Yop :)

Non ce n'est pas un rêve, voici la suite ! x) Après une longue attente, et je m'en excuse, mais je suis vraiment débordée par les cours et quand ce n'est pas les cours, c'est autre chose. Bref, j'espère qu'il sera à la hauteur de vos espérances... Je croise les doigts ! ^^

Merci à Camhyoga pour sa correction et son aide précieuse, ainsi qu'à vous tous pour vos précédentes reviews. Enjoy !


Mafia Blue II – Chapitre 15


Installés dans une salle aux murs recouverts de peintures et aux rideaux lourds et épais, Hadès se rongeait le frein. Le seul à être un tant soit peu soulagé était Eaque : Kagaho avait échappé aux hommes qui s'étaient lancé à sa poursuite, en tout cas pour le moment. C'était une bien piètre consolation, mais une consolation quand même. Il avait confiance dans les capacités de son compagnon, après tout, il avait bien subi le traitement infligé aux enfants soldats pendant des années et avait un instinct de survie dont il ne connaissait pas l'ampleur.

Néanmoins, la rapidité d'action de ces inconnus avait de quoi l'inquiéter, et notamment la façon dont ils avaient eu leurs renseignements. Comment avaient-ils fait pour savoir où et quand les attendre ? Pour qui travaillaient-ils ? Trop de questions et pas assez de réponses.

Un coup d'œil à ses côtés le renseigna sur l'état de ses compagnons : Minos et Rune se tenaient discrètement la main, Kanon gardait obstinément les bras croisés sur sa poitrine et Rhadamanthe semblait réfléchir à leur situation. Il croisa le regard du Népalais et fit un léger signe de la tête : Eaque lui sourit en réponse. Tant qu'ils veilleraient les uns sur les autres, tout irait bien.

La porte s'ouvrit dans un claquement sec, les faisant se retourner d'un bond, sous les regards goguenards des six hommes qui les avaient conduits jusque là et ne les avaient pas quitté d'une semelle depuis. Une jeune femme se tenait dans l'entrée, vêtue d'un tailleur strict. Ses longs cheveux noirs étaient lâchés sur ses épaules, mais ce qui frappa le petit groupe fut la froideur de ses yeux sombres. Eaque fronça les sourcils, réalisant soudain que ce visage lui était vaguement familier…

« Minos, Eaque, Rhadamanthe…, déclara-t-elle d'une voix un peu moqueuse. Si vous saviez comme je suis contente de vous revoir ! »

Elle s'avança vers eux d'une démarche assurée, un sourire amusé aux lèvres. Elle s'approcha des deux Norvégiens devant lesquels elle s'arrêta, pour toiser Rune de haut en bas, avant de lâcher :

« Si je m'attendais à ce que vous ayez encore gardé votre gentil toutou… Mais après tout, un chien suit toujours son maître, non ? »

Le jeune homme, figé, ne répondit rien. Minos, par contre, pointa un doigt accusateur sur elle et siffla :

« Un mot de plus et…

-Et quoi ? ricana la jeune femme. Il y a six hommes armés sous mes ordres, et ma garde du corps te briserait les cervicales avant même que tu n'ais pu faire le moindre geste. Alors je te conseille de rester tranquille pendant que je parle. »

Rune posa une main sur le bras de son amant, lui signifiant par ce geste d'obtempérer. Avec un grincement de dents, le Norvégien obéit à son compagnon, n'ayant pas remarqué la silhouette qui s'était postée derrière lui, prête à intervenir s'il tentait la moindre action contre sa maîtresse.

« Bien, je vois que ton petit chien a appris l'obéissance, se moqua la jeune femme. Je comprends mieux pourquoi tu l'as gardé avec toi, finalement. Et je vois qu'il y a un nouveau dans la bande » ajouta-t-elle en s'approchant de Kanon avec un sourire indéfinissable.

Le Grec la regarda sans faire le moindre mouvement et sans montrer la moindre expression. Les yeux mordorés de Rhadamanthe, par contre, étaient braqués sur elle, dangereux. La jeune femme sembla s'en apercevoir puisqu'elle eut un petit rire amusé et susurra :

« Voyons Rhada, je ne ferais rien à ton cher Kanon… Je suis flattée de pouvoir enfin rencontrer le frère jumeau de Saga Gemini, dit-elle au jeune homme. Votre ressemblance est réellement frappante…

-C'est ce qu'on dit, oui, répliqua le Grec en fronçant les sourcils. Vous connaissez mon frère ?

