Bonjour/bonsoir à tous ! :)

Tout d'abord, mes meilleurs voeux de Noël (en retard) et pour la nouvelle année à venir (en avance) ! :D

Ensuite, mes plus sincères excuses pour avoir autant tardé sur ce chapitre, presque plus de deux mois ! Il m'a donné du fil à retordre et j'ai encore du mal à en être satisfaite, mais il est nécessaire comme transition, aussi je suis désolée s'il n'est pas à la hauteur de vos attentes.

Enfin, un vote primordial : c'est VOUS qui allez décider du sort d'un des personnages. Le choix est simple : est-ce qu'il meurt ou est-ce qu'il survit ? Et pour corser le tout, vous ne saurez pas de qui il s'agit ! ^^ Sinon je sais déjà quelle serait la réponse... :p

Et pour conclure, une bonne nouvelle : le chapitre 14 est quasiment bouclé, il reste moins d'un paragraphe pour le terminer. Il devrait être posté durant la première semaine de Janvier -soit la semaine prochaine en gros. Par contre je ne garantis rien pour les chapitres 15 et 16, car j'ai des examens de fin de semestre à préparer.

Sur ce, bonne lecture et quelques remerciements : à Camhyoga pour sa correction et à vous tous pour m'avoir encouragée, notamment les non-inscrits à qui je ne peux pas répondre directement. Enjoy !


Mafia Blue II – Chapitre 13


Appuyé sur le dossier de son large fauteuil, Saga gardait les yeux fermés. Dans quelques instants, Katerina viendrait frapper à la porte. Trois coups, légers et discrets, comme toujours. Elle lui dirait que les journalistes l'attendaient en bas, appareils photos et caméras à la main, prêts à tout enregistrer de ce qu'il allait déclarer. Il s'était demandé un instant s'il n'aurait pas mieux fait d'attendre que Kido leur annonce ce qu'il voulait tant dévoiler aux médias, mais il avait finalement opté pour prendre les devants. Il n'avait jamais vraiment aimé les échecs, et pourtant il venait d'engager une nouvelle phase de la partie qui se jouait entre les deux grandes sociétés grecques et celle venue d'orient. Une partie qui, il l'espérait, ne serait pas qu'un mauvais remake de Battle Royale. Mais en cet instant précis, les paupières closes, il avait encore le droit de n'être qu'un homme parmi tant d'autres, sans responsabilités, qui avait perdu son frère et la seule autre personne au monde qui comptait un tant soit peu pour lui. Il pouvait être lui-même un tout petit peu plus longtemps, se remémorant le numéro de téléphone d'Ayoros, sans se tromper de chiffre une seule fois. Il se redressa brusquement et s'empara de son portable, appuyant sur le clavier avec vivacité. Après une brève attente, une voie encore ensommeillée s'éleva dans le combiné :

« Saga ?

-Bonjour, souffla le PDG. Désolé, je te réveille ?

-Non, mon frère est parti il y a une demi-heure en claquant la porte. »

Saga sentit le poids dans sa poitrine s'alléger inexplicablement. Le sourire omniprésent dans la voix de son ancien second lui faisait un bien fou, c'était indéniable.

« Que se passe-t-il ? demanda finalement le jeune homme.

-Je voulais te prévenir que j'allais officialiser ton départ devant la presse, pour le journal de dix heures. »

La phrase avait été lancée d'une traite, comme si cela pouvait atténuer son effet. Il y eut un silence au bout du fil, puis Ayoros murmura :

« C'est bien. Katerina aura du fil à retordre avec la quantité de CV qui va arriver au courrier, ajouta-t-il avec un petit rire désolé.

-Tu crois que je te remplacerai si rapidement ?

-On sait tous les deux que oui. »

Cette fois, la colère avait fait son apparition, sous-jacente, essayant de sortir. Dans son siège, Saga se crispa : il l'avait bien cherchée, après tout. Il entendit Ayoros soupirer puis reprendre :

« Je pense qu'il serait plus… judicieux que nous n'ayons plus de contact.

-Oui, approuva le PDG un peu trop vivement. Désolé du dérangement.

-Il n'y a pas de quoi. »

Saga reposa le téléphone au moment même où Katerina entrait.

