Yop :) Chose promise, chose due, voici un chapitre plus long que les précédents -pour me pardonner du retard... La suite pour bientôt ! Merci à tous pour vos reviews et à Camhyoga pour sa correction sur le pied levé : tu es au top ! En espérant que ce chapitre vous plaise ; enjoy !
Mafia Blue II – Chapitre 16
Installés en cercle de part et d'autre de leur chef, les policiers avaient tous un visage plus ou moins perplexe. Aiolia, en retrait, avait sorti son carnet : une réunion de crise avait toujours un intérêt, et sa patronne serait sans doute satisfaite du papier qu'il écrirait à ce propos. Aldébaran finit par se frotter les yeux et soupira :
« On en est où, précisément ?
-On a un attentat sur Mitsumasa Kido au nom d'Hadès, une fusillade au port, un incendie criminel dans un immeuble absolument pas aux normes législatives et un type qui avait quelqu'un sur écoute, énuméra Dokho.
-Milo, tu as avancé avec le fusil ?
-J'ai réussi à joindre un ancien pote de l'école de police qui a un contact auprès de l'armée, fit le Grec. Il va m'envoyer la liste des utilisateurs de ce KS140, qu'ils soient propriétaires ou non, sur les quinze dernières années. Je devrais la recevoir d'ici quelques instants si tout va bien.
-Le port nous a posté les listes de passagers et on a même droit à des vidéosurveillances, ajouta Shura. Ça vient d'arriver.
-Voilà ce qu'on va faire, décida le Brésilien avec entrain. Egidio, tu vas aller interroger Ayoros Fotia et Saga Gemini, prends le journaliste avec toi. Aucune négociation possible, lança-t-il avant que l'Italien ait pu protester. Milo, tu t'occupes de l'arme de l'attentat. Shura, tu prends en charge les vidéos et les listes du port. Dokho, tu vas aller rendre visite à notre cible, peut-être Mitsumasa Kido a-t-il des pistes à suivre auxquelles il n'avait pas pensé. Moi je vais interroger Pandore Inferno. Dans la conversation, je veux que vous parliez du KS140, on ne sait jamais. Des questions ? »
Tous se levèrent dans un même mouvement. La rapidité et l'efficacité du déroulement de leurs missions étaient primordiales.
Egidio grommela tout en se dirigeant vers sa voiture, suivi par Aiolia. Ce dernier traitait mentalement l'inspecteur d'imbécile : le laisser un après-midi entier avec cet abruti d'Italien ? Quelle blague ! Penser positif, penser positif… Si Ayoros suivait ce conseil, il n'y avait aucune raison que lui-même n'y arrive pas. Il observa les gestes brusques du policier tandis qu'il s'installait au volant de son véhicule et se rembrunit : pas moyen de trouver un avantage à collaborer avec lui. Quoique, avec un peu de chance, peut-être qu'il comprendrait pourquoi il abhorrait les journalistes de la sorte ? Dans un sens, il était bien là pour fouiner un peu…
De son côté, Egidio se préparait à être le plus exécrable possible –dans la limite du politiquement correct. Il n'avait pas très envie de subir un remontage de bretelles en règle par Aldébaran. L'exercice ne devrait pas être trop difficile, depuis le temps qu'il pratiquait l'art de la réplique cinglante. En plus, ils allaient visiter l'ancien patron du grand-frère avec de la chance, le journaliste se prendrait la tête avec le PDG et lui mâcherait le travail… Il fit signe au jeune homme de grimper et démarra le moteur :
« Va falloir que tu m'indiques le chemin, je sais pas par où aller.
-Vous n'avez pas de GPS dans la police ? s'étonna Aiolia.
-Jamais eu besoin, j'ai toujours eu quelqu'un pour me servir de carte routière. On commence par quoi ? Ton frère ou son ancien patron ? »
Le journaliste se hérissa, avant de répondre sèchement :
« C'est vous qui décidez.
-Va pour ton frère alors. »
Le Grec pinça les lèvres en comprenant que le policier ne cherchait qu'à l'agacer –et qu'il y parvenait parfaitement ! Preuve en était son petit sourire moqueur tandis qu'il appuyait sur l'accélérateur.
« Je peux vous poser une question ? demanda-t-il soudain.
-Tu viens déjà d'en poser une, répliqua Egidio. T'as droit à une autre chance, ajouta-t-il d'un ton condescendant en avisant le regard furibond de son passager.
-Pourquoi vous aimez pas les journalistes ? »
L'Italien haussa un sourcil, surpris. Il ne s'attendait pas à ce que ce petit jeune lui pose la question aussi directement. Visiblement il semblait très fier de son effet. Un partout, admis le policier en hochant la tête.
« C'est des rapaces, et j'aime pas les vautours.
-On fait que notre job, riposta Aiolia, sur la défensive.