-Professionnellement parlant, sourit-elle. Un adversaire redoutable, d'ailleurs. Mais maintenant que je t'ai sous la main, la donne va sans aucun doute changer. »

Enfin, elle se dirigea vers le Népalais, qui plissa les yeux :

« Oh, inutile de me regarder comme ça, Eaque. Vous n'êtes pas contents de me revoir ?

-Tes invitations étaient plus amicales auparavant, Pandore. »

A ces mots, Rune fit un pas en arrière, se camouflant imperceptiblement, tandis que Rhadamanthe et Minos échangeaient un regard stupéfait. La jeune femme éclata de rire et passa un doigt sur la mâchoire du Népalais, dans un geste qui paraissait plus dangereux que sensuel.

« Je suis ravie qu'il y en ai au moins un, ici, qui se souvienne de moi. J'ai toujours su que tu étais celui avec lequel j'avais le plus d'affinités.

-Je pensais que c'était de Minos dont tu étais amoureuse, à l'époque, rétorqua sèchement Eaque.

-Exact, sourit Pandore, avant de s'assombrir brusquement. Je pensais te voir accompagné, mon cher.

-Accompagné ? répéta le jeune homme avec un ton innocent.

-Ne joue pas avec moi, siffla-t-elle avant de se retourner vers les six sous-fifres armés. Où est-il ?

-Il n'était pas avec eux, répondit l'un en baissant le nez.

-Je le veux ici avant ce soir, gronda la jeune femme. Débrouillez-vous. Kagaho, c'est bien ça ? » ajouta-t-elle en reportant son regard noir sur le Népalais.

Eaque ne répondit pas. Pandore esquissa un rictus, avant de leur faire signe de la suivre.

« Par ici. Nous n'allons pas rester là alors que nous avons tant de choses à nous dire. Oh, Markino, emmène donc le chien de Minos dans sa niche.

-Tout de suite, maîtresse Pandore, répondit un serviteur, apparu subrepticement.

-Rune n'ira nulle part ! protesta Minos en refermant une main protectrice sur le bras de son compagnon.

-Je crois que tu n'as pas bien saisi, le coupa la jeune femme. C'est moi qui donne les ordres ici, personne d'autre. Estime-toi heureux que je n'aie pas encore demandé à Violate de lui mettre une balle entre les deux yeux. Alors il ira là où je l'aurais décidé, compris ? »

Pétrifié, Minos laissa son amant disparaître derrière une porte, après que Rune lui ait lancé un dernier regard par-dessus son épaule. Rhadamanthe posa une main sur son épaule, l'obligeant à les suivre. Kanon, aux côtés d'Eaque, lui chuchota discrètement :

« C'est qui elle, exactement ?

-Une ancienne amie, soupira le Népalais. Nous avons été dans la même école pendant des années, jusqu'à ce qu'elle soit obligée d'en changer parce que son frère avait des problèmes de santé. Ça s'est arrêté là.

-Alors pourquoi est-ce qu'elle fait ça ? s'étonna le Grec en secouant la tête.

-Question intéressante, répondit Pandore en se tournant brusquement vers eux. Mais attendons d'être confortablement installés avant de discuter, voulez-vous. »

Elle les conduisit dans différents couloirs, à la décoration lourde et compliquée. Eaque ne se souvenait pas d'être jamais venu dans cette demeure Pandore ou son frère avait dû l'acquérir après qu'ils se soient perdus de vue. Le Népalais fronça les sourcils : si leur ancienne camarade était celle qui avait orchestré leur enlèvement –dans toute son ironie, car en théorie ils ne devaient pas se trouver sur le sol grec- alors elle était sans doute aussi responsable de leur venue à Athènes : l'attentat dont ils avaient été accusés à tort. L'attentat sur Mitsumasa Kido. Le jeune homme fouilla dans sa mémoire pour se souvenir des nouvelles des derniers jours : il n'était pas aussi doué que Rune pour ce genre de choses, mais il se rappelait de quelques détails. Comme le fait que Pandore et Saga étaient en pleine discussion avec Kido lorsque le tir avait été tiré. Comme le fait que Pandore et Saga sont en pleines négociations de partenariat avec Kido. Qu'est-ce que ça pouvait bien signifier ? Pourquoi aurait-elle tenté de tuer son potentiel futur partenaire économique ? Et pourquoi faire accuser Hadès en particulier, plutôt que de faire revendiquer l'attentat par un groupe inconnu ? Et pourquoi voulait-elle mettre la main sur Kagaho aussi ? Pour avoir un moyen de pression sur lui ? Ridicule, il y avait déjà Minos et Rhadamanthe. Rhadamanthe avait Kanon, Minos avait Rune. Ils étaient tous liés, et aucun d'eux ne s'enfuirait jamais sans les autres –en supposant que l'un d'eux trouve le moyen de s'échapper.