« Monsieur, ils vous attendent. »

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Si Valentine était lui aussi installé à son bureau, il n'avait pas pour autant les mêmes préoccupations que Saga quelques instants plus tôt. Lui faisait plutôt dans la culpabilité, à vrai dire. Lorsque Sylphide l'avait retrouvé chez lui la veille au soir, il n'avait pas trouvé le courage de lui parler de l'idée qu'avait eue Pandore de l'envoyer en tant qu'infiltré dans la société Gemini. De toute façon, il savait quelle réaction aurait eue son amant : des éclats de colère dans la voix accompagnés d'inquiétude dans les yeux. Mais au lieu de tout lui avouer, il n'avait réussi qu'à se taire. Le Belge allait encore plus lui en vouloir…

La porte de son bureau s'ouvrit soudain sur Edward. Le jeune homme avait un air paniqué dans le regard, qui contrastait avec le sérieux de son visage :

« Pandore veut vous voir, déclara-t-il. Mais vous feriez mieux de regarder le journal télévisé avant d'y aller… »

Intrigué, le Chypriote obtempéra. Saga Gemini apparut à l'écran, derrière un pupitre installé spécialement pour l'occasion. Une conférence de presse. Valentine augmenta le son, bien qu'il sache déjà ce que devait être en train de dire leur concurrent. Lorsqu'il se tut, une multitude de questions jaillirent du parterre de journalistes, dont celle d'une femme à la voix suraigüe qui retint l'attention de tous :

« Monsieur Gemini ! Le départ de votre second a-t-il un rapport avec l'attentat dont monsieur Kido a été victime avant-hier ? »

Le jeune homme sentit ses épaules s'affaisser : déjà que la situation était compliquée, voilà que des imprévus surgissaient. Mais Valentine devait reconnaître qu'il s'agissait d'une excellente manœuvre, parfaitement réalisée. Agir vite et frapper rapidement pour surprendre tout le monde. Malgré tout, cette décision avait aussi l'inconvénient majeur de dévoiler au grand jour que la société Gemini était en position de faiblesse. Saga jouait à un jeu risqué à double tranchant : cela n'allait pas faciliter les négociations avec Kido sitôt celles-ci remises à l'ordre du jour.

Pandore devait être furieuse. Il faudrait répliquer dans les prochaines 24 heures, pour devancer toute autre proposition d'emploi que Saga pourrait accepter. Pas le temps de prévoir un nouveau logement, mais le CV était prêt –il ne manquait plus que l'aval de sa patronne. Et surtout, penser à prévenir Sylphide.

Valentine inspira longuement, sous le regard inquiet d'Edward. Il se leva et empocha des papiers avant de lâcher :

« Allons-y. »

Pandore était assise sur son fauteuil, les coudes posés sur son bureau et les mains jointes devant sa bouche comme une prière. Mais l'éclat noir de ses yeux et ses mâchoires crispées démontraient que son calme n'était que factice.

« Tu es au courant, Valentine ? fit-elle d'une voix glaciale.

-Je viens tout juste de l'apprendre.

-Bien. Je te préviens, il est hors de question que tu laisses Gemini embaucher quelqu'un d'autre que toi ! Renseigne-toi sur tes éventuels concurrents, et fais le nécessaire pour les plus sérieux. Laisse les autres tenter leur chance, même s'ils n'en ont aucune face à toi. Efface toute trace publique éventuelle de ton travail pour moi, et… »

Interrompue par la sonnerie de son téléphone, la jeune femme décrocha brusquement et siffla :

« Quoi encore ? Bien, ajouta-t-elle d'un ton plus suave. Je pars sur le champ. »

Elle raccrocha, un sourire malsain aux lèvres. Valentine échangea un coup d'œil avec Edward, qui haussa les épaules avec discrétion.

« Valentine, je te laisse gérer la situation, j'ai un rendez-vous important.

-Un rendez-vous ? s'étonna le Chypriote avec l'audace de celui qui a déjà fait ses preuves. Je ne crois pas l'avoir noté.

-Une réunion d'anciens camarades de classe, rit Pandore en se levant. Violate, nous partons. »

La jeune femme sortit, suivie par son garde du corps que Valentine n'avait même pas remarquée dans le coin de la salle. Il plissa les lèvres : une réunion d'anciens camarades de classe ? De qui pouvait-il bien s'agir ? De mémoire, elle n'avait jamais eu de franche amitié avec qui que ce soit…

Valentine secoua la tête, chassant de ses pensées ces retrouvailles : il avait autre chose à faire, de bien plus important. Il passa sans le regarder devant Edward, dont les yeux sombres s'étaient dilatés : le Chypriote aurait su, alors, qu'il ne devait pas prendre cette information à la légère.

