NdA : bonjour à tous ! Voilà enfin la suite, avec toutes mes excuses pour cette longue attente. Maintenant que Mafia Blue II est mon seul gros projet, les chapitres devraient s'enchaîner plus rapidement -tout du moins je l'espère.
Remerciements : merci à Camhyoga pour sa correction, ainsi qu'à tous mes reviewers et tous ceux qui m'encouragent d'une façon ou d'une autre. J'espère que cette suite vous plaira ! Enjoy ;)
Mafia Blue II – Chapitre 6
Le jeune homme traversa la rue en courant, se faisant klaxonner par un automobiliste auquel il adressa un vague signe d'excuse mais sans pour autant se retourner. Le conducteur ne connaissait pas Maria, et Maria avait horreur qu'un employé arrive en retard. Déjà qu'il avait posé sa matinée au dernier moment pour rendre service à son meilleur ami et ensuite passer chez le coiffeur où il avait dû patienter plus que de raison, la faute à la boîte vocale qui n'avait pas enregistré sa demande de rendez-vous… Il était quatorze heures passées, il n'avait toujours pas déjeuné et le magasin devait déjà être ouvert, sans lui à l'arrière boutique pour assurer les commandes.
Il s'enfila dans la ruelle où se trouvait la porte arrière et pénétra dans le petit local en étant le plus silencieux possible. Il abandonna son sac à bandoulière près du porte-manteau et revêtit son tablier, autrefois vert et devenu petit à petit marron à mesure que son propriétaire le salissait. Le jeune homme avança vers la boutique en tant que telle, jeta un coup d'œil à l'intérieur pour voir s'il y avait des clients qui pourraient détourner l'attention de Maria sur son arrivée tardive puis, constatant que non, poussa un soupir et se prépara à recevoir les foudres de la rondelette quinquagénaire. A peine avait-il posé un pied sur le carrelage clair qu'un éclat de voix retentit :
« Queen ! N'imagine même pas une seule seconde que tu vas t'en tirer comme ça !
-Bonjour Maria, salua-t-il tandis que sa patronne s'approchait à grands pas vigoureux.
-Oui, bonjour mon petit. Heureusement pour toi que je n'avais pas besoin de ton aide ce matin ! Mais qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux ? » s'horrifia soudain Maria en écarquillant les yeux derrière ses lunettes fines.
Queen passa une main dans sa chevelure à présent d'un rouge profond. Il haussa les épaules et déclara :
« Une envie de changement.
-Tes si beaux cheveux noirs ! protesta-t-elle. Tu es devenu fou ? Ah, tu vas me rendre chèvre, finit-elle par soupirer. Occupe-toi donc des tropicales, veux-tu ? J'espère que ton cher et tendre saura te faire entendre raison, lui » ajouta Maria en secouant la tête avec théâtralité.
Queen esquissa un sourire et retourna dans l'arrière boutique, où l'attendaient plusieurs plantes en attente d'être rempotées.
Le jeune homme s'attela à la tache, armé de gants et de sacs de terreau. Il adorait les plantes et s'en occuper était plus un plaisir qu'une corvée. C'était Maria qui lui avait donné ce goût pour les fleurs, ainsi que leur signification. Il avait eu beaucoup de chance de tomber sur elle, surtout après le drame qui l'avait anéanti sans elle, qui sait ce qu'il serait devenu ? Il l'avait rencontrée alors qu'il venait acheter une gerbe de fleurs pour orner la tombe juste close de son père. Il venait d'avoir seize ans. La fleuriste l'avait pris dans ses bras, sans même le connaître, parce qu'elle avait senti à quel point il en avait eu besoin. Depuis, il s'était attaché à elle, venant régulièrement l'aider à sa boutique. Il avait finalement accepté de devenir son apprenti et ne l'avait jamais regretté. Oui, grâce aux fleurs, il avait fait une rencontre qui avait changé sa vie.
Deux même. A ce souvenir, Queen esquissa un sourire. Aujourd'hui, cela ferait un an jour pour jour qu'il avait rencontré Gordon. Il se rappellerait éternellement du visage perdu qu'avait arboré celui qui allait devenir son compagnon en entrant dans la boutique de Maria. Lui qui était venu acheter un simple bouquet pour l'anniversaire de sa mère, il s'était retrouvé perplexe devant tant de couleurs et de parfums. Plus par pitié que par sympathie, Queen était allé l'aider. Gordon était ensuite revenu plusieurs fois, et à chaque visite il restait un peu plus longtemps à bavarder de tout et de rien, à regarder l'apprenti à l'arrière boutique soi-disant pour apprendre à manipuler les plantes, et donnait un coup de main le soir pour ranger les cartons de livraison. Un jour, finalement, avec un air un peu gauche qui avait fait sourire le jeune fleuriste, le Polonais lui avait offert un bouquet de chèvrefeuilles*.
Le cœur de Queen avait manqué un battement dans sa poitrine lorsqu'il avait vu les fleurs. Gordon savait-il seulement ce que signifiait un chèvrefeuille ? Il avait eu la réponse à sa question lorsque son compagnon lui avait avoué avoir demandé conseil à Maria.