Eaque releva soudain les yeux sur Kanon : le compagnon de son frère était aussi un excellent moyen de pression sur Saga. Est-ce que par hasard Pandore voulait mettre la main sur les entreprises de Kido et de Gemini ?

« Entrez. »

La nouvelle pièce était plus chaleureuse que la précédente : mieux éclairée, plus sobre, il y avait un petit bar ainsi qu'un piano et une harpe dans un coin de la salle. Il était vrai que Pandore et Alone étaient tous deux musiciens. D'un geste sec, Pandore renvoya ses sous-fifres seule sa garde du corps resta avec elle. Eaque la regarda attentivement : assez grande, solidement bâtie, elle avait un corps plutôt hâlé et de longs cheveux sombres. Ses yeux étaient froids, mais suivaient sa maîtresse avec attention à chaque mouvement qu'elle faisait. Elle avait aussi des réactions vives et précises il se souvenait encore de la façon dont elle s'était retrouvée derrière Minos, prête à lui briser la nuque au moindre faux-geste de ce dernier. Il plissa les yeux : il lui faudrait garder un œil sur elle. Trop dangereuse. Si seulement Kagaho était là, il aurait pu faire pencher la balance en leur faveur, mais… Stop. Kagaho ne devait pas se retrouver ici. Jamais. Il ne savait pas ce que Pandore avait prévu pour lui, mais il était hors de question qu'elle y parvienne… L'Egyptien avait déjà beaucoup trop souffert à cause d'Hadès, à cause de lui, et il était de nouveau impliqué dans cette espèce de conspiration.

« Bien, mettons-nous à l'aise, sourit la jeune femme en s'installant dans un fauteuil, jambes élégamment croisées. Vous souhaitez boire quelque chose, peut-être ?

-Viens-en aux faits, Pandore, déclara sèchement Rhadamanthe.

-Comme vous voulez. Par quoi est-ce que je commence ?

-Qu'est-ce qu'on t'a fait ? siffla Minos. »

A ces mots, Pandore plissa les yeux et répondit d'une voix dure :

« Ce que vous m'avez fait, Minos ? Vous m'avez laissée tomber, voilà ce que vous avez fait ! Lorsque j'ai eu besoin de vous, quand mon frère était à l'agonie, vous n'étiez pas là ! J'ai été rapide à remplacer, en tout cas. Alors qu'Hadès… Hadès c'était nous quatre, et personne d'autre ! »

Kanon jeta un regard perdu à son amant, qui hocha la tête :

« Hadès était un genre de jeu, entre nous. Nous étions la mafia de notre école, en quelque sorte. Quand quelqu'un avait besoin de quelque chose, c'était à Hadès qu'il le demandait.

-Vous avez commencé tôt, commenta le Grec.

-Lorsque Pandore a changé d'établissement, nous avons continué tous les trois, les Juges, reprit l'Anglais. Puis Rune est arrivé… Et Hadès a évolué.

-Passer de trafic de stylo à trafic de clandestins, quelle évolution, se moqua Kanon.

-Les clandestins rapportaient plus, l'interrompit froidement Eaque. Ça n'explique pas le reste, Pandore. Pourquoi avoir envoyé tes hommes nous chercher au port ? Après tout ce temps, je doute que tu aies décidé de mettre les points sur les « i » avec nous.

-C'est presque faux, mon cher Eaque, répliqua-t-elle. Ces petites retrouvailles étaient… nécessaires, je dirais. Mais tu as raison sur un point : il n'y a pas que pour vous revoir que je vous ai fait venir ici. J'ai l'intention de me servir de vous encore un peu, mais pour ça, j'avais besoin de vous avoir sous la main.

-Encore ? releva Rhadamanthe. Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

-C'est toi… réalisa soudain Minos en s'avançant d'un pas. C'est toi qui as fait en sorte qu'on accuse Hadès de l'attentat contre ce Japonais.

-Mieux que ça, c'est moi qui l'ai commandité, sourit Pandore. Je vois que ça vous surprend, ajouta-t-elle avec un petit rire satisfait. Qui irait penser que l'un des PDG visés soit aussi celui qui a organisé ce faux attentat ?

