qui ! Je te le jure ! ajouta-t-il face au silence de son amant.

-Je te crois, soupira enfin l'Egyptien. Mais alors qu'est-ce que cette mascarade signifie ?

-Je ne vois qu'une seule solution, répondit Eaque en se levant. Quelqu'un utilise le nom d'Hadès pour se couvrir. Je dois en parler aux autres.

-Je n'aime pas ça, marmonna Kagaho. Soyez prudents.

-Je te tiens au courant. Merci de m'avoir prévenu, mon amour. »

L'Egyptien souffla un vague je t'aime avant de raccrocher. Eaque ne put s'empêcher de se sentir heureux, malgré ce qu'il venait d'apprendre. Son amant avait toujours autant de mal avec les preuves d'affection, mais prenait sur lui en sachant que ça comptait pour le Népalais. Il fronça les sourcils : l'heure n'était pas au romantisme maladif mais à la recherche de ses compagnons. Il en connaissait un qui allait surement être difficile à calmer…

Comme pour lui donner raison, il entendit un cri outré provenant de la cuisine.

« Il ne faut pas mettre la viande maintenant, enfin ! »

Eaque secoua la tête avec un sourire : c'était au tour des deux Norvégiens de faire le déjeuner et ils n'étaient jamais d'accord sur les recettes traditionnelles de leur pays. Mais comme toujours, Rune aurait le dernier mot. En matière culinaire, il était plus doué que son impétueux amant, et ce n'était pas le Népalais qui dirait le contraire…

Il retrouva le couple affairé face aux fourneaux, des tabliers attachés autour des hanches et des ustensiles à la main. Minos semblait furibond et fusillait Rune du regard. Le jeune homme ne s'en formalisait pas et continuait à déposer consciencieusement les morceaux de bœuf dans la marmite. Assis à la table de la cuisine, Rhadamanthe lisait le journal du jour.

« Ça sent bon, commenta Eaque en venant s'installer près de l'Anglais. Kanon n'est pas avec toi ?

-A la douche, répondit Rhadamanthe sans lever les yeux de ce qu'il lisait.

-Seul ? Vous m'étonnez.

-Si j'étais allé avec lui, la douche aurait attendu. »

Malgré le sérieux de son visage, Eaque avisa l'éclat amusé dans les yeux de son ami. Il rit doucement puis reprit d'une voix grave :

« Kagaho vient de m'appeler. On a un gros problème. »

Louche en main, Minos se tourna vers lui et grommela :

« C'était trop beau pour être vrai. Qu'est-ce qu'il y a encore ? »

Le Népalais leur raconta succinctement ce qu'il venait d'apprendre par le biais de l'Egyptien. Rhadamanthe déposa son journal et se frotta les tempes avec un soupir, alors que Minos s'écriait :

« Ça ne se passera pas comme ça !

-Pas de décision hâtive, tenta Eaque.

-De décision hâtive ? répéta le Norvégien avec colère. Non seulement on utilise notre nom, mais en plus ça veut dire qu'on va de nouveau avoir les flics à nos trousses !

-Je sais Minos, rétorqua le Népalais. Et qu'est-ce que tu proposes ?

-On retrouve celui qui a fait ça et on s'occupe de lui.

-Donne-moi ta louche au lieu de l'agiter. »

L'intervention stoïque de Rune fit taire son amant, qui obtempéra sans un mot. Le jeune homme remua la préparation quelques instants puis déclara à voix basse, comme s'il réfléchissait pour lui-même :

« Il y a quelque chose d'étrange là-dedans. Pourquoi prendre le nom d'Hadès ?

-Pour que les policiers ne cherchent pas au bon endroit, répondit Rhadamanthe en fronçant les sourcils.

-Oui, acquiesça lentement Rune. Mais Hadès était dangereux, il n'y a que nous pour savoir qu'aujourd'hui Hadès n'est plus rien. »

Minos grommela quelque chose d'inintelligible, mais le jeune homme continua :

« Et donc, qu'est-ce que ça veut dire ?