-Ouais, c'est ce que vous vous dites tous pour vous persuader d'être clean, ricana Egidio. Vous vous jetez sur les malheurs des gens pour les exposer au grand jour ! Et quand y a vraiment des sujets dignes d'intérêt, ça n'intéresse pas les patrons. Non, parce qu'il faut que ça se vende ! Alors on touche pas aux sujets qui fâchent et on se rabat sur les accidents de bus scolaire.
-Tous les journalistes ne sont pas comme ça ! protesta le jeune homme, impressionné par la véhémence du conducteur.
-T'as pas dû en écrire des masses, des articles, toi ! siffla l'Italien. Tu sors juste de l'école, non ? Tu dois te dire que tu vas révolutionner le monde, que la vérité va éclater grâce à toi. Dénoncer l'injustice, mettre le doigt sur ce que les gens voudraient passer sous silence… Tu sais, ça marche pas comme ça. Tu ferais bien d'abandonner vite tes illusions, ou…
-Ou je vais devenir comme vous, c'est ça ? le coupa Aiolia. Si vous préférez être un cynique qui voit tout en noir, libre à vous ! Moi, je ne tiens pas à finir de cette façon !
-Tu sais rien, gamin, grinça Egidio.
-C'est vrai, je connais rien de vous, et franchement j'ai pas spécialement envie d'en savoir plus. Je sais pas comment vos collègues peuvent vous supporter, en fait ça m'est égal. Mais vous n'avez pas le droit de me juger moi, ou mon travail, alors que vous n'y connaissez rien non plus ! »
Le policier pila, faisant monter un concert de klaxon dans leur dos. Aiolia poussa un cri surpris avant de s'écrier :
« Mais vous êtes complètement cinglé ma parole !
-T'avais pas encore remarqué ? siffla l'Italien.
-Okay, on va arrêter là, décida Aiolia. Vous avez ce que vous voulez, je me casse.
-C'est tout ? Je pensais que t'avais encore plein de choses à me dire, le nargua Egidio. T'étais bien parti, je voudrais pas t'empêcher de terminer. Non, vraiment, tu veux pas ? Dans ce cas, je vais t'expliquer deux ou trois choses. Moi aussi je pensais que je pourrais changer le monde avec mes photos, sauf que c'est le monde qui m'a changé. Les gens sont des salauds, et rien ne changera ça. Ton patron, il va se faire bouffer si c'est pas déjà fait, comme le mien l'a été. T'auras pas le choix : soit tu suis la mode, soit t'es recyclé. T'as pas le droit de faire ce que toi tu aimerais, tu peux que suivre les instructions. Et si tu veux survivre dans le milieu, tu dis amen aux supérieurs. Ou alors tu fais comme moi, tu changes de métier.
-Vous avez été journaliste ? réalisa le jeune homme.
-On dirait pas, hein ? ricana le policier. Maintenant décide-toi : tu restes ou tu pars. Si tu restes, on fait à ma manière, et si tu suis pas les ordres je te fous dehors.
-Si je suis devenu journaliste, c'est pour savoir la vérité. Changer le monde, c'est un peu trop pour moi tout seul.
-Donc tu restes, soupira Egidio.
-J'ai bien envie de vous prouver qu'un journaliste ça sait aussi faire des trucs bien, rétorqua Aiolia. Je reste. »
L'Italien marmonna quelques mots sur l'esprit de contradiction qui était un état d'esprit vraiment con, avant de se remettre en route sans faire attention aux injures qui fusaient dans son dos. Un coup de gyrophare calma leurs ardeurs d'un seul coup, tandis qu'Aiolia esquissait un sourire en pensant que les abus de pouvoirs avaient quand même lieu malgré leur déni total.
Le reste du trajet s'effectua sans encombre, le journaliste guidant le policier parmi les rues compliquées de son quartier. Ils s'arrêtèrent au pied de l'immeuble où les frères Fotia logeaient. La bâtisse était plutôt récente, mais ne détonnait pas comme d'autres complexes ultramodernes construits essentiellement avec du verre ou des matériaux que les profanes ne pouvaient connaître. L'Italien bénit l'ascenseur, s'imaginant entendre la même petite sonnerie ridicule lorsqu'il aurait enfin changé d'appartement. Aiolia ouvrit la porte d'entrée et l'invita à l'intérieur, tout en appelant son frère :
« Ayo ! Tu peux venir s'il te plaît ? »
Ayoros apparut quelques instants plus tard, habillé comme s'il partait au travail. Il ne lui manquait en fait que la veste, même la cravate était nouée. Il sentit le regard soupçonneux de son cadet mais se contenta de serrer la main à au policier :
« Monsieur Granchio, je ne m'attendais pas à vous voir.
-On rend une petite visite à toutes les personnes présentes lors de l'attentat, expliqua Egidio. Histoire de vous faire part de l'avancée de l'enquête et vous poser une ou deux questions.
-Très bien, je vous écoute. Un café ?
