Bonjour à tous ! Voilà le chapitre du mois, en espérant qu'il vous plaise ! Quelques rappels chronologiques en fin de chapitres par le biais de notes, car déjà moi j'ai un peu de mal à tout re-situer convenablement sans ma chronologie à côté, alors vous...
Mes plus sincères excuses pour les reviews qui n'ont pas eues de réponses, j'espère réussir à arranger ça pour ce chapitre-ci ;)
Bonne lecture et merci à tous, nottament à Camhyoga pour sa relecture ! Enjoy !
Mafia Blue II – Chapitre 12
Enfoncé dans le siège passager de la voiture d'Egidio, Mu n'osait dire un mot. Il sentait que son compagnon était perturbé par ce qui venait de se dire sur son peuple et les pouvoirs qu'il possédait. Mais lui-même était troublé, inquiet –même plus, il était effrayé. Certes, l'Italien semblait lui parler normalement, en tout cas c'était vrai pour les quelques mots qu'il avait lâchés depuis leur révélation.
Relevant les yeux vers la route, il se rendit compte qu'ils ne se dirigeaient ni vers le quartier où habitait Shaka, ni vers l'immeuble où logeait le policier.
« Egidio ? souffla-t-il.
-J'ai envie de marcher sur la plage » répondit-il à la question implicite.
Il gara le véhicule sur le parking bétonné et sortit de l'habitacle, relevant le col de sa chemise pour faire face au vent marin qui s'était levé avec la nuit. Mu quitta la voiture à son tour et le suivit sur le petit chemin qui menait vers le sable mouillé. Ils marchèrent un moment sans rien dire, s'enfonçant un peu plus dans l'obscurité à mesure que le soleil disparaissait à l'horizon.
« C'est à cause de ça que tu me comprends aussi bien ? » demanda soudain Egidio en s'arrêtant.
Le jeune homme se figea, avant de secouer la tête :
« Non. Ça n'a rien à voir avec de la télépathie ou de la télékinésie.
-Alors qu'est-ce que c'est ? »
Mu hésita, serra les bras sur sa poitrine comme pour se donner du courage et pour se protéger du vent –à moins que ce soit pour se protéger de l'Italien, il ne savait pas trop.
« J'ai une sensibilité exacerbée, finit-il par répondre à voix basse. J'arrive à percevoir les émotions des personnes, tout du moins celles qu'elles ressentent avec le plus de force. Je sens que tu es en colère, ajouta-t-il en se détournant, la gorge serrée. Je sens aussi que tu as peur, mais je ne sais pas de quoi. »
Il se mordit violemment les lèvres avant de murmurer :
« Est-ce que tu as peur de moi ? »
Un bref instant de silence, puis une présence derrière lui et des bras entourant ses épaules, le serrant contre un torse puissant. Mu sentit la pression de sa poitrine disparaître en même temps que l'Italien le maintenait fermement contre lui, dans une étreinte possessive mais rassurante à la fois.
« J'aurais jamais peur de toi, pas après que tu aies regardé mes photos jusqu'au bout et que tu aies dit que tu m'aimais. J'ai juste peur que tout ce qu'on a vécu soit dû à vos dons, et non pas parce qu'il y a quelque chose de spécial entre nous. »
L'Atlante se retourna dans les bras de son compagnon et rétorqua doucement :
« Toute la télépathie et la télékinésie du monde entier ne pourraient pas me permettre de voir qui tu es réellement. Et ce n'est certainement pas ça qui m'a fait tomber amoureux de toi.
-C'est quoi alors ? balbutia l'ancien tireur d'élite en secouant la tête.
-C'est toi. Juste toi. »
Il eut à peine le temps de reprendre son souffle qu'une paire de lèvres se pressaient contre les siennes, un peu brutales mais d'une douceur à damner un saint. Mu passa ses bras autour du cou de son compagnon pour se rapprocher un peu plus de lui, jusqu'à ce qu'ils soient totalement pressés l'un contre l'autre, autant que leurs vêtements le permettaient. Enfiévrés, leurs corps semblaient se mouvoir seuls, sans aucune logique. Leurs lèvres se séparaient pour mieux se retrouver, leurs mains butaient l'une contre l'autre avant de s'entrelacer, leurs jambes s'emmêlaient dans un ballet étrange mais tellement agréable. Egidio laissa ses doigts glisser dans les cheveux soyeux du jeune Atlante, jusqu'à ce qu'ils atteignent ses reins. Il sentit Mu frissonner sous la caresse lascive et indécente. Il l'embrassa à nouveau, certain que désormais il ne pourrait plus s'en passer.
