Bonjour à tous :) Après une très -trop- longue absence, voilà enfin la suite tant attendue ou presque de Mafia Blue 2 ! :D

Je remercie tous mes lecteurs et ami(e)s de leur soutien sans faille et je m'excuse aussi pour tout -ça ira plus vite que de tout énumérer, on y passerait la semaine... Un gros bisous à Camhyoga pour sa correction ;)

J'en profite pour une promesse que j'espère tenir : pour fêter les 1 an de cette suite, je vais essayer de sortir au moins un chapitre par mois. Haut les coeurs ! Et enjoy :]


Mafia Blue II – Chapitre 8

Accoudé à la fenêtre ouverte, il laissait son regard errer sur le paysage alentour. La cafetière lui avait fait savoir quelques minutes plus tôt que la boisson chaude était prête par un sifflement aigu, mais il n'avait pas daigné aller la chercher. Il était juste bien, à laisser l'air frais du petit matin le réveiller lentement. D'ordinaire c'était Rune qui était le premier levé de la maisonnée, mais le sommeil l'avait fui avant même que le soleil n'ait pointé son nez. Il avait quitté le lit dans lequel dormait encore profondément son amant et était descendu au rez-de-chaussée aussi silencieusement que possible pour s'installer dans la cuisine, attendant d'apercevoir les premières lueurs du jour, qui rayonnaient maintenant depuis quelques heures.

Ils avaient tous eu une grande discussion la veille au soir. Ils s'étaient donné la journée pour réfléchir à ce qu'ils voulaient faire, et chacun avait donné son avis. Lui s'était contenté de hausser vaguement les épaules qu'aurait-il pu dire ? Qu'il crevait d'envie de retourner à Athènes, de revoir son frère, de retrouver les rues, les bars, les parcs qu'il affectionnait qu'il avait peur de ce qui allait se passer s'ils revenaient dans la capitale, avec les flics à leur recherche et ces inconnus qui se faisaient passer pour Hadès ? Alors non, Kanon avait préféré ne rien dire, sachant pertinemment que les Juges n'écouteraient pas vraiment son avis et que de toute façon il suivrait Rhadamanthe quoi qu'il advienne. Seulement, ça ne lui plaisait pas. Il était du même avis que Rune sur la question : il y avait anguille sous roche, quelque chose allait mal tourner, il le sentait. Et ce n'était pas la force tranquille de son compagnon qui avait réussi à le rassurer, malgré les efforts de l'Anglais.

Kanon poussa un soupir et tâtonna la poche de son jogging : son téléphone y était bien. Le numéro de Saga était affiché à l'écran, il lui suffirait juste d'appuyer sur le petit téléphone vert pour que l'appel soit lancé. Mais était-ce une bonne idée ? Il ne pouvait pas prévoir la réaction de son jumeau qui sait si Saga ne pensait pas qu'Hadès était vraiment derrière cette tentative d'attentat ? Le Grec sortit l'appareil et posa le doigt sur le téléphone.

« Déjà debout ? »

La voix d'Eaque le fit sursauter et il rangea son portable dans la poche, avant de se retourner pour offrir au Népalais un sourire embarrassé.

« J'avais du mal à dormir.

-Alors on est deux, répondit le brun en passant une main dans ses cheveux emmêlés. Du café ? »

Kanon acquiesça et rejoignit Eaque à la table. Ce dernier déposa deux tasses et la cafetière, ainsi qu'un pot de cannelle en poudre, du cacao et du lait. Le Grec regarda son camarade préparer son mélange bizarre, se réchauffant les mains sur les côtés du mug couleur rouge brique qui lui avait été attribué dès son arrivée.

« Comment tu peux boire un truc aussi étrange dès le matin ? se moqua-t-il avec un sourire.

-Tu devrais essayer, c'est bon, répondit Eaque en touillant sa préparation. Même si Minos prétend le contraire, mais tu dois bien t'être rendu compte qu'il n'est pas très doué question cuisine. »

Kanon rit doucement, avala une gorgée brûlante et demanda enfin :

« Tu vas prévenir Kagaho ? »

Le Népalais hocha la tête lentement, avant de pousser un soupir :

« Je viens de le faire. Ça ne lui a pas plu.

-Comme à Rune, comme à moi, rétorqua le Grec en fronçant les sourcils.

-Je sais, Kanon. On ne vous oblige pas à venir avec nous, ajouta-t-il.

-Vous seriez fichus de vous mettre dans de sales draps sans nous.