-Je présume que tu as une idée ? fit Eaque.

-La personne qui a pris ce nom doit se douter qu'on cherchera à l'identifier. J'en conclus que des représailles ne lui font pas peur, et qu'on doit être très vigilants. »

Les trois Juges se lancèrent un regard sombre : vraisemblablement, leur tranquillité était révolue.

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Le jeune homme retira son casque et passa une main gantée dans ses cheveux clairs, les ébouriffant avec un sourire ravi. S'il aimait la vitesse de sa moto et l'impression de liberté que l'engin lui procurait, il n'aimait pas avoir la tête cloîtrée dans cet instrument. Il cala son véhicule près du mur de l'habitation où il s'était garé et s'avança vers les marches, ôtant ses gants tout en cherchant les clefs de l'entrée dans une poche. Ayant enfin trouvé le petit trousseau, il ouvrit la porte et se faufila dans le couloir avec discrétion. Il ne se cachait pas, mais préférait passer inaperçu s'il le pouvait. Il avait toujours été quelqu'un de l'ombre, se complaisant à regarder les autres patauger dans la lumière.

Il grimpa les escaliers quatre à quatre jusqu'au second palier de la grande maison, qui avait été divisée en plusieurs appartements, deux à chaque étage. En comptant la propriétaire qui logeait sur tout le rez-de-chaussée, il y avait quatre locataires. Dont celui qu'il rejoignait en cet instant précis. Réprimant les battements désordonnés de son cœur dans sa poitrine, il toqua légèrement à la porte de l'appartement voulu. Il entendit des pas s'approcher et le bruit caractéristique d'une clef que l'on tourne dans une serrure. Puis la porte s'ouvrit sur un jeune homme à peine plus âgé que lui, mais au regard plus sévère et à l'apparence plus stricte. Ils se dévisagèrent quelques secondes, puis le motard esquissa un sourire :

« Tu peux peut-être me laisser entrer, Valentine. »

Ledit Valentine s'effaça sans un mot et referma la porte derrière son compagnon. Ils se dirigèrent vers le salon, où ils s'installèrent dans un silence pesant. Finalement, le motard brisa de nouveau le mutisme et soupira :

« Qu'est-ce que j'ai fait ?

-Pourquoi cette question ?

-Tu me regardes comme si j'avais fait une connerie, donc qu'est-ce que j'ai fait ? »

Ce fut au tour de Valentine de sourire. Il rejoignit son compagnon sur le canapé et déposa une main sur son torse, une lueur amusée dans le regard.

« Rien. J'étais juste étonné que tu viennes me rejoindre, c'est tout.

-Si tu préfères que je m'en aille, je suis encore habillé, riposta le motard avec un rire.

-Ne joue pas avec moi, Sylphide, siffla Valentine avec une voix rauque.

-Très bien, alors ne jouons pas. Ta patronne est-elle satisfaite des informations que je lui ai données ?

-Oui, éluda-t-il. Tant qu'elle ne contrôle pas leurs faits et gestes, tu devras continuer à les surveiller.

-Je m'en chargerais, souffla Sylphide en reprenant ses gants. Autre chose ?

-Reste. »

Les deux hommes s'observèrent brièvement, sans un mot. Valentine se redressa lentement, et repoussa son compagnon sur le canapé, le renversant contre l'accoudoir.

« Reste, répéta-t-il à voix basse. S'il te plaît.

-Toujours, répondit Sylphide dans un murmure. Même si tu as un caractère de cochon, ajouta-t-il avec un sourire espiègle.

-Moi, un caractère de cochon ? se récria Valentine.

-Parfaitement, rit son compagnon.

-Alors pourquoi es-tu encore avec moi ? »

Sylphide se redressa et prit le visage de Valentine entre ses mains. Il passa un doigt sur les lèvres de son vis-à-vis et fit doucement :

« Parce que quoi qu'il arrive, je t'aimerai toujours. Même si tu es parfois lunatique et même si ce que tu fais ne me plais pas.