-Faux attentat ? répéta Kanon avec colère. Mon frère était là, lui aussi ! Il aurait pu être tué !

-Non, le coupa la jeune femme. Le tireur que j'ai engagé est un professionnel, doué d'une rare précision. Il semblerait que Kagaho soit aussi de cette trempe, n'est-ce pas Eaque ? »

Le Népalais la fusilla du regard, lui tirant un nouveau rire. Elle reprit d'un ton léger :

« Tout ceci, voyez-vous, fait partie de mon plan. Il a été un peu bâclé, je l'admets, mais il a fallu que j'agisse vite et je suis plutôt satisfaite du résultat.

-Une mise en scène… marmonna Rhadamanthe. Mais pour quoi, au juste ?

-Gagner du temps, tout simplement. J'en avais besoin afin de finir de mettre en place mes pions.

-Donc si je comprends bien, tu as engagé quelqu'un pour blesser Kido afin de gagner du temps…, récapitula Kanon. Vous avez tellement peur que mon frère obtienne cet accord à votre place ? »

Le visage peu avenant qu'afficha la jeune femme lui fournit la réponse. Il secoua la tête et eut un reniflement un peu hautain :

« C'est pitoyable.

-Je fais ce qu'il faut pour parvenir à mes fins, répliqua sèchement Pandore.

-Rien ne dit que vous signerez ce contrat, rétorqua le Grec.

-Je n'en serais pas si sûre, sourit-elle. La position de Saga est délicate depuis qu'il s'est séparé de son second, et je m'apprête à l'affaiblir encore plus.

-Il s'est séparé d'Ayoros ? fit Kanon, surpris.

-Visiblement, cette information t'avait échappée. Ça m'a étonnée, mais après tout son départ m'est très utile. Placer l'un de mes hommes pour l'espionner et saboter petit à petit son entreprise ne sera pas très difficile.

-Tout ça juste pour un simple papier signé par deux personnes, ça m'échappe, soupira-t-il.

-Pas étonnant que ce soit ton frère qui ait pris la tête de l'entreprise, se moqua Pandore.

-Pourquoi as-tu besoin de Kagaho ? intervint soudain Eaque, posant finalement la question qui lui brûlait les lèvres.

-Pour la même raison que vous aviez besoin de lui, répondit-elle avec un haussement d'épaules. Avoir toute l'équipe sous la main est plus qu'un gage d'assurance. Le mieux pour vous tous serait qu'il soit parmi nous dès demain, autrement je me verrai obligée de prendre des mesures » acheva-t-elle en plissant les yeux.

#

La sonnerie retentit, libérant dans les couloirs de l'établissement un flot grouillant d'élèves ravis d'avoir fini leur matinée et d'aller enfin se restaurer au réfectoire. Leurs cartons à dessin sous le bras, Shun et Sui se faufilaient tant bien que mal parmi tout ce monde pour rejoindre leurs amis à leur point de rendez-vous, situé près des casiers. Seiya et Hyoga s'y trouvaient déjà, parlant avec animation d'un manga qui devait sortir sous peu.

« Désolé, la prof a décidé de nous lâcher en retard, s'excusa Shun. Ikki et Shiryu ne sont pas encore là ?

-Ton rabat-joie de frère est encore en examen, grommela le Japonais. Pour une fois qu'il a l'occasion de sortir plus tôt de cours et qu'il ne s'en sert pas…

-Il essaye d'avoir de bons résultats, lui, rétorqua l'adolescent avec un sourire amusé. Et Shiryu ? »

Seiya haussa les épaules, tandis que Hyoga poussait un soupir :

« Vous ne vous êtes toujours pas réconciliés depuis hier ?

-Non.

-C'est rare que vous vous disputiez à ce point, commenta Shun avec inquiétude. Tu veux que j'essaye de lui parler ?

-Merci, je préfère pas insister, refusa Seiya.

-On parle de moi » les interrompit la voix familière du Chinois.

Tous se tournèrent vers lui, un sourire aux lèvres –excepté le Japonais qui détourna les yeux, toujours autant gêné par ce qu'il avait fait. Ikki les rejoignit au même moment, l'air exaspéré.

« On n'espérait plus te voir arriver, commenta Hyoga avec amusement. Ça s'est bien passé ?

-Devoir pourri, fut la réponse laconique du jeune homme.

-Allez, à table ! » s'écria Seiya en prenant la tête du petit groupe.