-Dit celui qui sait si bien se mettre dans la merde tout seul… »

Kanon esquissa un sourire. Il aimait bien Eaque, dans son genre. Même Minos, il l'appréciait aussi. Rune, c'était difficile à dire, mais sa présence silencieuse faisait maintenant partie de son quotidien. De même que les visites de l'Egyptien, avec qui il n'avait jamais eu d'atomes crochus mais dont la force de caractère l'impressionnait un peu.

Et c'est en finissant de boire son café que Kanon réalisa qu'il avait peur de tous les perdre.

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« Shu, tu ne vas pas être en retard ? »

L'Espagnol jeta un regard à Johan par-dessus sa tartine de pain grillée et répondit d'un ton moqueur :

« On dirait que tu veux me mettre à la porte de chez moi.

-Qu'est-ce qui te fait croire ça ? riposta son compagnon avec un air outré.

-Ton empressement à me faire lever alors qu'on était en plein câlin suffit à mes yeux pour que tu sois suspect, répondit Shura. Je dois deviner ou tu me le diras ?

-J'ai une audition tout à l'heure, finit par expliquer le Suédois en reportant son attention sur son bol de chocolat. Je pensais t'en parler si ça donnait quelque chose. »

Avec un sourire, Shura le rejoignit et le prit dans ses bras. Il sentit le jeune homme se détendre un peu, avant qu'il ne pose sa tête sur son torse et reprenne :

« J'aimerais tellement que ça marche.

-Ça va payer, sois juste patient.

-Mais ça fait des semaines que je postule un peu partout et qu'on ne me prend jamais, s'énerva Johan. Oui vous êtes qualifié mais on vous recontactera plus tard…

-Tu les intimides, répondit l'Espagnol. C'est de ta faute d'être aussi beau.

-Parce que tu crois qu'ils ont peur que je me jette sur eux ? protesta le Suédois.

-Plutôt que la clientèle s'intéresse plus à toi qu'au reste, sourit le policier. Ne t'en fais pas, tu trouveras.

-En attendant je reste dépendant de toi, et ça me met mal à l'aise » soupira son compagnon.

Shura hocha la tête. La mise en place de leur relation n'avait pas été facile, loin de là. Lui-même avait eu peur que Johan ne couche avec lui que parce qu'il se sentait redevable le jeune homme avait réussi à force de patience à le convaincre que ses sentiments étaient loin d'avoir un rapport avec une quelconque dette. Mais quelques temps plus tard, Johan avait fini par avouer à son amant qu'il ne voulait plus se laisser entretenir comme une femme au foyer. Le policier l'avait alors soutenu dans ses recherches d'emploi, qui s'étaient toutes soldées par des échecs. Shura avait peur que ces déceptions accumulées ne viennent à bout de la joie de vivre de son compagnon et ne le mènent à une dépression : Johan attendait tellement cette occasion de montrer qu'il pouvait passer à autre chose et tirer définitivement un trait sur son passé de prostitué.

« J'ai confiance en toi, reprit l'Espagnol en déposant un baiser sur le front du jeune homme. C'est quoi cet entretien d'embauche ?

-Magasin de prêt à porter.

-Tu vas les impressionner, j'en suis sûr. Tu veux que je reste avec toi en attendant l'heure de ton rendez-vous ?

-Ça ira, c'est gentil. Tu dois avoir du travail, non ? »

Shura hocha la tête, préférant rester silencieux. Il n'avait pas parlé à son compagnon de l'attentat de la veille, et ils n'avaient pas allumé la télé depuis deux jours. Autant que Johan n'ait la tête qu'à son entretien, il lui parlerait ensuite d'Hadès. Cette nouvelle risquerait de le couper dans son élan. Et ça, il ne le voulait pour rien au monde, même si il était obligé de cacher la vérité au Suédois, ne serait-ce que pour un temps. Dans le jargon des flics, ça s'appelait mensonge par omission.

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Valentine s'engagea dans le couloir, calant un peu plus la pile de dossier sous son bras. Encore une fois, il avait terminé tard. Et comme d'habitude, Sylphide avait dû le traîner de force dans la cuisine pour manger quelque chose, qu'il avait avalé du bout des lèvres pour lui faire plaisir. Il faudrait bientôt qu'il rachète des vêtements plus serrés tellement il flottait dans ceux qu'il portait… Pas étonnant que ce satané Belge le couve comme un gamin vu l'état dans lequel il était.

Il eut un petit sourire en pensant à son amant, avant de reprendre un air impassible : il arrivait au bureau de sa patronne. Un visage plus professionnel était de circonstance, d'autant plus qu'une surcharge de travail venait de s'accumuler pour chacun d'eux. Elle avait en effet proposé un licenciement à l'amiable pour « son ancien second ». Il s'agissait en fait de deux frères, des jumeaux, qui travaillaient autrefois pour Alone, avant que celui-ci ne décède. Pour les étrangers à la société, seul l'aîné des frères Nyx possédait le poste. La réalité était différente : ils étaient deux à se partager le travail. Un arrangement qu'ils avaient eu avec le précédent directeur et qui avait semblé leur convenir à tous les trois.