-On en a déjà parlé, répliqua sèchement Valentine.

-Et à chaque fois tu me ressors le même argument, soupira le motard. Tu sais, Alone ne t'en voudra pas de penser un peu à toi.

-C'est une promesse, Sylphide.

-Faite à un mort ! riposta sèchement son compagnon. Ça te ronge, Val.

-La discussion est terminée, siffla Valentine.

-Elle ne le sera pas tant que tu resteras au service de ta patronne ! le détrompa Sylphide.

-Tu sais très bien quel serait mon choix si tu me posais un ultimatum.

-C'est pour ça que je préfère rester avec toi, au moins je peux essayer de limiter les dégâts. Il me semblait que tu avais une idée derrière la tête, tout à l'heure, non ? » ajouta le jeune homme pour couper court à la discussion.

Valentine eut un sourire désolé envers son compagnon, avant de l'embrasser avidement. Rassuré d'avoir détourné la conversation, Sylphide serra son amant contre lui avec possessivité. La gorge encore serrée, il pressa son compagnon qui entreprenait de le déshabiller. Lui aussi voulait oublier pendant quelques instants ce qu'ils savaient tous deux mais qu'ils n'osaient pas s'avouer à voix haute. Un jour viendrait où Sylphide ne supporterait plus de voir Valentine se détruire à petit feu pour honorer sa parole, et ce jour approchait de plus en plus.

Cela faisait presque un an qu'ils s'étaient rencontrés. Sylphide venait de quitter son pays natal, la Belgique, pour exercer ailleurs que chez lui. Le jeune homme pratiquait le renseignement avec une parfaite maîtrise, et le bouche à oreille lui procurait son travail. Quelqu'un ou quelque chose devait être retrouvé ? Sylphide était là, veillant toujours à ne pas trop tremper dans des affaires peu scrupuleuses et de rester sous le couvert de la loi.

C'est ainsi qu'en Chypre, alors qu'il se promenait au hasard de ruelles, il avait aperçu Valentine dans un petit restaurant local. Intrigué, il l'avait abordé. Ils s'étaient revus plusieurs jours de suite, avaient appris à se connaître puis étaient devenus amants. Mais Valentine, qui n'était qu'en vacances chez lui, avait dû repartir en Grèce pour son travail. Sylphide l'avait suivi pour ne plus le quitter.

Mais quelques temps après leur retour, Valentine avait appris que son patron était tombé gravement malade : un cancer en phase terminale diagnostiqué trop tard pour entamer une thérapie. Alone, encore un jeune homme plein d'avenir, lui avait confié la gestion de sa société le temps que sa sœur cadette puisse reprendre le flambeau. Et une promesse, peu avant son décès : celle de rester auprès de la jeune femme et de l'aider. Depuis, le Chypriote avait veillé à toujours honorer sa parole, quoi qu'il advienne.

Mais Sylphide voyait là où son amant refusait inconsciemment de regarder : sa patronne, froide et intransigeante dans son chagrin, avait tout donné pour la société de son frère aîné. Elle s'était fixé comme but d'atteindre le sommet, quel qu'en soit le prix. La jeune femme était devenue calculatrice, mais aussi dangereuse. Et par respect envers Alone, Valentine la suivait presque aveuglément dans tout ce qu'elle entreprenait, montant dossiers sur dossiers et travaillant d'arrache pied pour satisfaire sa patronne. Ses rares moments de détente lui étaient donnés par Sylphide, qui ne pouvait que veiller sur lui de loin et tenter de lui changer les idées par tous les moyens possibles, même en jouant de son corps pour libérer la tension du Chypriote.

Du bout des doigts, le Belge caressa le corps dénudé de son amant, lové contre lui et dormant profondément. Il poussa un soupir en constatant que Valentine s'était encore aminci. Non, il ne supporterait plus très longtemps de voir l'homme qu'il aimait dépérir sans qu'il ne puisse rien y faire.


à suivre...