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Affalé de façon peu élégante sur le canapé, Johan zappait les chaînes de télévision les unes après les autres, sans s'y attarder plus de quelques instants. De sa place, il entendait Shura s'activer dans la cuisine. Un bref pincement de remords lui étreignit le cœur, avant qu'il ne pousse un soupir abattu. Il réagissait toujours de la même façon après avoir été refusé à un emploi : en s'enfermant dans sa solitude avec un air boudeur, puis rattrapait le temps perdu en apitoiements pour s'occuper de son amant, qui encaissait ses sautes d'humeur sans broncher.

Heureusement son compagnon avait pu reporter son arrivée au commissariat pour le début d'après-midi afin de passer sa matinée aux côtés du Suédois déprimé. Une douce odeur de tarte aux pommes avait envahi la pièce depuis peu et malgré tout le jeune homme esquissa un sourire : l'Espagnol était un véritable cordon bleu lorsqu'il se décidait à cuisiner. Finalement, il devrait faire preuve de mélodrame un peu plus souvent pour profiter des recettes de Shura.

La musique du début des informations le fit poser la télécommande sur ses genoux : cela faisait quelques jours qu'il ne s'était pas intéressé aux nouvelles, ça lui changerait les idées. Le présentateur salua les spectateurs et lança une vanne pourrie, avant de redevenir sérieux et d'annoncer la retransmission d'une conférence de presse, donnée par Saga Gemini.

Intrigué, Shura passa la tête par la porte et dévisagea l'écran. Le PDG s'avançait vers l'estrade installée pour l'occasion. Le policier remarqua qu'il avait une expression étrange, comme du regret mélangée à de la détermination.

« Messieurs dames, bonjour à tous, déclara-t-il d'une voix grave. Je ne serai pas long.

-Ils disent tous ça, commenta Johan en attrapant la main de son amant, qui s'était approché derrière le canapé.

-Je vous annonce aujourd'hui le départ de mon second, Ayoros Fotia, des entreprises Gemini. »

Les flashs crépitèrent, tous les journalistes se mirent à crier leurs questions en même temps, rendant toute compréhension impossible. Shura écarquilla les yeux : comment Gemini avait-il pu prendre sciemment cette décision stupide ? Certes, il ne savait presque rien du fonctionnement de la société, mais du peu qu'il en connaissait, c'était le duo Gemini-Fotia qui avait mené les entreprises au sommet. Le silence se fit de nouveau, et Saga hocha la tête vers une journaliste, qui s'empressa de prendre la parole :

« Monsieur Gemini ! Le départ de votre second a-t-il un rapport avec l'attentat dont monsieur Kido a été victime avant-hier ? »

Sur le canapé, Johan se figea, avant de lancer un regard noir à son compagnon. Shura le remarqua et fit la moue : il allait devoir donner une explication.

« Cette décision n'a pas été motivée par cet évènement dramatique, répondit sèchement Saga en foudroyant la femme du regard, la faisant se dandiner sur place. Les raisons qui nous ont poussé à choisir cette option sont internes à la société, ajouta-t-il.

-Avez-vous quelque chose à dire à propos de l'attentat ? s'écria un autre journaliste.

-Je laisse le soin à la police de résoudre cette affaire et de veiller à la sécurité de ceux présents lors de cet acte répréhensible. »

Malgré lui, Shura se demanda brièvement comment le PDG pouvait garder une telle maîtrise de lui et utiliser des termes aussi compliqués et minutieusement choisis alors qu'il était retransmis en direct vers toutes les chaînes de télévision grecques. Sans doute la force de l'habitude. Lui-même aurait bafouillé comme un collégien et aurait bêtement lu un discours pré-écrit par quelqu'un d'autre.

Saga finit par saluer et quitta l'estrade, sans plus faire attention aux journalistes qui tentaient de lui arracher une autre confession. Johan éteignit le poste télé et se tourna vers son amant, qui esquissa un sourire contrit.

« Un attentat ? fit le Suédois en croisant les bras sur sa poitrine. Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?

-Parce que je ne voulais pas que tu t'inquiètes, soupira le policier. Il ne m'est rien arrivé, Johan, alors j'ai pensé que c'était la meilleure chose à faire.

-Je ne veux plus que tu me caches ce genre de choses ! s'écria son compagnon avec un air furibond. On est en couple, oui ou non ? C'est quoi cette histoire, encore ?