Qui s'interrompit vite en apercevant la directrice de l'école leur faire signe et venir à leur rencontre. Shiryu haussa un sourcil et demanda :

« Qu'est-ce qu'elle nous veut ?

-Elle s'est peut-être rendue compte que ton justificatif d'absence au cross de l'établissement était un faux, Seiya » proposa Ikki.

Mais avant que le Japonais ait eu le temps de protester, elle se dirigea vers Sui et déclara :

« Sui, j'ai eu ton frère au téléphone. Kagaho, c'est bien ça ?

-Oui, répondit l'Egyptien, perplexe.

-Il m'a demandé de te prévenir que votre mère ne rentrera pas ce soir. Je n'en sais pas plus, il a raccroché avant que je puisse lui demander des explications, se désola-t-elle.

-Ce n'est pas grave, merci beaucoup » répondit Sui en lui souriant.

La directrice sembla s'en contenter et repartit à son bureau, tandis que Shun se tournait vers son ami :

« Je croyais que votre mère était décédée ? demanda-t-il sans comprendre.

-Oui, c'est le cas, marmonna Sui. C'est un code entre mon frère et moi, finit-il par expliquer. On l'utilisait lorsqu'on vivait encore en Egypte c'est comme ça qu'il me prévenait qu'il ne fallait pas qu'on rentre chez nous le soir.

-Mais pourquoi te faire passer ce message aujourd'hui ? s'étonna Shiryu.

-Je ne vois qu'une seule solution, mon frère a des ennuis et il a peur pour moi » conclut Sui avec un air sombre.

Le petit groupe le regarda avec un brin d'effarement : le choc venait surtout de son expression calme et de son recul par rapport à la possibilité qu'il venait de sous-entendre.

« S'il a des ennuis au point que vous n'êtes plus en sécurité chez vous, il faut alerter la police, lâcha Ikki avec gravité.

-C'est impossible, répondit l'Egyptien. Il a eu quelques soucis avec eux il y a peu de temps, je ne pense pas que ce soit une bonne idée.., expliqua-t-il avec réticence.

-C'est un assassin ou quoi ? commenta Seiya. Hey, je plaisante ! ajouta-t-il en voyant l'expression horrifiée de leur camarade.

-Tu n'as aucun endroit où te loger ce soir, alors ? demanda Shiryu.

-Je peux demander à Camus s'il est d'accord pour t'héberger, proposa Hyoga.

-Tu es sûr que ça ne le dérangera pas ? s'inquiéta Sui.

-Au contraire, sourit le Russe.

-Si c'est réglé, allons manger. Le canasson va finir en hypoglycémie, railla Ikka.

-Oh, lâche-moi un peu ! protesta le Japonais.

-Pas ma faute si tu es un excellent souffre-douleur. »

Seiya se jeta sur lui, sous les exclamations indignées de Shun. Sui eut un petit sourire. Pour un peu, il croirait presque que le coup de téléphone n'était pas réel. Malheureusement, son frère n'était pas du genre à faire ce type de blagues ni à créer de fausses alertes. Et où était-il en ce moment-même ? Pourquoi n'était-il pas venu en personne ? Lorsqu'il était plus jeune et que leur mère était morte, Kagaho avait toujours été avec lui. Aujourd'hui, il avait la désagréable impression d'être délaissé…

« Sui, tu viens ? »

Le ton inquiet de Shun le tira de ses pensées il rejoignit ses camarades, qui l'attendaient avec un sourire. Il se reprocha aussitôt ses pensées sombres : il avait des amis, et si son frère n'était pas à ses côtés, c'est qu'il avait une bonne raison. Alors autant profiter du moment présent le plus possible.

#

Egidio repoussa du pied les restes d'un annuaire calciné. Il siffla entre ses dents en voyant l'état de l'appartement : celui qui avait fait ça avait réduit à néant toute trace susceptible de mener jusqu'à lui. Et pourtant, seul l'intérieur avait brûlé, le couloir avait à peine été touché : quelques traces noires qui tâchaient les murs ici ou là, mais rien qui ne partirait à coup de brosse ou de pinceau. A croire que la personne responsable avait voulu limiter les dégâts… L'idée le dérangea : cela sous-entendait trop de possibilités. Et pourtant, c'était l'hypothèse la plus plausible. Dokho le rejoignit sur ses entrefaites et grommela en secouant son calepin :

« Le propriétaire m'a finalement avoué louer au noir. Il n'a aucun nom et évidemment ne se souvient pas du visage de son locataire.