-Non merci. Est-ce que vous avez reçu des menaces depuis l'attentat, ou un message de la part des terroristes ?
-Pas le moindre, répondit le Grec.
-Déjà entendu parler du KS140 ? »
Ayoros secoua la tête et demanda :
« Qu'est-ce que c'est ?
-Rien d'important. Est-ce que vous souhaitez que la police mette en place une protection autour de chez vous ?
-Inutile, je vous remercie. L'enquête avance bien ?
-Votre frère ne vous raconte rien ? s'étonna Egidio en jetant un coup d'œil au journaliste qui blêmit sous l'accusation.
-Nous avons toujours fait attention à séparer vie privée et vie professionnelle entre nous, déclara Ayoros avec un sourire. Nous aussi nous avons une sorte de secret professionnel.
-Je vois… Ce sera tout pour moi, ajouta l'Italien. On avance relativement bien compte tenu des évènements.
-Vraiment ? demanda Ayoros avec une pointe de scepticisme. Dans ce cas, c'est une bonne nouvelle.
-On vous laisse, bonne fin de journée. »
Le Grec les raccompagna jusqu'à la porte d'entrée et les regarda partir. Il jeta un coup d'œil à sa montre et eut un soupir soulagé : il avait encore un peu de temps devant lui avant son rendez-vous. Il retourna au salon où il rassembla quelques feuilles en un tas ordonné, qu'il rangea dans une pochette. Toutes portaient l'insigne des entreprises Gemini.
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Le policier et le journaliste arrivèrent bientôt en bas des bâtiments de la société de Saga Gemini. Egidio avait bien vu l'air renfrogné de son compagnon d'infortune et lâcha :
« Ton frère prend son renvoi plutôt bien non ?
-Il ne se morfond pas en peignoir, en tout cas, rétorqua Aiolia.
-Dans ce cas, tu te tiens tranquille avec le PDG. »
Sans attendre la réponse du jeune homme, il grimpa les quelques marches qui les séparaient de l'entrée. Une femme se trouvait à l'accueil et les fit patienter un instant, le temps de prévenir son patron de leur présence. Saga vint les rejoindre directement au rez-de-chaussée. L'Italien remarqua son mouvement de surprise en avisant le journaliste, mais il les salua avec sang-froid.
« Bonjour messieurs. Que puis-je pour vous ?
-Répondre à quelques questions, répondit Egidio.
-Allons dans mon bureau. »
Il les précéda et les fit rapidement entrer dans une salle de taille moyenne, sans aucune décoration, à part un cadre photo sur le bureau de Saga. Il leur présenta deux fauteuils, avant de s'installer lui-même.
« Si vous permettez, Gordon va assister à cette conversation. Il tient à connaître les détails de l'affaire autant que moi.
-Aucun problème. »
Le Polonais entra quelques instants plus tard et Egidio posa les mêmes questions que lorsqu'il avait interrogé Ayoros.
« Qu'est-ce que ce KS140 ? demanda Saga avec curiosité.
-Une arme de tir de précision, difficile à obtenir.
-Je n'en ai jamais entendu parler, déclara Gordon en fronçant les sourcils.
-C'est un fusil des tireurs d'élite, expliqua le policier. Personnellement, je vous recommanderais de changer de bureau, vous avez des fenêtres partout. »
-Merci du conseil.
-Comment va se passer la négociation avec monsieur Kido maintenant ?
-Je l'ignore encore, mais il nous a fait parvenir un message il y a quelques instants, lui révéla Saga. Il tient à nous revoir demain, Pandore Infermo et moi-même. J'imagine que nous allons aborder le sujet qu'il tenait à révéler à la conférence de presse. Avez-vous d'autres questions ?
-Non, on a terminé. On vous tiendra au courant. »
Ils quittèrent les lieux sans un mot. Du temps de perdu, pensa l'Italien avec agacement. Il espérait que ses camarades auraient plus de chance que lui, sinon l'enquête n'allait pas beaucoup avancer.
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Installé à son bureau avec un café à la main, Shura visionnait les vidéosurveillances du port avec un entrain proche du néant. Il avait vérifié les bandes de trois caméras, et il lui en restait encore une petite douzaine à faire. A ses côtés, Milo planchait sur les documents que son contact lui avait envoyés à propos de l'arme utilisée et semblait piétiner. L'Espagnol poussa un soupir et mit la vidéo en pause, prêt à aller se dégourdir un peu les jambes. Mais à l'image, une silhouette le fit tiquer. Il zooma un peu, plissa les yeux, incertain. L'homme était de dos, impossible de savoir s'il avait vu juste. Brusquement empressé, il s'empara du plan des dispositions de caméras du port : avec un peu de logique, en recoupant les angles de vue des différentes caméras, il devrait pouvoir avoir un aperçu de cette personne de face. Il fouilla dans la pile de boîtes et trouva celle qu'il cherchait. Quelques instants plus tard, il se laissa reposer sur le dossier de sa chaise. Il ne s'était pas trompé.