A partir du moment où il avait accepté le bouquet, Queen avait changé. La force tranquille de Gordon lui donnait de l'assurance et l'affection de Maria comblait le vide laissé par son père. D'adolescent renfermé et taciturne, il était devenu plus mûr et avait appris à aimer.
Ce qui posait problème, d'ailleurs. Il avait beau travailler et aimer les fleurs, ça ne faisait pas de lui un grand romantique –un romantique tout court en fait. Et il avait beau s'être creusé la tête pendant près d'un mois, il n'avait rien trouvé à offrir à son amant pour l'anniversaire de leur rencontre. Car si son imagination était débordante en matière de compositions florales, elle était proche du zéro absolu dès qu'elle était mise à contribution en dehors de son travail.
« Queen, quelqu'un pour toi ! » l'appela soudain Maria, le tirant de ses pensées.
Avisant l'heure tardive, l'Allemand sentit son estomac se nouer. Il avait peur de lire de la déception dans le regard de Gordon. Avec un soupir, il retira gants et tablier et sortit accueillir… son meilleur ami.
« Tu as l'air heureux de me voir, c'est fou, se moqua ce dernier.
-Désolé, je m'attendais à une autre personne, s'excusa Queen.
-Je ne vais pas rester longtemps, je voulais juste te remercier en personne à propos de ce matin, sourit son ami. Et te donner ça. »
Il lui tendit une petite feuille repliée en deux. Le fleuriste s'en saisit et la fourra dans sa poche sans la regarder, un air soudain dur au visage. Avec un sourire désolé, son camarade reprit :
« Je sais que je suis mal placé pour te faire ce genre de recommandation, mais sois prudent. Ne gâche pas tout ce que tu as construit ces derniers temps sur un simple coup de tête, d'accord ? »
Queen hocha la tête distraitement, sans parvenir à se détendre. Ce qu'il avait tant espéré et redouté à la fois, il l'avait enfin à portée de doigts… ! Une main amicale sur son épaule lui fit relever la tête et il croisa le regard pétillant de son ami :
« Promis ?
-Tu ne lâcheras pas l'affaire, hein ? soupira Queen. D'accord, je te le promets.
-A la bonne heure ! Bon, je vais te laisser, j'ai abandonné mon homme alors qu'il dormait encore et j'aimerais autant rentrer avant son réveil. Bonne soirée, et merci encore !
-J'espère qu'il n'y aura pas de prochaine fois, répondit le fleuriste.
-J'espère aussi. Sincèrement. Désolé d'avoir fait appel à toi… » ajouta-t-il avant de sortir du magasin.
Queen le regarda disparaître au coin de la rue, main crispée sur le papier. Il s'apprêtait à retourner à l'arrière boutique lorsqu'il avisa la silhouette massive de Gordon avancer vers le magasin. Il retint un soupir de soulagement et alla accueillir son amant comme il se devait.
« Ah non ! Pas de bécotage devant les clients, allez à l'arrière pour ça ! »
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Egidio arrêta le moteur de sa voiture avant de fermer les yeux et de caler sa tête contre le siège, cherchant à se détendre pour un bref instant. Il ne voulait pas arriver chez Shaka avec son visage des mauvais jours, déjà que les nouvelles n'étaient pas bonnes… L'Italien poussa un soupir avant de se décider à sortir de la voiture. Après tout, il n'était pas du genre à vouloir retarder l'inévitable. A peine était-il arrivé près de la porte d'entrée que celle-ci s'ouvrit sur un boulet de canon roux qui se jeta sur lui :
« Egidio ! Je savais que c'était toi !
-Salut le gosse, sourit le policier en passant une main dans les cheveux indisciplinés de Kierin. Alors comme ça tu savais que c'était moi ?
-Ouais ! déclara fièrement Kiki avec un sourire jusqu'aux oreilles. Je suis trop fort, hein ?
-On en rediscutera quand tu ne ressembleras plus à une crevette. Avariée en plus, se moqua Egidio.
-Eh ! Je suis pas une crevette ! protesta le garçon.
-Puisque je te le dis. Ton frère est là ?
-Dans la cuisine, je te conduis. »
L'Italien suivit le jeune Atlante dans la maison de Shaka, jetant des coups d'œil curieux autour de lui. Il n'était encore jamais entré dans la demeure du psychologue, restant toujours à la porte d'entrée ou dans sa voiture lorsqu'il déposait Mu. Contrairement à ce qu'il s'était attendu, pas de manuel de Freud ou d'autres cinglés, mais une décoration à l'ambiance zen. Une statuette en bois, posée sur une commode, représentait Bouddha assis sur une fleur, main levée et yeux fermés.
« C'est là, fit soudain Kiki en montrant une porte sur la droite. Bon, je vous laisse faire vos trucs de grands, hein, ajouta-t-il avec un sourire espiègle.
-C'est ça » fit le policier avant d'entrer dans la pièce indiquée.