-Eh ben, ça promet, commenta l'Italien. En tout cas, c'est du beau boulot de disparition de preuves.

-Tu penses que c'est celui qui habitait là qui a fait ça ?

-C'est une solution, acquiesça-t-il. La question est pourquoi ?

-Allons voir les voisins, peut-être sauront-ils quelque chose d'utile.

-J'y crois pas trop, mais pourquoi pas… »

Ils quittèrent l'appartement inutilisable et se rendirent sur le palier, prêts à frapper à la porte d'en face lorsque celle-ci s'ouvrit sur un jeune homme aux cheveux décolorés.

« Bonjour, police d'Athènes, commença le Chinois en montrant sa plaque.

-On aurait des questions sur l'incendie, poursuivit Egidio en jetant un coup d'œil à l'intérieur.

-Euh… Je pense pas pouvoir vous aider, j'étais pas là quand ça c'est produit, balbutia le jeune homme. Je suis revenu dès que j'ai su.

-Vous faites quoi dans la vie ? demanda l'Italien en plissant les yeux.

-Animateur radio, répondit l'autre. Vous avez besoin d'autre chose ?

-Non, ce sera tout, conclut Dokho en entraînant son collègue par le bras. Bonne journée. »

Le jeune homme les regarda partir avec un air suspicieux, avant de retourner chez lui et de fermer la porte derrière lui. Il devait prévenir Pandore dès à présent.

Au pied de l'immeuble, le Chinois se tourna vers son camarade et demanda :

« Qu'est-ce que tu as remarqué ?

-La station radio qu'il avait, expliqua Egidio. On aurait dit qu'elle avait été modifiée pour capter des fréquences téléphoniques.

-Il écoute des conversations ? répéta Dokho. Il enfreint la vie privée des gens.

-A mon avis, vu le bricolage, c'est pour des courtes portées. Il surveille quelqu'un dans l'immeuble…

-Ou surveillait, réalisa le Chinois. C'est trop pour n'être qu'une simple coïncidence, ajouta-t-il.

-Je trouve aussi, opina l'Italien. Téléphone au poste pour qu'ils nous préparent un manda complet, je retourne le chercher.

-Fais gaffe, on sait jamais. »

L'ancien tireur se précipita dans le bâtiment et monta les marches à toute vitesse, avant de débouler à l'étage de l'incendie. Il frappa à la porte violemment :

« Police, ouvrez ! »

Il entendit quelque chose tomber au sol. Sans attendre, il se jeta contre la porte et la serrure, peu solide, céda sous la pression. Il avisa le jeune homme en train de ramasser des morceaux de bobines étalées par terre, arrachées de leur support.

« Touche plus à rien ! ordonna Egidio en sortant son pistolet. Mains sur la tête, et fais pas d'histoires, je suis pas d'humeur ! »

Ceshire laissa tomber ce qu'il tenait et obtempéra, un micro-sourire aux lèvres. Il avait au moins la satisfaction d'avoir fait son boulot jusqu'au bout restait plus à Pandore qu'à faire annuler les charges qui seraient montées contre lui. De simples flics ne pourraient jamais rivaliser avec elle, ni personne.

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Le jeune homme gara sa moto près du trottoir et s'empara de la feuille froissée. L'adresse était bonne la maison était d'apparence banale, assez spacieuse mais pas imposante. Le petit jardin qui séparait le portail et la porte d'entrée était bien tenu, parsemé de parterres de fleurs d'un côté du chemin dallé, et de l'autre un semblant de potager paraissait vouloir prendre ses droits. Il avisa une silhouette féminine passer derrière le rideaux clair de ce qui était sans doute la cuisine, mais elle ne le vit pas.

Un instant, il se sentit envieux : que demander de mieux qu'un foyer où quelqu'un vous attendait ? Kagaho rangea la feuille d'annuaire dans sa veste et remit le moteur en marche : il attendrait le soir pour rendre visite à l'inspecteur Constelação. Il espérait simplement ne pas prendre une mauvaise décision en impliquant la police dans cette histoire…


NDA : Je tiens à préciser que je n'ai aucune notion en explosions, alors je doute que ce que j'ai décrit pour l'appartement soit très scientifiquement possible... Ni aucune idée de ce à quoi un poste de radio manipulé pour capter les ondes téléphoniques peut ressembler, ou même si c'est faisable ! Heureusement que tout est réalisable dans une fiction ! :)


à suivre...