« Milo, tu peux venir un instant ? »
Le Grec s'approcha en faisant rouler sa chaise d'ordinateur.
« Dis-moi que ce n'est pas Kanon Gemini » fit Shura en montrant le jeune homme à l'écran.
Milo resta sans voix, avant de lâcher un juron.
« C'est pas vrai !
-J'ai plusieurs vues de lui en compagnie d'autres personnes, ajouta l'Espagnol. Les autres membres d'Hadès, j'imagine.
-Tu as suivi leur parcours au port ?
-Pas encore complètement, je voulais d'abord être certain qu'il s'agissait bien de lui.
-Remets la vidéo. »
Ils regardèrent le petit groupe évoluer avec une certaine discrétion, quand bien même ils ne passaient pas vraiment inaperçus. Milo serra les poings avec colère : il n'avait pas pardonné à son ami, même s'il lui en voulait moins. Il considérait toujours ce qu'il avait fait comme une trahison.
« Maintenant on a la preuve qu'Hadès se trouve bien à Athènes, déclara Shura.
-Mais qu'est-ce qu'ils faisaient au port ? Ils voulaient repartir ?
-Non, ils viennent du sas de débarquement, marmonna l'Espagnol. C'est bizarre…
-Et il n'y a pas Kagaho avec eux, remarqua Milo.
-Peut-être qu'ils n'étaient pas sur place lorsqu'il a tiré sur Kido, raisonna son camarade.
-Mais ils devaient bien se douter que c'était risqué de revenir, surtout après l'attentat ! protesta le Grec en secouant la tête. Je ne peux pas croire qu'ils fassent une bêtise pareille.
-Sauf s'ils nous narguent, ce qui est possible aussi. Après tout, on a réussi à démanteler leur réseau, ils doivent en avoir une contre nous…
-Sincèrement, Shu', tu serais recherché par les flics de toute la Grèce, tu irais te balader dans un port bourré de caméras ?
-Milo, il n'y aurait pas eu cette fusillade, on les aurait sûrement loupés, soupira l'Espagnol avec un ton fataliste. Tiens, regarde ça ! »
Ils dévisagèrent l'écran, où un second groupe s'approchait d'Hadès, le prenant par surprise. La discussion semblait animée, et soudain l'un des nouveaux venus pointa un doigt dans la foule, avant de se mettre à courir, imité par un de ses compagnons.
« Bon sang, mais c'est quoi ce bazar-là ? marmonna Milo, perdu.
-Je cherche une caméra qui pourrait suivre leurs mouvements. »
Une nouvelle image s'afficha. Ils repérèrent vite les deux hommes en pleine course, poursuivant quelqu'un dans la foule. Kagaho…
« Bon, là, il y a définitivement un problème, résuma Shura.
-Effectivement. On a droit à un conflit avec des futurs repreneurs des affaires d'Hadès, il nous manquait plus que ça !
-Je pense surtout qu'on a une preuve qu'Hadès n'a sans doute rien à voir avec cet attentat, comme Egidio l'a suggéré. Après tout, pourquoi est-ce qu'ils auraient tiré sur Kido juste pour l'égratigner, pour ensuite se pointer à Athènes et se faire enlever par une clique de types en costume et pistolet ?
-Mouais, ça se tient. Du coup on a des terroristes ravisseurs à retrouver, génial…
-Et toi, tu en es où pour l'arme ?
-J'ai trois suspects, tous des anciens de l'armée. Un a pris la poudre d'escampette sans prévenir personne, je crois qu'il est recherché pour trahison, un certain sergent Black. Il a embarqué son KS140 avec lui, j'ai le numéro de série. D'après les dernières sources, il aurait rejoint un gang de la pègre chinoise…
-Dokho nous sera utile, rit l'Espagnol.
-Ensuite, Salgismund Birch, qui a soi-disant été victime d'un cambriolage chez lui et qui se serait fait dérober son fusil –mais aucune preuve des faits. Il est lui-même plus ou moins porté disparu. Enfin, le lieutenant Marvel Mandrake, qui a servi pendant plusieurs années avant de se retirer dans les stups. Il n'est nulle part fait référence à la restitution de son arme.
-Il est toujours en service ?
-Apparemment non. Mort lors d'une descente, visiblement.
-De la famille ?
-C'est pas noté dans le fichier. »
Les deux compagnons se regardèrent sans un mot : ils avaient avancé, mais pour découvrir un nœud encore plus compliqué qu'au premier abord…
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Arrêté dans une ruelle peu empruntée, Kagaho réfléchissait, adossé au mur d'un immeuble abandonné. Il avait agi par impulsion –par instinct- depuis qu'il avait vu Eaque se faire embarquer et découvert son voisin de palier en train de fouiller chez lui. Ses réflexes de survie avaient certes été utiles, mais maintenant qu'il savait que Sui n'irait pas se jeter dans la gueule du loup, il pouvait se permettre de penser posément.