Un torchon négligemment rejeté sur son épaule, Mu était agenouillé face à un gigantesque four, visiblement en train d'essayer de retourner le morceau de viande mis à cuire.
« Besoin d'aide ? demanda Egidio.
-Merci, refusa l'Atlante en se relevant. Tu vas bien ?
-On va dire ça, soupira-t-il sans chercher à jouer la comédie.
-Et Dokho ? Quand il a su, Shion s'est tout de suite inquiété, expliqua le jeune homme.
-Dokho aussi. Comment ton cousin l'a su ? demanda l'Italien avec surprise.
-Il a senti que j'étais perturbé, répondit Mu avec une moue d'excuse. Du coup je lui ai dit.
-Je croyais qu'il était encore au Tibet, il est rentré plus tôt que prévu alors ?
-Non, pourquoi ? » interrogea l'Atlante, ne comprenant pas où était le problème.
Egidio fronça les sourcils et s'avança d'un pas :
« Comment tu as fait pour lui dire ? Les téléphones ne passent pas à Jamir. »
Mu se figea, devenant brusquement blême. Le policier sut qu'il avait mis le doigt sur un point sensible et secoua la tête lentement :
« Je sais qu'il y a des choses dont tu ne veux pas me parler. Je présume que ça en fait partie, c'est ça ? Tout comme la façon dont vous avez ouvert le coffre fort chez Hadès, je me trompe ?
-Comment… ? balbutia le jeune homme.
-Je peux débiter pas mal de conneries à la minute, mais ça ne m'empêche pas de regarder ce qui se passe autour de moi. D'ailleurs je suis sûr que Dokho vous a vu aussi. »
Mu tira une chaise et s'assit, gêné et sous le choc. Il fit signe à son compagnon de s'installer aussi avant de pousser un soupir :
« J'aimerais pouvoir t'en parler, vraiment. Mais ça ne concerne pas que moi. Shion, Kiki, tous les miens à Jamir… Je n'ai pas le droit de mettre leurs vies en danger.
-Tu crois pas que t'exagères un peu là ? siffla Egidio. Dis simplement que tu veux pas m'en parler ou que t'as pas confiance en moi.
-Je t'interdis de penser ça ! s'écria Mu en frappant la table du plat de sa main, faisant sursauter l'Italien. A ton avis, pour qui est-ce que je suis resté en Grèce, hein ? Pour toi ! Uniquement pour toi ! Alors ne remets pas ça en doute ! »
Le policier cligna des yeux, surpris de l'éclat du jeune homme, avant de sourire un peu béatement. Ainsi Mu était vraiment resté à Athènes pour lui ? Mais alors cela voulait peut-être dire que…
« Tu m'aimes ? »
L'Atlante planta ses yeux dans ceux de son vis-à-vis et souffla :
« Evidemment. Je me demande même comment tu peux poser la question.
-J'ai pas l'habitude, d'accord ? grimaça Egidio, sur la défensive.
-De quoi ? D'être aimé ou d'être amoureux ?
-Et comment voulais-tu que je sache, moi ? J'ai toujours vécu dans des milieux où on prône la virginité au mariage et ou les préservatifs sont l'incarnation du mal, tu crois que c'est simple de s'avouer qu'on aime un homme ?
-Egidio… A part Aldébaran, tous tes collègues sont homosexuels, sourit doucement Mu. Tu crois vraiment qu'ils te feront une quelconque remarque à propos de ça ?
-D'accord, tu as réponse à tout… Minute, tous mes collègues ? Même Shaka ?
-Oui, même Shaka. Et n'essaye pas de détourner la conversation, prévint le professeur.
-Je ne détourne pas la conversation, protesta l'Italien. Ça fait quatre mois que je sais pas où j'en suis, alors doucement.
-Qu'est-ce qui te fait peur ? fit Mu. Qu'on soit des hommes et que ça perturbe ton mode de fonctionnement habituel ?
-Si c'était que ça…, maugréa Egidio.
-Explique-moi, demanda doucement le jeune homme. Si tu ne me dis rien, on n'avancera pas. »
Le policier se mura dans un silence buté, mais le regard tendre de l'Atlante eut raison de lui. Il poussa un soupir et passa une main dans ses cheveux, avant de marmonner :
« T'as pas peur ? D'être avec moi, je veux dire.
-Non pourquoi ? s'étonna Mu.
-L'expertise de ton pote était pourtant pas brillante.
-Tu as changé, et Shaka ne te connait pas comme moi je te connais. Rien de ce que tu pourras me dire ne me fera changer d'avis. »
Egidio eut un petit sourire qui fit fondre le jeune homme et déclara :
« Tu sais, t'es le premier à me dire quelque chose comme ça.
-Moi aussi je t'aime » répondit Mu.
à suivre...
* Le chèvrefeuille symbolise lafidélité, laloyautéet unamour durable. Il se veut rassurant ; il témoigne de lasoliditédes liens entre deux individus. [Informations tirées de www/langage-des-fleurs/info (remplacer les slashs par un point)].