« Fais moi penser demain à remercier Shura, souffla-t-il tandis qu'ils reprenaient leurs souffles, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre.
-Shura ? répéta-t-il sans comprendre, les joues un peu rouges et le regard brillant.
-C'est juste que sans lui, on serait pas là ce soir. »
#
Installé derrière son ordinateur, Rune s'adossa un instant contre le dossier de son fauteuil et grimaça. Il avait dû abandonner le siège auquel il était habitué lors de leur fuite précipitée de leurs locaux quelques mois plus tôt et n'avait pas réussi à en trouver un autre qui lui convienne réellement. Certes, il était très difficile, mais ça n'aurait pas dû être si compliqué. Résultat : celui-ci lui donnait mal au dos et il devait aller marcher toutes les deux ou trois heures pour ne pas rester bloqué. Avec un soupir, le jeune homme se ré-avança vers l'écran et reprit son travail avec impassibilité. Seule la rapidité de ses doigts sur le clavier prouvait qu'il était pressé de finir sa transaction. Quelques instants plus tard, l'imprimante ronronna et sortit les réservations. Chania-Athènes, aller simple. Rune regarda le papier avec appréhension, sans pour autant s'en saisir. Il pressentait que leur décision de repartir de Crête ne leur apporterait que des ennuis et même en restant ici, ceux-ci ne se seraient sans doute pas gênés pour venir à eux malgré tout.
« Qu'est-ce que tu fais ? » souffla soudain une voix douce contre son cou.
Avec un frisson, le Norvégien se retourna vers son amant, qui lui sourit avec tendresse. Un sourire dont il était avare, mais qui le faisait fondre à chaque fois. Rune n'avait jamais compris comment Minos pouvait avoir une telle expression sur son visage, lui qui n'affichait en général que de la condescendance indulgente. Finalement, il ne fallait pas aller chercher bien loin pour comprendre pourquoi il était amoureux de son compagnon.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda ce dernier en avisant le regard du secrétaire posé sur lui.
Le jeune homme esquissa un petit sourire d'excuse et répondit en attrapant les feuilles :
« Nos billets pour demain (1). Je vais aller dire à Eaque qu'il peut prévenir Kagaho de notre arrivée, expliqua-t-il en amorçant un mouvement pour se lever.
-Et la réponse à ma deuxième question ? l'arrêta Minos avec curiosité.
-Je t'aime. »
L'ex-Juge écarquilla les yeux, pris par surprise, avant de sourire à nouveau et de le serrer contre lui avec possessivité.
« C'est la première fois que tu me dis ça.
-Je préfère prendre les devants avant qu'il ne soit trop tard, rétorqua-t-il en appuyant sa tête contre le torse de son amant.
-Pourquoi est-ce que tu dis ça ? s'étonna Minos, de plus en plus indécis.
-Parce que c'est vrai, éluda le jeune homme en haussant les épaules. On ne sait pas ce qui peut arriver demain, dans une semaine, dans un mois, dans un an… Au moins je n'aurais pas à regretter de ne te l'avoir jamais avoué.
-Tu m'inquiètes, murmura son compagnon en renforçant son emprise sur lui. Il ne nous arrivera rien, j'en suis sûr. Et de toute façon, on sera ensemble, alors quoi qu'il puisse se passer, je m'en fiche tant que tu es là. »
Cette tirade tira un rire à Rune : Minos dans toute son égocentricité et sa sincérité. Il posa sa main sur celles de son amant et leva les yeux vers lui, avisant la lueur de désir dans son regard clair.
« Laisse-moi cinq minutes pour donner les horaires à Eaque, et je te rejoins, proposa-t-il.