Déjà, cette Pandore dont son voisin lui avait parlé. Qui pouvait-elle bien être ? Visiblement influente, au vu des types qui avaient débarqué au port : elle avait de la ressource, ne semblait pas craindre qu'on remonte jusqu'à elle. Preuve en était que ces gros bras n'avaient pas hésité à faire feu en public. Ensuite, que pouvait-elle bien vouloir aux Juges ? Soit elle voulait s'en servir, dans ce cas dans quel but ? Soit elle les craignait, d'où la question : pourquoi ? Soit les deux. Le jeune homme se frotta les yeux, agacé. Il y avait trop d'inconnues dans cette affaire.
Le voisin –Ceshire, d'après la plaquette affichée sur la porte d'en face- pouvait être la piste à suivre. Il avait remarqué une cicatrice dans le creux de son coude, d'une forme étrange. Trop étrange pour être due à une blessure involontaire : c'était une marque d'appartenance à un gang –ou ses restes s'il avait tenté de la faire disparaître lui-même. Et justement, il connaissait quelqu'un qui pourrait l'aider à en apprendre plus sur lui. Kagaho enfourcha sa moto et enfila son casque, avant de prendre la route.
Il arriva peu de temps après face à la grille d'entrée du domaine de Pharaon. Il vit rapidement Cerbère accourir lorsqu'il passa le portillon. Le chien le regarda avec un brin de méfiance : la dernière fois qu'il l'avait vu, il avait manqué d'étrangler son maître.
« T'en fais pas, je vais pas le tuer » s'amusa l'Egyptien.
Le chien jappa et le conduisit auprès de Pharaon. Ce dernier haussa un sourcil surpris en voyant son compatriote approcher et déclara :
« Je ne pensais pas spécialement te revoir.
-Moi non plus, mais j'ai besoin de ton aide.
-Encore un oiseau amoché que tu as récupéré ? ironisa le jeune homme en croisant les bras.
-Un certain Ceshire, que tu as connu je pense. »
Il vit son homologue se raidir tandis qu'il répliquait :
« Et qu'est-ce qui te fait penser ça ?
-Vous avez la même cicatrice au creux du coude droit. Scarification d'un gang, je me trompe ? ajouta Kagaho.
-J'en suis plus, rétorqua Pharaon en secouant la tête. Depuis que je me suis installé ici, j'ai refusé d'avoir le moindre contact avec eux.
-Je veux juste savoir ce que tu sais à propos de lui, c'est tout.
-C'est tout ? répéta le jeune homme en écarquillant les yeux. Tu te rends compte de ce que tu me demandes ?
-J'en ai une idée… S'il te plaît, Pharaon. C'est important. »
L'Egyptien regarda son camarade de travers, avant de lâcher :
« C'est à cause de ton amant que tu me demandes ça ? »
Kagaho acquiesça lentement. Pharaon poussa un soupir et lui fit signe de le suivre jusque chez lui. Ils s'installèrent dans des fauteuils, avant que le propriétaire des lieux ne reprenne :
« D'accord, je veux bien tout te dire. Mais je veux savoir dans quoi tu t'es embarqué.
-Pharaon…
-C'est non discutable, l'interrompit-il en levant la main. Je suis d'accord pour t'aider, mais il faut que je sache ce que je risque en faisant ça. »
C'était de bonne guerre. Kagaho capitula et expliqua rapidement la situation : qu'Eaque et ses amis avaient eu des déboires avec la police qui les avaient obligés à quitter Athènes, mais que par un concours de circonstances ils avaient dû revenir dans la capitale, où quelqu'un les avait kidnappés. Il passa néanmoins sous silence que son amant et ses camarades étaient les ex-Juges d'Hadès. Au fur et à mesure, Pharaon se rembrunit, avant de froncer les sourcils :
« A mon tour. J'ai bien connu Ceshire, oui. On a souvent travaillé en binôme, tous les deux. Ça marchait plutôt bien, tant qu'on restait chacun dans sa spécialité. Il est très fort en informatique, je crois qu'il a fait des études sur les ondes radio, ou quelque chose comme ça. Il n'allait pas vraiment sur le terrain, mais c'était un peu mon agent de liaison. Par contre, il a un caractère particulier…
-Explique.
-Il est un peu lunatique, répondit Pharaon. Il a tendance à fuir le danger et je sais qu'il aurait été capable de me laisser en plan si ça pouvait lui permettre de sauver sa peau.
-J'ai remarqué… se moqua le jeune homme. Autre chose ?
-On a quitté notre organisation à peu près à la même période, de même que plusieurs autres. Zélos, Wimber, Gigant et aussi Charon, il me semble, si jamais tu en entends parler. Les flics n'allaient pas tarder à nous choper, on a préféré prendre les devants.