Leur départ avait été la première décision prise par la jeune femme une fois à la tête de la société. Son caractère indépendant ne correspondait pas à la tendance des deux frères à vouloir lui dicter sa conduite, sous couvert de vouloir l'aider après le décès de son aîné. Valentine n'avait jamais vraiment trop su où se situaient ces deux là entre l'honnêteté et l'hypocrisie la plus pure. A présent qu'ils n'étaient plus là, il se sentait plus tranquille –quoiqu'avec une charge de travail supplémentaire.

Heureusement, il en voyait la fin. Sa patronne avait enfin trouvé un second digne d'elle –un gentil garçon à l'air tout juste sorti des études qui lui obéissait au doigt et à l'œil. Le temps qu'il prenne ses marques, le Chypriote continuait à faire les dossiers qui lui revenaient, mais plus pour longtemps. Sylphide serait content de cette nouvelle, et Valentine attendait d'en avoir la confirmation pour le lui annoncer. Peut-être l'occasion de prendre quelques vacances en amoureux… ?

Il frappa deux coups brefs à la porte avant d'entrer la jeune femme lui fit un signe du doigt, avant de raccrocher le combiné du téléphone.

« Valentine, tu tombes à pic. J'ai une excellente nouvelle.

-Ah ? s'étonna le jeune homme en déposant les papiers sur le bureau.

-Tu te souviens de cet incapable que j'ai envoyé en reconnaissance au journal ? Finalement il se révèle utile : j'ai une information de premier choix. »

Le jeune homme haussa un sourcil : si elle avait un sourire pareil, c'est que la nouvelle concernait directement la société. Une chute des parts des entreprises adverses ? La mort d'un de leurs adversaires ?

« Saga Gemini vient de virer son second, Ayoros Fotia. »

Oh.

« Je n'ai pas compris les circonstances, et visiblement cet imbécile non plus. Quoi qu'il en soit, c'est une occasion en or pour nous.

-Nous allons pouvoir prendre de l'avance pour les négociations du contrat, comprit Valentine.

-Mais pas seulement, poursuivit-elle en arborant un visage satisfait. Je sais d'expérience que trouver un nouveau second prend du temps, beaucoup de temps. Aussi, tu vas immédiatement aller te préparer un CV sans taches.

-Un CV ? répéta-t-il, perdu.

-Je veux que tu ailles postuler chez Gemini et que tu obtiennes le poste. »

Valentine ouvrit la bouche pour protester, mais rien ne lui vint à l'esprit. Il se contenta d'acquiescer d'un air peu convaincu.

« Tu joueras le rôle de second autant que nécessaire tu sais parfaitement comment ça marche et tu es assez sérieux pour t'en sortir brillamment. Tu me feras un rapport tous les deux jours pour commencer, je veux savoir tout ce que Saga a l'intention de faire. De réputation, il est quelqu'un de pointilleux et va faire des recherches sur toi. Pour plus de sécurité, on va te réserver un appartement différent. Soudoyer l'agent immobilier pour faire des faux-papiers ne devrait pas être très difficile. Je te laisse t'occuper de ça. Tu peux y aller, reviens me voir quand tu auras terminé. »

Le jeune homme souffla un vague murmure d'assentiment et sortit de la pièce, accablé. Visiblement, ses envies de vacances étaient réduites à néant. Et il n'imaginait que trop la réaction de Sylphide en apprenant la nouvelle. Il espérait juste que son impétueux amant accepterait de prendre encore sur lui quelques temps. Si Sylphide décidait de tout laisser tomber maintenant, comment y arriverait-il ?

Valentine sentit sa gorge se nouer et passa une main épuisée sur son visage. Il fallait qu'il le voie. Qu'il lui parle, qu'il le prenne dans ses bras. Il avait besoin de sentir le sourire du Belge contre son cou, son souffle sur sa peau, ses lèvres contre les siennes.

Mais pas maintenant. Cette nouvelle changeait tout. La société Inferno avait là une opportunité inestimable de conclure un accord avec Kido. Pandore allait enfin atteindre son but et par la même occasion il en aurait terminé avec sa promesse. Ce serait son dernier travail auprès de la jeune sœur d'Alone, puis il donnerait sa démission.

Rasséréné par sa décision, Valentine se dépêcha vers son bureau. Plus vite il s'y mettrait et plus vite il rentrerait chez lui retrouver Sylphide.


à suivre...