Yop :]

Pari tenu pour le moment, voilà le chapitre suivant ! :D En espérant que ça vous plaise autant ;] Merci à Alexis et Saint Angel à qui je ne peux répondre directement :]

Petite note sur la progression de cette histoire : d'après les bribes de scènes que j'ai eues, la suite sera bien plus sombre que le premier opus. Âmes sensibles et petits coeurs tendres, vous êtes prévenus... :p

Enjoy !


Mafia Blue II – Chapitre 9

Tout le monde a déjà connu ces journées où, dès le réveil, on sait qu'il vaudrait mieux rester le nez sous les draps plutôt que de sortir affronter le monde extérieur et son activité incessante. Aiolia en avait eu la certitude en se levant, ce jour allait être pourri.

Ça avait commencé par une panne de réveil. D'habitude, c'était son frère qui le réveillait –enfin surtout l'odeur du café juste fait. Mais vu qu'il avait débranché le radio-réveil d'Ayoros, il s'était levé de justesse pour courir à sa voiture rejoindre les locaux du journal. Paula voulait en effet qu'ils fassent un dernier débriefing avant de l'envoyer dans la fosse aux lions –dixit la jeune femme qui se méfiait des flics comme de la peste. Après tout, leur boulot était souvent en contradiction du leur, c'est-à-dire en cas de gros poisson où les uns voulaient à tout prix éviter de finir en gros titres alors que les autres cherchaient à faire tirer une édition spéciale. Heureusement, Paula ne remarqua pas ses dix minutes de retard. Par contre, elle avisa tout de suite l'air soucieux qu'il avait, et Aiolia lui avait avoué que son frère s'était fait renvoyer.

« Quoi ? Mais c'est du licenciement abusif ! déclara-t-elle, outrée. Tu me fais un papier dès que tu peux là-dessus, on ne doit pas laisser passer ça.

-Paula, je veux qu'Ayo me raconte ce qui s'est passé, contra gentiment le jeune homme. S'il est d'accord que j'en fasse un article, j'en serai le premier ravi, mais s'il refuse je ne dirai rien. Pas même à toi.

-J'ai compris mon minou, sourit Paula. C'est gentil de ta part de te préoccuper de ton frère comme ça.

-Il s'est toujours occupé de moi, c'est la moindre des choses. Dis-moi, c'est qui ce type qui nous regardait il y a quelques instants ? ajouta Aiolia en fronçant les sourcils.

-Oh, tu parles de Zélos ? Un gars qui ne montera jamais en grade, tu peux me croire. Plutôt à ranger dans les chroniques des crapauds crevés. Au moins on a quelqu'un pour les articles bouche-trous que personne ne lira jamais. Il est inoffensif et totalement stupide » conclut Paula.

Le Grec acquiesça, vaguement convaincu, avant de partir pour le commissariat. Et c'était là que les choses s'étaient détériorées, rapidement et sûrement.

#

Egidio sortit de sa voiture en mâchouillant un cure-dent. Depuis que Kagaho s'était libéré grâce à sa manie des trombones, il avait opté pour les petits morceaux de bois, qu'il finissait toujours par casser avant d'avoir fini de les réduire en bouillie –au moins, aucun prisonnier ne pourrait ouvrir ses menottes avec ça. De plus, c'était bien pratique pour passer ses nerfs dessus lorsqu'il réfléchissait ou était en état de stress. Ou comme en cet instant précis, les deux.

Mu et lui s'étaient quittés après avoir longtemps discuté du nouveau statut de leur relation. L'Atlante avait très bien compris que l'Italien allait avoir besoin de temps pour digérer le fait qu'il aime un homme, et il ne lui en voulait pas. Ça avait rassuré l'ancien tireur, mais l'avait mis mal à l'aise en même temps. Il avait la désagréable impression que depuis leur rencontre, c'était Mu qui avait toujours fait des efforts –l'aider à évacuer en partie ses souvenirs de l'Irak, lui faire renouer avec la photo, rester en Grèce, prendre un appart…- et lui, rien. C'était décevant, ce genre de constat. Et ça demandait aussi une grosse remise en question. Qu'est-ce qu'il pourrait bien faire pour prouver à son nouvel « amoureux » qu'il saurait s'occuper de lui et le rendre heureux comme il le méritait ?