-Tu en as deux, riposta Minos. Et je suis généreux. »
Rune haussa un sourcil circonspect et secoua la tête, avant de lâcher :
« Tu as été roi dans une autre vie, je ne vois que ça comme explication.
-Tu perds du temps, se moqua le Norvégien. Je t'attends dans quelle chambre, la tienne ou la mienne ?
-Dans laquelle est-ce que je passe toutes mes nuits ? rétorqua Rune. A tout de suite. »
#
« Et c'était super ! Franchement, j'avais un peu peur au début, mais ils sont tous supers sympas. Surtout Shun, on a plein de points en commun. Il a même un frère ainé qui te ressemble un peu, tu sais. »
Une tasse à la main, Kagaho écoutait son cadet lui raconter sa journée entre deux bouchées de falafels (2). Il esquissa un sourire : cette confiance que lui témoignait Sui lui avait réellement manqué. Il leur avait fallu du temps pour renouer le lien qu'ils partageaient avant Hadès. Après tout, il avait trahi son frère, rien de moins. Même si tout ce qu'il avait fait jusqu'à présent n'avait eu pour but que de le protéger, il avait en partie échoué. Pourtant, petit à petit, Sui était revenu vers lui, presque timidement. Il se souvenait encore des yeux brillants de son cadet lorsqu'ils s'étaient pris dans les bras, un soir, chez Anna et Petrus. Ce soir où Kagaho avait vu que son frère lui avait enfin pardonné et qu'il était prêt à tout recommencer. Il avait été tellement soulagé et aussi tellement fier de son frère. Il n'était plus le petit garçon frêle et un peu pleurnichard qui venait chercher du réconfort contre lui les soirs de pluie battante il avait souffert et grandi trop vite, mais surtout il semblait avoir compris. Compris ce que son aîné avait dû traverser toutes ces années, les choix qu'il avait faits, sa tristesse et surtout son amour qu'il ne savait pas comment partager équitablement entre lui et son amant. Cette prise de conscience avait achevé de renforcer le tissage étroit qui les reliait, et Kagaho s'était senti libéré d'un poids bien lourd.
« …En tout cas il est vraiment doué, tu verrais ça ! Il a un talent fou, j'aimerais tellement y arriver aussi bien que lui, continuait Sui avec entrain, ponctuant son admiration par de grands gestes enthousiastes.
-Et si tu lui proposais de venir manger ici un jour ? intervint l'ancien assassin. J'aimerais bien le rencontrer. Shun, c'est bien ça ?
-Oui, opina son frère. Tu serais d'accord ? ajouta-t-il.
-Si je te le dis. »
Le sourire ravi de son cadet lui tira un rire discret, interrompu par la sonnerie de son téléphone.
« Je reviens » déclara Kagaho en quittant la pièce pour répondre, suivi du regard par l'adolescent.
Comme s'il ne savait pas qui pouvait bien l'appeler… Il secoua la tête et termina son plat avec attention : tout le monde s'était accordé à dire qu'il était trop maigre, surtout Milo. Il faudrait que son frère le rencontre aussi, à l'occasion.
Dans sa chambre, Kagaho décrocha, toute trace de sourire ayant disparu de ses lèvres. A la voix de son amant, il sut ce qu'Eaque voulait lui annoncer.
« On arrive à midi, confirma le Népalais à voix basse. Rune vient juste de faire les réservations.
-Je vous attendrai là-bas. »
Eaque ne chercha pas à le contredire : il avait déjà essayé (3) et la réaction de l'Egyptien n'avait laissé aucune place à une quelconque discussion. Le jeune homme était borné, mais d'un autre côté l'ex-Juge était plutôt content que son amant n'ait pas changé d'idée. Lui aussi préférait le savoir à ses côtés.
« Je t'aime, tu sais, dit-il doucement.
-Quand cette histoire sera terminée, j'aimerais bien qu'on parte tous les deux, le coupa Kagaho.
-En amoureux ? s'étonna le Népalais.
-Tu voulais me faire découvrir ton pays, lui rappela-t-il. J'aimerais bien voir la neige.