-Tu sais pas ce qu'ils sont devenus ?
-Pas spécialement, non. Mais peu de temps après avoir quitté le gang, quelqu'un a essayé de me recruter pour travailler sous les ordres d'une certaine Pandore. »
Kagaho tiqua.
« Que sais-tu à propos d'elle ?
-Très peu de choses, quasiment rien à vrai dire. Elle m'a fait surveiller pendant quelques temps, après que j'ai refusé l'offre d'emploi qu'elle m'offrait généreusement…, ironisa Pharaon. Puis plus rien. Elle a dû considérer que je ne représentais pas un danger pour elle. Ou que je n'avais aucun intérêt.
-Et sur les évènements de ces derniers jours, est-ce que tu sais quelque chose ?
-Rien de plus que ce que la télé m'a appris. Kagaho, je suis désolé de ne pas pouvoir t'aider plus. Si je le pouvais, je ne le ferais pas, ajouta le jeune homme. J'ai fait une croix sur cette vie-là et même pour toi je ne recontacterai pas mes anciens amis toujours en service.
-Je comprends. Sais-tu où je serais susceptible de les trouver, par hasard ?
-Pas la moindre idée.
-Merci Pharaon. »
Le jeune homme se leva, imité par le propriétaire des lieux qui le suivit jusqu'au portail du domaine.
« Kagaho…
-Je sais, le coupa-t-il doucement. Je ne resterai pas.
-Il a bien de la chance, soupira Pharaon en caressant distraitement la tête de Cerbère. Repasse me voir, un de ces jours. Ça me fera plaisir.
-J'y penserai. »
Le sourire discret de Kagaho mit du baume au cœur de son compatriote : c'était un oui, à n'en pas douter.
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Aldébaran, à peine arrivé au siège des entreprises Inferno, fut introduit dans le bureau de cette dernière. La jeune femme l'accueillit avec un sourire de convenance :
« Inspecteur, asseyez-vous ! En quoi puis-je vous être utile ?
-Nous avons avancé dans nos investigations, répondit le policier en restant debout. Et nous avons quelques points à éclaircir. Avez-vous reçu des menaces, ces derniers temps ?
-Tout dépend du type de menace dont vous parlez, rétorqua Pandore avec un signe de la main. Mon entreprise est sans arrêt la cible de petits journalistes mandatés par des concurrents jaloux de mon ascension si rapide. Alors oui, j'ai déjà reçu des menaces, mais jamais rien de bien sérieux.
-Par exemple ?
-Je vous épargnerai les grossièretés, mais les messages sont tous plus ou moins les mêmes : arrêter mes contrats en court et renoncer à ma société… Ce qui n'aura jamais lieu ! ajouta-t-elle.
-Aucun rapport avec cette tentative d'assassinat, si je comprends bien, lâcha Aldébaran en haussant un sourcil.
-Absolument aucun. »
Le Brésilien hocha la tête, promena son regard sur les murs avant de reprendre :
« Connaissez-vous le KS140, mademoiselle ?
-J'imagine que ce n'est pas une marque de bijoux, s'amusa la jeune femme. De quoi s'agit-il, au juste ?
-Du modèle de l'arme utilisée contre monsieur Kido.
-En quoi est-ce important ? s'étonna Pandore.
-Cela peut nous permettre de remonter jusqu'à celui qui s'en est servi il y a deux jours, expliqua l'inspecteur succinctement.
-Je vois… marmonna-t-elle. Non, désolée, je n'en avais jamais entendu parler, ajouta-t-elle avec un sourire désolé.
-Bien, je ne vais pas vous déranger plus longtemps. Merci d'avoir répondu à mes questions.
-Je vous en prie inspecteur, c'est tout à fait normal ! »
Pandore regarda le policier quitter ses locaux via les caméras de sécurité, dont les vidéos étaient retransmises en temps réel sur l'écran de son ordinateur. La mâchoire crispée, elle sortit de son bureau et se dirigea vers celui de Valentine. Le jeune homme sursauta quand sa patronne pénétra dans la pièce avec fureur :
« Le dossier de candidature est envoyé, lâcha-t-il rapidement. J'ai rendez-vous demain matin.
-Je m'en fous ! Je veux que le type que tu as engagé comme tireur soit mis hors d'état de nuire. Sur le champ !
-Hors de… répéta Valentine.
-Tu m'as très bien comprise. Je veux son acte de décès sur ma table d'ici demain soir, c'est clair ?! »
Valentine la dévisagea et se rendit compte qu'il retenait sa respiration.