Demander conseil à Shura. Il devait bien avoir des réponses, après tout ça faisait quelques temps qu'il était maintenant officiellement en couple avec Johan. Il avait eu le temps d'élaborer une stratégie, lui. Maintenant, il devait se concentrer sur cette affaire qui puait à dix mètres à la ronde. Si Hadès était bien derrière tout ce foutoir, ça signifiait que Mu, Kiki, Shion et même l'amant de son meilleur ami étaient peut-être en danger. Seulement au vu de la situation actuelle, alors que la balle venait juste de partir en examen, que personne n'avait vu le tireur à part Shura –et encore uniquement son casque, l'enquête allait piétiner. Il faudrait empêcher ces fouineurs de journalistes de fourrer leur nez là-dedans, gérer les crises à venir de la part des PDG et promettre aux divers supérieurs que oui, ils faisaient leur possible pour boucler ça dans les plus brefs délais. Galère…

Avançant à grands pas, il remarqua une voiture qu'il ne connaissait pas. Sans doute l'achat d'un de leurs stagiaires pour frimer un peu… Il pénétra dans le bâtiment et comprit en voyant le jeune homme qui se tenait à l'entrée que ce n'était pas le véhicule d'un de leurs bleus.

« Qu'est-ce qu'il fiche ici lui ? grogna-t-il en reconnaissant le journaliste de la veille.

-Le commissaire Constelação m'a donné rendez-vous ce matin, riposta-t-il sèchement.

-Marrant, j'étais pas au courant. Et toi Milo ?

-Euh… Non, moi non plus, répondit le Grec. Mais il devrait pas tarder, il mettra les choses au clair.

-Et si jamais tu nous as raconté n'importe quoi, je te fous dehors moi-même, grommela Egidio.

-Inutile de m'agresser comme ça, je ne vous ai rien fait. Ce n'est pas de ma faute si votre supérieur a oublié de vous en parler.

-Ben tiens. Et tu veux pas aussi qu'on t'offre un café ?

-Merci, celui que j'ai bu avant de venir était proposé de bon cœur.

-On se calme vous deux, prévint Milo en pointant un doigt réprobateur sur son collègue. Sinon vous finirez en cellule tous les deux jusqu'à ce qu'Aldébaran arrive, c'est clair ?

-C'est toi qui le surveille » conclut l'Italien en partant rejoindre son bureau, suivi du regard par son coéquipier et l'intrus.

Aiolia attendit qu'il ait disparu pour se tourner vers l'autre policier et demanda, un peu stupéfait :

« C'est moi qui lui revient pas ou… ?

-Vous inquiétez pas, peu de gens lui reviennent, sourit Milo. C'est aussi pour ça qu'il fait un bon flic.

-Si vous le dites…

-En tout cas vous avez eu raison pour le café, le sien aurait été imbuvable. »

Cette confidence tira un sourire au jeune homme, aidant à le mettre plus à l'aise. En tout cas il ne remercierait pas l'inspecteur Constelação pour ce coup-là…

#

Aldébaran eut la désagréable impression d'un sifflement dans les oreilles, mais la chassa très vite, tournant rapidement les pages d'un carnet en cuir un peu délabré par le temps et l'utilisation. Avec un sourire, il trouva enfin ce qu'il cherchait et saisit son téléphone, tapotant le numéro qu'il venait de retrouver. Un peu nerveux, il écouta la sonnerie retentir dans le combiné : est-ce que sa démarche allait aboutir à quelque chose ? C'était une idée un peu stupide, il fallait le reconnaître, mais après tout il n'avait rien à perdre, tout du moins pas encore.

« Allô ? »

Surpris dans ses pensées, Aldébaran se racla la gorge avant de répondre :

« Anna ? Ici l'inspecteur Constelação. Vous vous souvenez de moi ?

-Bonjour inspecteur, évidemment. Que puis-je faire pour vous ?

-Est-ce que Kagaho est là ? J'aimerais lui parler.

-Désolée, en semaine il vit à son appartement avec Sui. Il ne rentrera que ce week end. Je peux prendre un message si vous voulez, ajouta-t-elle avec une sorte de réticence qu'Aldébaran perçut immédiatement.

-Dites-lui juste de me rappeler. Mon numéro est dans l'annuaire.

-Très bien, je lui transmettrai.