-Et le snowboard, n'oublie pas ça ! rit Eaque en se remémorant l'état de panique totale au moment où il avait dit ces mots. Ça me ferait très plaisir » ajouta-t-il.
Même sans le voir, il sut que l'Egyptien souriait aussi. La bonne humeur revenue sur ses traits, le Népalais reprit :
« Je demanderai à Rune pour les billets, mais pour le moment il est occupé. A croire que Minos ne sait pas se retenir de se jeter sur lui dès qu'il le voit.
-Dois-je te rappeler que vous partagez ce point commun ? se moqua Kagaho.
-C'est faux. Rune ne me fait pas particulièrement bander, alors que toi… »
Le silence à l'autre bout du fil le fit éclater de rire :
« Tu devrais pourtant savoir que je prends tout ce que tu dis au sérieux !
-Tu es pire que Minos quand tu t'y mets. »
Le sourire dans la voix de l'Egyptien fit fondre son compagnon. Oui, quelques jours ensemble loin de tous leurs tracas, uniquement à profiter l'un de l'autre, étaient une perspective très alléchante.
« Et ton frère ? demanda-t-il néanmoins.
-Petrus et Anna seraient ravis de l'avoir pour eux pendant une ou deux semaines. Il s'est fait des amis à son lycée, notamment un garçon de sa classe.
-Marcherait-il sur les pas de son frère ? s'amusa le Népalais. Tant mieux, je suis content pour lui, conclut-il plus sérieusement.
-Moi aussi, soupira Kagaho. Tu me manques, souffla-t-il finalement.
-On se revoit demain.
-Dans des circonstances qui ne me plaisent pas.
-Je sais. A moi non plus, ni à aucun d'entre nous. Mais on s'en sortira, tu verras. »
#
Réprimant un bâillement, le jeune homme s'amusa à faire bouger l'espèce de jeu qu'il avait gagné en ouvrant un œuf au chocolat quelques instants plus tôt. Le papier rouge et blanc traînait encore à côté du casque posé négligemment sur la table. Son compagnon l'aurait sûrement réprimandé pour son alimentation peu diététique, s'il avait été là. Seulement Edward devait certainement être encore collé aux basques de Pandore, à lui servir de larbin. Pauvre brun.
Un voyant vert se mit soudain à clignoter, le coupant brutalement dans sa tentative d'étirement. Avec un geste vif, il s'empara des écouteurs et les mit sur ses oreilles. Ce qu'il entendit lui fit esquisser un sourire carnassier. Il composa un numéro sur son téléphone et lança, après avoir entendu le bruit de la communication ouverte :
« Passe-moi la patronne, Edward, mon chou. Oui, c'est urgent. Ah, patronne ! Les Juges arrivent demain midi, vous allez pouvoir leur envoyer votre comité d'accueil au port. Oui, ils y seront tous, c'est confirmé. Pas de soucis, j'aime rendre service ! » termina-t-il avec une hypocrisie qu'il était le seul à saisir.
Non, vraiment, il n'aimerait pas être à la place des Juges le lendemain. C'est que Pandore avait la rancune tenace, très tenace, et il était bien satisfait d'être dans son camp plutôt que dans celui adverse. Avec un petit bruit ressemblant à un ronronnement, Cheshire déchira un nouvel emballage de Kinder et engloutit le chocolat au lait en se léchant les lèvres.
Notes :
(1) Pour rappel, les chapitres 7 à 12 se passent dans la même journée. Donc du chapitre 1 au chapitre 6 : première journée avec l'attentat, 7 à 12 : deuxième journée avec la mise en place des différentes réactions et futures embrouilles.
(2) Les falafels sont une spécialité culinaire très répandue au Proche-Orient constituée de boulettes de pois chiches ou de fèves frites dans l'huile. Cette spécialité trouve son origine en Égypte, pendant la première moitié du premier millénaire de notre ère. La variante égyptienne utilise exclusivement des fèves, tandis que d'autres variantes peuvent utiliser uniquement des pois chiches. [Wikipédia est notre ami]
(3) Chapitre 7, lorsque Eaque annonce à Kagaho qu'ils arrivent le lendemain.