« Au fait, cet imbécile de Ceshire s'est fait prendre. Fais le nécessaire pour qu'il n'existe plus aucun lien direct ou indirect avec nous. »
Il hocha la tête et ne respira à nouveau que lorsqu'elle claqua la porte en ressortant. Il ferma brièvement les yeux et se massa les tempes avec lassitude : il fallait qu'il prévienne Sylphide avant toute chose. Son compagnon ne lui pardonnerait jamais s'il lui taisait cet ordre. Sa décision prise, il quitta la pièce à son tour et passa la tête par le petit bureau d'Edward, qui semblait travailler avec acharnement :
« Edward, je dois m'absenter quelques heures. Je te laisse t'occuper de Ceshire, Pandore veut qu'on efface toute trace de son travail pour nous.
-Pourquoi ? s'étonna le jeune homme en clignant des yeux.
-Il a été arrêté par la police. Je reviens dans la soirée, à plus tard. »
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Sylphide était affalé dans le canapé de l'appartement de son amant lorsque ce dernier rentra, le prenant par surprise.
« Val ! s'exclama le Belge avec un sourire ravi. Je ne pensais pas te voir avant ce soir ! Qu'est-ce qui t'arrive ? » ajouta-t-il en voyant le visage grave de son compagnon.
Valentine se contenta de s'installer à ses côtés et de poser sa tête sur son épaule. Sylphide le prit aussitôt dans ses bras avec son éternel élan protecteur, et lui murmura :
« Vas-y, raconte-moi.
-Ton ami est en danger, souffla le Chypriote à voix basse. Pandore veut qu'on le fasse éliminer. J'ai voulu te prévenir avant. Je suis désolé, Sylphide… » ajouta-t-il un ton plus bas.
Le jeune homme resta de marbre, avant de demander sèchement :
« Qui va le traquer ?
-Pour le moment personne, mais les seuls qu'on a sous la main n'ont pas l'air d'avoir son niveau, répondit Valentine avec hésitation. Mais tu sais comment elle est…
-Ce qu'elle veut, elle l'obtient, compléta Sylphide gravement. Je le préviens. Attends-moi ici. »
Le Chypriote regarda son amant s'éloigner, le cœur serré : jamais Sylphide ne lui pardonnerait ça, jamais. Son ami –son meilleur ami- était maintenant en danger, à cause de Pandore. Déjà que le Belge ne la portait pas dans son cœur… Cette dernière nouvelle serait sans doute la goutte d'eau de trop. Il l'avait pourtant prévenu qu'il n'accepterait pas encore une fois la folie de la jeune femme. Il allait lui poser un ultimatum, c'était sûr et certain. Et lui, comme un idiot, il…
« Queen, faut que je te parle. M'en fiche que tu sois au travail, c'est plus qu'important ! Tu es seul ? Bon, alors écoute : Pandore veut te faire tuer. Oui, celle-là. Non, je suis très sérieux ! Tu dois quitter la Grèce, Queen, le plus vite possible ! Quoi ?! Mais tu es complètement malade, ma parole… Bien sûr que non c'est pas un canular, pourquoi tu crois que je suis en train de paniquer ?! Me calmer ? Me calmer ! Abruti, c'est ta vie qui est en jeu, là ! »
Sylphide s'était mis à faire les cents pas, les mains tremblantes. Valentine se leva à son tour et le rejoignit, lui prenant son téléphone des mains dans un mouvement brusque :
« Queen, je suis le compagnon de Sylphide, fit-il en coupant son interlocuteur au milieu d'une phrase.
-Drôle de façon de se rencontrer, commenta Queen à l'autre bout du combiné.
-Sans doute, mais ce qu'il vient de vous dire est très sérieux, riposta le Chypriote. Ma maîtresse veut vous éliminer, parce qu'elle n'a aucune emprise sur vous, aucun moyen de pression, rien. Vous êtes un cheval fou au milieu de son spectacle.
-J'imagine que le spectacle en question est loin d'être très légal, au vu de ce que j'ai déjà fait pour son compte, commenta le jeune homme. Rassurez-vous, je prends la menace au sérieux, ajouta-t-il. J'ai une entière confiance en Sylphide, et je sais qu'il s'en veut de m'avoir impliqué dans cette affaire, seulement je ne peux pas quitter la Grèce.
-Pourquoi ? s'étonna Valentine. Elle vous retrouvera un jour ou l'autre, vous savez.
-Je n'en doute pas, railla Queen. Seriez-vous prêt à abandonner Sylphide si votre vie était en danger ? »
Le jeune homme ne répondit pas, tant c'était évident. Le fleuriste le comprit aussitôt et conclut :
« Vous voyez.
-Ne pouvez-vous pas partir avec cette personne, quelle qu'elle soit ? lâcha le Chypriote dans une dernière tentative pour le raisonner.
-Il ne vous a rien dit ? Remerciez-le pour son silence, sinon elle aurait de quoi me faire plier, rit doucement Queen. J'aurais préféré entendre votre voix dans une autre occasion que celle-ci où on discute de ma prochaine mort.
-Et à Sylphide, vous y pensez ? s'énerva Valentine.