-Hadès. »

A ce simple nom, le jeune homme s'arrêta net de parler et dévisagea Shura, qui fit le tour du canapé pour rejoindre son amant.

« Toi, tu as intérêt à tout me dire ! » grommela le Suédois.

L'Espagnol obtempéra de bonne grâce.

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« Tu sers à rien, franchement… »

Dokho lança un regard vexé à l'Italien, et répliqua sèchement :

« Ce n'est pas moi qui ai besoin de conseils amoureux !

-Oh, ça va, répliqua Egidio en enfonçant sa tête dans ses bras, étalé sur son bureau.

-Je me demande comment Shura peut te supporter en dehors du travail, soupira le Chinois en secouant la tête.

-Dis-toi que tu vas avoir l'occasion d'apprendre, maintenant qu'on est quasiment de la même famille, rétorqua l'ancien tireur d'élite avec un sourire carnassier.

-Oh mon dieu… Je ne vais pas tenir. »

Ne laissant pas le temps à l'Italien de répliquer quoi que ce soit, Aldébaran surgit dans la pièce, une feuille à la main :

« Egidio, on a besoin de ton avis.

-A propos de quoi ? s'étonna-t-il.

-On vient de recevoir l'expertise de la balistique, expliqua le Brésilien. Tu peux y jeter un coup d'œil ? »

Le policier se leva, imité par Dokho. L'Italien saisit le papier et le parcourut du regard avec attention, les sourcils froncés. Il grinça soudain des dents, avant de rendre le rapport à son supérieur :

« Alors ? demanda ce dernier avec impatience.

-Balle de KS140, répondit Egidio. Une arme d'élite, qui peut faire tirer un rat à deux cents mètres facilement, un viseur exceptionnel et un rechargement éclair. Y a que dans les forces spéciales qu'on trouve un engin pareil, et encore. Cette arme coûte plus que notre paie à tous les trois sur cinq ans.

-Est-ce que Kagaho aurait pu se la procurer ? demanda le Chinois.

-Possible, marmonna l'ancien soldat. Elle est rare à cause de son prix, mais aussi parce que ceux qui sont capables de s'en servir sont exceptionnels. L'avantage c'est que l'arme doit être référencée et il ne doit pas y en avoir des centaines en circulation à l'extérieur de l'armée.

-Je vais demander à Milo de s'en charger, déclara Aldébaran.

-On cherche quelqu'un qui a été ou est toujours dans l'armée, ajouta Dokho en fronçant les sourcils. Un tireur d'élite, qui a certainement été envoyé sur le terrain près des lignes ennemies. S'il se trouve toujours dans l'armée, il a dû recevoir une permission.

-Il faut aussi envisager la possibilité d'un vol, remarqua le Brésilien.

-Ça m'étonnerait, le coupa Egidio. L'arme d'un soldat, c'est sacré et on ne s'en sépare pas. C'est la seule chose qui peut te permettre de survivre, alors tu y tiens plus qu'à ta vie. S'il a eu une perm', alors l'arme aurait été consignée le temps qu'il revienne.

-Donc tu penses plutôt à un ancien soldat ?

-On a le droit de récupérer ses armes ? s'étonna le Chinois.

-Normalement non, expliqua l'Italien. La seule chose probable c'est qu'on l'a fait passer comme perdue.

-Alors elle n'est plus sur les listes, se désola Aldébaran.

-Elle a été référencée, on doit bien réussir à la trouver, fit Dokho. Je suis sûr que Milo la retrouvera et nous dira qui est son propriétaire.

-Espérons, opina le Brésilien. Il ne faudrait pas que ce type recommence et qu'on n'en sache pas plus ! Egidio, tu sais autre chose ? »

L'Italien secoua la tête, les pensées focalisées sur l'Egyptien : s'il s'agissait bien de Kagaho, alors il avait subi l'entraînement militaire lui aussi, ce qui expliquait ses réflexes de combat rapproché et sa maîtrise des armes de précision. En ajoutant la facilité avec laquelle il s'était défait des menottes lorsqu'ils l'avaient arrêté, son sang-froid et sa rapidité de réaction, alors il avait surement été entraîné pour aller dans les lignes ennemies, et sans doute aussi à résister aux tortures. Pas étonnant, finalement, qu'il leur ait faussé compagnie avec autant d'aisance.

Egidio plissa les yeux : la prochaine fois qu'il le croiserait, il ne s'en tirerait pas avec une simple balle.


à suivre...