-Merci beaucoup et… pardon pour le dérangement.

-Il n'y a pas de quoi » souffla-t-elle.

Le Brésilien raccrocha avec un sentiment étrange : celui de ne pas savoir ce qui allait se passer. Anna allait-elle réellement transmettre le message ? Elle n'était pas idiote et devait se douter qu'il appelait pour une raison précise, pas pour de la simple politesse. Ce ne fut qu'alors qu'il remarqua qu'il était neuf heures passées et qu'il aurait dû être au commissariat pour accueillir le jeune journaliste.

« Tant pis, il aura l'opportunité de voir avec qui il va passer ces prochains jours… »

#

Le jeune homme descendit du taxi en inspirant avec plaisir les effluves qui montaient des plantes alentours. Ce parfum de soleil lui avait manqué. Tout comme celui de son compagnon, qu'il s'apprêtait à rejoindre. Il paya distraitement le chauffeur avant de se saisir de son sac et de finir à pied le petit chemin qui menait à la maison. Un sourire éclaira son visage lorsqu'il toqua à la porte et qu'il avisa un bruit de pas approcher. La porte s'ouvrit, laissant apparaître le visage ébahi de l'homme qu'il aimait.

« Shion ? balbutia Dokho en ouvrant de grands yeux. C'est vraiment toi ?

-Moi aussi je suis content de te revoir, se moqua gentiment l'Atlante.

-Mais tu ne m'as même pas prévenu de ton arrivée ! s'écria le Chinois. Le frigo est vide !

-Au lieu de t'inquiéter de ça, tu ne voudrais pas plutôt m'embrasser ? J'ai l'impression d'être ridicule, planté sur ton palier.

-Tu n'es jamais ridicule, contra le policier avant de prendre possession des lèvres de son amant. Je croyais que tu ne devais pas revenir avant un mois ? reprit-il.

-Tu sais, tu n'es pas obligé de laisser ton côté flic ressortir avec tout le monde, se moqua Shion. Je n'ai pas le droit de venir te voir ?

-Ça ne marche pas avec moi, sourit Dokho. Je commence à te connaître, tu sais. Entre. »

Il laissa son compagnon passer et poser son sac dans l'entrée, avant de revenir à la charge :

« Tu n'as pas répondu à ma question.

-Inutile de se demander pourquoi tu es devenu policier, grommela gentiment Shion. Mu m'a prévenu qu'il se passait quelque chose à propos d'Hadès et j'ai sauté dans le premier avion que j'ai trouvé. »

Le Chinois se figea, surpris, avant de pousser un soupir.

« J'étais idiot de penser que tu pourrais rester à l'écart de cette affaire.

-Je suis concerné, Dokho, répondit l'Atlante. Parce que tu es impliqué, parce que Egidio est impliqué, parce que Mu est impliqué… Je sais que tu voulais juste me protéger, mais je préfère être là à tes côtés pour vous soutenir tous.

-Et ton rôle auprès des tiens ? Le Conseil de ton peuple n'a rien dit ?

-Je ne leur ai pas laissé le choix.

-Tu es parti sans les prévenir ? » compris Dokho avec amusement.

Mais il constata avec surprise que son amant ne souriait pas. Le soudain sérieux de Shion l'inquiéta : aurait-il dit quelque chose de mal sans le savoir ?

« Il y a des choses que tu dois savoir, souffla finalement l'Atlante. Des choses qui font partie de moi, de tout mon peuple. Des choses qui peuvent causer notre perte si elles venaient à s'ébruiter. Je sais que je peux avoir confiance en toi, et je sais aussi que je vais devoir te mettre dans la confidence si je veux espérer avoir un avenir avec toi. Mais je dois d'abord en parler avec mes cousins.

-Je comprends, murmura le Chinois. C'est… Je suis touché que tu acceptes de m'en parler.

-Tu ne devrais pas te dépêcher d'aller travailler ?

-Ce sera de ta faute si je suis en retard, déclara Dokho.

-La belle excuse ! File, j'irai acheter de quoi manger. Le bonjour à tes collègues » ajouta-t-il avant que son amant ne parte en coup de vent.