-Et vous ? riposta sèchement l'Allemand. Je ne sais pas grand-chose sur vous, à part que Syl' serait prêt à tout pour vous et que vous travaillez pour celle qui me menace. Imaginez ce qu'il doit ressentir : qui choisir entre un ami et un amant ? Vous y avez déjà pensé ?
-Je ne suis pas insensible, protesta le jeune homme. Je sais très bien à quoi il doit faire face !
-Vraiment ? Dans ce cas je suis rassuré, ironisa Queen d'un ton cassant. Vous aussi vous allez devoir faire un choix. J'espère que vous ferez le bon. Parce que si je suis dans le pétrin, c'est uniquement de votre faute. Parce que vous en avez parlé à Sylphide, et qu'il a voulu vous aider. A mes dépens. Je ne lui en veux pas, mais vous, vous devriez vous en vouloir. Repassez-le-moi. »
Comme un automate, Valentine obéit et tendit l'appareil à son compagnon, qui s'empressa de le reprendre. Le Chypriote quitta la pièce pour se diriger vers la petite salle de bain. Se passer la tête sous l'eau froide, pouvoir à nouveau réfléchir calmement. Comme s'il ne savait pas déjà tout ce que Queen lui avait dit… Comme s'il n'y avait pas déjà pensé des dizaines de fois !
« Val ? » fit la voix de Sylphide dans son dos.
Le jeune homme se redressa et s'essuya le visage, avant de se tourner vers lui. Le Belge s'approcha de lui et souffla :
« Il a accepté de réfléchir à ce que je lui ai dit.
-Tant mieux.
-Val… J'en peux plus. »
Ça y était… La discussion qu'ils avaient repoussé tant de fois était en train de revenir en force. Valentine opina, sachant qu'il ne pourrait pas se défiler une fois de plus, pas sans permettre à son amant de dire ce qu'il avait sur le cœur.
« Depuis tout ce temps, j'ai tout accepté. Tout. De te regarder te tuer au travail, de veiller sur toi, de travailler pour Pandore pour t'aider toi… Mais c'est mon meilleur ami qu'elle veut tuer, Val. Et c'est hors de question qu'elle y arrive. Je le trainerai par la peau des fesses s'il le faut, mais je le sortirai de là. »
Valentine hocha de nouveau la tête, sachant que rien de ce qu'il pouvait dire n'arrangerait les choses. Sylphide se passa la langue sur ses lèvres, avant de lâcher :
« Je quitte la Grèce à la fin de la semaine. Je serai peut-être obligé de mettre Queen en sécurité avant, selon ce qu'il va décider… Val, je veux que tu partes avec moi. Je t'en prie, laisse-la tomber !
-Syl'… soupira le Chypriote. Je dois terminer ce que j'ai commencé, tu comprends ? Je t'ai dit que c'était ma dernière mission pour elle, la dernière ! Et je compte tenir ma parole.
-Quand ? s'écria Sylphide avec colère. Quand elle aura tué Queen ? Quand elle aura décidé de me tuer moi ?
-Je lui dirai dès demain si tu veux, plaida Valentine. Je lui dirai qu'après ça, c'est fini !
-Et qu'est-ce que tu crois ? Qu'elle va te donner une prime pour ton départ ? Qu'elle va te dire de lui envoyer des nouvelles ? se moqua le Belge en secouant la tête. Tu vas devenir aussi dangereux pour elle que Queen, tu comprends ça ? Elle va te serrer la main et te plaquer un flingue entre les deux yeux par la même occasion !
-Elle n'est pas comme ça.
-Ah pardon, elle va ordonner à quelqu'un de te mettre un flingue entre les deux yeux. C'est vrai que la différence est de taille !
-Si tu veux partir, je ne te retiens pas, siffla Valentine. J'ai dit que je terminai ce travail, et je le terminerai !
-C'est ça ta réponse ? murmura Sylphide avec déception.
-Je t'avais prévenu, Syl', soupira le Chypriote. Je t'avais dit de ne pas me poser d'ultimatum. Je pense même que c'est mieux pour toi de partir sans moi. Tu te rends compte de ce que tu as fait pour moi ? C'est plus que ce que j'aurais jamais dû te demander… Ton ami a raison, sans moi, il n'aurait pas été en danger.
-Alors maintenant tu sais ce qui est bon pour moi ? Tu n'es même pas capable de t'occuper de toi, mon pauvre Valentine !
-Comment veux-tu que dans ces conditions je te demande de rester ici ? cria soudain le jeune homme. Va-t-en bon sang, quitte cette ville, vis ta vie !
-T'as rien compris, souffla Sylphide. D'accord, je pars. Mais je reviendrai te chercher. J'espère que ta réponse sera différente. »
Le Belge quitta la pièce sans se retourner. Valentine entendit la porte d'entrée claquer, puis il s'effondra par terre en sanglotant.
à suivre...