#

Assise à son bureau, Katerina compulsai nerveusement ses dossiers, relevant les yeux vers la porte d'entrée dès qu'un bruit de pas se faisait entendre. Bientôt dix heures, et Ayoros n'était toujours pas là. Lui qui était toujours le premier arrivé qui n'était jamais absent, qu'il soit malade ou non… Vers neuf heures, elle avait proposé à Saga de lui téléphoner, mais la réponse de son patron l'avait plus inquiétée que rassurée :

« Ce n'est pas la peine, je vous remercie. »

Pas la peine ? Alors que sans le jeune homme les entreprises Gemini étaient comme le Titanic ayant percuté son iceberg ? Il y a quelques temps, Saga aurait été le premier à sauter sur son combiné pour avoir son second au bout du fil… Qu'avait-il pu se passer entre eux pour que les choses dégénèrent à ce point ? Car non, la jeune femme était loin d'être aveugle ou stupide : que les deux hommes étaient en froid était plus que flagrant, même s'ils avaient essayé de le cacher. Pourtant, elle connaissait relativement bien Ayoros, après toutes ces années passées à lui servir de secrétaire : jamais il n'aurait fait quoi que ce soit à l'encontre des intérêts de la société, et il était plutôt quelqu'un qui ne cherchait pas la confrontation…. Alors qu'avait-il pu faire qui ait à ce point dégradé les relations qu'il avait nouées avec Saga ? Elle ne voyait pas. Et l'absence de nouvelles la rongeait de plus en plus : son ventre était noué et elle commençait à présent à s'agacer sur ses papiers.

« J'ai un document pour monsieur Fotia. »

La voix soudaine fit sursauter Katerina, qui rattrapa ses lunettes de justesse, leur évitant le destin funeste de tomber au sol. Elle les replaça sur son nez avec un air pincé, avant de se tourner vers le nouveau-venu qui n'était autre qu'Alvise. Un garçon gentil mais pas très finaud, qui débordait d'admiration pour Ayoros.

« Il n'est pas là, répondit-il.

-Ah bon ? s'étonna-t-il, ouvrant des yeux perplexes. C'est la première fois… Il est malade ?

-Je n'en sais rien, marmonna Katerina, de plus en plus mal à l'aise.

-Saga ne vous a rien dit ?

-Ecoutez, souffla-t-elle, sa nervosité prenant le dessus. Je ne sais pas ce qui se passe, je ne sais pas comment va Ayoros, je ne sais rien ! Je suis inquiète, alors par pitié, n'en rajoutez pas. »

Alvise eut l'air penaud et répondit d'une voix contrite :

« Désolé, je ne voulais pas vous fâcher.

-Ce n'est pas grave, soupira la jeune femme avant de se lever d'un bond. Monsieur Gemini ? »

Le jeune gestionnaire se retourna et salua gauchement le PDG, qui lui rendit un vague signe de tête :

« Katerina, je peux vous confier le soin d'organiser une conférence de presse pour demain ?

-Bien sûr, déclara la secrétaire. Une heure en particulier ?

-Je vous fais confiance pour ça.

-Bien. Puis-je connaître le but de cette conférence ?

-Je compte annoncer publiquement qu'Ayoros Fotia ne travaille désormais plus pour moi. »

Alvise et Katerina se lancèrent un regard, stupéfaits. La jeune femme balbutia, sous le choc :

« Il est… renvoyé ? Mais pourquoi ? »

Saga détourna les yeux, le cœur serré. Maintenant que sa décision était prise, il devait s'y tenir, même si par là il contribuait à se couper de ses employés. Après tout, il l'avait voulu.

« Les raisons qui m'ont poussé à faire ce choix ne vous regardent pas, déclara-t-il doucement. Mais sachez que j'en ai d'abord parlé à Ayoros, et qu'il était d'accord avec moi de penser que c'était la meilleure chose à faire. »

Les deux jeunes gens hochèrent la tête sans un mot, trop surpris pour réagir. Saga les abandonna et retourna s'enfermer dans son bureau, se laissant tomber dans son fauteuil. Il se passa une main fatiguée sur le visage et se mordit les lèvres : que ça allait être dur de tenir… Mais il le devait. Pour les entreprises qu'il dirigeait. Pour son second, qui avait accepté sa décision. Pour le but qu'il s'était fixé. Et dire que l'envie de prendre son téléphone était tellement forte…

Mais il ne fit que le regarder, sans bouger.


à suivre...